Quand il fait beau, en Belgique, il faut profiter du moindre rayon de soleil, surtout cette année. C’est donc à l’heure du dîner (car en Belgique, comme en Suisse d’ailleurs et dans certaines parties du Sud de la France, voire du Québec, on dîne à midi et on soupe le soir), c’est vers 13 heures, donc, que je me suis assis dans le jardin d’El Mandaloun, resto de spécialités libanaises, sis à Waterloo, à peine à quelques kilomètres du funeste champ de bataille; funeste, du moins, pour ceux qui déjeunent à midi…
Un décor simple, assez épuré, pas de tralala, pas d’ornement kitsch come trop souvent dans ce genre d’endroit. L’intérieur noir et blanc, mais avec tout de même de la chaleur, dehors un espace ceint de verdure. Il manque juste peut-être, pour faire local, un grand pot avec planté bien au milieu le bonzaï géant d’un cèdre du Liban.Arrive la carte, celle des mets, on choisira le vin après, en fonction. Va pour les mezzés froids et chauds, ça permet de picorer et d’apprécier les différentes saveurs du Proche-Orient, saveur méditerranéennes ancestrales aux couleurs épicées qui nous plaisent tant.

J’ai commandé du kéllage (pain farci au fromage et cuit au feu de bois), du moutabal (caviar d’aubergine à la crème de sésame), des moujadarah (lentilles aux oignons et à l’huile), des tajens (feuilles de vigne) et encore des sojoks (saucisses pimentées); et puis une awaness (poêlée de foies de volaille), un tartare d’agneau, un habra nayeh nature avec sa sauce à l’ail. Tout ça, ça dépayse ! Et pour que le dépaysement soit complet, ouvrons la carte des vins à la page libanaise.
Deux domaines y trônent, le Château Ksara et le Château Kefraya. Blancs, rosés et rouges légers et plus structurés occupent une page pleine. Sous le soleil de midi, la sagesse nous recommande un rien de rosé et tout autant de rouge léger. Va pour la cuvée Sunset de Ksara et Les Bretèches de Kefraya, deux vins sur le fruit, sans bois, bien agréables pour accompagner la cuisine.
Sunset 2010 du Château Ksara fonctionne avec tous les plats. Ce rosé au ton soutenu, déjà âgé de deux années offre un nez floral avec des notes de rose et de jasmin, le fruité de la groseille et de la grenade. La bouche suave presque sensuelle, étonnant pour un rosé, la bouche onctueuse aux saveurs de baies rouges tendrement épicées amortit l’épice, dynamise les condiments, rafraîchit les chairs et les légumes, comment ne pas être converti ?
Le deuxième, le rouge, c’est Les Bretèches 2009 du Château Kefraya; sa robe rubis cramoisi respire la chair de cerise noire, la mure et la framboise avec une légère note de vanille. La bouche croquante et fraîche se love dans la soie tannique et donne aux plats une nouvelle dimension.
Et ceux vins sont des entrées de gamme! Le premier assemble 60% de Cabernet Franc à 40% de Syrah, on croirait une composition du Cabardès. Le deuxième associe Cinsault, Tempranillo, Syrah, Cabernet Sauvignon et Carignan (pour toi Michel), un mélange particulier qui fait le plus bel effet sur les mezzés du Mandaloun. J’ai pris des demi-bouteilles qui se sont avérées d’une fraîcheur inattendue. Comme quoi les vins libanais n’affichent pas forcément ce caractère cuit sous la torpeur de la Bekaa qui sied aux muses des arts…
Bref, un moment privilégié d’où je suis sorti sans faim, les portions y sont copieuses. Si vous passez près de la gare de Waterloo…
وداعاً
Marc
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