Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Je ne suis qu’un "ensoiffé" de première… et j’aime le Gewurztraminer

Mille pardons pour ce néologisme qui, bien que déjà usité n’est pas encore entré dans le dico; mais je me suis dit qu’après Jacques Dupont qui, sur 140 pages (chez Grasset) et sur tous les médias, nous somme de nous « invigner » avec lui  (il doit avoir une sacrée bonne attachée de presse, lui qui d’habitude ne veut pas les voir…), je pouvais à mon tour dénicher un verbe que je ne dois à personne. Si ce n’est, peut-être à un Rabelais en herbe ou à un Depardieu déguisé en Antoine Blondin.

Surtout ne pas confondre avec «assoiffé», terme qui s’applique plus à un aventurier perdu quelque part dans les dunes de Mauritanie, entre ces deux perles du désert que sont Ouadane et Chinguetti. Alors que je pensais avoir inventé le verbe « ensoiffer », surtout depuis que mon correcteur automatique me le faisait remarquer, je notais en feuilletant Google qu’ensoiffé était utilisé par d’autres que moi pour décrire un dictateur "ensoiffé de pourvoir" (le journaliste voulait-il dire "assoiffé" ?), ou plus prosaïquement une femme "ensoiffée de vin" (l’auteur pensait-il qu’elle était saoule ?).

Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé ce verbe tellement joli que je me le suis approprié. Quand bien même il n’existe pas sur le plan purement académique, il me fait penser à un état proche de l’ivresse, une sorte d’épectase vinique qui surviendrait lorsqu’un vin vous fait un effet tel qu’il arrive à vous hérisser le poil et à vous faire vivre un moment de paroxysme dépassant le simple orgasme. Rien à voir avec un moment de soulographie. Rien à voir non plus avec l’orgiaque volonté de boire jusqu’au coma éthyllique. Plus que de s’enivrer, il s’agit là de se laisser plonger dans une sorte de rêverie proche de l’extase qui consiste à ne faire qu’un entre votre être profond et l’intense liqueur d’un vin.

Cet instant est rare : il vous tombe dessus sans prévenir alors que vous vous lancez comme de coutume à l’analyse d’un vin. Le brave cardinal Danielou aurait vécu ce passage fatal lors d’une rencontre avec une prostituée, mais il s’agissait d’épectase dans le vrai sens du terme. Point de mort avec le vin, même si l’instant vécu par l’ensoiffé de première que je suis ressemble par certains côtés à une petite mort. Ah, les plaisirs solitaires…

Vous ne le savez peut-être pas, mais entre le cinsault, le pinot noir, le cabernet franc, le gamay noir à jus blanc, le pineau d’aunis, le savagnin, le grenache gris et le carignan noir, j’avoue une tendresse particulière pour le gewurztraminer. Tendresse mêlée d’exigence, bien sûr. À un point tel que dès que je ressens la moindre lourdeur dans un vin de ce cépage, celui-ci termine illico presto sa vie dans l’évier.

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Du grand Léonard au pointilleux Jean-Michel, je crois avoir testé la plupart des bons vignerons alsaciens dans leurs approches du gewurz et plutôt que de vous en faire une tartine, je vous conseillerai la lecture de la plume de Patrick Botcher qui, du temps où il était plus «monomaniaquement Alsace» que maintenant (c’est pourtant un Helvète vivant en Belgique) a consacré plusieurs articles au gewurztraminer, quand bien même son blog a changé de nom et s’appelle désormais « Vins Libres ».

Comme tous les cépages jugés "difficiles" et peu productifs, bien que figurant dans la liste des cépages dits "nobles" lui ouvrant les portes des Grands Crus, il n’a pas que des adeptes dans le vignoble alsacien et ailleurs. Vous en saurez un peu plus en le visitant ici. Moi-même, je lui ai déjà consacré plus d’un article, dont celui-ci, chez l’ami Philippe Blanck.

Je ne sais plus comment cette bouteille a pu atterrir aux fins fonds de ma cave parmi ma collection de gewurz. Peut-être était-ce une de ces bouteilles que les vignerons – en l’occurrence Marie et Mathieu Boesch du Domaine Léon Boesch – vous offrent comme s’ils les jetaient à la mer avec le fol espoir que le journaliste, qui n’a jamais le temps de tout goûter tant il est pressé quand il vient vous voir, trouvera un jour l’opportunité de goûter. Eh bien c’est chose faite, mes chers amis alsaciens. Tout de suite, alors que je m’apprêtais à regarder un bon vieux film et que je me relaxais dans mon fauteuil pour un de ces rare moments inédits où l’on se dit que l’on a bien mérité de savourer un grand vin en compagnie d’un grand cigare, c’est le regard vers la robe, vieil or lumineux et profond, qui m’a comme happé au point de me demander où j’avais pu bien mettre mon appareil photo.

La luminosité, mieux que la minéralité ? Photo©MichelSmith

La luminosité, mieux que la minéralité ? Photo©MichelSmith

Oui, j’ai la photo. Non, je n’ai pas pris de notes. Non, je n’ai pas cherché s’il sentait la rose, le lilas ou le litchi. Mais ce que je sais, c’est que dès la première gorgée je me suis simplement exclamé : «Nom de Dieu, mais qu’est-ce que c’est ?»

Bien sûr qu’en le puisant de ma cave j’avais une idée : je connais les vignerons (voir plus haut), une famille consciencieuse qui travaille en bio depuis longtemps, et je connais ce terroir, l’un des plus chauds d’Alsace, le Grand Cru Zinnkoepflé, au sud de Colmar. Grand Cru ? Que le lecteur se rassure, en Alsace ce ne sont pas les mêmes règles que celles qui prévalent à Saint-Émilion.

Au Nord comme au Sud de Colmar, la mention Grand Cru n’est pas galvaudée : elle repose sur du sérieux, du concret, de la géologie, de l’histoire, des règles, des délimitations. Le Zinn, comme je dis pour faire court, n’est peut-être pas le plus noble des 51 Grands Crus, ni le plus ancien, mais c’est l’un des plus ensoleillés et c’est pour cela qu’il plaît à l’exigeant gewurztraminer qui règne ici en maître, occupant les trois quarts de la superficie. Situé entre Westhalten et Soultzmatt, le Zinn surplombe la "Vallée Noble". Le nom de ce site de plus de 71 ha de vignes signifie «mont du soleil» et il paraît que sur ses calcaires et ses grès grimpant jusqu’à plus de 400 m d’altitude, on trouve une flore méditerranéenne inhabituelle.

Photo©DR

Lee Zinn est à main droite… Photo©DR

Nous y voici. Ce soleil, cette luminosité, cette puissance, cet éclat, on les retrouve dans le vin, en plus d’une allure triomphante et avec cette manière très jouissive de s’imposer sans lourdeur, en douceur même, ce qui fait qu’on en redemande encore et encore. J’aime aussi cette façon unique de se mettre en avant, d’imprimer son grain avec force, mais sans violence, sans frime, toujours en profondeur, en délicatesse aussi, comme si tous les capteurs de notre corps devaient profiter de cet instant de spectacle grandiose qui fixe l’attention. Cette petite merveille en bouteille, cette œuvre d’art unique et éphémère, n’a pas été vidée d’une seule traite. Ce n’est pas le genre de "l’ensoiffé" que de procéder de la sorte. J’en ai siroté, plus que bu, d’abord la moitié et, étant seul, me suis gardé l’autre moitié pour boire quelques jours après en cas de spleen. Le vin avait quelque peu bruni et offrait toujours la couleur du vieil or. Au goût, c’était quasiment intact : on percevait mieux cependant les notes de fruits confits, entre mirabelle, compote de pomme et marmelade d’orange, épices douces en prime et une légère acidité qui faisait l’effet d’un courant d’air bienveillant.

Pour cette Vendanges Tardives 1998 titrant 13°, j’avais mis la bouteille au réfrigérateur 2 ou 3 jours avant, préparé un large verre que je remplissais généreusement. La température de service tournait autour de 10/12 degrés, je parle de celle du vin dans le verre. Le millésime 2009 dépassait de peu les 18 euros, mais ce n’était pas un VT. Il y a peu, le même VT, millésime 2004, s’achetait à moins de 30 euros départ cave. Au fait, il y aura toujours un peu de place dans ma cave pour du Gewurztraminer.

Michel Smith


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Le vin des Beatles (White Album, Blue Nun)

Octobre 1968. Les Fab Four enregistrent le White Album. Non sans efforts. Le groupe vient de perdre son manager, Brian Epstein, et des conflits larvés apparaissent au grand jour entre les membres du groupe. John Lennon insiste pour que sa nouvelle compagne, Yoko, soit présente à tous les enregistrements. Paul Mc Cartney intervient de plus en plus dans les choix de production. George Harrison est frustré que si peu de ses chansons soient retenues sur chaque album. Ringo Starr supporte de moins en moins les luttes d’égo entre ses partenaires et se replie sur sa famille. L’album, très disparate, entre rock, blues, balades, folk et expérimentions, illustre assez bien cette dispersion, cet éclatement.

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Un petit coup de blanc…

L’ambiance lors des sessions est assez délétère. Alors, un petit coup de blanc, cela peut aider. À l’époque, en Angleterre, un vin rencontre un succès digne de la Beatlemania: le Liebfraumilch de Blue Nun. Bouteille bleue, saveur acidulée, doucereuse, c’est le genre de chose que les enfants de la guerre sirotent sans y penser ; avec d’autant plus de plaisir qu’ils ont été sevrés de sucre dans leur enfance.

«Synesthésie»

Et c’est donc ce que les Beatles boivent au studio d’Abbey Road pendant l’enregistrement de Long Long Long – un morceau lent signé Harrison. Lennon est absent. Mc Cartney est à l’orgue; une note de l’instrument secoue l’ampli sur lequel a été posé la bouteille de Blue Nun. Celle-ci se met à vibrer, émettant une sorte de cliquetis bizarre. Les Beatles, qui aiment les sons improbables, le gardent à l’enregistrement, on entend donc distinctement ce bruit de verre à la fin du morceau (à partir de 2’39’’).

A l’époque, dans les milieux artistiques, on parle beaucoup de «synesthésie» ; on mélange les sensations: «tangerine trees and marmalade skies»… Est-ce la consommation de drogues, ou bien seulement l’air du temps? Les poèmes, les chansons mettent des couleurs sur les sons, des odeurs sur les mots; incidemment, cette mode sera reprise plus tard par de nombreux critiques vineux: ne dit-on pas d’un vin qu’il a la bouche cristalline, par exemple? Ou qu’il est solaire?

Et puis, dans Glass Onion, toujours sur le White Album, John Lennon évoque une réalité déformée, le monde vu au travers d’un cul de bouteille…

Mais sur Long Long Long, la synesthésie est réelle: on peut vraiment entendre un vin!

Bien sûr, pour les œnophiles, l’histoire aurait été encore plus belle si les Beatles avaient carburé à l’Egon Mueller. Mais on ne peut pas changer l’histoire…

Blue Nun, la métamorphose

A peine un an après cet enregistrement, le groupe se sépare.

Mais la marque Blue Nun, elle, existe toujours. Rachetée à Sichel par le groupe Langguth, elle vend aujourd’hui plus de 5 millions de bouteilles par an – plus que dans sa période de gloire des années 70. Il faut dire que son offre ne se limite plus au Liebfraumilch. C’est aujourd’hui une marque ombrelle pour ses blancs secs du Palatinat, du merlot de Provence, du rosé espagnol…

Hervé Lalau

Article paru dans In Vino Veritas, Février 2013


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Sail-sale power the way forward for transporting wine or a nice gesture?

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The Michel Patrick heading up the Thames close to Tower Bridge and the entrance to St Katharine’s Dock

Late Thursday afternoon saw the arrival of the Michel Patrick at St Katherine’s Dock in the centre of London. Amongst its cargo were bottles for the RAW wine fair (19th and 20th May) plus a few producers Olivier Cousin being the most prominent.

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Olivier Cousin (light blue fleece) and Isabelle Legeron MW (red coat), organiser of the RAW wine fair, on the Michel Patrick

The voyage was organized by Guillaume Le Grand, one of the owners of www.TOWT.eu (TransOceanic Wine Transport), which arranges shipments and wine and other cargos by sailing boat. For the moment the company does not own any boats but instead hires them when required. To transport the wine over for RAW they hired the Mil’Pat or to give the boat its full name – Michel Patrick – a 22-metre traditional Breton sailing vessel.

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The Michel Patrick entering St Katharine’s Doc

However, Le Grand told me that they plan to commission the building of a much larger boat to give them economy of scale. “This time we shipped over the equivalent of 4000 bottles of wine plus 200 kilos of olive oil and some tea from the Azores. Last year we shipped 8000 bottles to Copenhagen and will be sending 15,000 this year.”

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Guillaume Le Grand

The Michel Patrick sailed over from Fécamp in Northern France leaving on Sunday 12th May. They enjoyed a good crossing to Ramsgate and then onto Tilbury, where most of the cargo was unloaded. They left Tilbury around midday on Thursday for the final stretch to Tower Bridge and St Katharine’s Dock. It looks a fairly leisurely itinerary. The Michel Patrick is skippered by Astérix, an archetypal French character.

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Skipper Astérix supervising while the boat enters St Katharine’s Dock.

The RAW website (www.rawfair.com ) talks of their commitment to sustainability and how transporting wine by sailing boat fits naturally into their ethos. It would be interesting, however, to know whether this voyage was actually much more sustainable or had a lower carbon footprint than bringing over the wine by lorry as the wine had to be driven up to Fécamp to be loaded onto the Michel Patrick and then taken by van from St Katharine’s Dock to the RAW venue in Brick Lane, albeit a short journey. “We saved 400 kilos of CO2,” Le Grand told me.

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Unloading some of the wine for RAW

Certainly the economics don’t add up as the cost of shipping a bottle over from Fécamp to London is 60 cents a bottle compared to 20 cents on a lorry. You may, however, be albe to recoup some of this cost by the Sail Power Point of Sale sticker by charging a little extra for sustainability and traceability.

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Shipping wine by sail with the point of sale sticker in the middle

Whatever the result of the calculation the arrival of the Michel Patrick has raised the issue of whether it is practical to use sail to transport wines within Europe at least. Somehow I doubt if wine clippers from Australia to the States, Asia-Pacific or Europe will catch on.

There is one apparent certainty the sea voyage worked up a thirst for those on board the Michel Patrick resulting in a significant consumption of wine during the crossing.

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Salt air and the wind provokes thirst in ‘modération’…

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Once the Michel Patrick is safely docked Astérix relaxes with a glass of red.

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‘This blogger’ in Las Vegas


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Déontologie, Dupont et Evin

La déontologie des journalistes du vin, Jacques Dupont, et la loi Evin : une histoire en trois temps et deux mouvements.

La première partie de ce sujet, bien que m’ayant été suggérée par deux de mes collègues sur ce blog suite à de récents échanges et un début de polémique, m’est assez chère.

Il faut dire aussi que le terrain est miné, et plutôt bien miné. Malheureusement, certaines des mines ont été posées par des collègues, journalistes ou critiques de vin, qui s’estiment peut-être plus blancs que blancs dans un monde bien trop souvent gris. Mais, cette fois-ci, ce n’est pas le critique américain au nom de joueur de sax décédé qui a allumé le feu, pas plus que l’altermondialiste hypocrite (américain aussi, mais ce n’est pas une fatalité !) faiseur de films.

Non, cela serait juste une remarque, apparemment prise hors contexte, du Français Jacques Dupont, journaliste au Point et auteur de livres sur le vin, qui a fait dresser les cheveux sur la tête d’Hervé (ce qui est légitime, vu qu’il en a pas mal) et aussi sur celle du forgeron (qui en a un peu moins).

Dupont était interviewé sur une antenne de radio à propos de son dernier (et très utile) livre intitulé Invignez-vous. Je n’aime pas trop ce titre, mais peu importe, dans le fond. Il s’agit d’une critique bien étayée de la loi Evin et du lobby abolitionniste qui le sous-tend et qui pèse fortement ses interprétations.  Car cette loi est un peu comme bon nombre des textes religieux: il est fait d’ambiguïté. Je reviendrai sur ce livre plus loin, car il devrait être lu et salué. On se demande même pourquoi personne ne l’a écrit plut tôt.

Iinvignez-vous

Mais lors de l’entretien en question,Dupont aurait laissé entendre que des journalistes qui acceptent des repas/dégustations ou des voyages de presse sont des vendus et des pique-assiettes. C’est peut-être un peu vrai pour certains, surtout la deuxième partie, mais une telle remarque a fait vivement réagir certains collègues, dont Hervé et Michel.

Cependant il semble assez clair, d’après la réponse de Jacques à Hervé, que l’éminent et très respectable critique de vin du Point a été mal compris. Non seulement il est blanc comme neige lui-même, car il n’accepte aucune invitation, mais il n’a jamais dit (en tout cas de manière explicite) que tous les autres journalistes qui traitent du sujet des vins sont des vendus parce qu’ils acceptent, de temps à autre ou régulièrement, des repas ou des voyages de presse payés par des vignerons ou groupes de vignerons afin de faire connaître leur production.

Pour ma part, je connais très peu de journalistes qui refusent systématiquement de telles invitations. Jacques Dupont serait simplement critique d’un système qui encourage ses collègues à accepter de telles opportunités afin de pouvoir, financièrement parlant, écrire sur le vin. J’avoue volontiers en être (de ceux qui acceptent certaines invitations), bien que j’ai tendance à refuser des repas ou autres invitations d’un seul producteur, sauf si c’est juste pour déguster ses vins. Les déjeuners, cela me fait perdre trop de temps, et les voyages de presse pour visiter un seul domaine ne me paraissent pas acceptables. Chacun posera la ligne jaune ou il estime devoir le faire, mais je considère que la plupart de mes collègues sont honnêtes et n’écriront jamais des choses qu’ils ne pensent pas sincèrement à propos d’un vin, qu’ils aient été invités par le producteur en question ou pas. Suis-je naïf ?

Il est en effet plus que regrettable que si peu de titres de presse, spécialisés ou pas, estiment pouvoir défrayer leurs journalistes pour un véritable travail de recherche sur le terrain et pour le temps passé à déguster des vins dans de bonnes conditions et avec un souci de parfaite neutralité. Bien trop de magazines se contentent, en lieu d’une « rubrique » vin, de faire faire du copier/coller avec des dossiers de presse par des stagiaires ou des gens étant aussi peu fourni en scrupules qu’en connaissance du vin. Non pas toutes, bien sur. L’autre problème avec la déontologie journalistique en France, et cette remarque ne se limite pas au monde du vin, est qu’il y a trop souvent confusion entre information et opinion. Nous, sur ce blog, nous donnons très librement nos opinions, qu’elles plaisent ou non. C’est probablement le rôle principal des blogs. Mais un journal ou magazine doit aussi informer, en séparant la partie informative et factuelle de la partie commentaire, plus ou moins engagée.

Je ne rentrerai pas trop ici dans le débat, qui fait également partie de l’aspect déontologique d’un critique de vin, entre la dégustation « à découvert » ou « à l’aveugle ». Nous savons que le critique le plus connu et riche de la planète déguste ses vins à découverte, et qu’il a longtemps refusé de déguster la production des caves coopératives par principe. C’est son choix, et c‘est à nous (ou plutôt à ses lecteurs, dont je ne suis pas) de nous positionner en conséquence. Jacques Dupont, pour revenir à lui, est un très bon journaliste et un vrai amateur de vin, et je ne pense pas qu’il s’est érigé en « donneur de leçons » dans son entretien. Il a simplement voulu pointer une dérive dont les journalistes ne sont pas les seuls responsables.

Maintenant il faut parler de son livre, Invignez-Vous ! Mauvais titre, je disais, que je mettrais sur le compte de l’éditeur (Grasset) cherchant à surfer sur la vague Hessel. Ce petit livre est aussi un pamphlet, dans la bonne tradition de ceux qui traitent des phénomènes politiques et sociétales. Il se lit dans un trajet de train entre Paris et Valence (Drôme), en laissant le temps pour une bonne sieste. Le sujet de Dupont est la loi Evin et ses autours : en particulier les motivations et méthodes du courant « anti- alcool » qui sévit puissamment au sein de l’ANPAA[1], et en particulier Claude Got et ses acolytes : leurs mensonges, approximations, amalgames, omissions, méthodes de pression et objectives plus ou moins cachés. L’histoire des mouvements abolitionnistes est traitée, ainsi que leurs causes et leurs effets pervers. Dupont considère, et je suis bien d’accord avec lui, que cette loi est stupide, hypocrite et inefficace. Passons sur le fait qu’un des rédacteurs principaux de la loi Evin est un homme politique à la morale irréprochable (Jérôme Cahuzac), Dupont met en avant le fait qu’il y a des méthodes plus efficaces que l’interdiction ou la culpabilisation pour lutter contre le fléau de l’alcoolisme : notamment l’éducation au goût. Il cite, bien entendu, l’exemple du programme québécois Educ’Alcool et insiste sur le fait que la saoulographie lamentable symbolisée par le « binge-drinking » n’est pas du tout le résultat de l’absorption de doses massives de vins fins.

Je citerai un seul passage du livre, pour donner le ton de la fin, car son début fait assez froid dans le dos et m’intérroge : pourquoi a-t-on laissé faire ce lobby de psycho-rigides dingues, tellement coincés du cul qu’ils y briseraient la foret de Tronçais toute entière ? Dans le dernier chapitre, on peut lire ceci par exemple : « Hubert Sacy, le président d’Educ’alcool, ne nous comprend pas. Lui pense que notre richesse viticole, la multiplicité des nos appellations, constituent un formidable outil culturel qui permet d’élever les mentalités, d’ouvrir les débats, d’éclairer les jeunes et de les éloigner des conduites à risque ou addictives. »

 

Nous en sommes, malheureusement, assez loin et il est plus que probable que cette foutue loi Evin en est la cause principale. Raison de plus, mes chers collègues, de ne pas nous disputer pour des futilités ou des brins d’ego mal placés, mais de pousser pour que cela change. Oui, on peut rêver !

David


[1] Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, dont les origines remontent à 1872 est qui est largement financé par des subventions d’état (et donc par nous !).


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#Carignan Story # 169 : Un jour de célébration pour le bœuf au schiste.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais Samedi dernier, un jour avant le classique mais ordinaire jour du Seigneur, c’était le Jour du Carignan, ou le « Carignan Day » pour faire plus international. Une occasion de se retrouver entre fous de Carignan comme ce fut le cas l’an dernier pour le premier jour de célébration, en terre minervoise, chez l’ami Pierre Cros, à Badens, autour d’un roboratif cassoulet ! Au cas où vous ne comprendriez toujours rien à cette affaire, penchez vous sur cet article rédigé dans la langue de Goethe (ça me fera au moins un bon commentaire de Léon !), celle que parle si bien mon ami le journaliste André Dominé qui en est l’auteur. Samedi dernier, c’était rebelote, le Jour du Carignan II, un jour lancé comme ça, au pif, comme une boutanche de « Carignator » jetée dans la Grande Bleue, au hasard d’une discussion entre potes même pas amochés par le fait de se retrouver lors d’un Vinisud autour d’un géant « Bar à Carignan » tout juste improvisé.

L'approche de Berlou, avec le Caroux en arrière-plan. Photo©MichelSmith

L’approche de Berlou, avec le Caroux en arrière-plan. Photo©MichelSmith

La session officielle du deuxième Carignan Day, mise sur pieds une fois de plus par Sebastian Nickel qui en est son « inventeur », s’est tenue sur les hauts de la petite commune rocheuse de Berlou (Hérault), dans les locaux aimablement mis à notre disposition par le sieur Jean-Marie Rimbert, accoucheur et empereur autoproclamé du facétieux Carignan de schiste « Carignator » (il entre aussi plus pleinement dans une cuvée « Le Chant de Marjolaine » et, dans une moindre mesure dans la cuvée « Mas au Schiste ») sa cuvée la plus spectaculaire. Au menu : la création sous forme d’association du Mouvement Carignan Renaissance (pas encore de site Internet, mais ça va venir) que j’ai l’honneur de présider, une verticale des carignans de Jean-Marie Rimbert, un bœuf bourguignon au carignan de Berlou, ou Boeuf au schiste, et une promenade digestive dans les vignes pour une photo souvenir. Carignan Renaissance est une idée lancée il y a une dizaine d’année déjà par John Bojanowski qui, avec gentillesse, a accepté que l’on reprenne ce nom pour l’association dans laquelle il milite à nos côtés. Avec son épouse Nicole, il vinifie au Clos du Gravillas, dans le Minervois, un superbe carignan « Lo Veilh » déjà évoqué dans ces pages virtuelles, vin sur lequel je reviendrai un jour plus longuement car il fait partie à mes yeux d’un des grands classiques du Midi.

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Verticale de "Chant de Marjolaine" et de "Carignator" immortalisée par Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Mais revenons sur un autre classique, notre hôte du jour en l’occurrence, j’ai nommé Jean-Marie Rimbert. Il y aurait tant et tant à dire sur les vins de ce personnage iconoclaste que je préfère vous reporter à la lecture d’un de mes premiers papiers, ici même. Tout comme Pierre Cros il y a un an, Jean-Marie nous proposait en guise de mise en bouche une verticale assez fournie de sa cuvée connue sous le nom du « Chant de Marjolaine », dédiée à sa fille qui porte ce joli prénom. C’est un pur carignan de schiste qui la compose, ne l’oublions pas, plutôt porté sur le fruit, destiné à être consommé non pas dans l’urgence mais assez vite dans le temps, disons 3 à 5 ans. Pourtant, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que 1999, le premier millésime de la série, élaboré à partir d’une vendange égrappée (les suivants le seront aussi), bien que présentant une robe quelque peu brunie, est encore très frais et joliment porté sur les fruits rouges confits. Sur les 6 millésimes goûtés, c’est pourtant le plus récent qui l’emportera à mes yeux, un 2006 juteux aux notes d’orange sanguine armé d’une très belle matière. Notons au passage que le 2004 n’a pas démérité.

Jean-Marie Rimbert, l'hôte de ce second Carignan Day. Photo©MichelSmith

Jean-Marie Rimbert, l’hôte de ce second Carignan Day. Photo©MichelSmith

L’autre cuvée star de Rimbert, le « Carignator », plus rarement vinifiée, se composait de 4 flacons dont un magnum. « Carignator 1er » avait la particularité d’assembler deux millésimes, 2000 et 2001, vinifiés en macération carbonique. Il avait fait sensation à sa sortie. Très long en bouche, tout empreint des essences de garrigue, il se manifeste encore par une belle présence tannique qui va lui assurer, à mon avis, quelques années de garde supplémentaire sur ses suivants. Les autres millésimes m’ont paru un peu décevants, exception faite d’un « Carignator 3 » 2008 servi en magnum, distingué au nez, frais, crémeux et particulièrement long en bouche, le genre de vin que j’aurais aimé boire sur une perdrix au chou avec quelques grains de genièvre.

Les autres cuvées dégustées... Photo©MichelSmith

Les autres cuvées dégustées… Photo©MichelSmith

Le plus jeune membre de Carignan Renaissance, Julien Gil, qui va bientôt épouser sa belle compagne allemande, Julia, était venu avec deux millésimes (2009 et 2010) de carignan (IGP Cité de Carcassonne) du Plô Roucarels dont j’avais en son temps apprécié le 2007. Venant après les deux carignan du Puch (2010 et 2011) dont je parlerai pas vu qu’il s’agit d’une petite propriété que je partage avec des amis, c’est le 2010 de Julien qui m’a frappé par son élégance et son côté immédiatement abordable. Je ne sais plus si c’est André Dominé ou Sebastian Nickel qui avait proposée cette bouteille, mais le Côtes du Rhône Villages Saint-Gervais 2007 du Domaine Clavel, déjà goûté pour vous l’an dernier s’est révélé solide comme un bloc, d’une belle netteté et somme tout assez droit.

De gauche à droite : John Bojanowski, Jean-Marie Rimbert et Julien Gil. Photo©MichelSmith

De gauche à droite : John Bojanowski, Jean-Marie Rimbert et Julien Gil. Photo©MichelSmith

Pour la fin, j’ai gardé le somptueux Côtes du Brian 2011 « Lo Vielh » (17 €, départ cave) de Nicole et John, vin bio déjà évoqué plus haut. Il s’agit d’une parcelle plus que centenaire implantée sur le très calcaire terroir de Saint-Jean-de-Minervois. Le raisin a été égrappé avant d’être foulé aux pieds dans des pièces neuves de 450 et 600 litres pour une cuvaison de 4 à 5 semaines. La mise est récente, tout comme celle d’une autre cuvée, version 2010 (10 €), travaillée de la même façon, à partir des mêmes vignes, mais avec une vinification en pièces plus âgées et baptisée « Côté Obscur » car elle a mis plus de temps à se faire. Tirée à 3.500 bouteilles, c’est probablement un des plus complexes vins de Carignan actuellement sur le marché : touches de bois de rose, cacao, myrtille, on a une grande fermeté en bouche et un fruité remarquable en finale. John me dit qu’un restaurant de Perpignan, le Figuier, va l’avoir à sa carte. Je vais pouvoir en profiter !

Michel Smith


Un commentaire

Le Faux Gras nous gave

Cette semaine, nous accueillons Eric Boschman, sommelier et consultant belge doté d’un joli brin de plume. Il nous parle, non pas de vin, mais de foie gras. Non, en fait, de faux gras.

Méfiez-vous des imitations, des amalgames et du dénigrement…foiegras-524x433

Du foie gras, du vrai

Chers amis militants anti foie-gras,

Nous ne nous connaissons pas, je le regrette car je suis sûr que vos idées sont magnifiques. Je profite de ces quelques centimètres carrés pour vous écrire une petite lettre. En effet, depuis quelques années, mes oreilles sont saturées, comme le foie d’un palmipède fatigué, par une campagne publicitaire financée par votre association.

 «Pas de foie malade à ma table»

Elle me me gave, et je ne vous parle même pas de votre dernière spot radio en Belgique, où une hystérique allumée annonce que "le foie gras est un foie malade".

Je crois en la juste cause de votre combat, je crois que le bien être des animaux, comme celui des humains et des végétaux, est un droit fondamental dans une société évoluée telle que la nôtre, même si parfois un doute raisonnable peut-être de mise quant à cette évolution. Je trouve formidable les actions menées par votre association et vos militants pour que l’on traite vraiment mieux les bêtes. Je me souviens d’un truc à propos du chargement des vaches dans des camions, où votre travail à changé fondamentalement les choses, et je trouve ça, je le réécris, exceptionnel.

Mais là, je suis un peu étonné, et le mot est léger, face au raccourci que vous prenez.  A cause de vous, des centaines, peut-être même des milliers de gens, croiront cette histoire de bête malade et se détourneront du produit. Il y a déjà douze pays dans l’Union Européenne qui ont interdit le gavage. Croyez vous qu’aux Pays-Bas, où ce travail est illégal, on ne mange plus de foie-gras ?

Non, simplement on l’importe, en le contrôlant un rien moins bien, en paupérisant un peu plus les petits agriculteurs qui se diversifiaient grâce à cette production et on augmente de manière drastique l’empreinte carbone de ce produit. Je sais, je m’emballe, je fais des raccourcis et en plus on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs.

Mais bon, reprenons. Le spot, pardon la scénette, met en en évidence un médecin qui parle de stéatose. Il est vrai qu’un foie plein de graisse au stade de la stéatose n’est pas en top bonne santé. Vous voyez, nous pourrions finir par nous entendre, je ne suis pas rabique. Je n’entrerai pas non plus sur le terrain historique, car au nom des traditions, un tas de choses parfois stupides sont faites. Et même si les gaveurs n’ont fait, depuis l’époque romaine, que suivre ce que font tous les agriculteurs, c’est à dire, reproduire, amplifier, structurer des mouvements naturels pour augmenter leurs rendements et pourvoir à la nourriture des humains en général, les habitudes alimentaires ont changé et ce qui était bon il a 2000 ans ne l’est plus forcément aujourd’hui.

Je suis interloqué par votre pub parce que d’une part, elle me la joue tragique, et que d’autre part elle me dit de remplacer mon plaisir par une chose que je trouve parfaitement immangeable, fabriquée Outre-Rhin à base d’huile de palme, de fécule et de champignons, sans oublier les exhausteurs de goût.

Certes, l’huile de palme, lorsqu’il s’agit de sauver les canards et les oies, c’est de circonstance. Bon, ok, je sais, l’humour, c’est pas votre truc, j’arrête ici. Une fois encore, je souligne le coût environnemental du transport, mais ce n’est qu’un détail, surtout depuis l’Allemagne voisine. Je suis surpris lorsque j’entends ce qui est sous entendu dans cette réclame, car il ne s’agit en fait que de réclame pas d’information, ce serait même plutôt le contraire, même s’il n’est pas possible, je conviens avec vous, de placer tous les éléments à charge et à décharge de ce dossier sur trente secondes.

Je suis surpris, écrivais-je, par ce qui est sous entendu; en fait, il y a une bonne et une mauvaise attitude à table. Celle qui consiste à acheter vos petites boîtes est bonne, celle qui consiste à ne pas le faire et à manger selon son bon plaisir est mauvaise. Comment nomme-t-on ce genre de façon de procéder par un bien vilain mot qui commence par F et se termine par isme ?

Ne serait-il pas temps de cesser le harcèlement par la bien pensance ? Un des mes amis, restaurateur doublement étoilé de la bonne ville de Bruxelles, à reçu une véritable lettre d’insulte d’une dame, même pas cliente, lui demandant de quel droit il osait encore proposer du foie gras à sa carte. Une autre de mes amies, rédactrice dans un magasine féminin m’a dit qu’à chaque recette proposée avec du foie gras, elle recevait des lettres d’insultes, voire de menace. Mais où va-t-on, mes amis ? C’est quoi ce cirque ? Est-il utile d’énerver les gens avec ces histoires, qui ne sont pas des problèmes, alors que tout fout le camp ?

Et puis, franchement, en matière de cruauté animale, avez-vous connaissance, j’espère que oui, de la charte européenne pour la production de palmipèdes gras? Faites moi le plaisir de la lire, vous verrez qu’il n’est question que de bien être animal, pratiquement de la première à la dernière ligne. Savez-vous aussi que la Belgique est le pays du monde le plus en pointe en matière de protection et de respect des palmipèdes gras ? Qu’un animal blessé vaut au gaveur un avertissement de la part du vétérinaire de l’AFSCA qui le suit et que ces avertissements, s’ils se répètent, peuvent valoir une suppression du droit de gaver à l’artisan ?

Savez-vous, amis anti-foie gras, que la Belgique oblige à une formation de quinze jours les futurs gaveurs pour leur apprendre le respect et le bien être des animaux? Oui, j’en suis bien certain. N’oubliez pas, s’il vous plaît, que ces canards et oies, se gavent, certes pas dans la même proportion, dans la nature avant leurs grandes migrations, et que les animaux que nous mangerons, si l’on cesse de les gaver au bout de douze jours, retrouveront un foie tout à fait normal en quelques semaines. Ce n’est donc pas une maladie comme vous le faites croire aux plus faibles d’entre nous, aux moins bien protégés mentalement, qui peuvent croire à vos balivernes. Retenez le, ces oiseaux ne sont pas malades, ils maigrissent dés que l’on cesse de les gaver. Alors que pour moi, rien n’est moins sûr…

Sur ce, je vous livre ici quelques arguments en faveur du gavage car je pense que le faux gras n’est qu’un faux, et que rien ne vaut le vrai. Définitivement. Qu’il s’agisse de sein, de frère ou de gras.

Avant de vous livrer des arguments en faveur du gavage, car il faut être complet, je m’en voudrais de vous quitter sans vous livrer un peu d’information complémentaire à propos de cette merveilleuse huile végétale comme l’on nomme pudiquement "huile de palme durable" sur vos étiquettes. Allez donc voir, a cette adresse, à lire in extenso, si vous voulez vraiment avoir une idée de ce que vous mangez parfois. http://vivresanshuiledepalme.blogspot.be/2012/02/rspo-ou-la-mauvaise-blague-du-durable.html.

Arguments en faveur du gavage (Wallonie et Belgique)

La Belgique constitue le seul pays du monde possédant une législation spécifique au bien-être des palmipèdes à foie gras (Arrêté Royal du 25/04/1994), avec notamment l’obligation de suivre une formation agréée pour pouvoir procéder au gavage des palmipèdes gras,

Cette législation a été renforcée au 1er janvier 2011 pour interdire la cage individuelle au profit d’un logement collectif en gavage, suite à une Recommandation adoptée par la convention européenne pour la protection des animaux dans les élevages. La Belgique constitue le seul pays européen à avoir respecté les échéances pour la mise en application de cette Recommandation,

La Belgique a signé la charte européenne pour la production de palmipèdes gras émanant de la Fédération européenne du foie gras (Euro Foie Gras): dans cette charte, le secteur professionnel du foie gras s’engage à respecter les 12 principes relatifs au bien-être des animaux retenus dans le «Welfare Quality Project»,

L’élevage et le gavage offrent une opportunité de diversification dans les exploitations agricoles recherchant un complément de revenu. Cette diversification est soutenue par la Région Wallonne et le Ministre en charge de l’Agriculture : voir le projet d’encadrement zootechnique et vétérinaire des palmipèdes à foie gras financé par la DGARNE (Direction du Développement et de la Vulgarisation) et confié à l’Ulg, Clinique vétérinaire universitaire de la Faculté de Médecine vétérinaire. Voir aussi la présence de la Filière Avicole et Cunicole Wallonne, financée par la Région Wallonne et qui soutient la production de foie gras,

Depuis septembre 2011, en Wallonie, un Arrêté ministériel reconnaît officiellement des critères minimaux de qualité différenciée en volailles, en tenant compte, juste pour info, des recommandations de GAÏA (non, ce n’est pas de la schizophrénie que de participer à l’élaboration d’une réglementation visant à améliorer le sort des animaux à gaver et dans un même temps proclamer Urbi et Orbi tout un tas de contre-vérités, c’est juste un bon business) . Le canard à foie gras en fait partie.

Le gavage des canards constitue une courte période dans la vie de l’animal : maximum 2 semaines sur plus de 13 semaines de durée d’élevage. Par ailleurs, les animaux ont accès à un parcours extérieur au moins la moitié de leur vie. Depuis des années déjà, les professionnels ouvrent leur porte au grand public (fermes ouvertes) pour montrer comment ils travaillent,

Les chercheurs français de l’INRA, dont Jacques Servière, ont démontré que le gavage, en conditions normales, n’apparaît pas comme étant générateur important d’actions irritantes sur le tractus digestif. Ces actions irritantes auraient en effet pour conséquence une inflammation tissulaire. Elles se mesurent par le rythme cardiaque, le taux de corticostérone, la réaction d’extravasion plasmatique neurogène de l’œsophage, ainsi que des mesures au niveau du système nerveux,

Jusqu’à présent, il n’a jamais été démontré la possibilité d’une alternative au gavage pour obtenir du foie gras, mais le secteur est proactif et ouvert aux recherches scientifiques. Il faut savoir que pour être reconnu comme «foie gras», celui-ci doit peser au moins 300 grammes (exigence issue de la réglementation européenne relative aux normes de commercialisation des volailles).

Si vous voulez exercer votre libre arbitre, et ne pas forcément penser comme les réclames radiophoniques le voudraient, allez donc voir sur  www.facw.be

Eric Boschman

(Pour plus d’info, on se reportera à l’article paru sur l’excellent blog d’Eric, Saturday Wine Fever).


4 Commentaires

Buvons du rosé !!!

Et cela malgré le temps pourri.

Rosa_Laura_Ford_2Roses anciennes qui offrent presque toutes les nuances des rosés

Le rosé apporte le soleil sur la table. C’est le plus vieux vin du monde !

En effet, l’histoire nous apprend que les techniques anciennes de vinification des cépages rouges tendent à démontrer que le premier vin connu était rosé. Alors arrêtez de nous faire ch… avec l’argument, le rosé, c’est pas du vin.

Comme toute production, il y a du bon, du moins bon, du très moyen et du franchement pas bon pour rester poli. Et n’oublions pas que si les méthodes propres à l’élaboration du rosé peuvent sembler simples au premier abord, elles s’avèrent des plus délicates à maîtriser et parmi les plus difficiles à réussir.

Jadis, la couleur n’intervenait pas autant dans les standards de qualité, ni dans la définition d’un vin. Aujourd’hui, elle devient l’argument de vente qui doit se plier à une image commerciale bien définie par les tendances du marché. Ce qui implique chez une majorité de vinificateurs une obsession de la couleur parfois au détriment de la substance.

Beaucoup oublient qu’il s’agit d’un vin !

Qui certes peut être léger come une brise printanière, croquant comme un fruit au soleil, lumineux comme un ciel d’été.

Que l’on boit avec bonheur et simplicité. Mais qui ne doit jamais, au grand jamais, trahir sa terre.

Heureusement, il reste des rosés qui portent haut et sans fausse prétention la noblesse de leur terroir. De ces bouteilles qui peuvent voyager jusqu’aux tables nordiques. Se dresser, fières de leurs parfums, sur une nappe de lin. Et s’épandre, généreuses, même après quelques années, dans des verres de cristal pour un repas de gastronomes. Comme l’a démontré Château Simone…

Des rosés que l’on boira encore à l’automne sur les fruits confits mariés aux saveurs de chasse, que l’on sirotera en hiver en songeant à l’été, complexe, sur des viandes en sauce, que l’on respirera au printemps retrouvé, mariés à quelques asperges qui se féliciteront des arômes terriens, les rosés autant fait le tour de l’année.

 Rosa

 

 

Voici pour vous choyer, quelques rosés choisis pour le plaisir qu’ils donnent. Ici, pas de transport amylique, encore moins de thiols, dernière reflet d’une tendance au goût de pamplemousse.

 

Commençons par un coup à boire

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Vin de Pays de la Méditerranée Grêle 2012 Château de Roquefort

Stop ! Trop bon ! Un rosé qui se descend sans y réfléchir, un coup à boire avec les copains, un rosé à avoir toujours sous la main. Et pourtant, dedans, seulement 15 kg de raisins du Château du volume total produit. Le reste vient de 35 domaines. Pourquoi ? La grêle. C’est le résultat de 7 minutes de grêle dévastatrice qui a enclenché une solidarité rarement vue. Du moût, des raisins, une parcelle, des bords de la Méditerranée au nord du Rhône, chacun des vignerons solidaires ont contribué selon leur cœur à cette cuvée non reproductible… mise en bouteille grâce à une dérogation exceptionnelle…

Le résultat ?

Une robe claire comme une nacre irisée, le nez frais comme une brise marine, la bouche gourmande et sensuelle comme… je vous laisse fantasmer.

Le minéral cristallin structure le vin, architecture élégante qui reçoit fruits, fleurs et épices, s’habille d’une texture onctueuse, se rafraîchit d’agrumes, se colore en final de senteurs orientales, difficile de ne pas finir la bouteille…

S’il y en avait plus, ce serait sans conteste le rosé de l’été.

www.deroquefort.com

 

 Ostal Cazes Rosé - bouteille

Pays d’Oc L’Ostal Cazes Rosé 2012

Lychee très pâle si on peut l’être plus, le nez très floral se parfume de rose avec une pointe de jasmin, de senteurs délicates de cannelle. L’élégante de la bouche nous ravit, on ne s’y attend pas, tellement sa transparence nous interpelle. Des arômes de réglisse, de pêche blanche et d’écorce de citron vert la colorent avec subtilité, mais tout est ici subtilité, comme le bel équilibre entre la vivacité, l’onctuosité de la texture et le croquant du fruit.

 

Assemblage : 50 % syrah, 50 % grenache

www.lostalcazes.fr

Fontcreuse Rosé - bouteille 

Cassis Cuvée F 2012 Château de Fontcreuse

Abricot lumineux, il emplit le verre de ses feux. Comme la robe, l’abricot parfume le nez, se mâtine d’un brin de romarin, se fait subtil sur les embruns. La fraîcheur en bouche n’a rien d’agressif, elle s’est installée entre épices et fruits qu’elle aide à sur les papilles se distiller. Élégance des agrumes à peine suggérés, mandarine, kumquat, en zeste et jus qui mêlent douceur et amertume.  

 

Assemblage de Cinsault et Grenache

www.fontcreuse.com

 Beaujolais 3 salons (13)

Beaujolais Le Milh’Rosé 2011 Domaine de Milhomme

Sa jolie couleur framboise est des plus engageantes, d’autant plus que la baie parfume le nez et ravirait le plus difficiles des Schtroumpfs. En bouche, la fraîcheur naît comme par miracle et offre des sensations épicées qui viennent souligner la saveur du fruit. Un léger grain tannique renforce la structure.

 

Saignée de Gamay plantés à 10.000 pieds/ha

www.milhomme.com

 chateau-chenaie-conviction-rose

Faugères Conviction 2012 Château Chenaie

Abricot rosé, le voilà tout parfumé de groseilles rouges fraîchement cueillies. Leur jus coule en bouche, élégant, mêlé de rose et de poivre, de thé vert et de fleurs d’églantier. Puis un trait de réglisse apporte un contraste inattendu au décor fruité, souligne la chair d’un melon, étire d’un jet de muscade l’exotique papaye, tapisse de saveurs citronnées les papilles extasiées.

chateauchenaie@orange.fr

 

elegence-rose 

Costières de Nîmes Élégance 2012 Château Beaubois

Saumon pâle au nez qui rappelle les écorces d’agrumes sans verser dans le tendancieux pamplemousse… Ce sont kumquat et mandarine qui dominent les senteurs nasales, complétées par un soupçon de réglisse et de cardamome. La bouche fraîche sans être vive érige un décor fait de fruits et d’épices, ornement à la fois délicat et gourmand qui se déploie sur une assise minérale. Une note incroyablement suave de melon s’offre en finale.

 

Rosé de pressurage direct qui assemble 60% de Syrah, 20% de Grenache et Cinsault, élevé 2 mois sur lies fines

www.chateau-beaubois.com

Millésime Languedoc 2013 027 

Saint-Chinian la Demande en Mariage 2012 Domaine Pech Ménel

Pâle comme un pétale de rose, voire comme une cuisse de nymphe émue, il offre un nez délicat de rose blanche et de mimosa poudrés de poivre. La bouche subtile s’allonge en petites notes fruitées, baies rouges et chairs blanches parfumées de curcuma. Longueur gracieuse sur la fleur et l’épice.

 

Pressurage direct de Syrah et Grenache à parts égales et égrappés

www.pech-menel.com

Millésime Languedoc 2013 028 

Saint-Chinian Petit Bonheur 2012 Domaine Marion Pla

Le rose pâle se nuance d’une pointe de violet, le nez lui se mâtine de gelée aux couleurs chatoyantes, groseille, framboise et mûre. La bouche change la donne par un acidulé qui réclame le citron vert à grand cri qui ameute les papilles ravies de tant de contrastes. Pour assagir la dynamique une potion de verveine vient colorer baies et agrume. Mais ce n’est pas fini, voilà qu’un grain de grenade déboule en final…

 

Pressurage directe de 45% de Cinsault, 35% de Syrah et 20% de Grenache

www.marionpla.fr

Millésime Languedoc 2013 006 

Languedoc Prestige 2012 Domaine Puech-Haut

Un rosé très pâle, presque blanc, le nez floral et minéral évoque l’iode et les boutons de rose avec quelques accents poivrés. Recherchée, la bouche propose juste ce qu’il faut pour que l’on remarque l’élégance raffinée d’un fruit épuré. La longueur, elle, préfère nous parler de fleur.

 

Rosé de pressurage direct de 60% de Grenache et 40% de Cinsault 

www.puech-haut.com

 

 

 Millésime Languedoc 2013 007

Languedoc Qu’es Aquo 2012 Mas Cal Demoura

Saumon prononcé, il épice son nez de poivre et de curcuma avant de savourer une tisane d’herbes de garrigue, de quoi aviver les papilles qui gourmandes savourent le fruit jusqu’ici attendu. Melon, fraise et groseille font un trio doux acidulé qui apporte un tonus inattendu qui se coule dans la texture onctueuse d’une mangue. La longueur nous apporte une dernière surprise, le fumé délicat d’une branche de cade.

 

Pressurage direct des 50% de Grenache et saignée des 33% de Cinsault complétés de Mourvèdre et de Syrah

www.caldemoura.com

Millésime Languedoc 2013 011 

Pic Saint Loup ‘’Abracadabra’’ 2012 Domaine Chemin des Rêves

Lumineux comme un abricot couvert de rosée, parfumé comme une assiette de sorbets, savoureux comme le jus de mille baies, le voilà dans le verre tout croquant n’attenant qu’une chose, nous faire plaisir par ses fragrances de melon, de pêche jaune, d’amande, de cerise confite, de gelée d’orange. De plus, sa texture onctueuse, sa très légère douceur, le rendent irrésistible.

 

Rosé de saignée à l’assemblage fait de Mourvèdre, Syrah et Grenache

www.chemin-des-reves.com

 

 

Voilà de quoi passer une bonne partie de l’été, si d’aventure il lui sied d’un peu de chaleur nous inonder.

 

 

 

Ciao

 

Marc

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