Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Testé pour vous: le même grand cru sous liège et sous capsule

6 Commentaires

Jeudi dernier, Marc, son épouse Nathalie et moi nous sommes prêtés à un exercice d’un genre particulier et qui fait écho aux nombreux billets publiés ici sur la problématique du bouchon.

Nous avons dégusté deux bouteilles d’un même vin, un Alsace Grand Cru Schoenenbourg Riesling 2009 de Dopff « Au Moulin », sous deux bouchages différents. Échantillon n°1: capsule à vis. Échantillon n°2, bouchon de liège.

Herve-1092

Les deux forces en présence

Premier enseignement: aucun défaut, aucune contamination, ni d’un côté, ni de l’autre. Deuxième enseignement: c’est un joli vin. Mais allons plus en profondeur:

1 L’oeil

La robe de la bouteille bouchée liège est  légèrement plus soutenue, plus dorée, comme plus évoluée.

2 Le nez

L’échantillon n°1 (capsule) est assez discret au premier nez. Il met du temps à se livrer. Quelques notes florales (tilleul, acacia), un peu de poivre, de réglisse; pétrole léger.

L’échantillon n°2, lui, est plus ouvert, les notes de poire et d’agrumes sont franches, avec un côté bien mûr, presque miellé.

3 La bouche

L’échantillon n°1 paraît plus tendu, plus salin, on perçoit un peu de perlant. C’est droit, bien net, encore très jeune.

La finale est assez épicée, presque piquante.

L’échantillon n°2 est plus rond, plus soyeux, plus en chair. La sucrosité est plus perceptible, le vin paraît plus généreux.

La finale est plus ample.

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Sehr schoen, le Schoenenbourg de Dopff…

En résumé

Les trois dégustateurs (Marc Vanhellemont, Nathalie Verbogen, Hervé Lalau) ont préféré l’échantillon n°2 dans son état actuel, à boire aujourd’hui. Tous les trois ont noté plus qu’un air de famille entre les deux vins, mais ont pensé que le capsulé était plus jeune, au moins d’un an.

En ce qui concerne les caractères pétrolé et perlant, il n’y a pas eu unanimité: deux des dégustateurs les ont trouvés plus évidents dans l’échantillon n°2, un dégustateur (moi) a trouvé le contraire.

En résumé: on ne peut pas dire qu’il y a une véritable supériorité d’un mode de bouchage par rapport à l’autre, mais les différences sont flagrantes. Il semble que la version capsulée soit promise à un plus long avenir, mais l’impression demande à être confirmée dans le temps. Elle semble en tout cas plus jeune.

Merci à Dopff « Au Moulin » pour ce banc d’essai particulièrement instructif. On ne peut évidemment généraliser à toutes les bouteilles bouchées liège et bouchées vis, mais en se remémorant d’autres dégustations de vin suisses, chiliens et néo-zélandais, on se dit que les vins français ne font pas exception et que la capsule fait mieux que soutenir la comparaison.

En toute indépendance

Toutes les campagnes d’image des bouchonniers ne pourront changer ce simple constat: la capsule n’est pas un bouchage au rabais.  Il ne suffit pas de financer la formation du WSET et d’offrir aux étudiants des séjours aux Portugal, comme Amorim, pour me convaincre. Je trouve même la ficelle une peu grosse; j’espère que les étudiants aussi.

Je le dis à nouveau pour que les choses soient claires: je ne roule pas pour les capsules à vis, je ne suis pas payé pour écrire ce que je viens d’écrire. Je n’ai aucun intérêt dans cette affaire. Je dis ce que je vois, ce que je ressens, ce que je bois.

Je souhaite seulement que les producteurs dont nous dégustons les vins puissent être jugés pour leur travail, et non pour les dégâts éventuels que le bouchage peut faire subir à leurs vins.

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “Testé pour vous: le même grand cru sous liège et sous capsule

  1. Très belle analyse !

    Il est indéniable que l’échange d’air est moins important avec des capsules à vis qu’avec un bouchon de liège.
    Avez-vous dégusté le vin capsulé le jour suivant ou l’avez-vous carafé pour voir si l’évolution était notable ?

  2. Oui et il y avait une légère convergence entre les deux vins, mais j’ai toujours préféré la capsule. De toute façon, je doute que beaucoup de consommateurs prennent encore le temps d’aérer leurs blancs d’Alsace. Merci de votre intérêt.

  3. J’ai vécu la même expérience avec un vin blanc du Sud-Ouest. La reflexion était la même. Mais pour une meilleure vision, il faudrait pouvoir comparer les vins après 6 mois – 1 an – 2 ans de cave en plus. Bien qu’alors c’est notre evolution qui jouera aussi. Je suis cependant d’accord avec la préférence directe sur les vins à capsule car généralement le fruit est plus tendu.
    GG

  4. Analyse très intéressante.
    Il serait vraiment super de pouvoir effectuer ce type analyses dans le temps et sur les domaines qui sont passés au capsules pour certaines de leur cuvées.

  5. Pingback: Projet bouchage: le Jugement de Sancerre | Les 5 du Vin

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