Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Bordeaux, des vins un style

Les rues de Belgique accueillent en ce moment une campagne d’affichage des vins de Bordeaux.

Le message est on ne peut plus simple: « Bordeaux, des Vins, un Style ».

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Trop simple?

Quels sont ces vins?

Quel est ce style?

S’il y a des vins, se peut-il qu’il n’y ait qu’un seul style?

Bien sûr, une affiche ne peut pas tout expliquer d’une région qui couvre près de 150.000 ha (dont 50.000 rien qu’en AOC Bordeaux/Bordeaux Supérieur) et qui compte des milliers de domaines. Pour toucher les gens, il faut simplifier. Mais à ce point?

Tous les vins ont un « style ». Les Bourgogne, les Alsace, les Brunello, les Mornag… Mais il faut certainement développer. Un style léger? Un style robuste? Un style puissant? Un style décontracté?

Mais à trop vouloir étreindre…

Hervé


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Les classements de vins? Je m’en fous totalement!

Le nouveau (re) classement de vins de Saint Emilion est sorti et déjà ses supporteurs ou détracteurs s’alignent. Ils vont probablement se disputer pendant des mois sur le fait que tel ou tel ait été admis (ou non) dans les rangs (sérieusement gonflés, il faut dire) de ce classement 2012. Il semblerait, au regard de la liste, que les organisateurs ont voulu faire plaisir à tout le monde, probablement pour éviter une autre série de procès qui risquerait de rendre la chose totalement caduc et inopérante.

Mais, en ce qui me concerne, la question n’est pas là. Je me fous totalement des classements de vins. Mon image d’un vin, et le plaisir que j’en tire en le buvant, ne dépend en rien de son rang dans un classement établi il y a 150, 50 ou 10 ans, ou même hier. Hormis Bordeaux, aucune région viticole du monde n’utilise ce système qui, il faut dire, a un impact considérable sur les prix des vins, et, partant, sur la valorisation foncière des domaines. Est-ce dire que tout cela n’est qu’une affaire d’argent ? Peut-être. Car comment le comprendre autrement ?

Le classement de 1855, qui a démarré cette folie de classer dans le Bordelais, n’était basé sur rien d’autre que la valeur marchande des vins concernés. Plus votre vin se vendait cher dans les transactions enregistrées pendant une période d’années auparavant, plus élevé était son rang. Il y avait là une certaine justice. Mais si l’on voulait le réactualiser sérieusement, il faudrait prendre tous les vins de la région et tous les classer selon ce seul critère. Cela sonnerait le triomphe de la loi du marché. Cela ferait aussi hurler certains, mais au moins la chose serait cohérente. En réalité, sur le plan local, le classement de Saint Emilion ne semble pas faire autrement, même si ses critères sont un peu plus subtils (et donc plus critiquables car certains me semblent assez subjectifs).

Mais, à part l’égo des propriétaires classés et la valorisation foncière de leurs biens, à qui cela sert-il? Au consommateur ? Peut-être celui qui achète des étiquettes et qui déguste suivant des a priori. Mais un tel classement ne peut en aucun cas servir de guide d’achat. D’ailleurs, qu’est-ce qui le peut ? Michel a très bien analysé certains défauts de deux des guides annuels de vins qui sortent chaque année en France à cette époque. Mais ces guides sont, à leur manière nécessairement subjective et imparfaite, des classements globaux des vins de partout dans le pays. De surcroit, ils sont mobiles, dans la mesure ou les domaines classés changent tous les ans.

Rien n’est parfait, mais je crois que je préfère, à un classement officiel établi par des gens du cru en question, un classement annuel fait par des gens qui n’en sont pas, même s’ils peuvent faire preuve d’aveuglement ou d’absence. Le premier est toujours une sorte d’auto-promo. Le second est au moins un jugement indépendant, pour l’essentiel. 

David


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Boire et manger libanais

Quand il fait beau, en Belgique, il faut profiter du moindre rayon de soleil, surtout cette année. C’est donc à l’heure du dîner (car en Belgique, comme en Suisse d’ailleurs et dans certaines parties du Sud de la France, voire du Québec, on dîne à midi et on soupe le soir), c’est vers 13 heures, donc, que je me suis assis dans le jardin d’El Mandaloun, resto de spécialités libanaises, sis à Waterloo, à peine à quelques kilomètres du funeste champ de bataille; funeste, du moins, pour ceux qui déjeunent à midi…

Un décor simple, assez épuré, pas de tralala, pas d’ornement kitsch come trop souvent dans ce genre d’endroit. L’intérieur noir et blanc, mais avec tout de même de la chaleur, dehors un espace ceint de verdure. Il manque juste peut-être, pour faire local, un grand pot avec planté bien au milieu le bonzaï géant d’un cèdre du Liban.Arrive la carte, celle des mets, on choisira le vin après, en fonction. Va pour les mezzés froids et chauds, ça permet de picorer et d’apprécier les différentes saveurs du Proche-Orient,  saveur méditerranéennes ancestrales aux couleurs épicées qui nous plaisent tant.

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J’ai commandé du kéllage (pain farci au fromage et cuit au feu de bois), du moutabal (caviar d’aubergine à la crème de sésame), des moujadarah (lentilles aux oignons et à l’huile), des tajens (feuilles de vigne) et encore des sojoks (saucisses pimentées); et puis une awaness (poêlée de foies de volaille), un tartare d’agneau, un habra nayeh nature avec sa sauce à l’ail. Tout ça, ça dépayse ! Et pour que le dépaysement soit complet, ouvrons la carte des vins à la page libanaise.

Deux domaines y trônent, le Château Ksara et le Château Kefraya. Blancs, rosés et rouges légers et plus structurés occupent une page pleine. Sous le soleil de midi, la sagesse nous recommande un rien de rosé et tout autant de rouge léger. Va pour la cuvée Sunset de Ksara et Les Bretèches de Kefraya, deux vins sur le fruit, sans bois, bien agréables pour accompagner la cuisine.

Sunset 2010 du Château Ksara fonctionne avec tous les plats. Ce rosé au ton soutenu, déjà âgé de deux années offre un nez floral avec des notes de rose et de jasmin, le fruité de la groseille et de la grenade. La bouche suave presque sensuelle, étonnant pour un rosé, la bouche onctueuse aux saveurs de baies rouges tendrement épicées amortit l’épice, dynamise les condiments, rafraîchit les chairs et les légumes, comment ne pas être converti ?

Le deuxième, le rouge, c’est Les Bretèches 2009 du Château Kefraya; sa robe rubis cramoisi respire la chair de cerise noire, la mure et la framboise avec une légère note de vanille. La bouche croquante et fraîche se love dans la soie tannique et donne aux plats une nouvelle dimension.

Et ceux vins sont des entrées de gamme! Le premier assemble 60% de Cabernet Franc à 40% de Syrah, on croirait une composition du Cabardès. Le deuxième associe Cinsault, Tempranillo, Syrah, Cabernet Sauvignon et Carignan (pour toi Michel), un mélange particulier qui fait le plus bel effet sur les mezzés du Mandaloun. J’ai pris des demi-bouteilles qui se sont avérées d’une fraîcheur inattendue. Comme quoi les vins libanais n’affichent pas forcément ce caractère cuit sous la torpeur de la Bekaa qui sied aux muses des arts…

Bref, un moment privilégié d’où je suis sorti sans faim, les portions y sont copieuses. Si vous passez près de la gare de Waterloo…

وداعاً

Marc


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Eloge des vins du Sud-Ouest et du Progrès

Je sais que je suis un peu partisan, bien que j’essaie toujours de m’en défendre et d’aimer, également, des vins de partout. Mais les liens affectifs qui vous rattachent à des lieux existent, et parfois il faut les assumer. J’aime particulièrement les pays du Sud-Ouest de la France et j’aime les vins qui en ressortent, en tout cas les meilleurs d’entre eux. Ce n’est pas bien original comme « pitch », mais c’est ainsi. Je suis assez Gascon dans l’âme.

Posées sur une calade qui je suis en train de réaliser avec des galets de la Garonne, voici trois autres perles du Sud-Ouest : le Gaillac pétillant appelé Mauzac Nature de R&B Plageoles, Le Pacherenc du Vic Bilh sec du Domaine Berthomieu, et le Cahors « Knom » du Clos Troteligotte.

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Voici, pour illustrer mon propos, trois vins, bus succècivement lors d’un même dîner récent, mais redégustés individuellement à diverses occasions cet été. J’en ai acheté des caisses, de ces vins-là (et bien d’autres), car j’achète très souvent les vins qui me plaisent, à condition que leur prix soient raisonnables (c’est à dire moins de 25 euros).
C’est le cas pour ces trois vins (le Cahors, totalement délicieux, vaut 6 euros !) qui viennent de différents secteurs du grand Sud-Ouest. Cela aurait pu être beaucoup d’autres vins estimables, mais ce sont eux, car ils illustrent, à mon sens, ce que j’aime dans les vins du Sud-Ouest: ce mélange indicible de droiture et de faconde, d’acidité qui tempère toujours l’alcool du soleil, de grain de folie contenu et puis l’absence totale d’emphase ou d’esbrouffe. La finesse ne ressort que si elle est réelle, et il n’y a nul besoin de maquillage.

Le climat et les cépages y sont pour beaucoup. Le climat est tempéré et les nuits ne gonflent pas inutilement le taux de sucres des raisins. Mais il y a tout le soleil qu’il faut pour les murir comme il faut. Les cépages du Sud-Ouest sont souvent d’ici et on les trouve nulle part ailleurs, même s’il y a eu quelques fuites notables, vers le Bordelais et l’Amérique du Sud, en particulier. Autrement dit, on a déjà deux singularités dans la trilogie de ce qui différencie un vin d’un autre : climat et cépage. Le troisième étant l’homme, et on y reviendra.

Le Mauzac Nature des Plageoles, père et fils, maintenant millésimé, utilise une seule variété qu’on trouve aussi à Limoux, mais, à ma connaissance, très peu ailleurs. Le Pacherenc est fait avec trois autres cépages autochtones, le gros manseng, le petit courbu, et le petit manseng : presque introuvable ailleurs, surtout les deux premiers. Le Cahors, quant à lui, utilise le cépage malbec, devenu mondialement connu grâce à l’Argentine, mais guère dans son pays d’origine. Etrange destin !

Ces trois vins ont une franchise, une gourmandise et une droiture qui n’aurait pas existé il y a 20 ans dans ces pays-là. Sauf pour la droiture, peut-être. C’est dire le progrès que a été fait en viticulture et en vinification par les meilleurs producteurs de chaque appellation. Robert Plageoles a été un pionnier à Gaillac. Son fils Bernard est son digne successeur. Didier Barré, qui fait évidemment du Madiran comme du Pacherenc (sec et doux), travaille avec une finesse que ne connaissaient pas ses prédécesseurs. Emmanuel Rybinski, au Clos Troteligotte, a affiné le travail de son père et produit une série de cuvées (avec une fourchette de prix large mais raisonnable) qui joue beaucoup sur la finesse, comme leur habillage et leurs noms s’amusent avec le graphisme et la poésie.

C’est à cause des ces vins, entre un millier d’autres exemples, que je dis que les vins d’aujourd’hui sont bien meilleurs que les vins d’il y a une génération. Et, par conséquence, que tous ceux qui pronent, avec une sorte de fausse nostalgie, un retour vers des techniques d’autrefois se trompent lourdement. Ces vins illustrent parfaitement leur lieu de production, comme leurs cépages, mais il sont aussi un témoignage des bienfaits de la connaissance technique et de la qualité de travail de leur producteurs.
Je ne vous ennuyerai point avec des notes de dégustation. Chacun de ces vins est un modèle en son genre.
David

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