Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le vin n’est qu’un perpétuel grand marronnier.

Si, si, je vous le jure ! En trente ans, qu’est-ce qui a vraiment changé dans le discours sur le vin ? C’est bien simple, pas grand chose et je me le disais l’autre jour en lisant l’article d’un confrère, je ne sais plus lequel et de toute façon cela n’a que peu d’importance, qui se lamentait sur l’excès de bois que la dégustation d’un Bordeaux, je crois, faisait ressortir. Et c’est alors qu’après une de ces siestes au cours desquelles il m’arrive de réfléchir, je me suis dit que mille milliards de mille sabords, mais je tenais peu ou prou les mêmes propos il y a 30 ans sur tous ces « super pinards » boisés que l’on voyait fleurir et qu’on nous infligeait sous le nez. Conséquence : hormis la croisade des vins « nature », les discours n’ont guère évolués et les sujets non plus, soit-dit en passant. Il n’y a qu’à lire les blogs du vin pour s’en rendre compte…

Peter Fischer dans son chai à barriques. Photo©MichelSmith

Peter Fischer dans son chai à barriques. Photo©MichelSmith

À part le boisage du vin (au lieu de l’élevage), le sempiternel débat sur la machine à vendanger (bien ou mal ?), sur les vertus de la conduite sur fils (comparée au gobelet), ou sur les rendements (petits ou justes), la cryoextraction, la chaptalisation, la macération (carbo ou pas carbo ?), la décantation, les levures (industrielles ou indigènes), le goût de bouchon, des brettanomycès, la grande distribution, la dégustation, le prix du vin, la garde du vin, les livres sur le vin, la grande musique dans les chais, les œnologues starisés, les classements, les spéciaux vins, les guides, les salons, les primeurs, le millésime, le vin bio, le rosé, que sais-je encore, rares sont les sujets qui n’ont pas encore été abordés à maintes reprises dans la presse. Chez nous les journaleux, quand un sujet est ressassé, comme l’élection d’un pape ou la chasse aux œufs dans le jardin, la rentrée des classes et les vacances au ski, on le classe comme étant un « marronnier ». Et un marronnier, c’est chiant !

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Alors, hormis les vins « nature » et son corollaire sur les effets bons ou mauvais de l’anhydride sulfureux, quel discours nouveau a-t-on à nous offrir ? J’ai beau réfléchir, je ne vois rien de très convaincant : le vin considéré enfin comme bien patrimonial ? Oui, peut-être… La nouvelle législation sur les appellations ? hum… Les mariages des rosés et des blancs avec la cuisine asiatique ? Mouais… L’œnotourisme ? Ma foi, pourquoi pas ? Le vin diabolisé sur la route ? Ça commençait déjà. Les capsules à vis ? On en parlait aussi. Les bag in box© ? Vieux comme Hérode. Les cuves en forme d’œuf ? Probablement, mais on peu pas dire que l’ovoïde se soit répandu partout.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Non, c’est un fait, s’il n’y avait le net et l’avènement du Piquepoul de Pinet et des vins du Sud (mais là, je prêche pour ma paroisse !),  le rosé-pamplemousse et le pet’nat’, je ne vois rien de franchement nouveau à l’horizon. Faudrait peut-être qu’ils se bougent le cul nos vignerons, non ? Et vous ? Voyez-vous quelque chose de nouveau qui puisse faire débat ? Vous cassez pas trop le ciboulot, y’a rien à gagner !

Michel Smith


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Franc comme un Cabernet de Loire

Qu’il y a-t-il de meilleur en ce monde que l’amour et une bonne bouteille de Cabernet Franc bien mûr? OK, Jim, deux bouteilles de Cabernet Franc bien mûr!

Pour l’amour, je ne peux rien faire pour vous; mais pour le Cabernet Franc, aujourd’hui, je vous propose le Saint Nicolas de Bourgueil du Domaine du Clos Pichard 2012.  Un vin signé Jean-Pierre David, et vendu 6,25 euros chez Colruyt, taxes et accises comprises.

Clos Pichard

Petit prix ou pas, ce vin réunit pour moi tout ce qu’on peut attendre d’un bon rouge de Loire: du fruit (en l’occurrence, de la fraise garriguette) pas d’esbroufe, pas de surextraction, pas de ces tannins envahissants qui vous niquent le palais, pas de cet alcool qui vous empêche de vider la bouteille –  voire le verre, pour les petits joueurs.

Si j’osais, je parlerais de buvabilité, de tension, de minéralité, de toutes ces béquilles du vocabulaire qui sentent l’initié à plein nez.

Mais pourquoi jouer les cuistres, pourquoi se hausser du col quand ce vin est si gai, si volubile, si franc. O sancta simplicitas!

Pas besoin d’en rajouter. Ce vin est fait pour les gosiers en pente. Pas pour les pisse-vinaigre. Pour eux, il y a le Clos Pilchard.

Mes biens chères soeurs, mes bien chers frères en Bacchus, ne cherchez pas la petite bête, le trop de ceci, le pas assez de ceci. Humez et buvez en tous. Et puis vivez, si vous m’en croyez!

Hervé Lalau

 


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A pot-pourri of items – some news and some not  

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2007 Vieilles Vignes, Domaine Robert Sérol

Screwcaps: Joseph Mellot and Domaine Robert Sérol
I was recently sent six samples from producer and négociant Joseph Mellot in Sancerre. Five of the six were closed with a screwcap, while the most expensive – the 2010 La Chatelaine, Sancerre – has a cork. This strikes me as the wrong way round. Why continue to use fallible cork on expensive bottles of wine where wine faults hit your pocket harder than they do with cheap wine?

Tasting the Joseph Mellot samples confirms that these wines have improved considerably of late. All have been well-made and good examples of their appellations.  Leaving aside the older and wood fermented 2010 La Châtelaine, the most successful was the quite weighty 2013 Menetou-Salon Les Thureaux.   – floral, ripe gooseberry, soft texture with nicely balanced acidity. The 2013 Sancerre La Chatellenie from vines on flinty soils was similar in style but with a little less weight, while the 2012 Coteaux du Giennois La Gaupière was vibrantly citric. In contrast the 2013 Pouilly-Fumé Domaine des Mariniers was correct without being exciting – perhaps with a little more time in bottle? Equally the Destinéa 2013 Sauvignon Blanc IGP was rather bland and two-dimensional but with marked acidity in the finish.

Finally the prestige cuvée 2010 La Grande Châtelaine from clay limestone soils and fermented in wood using locally sourced oak from Allogny, a commune just to the north of Bourges. This was certainly the most complex of the wines with attractive weight and texture and a nicely judged touch of oak.

Staying with screwcaps I had a very interesting and illuminating experience over a most enjoyable family lunch with Carine and Stéphane Serol and their children during my visit to the Côte Roannaise in mid-March. Stéphane produced a bottle of their 2007 Vieilles Vignes, which happened to use a screwcap. Although a difficult vintage, this 2007 was still drinking well with plenty of fresh, vivid fruit. Out of interest I asked Stephane whether he had any of the 2007 Vieilles Vignes, which had been closed with a cork, left. He did indeed and it was completely different with tired, faded fruit.

In this instance a clear demonstration that a red wine ages better under screwcap than it does under cork.

Wink Lorch’s Jura Wine book
There was a time when someone opting to self-publish a book was treated with pity and their book filed under vanity publishing. That attitude has completely changed as technology has changed and many publishers have become risk averse opting only to publish established authors or subjects that have already sold well.

Wink Lorch’s fine new book Jura Wine is a good example of how social media and the internet can make things work. Using Kickstarter (www.kickstarter.com) Wink raised from 376 backers just over £14,000 from 376 backers and so was able to finance a project, that almost certainly would not have found a publisher. As well as have a clear project brief and a high reputation for her knowledge of Jura producers and their wines, I have no doubt that having a substantial presence on social media sites like Twitter (over 12,000 followers) and Facebook (over 1100 friends) played a considerable role in raising the necessary finance.

I can thoroughly recommendation Wink Lorch’s fine and detailed Jura Wine – 352 pages for £25, €30, US$40 with photos by leading photographer Mick Rock.

Tougher rules for UK directors
I am pleased to see that Vince Cable, the UK Secretary of State for Business, Innovation and Skills, is proposing to tighten up the rules on rogue directors to make it easier to pursue them and also to make it harder for people with a conviction in another country to become a UK director.

Details of the proposals here: http://www.theguardian.com/money/2014/apr/19/vince-cable-tougher-penalties-dodgy-directors

Anything that puts the brakes on the UK’s current pandemic of scams based on ‘alternative investments’ will be very welcome. Although fine wine remains a popular option for fly-by-night companies and scams, it is now often linked to land banking scams, ‘investments’ in graphene, carbon credits, gold, diamonds, natural rubber as well as pearl encrusted, gold plated armadillos.

Having pushed fine wine as a brilliant investment a number of companies are now offering ways selling investors’ wine, which will still have value albeit diminished for the moment, for products that are almost certainly over-priced and of little if any investment potential.

Update on Haut-Poitou
Last October I wrote a piece about the local machinations over the fate of the Cave Coopérative du Haut Poitou.  http://les5duvin.wordpress.com/2013/10/01/the-cave-du-haut-poitou-spike-a-brochet/

Now some six months later Frédéric Brochet’s Ampeliade has, after all, been allowed to take over the bankrupt Cave Coopérative:

Haut-Poitou La Coop reprise par Ampelidae
Story by Patrick Touchais 1.4.14:

‘Frédéric Brochet, vigneron et négociant dans la Vienne, a repris la cave du Haut-Poitou, criblée de dette. Il se dit prêt à travailler avec tous les anciens coopérateurs qui voudront lui livrer leur récolte.

Tout ça pour ça ! Le tribunal de grande instance de Poitiers (Vienne) vient de confier la cave du Haut-Poitou à Ampelidae. En septembre, Frédéric Brochet, le gérant de cette entreprise basée à Marigny-Brizay, avait fait une offre de reprise de la coopérative. Malgré un niveau d’endettement élevé, qui aurait été apuré par cette opération, les adhérents avaient repoussé son offre. Entre-temps, la coop a été placée en redressement judiciaire.

Read more at http://www.lavigne-mag.fr/actualites-viticulture-vin/haut-poitou-la-coop-reprise-par-ampelidae-86378.html#IWZ6ptOiL1VEuhxA.99′

 

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C’est quoi, un grand vin de Bordeaux ? lllustration par un exemple

Je ne pense pas que tous les cas se ressemblent, mais certains peuvent bien illustrer des phénomènes, des tendances ou des modes, surtout quand il s’agit d’un produit qui est assujetti aussi directement à des contraintes de marché que le vin. Je veux parler aujourd’hui des vins les plus chers du bordelais, c’est à dire les crus classés (en 1855 ou à d’autres époques) et assimilés. Ces vins-là sont jalousés, vénérés, détestés, regardés de travers ou admirés, le tout selon le portefeuille, l’opinion politique, les préjugés ou les goûts de la personne qui tient l’opinion. Ce sont les leaders (avec quelques bourgognes, vins du Rhône ou du piedmont italien, de la Toscane ou de la Californie) du marché mondial si on considère les aspect prix de vente et demande du marché. La réussite de leur modèle économique, machine à bénéfices conséquentes, fait envie ou pas, selon les avis.  Il est intéressant de regarder ce modèle de plus près, même si on a cette ultime prétention, qui ressemble à une politique de l’autruche, qui consiste en un crachat plus ou moins généreux sur tout ce qui réussit. Comment ça marche un cru classé bordelais ?

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J’ai eu récemment l’occasion de voir une bonne illustration de la méthode derrière cette réussite lors d’une dégustation que j’ai organisé pour un de mes clients. Nous avons dégusté 5 millésimes successifs de Pichon Longueville, cru classé de Pauillac, plus un de son second vin, appelé Les Tourelles. Les vins étaient présentés, avec une admirable clarté et une absence de toute langue de bois, par le directeur d’Axa Millésimes, Christian Seely. Voilà un cas devenu classique dans le bordelais : un cru classé, avec son bâtiment imposant, qui appartient à un investisseur institutionnel dont le métier n’a rien à voir avec le vin et qui est dirigé par quelqu’un qui n’est pas issu du sérail. Je passe sur la nationalité britannique de Seely, car plus personne ne considère réellement que Bordeaux reste une province anglaise ! Les atouts possibles d’une telle combinaison pour le vin produit, hormis les éléments liés aux hommes, pourtant essentiels mais variables ? De la rigueur dans la gestion, une notion de relativité aiguisée, un regard pragmatique sur les réalités des marchés, et du capital presque sans limites si le besoin se fait sentir. Du côté des contraintes, il ne faut pas fermer les yeux sur une obligation du résultat, car de telles entreprises ne sont pas des philanthropes. Et du côté des inconvénients ? Je vois la difficulté de lier de tels domaines à des individualités, voire à de l’humain, ce qui, dans le monde du vin, peut sembler négatif pour certains, mais pas pour tous.

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Les millésimes dégustés étaient, dans l’ordre : 2007, 2008, 2009, 2010, 2011 (second vin), et 2011 (grand vin). Christian Seely a pris ses fonctions de Directeur d’Axa Millésimes en 2000, après avoir dirigé, avec beaucoup de réussite, une autre des leurs propriétés viticoles, Quinta do Noval, qui produit des portos magnifiques et, depuis peu, de bons vins secs. Sous sa direction, la quantité du "grand vin" produite à Pichon Longueville a été divisée par deux, car il s’est rendu compte, avec son équipe, que les meilleurs jus venaient presque systématiquement de certaines parcelles, les mieux exposées et/ou drainées, ainsi que des plus vielles vignes. En réduisant la quantité du grand vin à la production de ces parcelles, Pichon perdait beaucoup de volume, mais respectait le principe de "grand vin" à la bordelaise. N’est-ce pas une sacrifice énorme sur le plan financier ? Non, car en même temps, le prix de vente du grand vin a été multiplié par au moins trois, hors effet spéculatif sur certains millésimes (les 2009 et 2010 valent environ 180 euros dans le commerce aujourd’hui). Le second vin, les Tourelles, n’est pas du tout spéculatif et est positionné à entre un tiers et un quart du prix du premier vin. Evidemment une telle découverte, sur le rôle du site viticole et l’âge des vignes, ne constitue pas une révolution, mais son application et son effet sur le prix du vin illustre, en partie, la réussite économique de ce modèle bordelais.

Quant à la variabilité des millésimes et leur lien avec les prix de sortie en primeurs, Seely est totalement pragmatique et ne confond pas son ego avec les réalités du marché, ce qui ne semble pas être le cas de tous. Il considère normal et souhaitable que les prix fluctuent en fonction de la qualité et de la demande du marché. Le 2013, tant décrié, y compris par ceux qui ne l’ont pas dégusté, est sorti en prix de place autour de 40 euros la bouteille et a été totalement vendu en cinq jours. J’insiste sur le fait que je ne parle pas ici de mon point de vue d’amateur de vins, car je ne peux pas (et ne veux pas) payer plus de 50 euros pour une bouteille de vin. Et le grand vin de ce château, avec les marges des revendeurs, ne rentre évidemment pas dans mes critères de prix. Mais il faut aussi se rendre compte qu’il existe des centaines de milliers (ou bien plus, je n’en sais rien !) d’amateurs de vin dans le monde pour lesquels 100 euros n’est pas grande chose. Leur donner de la qualité ET un rapport qualité/prix qu’il jugent intéressant est l’enjeu pour ce type de producteur. Les très riches sont comme nous, sauf qu’il sont plus riches.

Autre particularité du système bordelais et particulièrement des crus classé et consorts : la distribution des ses vins par un réseau de négociants ayant des ramifications dans tous les marchés à travers le monde. Cela représente une économie très importante pour les producteurs, qui n’ont pas besoin, du moins directement, de payer une force de vente. Et l’avantage financier pour le producteur se trouve augmenté par la pratique de la vente en primeur (que je n’approuve pas, mais qui fonctionne bien), autorisant un financement des stocks par des clients.

Et les vins dans tout cela ?

Pichon Longueville 2007

Nez fin, un peu fumé, élégant et encore joliment fruité. Sa fraîcheur est un marqueur de ce millésime à peine mur, mais il n’y a aucune trace de verdeur dans ce vin. Bonne longueur pour ce vin classique qui permet de mesurer les progrès réalisés à Bordeaux depuis 30 ans. On peut très bien le boire maintenant mais il se gardera bien une bonne dizaine d’années.

Pichon Longuevelle 2008

Plus dense et plus austère par sa structure que le 2007, ce vin est aussi d’une grande finesse de texture et son fruité est très plaisant. La finale est encore un peu carré. Sera à son mieux dans 5 à 10 ans et a une capacité de garde qui est au moins le double du 2007.

Pichon Longueville 2009

Sa puissance et sa richesse sont clairement marqué par les températures très élevées de l’été dans cette année atypique. Tout est là, partant d’une grande maturités des tannins, mais je lui trouve trop de chaleur en finale pour un équilibre à mon goût, et que je recherche dans un vin du Médoc. La moitié de la salle d’une cinquantaine d’amateurs l’a préféré au 2010., et donc sa capacité de séduction n’est pas en cause.  Mais je me situe résolument dans l’autre moitié.

Pichon Longueville 2010

Un vin totalement admirable pour moi. J’aimerai avoir les moyens d’en mettre une caisse ou dix dans ma cave ! Le nez est d’une grande élégance, harmonieux et plus complet, plus complexe que celui du 2009. En bouche c’est aussi juteux que long, parfaitement équilibré autour son fruité somptueux qui est porté par une grande sensation de fraîcheur. Tout ce que j’aime dans les vins à base de cabernet.

Les Tourelles de Pichon 2011

Evidemment plus fluide et souple que ce qui précède. Les tannins sont encore un peu sec, et l’ensemble n’a pas la longueur du grand vin. Mais c’est assez fin et très bon. Et un tiers du prix de l’autre.

Pichon Longueville 2011

Une sensation de puissance maîtrisée. Finesse et force vont de pair dans ce vin très fin qui donne envie de le revoir dans une dizaine d’années. A mon avis au-dessus du 2008.

 

Conclusion

Il y aurait bien d’autres chose à dire sur ce qui constitue un grand vin. Je pense en particulier aux équipes qui les font, à leur expérience du lieu et de la matière végétale, aux techniques employés et à la rigueur de leur application. Mais aussi l’enthousiasme des responsables, si bien illustré par Christian Seely à cette occasion. Je pense aussi à la longévité de ces vins, et, particulièrement dans le cas des vins du Médoc, à leur relatifvediscrétion, cette sorte de retenu qui les fait passer, aux yeux d’amateurs de sensations fortes, pour des autistes du vin. Pour moi, au contraire, ils parlent bas, mais d’une voix assurée, confiante mais pas arrogante. Méfions-nous des idées reçues, toujours.


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#Carignan Story # 217 : Imbuvable !

Ah le noms des vins ! Y’aurait un grand sujet à faire là-dessus. Après tout, c’est de sa faute au vigneron. À force de surenchérir dans la provoque sur les étiquettes avec des noms pas piqués des hannetons, à force de « Vin de Merde » et autres finasseries ou galanteries pinardières héraultaises trop bien médiatisées, il fallait bien que quelqu’un dans mon Roussillon d’adoption tombe dans le panneau, trouve matière à faire rire (gras) la planète fesseboukienne, gazouillis et consorts (dont je fais partie) et les chasseurs de cocasseries du net pas toujours net. En d’autres termes, il fallait bien que quelqu’un ose. Que quelqu’un brandisse la fine trouvaille. Bien sûr, sans même goûter le vin, quelques cavistes tendance « nature » trouveront l’idée géniale. Of course quelques marchands peu scrupuleux des boutiques boboïsées de la Capitale diront que cette étiquette est indéniablement tendance et n’hésiteront pas à la "promotionner".

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Oui, après tout c’est de sa faute au gars. L’avait qu’à pas l’appeler comme ça son jus. Car même en faisant des efforts surhumains, en essayant de lui faire "prendre l’air" comme conseillé au bas de l’étiquette, même au risque de me rendre malade ou de me dégoûter à jamais du vin, je n’ai pu (ni su) l’apprécier. Pis, j’en suis arrivé presque au point d’aller gerber dans mes chiottes tant ce jus immonde agressait mes pauvres tripes de vieux routard qui plus est connard retraité qui ne comprendra jamais rien à rien. Et même en me disant «  Allons Michel, restons zen. Tu vas quand même pas défoncer ce Carignan probablement fait par un p’tit jeune qui démarre… », même en repensant à mes jeudis catho de Vineuil-Saint-Firmin où l’on m’enseignait à respecter et d’aimer mon prochain, rien n’y fit !

Photo©MichelSmith

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Ben oui quoi, c’est de sa faute à ce monsieur qui se croit vigneron, qui se veut moderne. Il l’a bien cherché. Je n’en dirai pas plus pour ne pas trop lui faire de pub inutile. Et je ne dirai pas pour une fois qui m’a procuré ce « vin » car je ne veux pas lui porter préjudice. Ce qui m’irrite le plus dans cette affaire qui n’en est pas une, c’est que cette étiquette soit associée au Carignan, un cépage capable de tant de belles choses dans ce département des Pyrénées-Orientales. Ce qui m’inquiète aussi, c’est que des gens honorables, voire de vulgaires buveurs d’étiquettes, vont trouver ça « Génial ! Ouah, c’est trop top ! ».

Oui, il y a des jours comme ça où je ferais mieux de rester au lit sous ma couette, auprès de ma blonde*. Ça tombe bien : demain ce sont les cloches qui passent.

Michel Smith

* Ben oui, quoi. On a bien le droit de rêver à mon âge…


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Bleu de toi

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Mais le bleu est-il appétissant ?

Le cocktail Blue Lagoon fait paraît-il rêver aux îles… mais le bleu de méthylène, ça n’est pas très glamour. Même pour colorer cette agréable liqueur d’orange, faite avec l’écorce des petites oranges vertes amères ou bigarades.

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Et pourtant, on force la nature à nous faire des choses bleues. Peut-être est-ce un relent de tintinophilie, le souvenir ténu de l’Orange bleue vogue dans nos âmes…
Je ne suis pas certain que le quidam à qui on offre un jus d’orange en reconnaisse le goût, ni moi non plus d’ailleurs, ou en fermant les yeux, on est trop influencé par la couleur.

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On nous fait des tomates bleues

Il n’existait à l’origine qu’une dizaine d’espèces de tomates, toutes originaires d’Amérique du Sud. On dépasse aujourd’hui les 10.000 variétés, dont 4.000 cultivées intensément. Nos primeurs et supermarchés sont loin du compte…
Demandez à votre maraîcher préféré un kilo de tomate bleue, elle existe depuis quelques années.

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En dépit de sa couleur inusitée, la tomate bleue n’a rien à voir avec un organisme génétiquement modifié. Elle est le résultat d’une recherche de plusieurs années menée à l’Université d’État de l’Oregon en vue justement d’augmenter la quantité de lycopène dans le fruit. Elle a été présentée au monde en 2004, mais les semences restent très difficiles à trouver. Le plus intrigant, c’est que le plant, qui devrait être entièrement vert, produit parfois des feuilles bleues.

 

La nature s’en charge toute seule et là on peut aimer en confiance ou pas

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Le gyroporus cyanéscens ou bolet indigotier n’a pas l’air vraiment engageant. Dès qu’on le coupe ou que sa chair est froissée, il offre une superbe couleur bleue qui peut en faire fuir plus d’un !
Il est toutefois reconnu comme bon comestible en dépit de sa couleur de Schtroumf.

Le bleuissement ?
Il est dû à une réaction chimique : l’un de ses composants, l’acide variégatique exposé à l’oxygène de l’air se transforme en méthide quinone, un pigment bleu que l’on retrouve également chez certains lichens.
Nous voilà rassuré… mais, second souci, sa chair devient verte à la cuisson.

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Comment le reconnaître
Le bolet indigotier ou bleuissant porte un chapeau granuleux de couleur blanchâtre à jaunâtre comme ses tubes. Son pied trapu et ventru donne l’impression d’être couvert d’un fin velours. Sa chair est cassante et vire immédiatement du blanchâtre au bleu à la cassure.
On le trouve du début de l’été jusqu’à fin novembre dans les sols sableux sous les pins, les châtaigniers ou les chênes.
Il offre peu de risques de confusion avec des variétés de bolets plus ou moins toxiques, c’est rassurant.
Bonne omelette !

 

Le vin bleu, ça existe

C’est la cave Cers-Portiragnes-Villeneuve près de Bézier qui a imaginé cette cuvée vraiment particulière tendrement nommée La tête dans le Ciel Bleu.

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Commercialisé en quantités très limitées, le vin adopte une belle couleur bleue turquoise et répond à une véritable prouesse technique. Gulillaume Bonzoms, le directeur de la cave, explique : « La plus grande difficulté a été de donner à ce vin cette teinte unique sans dénaturer son goût. C’est tout juste si l’on sent un léger parfum de lavande et de myrtille, fort agréable de l’avis de tous ceux qui ont pu goûter ce nectar. Nous avons mis un point d’honneur à n’utiliser que des produits naturels, en plus du raisin bien sûr, la formule restant bien sûr un secret ! »
Moi, j’ai pas goûté, mais je veux bien tenter l’expérience.

L’avantage, c’est qu’il ne faut plus acheter une bouteille bleue, comme celles qui sévissent de-ci delà et qui ne donnent vraiment pas envie de les ouvrir.

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Le bleu c’est vraiment une couleur à chier pour le vin et sans doute pour la bière aussi.

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Un soir d’hiver, quand quittant la bise pour se réfugier près de l’âtre chez des amis peu au fait du vin, j’ai été bizarrement surpris lorsqu’ils ont sorti de leur vaisselier leur plus beaux verres. Pour faire honneur au vin apporté par mes soins, on ne va pas chez des potes sans un joli flacon sous le bras. Un Coteau du Layon d’une année à botrytis à la douce couleur de miel qui s’est vu annihiler dans les verres ouvragés de couleur turquoise. Plus de robe, plus de nez à cause de l’évasement, plus de goût à cause du buvant épais. Tu veux flinguer le pinard délectable de ton meilleur ennemis, fais-le déguster devant lui par ses intimes dans des verres bleus, résultat garanti.

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Embrasserai-je ces lèvres pulpeuses teintées de bleu ?
Juteuse comme une quetsche charnue et sucrée…
Faut faire un certain effort d’imagination pour passer le cap du bleu.
Et vous ?

 

Ciao

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Marco

 

 

 

 

 


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Que c’est beau !

En ce moment, je m’étonne moi-même. Blasé comme je suis, ivre de ma supériorité supposée, odieusement imbu de ma personne, oui, je l’avoue, je m’étonne encore de pouvoir être étonné. Il arrive même que je sois espanté et alors là, je m’en étonne plus encore. Voilà pourquoi, mieux qu’un voyage de presse en technicolor où il n’y a guère plus d’un ou deux journalistes pour participer, mais plus volontiers un essaim de blogueurs qui n’écoutent même plus les explications qu’on leur donne préférant tapoter à longueur de journée sur leur portable en évitant de poser la moindre question et en ne parlant que de leur petit monde à eux, mieux qu’un voyage organisé avec forces présentations publicitaires, voilà pourquoi donc je vous propose de tout lâcher durant quelques jours.

La serre de Maury, cet hiver. Photo©MichelSmith

La serre de Maury, cet hiver. Photo©MichelSmith

Proposition idiote, je sais. Suggestion nulle et non conciliable avec la vie que vous menez. Vos vacances de Pâques sont déjà rondement menées. Et pourtant, il suffit d’un coup de TGV. Bref, pour les besoins d’un livre, je tourne presque tous les jours en ce moment dans la campagne qui me sert d’arrière-pays. Il est vrai que je suis aidé par le temps estival qui règne ici depuis bien avant le début officiel du printemps, mais j’ai parfois l’impression de faire un immense repérage de paysages pour les besoins d’une grosse production hollywoodienne en vue d’un blockbuster offrant des scènes à couper le souffle. Le secteur concerné est certes vaste, mais pas si immense que ça. Il touche en gros tout ce qui tourne autour de la serre de Maury, cette vallée du même nom qui se confond avec celle de l’Agly et qui monte doucement vers l’Ariège avec quelques incursions furtives vers l’Aude et les Corbières, vers Tuchan, Paziols, Embres et Castelmaure. Cette vallée où l’on oscille entre langue d’Oc et Catalan. Tout ça ce n’est que du Chinois pour vous ?

Entre Corbières et Roussillon, vues sur le Canigou. Photo©MichelSmith

Entre Corbières et Roussillon, vues sur le Canigou. Photo©MichelSmith

Voyons, laissez-vous faire. On connaît aussi la région sous le nom de Fenouillèdes avec ou sans "s", masculin ou féminin. Plus récemment, elle est entrée pour des besoins de tourisme oeno-politico business dans les contours du Pays Cathare avec son lot de vigies fortifiées à escalader offrant des vues, je me répète, à couper le souffle. On parle aussi d’un classement destiné à protéger plus encore le caractère unique de ce coin du Roussillon. L’aspect touristique ne vous convient pas ? Vous êtes nul en géographie hexagonale ? Peu importe : laissez-vous guider vers le vin.

Vieilles vignes de Carignan, chapelle, olivier...à l'entrée de Maury. Photo©MichelSmith

Vieilles vignes de Carignan, chapelle, olivier…à l’entrée de Maury. Photo©MichelSmith

Côté PO, comme on dit en raccourci pour nommer le département des Pyrénées-Orientales, certains villages du secteur qui m’intéresse pouvaient, jusque dans les années 60, revendiquer l’appellation Vin Délimité de Qualité Supérieure (VDQS) Corbières du Roussillon avant l’avènement des Côtes du Roussillon (et Villages) en 1971. Maury, de son côté, avait son appellation depuis 1936 tandis que, pas très loin sur la frange maritime, Fitou accédait à la sienne en 1948. Je vous fais grâce du reste, Corbières, Rivesaltes, Muscat de Rivesaltes en particulier.

Au Mas Janeil, chez le Bordelais François Lurton, quand la vigne a soif, on sait la rafraîchir. Photo©MichelSmith

Au Mas Janeil, chez le Bordelais François Lurton, quand la vigne a soif, on sait la rafraîchir. Photo©MichelSmith

Pas de cours magistral non plus sur le passage difficile d’une époque glorieuse de production de vins doux naturels qui fit la fortune du négoce à une ère plus délicate où il  fallait se reconvertir en producteur de vins dits "secs", c’est-à-dire non mutés. À chaque fois que j’avance dans ce pays aussi sauvage que civilisé, je ne peux m’empêcher de l’aimer.

Les bonbonnes su Mas Amiel, à Maury. Photo©MichelSmith

Les bonbonnes su Mas Amiel, à Maury. Photo©MichelSmith

Hier, c’était à cause des bouquets de thym, avant-hier à cause du romarin poussant jusque dans les vignes que l’homme à peur de labourer tant elles sont vieilles. Puis ce sont des vues de cartes postales sur le Canigou, les gorges de Galamus ou le château de Quéribus. Conséquence, je rentre chez moi le cerveau plein d’images, encore une fois, à couper le souffle. Pas un jour où, entre deux rendez-vous, je ne sors mon appareil photo. Pas un soir où je ne me détourne volontairement de l’itinéraire le plus direct pour rentrer sur Perpignan (la D.117), afin d’emprunter une autre voie, une route de traverse qui prolongera le retour tout en offrant de nouvelles vues, de nouveaux virages somptueux, de nouvelles approches de villages…

Quéribus, encore. Photo©MichelSmith

Quéribus, encore. Photo©MichelSmith

Tous les lieux que j’ai visités en cet hiver ensoleillé, je les avais fréquentés en cette période d’enthousiasme fou qui m’a vue prendre racines peu à peu en Roussillon. Les villages que je redécouvre autour de Maury ont pour noms Saint-Paul-de-Fenouillet, Caudiès, Cucugnan, Tautavel, Vingrau, Saint-Arnac, Lansac, Cassagnes, Planèzes, Rasiguères, Latour-de-France, Montner, Sournia, etc. Partout, il y a des vignerons qui y croient. Des Californiens, des Sud Africains, des Anglais, des Belges… et même des Bordelais. Ça grouille d’énergie et d’euphorie !

Michel Smith

Post Scriptum - Procurez-vous les cartes de randonnée éditée par l’IGN numéros 2448 OT, 2447 OT et 2547 OT et vous serez bien armés pour passer des vacances inoubliables loin des foules déchaînées. C’est vraiment l’une des dernières grandes régions spectaculaires de notre beau pays. Profitons-en !

Photo©MichelSmith

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