Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Poster un commentaire

Les Parfums du Vin

Mon collègue suisse Richard Pfister (avec qui j’ai eu le plaisir de déguster la semaine dernière lors de Pinots du Monde) a publié un joli livre qui mériterait d’être plus connu.

Pour une fois, le contenu est exactement dans le titre: "Les Parfums du Vin".

Oui, mais l’originalité de la démarche est la présentation: ici, on ne part pas des vins qu’on chercherait à décomposer, on part des arômes, qui sont classés par grande familles ou dominantes (épicée, florale, animale, bisée, végétale, lactique, fruitée, empyreumatique, et même, et oui, minérale…).

Parfums

Et Richard nous en dit à peu près tout ce qu’on peut avoir envie d’en savoir: origine, histoire, molécule chimique, odeurs proches, avec quelques exemples de vins et cépages présentant fréquemment tel ou tel parfum.

De l’anis au litchi en passant par le thé noir, le thé vert , le champignon de Paris, la figue, la cannelle, le vétiver… et bien d’autres (plus de 150 au total!), c’est complet, érudit, mais pas trop, bien conçu, et bien réalisé – bref, c’est un outil essentiel, et pour les néophytes, et pour les dégustateurs professionnels comme moi, toujours à la recherche des mots pour le dire, de l’arôme fugace. Merci, Richard!

En prime, dans son introduction, l’oenoparfumeur (c’est ainsi que se décrit cet ingénieur oenologue ayant travaillé dans le monde du parfum) explore les arcanes de la neurophysiologie de l’olfaction. Par ailleurs, à la fin de l’ouvrage, un index liste les molécules et les odeurs correspondantes ressenties.

Les Parfums du Vin, Richard Pfister, Editions Delachaux & Niestlé, 256 pages, 25 euros. Format de poche très pratique pour les escapades de dégustation…


5 Commentaires

Zurich, salon apéro au Schloss Sihlberg

???????????????????????????????

logo_175px

À l’invitation de Susi et Andreas, de www.swiss-wine-connection.ch, me voici débarquant comme un grand à Zurich, ville où je n’avais jamais les pieds. Il fait beau et je décide d’aller à pied de la gare, Zürich HB, jusqu’à mon hôtel en longeant la Limatt, la rivière qui arrose la ville. De loin, j’aperçois une grue gigantesque, plus haute que les toits de la vieille ville. Bizarre, cette géante qui pointe son épingle rouillée vers les cieux. De près, elle semble incongrue… mais l’anachronique arabesque d’acier trône indifférente tant à l’admiration qu’aux quolibets. Dans son petit communiqué, Susi en parlait, affirmant qu’avec pareil engin, Zürich se prenait pour un port. Un port où le vin coule à flot…

???????????????????????????????

Un mot sur la grue

En 2009, l’association d’artistes «zürich transit maritim» www.zurich-transit-maritim.ch installe cinq bollards en fonte sur le Limmatquai (le bollard est une bitte d’amarrage)Copie (2) de ztm-legenden et sonne ainsi le début de la métamorphose de Zürich en ville portuaire. Mais les bollards n’étaient que les prémices d’une transformation plus profonde qui culmine avec l’installation de la grue portuaire annoncée par le groupe d’artistes lors de l’inauguration.
De mai 2014 à mars 2015, la grue de 90 tonnes provenant du port Baltique de Rostock sera visible sur le Limmatquai.

Zurich, port à vin

Le vin suisse se produit majoritairement dans la partie occidentale du pays. Valais, Vaud et Genève se partagent les deux tiers de la superficie totale du vignoble. «À contrario, une large part du vin est bue dans la «Greater Zurich Area». Pas étonnant dès lors que Zurich soit le lieu privilégié par les producteurs pour les dégustations de vins, qu’il s’agisse de vins indigènes ou internationaux. En cette année de l’installation de la grue portuaire, nous nous emparons du concept artistique controversé en les poussant un peu plus loin. En effet, si le projet d’un canal transhelvétique reliant le Rhône au Rhin, très actuel encore au milieu du siècle dernier, s’était réalisé, verrait-on aujourd’hui des tonneaux de vin de Genève, ou de plus loin encore, déchargés sur les quais de Zurich? »

Header_2014_kran_02

Avec ou sans canal transhelvétique, Zürich devient chaque année le havre des vins helvétiques. Mémoire & Friends, organisée depuis 2009, a lieu le dernier lundi du mois d’août. C’est l’un des plus importants événements de la scène viticole suisse. Parmi les exposants figurent les 54 membres de la Mémoire des Vins Suisses www.mdvs.ch ainsi qu’une centaine de leurs amis. Ceci vaut le voyage à Zurich, avec ou sans bateau…

 

Et le Schloss Sihlberg dans tout ça ?

???????????????????????????????

Si le lundi se consacre à l’ensemble des appellations suisses, la veille, l’organisation propose un programme off, cette année, la rencontre avec les vignerons du coin. La ville de Zürich et ses environs comptent quelques domaines, ce dimanche offrait une fin de journée exceptionnellement ensoleillée des plus propices aux discussions bachiques. Le cadre : la terrasse agréable du Schloss Sihlberg, une grosse villa qui doit remonter au début 20ème. Alanguis au soleil, on dirait une fiction, une bonne douzaine de producteurs attendaient les visiteurs.
Ne connaissant rien, mais certes bardé de quelques a prioris, je commence la dégustation flanqué de mon confrère et copain Alexandre Truffer qui s’occupe de la version francophone du magazine Vinum. La surprise est de taille, les premiers vins dégustés nous plaisent. Originaux et d’excellentes factures, on se dit qu’on est bien tombé, "c’est toujours ça de pris". L’ensemble dégusté a été sans fausse note, par-ci par-là, certes quelques faiblesses, mais une série de belles découvertes avec en tête, le cépage autochtone, le Räuschling.

Les coups de cœur

Suisse Zurich août 2014 017

 

Le Räuschling Lattenberg 2013 Zweifel Weine le premier dégusté et une grande première pour moi, une découverte, celui-ci, frais, citronné, croquant et des plus désaltérant. Le domaine produit aussi un Malbec 2012 qui pousse sur sable et ne ressemble ni à un argentin, ni à un cadurcien, élégant, il offre un fruité évocateur de marmelade de cerise tissé dans une soie tannique délicate. http://www.zweifelweine.ch

Le Sauvignon 2012 de Winzerei zur Metzg a le grand avantage de ne pas goûter le Sauvignon, aux antipodes des tristes productions variétales, le Zurichois offre du musc et de la réglisse qui embaument avec délicatesse la gelée de groseille blanche.

Suisse Zurich août 2014 024
www.winzerei-zur-metzg.ch

Suisse Zurich août 2014 025

La Suisse francophone est venue en force et qualité:  Alexandre Truffer (Vinum et Romanduvin, déjà cité,  et Laurent Probst -http://vinsconfederes.ch/ – discutent autour du Sauvignon de Metzg.

Landolt Weine AG. Vinifie nombre de parcelles entourées des murs de la ville, c’est un peu le Haut Brion alémanique, sans comparer toutefois les vins…
Son Stadt Zürich Schaumwein brut Pinot Noir en méthode traditionnelle vaut un bon Champagne. La perle nacrée, le galbe langoureux, la suavité fraîche d’une groseille blanche, le poivré délicat des prémices charnels. http://www.landolt-weine.ch

Suisse Zurich août 2014 028
Assemblage de Müller-Thurgau, Räuschling et Pinot Blanc pour la Cuvée Blanche 2013 Weingut Diederik à Küsnacht, lieu tristement célèbre, c’est là qu’est morte notre reine Astrid en 1934 dans un accident de voiture. La fraîcheur éclatante du vin lui rend hommage, il a de l’éclat, un développement minéral et une rondeur envoûtante. http://www.diederik.ch

Suisse Zurich août 2014 031
Meilener Räuschling Seehalden 2013 Schwarzenberg Weinbau qui n’est autre qu’un vin blanc des plus gracieux, alliant fraîcheur délicate et croquant gourmand. Le Meilener Pinot Noir Sélection 2011 au nez fumé, apparaît comme un PN classique alémanique comme on pourrait se l’imaginer, mais son fondu, ses épices, ne font qu’embellir son fruit. http://www.reblaube.ch

Suisse Zurich août 2014 034
Peut-être le plus beau Räuschling le R3 2012 AOC Zürichsee Lüthi Weinbau qui se parfume avec raffinement de rose blanche avant de fondre comme une poire savoureuse.
Tout aussi surprenant, le Pinot Noir Barrique 2012 à la caresse tannique subtil, au fruité bien dessiné, contour de cerise noire mélangée de fraise et de prunelle. Il préfermente à froid pendant 15 jours. http://www.luethiweinbau.ch

Suisse Zurich août 2014 039
Belle démonstration, belle découverte, quel apéritif, quel envie d’en connaître plus.

Le lendemain, on attaquait la grosse dégustation, en salle, une autre histoire, une autre ambiance, faudra qu’on en parle…

Et pour mieux comprendre la Suisse et ses vins, le dernier bouquin d’Ellen…

vineglorious-cover-sm210814

Ellen Wallace, Editor GenevaLunch
editor@genevalunch.com
http://www.genevalunch.com
Tel: +41 21 806 3800

 

Ciao

Copie de ztm-legenden

 

Marco


12 Commentaires

El Rey Fino (bis) : Vamos a catar…

Comme vous le savez, la Finomania est ancrée en moi pour de bon ! Peut-être avez vous lu jeudi dernier la première partie d’une série dédiée au Fino, ce vin Andalou qui rend fou. Si ce n’est pas le cas, je vous conseille de vous y plonger avant de lire ce qui suit. Servirse siempre muy frio, telle est ma devise ! Sauf que pour ma dégustation, j’ai préféré ne pas trop glacer le vin et le présenter autour de 15/16°. Bien sûr, je n’étais pas seul. C’eut été triste d’abord, alors que ce vin appelle la joie de tous se retrouver. C’eut été peu professionnel ensuite puisque j’avais quelques experts fort disposés à venir m’aider : Bruno Stirnemann, en premier qui a eut la gentillesse de mettre dans sa besace quelques raretés introuvables autrement que sur le net ou dans quelques bonnes maisons espagnoles ; Isabelle Brunet ensuite, sommelière émérite qui sert le Fino sans se faire prier à Barcelone ; et son écrivain de compagnon, Vincent Pousson qui n’hésite pas à cuisiner quelques idées solides pour accompagner les vins de son pays d’adoption.

Bruno Stirnemann. Photo©MichelSmith

Bruno Stirnemann. Photo©MichelSmith

Pour cette session, pas de cinoche « à l’aveugle ». Les bouteilles étaient au départ alignées par mes soins, mélangeant les trois appellations – Jerez, Manzanilla, Montilla-Moriles – sachant, je le rappelle, que la dernière D.O. est la seule, du moins dans la qualité Fino, à ne pas être mutée, renforcée à l’alcool si vous préférez. En queue de dégustation, sept bouteilles d’un type Fino, certes, mais élevé plus longtemps, flirtant avec le style Amontillado. Là encore, j’entends l’armée des puristes et spécialistes se manifester dans les rangs, mais nous autres, simples amateurs, n’avons rien trouvé à redire de cette manière de voir les choses. Sauf que cette « queue de dégustation » viendra en troisième semaine.

Isabelle Brunet. Photo©MichelSmith

Isabelle Brunet. Photo©MichelSmith

Ainsi, rien que pour vous enquiquiner, vous serez tous obligés de revenir la semaine prochaine afin de lire le dernier volet de cette trilogie. Il sera consacré à ces sept vins qui n’existaient pas chez les cavistes à l’époque où j’ai été initié aux vins de Jerez lors d’une mémorable Féria équestre. Il sera aussi accompagné de quelques bonnes adresses. Cela prouve que, contrairement à nos appellations vieillissantes qui pourrissent sur pieds, en Espagne on tente d’innover et d’enrichir. Certes, avec des vins probablement dits « de niche », mais des vins nouveaux qui contribuent à maintenir un intérêt autour d’un monde que l’on croyait au bord du déclin. Si d’autres membres des 5duVin souhaitent ajouter leurs commentaires, ils sont bien entendu les bienvenus. Mieux encore s’ils interviennent de leur propre chef, après la troisième partie, pour ajouter un article sur l’Oloroso, par exemple, ou sur des visions encore plus savantes de cet univers complexe du vin Andalou.

Vincent Pousson. Photo©MichelSmith

Vincent Pousson. Photo©MichelSmith

Cette dégustation n’est certainement pas parfaite. Pas d’étoiles ni de notations chiffrées, tant pis pour les amateurs de classements. Je sais, il manque des marques et cela ne plaira certainement pas aux aficións, donc pas la peine de m’en tenir grief. Vous ne lirez rien, hélas, sur l’Inocente de Valdespino, par exemple… la Quinta, le cheval de bataille d’Osborne et Coquinero d’Osborne également, le Fino Superiore de Sandman, le Hidalgo Fino d’Emilio Hidalgo, le Pavon de Luis Caballero, le Harveys Fino de Harveys, le Fino Romate de Sanchez Romate, le Gran Barquero de Pérez Barquero (Montilla-Moriles), etc. J’ai dû faire avec les moyens du bord ! Tous les vins de cette série titrent 15°. En gras, se distinguent nos vins préférés, nos coups de cœur. Pour ces premiers douze vins, les prix en grandes surfaces comme chez certains cavistes en Espagne, oscillent entre 4 et 8 euros. Un seul est en dessous de 9 €, tandis qu’un autre est à 12 € en France. Bien sûr, tous les autres sont plus chers en France et ce n’est pas toujours justifié. Bref, pour ceux qui vont se ravitailler en Espagne, vraiment pas de quoi se ruiner ! À noter aussi qu’en Espagne, beaucoup de ces vins sont disponibles en demi-bouteilles.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

- Muyfina, Manzanilla, de chez Barbadillo (bouchon à vis). Robe jaune pâle. Un goût cireux, étrange, poussiéreux, notes de vieux cuir… Puissant, gras et long en bouche mais sur une tonalité rustique. Dur, manquant à la fois de fraîcheur et de finesse.

Comportement acceptable sur des tapas : olives, anchois…

- Carta Blanca, Jerez, de chez Blazquez (distribué par Allied Domecq). Robe paille étonnement soutenue. Densité, profondeur, quelque chose d’inhabituel, rusticité, plus proche de l’oxydation que de la flor, avec des notes de caramel et (ou) de Pedro Ximenez. Très léger rancio en finale.

Bien sur des tapas genre tortillas. À tenter sur un fromage comme le Manchego (brebis) ou un Picón de Valdeón, persillé de chèvre et de vache.

- Tio Pepe, Jerez, de chez Gonzalez Byass (DLC Novembre 2014. Robe bien pâle. Nez de voile. Très sec en bouche, comme c’est annoncé sur l’étiquette. Le vin joue son rôle, sans plus. Il ne surprend pas. Simple et court.

Sans hésiter à l’apéritif sur du jambon, clovisses ou salade de poulpe.

- La Gitana, Manzanilla, de chez Hidalgo (bouchon à vis). Robe très pâle. Nez frais. Excellente prise en bouche, du nerf, de l’attaque, notes de fruits secs, bonne petite longueur qui s’achève sur la salinité.

Exquis sur de belles olives, beignets d’anchois, gambas, ratatouille froide.

9b67f081b2b72c5af843b1deacb59de8

- San Leon, Manzanilla, des Bodegas Arguezo. Robe moyennement pâle. Nez pas très net, simple et rustique. Bouche réglisse et fumée.

Ça fonctionne sur le gras du jambon et sur le boudin noir de campagne.

- La Ina, Jerez, de chez Lustau. Robe pâle. Nez plutôt complexe sur la flor et l’amande grillée avec de légères notes de fumé. Belle amplitude en bouche, de la fraîcheur, du mordant, rondeur en milieu de bouche, finale sans bavures sur des notes salines.

L’apéritif presque parfait sur amandes grillées, olives pimentées, jambon bellota, lomo, chorizo, palourdes, anchois frais, sardines grillées…

- La Guita, Manzanilla, de chez Raneira Perez Marin (bouchon à vis, mise en bouteilles Décembre 2013). Robe légèrement paillée. Nez fin et discret avec touche d’amande. Une vraie présence en bouche, ça frisotte, léger rancio, manque peut-être un poil de finesse, notes d’amandes salées en finale. C’est bien foutu.

Plus sur des plats de crustacés, langoustines, crevettes, etc.

- El Maestro Sierra, Jerez, des Bodegas Maestro Sierra (Mise en bouteilles en Avril 2014). Belle robe pâle. Nez fumé. Dense, ample et riche en bouche, un poil rondouillard, mais bien fait dans l’ensemble.

Apéritif, certes, mais le garder pour un plat de poisson au four, ou pour un plat de morue, une omelette de pommes de terre ou de champignons.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

- Fino Electrico, Montilla-Morilès, de Toro Albala (12 € pour 50 cl. Diffusé par Valade & Transandine chez Soif D’Ailleurs à Paris) Robe pâle. Nez fruité, élégant, notes d’amande fraîche et de fumé. Finesse en bouche, impression de légèreté, complet, finale sur la longueur.

« Une bouche à jambon », remarque justement Vincent. Oui, mais un grand pata negra ! Quant à Bruno qui lui donne une de ses meilleures notes, il le verrait bien sur un turbot ! Et pour ma part, je lui propose une brouillade de truffes !

- Puerto Fino, Jerez, de Lustau (élevé à El Puerto Santa Maria). Belle robe légère. Très complexe au nez comme en bouche : notes de fougère, amande fraîche, écorce de citron, iode, silex, épices, vieux cuir, volume… on sent que ce fino est associé à une vieille réserve de type solera tant la longueur le maintient en bouche avec toute sa richesse. Les critiques le propulsent « Roi des Finos » et ils n’ont pas tort.

Un grand apéritif de salon, parfait pour réfléchir aux choses de la vie au creux d’un profond fauteuil. Un bon robusto de Cuba, genre Ramon Allones, pour les inconditionnels du cigare. À essayer aussi sur une cuisine asiatique, Thaï ou Coréenne. Sur une huître tiède à la crème ou sur une mouclade légèrement crêmée et épicée.

- Papirusa, Manzanilla, de Lustau (Bouchage vis, aurait dû passer à mon avis avant le précédent). Si je ne me trompe pas, le fino a pour base une solera moins âgée que pour le Puerto Fino. Belle robe blonde. Parfaitement sec en bouche, c’est propre, net, élégant, fraîcheur évidente, salinité bien affirmée, un régal de précision, une touche animale pour finir, genre vieux cuir. Finale exemplaire où le goût du vin reste en bouche pour longtemps. Difficile de dire, en tout cas pour moi, si c’est ce vin qui l’emporte sur l’autre. Question de goût. Toujours est-il que c’est un formidable rapport qualité-prix !

Là encore un vin de cigare, plutôt celui de la fin de matinée. Doit être à l’aise sur de gros crustacés, genre homard thermidor, surtout si on ajoute un peu de fino dans la cuisson. Sinon, parfait pour le jambon de qualité et les fritures de poissons ou de calamars.

-Solear, Manzanilla, de chez Barbadillo (Bouchage vis, DLC Avril 2015). Belle robe blonde et lumineuse. Nez discret et fin. Bouche fumée, fraîche avec des notes de fruits cuit (abricot). Un fino assez classique mais simple et qui s’oxyde assez vite. Il ne fait pas l’unanimité.

Sur des tapas : ailes de poulet, travers de porc, poivrons, sardines à l’escabèche, thon, maquereau.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Jeudi prochain, ne manquez pas le dernier volet ! Avec des finos de luxe car élevés plus longtemps, mais aussi plus rares et plus chers.

Michel Smith

 

 

 


3 Commentaires

Triguedina, côté parcelles

J’ai un lien particulier, historique, si l’on veut, avec le Clos Triguedina.

C’est un des premiers vins qu’il m’ait été donné de déguster régulièrement, à la fin des années 1970. C’était juste après les Bourgogne que mes parents m’emmenaient goûter au fût, lors de leurs descentes de cave. Vous voyez, j’ai eu une enfance malheureuse! C’est sans doute pour l’exorciser que j’occupe ce petit bout de toile, quitte à exaspérer les abstinents.

Mais revenons à Triguedina – le Clos portait le titre de Château, à l’époque, si je ne m’abuse.

Château ou pas, ce Cahors était un sacré changement, pour le dégustateur novice que j’étais, qui plus est habitué aux robes claires du Pommard. Côté tannins, aussi, c’était une autre paire de manches. Mais la cuvée Prince Probus, le haut de gamme de M. Baldès – le père du propriétaire actuel – était toujours très bien élevée, pour autant que je m’en souvienne. J’ai retrouvé une bouteille de 1982, au fond de la cave de mes parents, début 2000; elle était parfaite.

Les décennies ont passé. Jean-Luc Baldès a repris le flambeau, après avoir fait ses classes – je vous le donne en mille – en Bourgogne! Mais aussi à Bordeaux.

Sans rien renier, il a imprimé sa marque sur le domaine – le New Black Wine, c’est lui. Avec cette cuvée, il fait revivre une tradition cadurcienne, le "Cahors de chauffe". Le Vin de Lune, le Pétillant Rosé, c’est lui aussi. On peut être résolument Cadurcien, les pieds dans la terre, avoir l’esprit de famille… et l’esprit créatif. Sans oublier l’ambition, sans laquelle il ne se créée pas grand chose en ce monde.

Ses vins, il les signe: Jean-Luc Baldès en grand, Triguedina en plus petit. C’est même à cette adresse que vous le trouvez.

homeR

Vous trouvez ça vaniteux? Moi pas. Jean-Luc assume l’héritage, mais revendique son apport. Le droit de suivre une autre voie, ou la même; le droit d’avoir raison, et de se tromper. Le droit d’avoir du caractère et des convictions. Le droit de vous dire "Pensez de moi ce que vous voulez; mais goûtez, s’il vous plaît".

Côté héritage, notons tout de même qu’il perpétue la cuvée Probus (le Prince est parti, reste le vin, et c’est l’essentiel).

Chaque année, pour moi, cette cuvée reste un marqueur, un jalon de la qualité du millésime à Cahors, dans un style travaillé – le style grand cru, pour autant que ce ne soit pas un gros mot à Cahors. Car vous le savez, c’est une des rares grandes appellations de France sans hiérarchie autre que celle de la réputation, du nom du domaine. Difficile de dire si c’est mieux ou moins bien. On vit avec. Crus ou pas, il y a de grands vins à Cahors.

Le terroir, un gros mot?

Ca n’empêche pas certains producteurs de Cahors de faire de louables efforts pour mieux identifier leurs terroirs (non, ce n’est pas un gros mot non plus!). Jean-Luc Baldès fait partie de ceux-là. On peut même dire qu’il est en pointe.

Quand je parle d’identifier, je ne veux pas dire qu’il les découvre. Bien sûr qu’il a toujours su que toutes ses parcelles ne se ressemblaient pas – c’est le B A Ba du métier du vigneron, et son père, comme son grand père,  le savaient avant lui.
Mais Jean-Luc, lui, avait envie de le montrer aux consommateurs. Alors il en a fait des cuvées séparées, une trilogie de parcellaires qui ont pour noms Au Coin du Bois, Petites Cailles et Les Galets.

J’en avais entendu parler. Ces derniers jours, j’ai pu les goûter.
Trois nouvelles pierres à l’édifice de la connaissance, ou en tout cas, à celui de mon éducation personnelle.

Vous dire que je les reconnaîtrais entre mille, peut-être pas. Vous dire que c’est le minéral qui parle, que j’ai croqué les cailloux, sucé la craie, non, bien sûr. Mais des différences, oui, j’en ai notées, aussi bien dans deux grands millésimes comme 2009 et 2011 que dans une année plus jalouse comme 2010 – car j’ai pu déguster trois millésimes de chaque.

La cuvée Au Coin du Bois m’a semblé la plus robuste des trois, la plus complète, la plus opulente aussi. Le 2009 a pour lui la richesse; le 2011 un fruit éclatant sur une trame solide.
Les Petites Cailles, qu’on imagine plutôt replètes, ont fait mentir leur nom: pour moi, c’est la cuvée la plus serrée, la plus dynamique – pas maigre, non, mais plutôt bâtie sur sa charpente acide que sur la chair – c’est particulièrement sensible sur le 2010, très élégant. Et complexe.
Les Galets, quant à eux, me semblent conjuguer le velours des tannins et la pureté d’un fruit rouge très direct; c’est aussi la cuvée la plus saline – on retrouve ce trait dans les trois millésimes, indépendamment de la matière, plus ou moins charnue. Comme un petit côté pointu sur la langue, bien agréable.

C’est mon ressenti, en tout cas.

Je me suis volontairement abstenu de m’intéresser aux sols avant de commenter pour ne pas me focaliser, même inconsciemment, sur la recherche d’éléments censés venir d’un terroir, même micro. Et je n’ai pas voulu non plus trop réfléchir. Je me suis laisser aller. J’ai mis mon nez dans le verre, le vin dans ma bouche, j’ai fermé les yeux, je me suis laissé guider par mes sens.

Je ne peux vous dire dans quelle mesure je me suis fait influencer, tout de même, par la recherche de la différence, d’écarts que je n’aurais peut être pas remarqués sinon.

Mais en dégustant les trois verres en parallèles, il était évident pour moi que j’avais bien affaire à trois expressions différentes du Malbec, tantôt séduisant, tantôt solennel, tantôt primesautier. J’aurais pu pousser plus avant, oui, mais ce n’était pas mon propos. Pas envie, cette fois, de relancer notre vieux débat sur le sol qui se boit ou pas. Je cherchais le plaisir, pas la prise de tête. Je l’ai trouvé. Bravo et merci au vigneron.

Les trois parcelles

Bien sûr, pour ne pas influencer la comparaison, les vinifications sont identiques pour les trois cuvées (macération de 20 à 25 jours, malo faite, 12 mois d’élevage en barrique française). Il n’y a que la provenance et les sols qui diffèrent.
Les Galets, ce sont des dépôts de sidérolithiques en troisième terrasse du Lot, riches en silice et en fer.
Au Coin du Bois, ce sont les secondes terrasses du Lot, à Puy l’Evêque – argiles rouges, limons, cailloux en profondeur, le tout sur une couche de calcaire en profondeur.
Les Petites Cailles, ce sont des sols du Causse, à Floressac. Calcaire kimmeridgien, argiles violettes, fer.

Sans pouvoir établir précisément les connexions "minérales", j’ai aimé les vins – les trois; comme on aimerait trois soeurs ou trois cousins. Pour leurs différences et pour leur air de famille. J’ai aimé aussi l’exercice intellectuel.

A vous de le reproduire, cet exercice, si ça vous intéresse. C’est tout le sens de cette trilogie, née avec le millésime 2007.

Triguedina

Ce trio, Jean-Luc Baldès le vend ensemble, dans un coffret. Une belle idée de cadeau pour Noël. Ou à n’importe quel autre moment de l’année, si affinités.

Attention: il n’y en a que 3.000 bouteilles de chaque, chaque année que le raisin veut bien nous donner.

Et maintenant, vous m’excuserez. Non seulement il me tarde de dîner (triguedina, en cadurcien); mais il me tarde surtout de reprendre mes dégustations comparatives, ne serait-ce que pour faire avancer la science… ;-))

Hervé Lalau


2 Commentaires

Planning my cycle ride down the Loire for cancer charities

Esme-smilingss

Esme Morris Macintyre, who died last year aged 18 of a brain tumour.

Thursday 17th September is approaching fast. On the 17th I will be at Mont Gerbier de Jonc, the source of the Loire, to start the ride down the Valley to the Atlantic. We are now busy planning the details of the ride, which are still subject to amendment, especially making sure of avoiding as many main roads as possible. The route will largely follow the river but not slavishly so. I will be publishing the details of les étapes on Les 5 du Vin before the start.

Young Esme Morris Macintyre (https://www.facebook.com/EsmesAdventure) is my inspiration to cycle the Loire. She raised £1000s for teenagers with cancer before her premature death last year. As I am riding in France I have chosen a French charity – in tandem with Teenage Cancer Trust. My page on Fondation Gustave Roussy is: https://igr.friendraising.eu/jim.budd, for Teenage Cancer Trust it is http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd.

Here are a few photos of passing sights during the ride:  

IMG_8019

Vineyard in the Côte Roannaise.

496a

Halfway: the sign on the bridge over the Loire @Pouilly-sur-Loire. All downhill from here!

IMG_8678

La Loire@Blois

MontlouisvinesOct08s

Autumnal vines@Montouis

GaredeToursbs

Gare de Tours

ChinonCh12.08s

Château de Chinon with town below

Saumur@night

Saumur and the Loire@night

Chd'Anceniss

Château d’Ancenis

LaCigale-nom

The famous La Cigale brasserie, specialising in seafood in the centre of Nantes.

 

 

 


3 Commentaires

La transmission réussie : l’exemple des Plageoles à Gaillac

Il est une question qui intéresse toutes les familles engagées dans la production artisanale (pour l’industrie, cela peut aussi être le cas, mais les structures diffèrent) : celle de la transmission entre les générations. Cela n’est pas propre aux vignerons, même si c’est eux qui nous préoccupent aujourd’hui.

Tout outil de production de vin est par définition plus ou moins fragile, selon les volontés et les compétences variables de générations successives, mais aussi en fonction des contraintes fiscales et commerciales, et, malheureusement, des aléas climatiques.

Robert-and-BernardRobert et Bernard Plageoles dans leurs vignes à Gaillac (photo The Vine Route)

Malgré les difficultés inhérentes à une transmission directe aux descendants, je suis souvent frappé par l’extraordinaire pérennité des familles de vignerons en Alsace, pour prendre un exemple. On en trouve qui en sont à la dixième génération, voire au delà, et cela, malgré les vicissitudes politiques qui ont agité cette belle région. Mais, pour illustrer mon propos d’aujourd’hui, je vais prendre un exemple issu d’une autre région : le Sud-Ouest de la France et l’appellation Gaillac. Je connais la famille Plageoles depuis près de 30 ans, ayant d’abord vendu leurs vins en tant que caviste avant de faire connaissance avec Robert et sa femme Josy, puis avec leur fils Bernard et sa femme Myriam, et maintenant, depuis peu, avec les fils de Bernard et Myriam, Florent et Romain.

Florent PlageolesFlorent Plageoles en action : la troisième génération que j’ai connu de cette famille exemplaire de vignerons de Gaillac

 

Je les vois, soit chez eux, soit lors de dégustations à Paris, d’une manière sporadique mais régulière, environ une fois tous les deux ans, parfois plus. Cela m’a permis de suivre, sur toute cette période, une évolution fascinante du domaine et de ses vins, mais aussi le passage progressif du témoin de Robert à Bernard. La suite semble maintenant programmée avec l’entrée dans l’exploitation familiale de Florent et de Romain. L’aventure viticole des Plageoles à Gaillac ira surement jusqu’à la 7ème génération, voire au-delà, car un petit Marcel Plageoles II est déjà sur pieds – mais non-greffé pour le moment.

Pour conter cette histoire, il faut remonter plus loin; car Robert Plageoles, malgré sa renommée et la place tutélaire qu’il a pris, souvent malgré lui et face à des oppositions aussi virulentes que parfois malfaisantes, n’a fait que de poursuivre et développer le travail de son père Marcel. Ce Marcel Plageoles avait hérité d’un petit domaine de 5 hectares, planté uniquement de cépages blancs. Avant lui, il y eut Jules, François et Emile, souvent métayers, puis acquérant, petit à petit, des lopins de vigne. Mais Marcel avait une autre vision du Gaillacois, car il était aussi greffeur et ce travail l’amenait à connaître par cœur tout le vignoble et à récupérer, ici et là, des pieds de vigne qu’il trouvait digne d’intérêt. C’est lui qui a planté, par exemple, quelques pieds d’un vieux cépage, l’ondenc, qui a failli disparaître et qui allait avoir une nouvelle vie grâce au travail de recherche méticuleux de Robert.

gamme PlageolesUne partie de la large gamme de vins produits par les Plageoles

A ma connaissance, c’est Robert qui a lancé le processus d’innovation, allié à un travail en profondeur sur les bases historiques de ce vignoble gaillacois. D’abord, il a vinifié et embouteillé les cépages séparément, utilisant toute la gamme des variétés alors à sa disposition, mais aussi les types : rouge, blanc sec, blanc doux et pétillant. Ses étiquettes étaient déjà modernes et claires, avant les autres, avec une identité graphique facilement reconnaissable. Les vins allaient des « simples » gamay et sauvignon blanc au très complexe Vin de Voile, un vin oxydatif à élevage long sous bois utilisant le cépage local mauzac : un vin déroutant pour les esprits formatés. Puis de la syrah, de la muscadelle et, petit à petit, l’introduction, en fonction de ses recherches et plantations, d’autres variétés plus purement locales comme le duras ou le prunelart (en rouge), l’ondenc et le verdanel (en blanc). Et cette liste, qui varie dans le temps, n’est pas exhaustive, car il y aussi le braucol (alias fer servadou), et toutes les variantes du mauzac, dont certaines produisent le célèbre Mauzac Nature, un blanc effervescent fait selon la méthode rurale que Marcel, le père de Robert, avait maintenu.

Tous ceux qui ont connu Robert Plageoles gardent de lui le souvenir d’un personnage très attachant, chaleureux, généreux et volubile, au savoir riche et multiple et à la curiosité quasi inépuisable. Un tel personnage peut aussi être, forcément, un peu encombrant pour celui qui lui succède sur le domaine, en l’occurrence son fils Bernard. Mais c’est tout à l’honneur de ces deux, et certainement aussi à la sagesse et aux efforts de leurs épouses, que la transition de l’un à l’autre se soit si bien passée. Bernard s’est fait sa place, avec un style qui lui est propre, fait de franchise et d’engagement, et grâce à un travail formidable, partagé avec sa femme Myriam, qui prolonge et amplifie l’héritage de ses aïeux. Robert garde son rôle d’agitateur d’idées et on afflue à ses conférences sur les cépages rares dont beaucoup doivent leur survie et leur nouvel élan à lui-même.

Car de quoi parle-t-on quand on se lance sur la piste des variétés dites « rares » ? De plusieurs choses en même temps : diversité des goûts, adaptabilité aux climats locaux spécifiques, résistance aux maladies (éventuellement), lien avec le passé et possibilités d’avenir avec une identité particulière pour chaque région. Dire que Robert Plageoles a été un pionnier dans ce domaine à Gaillac est comme dire que la reine d’Angleterre porte des chapeaux colorés. Hormis cet homme, seuls des ignorants ou des malotrus peuvent prétendre avoir retrouvé, expérimenté, puis lancé l’ondenc, le prunelart, le verdanel et d’autres variétés tombées dans les oubliettes. Ses recherches l’ont mené sur les chemins de l’histoire gaillacoise, mais aussi un peu partout, y compris , souvent, vers la réserve ampélographique de Vassal, bientôt déménagée et un peu perdue, à son grand regret.

Gaillac a fini par reconnaître, du moins dans les faits, le rôle essentiel joué par Robert Plageoles pour son appellation. Entre 1960 et 1990, selon les chiffres fournis par Philippe Séguier dans son livre Le Vignoble de Gaillac (curieusement pas disponible à la Maison des Vins de Gaillac !!!), les surfaces plantées en braucol sont passées d’un hectare à 350, celle de duras de 77 à 850, et plusieurs autres vignerons ont planté de l’ondenc et du prunelart. Et je parie que ces chiffres sont encore en augmentation nette depuis lors. La propriété des Plageoles totalise maintenant environ 40 hectares, avec l’acquisition récente de quelques hectares supplémentaires, à planter à ou à replanter : de quoi assurer la vie de bientôt trois familles et deux ou trois générations sur le domaine. Son avenir est en marche, mais il ne le serait pas sans son passé. Une leçon à méditer, sûrement.

PS. Mes remerciements à Florent Leclercq, qui m’a fourni des informations utiles via son bel article sur les Plageoles dans la revue Plaisirs du Tarn.

David Cobbold


Poster un commentaire

#Carignan Story # 235 : Charivari bis… chez les Escande.

Le charivari, c’est une sorte d’énorme tintamarre, un joyeux bordel où le bruit des casseroles se fait entendre. Sauf que pour moi, c’est le nom d’un Carignan du Roussillon dont il était question ici dimanche dernier. Enfin, et surtout, c’est aussi le nom de cet éphémère restaurant d’été que le blogueur Vincent Pousson et sa compagne sommelière Isabelle Brunet ont ouvert chez Michel Escande, à La Borie de Maurel, juste au-dessus de Félines, dans le Minervois. Tout compte fait, le nom n’est que la reprise de ce qui était à l’origine un bar à vins vigneron à une époque bénie où l’on ignorait encore le mot barbare d’œnotourisme. Décidément, je n’en fini pas avec le charivari… J’y étais Dimanche et j’y retourne aujourd’hui pour un stage en sommellerie !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Comme je vous l’avais laissé entendre dimanche dernier, le dîner du Charivari était entièrement consacré à notre cépage fétiche. Vous voulez savoir comment c’était ? Pas de surprises : je me suis éclaté. D’abord avec deux carignans blancs, l’un jeune des frangins Xavier et Mathieu Ledogar, dans les Corbières, et l’autre plus âgé de Daniel Lecomte des Floris dans l’arrière-pays de Pézenas.

Isabelle s'occupe du Carignan... Photo©MichelSmith

Isabelle s’occupe du Carignan… Photo©MichelSmith

...et Vincent se charge du Cochon. Photo©MichelSmith

…et Vincent se charge du Cochon. Photo©MichelSmith

Parmi les carignans du soir, il y avait celui de Tonton Raymond, nom affectueux donné au sieur Raymond Julien, du Minervois lui aussi. Véritable fan du Carignan, il est venu en presque voisin avec quelques vieux millésimes sous le bras (dont un remarquable 2003) en plus de son superbe 2011. Un autre revenant, toujours du Minervois, le fameux Boulevard Napoléon, un parfait carignan pour gentlemen britanniques vinifié dans le village tout proche de La Livinière par l’ami Benjamin Darnault. Comment, vous ne vous souvenez pas de ce vin décrit ici même l’an dernier  ?

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Bon, j’ai goûté deux autres vins, dont un somptueux Font Sanatis 2010 de Benoît Braujou, mais je n’ai pu écrire quoique ce soit compte tenu de l’ambiance festive du dîner, surtout vers la fin. En revanche, j’ai pu me pencher plus sérieusement sur le Vin de France Rêve de Carignan 2011 vinifié de mains de maître par Gabriel, ici on préfère employer le diminutif de Gaby, l’un des deux fils de Michel Escande, le patron des lieux. Michel, qui est plutôt syraphile (sa cuvée Sylla est devenue une légende du Languedoc) ne pipe pas un mot sur le vin de son fils et quelque chose me dit que Gaby lui-même n’est pas du genre à se mettre à table. Bref, on réglera ça plus tard. Il ne me reste plus qu’à lui dire bravo pour ce rêve éveillé bu avec délectation, une cuvée tirée à moins de mille exemplaires, si j’ai bien compris, au point qu’il ne figure même pas sur le tarif. D’ailleurs, le mystère total plane sur ce rouge que j’avais goûté il y a quelques années lors d’un Vinisud bien arrosé. On jurerait qu’il y a du bois, mais on en n’est pas certain. A-t-il été éraflé ou pas ? That is the question… Très vieilles vignes ? Oui, sans nul doute. Que dire de plus ? Eh bien qu’il commence tout juste à s’épanouir, à se libérer. Doté d’une remarquable intensité, riche en matière, solide mais pas lourd, tonique mais sans dureté aucune, il a été d’une incroyable précision sur la daube de cochon sauvage cuite dans les lies du même Carignan. Un rêve éveillé, vous dis-je !

Mon petit doigt me dit que si l’on arrive à mettre la main sur ce 2011, par exemple – il paraît qu’il n’est pas si onéreux que ça -, on aura fait au moins une belle affaire dans sa vie ! D’autant que l’habillage du vin est très soigné. Mais il semblerait que Gaby ne souhaite pas faire cette cuvée tous les ans… Allez savoir ! Quoiqu’il en soit, faîtes de beaux rêves.

Michel Smith

 

 

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 10 501 autres abonnés