Les 5 du Vin

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La géologie, c’est compliqué!

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Pour qui n’a pas jamais très bien compris comment se sont formées les montagnes calcaires qui entourent les Alpes, voici une explication imagée sortie toute droite du cerveau « fantasque » de Georges.

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Georges Truc, sans malice, c’est mon pote géologue, avec qui j’arpente parfois le vignoble. Il m’aide dans la compréhension du paysage, dans la perception du sol, tout a l’air plus simple, ébauché en quelques gestes, décrit en trois mots. Voici donc sa recette infaillible pour nous éclairer sur…

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www.geol-alp.com

…la notion de « nappes de charriage » ou la formation de relief comme les Dentelles, les Alpilles, le Vercors, tous ces calcaires qui à un moment donné ont eu l’air de couler.

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Mobiliser une table de cuisine ou de salle à manger.

Enlever soigneusement la bouteille de Gigondas qui s’y trouve, ainsi que les verres à dégustation et tout objet susceptible de glisser de façon malencontreuse (assiette de charcuterie, pain, fromage…).

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Poser une pile de drap ou de grandes serviettes de bain de couleurs différentes sur la dite table en ayant soin de placer à la base de la pile un tissu fluide, par exemple de la rayonne, de la soie, du polyester.

À l’une des extrémités, prier une grande vigneronne de s’installer (la taille importe peu, la grandeur étant le fait de sa notoriété ; à Gigondas, l’embarras du choix est avéré : toutes les vigneronnes sont grandes).

À l’autre extrémité, un grand vigneron (même constat).

 Si vous n’avez pas de vigneron/ne sous la main, demandez à un sommelier, ça marche aussi, voire à votre belle-mère et à votre beauf, on fera avec.

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La première représente « La Tectonique » ; elle est située au cœur des Alpes cristallines ; elle sera la prêtresse hautaine des forces telluriques et l’exécutrice des grandes œuvres d’exhaussement.

Le second se trouve en position d’avant chaîne ; il représente à lui seul tout le domaine rhodanien ; bientôt, il contiendra la pile qui filera vers lui.

La Tectonique soulève la table, lentement mais sans jamais fléchir : la pile se met en mouvement, se décolle grâce au tissu fluide, se plisse et se déverse.

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Vous venez de réaliser très exactement ce qui s’est produit lors de la surrection de la chaîne alpine : le Trias faiblement visqueux, véritable couche savon, vient d’entraîner le décollement de la couverture sédimentaire, désormais détachée du socle ; les serviettes ou les draps sont les chainons subalpins, Chablais, Bornes, Bauges, Grande Chartreuse et Vercors, dont les couches sont plissées et quelquefois déversées les unes par-dessus les autres ; les nappes de charriage sont ainsi faites.

Remettre les choses en place et compenser les efforts physiques et intellectuels consentis lors de cette expérience en débouchant la bouteille de Gigondas dans un but précis qui tombe sous le sens en pays vigneron.

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 Merci Georges, on regardera les cailloux d’un autre œil désormais…

 Ciao géologique

 

 Marc


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Le Persan ne pousse pas avec un turban

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                  Photo: vignerons-trieves.com

En plus, il ne vient même pas d’Orient. Ce serait trop facile cher docteur W. Cet ancien cépage remis au goût du jour semble avoir toujours peuplé les pentes de la Maurienne. Vieux Savoyard, il tirerait l’origine de son nom des coteaux de Princens qui dominent Saint-Jean-de-Maurienne. L’étymologie populaire expliquerait le glissement jusqu’à son exotique forme actuelle.

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                  Le Granier vu des hauteurs de Chignin (Photo © MVH)

Une vieille gloire

Ce cépage fort ancien, peut-être introduit sous l’occupation romaine, fut prospère de l’Isère au Piémont où on le trouve encore sous le nom de Becuèt dans le Val de Suse. Il fut longtemps le cépage dominant de la Vallée de l’Arc. Certains auteurs du 19es le comparent même à la Syrah de l’Hermitage. On en cultivait encore 201 ha en 1958, plus que 3 ha en 1994. Depuis peu, sous l’impulsion des familles Grisard, le Persan revient en grâce et une demi-douzaine de domaines en ont planté.

Le plant

Cépage vigoureux, il débourre précocement et voit sa maturité en 2ème époque tardive, 20 jours après le Chasselat. Ses feuilles sont rondes à trois lobes, vert foncé, de taille moyenne. Les grappes adoptent une forme cylindro-conique aux raisins assez serrés. Ovoïdes, à la peau fine mais résistante avec une tendance à la flétrissure lors de la maturité, les baies arborent une teinte noir bleuté. La pulpe est juteuse, un rien âpre.

Le Persan est sensible à l’oïdium et au mildiou, par contre il offre une bonne résistance au stress hydrique. Il semble particulièrement bien adapté aux pentes d’éboulis calcaires bien exposées.

Persan cuvée Prestige 2009 Vin de Savoie Domaine Jean Pierre Grisard

Le robe élégante se pare de rubis profond, se parfume de violette et de fleurs de cassis avec des accents de poivre noir, de cardamome et de muscade. En bouche, les tanins serrés, un rien anguleux, libèrent avec parcimonie leur jus, mélange de fruits rouges et noirs où se reconnaissent la groseille, la fraise, le cassis et la mûre. La fraîcheur se fait à la fois incisive et douce, semblant s’adapter au développement fruité. La longueur est grande et apporte son lot d’informations épicées. Certes agréable aujourd’hui, il possède un potentiel qui délivrera sa complexité dans quelques années.

Les vignes poussent dans des éboulis calcaires à matrice argileuse, le raisin est égrappé e macéré une dizaine de jours en cuve inox. L’élevage se fait en barriques pendant une dizaine de mois.

 

GAEC Jean Pierre Gisard

www.domainegrisard.com gaecgrisard@aol.com

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La Persanne 2010 Vin de Savoie Domaine Adrien Berlioz

La robe presque noire aux reflets améthyste exhale des senteurs sauvages de prunelle, de griotte et de violette auxquels se mélangent quelques herbes, mélange savant d’alpestres et d’orientales. Puissante, la bouche semble envahie d’un coup. Jusque dans le moindre recoin, la Persanne impose ses fruits, ses épices, puis conquis, elle nous laisse humer l’agréable parfum du bouton de rose légèrement ourlé de tabac blond. Les tanins vraiment serrés, la profondeur, la longueur, laissent augurer une grande garde.

Les vignes ont 5 ans et poussent dans des calcaires à la matrice argileuse déposés sur des marnes. Les raisins cueillis entiers macèrent à froid une douzaine d’heures avant d’être encuvés pour 3 semaines à T° plus haute. Le vin loge ensuite en ½ muids de 600L de 2 à 3 vins pendant 8 mois.

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                     Adrien Berlioz (Photo © H. Lalau)

Domaine Adrien Berlioz

josephberlioz@wanadoo.fr

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                      Le vignoble de Chignin (Photo © MVH)

Le Persan, une affaire à suivre…

Vu son potentiel de garde, dégustons-le régulièrement pour apprécier la valeur montante de ce ressuscité.

Ciao

  Marc


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A bas la musique subie dans les restaurants !

Un dîner récent pris dans un restaurant du Sud-Ouest de la France, supposé être de bon niveau (recommandations de guides divers affichés à l’entrée), m’a rappelé avec force à quel point nous subissons, partout, de la musique de mauvaise qualité dans des lieux censés être dédiés à autre chose et, dans une certaine mesure, avec de la tranquillité à la clef. Qui peut m’expliquer les raisons de cette plaie sonore galopante, dont la source est généralement sans âme ni souci réel de l’agrément du client? Pour moi, cela fait partie d’une forme d’abrutissement généralisée, mêlé à une peur du silence. On le constate bien évidemment dans des parkings, dans des centres commerciaux et des supermarchés. Mais que cette manie de se remplir les oreilles avec n’importe quoi envahisse aussi la restauration me dépasse totalement !

Il ne faut pas se méprendre sur mon point de vue ici. J’aime beaucoup la musique et j’en écoute assez souvent (mais pas tout le temps). Et de toutes sortes. Je vais à des concerts, dans des clubs de jazz, et dans des bars où la musique fait partie de l’attraction et du raison d’être du lieu. J’ai fait un pèlerinage à Marciac la semaine dernière par exemple pour écouter plein de concerts, dont un set magnifique de blues d’Eric Bibb. Mais quand je vais au restaurant, soit la conversation est bien sonore et on n’a nul besoin d’un rajout de fond musical pour créer de "l’ambiance " (je n’aime pas cette expression fourre-tout), soit c’est un lieu de paix, de recueillement, et d’échanges en toute tranquillité et je ne vois pas du tout l’intérêt d’un "fond musical" comme une sorte de moquette sonore.

Pour illustrer mon propos (mais je pense que nous avons tous des exemples similaires) je vais vous raconter l’anecdote de mon dîner de l’autre soir, car elle est assez parlante. Désolé pour la longueur !

Le restaurant en question s’appelle Les Templiers, dans le joli village de Dunes, en Tarn & Garonne. En arrivant à 20h, sur réservation, nous étions les 2 seuls clients, et il en a été ainsi pendant 30 minutes. Au début, tout allait bien, c’est à dire qu’il n’y avait pas de musique. Puis, dans l’arrière-salle, quelqu’un a appuyé sur un bouton et une affreuse chanson pop des années 1980 s’est mise à grésiller à travers ce qui devait être un haut parleur de piètre qualité. J’ai demandé à la jeune serveuse si elle voulait bien éteindre: ce qu’elle a fait. Arrive ensuite la patronne qui lui demande pourquoi il n’y avait plus de musique. Je lui explique que nous préférons le silence, et, comme nous étions seuls dans l’établissement, je m’estimais en droit demander cette faveur. Elle m’a répondu, sur un ton rogue et la machoire crispée, "je vous préviens que je vais être obligé de le remettre quand les autres clients arrivent". Je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a répondu "parce qu’ils le veulent". J’ai proposé alors que nous votions ensemble quand les clients arrivent, ce qui ne l’a pas fait rire. Elle a aussi dit que tous les grands restaurants mettaient un "fond musical".

Je me suis permis un doute sur ce propos, puis d’ajouter que la qualité sonore était, de toute façon, indigne de son établissement, et que nous étions les seuls à en "bénéficier" pleinement, alors que les nouveaux clients (ils n’étaient que 2), qui venaient d’arriver dans la salle de fond, ne pouvaient même pas l’entendre car le poste de radio était tout près de nous et bien éloigné des autres et il n’y avait pas de deuxième haut-parleur. Elle a fini pas accepter, de très mauvaise grâce. Quant à la non-qualité sonore, elle s’est mis a râler contre les sommes demandées par la Sacem pour passer une bonne musique, expliquant ainsi son choix d’une mauvaise radio et d’un appareil de piètre qualité. Je lui ai dit que cette pratique ne me semblait pas de nature à encourager une augmentation de sa clientèle !

Je suis déjà parti, sans manger, de restaurants qui pratiquent cette forme de pollution sonore, et je vais sûrement être obligé de continuer. J’aime choisir ma musique, et je peux choisir un bar ou bistrot en fonction de la musique qui s’y joue. Mais je déteste qu’on m’impose une musique non choisie dans un restaurant. Et vous?

David

 

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