Les 5 du Vin

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Noël chez Hervé

6 Commentaires

Je ne suis guère grenouille de bénitier – et même si je l’étais, pourquoi devrais-je m’en défendre plus que si j’étais Musulman ou homo?

Donc, né Catholique et attaché à cet héritage, sinon à ses rites, Noël garde pour moi une certaine importance qui dépasse le simple échange de cadeaux ou les agapes bien arrosées. D’ailleurs, en matière d’agapes, elles sont chez moi plus volumineuses au Premier de l’An qu’à Noël. Et je préfère toujours la crèche avec ses santons au père Noël Coca-Cola.

Crèche de noel

C’est culturel, bien sûr. Mes années d’enfant de choeur et de manécanterie en banlieue parisienne, les quelques messes de minuit dans le pays de Thelle – le berceau de ma famille. Un vieux fond judéo-chrétien. Tout ça.

Bref, cette année, pour Noël, je boirai un vin un peu spécial. Le vin d’un ami. Je veux dire, le vin que Marc m’a offert la semaine dernière, un Gigondas 2010 de Brusset.

Par chance, je l’ai déjà dégusté début décembre chez In Vino Veritas – ce vin a été sélectionné lors de notre dernière session « Découvertes ». Je vous donne mes quelques notes, prises sur le vif (ce n’est pas moi qui ferai le commentaires, alors c’est assez télégraphique): cerise griotte, beaucoup de fraîcheur, élégant, belle matière.

Je rajoute qu’il a été suivi de deux autres vins rhodaniens, un Vaqueyras et et Châteauneuf, également sélectionnés (un fait rarissime). Ce qui m’a fait m’exclamer:« Dites, les gars, on s’installe dans le Rhône? ».

Le plus curieux, c’est que la semaine d’avant, j’avais débouché le Cairanne blanc 2006 « Les Travers » du même domaine, un vin que j’avais adoré pour ses notes de poire, de miel, d’amandes délicieusement grillées.

Je dis curieux, car je ne dois pas avoir plus de 3 bouteilles de blanc du Rhône dans ma cave; je dirais même plus, je pense que 95% de mes blancs sont septentrionaux (Alsace, Bourgogne et Loire, surtout) alors que 80% de mes rouges sont méridionaux (Rhône, Languedoc, Roussillon, Italie, Espagne; le reste venant de Loire ou de Bourgogne).

C’était donc un véritable « miracle de Noël » que j’aie débouché cette bouteille là à ce moment-là.

Et que mangerai-je avec le Gigondas? Une dinde, sans doute. Mon côté tradition, là encore. Pourquoi changer une recette qui gagne?

Plus important, je crois, en le buvant, je l’assortirai à une idée: celle de l’amitié.

Malgré un métier qui m’amène à rencontrer énormément de gens, et un métier de type plutôt convivial, qu’il ne vaut mieux pas faire si on est du genre misanthrope, je n’ai pas énormément d’amis. Mieux vaut moins, mais des gens sur qui l’on peut compter. Alors bien sûr, je penserai à Marc, qui m’a offert cette bouteille, en pensant que le vin me plairait,j’en suis sûr,

Et puis en pensant à Gigondas, je penserai aussi à Louis Barruol, que j’ai rencontré ce printemps, et qui m’a fait forte impression. Ses vins, mais aussi l’homme – car dans les deux, c’est l’élégance qu’on trouve au coeur, je crois.

Je penserai enfin à mon parrain Michel, que j’ai enterré la semaine dernière, et qui me manque déjà. Pas seulement parce qu’avec mon père, il est un de ceux qui m’ont appris le vin. Non, pour plein d’autres choses qui n’ont pas leur place ici.

Je vous souhaite donc un joyeux Noël.

Si vous n’êtes pas croyants, merci d’y voir, non un réflexe identitaire ou une volonté de vous convertir –  loin de moi cette idée alors que tant de choses me révulsent dans les religions.

Non, merci d’y voir seulement la petite flamme d’une très vieille chandelle qui brille au fond de chacun de nous, celle de l’espoir de matins meilleurs, d’hommes meilleurs, d’un temps de paix et d’harmonie qui ne devrait pas durer qu’une seule nuit, ni être réservé aux seuls adeptes d’une religion ou d’une philosophie, mais qui devrait se répandre sur le monde comme une bonne lampée de Gigondas vous remplit le palais.

Amen.

Hervé

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “Noël chez Hervé

  1. Bonjour
    Si je comprends bien, peu de place pour qq Bordeaux rouge méritants. Noël ou pas, je vous en ferais volontiers déguster qui ne (me) laisse pas indifférent. Dans tous les cas, excellentes fêtes. Jean-Michel

    • Oh si! Cet article, c’est celui de l’année dernière, car je suis obligé de rapatrier les billets de notre ancien hébergeur au compte gouttes. Mais cette année, je suis en train de terminer l’excellente cuvée Héritage Marc Pagès, de La Tour de By (je l’ai commentée sur mon blog perso, ici http://hlalau.skynetblogs.be/archive/2013/12/14/la-tour-de-by-cuvee-heritage-marc-pages-2011-8014649.html )

      Et j’hésite à déboucher un Guadet 2009 reçu des main de Guy-Petrus Lignac. Alors vous voyez, Bordeaux a toute sa place, je ne me pardonnerais pas, en un jour de Noël, de faire de l’ostracisme.

      Merci de votre attention et j’accepte de tout coeur votre aimable proposition.

  2. Presque un an après et toujours à table – chapeau!

  3. Bien vu! Je me suis quand même levé quelques fois pour aller rechercher de nouvelles bouteilles…

  4. La magie de Noël, Hervé !! Tout au long de mon enfance, dans mon petit village de Visan, en Haut Vaucluse (viticole comme il se doit) nous nous rendions à la messe de minuit, à laquelle toutes les familles (pratiquantes, non pratiquantes, non croyantes) se rendaient. L’église était pleine de tous les gens de ce village et se dégageait alors une atmosphère de concorde et d’amitié indéfinissable. Le divin enfant naissait en chanson et le « minuit chrétien » était entonné par un baryton local qui faisait vibrer les vitraux et les âmes..

    À la fin de cette messe, de façon rituelle, nous passions chez des cousins, au cœur du village, et là, invariablement, nous était servie une bûche arrosée d’un mousseux que nous jugerions aujourd’hui de bien piètre qualité. Mais combien délicieux nous paraissait-il !! La camarde a eu raison de toutes ces vies ; cependant, à jamais, cette atmosphère habite encore ma boîte à souvenirs. Alors, à vous Hervé, et à vous tous du blog, joyeux Noël !!

    Georges

    • Je partage, Georges. Ce que vous dites est très juste et joliment dit. D’ailleurs, Noël, c’est le partage.Tiens, je m’aperçois que j’ai fait une belle faute de goût et d’amitié: j’aurais dû vous citer dans l’article, car c’est lors du voyage à Châteauneuf, Tavel et Gigondas que j’évoquais que nous nous sommes rencontrés, avec Marc et Louis.
      Nous avons passés de beaux moments.Et lors du petit pic-nic au jardin, chez Louis, nous n’avions plus envie de partir!
      Je vous souhaite de joyeuses fêtes, bonnes bouteilles, belles roches et surtout bonne santé.

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