Les 5 du Vin

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Le goût du terroir, vu de Cahors – et d’ailleurs

Lors de mon dernier passage à Cahors, j’ai eu l’occasion de voir Lydia et Claude Bourguignon descendre dans la fosse. Non pas la fosse aux lions, mais une fosse creusée au milieu des vignes, ou plutôt deux. L’une sur une terrasse du Lot, l’autre sur le Causse calcaire. Ces spécialistes du sol, armés d’un poignard et de beaucoup de patience, ont suivi le cours des racines, émietté les différentes couches de terre. J’ai vu, de mes yeux vu, qu’il y avait deux types de racines, celles qui plongent en profondeur, et celles qui s’étalent juste sous la surface – le désherbage et le tassement du sol en seraient les causes.
Les Bourguignon avancent que les plus importantes pour faire un bon vin sont les premières. No sé. J’ai aussi lu le contraire (les jeunes racines seraient celles qui vont à la chasse aux ions). Les racines profondes ont en tout cas l’avantage de mieux alimenter la vigne en eau dan sels zones sèches – et pour autant qu’il y ait de l’humidité en profondeur.
J’ai aussi vu quelques galets, que les racines contournent – elles n’en extraient sans doute pas grand chose, mais cela rallonge le chemin de la sève, ce qui, d’après les Bourguignon, favorise la concentration du raisin. Ik weet het niet.

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Claude Bourguignon dans la fosse aux ions (Photo © H. Lalau 2014)

Je les ai aussi entendu évoquer la "solubilisation de la roche par les acides exsudés par les radicelles". Le fait que cette décomposition créée une sorte de gangue d’argile de décomposition autour des racines. Ich weiss nicht. Je les ai entendu parler de Kimmeridgien et de Bathonien. Les calcaires de Cahors sont bien du Kimmeridgien, mais comme le climat est plus chaud qu’en Bourgogne, les éléments carbonés se sont décomposés plus vite, ce qui fait que le sol ressemble plus à du Bathonien. Ca, c’est bath! Les Bourguignon ont expliqué que les arômes du raisin étaient liés aux enzymes, et que pour les extraire, les enzymes ont besoin d’un cofacteur métallique. I don’t know. Tout cela, et d’autres choses que je n’ai pas retenues ou comprises, étaient versées au dossier pour expliquer que oui, toutes choses étant égales par ailleurs (et elles le sont rarement), un Cahors de terrasse argileuse est différent d’un Cahors du Causse calcaire; et même, que les zones ferrugineuses ont leur spécificité. Ce qui fut vérifié à la dégustation, avec les (très jolis) vins du Château Ponzac. Sauf que bien sûr, la vinification agit comme un filtre. J’ai aussi entendu de mes oreilles un Américain quelque peu péremptoire dire que tout ça n’était que foutaise. Je n’ai pas vu les racines de ses vignes californiennes – je suppose qu’elles en ont aussi! Ni ses sols. Mais je suis sûr qu’en cherchant bien, on doit y trouver aussi du calcaire et de l’argile. D’ailleurs, je crois me souvenir qu’on en tient compte pour planter des cépages rouges ou blanc. Peu importe, en définitive, si l’Amérique identifie ou des terroirs, les revendique, ou préfère les assembler. On peut aussi faire de bons vins, de cette façon. Moi qui vous parle, j’ai eu l’occasion de déguster d’excellents pinots noirs et chardonnays chiliens assemblant des raisins issus de différentes vallées distantes de près de 400 km (San Antonio, Casablanca et Limari, notamment) et qui étaient diablement expressifs. Pas d’un terroir, non, mais du travail très qualitatif d’oenologues inspirés. C’est ce que permet de faire aussi notre Vin de France, et soyons justes, cela peut-être très bon, pour autant que les raisins de l’assemblage soient bons. Mais ce n’est pas la question. Je vous avoue humblement que je n’ai pas tout compris de la démonstration des Bourguignon. Par contre, je me souviens d’une dégustation assez probante, à l’aveugle, réalisée chez moi en compagnie de l’ami Marc Vanhellemont. Nous avions reçu trois cuvées de Coteaux du Giennois – marnes, caillots, silex, du même producteur, Berthier, du même domaine (Montbenoît), du même village (Pougny), du même millésime (2012) et vinifiées en cuve. photo

Chez les frères Berthier, le sol est… sur la bouteille (Photo © H. Lalau 2014)

  A la dégustation, nous avons bel et bien noté de grosses différences. La cuvée Terre de Silex était très aromatique, très fumée aussi; la cuvée Terre de Caillottes présentait un profil très particulier, vif et souple à la fois, avec un fruit assez mûr; la cuvée Terre de Marne, enfin, était florale et fruitée, sa bouche veloutée, c’était le vin le plus complet. Et non, ce n’était pas seulement parce que nous cherchions à trouver des différences: nous sommes revenus plusieurs fois sur les vins, dans tous les ordres possibles, les différences étaient toujours les mêmes. J’avais déjà eu l’occasion de faire une expérience assez comparable à Sancerre, chez les frères Riffault, ou encore en Suisse, en Lavaux. Cahors n’a fait que confirmer mes impressions. Notre ami David a raison de douter – je lui laisse le bénéfice de ce doute. Quant à moi, je ne sais pas bien comment ça marche; comment le sol peut donner un goût au vin à travers l’homme et la vinification. Je pense qu’il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte, que l’on ne maîtrise pas encore tous les paramètres, que la science a encore du chemin à faire dans la connaissance de l’effet sol, même si, comme Michel, je suis convaincu que l’homme est un des facteurs essentiels. Malgré tout, sans pouvoir expliquer, je le répète, je constate que pour bon nombre de vins, lorsqu’on a pu réduire le nombre d’éléments de comparaison au minimum, on constate bel et bien, au nez comme en bouche, une différence entre les vins obtenus sur un tel sol et ceux obtenus sur un autre sol. Cela ne démontre sans doute pas grand chose, en termes scientifiques; et cela n’autorise certainement pas certains à se rengorger de leur terroir unique – surtout quand dans ce prétendu terroir, ils agglomèrent des sols très divers. Ainsi, parler des terroirs de Sancerre peut avoir un sens. Parler du terroir de Sancerre, aucun. Mais ce n’est pas parce que l’on abuse du terroir dans le marketing moderne que son effet n’existe pas.

Je ne sais pas si j’ai fait beaucoup avancer le schmilblick. Je n’ai pas l’esprit scientifique. Mais si j’ai pu susciter votre curiosité, c’est déjà ça. Essayez par vous-mêmes de reproduire l’expérience. Si vous passez par Saint-Chinan, cet été, par exemple, demandez à déguster un vin de schistes et un vin de cailloutis calcaires. Et faites moi part de vos conclusions.

Hervé


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Eating in Porto: Rui Paula’s DOP or O Paparico?

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One immediate conclusion after three nights in Porto – you can eat very well here.

On our first night we went to the very traditional Casa Aleixo near to the Campanha railway station. Crowded, popular restaurant need to book to avoid long queues said the guide books, so it was somewhat of a shock to arrive at an empty restaurant. True the road outside is currently closed to traffic, while major works is done to the sewage pipes. We ate quite well with some delicious presunto to start. Carole had the speciality merluza (hake) with sqVisits to Port Houses, Portuguese gastronomy, uid rice – tasty but a little dry, while I went for the roast veal, potatoes and greens. This was a good match for our bottle of Julia Kemper 2011 Dão. But it was sad to be in a restaurant which, over the evening, only had eight customers. Apparently the road works have been going on for two months – the owners must be hoping that business will pick up once it finishes. A warning – Casa Aleixo does not take cards.

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Rui Paula: DOP
In complete contrast we ate on Thursday and Friday evenings in two of Porto’s best and most popular restaurants: firstly Rui Paula’s DOP in the centre of the city housed in the Palacio das Artes, Largo de S.Domingo and then O Paparico in the Northern suburbs. Although perhaps it shouldn’t be a contest, comparisons are inevitable. In the end it comes down to which restaurant would we go back to if we had to choose one?

In two respects they are similar and equal – the food in both is very good as are their extensive wine lists.

DOP is buzzy – a modern restaurant with hard edges making it noisy. We were seated close to a large group and, although they weren’t loud, it was impossible not to be very aware of them and to hear their conversation. Initially the service was excellent including an impressive piece of decanting by the sommelier of our delicious and complex bottle of 2005 Mouchão (Alentejo) @43€. Our wine was at the perfect, cool temperature.

Unfortunately later in the evening the level of service fell off and I had to reach out for our wine and water housed on a separate table. Fortunately within my easy reach but far more difficult for a nearby couple tucked away in the corner. If a restaurant insists on exiling wine from its customers then they should ensure good service right the way through the meal. If not leave the bottle or the decanter on the table as I’m very happy to pour our own wine.

At DOP we started by sharing a carpaccio of bacalhau and a really delicious scrambled egg with  traditional Portuguese sausage. For main course Carole took the perfectly cooked turbot, while I had the equally fine roast cabrito with its crispy skin and moist inside accompanied by an excellent cabrito risotto. We missed desserts finishing with good expresso. It took a while to find someone to bring us the bill – 114 euros.

O Paparico was the strong recommendation of Gabriella Opaz. On the Rua Cabral and north of the ring road it was a good 15 minute taxi ride from the centre of town. From outside the restaurant gave the impression of being closed but on a sharp rap on the metal knocker the door was swiftly opened and we were immediately welcomed inside. "A drink in the bar first or straight to your table?" We opted to go straight to our table – cosily tucked into a corner at the far end of the restaurant.

This welcome set the tone for the evening – the service was brilliant – friendly, efficient but discreet. On Gabriella’s insistence we introduced ourselves to Sergio, who runs the restaurant, but I’m sure this made no difference to the high quality of the service. It was clear from watching and admiring the staff serve the other customers.

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O Paparico: stone walls adorned with rural memorabilia

The decor of O Paparico is homely and rustic with elements of a mythical rural past with stone walls and various accoutrements on the walls. The tables are a little more spaced than at DOP and coupled with the better sound proofing meant that we could talk normally and not hear our neighbours’ conversations.

At O Paparico the first courses are already selected and await your arrival but you change any you don’t want or order more if you are greedy! We had a very fine carpaccio of octopus, a superb terrine of calves liver in a Port wine sauce and a sheep’s milk cheese plus some interesting bread and special biscuits with the terrine.

Having had a red from the Alentejo the night before we looked for a Douro red this time and went for the 2008 Vinhas Velhas (45€) from Quinta do Crasto (www.quintadocrasto.pt/). The sommelier tells it is their last bottle.  More powerful and butch than the Mouchão but less complex, it needed time in the decanter and glass to really open up. It was, however, a very good match with the veal.

The principle of the main courses is that they are for two people but you can opt to have two half portions to share and this is a good way get to try more dishes. We opted for tenderloin of pork with apple sauce first and followed this with veal in a mushroom sauce. Both dishes were very fine with the pork tenderloin beautifully tender and slightly pink. Although called veal in Portugal in the UK we would class this as beef as we experience veal as a white meat. Whatever it was rare and delicious!

We normally do without desserts, especially in Portugal where they are often oversweet. However, as the food was so good here we decided to break this habit. Carole chose the chocolate and I opted for a crème brulée. Made from bitter chocolate, the chocolate was a real standout dense and concentrated – just lovely!

A couple of coffees bought the bill to 134€ in line with DOP (even fractionally cheaper) as we only had two courses there and took a glass of the 2008 LBV from Noval with a chocolate mousse. And yes it was a good match!

I’d go back to O Paparico before DOP mainly because the service was much better – more attentive and professional.

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Porto Cruz 4th Floor terrace with views across to Porto.

For lunch on Friday we followed a recommendation from the Catavino site – the rooftop terrace of Porto Cruz (http://www.myportocruz.com) in Vila Nova da Gaia. It was ideal for a snack – a capaccio of bacalhau, scrambled egg with Portuguese sausage and some little green pimentos accompanied by a glass each of 2013 Alvarinho Muros Antigos. A peaceful oasis with great views. 

 

 

 


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Identifier un sol par le goût d’un vin: une illusion ?

Ce sujet est un peu un serpent de mer, je le sais. Mais puisque tant de personnes semblent le considérer comme une sorte d’acquis, voire une évidence, il me semble utile d’exprimer de nouveau mes doutes sur la pertinence d’un lien indéfectible entre la nature géologique d’un type de sol et le goût d’un vin. Je dis bien le goût ! Ce qui est en cause ici est la supposition que le lien entre un vin et la nature du sol qui est à son origine est une chose inéluctable, indiscutable et réellement identifiable lors d’une dégustation. Personnellement j’en doute fortement, et je ne crois pas être seul dans ce cas.

Mon dernier article sur ce blog a traité de très beaux vins blancs secs qui sont produits actuellement en Anjou. Un des arguments d’identification et de promotion de ces vins est le fait qu’ils sont (en grande partie du moins) produits sur des sols de schistes noirs. Pour juger de la pertinence de ce discours lancinant sur l’impact des sols, j’aurai bien voulu voir alignés des chenins secs produits sur schistes avec des vins du même cépage issus de sols calcaires (ou autres). Evidemment il aurait fallu qu’ils soient tous des mêmes producteurs et millésimes pour écarter quelques variables de plus. Mais cela ne s’est pas fait ainsi. En revanche, un article très intéressant sur des rieslings d’Alsace vient de paraître dans le dernier numéro de l’excellente revue The World of Fine Wine. Intitulé "Goût du Terroir, Alsace Riesling on the Rocks", cet article présente et décrit une dégustation comparative à l’aveugle dont le but était de tenter de séparer des rieslings venant de sols granitiques d’autres issus de sols calcaires.

calcaire-oolitique-roches-373x280Ceci est un sol de type calcaire. Et alors ?

 

Les échantillons étaient tous issus du millésime 2009 et l’organisateur a demandé que tous les vins soient secs, c’est à dire ayant moins de 6 grammes de sucre résiduel et un rapport sucre/acide égal au moins à 1 pour 1. Le fait que seulement 24 des 63 échantillons reçus contenaient réellement moins de 6 grammes de sucre me semble refléter la confusion qui règne actuellement en Alsace sur la notion de ce qui est sec et ce qui ne l’est pas, mais ceci est un autre débat. On peut aussi considérer que certains producteurs n’ont pas bien lu le brief de Tom Stevenson (l’organisateur de la dégustation) car il y avait dans le lot deux vins avec un peu moins de 20 grammes de sucre, un avec 25 grammes, et même un SGN ayant 97 grammes !

Il y avait trois dégustateurs, Marcel Orford-William, spécialiste des vins d’Alsace, Essi Avellan MW et Tom Stevenson, l’auteur et l’instigateur de l’article. En préambule, celui-ci présente d’une manière assez complète l’influence des sols, comme partie prenante du concept de terroir. Il affirme qu’il est possible de quantifier son rôle, en particulier grâce à sa gestion des ressources hydriques (drainage, aération, capillarité, pH, etc), mais aussi sa capacité à nourrir la vigne d’une manière équilibrée. Outre les ingrédients physico-chimiques d’un sol, Stevenson évoque, en détail, l’importance de la vie organique, y compris bactériologique, en dessous de sa surface. Vers la fin de son introduction, il mentionne aussi que les interactions sont si multiples et si complexes dans cette affaire que, si on ajoute des différences entre sites, rendements, vinification, etc., la chose devient vraiment trop complexe pour en tirer des conclusions simplistes. Les données de base de cette dégustation étant la volonté de différencier des vins issus de sols granitique et de sols calcaires, il poursuit en donnant quelques idées sur ce qui caractérise ces deux types de sols. Le granit donne un sol chaleureux et acide ; le calcaire un sol plus frais et alcalin. Le problème de la mixité des types de sols dans une parcelle donnée est aussi mentionné.

granite1Ceci est un sol granitique. Et alors (bis) ?

Mais quel effet ces différents types de sols sont-ils censés avoir sur les vins ? Selon le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, "les vins d’Alsace sur sols granitiques sont plus fins, plus linéaires, plus délicats et plus précis que ceux qui proviennent de sols calcaires ; ceux-ci sont plus larges et puissants, ayant souvent un taux d’alcool supérieur. Les vins granitiques donnent souvent une impression plus acide." Stevenson dit qu’il n’a jamais trouvé que des Rieslings d’Alsace venant de sols calcaires semblait plus "larges" que ceux issus du granit, mais passons. Ce qui transparaît d’une manière purement factuelle de cette dégustation est que le taux de reconnaissance du type de sol obtenu par les trois dégustateurs fut de l’ordre de 55 % : autrement dit, à peu près le même qu’on pouvait obtenir par le hasard pur (une chance sur 2) ! L’auteur confesse qu’il manquait d’expérience dans cet exercice précis : l’identification de rieslings issus de ces deux types de sols. Mais les trois participants sont quand-même des grands spécialistes de la dégustation et deux, de l’Alsace en particulier. Je me permets donc de douter de la pertinence de cet insistance sur la nature des sols comment élément clef dans le profil gustatif d’un vin. Car, après tout, à quoi bon insister urbi et orbi sur l’importance du type de sol si personne (et surtout pas un consommateur lambda) n’est capable de trouver un quelconque caractère marquant liant un vin (même d’un mono-cépage) à un type de sol donné. Autant parler d’autre chose!

Par hasard, dans le même numéro de cette revue, je tombe aussi sur un article de Michel Bettane (qui n’est pas Anglais, et donc ne peut pas être accusé d’être un anglo-saxon inculte incapable de comprendre les subtilités des produits dits "du terroir" ) qui relate une autre dégustation à l’aveugle, cette fois-ci portant sur des vins rouges de Bourgogne et avec comme objectif secondaire de déterminer l’appellation  communale des vins parmi 40 échantillons de Côtes de Nuits Premier Cru. La plupart des idées reçues sur le vin, de Bourgogne en particulier, soutiennent qu’un Chambolle n’a rien à voir avec un Gevrey, et ainsi de suite. Bilan de cette dégustation? Les dégustateurs (pourtant des professionnels) ont réussi à correctement identifier la commune de 4 vins sur 40. Le pur hasard, une fois de plus, aurait probablement permis un meilleur résultat !

Nous sommes d’accord que le terroir influe, plus ou moins fortement selon les cas, sur la nature d’un vin; mais de là à lui conférer une sorte de déterminisme sur le goût de celui-ci, au-dessus de facteurs humains et techniques, me paraît une absurdité et que c’est, de toute façon, impossible à prouver. Remettons vite le terroir à sa place comme un des multiples ingrédients d’un vin, sans prédominance aucune. Le reste n’est au mieux qu’une illusion, au pire de la propagande.

David Cobbold

 


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#Carignan Story # 230 : Sus au pénible !

Dans le Midi, rien n’est tout à fait comme ailleurs. En dépit des apparences, le réveil qualitatif auquel on a assisté depuis 30 ans n’est pas uniquement l’œuvre de « people » en vue, comme on peut le constater en Provence ou du côté de Bordeaux où de richissimes néo-ruraux en quête de préretraite viennent chercher refuge dans le monde du vin disneyisé. Ici, le renouveau des vignobles s’inscrit dans l’épopée des gens de la terre, ancrés qu’ils sont dans l’Histoire. En schématisant peut-être un peu trop vite, beaucoup des vignerons d’aujourd’hui sont des Languedociens pur jus que l’épopée industrielle a fait descendre jadis des rudes coteaux de cette garrigue ingrate du Haut-Languedoc dans l’intention de produire en plaine et en quantité dans des conditions d’apparences moins rudes.

Marre des vins pénibles ! Photo©MichelSmith

Marre des vins pénibles ! Photo©MichelSmith

Sans cesse poussés par l’esprit bassement mercantile d’un négoce avide de vins de table trafiqués si dévastateurs pour l’organisme et payé à vil prix au producteur, les producteurs se sont emballés, les vignes sont devenues de grossières vaches à pisser le pinard, les coopératives se sont multipliées pour défendre le productivisme et la chimie s’est emparée du vin faisant la fortune de certains, la ruine des autres. Caricature, allez-vous me dire. Et pourtant, qui se souvient de ce Midi rouge et frondeur, de ce cafetier viticulteur nommé Marcellin Albert haranguant la foule du haut de son platane, de la troupe prête à défendre les préfectures face à des gens ruinés réduits à la castagne ? C’est dans ce perpétuel conflit où les années fastes succèdent aux crises que naquirent des vignobles comme Faugères ou Saint-Chinian aujourd’hui respectés à défaut de n’être encore réputés sur la scène mondiale du vino business.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Ainsi, de braves viticulteurs sont-ils redevenus de vrais vignerons, restaurant avec foi et amour des coteaux délaissés car si peu productifs. Dans les années 80 jusqu’à l’aube du millénaire, on voit naître des cuvées monstres à défaut d’être monstrueuses, des rouges sur mûrs, sur extraits, sur boisés, sur maquillés, surfaits, sur médaillés, sur médiatisés… Qui sait, caché au bout de sa rue Marcellin Albert, à Trausse-Minervois, le sage Luc Lapeyre, à force de caresser sa généreuse barbe toute argentée, se souvient peut-être qu’il est passé par là, par cette époque où l’on cherchait plus à singer le Bordelais plutôt qu’à ressembler à son pays. Comme d’autres vignerons de son envergure, c’est-à-dire des hommes de la terre qui ne se pètent pas le melon, Luc se lamente : « Y’en a marre du vin pénible » ! Il me l’a ressorti l’autre jour lors d’une conversation. Au début, cette réflexion revenant souvent chez lui, je me suis dit : « Ça, cette espèce de désinvolture, c’est tout Luc, du Lapeyre tout craché ! » Puis je me suis aventuré à lui demander : « Qu’entends-tu par là ? »

Photo©MichelSmith

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En bavardant avec lui tout en goûtant son dernier Amour de Carignan, j’ai réalisé combien ce bougre de Vigneron, amateur comme moi de bonne cuisine campagnarde avait raison. Mille fois raison. Oui, y’en a ras le bol de ces vins pénibles où l’on ne sent rien, de ces jus où l’on se demande « Mais où est le vin ? », de ces bibines trop travaillées, trop parfumées, trop étriquées, de ces vins mondains sans âme, de ces pinards que l’on avale péniblement et que l’on laisse sur un coin de la table en se demandant : « Putain, où est la bouteille d’eau ? ». Oui, mon ami du Haut-Minervois, plus que jamais aidé de son fils Jean-Yves, a fichtrement raison de maugréer dans sa barbe : « Y’en a marre des pénibles ».

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Du Carignan, les Lapeyre en ont sauvé 5 ha sur les 32 qu’ils cultivent. Une bonne partie va dans cet Amour de Carignan provenant de vignes vendangées à la machine et situées en majorité sur des terres argileuses. Moyenne d’âge : 50 ans. Production : 8.000 flacons. Prix : 5 euros départ cave. Extraction à froid, fermentation sur 10 à 15 jours, mise en bouteilles juste avant le printemps suivant, c’est un vin sans prétention, je serais tenté de dire "sans pénibilité", corsé au nez avec ce qu’il faut de notes de mûres et de cade, d’accents de garrigue en bouche, une pointe d’amertume pas trop gênante et le fruit qui s’accroche en finale laissant une bouche bien fraîche. Le vin parfait pour une grillade d’été. On le boira bien frais sur des brochettes avec force de poivrons, tomates et oignons. Sans oublier le thym. Et sans effort !

Michel Smith

Photo©MichelSmith

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Si j’étais un Chinon…

J’ai parcouru avec intérêt la liste publiée par l’ami Jim, qui reprend les notes de Pierre Couly à propos des millésimes de Chinon depuis… 1889.

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J’ai noté avec intérêt la note relative à mon année de naissance, 1962.

J’y lis: "Plaisant, sans grosse charpente".

C’est tout moi, ça!

J’aurais horreur d’être "petit et maigre", comme 1951; mais encore plus d’être "peu aimable", comme 1967…

Et comme je suis réaliste, je ne me prends pas pour "très beau", comme 1976.

Tout au plus aurais-je aimé être comme un 1988, "vif, fringant et charmeur"…

Hervé Lalau

 


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Millésimes Alsace

Ils étaient une petite centaine de producteurs présent à cet évènement assez récent, une première pour moi qui ne suis guère coutumier de la région. Mais avide d’en apprendre un max et sans peur.

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Parenthèse sur la peur

La peur régit nombre d’amateurs, voire de dégustateurs, l’Alsace l’illustre bien. Propos bizarre certes, mais la peur de l’inconnu arrive même jusqu’au monde feutré du vin. Cela va de la peur d’acheter un une appellation peu, mal ou inconnue, des fois que ce serait mauvais, si tu n’essaies pas, jamais tu ne sauras.
Ou encore ne pas prendre un Riesling sur la truite au bleu, de peur qu’il y ait du sucre résiduel, ce qui peut être effectivement gênant.
Il y a pire dans le Jura, ouillé ou oxydatif cet Arbois blanc ?
Quant aux vieux millésimes, est-il encore bon, avec on va le boire ?
C’est vrai que tout ça est affreux, je me suis fait peur en l’écrivant.
Buvons plutôt un Sauvignon bien variétal, bien rassurant!

Retour en Alsace, terre aux mille cuvées.

Il y en a tellement des cuvées, chaque producteur en propose une douzaine, comment faire ?
Il faut choisir : ne rien déguster ou se lancer, se faire plaisir ou pas. C’est la vie.

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Colmar parc des expos

Grande salle, chaque vigneron derrière sa table, toutes les mêmes, toutes classées par ordre alphabétique, c’est pratique.
Tout déguster est impossible, il faut faire des choix, soyons téméraires, mais espérons que ce seront les bons.
Voici donc une petite douzaine de découvertes, impossible d’en faire plus, dommage.
Et faites dans un ordre aléatoire…
Et sans vraiment de commentaires, photos des vignerons et des vins.

Frick, c’est chic (facile)

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Domaine Léon Boesch

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Domaine Bott-Geyl

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Louis Sipp

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Domaine Valentin Zusslin

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André Ostertag

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Domaine Paul Kubler

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Domaine Hubert Metz

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Véronique et Thomas Muré Domaine du Clos St Landelin

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Josmeyer

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Domaine Paul Ginglinger

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Et pour les amateurs de Riesling bien sec, allez-y sans hésiter, toutes les cuvées dégustées chez les vignerons ci-dessus y répondaient

Un joli petit tour d’une partie de la belle production alsacienne, bien entendu il en manque. De plus, tous les domaines dégustés sont en bio, biodynamie, voire en sans soufre, de quoi se faire une petite peur, pas vrai?

Ciao

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Marko


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Presse du Vin : moi j’aime La Vigne !

L’autre jour, j’ai été peu élégant et même désobligeant envers un magazine qui ne m’avait rien fait, bien au contraire. J’avais oublié qu’une gentille copine en était la rédactrice-en-chef. Aïe ! Je crois que si elle avait été à mes côtés, elle m’aurait giflé. Mais que voulez-vous, je suis bélier. Et quand quelque chose ne va pas, je peux tenir quelques mois sans rien relever, jusqu’au jour où je pète un câble selon l’expression désormais entrée dans le langage courant. Alors, je fonce, droit dans le mur, sans y mettre de gants. Surtout lorsque je fais partie des abonnés (plus maintenant, d’ailleurs), je ne supporte pas qu’un canard me déçoive plus de deux ou trois numéros de suite. On va me dire : « Oui, mais en faisant ça tu n’aides pas la presse du vin ». Et alors ? Si elle est dans la mouise ce n’est tout de même pas de ma faute. Comme dirait l’autre, j’ai été suffisamment bon petit soldat par le passé pour avoir le droit de jouer les grognards de service dans un obscur blog auquel même son altesse Nicolas de Rouyn n’est pas abonné.

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Tenez, je me demande si lui et mes ex camarades de jeu dans la presse du vin lisent autre chose que les magazines du groupe Marie-Claire. Oui, bien sûr, je ne doute pas qu’ils soient branchés en permanence sur les pages vins du Point ou du Figaro, mais se penchent-ils de temps en temps dans l’autre presse, la vraie presse spécialisée.

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Ce n’est pas que je sois un saint, mais perso, je m’honore de lire avec plaisir le magazine La Vigne. Je le trouve varié, très journalistique et soumis de manière moins évidente aux pressions de la régie publicitaire. J’aime son côté concret, ses enquêtes qui, sans être des grands reportages dignes du prix Pulitzer, sont honnêtes, pragmatiques, courtes, sans aucun parti pris si ce n’est la volonté de présenter des initiatives novatrices en matière de viti-vini culture.

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Oui, amis du vin, débutants, négociants, vignerons, bouchonniers, tonneliers, cavistes, simples amateurs curieux ou journalistes divas, allez-y, lisez La Vigne. Car de la lecture, il n’en manque pas dans ce mensuel : on vous parle levures, pieds de cuve, stress hydrique, cuveries, tracteurs, export… Que ce soit sur la technique, la recherche, les maladies, les vignobles étrangers, c’est précis et pas barbant pour deux sous, un magazine riche, qui, contrairement à moi, par exemple, ne cherche pas à en faire des kilomètres à grands renforts d’envolées lyriques.

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C’est pourquoi j’arrête là mes louanges en vous conseillant de lire l’article de Florence Bal sur Bernard Nicoletti, un patron du BTP qui n’a qu’une envie à se retraite : mettre son argent et ses compétences dans un petit vignoble. Celui de Bellet, à Nice. Pour une fois qu’un patron ne cherche pas à s’exiler à Londres, en Belgique ou à Monaco, l’article, je vous l’assure, est réjouissant !

Michel Smith

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