Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Pic Saintes Louves

Au Château de La Salade, Anne Vialla-Donnadieu ne vous en raconte pas; d’ailleurs, ses vins parlent pour elle.

Et de quoi parlent-ils? D’un petit coin du Pic Saint Loup, plutôt vers le bas de l’appellation, à Saint Mathieu de Tréviers. De belles syrahs et de vieux grenaches gorgés de soleil et de fruit.

Son mari est artiste – il a dessiné ses étiquettes. Elle l’est aussi, à sa manière, dans ses assemblages, dans sa recherche du toujours mieux, du toujours plus pur.

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Un must pour les amoureux de vins sincères et goûteux.

Depuis peu, la fille d’Anne, Constance, jeune œnologue, a rejoint sa maman à la cave. Voici donc un domaine qui pourrait se transmettre par les femmes. Une sorte de Pic Saintes Louves… Ne me demandez pas si les vins sont féminins, je ne sais pas ce que ça veut dire. Par contre, je me suis régalé à les écouter discuter les mérites de tel ou tel vin, sa longueur, son potentiel de garde; d’autant que moi, je les trouve tous intéressants!

Voici ma sélection.

Château de la Salade Rosa Rosae Pic Saint Loup rosé 2013

Une avalanche de fruits rouges biens mûrs (groseille, cerise, fraise), accompagnés de quelques fleurs, une bouche ample, à la fois souple et vive. Un grand rosé qui plaira autant à l’apéritif qu’au cours d’un repas. 16/20

Château Aérien 2012

Une cuvée issue des jeunes vignes. Un joli fruité rouge, une bouche friande, des tannins suaves, beaucoup de fraîcheur, que demander de plus? 15/20

Château de la Salade Cuvée Mille Huit Cent Trois 2013

Un assemblage syrah grenache de vignes de 40 ans

Un nez superbe, à nouveau, plus sur le fruit noir, la mûre, le cassis, la cerise de Bâle. Belle structure en bouche, les tannins sont bien présent, les épices abondent, mais l’ensemble reste velouté; la finale, réglissée, joyeuse, invité au deuxième verre… 16/20

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Château de la Salade Cuvée Aguirre 2009

Du fruit bien mûr (fraise, framboise), enveloppé par les notes de cuir et de fumé apportés par un bois très bine dosé; un vin solaire, capiteux – j’ai pensé à un Gigondas – bien anis fumé bien que le grenache soit minoritaire dans la cuvée. En arrière bouche, quelques notes anisées et un retour du fruit mûr. 16/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2010

Le nez est plus frais, le fruit (cerise, mûre, airelles) un peu plus serré; la bouche est très marquée syrah; le bois bien intégré délivre quelques notes de cacao. Les épices déboulent dans la foulée, rafraîchissant la finale, tout est en place pour de très beaux moments gastronomiques. 17/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2011

Un peu plus marqué par le bois actuellement (moka), mais un grand potentiel; la bouche est volumineuse; la finale grillée est encore un peu austère. A attendre. 14,5/20

 

Hervé Lalau

 

PS. Rien à voir avec ce qui précède, mais j’ai une petite pensée pour mes amis Ecossais qui décideront demain s’ils veulent l’indépendance ou pas. Avec les menaces qu’on leur fait, s’ils votent oui, c’est qu’ils ont vraiment un "brave heart"… Je ne me rappelle pas que l’establishment ait agité  autant de chiffons rouges lors de la séparation entre Tchèques et Slovaques. Tiens, au fait, aujourd’hui, personne ne semble s’en plaindre, du côté de Prague ou de Bratislava… 


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Bourgueillothérapie – a fairly unique blend of art and wine

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The winning design for Bourgueillothérapie 2015.

Last weekend was the third consecutive edition of Bourgueillothérapie we have attended. Organised by Sophie and Ludo Ragot of Cafe de la Promenade and leading Saint-Nicolas-de-Bourgueil producer – Sebastien David, this is an intriguing blend of artists and producers from Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil.

Over a brief working weekend that starts early Saturday afternoon finishing early Sunday afternoon the artists produce a work of art inspired by a theme that changes every year. Naturally the theme invariably involves wine with a particular accent on Bourgueil. Then Sunday afternoon prizes are awarded for the best works of art before everything is auctioned for charity. This year the chosen charity was La Croix Rouge.

There were a couple of changes this year. On Friday night the artists and the producers gathered in one of the cellars of Domaine de la Chevalerie for a meal and a chance to taste wines from the therapeutic producers. During the evening I particularly enjoyed wines from Domaine Amirault and Sébastien David in Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Xavier Courant in Saint-Patrice and the 2009 Buzardières from Domaine de la Chevalerie. My selection does mean that there weren’t other excellent wines there but these were the best I tasted as due to the sharing of bottles amongst a crowd of perhaps 50 people there are inevitably some you miss.

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Conviviality chez les Caslots

It was an excellent and convivial evening despite the producers not introducing their wines as they had been asked to do. However, they are not entirely to blame as a few glasses into the evening I suspect few would have listened with any attention!

The other innovation was to group the participants in four places instead of at the producers’ individual domaines, so cutting down the travelling and trying to avoid some locations attracting virtually no visitors.

Sadly David Cobbold, who was one of the guest artists last year, was too busy to participate this year but I did my humble best to fill the gap with a photo-expo called ‘de Nicolas à Patrice’ at Le Café de la Promenade’ that will continue into October. The framed photos are priced at 60€ each with 50€ going to La Croix Rouge. Although a number have now been sold I can take orders for copies.

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Vincent le Cuisinier – one of the photos that has sold, although further orders can be taken.

As well as the photos I also put up a shirt to be auctioned for charity, which is why Eddy Oosterlinck is now the best dressed man in the Coteaux du Layon.

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Eddy elegantly resplendent in his New Orléans Jazz Festival shirt.

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The splendid shoes of Maître Véronique Bourrel, huissier à Strasbourg. Perhaps included in the auction next year?

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Véronique’s 2013 therapy shoes.

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Ludo Ragot with the winners of the children’s prize

 

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I start my cycle ride down the Loire from the source to the Atlantic on Wednesday to raise funds for two cancer charities set up to help young people suffering from cancer. Even a donation of 5€ can make a difference! I will value your support. The two cancer charities are: The Fondation Gustave Roussy in France (https://igr.friendraising.eu/jim.budd) and Teenage Cancer Trust in the UK (http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd).

 

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GRoussy-logo


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Une barrique à la mer, pourquoi faire ?

J’ai assisté très récemment à une très intéressante dégustation qui a permis d’explorer les effets du vieillissement partiel d’un vin sous l’eau. Quelle eau ? Le bassin d’Archachon, bras de mer (le bon terme géographique est lagune mésotidale) plus calme de l’océan Atlantique. Quel vin ? Le Château Larrivet Haut-Brion rouge 2009, un très bon Pessac-Léognan. Quelle quantité ? 55 litres dans une barrique adaptée (on appelle ces petits tonneaux des barricots, ou des quarts). Combien de temps? 6 mois après la fin de l’élevage normal de ce vin, qui était, dans ce cas, de  16 mois en barriques bordelaises dont un tiers étaient neuves. Et le tout avec un protocole de contrôle qui me semble suffisant: c’est à dire la présence deux vins témoins, dont un était le vin "normal" mis en bouteille à la fin de son élevage, et l’autre un deuxième lot de 55 litres, tiré du même vin "de base" et vieilli aussi 6 mois de plus dans un deuxième barricot, cette fois-ci dans le chai climatisé du château.

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Le chai à barrique à Larrivet Haut-Brion 

Vous me direz peut-être que tout cela n’est qu’un "coup de pub", destiné à attirer de l’attention sur ce château. Je vous répondrai ceci :

(a) et pourquoi pas ?

(b) en tout cas pas seulement, car tout ce qui fait avancer la connaissance sur les mystères du vin est à prendre, et là nous avançons en terra incognita, même si d’autres choses dans ce registre ont été tentées, volontairement ou involontairement, avec des bouteilles à l’eau. Mais je ne vous parlerai ici que de cette seule expérience car les résultats, aussi bien gustatifs qu’analytiques, contiennent leur lot de surprises, et, peut-être, des pistes à explorer plus loin.

D’abord la dégustation. On nous a présenté trois vins : en vin témoin, le Château Larrivet Haut-Brion rouge 2009, avec son élevage normal, puis le même vin ayant séjourné 6 mois de plus dans une barrique de 55 litres en bois neuf (échantillon appelé Tellus 2009), et enfin le même vin ayant aussi séjourné 6 mois de plus dans une barrique de 55 litres en bois neuf, ancré dans une gueuze dans la zone d’étiage du bassin d’Arcachon (échantillon appelé Neptune 2009).

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Les deux quarts de barrique, ou barricots, dont celle de gauche après immersion. Ils sont l’oeuvre de maîtres tonneliers de chez Radoux, partenaire de cette opération

Mes commentaires sur ces trois vins.

Vin témoin (Larrivet 2009) :

Assez arrondi et chaleureux comme souvent pour ce millésime. Signes d’évolution (robe et nez). Ferme et charpenté en bouche avec des tanins pas encore totalement assouplis. Un beau fruité conserve une part de jeunesse à ce vin qui montre aussi le caractère solaire du millésime (alcool 14,15 à l’analyse).

Tellus 2009

Robe plus jeune, m’a-t-il semblé, bien que cela ne soit contredit par les analyses d’anthocyanes. Le nez est plus puissant et concentré, mais il m’a semblé que ce n’est pas seulement du à un effet du boisage supplémentaire, car le fruité est toujours bien présent et n’a pas été écrasé par le bois. Mais il aura besoin d’un peu plus de temps en bouteille pour trouver une posture parfaitement harmonieuse. (alcool 14,2)

Neptune 2009

Ce vin semblait plus frais en général, au point même de révéler des arômes de type poivron au nez, chose qu’on ne trouve que rarement dans les 2009 bordelais, et pas du tout dans les deux vins précédents. Mais c’est par sa texture que ce vin marque sa différence intéressante pour moi. Bien que semblant plus jeune et un peu plus intense dans l’ensemble, ses tanins sont bien plus souples et le vin est plus long, terminant sur une note de fraîcheur que je n’ai pas remarquée dans les deux autres. (alcool 13,37)

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Le barricot de Neptune en cours d’immersion dans sa "gueuze" (je croyais que cela signifiait une bière Belge, mais….) 

Quelques explications de ces différences, via les analyses

En ce qui concerne le vin "Neptune", j’étais surpris de voir sur les fiches analytiques, après la dégustation, que son degré d’alcool avait baissé de 0,8 en l’espace de 6 mois. D’où l’impression de fraîcheur qu’il m’a donnée? Une partie de l’alcool serait donc partie dans le Bassin? En ce qui concerne l’assouplissement des tanins, l’explication semble être donnée par un cheminement inverse, car ce Neptune affiche la présence de 86 mg/litre de sodium, substance totalement absente des deux autres vins. Quand on sait à quel point le sel peut modifier, en le diminuant, l’impression de dureté des tanins en dégustation…..

Peut-on tirer des conclusions de cette expérience ?

D’abord que ces deux chemins  d’élevage produisent des effets différents et palpables à la dégustation. D’autres plus savants que moi (j’attends nos chers lecteurs au tournant, maintenant) pourront sans doute nous fournir des explications pour les deux phénomènes que j’ai pu pointer par la dégustation.

Quant à la perte d’alcool, qui atteint 5,5% en 6 mois (est-ce une forme d’osmose inverse ?), cette approche de l’élevage me donne des idées pour la masse croissante des vins dont les niveaux d’alcool frisent ou dépassent les 14,5%. Faut-il suggérer aux producteurs de Châteauneuf-du-Pape, par exemple, de mettre leur barriques dans le Rhône pendant un an ? Cela va créer un sacré bazaar sous le Pont d’Avignon !

Quant à la perception des tanins plus souples, je conseille de manger un peu plus salé avec vos rouges jeunes. Cela serait peut-être plus efficace que des les passer en carafe.

Dernier point intéressant que j’ai relevé des fiches analytiques : l’élevage sous l’eau constitue donc un milieu anaérobique dans lequel bactéries et autre choses indésirables, comme les brettanomyces, ne peuvent se développer. Zero pointé pour ces trucs-là dans l’échantillon Neptune, alors qu’ils étaient présents dans l’échantillon Tellus.

 

La semaine prochaine je vais vous parler d’une expérience qui a démarré cette année et qui tente, enfin, de mesurer et quantifier les effets réels de l’agriculture biodynamique sur une parcelle de vignes, comparés à une autre moitié de la même parcelle en agriculture biologique.

 

David Cobbold


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#Carignan Story # 238 : Au nom de… Zéphirin !

 

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Au nom de qui, au nom de quoi, je vous le demande ? Au nom du Carignan, bien sûr ! Du moins si j’en juge par cette cuvée du Domaine In Nomine qui consacre à sa manière de valeureuses parcelles de ce vieux cépage – ici les ceps frisent les cent ans – sur des terres argilo calcaires du côté d’Opoul, le dernier village des PO, juste à la frontière de l’Aude, sur la partie des Corbières tournée vers le Golfe du Lion et la chaîne des Pyrénées. Mais surtout, plus que tout, au nom de Zéphirin, l’arrière grand-père qui a probablement lui-même planté ces vignes de Carignan que Cyril Lambert retape avec l’aide de sa compagne Sophie.

La forteresse d'Opoul. Photo©MichelSmith

La forteresse d’Opoul. Photo©MichelSmith

Une fois le décor planté, et dieu sait qu’il est encore plus spectaculaire que vous ne pouvez l’imaginer, il reste le vin. Un Côtes Catalanes 2011 vinifié visiblement avec soins à partir d’une vendange non éraflée, des grappes très mûres, foulées aux pieds et longuement macérées… Le genre de travail que l’on ne peut faire que si l’on a de beaux raisins. Ce fut le cas par évidence cette année-là où le vin a été élevé douze mois en barriques de chêne français et mis en bouteilles sans filtration. Que voulez-vous, ces jeunes aujourd’hui ils sont un peu fous et il y a fort à parier que le Zéphirin, l’ancêtre, aimerait bien partager cette cuvée.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Évidemment, je n’ai pas un portrait du papé, mais c’est en pensant tout de même un peu à lui qu’à deux reprises – une fois dans ma salle de dégustation, une autre fois aux Indigènes, l’un des bars à vins les plus en vue de Perpignan – j’ai pu saisir ce vin. La première fois, en dépit d’une grande finesse au nez, je l’ai trouvé un peu dur en bouche, disons vert, anguleux. Lui ou moi n’étions pas prêts à nous rencontrer et, ce matin-là, j’avais juste noté que j’avais en face de moi « un petit monstre ». Quelques semaines plus tard, ayant oublié mes premières impressions, je le goûtais sur des petites assiettes de choses et d’autres et je l’ai trouvé beaucoup plus civilisé, plus fréquentable, plus complet aussi, plus cool diraient les winies d’aujourd’hui. Il vaut tout de même 24 euros la bouteille. Mais bon, vieilles vignes, petits rendements, élevages soignés, etc… je ne vous ferais pas l’injure du discours complet puisque, quoiqu’il en soit, c’est un très beau vin.

Michel Smith


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Comme un goût de perce-oreilles…

Grand retour de notre ami suisse Alexandre Truffer (rédacteur en chef de l’édition francophone du magazine Vinum), qui nous parle aujourd’hui de petites bêtes aux grands effets.

Certains auxiliaires de la vigne, comme les perce-oreilles ou les coccinelles, se cachent dans les grappes à la vendange et peuvent être pressés avec le raisin. A partir d’une certaine concentration, ces insectes donnent des faux goûts au vin comme l’a démontré Patrik Kehrli, entomologiste à la Station fédérale de Changins.

 

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Intitulée «Impact des perce-oreilles et de leurs excréments sur les arômes et le goût des vins de Chasselas et de Pinot Noir», l’étude réalisée par l’Agroscope et la Ecole d’Ingénieurs de Changins peut faire sourire. Lorsqu’on demande à Patrick Kehrli pourquoi il a fait comparer à son panel de dégustation des vins comprenant diverses concentrations de perce-oreilles écrasés, il répond que tout a commencé à cause des coccinelles.

«En 2001, la coccinelle asiatique – utilisée dans les serres du nord de l’Europe comme auxiliaire contre les pucerons depuis des décennies – s’est échappée de Belgique et a commencé à coloniser tout le continent. Or, des études au Canada et aux Etats-Unis avaient montré que des vins présentaient des défauts liés à la présence de reste de coccinelles asiatiques dans les moûts», déclare l’entomologiste avant de préciser: «Tout d’abord, un vin pressé avec une récolte qui affiche un ratio de quatre coccinelles, qu’elles soit asiatiques ou indigènes, par kilo de raisin révèle d’indéniables défauts à la dégustation. Ensuite, ce ratio n’est jamais atteint dans le vignoble suisse. Les coccinelles se nourrissent de pucerons et non de raisin, les vignes saines ne sont donc pas une source de nourriture pour elles.» Bien entendu une question s’impose: «Pourquoi a-t-on trouvé des restes de coccinelles dans les vins américains?» «Il existe plusieurs théories», avance le biologiste. «La plus vraisemblable postule que les vignes américaines sont souvent entourées de champs de soja ou de blé. Lorsqu’on les moissonne, les coccinelles n’ont d’autre option que de se réfugier dans les vignes et de se nourrir avec des raisins blessés. En Suisse, le vignoble est suffisamment morcelé et entouré de zones de forêts ou de prairie pour que les coccinelles ne constituent pas un problème.»

Un bénéficiaire de la production intégrée

Revenons à «Forficula auricularia», le perce-oreille commun! «Le forficule existe naturellement en Suisse», explique Patrik Kehrli «il est considéré comme un auxiliaire dans la plupart des cultures, car il mange des nuisibles comme le ver de la grappe ou les psylles du poirier. Le problème en ce qui concerne la vigne est que cet animal nocturne se cache dans les grappes pendant la journée. Lors des vendanges, ils sont donc ramassés avec le raisin comme on peut facilement le voir au fond des caissettes à vendanges. Comme les populations de perce-oreilles ont considérablement augmenté ces dernières années dans les vignobles européens, les vignerons nous ont demandé de vérifier, comme pour les coccinelles, l’impact qu’il pouvaient avoir dans la vinification.»

Les premiers scientifiques à se poser des questions sur l’impact des perce-oreilles sur le vin ont été des Allemands, car certaines vignes germaniques ont vu se développer des populations de forficules envahissantes. «Il y a toujours eu des cas des parcelles abritant de fortes densité de perce-oreilles, mais le développement général de ces populations a sans doute été favorisé par la généralisation de l’enherbement, voire par des modifications de comportement dans l’utilisation des pesticide» explique l’entomologiste de Changins. Selon les recherches effectuées par la station fédérale dans des vignes enherbées et travaillées en production intégrée, le nombre de perce-oreilles oscillait entre une par grappe et une toute les cent grappes durant la haute saison (entre le 20 août et le 7 septembre) avant de redescendre significativement à la mi-septembre. Néanmoins, dans de rares cas, on peut trouver des populations dix fois plus denses, susceptibles elles de poser problème.

Une question de quantité

Un travail de diplôme réalisé par Jocelyne Karp de l’Ecole d’Ingénieurs de Changins, sous la direction de Jean-Philippe Burdet (EIC) ainsi que Christian Linder et Patrik Kehrli (Agroscope), a visé à comparer un vin de Pinot Noir non-contaminé avec des échantillons vinifiés avec des concentrations de cinq, dix ou vingt perce-oreilles par kilo de raisin. Les auteurs de l’étude ont aussi comparé un Chasselas témoin avec des équivalents où avaient été inoculé des perce-oreilles (5 individus vivants par kilo de raisin), des excréments de perce-oreille (0,6 grammes par kilo de raisin) et une combinaison insectes et déjections.

Au niveau des analyses chimiques, pas ou peu de différence. Au niveau gustatif, les résultats sont plus parlants. Si le Chasselas assaisonné aux forficules ne présente qu’une légère déviation olfactive avec le témoin non-contaminé, l’échantillon auquel ont été ajouté des excréments montrait des différences profondes en termes de couleur, d’arômes et de perception générale. Ce dernier était jugé, moins floral, moins fruité, moisi et de faible qualité générale. En ce qui concerne le Pinot Noir, le seuil de tolérance se situait au-dessus de cinq et en-dessous de dix individus par kilo, car les vins contenant un ratio de dix à vingt insectes par kilo de raisin étaient jugés, entre autres, animaux, réductifs, végétaux et amers.

Les insectes sont nos amis

En conclusion, les auxiliaires de la vigne peuvent parfois poser des problèmes à la cave, mais uniquement lorsque les parcelles sont colonisées par des populations anormalement élevées. Chargé de rédiger avec Christian Linder un livre sur les ravageurs de la vigne par l’Agroscope, Patrik Kehrli admet qu’ils ont hésité à enlever «Forficula auricularia» de la liste des alliés du vignerons pour la mettre dans celle des nuisibles: «après réflexion, nous avons estimé que dans plus de 99% des cas, les perce-oreilles constituent une aide plutôt qu’un problème pour le vigneron.» Et les coccinelles? «Asiatiques ou indigènes, ce sont des auxiliaires du cultivateur. De manière générale, le vignoble suisse n’a pas de problème avec les insectes. Le phylloxéra est maîtrisé par le greffage, le ver de la grappe par la confusion sexuelle et les acariens par la lutte intégrée au moyen de typhlodromes. Le seul souci, c’est que les insectes vivant dans le vignoble peuvent se transformer en vecteur de véritables ennemis de la vigne: les virus et les bactéries.»

Pour en savoir plus :

Kehrli P., Karp J., Burdet J.-P., Deneulin P., Danthe E., Lorenzini F.und Linder C.: Impact of processed earwigs and their faeces on the aroma and taste of Chasselas» and «Pinot Noir» wines. 2012

Jocelyne Karp : Dynamique des populations des perce-oreilles (Forficula auricularia L.) en viticulture et influence sur les qualités organoleptiques des vins.2011

 Alexandre Truffer

 


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BBW 2014

Je ne sais pas si ce titre va nous attirer du monde…
Mais manque de pot pour qui ne veut pas simplement trinquer…

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Comme à chaque rentrée académique, le Belgian Beer Week-end tient le haut du pavé de la Grand’ Place de Bruxelles. Une bonne quarantaine de brasseries offrent leurs mousses en échange d’une ou plusieurs capsules selon la cuvée. Mais avant la foule, nous sommes quelques grosses poignées d’individus à profiter du privilège de déguster dans un calme relatif.

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Un coup de cœur d’entrée pour la Brasserie de Bastogne et sa Belle d’été, une blanche qui n’en a pas vraiment l’air. Légèrement amère, elle évite le classique goût citronné pour offrir un croquant aux arômes de fruits secs.

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La Trouffette blonde de la même brasserie plaît encore plus. Ample, elle s’ouvre sur une succulente saveur de houblon et donne l’impression de développer son amertume dans une atmosphère aérienne. Sa mousse dense est légèrement grasse et procure un confort buccal des plus agréables.

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Voisin de stand, la Brasserie de Brunehaut se fait remarquer grâce à sa Saint Martin blonde. Très fruitée avec l’amertume en fond de décor, on y décèle de l’écorce d’orange, de la mirabelle, une fraction de graine de coriandre, puis elle s’allonge offrant encore la fraîcheur de ses agrumes.

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Tant que devant l’enseigne Trappisten ça ne se bouscule pas trop, je commande une Westvleteren blonde, la meilleure, la 5,8°. Loin de la puissance d’une Chimay bleue ou de l’amertume racée d’une Orval, la Westvleteren est à la fois la plus légère et la plus profonde des Trappistes. Elle a en plus ce côté minéral qui aidée du trait de houblon la rend tellement sapide. Élégante, délicate, elle se boit sans soif et précise ses notes fruitées à chaque gorgée.

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Chez Dupont, il y a le choix. J’opte pour la Saison Dupont Dry Hopping, j’aime la saveur florale amère des beaux houblons. Un rien trouble, la mousse très serrée, elle répond à l’attente et le bitter subtil mais persistant coule avec grâce, puis s’intensifie à chaque gorgée. Des arômes de pain grillé et de pistache apportent leurs nuances torréfiées, puis vient la fraîcheur due l’écorce de citron.

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Va pour une Monk’s Stout Dupont bien noire, à la saveur fraîche et droite, pas le moindre atome de sucre, que l’amer de la réglisse et de la gentiane, avec une longueur important au goût de café poudré de cacao.

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La Brasserie De Ryck et sa Special au joli fruité souligné par une amertume tout aussi élégante qui vous déboule dans les gencives après 2 ou 3 gorgées. Cette atmosphère amère se voit encore rafraîchi par des notes d’agrumes.

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Vient la Caracole Ambrée de la Brasserie du même nom, ample et croquante, elle possède un léger caractère lactique au sein sucré enveloppé d’une onctuosité alcoolique, elle affiche 8°. On attendra des temps un peu plus froids pour vraiment l’apprécier.

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Les pils de la Brasserie Roman, les meilleures sur le marché, faut l’avouer, légères mais avec de la profondeur, une amertume bien installée mais avec de l’onctuosité, une fraîcheur très large qui vous rafraîchit la bouche avec virtuosité, du goût, du caractère Romy Pils ou Black Hole, on est loin, très loin des pils que David déteste… Dans un style similaire mais à haute fermentation la Gentse Strop.

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La Brasserie Dubuisson nous a concocté une nouvelle cuvée, la Bush de Charme, une blonde corpulente dans le style BBW… maturé dans des barriques de Meursault, le pendant blonde de la Bush de Nuit qui logeait dans des barriques de Nuit St Georges. Fine de caractère malgré sa densité forte, elle s’avère bien équilibre, si bien qu’on ne ressent pas ses 11°. Sa belle longueur fruitée tout en notes délicates en font une redoutable séductrice…

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Peu connue la Lamoral Degmont brassée par la Brasserie Van Den Bossche, une blonde légèrement ambrée fruitée amère à la texture onctueuse, fraîche, elle est délicieuse en bouche avec son croquant délicat. http://www.paterlieven.be

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On termine avec l’Abbaye des Rocs toujours aussi bonne, croquante, gourmande, fruitée, mon fils Pierre qui m’accompagne chaque année, lui trouve un petit goût de babelutte, un caramel légèrement beurré, c’est lui qui est un peu beurré, l’amertume délicate de la bière s’ouvre sur l’aérien.

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Il est temps de rentrer en train cela va de soi.

San

Brussels Beer Festival 2014 051

 

Marco

 


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Rentrée, clichés, champagnes et instantanés

Tandis que l’Europe vendange à tire-larigot, la rentrée est la cause de pas mal de remue-méninges de la part de nos chères copines attachées de presse pinardières en étroite liaison avec ce qu’il peut rester de bon dans le gratin journalistique. Il faut dire que les rituels médiatiques que nous impose sa très suffisante Majesté la « Consommation » (avec un grand C pour connerie), poussent nos donzelles pomponnées – certes, il y a aussi quelques messieurs – à rivaliser d’intelligence, histoire d’appâter le journalise et (ou) le blogueur, lesquels, comme chacun sait, se laissent facilement prendre par les sentiments vu qu’ils manquent singulièrement d’idées sachant qu’ils ont fait tout plein d’études savantes et que, à part les marronniers… Bon, passons. À ce propos, je remarque que de plus en plus les journalistes spécialisés en vins, consommation, tourisme, automobile ou autre élément important de notre vie quotidienne, se contentent de reproduire, on pourrait dire de recopier, le dossier de presse qu’ils viennent de recevoir. Quoiqu’il y ait des exceptions, avec de vraies plumes. Oui, vous le voyez, je suis plus qu’optimiste quant à l’avenir de notre chère profession.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Rien de nouveau me direz-vous, hormis le 11 Septembre qui est (aussi) le jour des indépendantistes Catalans, alors pourquoi s’attarder ? Et pourquoi s’alarmer ? Pourquoi crier haro sur le baudet comme on disait jadis dans feu la Gazette du Poitou qui se lisait du côté de Loudun (Vienne) au temps où je démarrais dans la Presse ? Ben oui, pourquoi ? Eh bien tout bonnement parce que la communication vineuse, à force d’ânonner ses thèmes éculés (qualité de notre vin au « top », louanges en provenance de tous les guides, poncifs habituels sur le terroir « béni des dieux », succès indéniable à l’international, dynamisme de l’équipe dirigeante, perspicacité des propriétaires, j’en passe et des meilleurs), quand elle arrive malgré tout à passer, c’est-à-dire à déclencher ne serait-ce qu’un rictus chez le journaliste avachi, cela se traduit le plus souvent par la déception qui conduit tout droit à un immense précipice, une vacuité désespérante.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Résultat, depuis  que je suis dans le vin, les invitations pleuvent au même rythme pour des grandes bouffes toutes ou presque localisées à Paris, bien entendu, pour des déjeuners huppées ou pas dans des restaurants plus ou moins branchés. C’est sûr, l’imagination n’est plus au pouvoir. En d’autres capitales, Londres, Bruxelles, Madrid, Rome probablement, la presse du vin doit elle aussi être très sollicitée et peut-être l’est-elle de la même manière. On s’étonne après que le vin ne bouge pas, qu’il reste figé sur ses codes, ses traditions. Signe de la dureté de l’époque, le temps béni où l’on vous proposait royalement le billet de train (ou d’avion) pour venir vous rincer l’œil et la bouche aux frais de la princesse est désormais révolu, du moins pour des petits loulous comme moi. Autre constat significatif, c’est le (ou la) Champagne qui se montre le plus actif dans la communication aussi inutile que coûteuse, suivi dans l’ordre par le Bordelais, la Bourgogne, le Rhône et l’Alsace.

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Mais pourquoi les maisons de Reims ou d’ailleurs se cassent-elles encore tant la tête à nous présenter chaque année un sempiternel « nouvel habillage » encore plus ringard que celui de l’an dernier pour vendre leur cuvée « cucul la praline », un « nouveau design » encore plus moderne de leur boîte en métal, un « pack », une cuvée « premium », un « coffret » encore plus révolutionnaire dans lequel, ô surprise, on aura glissé un gadget encore plus inutile que celui de l’année d’avant ? Vous voulez savoir ? Parce que tout simplement les revues professionnelles ou pas, comme les magazines spécialisés ou non, les quotidiens à la ramasse ou à la dérive, ou les blogs les plus minimalistes, manquent d’imagination.

Photo©MichelSmith

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Pourquoi encore ? Eh bien, parce qu’après avoir essuyé les plâtres lors de leur quinzaine de Septembre consacrée depuis des lustres aux « foires aux vins » où, avec quelques sommeliers stars, ils vont s’en mettre plein les fouilles en publicités de la GD, tous s’apprêtent à faire un nouveau banco digne du casino de la Principauté avec, je vous le donne en mille, « les champagnes de fêtes », « les bulles de Noël » si vous préférez. Eh oui, chaque année la même rengaine et les mêmes clichés reviennent à coups de pages de pub en Décembre pour causes de gueuletons bien arrosés. Deux périodes de l’année – Les Foires au Vins et les Bulles de Fêtes – où notre « grande presse » daigne nous causer pinard… Pour les services de presse, cette double occase est une aubaine qui ne se loupe sous aucun prétexte d’autant que, sans ces numéros spéciaux, les agences de ces messieurs-dames ne pourraient pas tenir.

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Sinon, la rentrée c’est aussi le moment de faire le bilan. Sur le prix des terres à vignes, par exemple, comme le détaille l’excellent site du quotidien belge Le Soir, ou sur un film qui suscite bien des commentaires, notamment dans un autre excellent site, celui du Point. Non, je ne pourrai pas me rendre à la Table des Vendanges de Phélan Ségur, encore moins hélas au déjeuner du Champagne Boizel, mais je serai à l’écoute le 19 Septembre du Syndicat des Crus Bourgeois du Médoc qui révélera la liste officielle des châteaux sélectionnés pour le millésime 2012. Et pendant ce temps, j’apprends que les vignobles André Lurton viennent de nommer une nouvelle ambassadrice de charme, qu’Isabelle Brunet réintègre Monvinic à Barcelone, et que mes deux potes Jérémie, l’un dans le Muscadet, l’autre en Vendée, ont démarré leurs vendanges dans la bonne humeur.

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Enfin, une bonne nouvelle sous forme de cocorico pour les gars et les filles de chez moi : les vins du Languedoc-Roussillon gagnent non seulement du terrain à l’export (en Asie surtout), mais ils se vendent de plus en plus chers. Grâce au travail de Sud de France Développement. Un peu aussi grâce au travail de quelques journalistes, non ?

Michel Smith

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