Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 162 : Dans les collines aixoises, avec du rosé…

Fin de journée d’hiver dans l’arrière-pays d’Aix-en-Provence. Après une journée active passée avec Peter Fischer dans ses vignes bio du Château de Revelette qu’il finissait de tailler avec ses hommes, l’heure était à la détente. Provençal dans l’âme, volontiers partageur, amoureux de son « terroir le plus froid de la Provence », « Piteur », comme on l’appelle ici avé l’accent, avait rassemblé sur un simple coup de fil quelques uns de ses voisins et amis. Une petite armée vigneronne s’était mise à table chez la belle brune Christine Charvet dans sa géniale pizzeria-guinguette de Jouques où le vin occupe une place de choix. Une adresse que je recommande chaudement. Au passage, Jouques est un délicieux village où il fait bon passer un week-end vigneron entrecoupé de randonnées. Mais revenons à notre réunion. Mots d’ordre de la soirée : convivialité, déconnades en tous genres et Carignan à gogo sans ordre précis, sans cérémonial. Vaste et beau programme.

Peter Fischer, un vigneron toujours dans le vent. Photo©MichelSmith

Peter Fischer, un vigneron toujours dans le vent. Photo©MichelSmith

Je ne parlerai pas du « Pur » de Peter, vin déjà évoqué il y a peu dans cette même rubrique. Pas non plus du Carignan des absents. Mais je vais vous dire du bien de deux vins de couleur rose, pour une fois, deux cuvées qui mettent en avant mon cépage chéri.

-IGP Var 2012, Domaine de La RéaltièreL’ineffable et sympathique ingénieur agronome Pierre Michelland (je vous ai déjà parlé de son rouge « Cul Sec » 2011 l’an dernier) avait apporté son rosé brut de cuve dont la mise n’était plus qu’une affaire de jours, un vin qui ne sera pas filtré et qui comporte 80 % de carignan noir vinifié en pressurage direct et agrémenté de 20% de clairette. Comme son rouge, il pète la forme et se distingue par sa carrure et sa droiture. Vraiment à l’aise sur les délicieuses pizzas. Son « Chant du Coq » blanc 2011 à 80% carignan blanc, le reste en sauvignon, se défendait pas mal aussi en dépit d’une petite touche sucrée en finale.

Pierre Michelland, de la Réaltière. Ses vins sont aussi souriants que lui ! Photo©MichelSmith

Pierre Michelland, de la Réaltière. Ses vins sont aussi souriants que lui ! Photo©MichelSmith

-Côteaux-d’Aix 2010, Domaine La Chapelle Saint-Bacchi. Christian Valensi travaille aussi l’olivier et le lavandin. Sous le même nom cuvée, « Carpe Diem », il vinifie un pur alicante, réalise chaque année un rosé confidentiel (1.300 bouteilles, 9 € départ cave, il en reste encore un peu) cent pour cent carignan issu d’un pressurage direct vinifié d’abord en cuve avec une légère macération à froid, puis un élevage en barriques (de deux vins blancs) pour quelques mois. La robe, légèrement évoluée, a des tonalités orangées du pus bel effet et le vin, qui a conservé son fruit, offre de jolies notes grillées, là aussi légèrement sucrées. On le verrait bien sur un poulet thaï ou des crevettes grillées pas trop épicées. Le 2011 a été zappé et le prochain (2012) sera à 80% carignan.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Dans ce pays Aixois entre Sainte-Victoire et Luberon, le carignan qui n’a pas été arraché sur les conseils des techniciens agricoles, donne quelques espoirs aux vignerons de produire des vins différents dans une région qui, de toutes façons, n’est pas comparable au reste de la Provence viticole. Le seul problème qu’ils évoquent en parlant de ce cépage est que, dans cette zone au climat septentrional, la maturité est rarement satisfaisante à leurs yeux.

Christian Valensi, de La Chapelle Saint-Bacchi. Photo©MichelSmith

Christian Valensi, de La Chapelle Saint-Bacchi. Photo©MichelSmith

Reste que je suis sûr qu’en prenant quelques risques, comme Peter Fischer et Pierre Michelland l’ont fait avec leurs rouges, ils arriveront en poussant les maturités à vinifier de fort jolis vins de Carignan. C’est tout ce que je leur souhaite ! En attendant, on a de beaux rosé et c’est déjà pas si mal…

                                                                                                                     Michel Smith


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Où l’on reparle de Brad Pitt et de son vin

Esprits rationnels, passez votre chemin, ce billet n’est pas pour vous.

Quant aux autres, c’est selon.

« Ce n’est pas parce que les blogs sont gratuits qu’on peut se moquer des lecteurs en toute impunité », me disait hier Madame Pètesec, mon ancienne prof de maintien à l’Institut Bonne-Vie-et-Moeurs de Familleheureux (Hainaut).

Mortel, abandonne tout espoir, tu entres maintenant au Royaume du Grand N’Importe Quoi.

Bref, je vous aurai prévenus.

Il me revient que Brad Pitt (alias Mr. Jolie) s’intéresse de plus en plus au vin. Non comptant – pardon, non content de signer toutes les bouteilles de son  Miraval Provence (ce qui doit lui prendre du temps, même pour quelqu’un qui a l’habitude des autographes), voila qu’il s’apprête à prendre des parts dans un domaine des environs de Limoux, le Château de Gaure.

Un  domaine que nous connaissons bien, Marc et moi, pour avoir dégusté et apprécié à plusieurs reprises  son superbe Mauzac. En plus, le propriétaire, Pierre Fabre, est un type sympathique, qui partage sa vie entre la Belgique et son merveilleux petit coin de Languedoc.

Si vous avez l’occasion d’y passer, n’hésitez pas, dites que vous venez de la part de  Marc ou d’Hervé, ou même de Brad, vous serez bien reçus. Et vous boirez bon.

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Château de Gaure

Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser le beau Brad à d’intéresser à ce domaine en particulier, me direz vous?

Les mathématiques, bien sûr!

Car avec cette joint-venture, on verra Pitt à Gaure.

Alors, je n’avais pas bien fait de vous prévenir? Est-ce que c’est de ma faute, à moi, si le premier avril tombe un lundi, cette année, et que c’est le jour de David?

Hervé

PS. « Et ça se prétend journaliste! ». C’est ce que dit de moi à mon rédac’ chef un retraité de la Narine Marchande. D’accord, mais c’est mieux que de devoir faire des piges au Journal du Hard. Hard Gaure, bien sûr!

Bon voila, je crois qu’on a fait le tour. A moins que Luc, peut-être…?


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DVR 2013 : le stakhanoviste n’en a jamais assez !

Découvertes 2013 128

Après deux jours intenses en Avignon, voilà notre stakhanoviste à l’entrée du premier salon du Rhône septentrional. Les pieds en feu, mais le moral au beau fixe, il sait qu’il va déguster tous les crus réputés. Rien que ça, ça lui met la patate, mais pour combien de temps ?

Certes, les exposants y sont en nombre moins important, mais deux longues journées dans les jambes, ça se paie à un moment !

Il a choisi pour débuter, le village de Mauves sur la rive droite du fleuve. Là se tient le salon Cornas, Saint Joseph et Saint-Péray. Le décor, comme le temps qu’il fait, le refroidit un peu. Tout est gris, la salle comme le ciel, nous voilà loin du décor prestigieux du Palais. Mais aux cœurs vaillants rien ne fait obstacle. Et la perspective de déguster quelques jolies Syrah encourage le téméraire productiviste, il faut qu’avant le soir son carnet déborde de cuvées exceptionnelles.

???????????????????????????????Benoit Roseau

Fanck BalthasarFranck Balthazar

Guillaume GillesGuillaume Gilles

Jacques LemenicierJacques Lemenicier

Michael bourg (4)

Michael BourgJoahan et Louis ChezeJohan savoure un St Jo de Louis Chèze

Laurent CourbisLaurent Courbis

Mister GononMister Gonon

Stéphane RobertStéphane Robert

The Clape'sThe Clapes

The Coursodon'sGli Coursodoni

The Durand'sDie Durand

The Gripa'sLos Gripas

Vincent ParisVincent Paris

Une déception ou un retournement d’expression

Tout le monde se bouscule toujours dès l’ouverture au petit salon privé que tiennent les Hermitage. Ils n’aiment guère se mêler aux crus moins prestigieux qu’eux.

Ils devraient ! Car ils verraient que leur splendeur en a pris un coup !!

Mis à part 2 ou 3 producteurs, comme Delas ou encore le Domaine des Rémizières, les autres Hermitage présentés offraient une rusticité à faire fuir. Jamais, on ne les avait aussi mal perçus. Tanins rustiques, fruit grossier, du bois, de l’extraction, bref, étonnant pour le plus illustres des crus du nord. Partons vite au dernier salon, près de la gare de Tain, qui propose les Crozes. C’est l’endroit où Yann Chave nous sert son Hermitage, il nous plait, équilibré et bien dessiné. Pareil pour Gilles Robin qui inaugure le sien, un 2010 qui promet. Emmanuel Darnaud récupère petit à petit les parcelles de son beau-père Bernard Faurie, pas encore l’Hermitage…

RemizièreDomaine des Rémizières

Emmanuel DarnaudEmmanuel Darnaud

Découvertes 2013 256

Découvertes 2013 245Laurent Combier nous a ravi par la cohérence de sa gamme, faudrait absolument passer au Clos des Grives…

Dernier jour, Côte Rôtie l’enchantement

Un jeudi frais mais ensoleillé nous voit pénétrer, nous, le petit groupe des stakhanovistes, la der des der, la connexion Condrieu Côte-Rôtie.

Contrairement à la déception de la veille, les Côte-Rôtie nous ont charmées. Équilibrées, élégantes, du fruit, une matière onctueuse, des tanins civilisés quoique toujours bien présents, mais sans le sec d’avant, du jus, top.

Les Condrieu… qu’est-ce que c’est bon quand le minéral les tend. Le Viognier, pour ceux qui ne le savent pas, génère des vins peu acides avec un pH plutôt haut, résultat des vins qui peuvent avouer une certaine mollesse, sauf si une tension suffisante les rééquilibre, ils sont alors d’une élégance folle, j’adore ça !

Yves Gangloff fatigué mais sereinYves Gangloff fatigué, mais serein

Christine fait buvetteChristine Vernay fait buvette

Découvertes 2013 300

Découvertes 2013 392Famille Gerin

Découvertes 2013 395

Découvertes 2013 346André Perret

Découvertes 2013 377

Découvertes 2013 355François Villard

Découvertes 2013 342

le fils Barge nous fait l'article (1)

le fils Barge nous fait l'article (3)Le fils Barge nous fait l’article

Découvertes 2013 407

Voilà, les portes de Découvertes se referment.

Vivement dans deux ans!

Ciao

MarcDécouvertes 2013 335


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Nature? Bio? Et puis quoi encore? Le twist, pardi !

On dit que le ridicule ne tue pas, n’est-ce pas ? Vins nature par-ci, vins nature par-là, vins bio ceci, vins bio cela, il commence à en avoir marre le ronchon de service que je suis !

Tiens ça me rappelle un truc qui n’a pas duré et qui, in French, s’appelait La Leçon de Twist. À ceux qui comme moi l’apprenaient, les parents nous promettaient les pires horreurs : luxure de l’épaule, épanchement de synovie, déformation de la hanche… De tous côtés on n’entendait plus que ça, «un air nouveau qui nous vient de là-bas, un air nouveau qui nous fait du dégât, et comme moi il vous prendra…» Voilà ce que nous baragouinait Richard Anthony, en 1962, avec sa gueule de cocker battu et sa voix de faux crooner.

Eh bien franchement, entre nous, c’est une bonne chose que la vogue du twist n’aie duré que l’espace de quelques étés. Comme je n’ai pu vous trouver l’original, vous pourrez rigoler avec la très mauvaise interprétation de Dalida et de son compagnon de piste, l’inimitable Maurice Biraud. Mais au fait, pourquoi une telle intro ? Par provocation, bien sûr! Parce que « twist », en British, ça signifie «tordu». Et il me semble que notre étroit monde du vin est devenu tordu. Complètement tordu !

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Si vous ne savez quoi faire ce week-end, allez-y, y’aura que du bio !

Bio ? Nature ? Huguenot ? Juif russe orthodoxe ? Catho de la Grande Armée ? François d’Argentine ou François de Corrèze ? Dans le débat ô combien stérile qui nous use le ciboulot et nous entraîne régulièrement sur ces lignes et ailleurs à prendre position, comme dans une guerre de tranchée, je me range du côté de Saint Hervé.

Pour ou contre les vins dits « natures », bio gaucho ou bio bobo, je propose une simple trêve, un gentlemen’s agreement. Que l’on cesse d’un côté de les stigmatiser de manière systématique et trop souvent caricaturales, voire inutilement méchante ; et que l’on arrête de l’autre de se sentir persécuté par les vilaines critiques au point de pondre des messages sur le mode mélo dramatique tel celui délivré l’autre jour sur le blog de la vigneronne Isabelle Perraud.

Alors, quid de ces qualificatifs « bio », « nature », « vivant » qui horripilent mon collègue de blog (Hi, David !) du lundi ? Les fois où j’insiste un peu trop sur le terroir, le bio ou le vin nature, j’ai toujours l’impression d’être un speaker officiel de Radio Hanoï dans les années 70. Je m’attends – mieux même, j’espère -, une réplique cinglante de The Voice of America pour défendre le pragmatisme de la pensée libérale et le capitalisme de la viticulture moderne.

Pardon David, mais le ténébreux forgeron que je suis n’a pas le talent d’un Léon ni celui d’un Louis pour finasser dans la dentelle langagière. Aussi, je promets solennellement de ne plus utiliser ces mots-là à tort et à travers, de ne le faire que pour informer le Cher Lecteur de manière pratique, genre «Il cultive ses 20 ha depuis 1968 et a été certifié bio à partir de 2001» ; de taire les propos vignerons tels «Je n’utilise plus de soufre, sauf à la mise», propos que je juge inutiles puisqu’il ne s’agit pas de réel «sans soufre» ; d’oblitérer les déclarations péremptoires du style «Je milite à fond pour les vins vivants» ce qui ne veut strictement rien dire. En bon journaliste, je ne livrerai que des faits, rien que des faits. Cela ne m’empêchera pas d’aimer beaucoup de ces vins-là, de ces vins différents.

De les aimer, de le dire et de tenter d’expliquer pourquoi. Même avec maladresse, n’en déplaise à Monsieur Truc Georges ou à Madame Machin Georgette.

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Comment vous expliquer à toutes et à tous ce que vous êtes déjà censés savoir : que le vin de maintenant (2013) est mille fois meilleur que celui que buvait mon cher pépé René, qui a fait Verdun, soit dit en passant, et que la bibine d’aujourd’hui le ferait se réveiller dans sa tombe de Vineuil-Saint-Firmin (Oise).

Comment vous affirmer sans jouer les devins que le Pinard avec un « P » majuscule sera encore plus excitant demain aux yeux de nos crétins de chérubins ? Comment vous faire admettre que, le progrès aidant, les connaissances en matière de biologie aussi, de techniques viticoles, de robotisation, de vinification et d’élevage feront que notre discours d’aujourd’hui, si jamais il ressort un jour, paraîtra obsolète, à mille lieues des préoccupations du moment et du plaisir engendré par la saveur d’un divin nectar des années 2063 ?

On ne peut à la fois, du moins me semble-t-il, tirer à boulets rouges sur les vins dits «nature», les «sans soufre ajouté qui ont quand même du soufre mais si peu» et les autres vins biologiques en disant pour résumer que tout cela c’est du pipeau, du pipi de chat ou de la roupie de sansonnet, pour en même temps se glorifier (« Bigre, ma chère, vous vous rendez compte, j’en ai trouvé un bon ! »), se donner bonne conscience en en sortant un ou deux du lot parce que l’on est bien obligé de reconnaître que, comme dans la vraie vie des vins dits «conventionnels», force est d’admettre qu’il y en a parfois un de bon voire, pourquoi pas, de génial.

De même qu’il me paraît délicat de soutenir mordicus que la seule voix de salut réside dans la production de vins sans soufre ajouté alors que, sans être un expert, le non ajout de soufre n’est pas un gage absolu de qualité, de robustesse du vin et de protection contre l’oxydation. Reste que tous ces «courants» ont contribué à faire avancer les choses : retour au travail de la terre, à l’agriculture, meilleure qualité du raisin, moins d’intrants dans les sols et dans les vins, j’en passe…

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Mais qui suis-je pour parler ainsi ? Pas grand chose. Un critique émérite ? Surtout pas. Un journaliste qui en a vu d’autres au rayon «vertes et pas mûres» ? Sans doute, peut-être. Un philosophe du vin ? Ça se saurait. Un observateur pinardier ? Certainement.

Tenez, mes derniers voyages se sont déroulés en Val de Loire, puis en Provence. J’y ai rencontré pas mal de vignerons, certains que je connaissais depuis mes débuts, d’autres que je découvrais. Dans les conversations, tous m’ont parlé de biologie, de retour à la terre, la vraie, celle qui vit au point qu’elle est belle à regarder, tous étaient fiers de traverser ces moments excitants où le travail de la vigne redevient attentionné au lieu d’être bâclé. Et pourtant ce ne sont pas des imbéciles, encore moins des « bisounours ».

Ils ont voyagé, pour certain bien plus que moi, sont allés à Davis en Californie et dans les grandes écoles agraires de Nouvelle Zélande, ont accepté maintes responsabilités et empilé des diplômes et des thèses à ne plus savoir qu’en faire.

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Il me paraît difficile ou pour le moins peu confortable pour un critique fut-il émérite, ou pour un journaliste qui se revendique impartial, de camper ad vitam æternam sur une position de principe, une idée non évolutive. Idem pour un vigneron dont la tâche principale, sans vouloir lui donner de leçons, doit être d’écouter sa vigne avant que de chercher à se faire admettre dans telle ou telle chapelle. Moi-même, j’ai fait mon         «coming out» il y a longtemps (cela m’a pris du temps, je le confesse !), lorsque j’ai décidé en mon âme et conscience de ne plus me positionner stupidement en maudissant l’utilisation du bois dans le vin.

Désormais, j’accepte l’idée du bois (même neuf !) dans les vinifications et l’élevage aux seules conditions que cela ne soit pas un argument commercial, que cette pratique ne me soit pas mentionnée avant que j’attaque une dégustation et que ce bois ne serve pas à maquiller le vin. De même que je suis fort mal à l’aise lorsqu’un vigneron, avant de me faire goûter sa production, m’embarque sur l’indispensable nécessité qu’il met à me convaincre de son œuvre permanente pour la sauvegarde de la planète alors que dans sa cave il utilise son iPhone 3 , 4 ou 5  (je ne sais plus quoi), qu’il fait marcher à fond les climatiseurs et qu’à la moindre occase il se jette sur son paquet de Malboro acheté lors d’une escapade andorrane en promenant toute la famille dans une Mercedes dernier cri.

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Voyons, tout ce qui entraîne un raisonnement «par principe» est d’une bêtise sans nom. Soyons logiques avec nous-mêmes. Vivons avec notre époque sans ornières, les yeux bien ouverts. Faisons du vin, le mieux possible et, c’est bien ce qui compte après tout, buvons-le sans trop de retenue. Pro nature ou anti naturisme, achetons et consommons le vin que l’on aime, un point c’est tout. N’en dégoûtons pas les autres.

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J’en appelle donc aux deux parties à user de bon sens et à faire preuve d’ouverture d’esprit. Et pour aller dans ce sens et vous redonner un peu de pêche, retournons à mon intro. Mes bien chers frères, je redis que la vie ne serait que peu de chose s’il n’y avait mon twist préféré, le seul qui, à l’époque, n’ait pas fait l’objet de mes railleries et de mes moqueries, un morceau interprété par Petula Clark et judicieusement mis en image par un internaute de talent sur le tube.

Isabelle, David, Luc, Georges, Marc, Hervé, Jim, Frigide, François et les autres, allez venez tous en piste avec moi !

Michel Smith


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Juste un commentaire de vin, pour le plaisir: Pisan 2009

Une petite excursion sur les terres de Marc, ce Rhône qu’il connaît si bien, cette vallée de plaisirs…

Le Domaine de Pisan est situé sur les hauteurs de Rasteau, altitude 310m. Depuis 2006, il appartient à la Cave de Rasteau, alias Ortas.

Le vignoble est en conversion bio, mais il s’agit ici du millésime 2009. Il serait vain de vouloir y trouver la trace d’une évolution qui n’avait pas encore eu lieu!

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Son appellation, Rasteau?

Je ne l’ai jamais visitée, et la plupart des vins que j’ai bus qui en provenaient étaient des VDN, alors que celui-ci est un Rasteau sec.

Son terroir? Je ne le connais pas bien.

Ce n’est pas un vin nature.

Ce n’est pas un vin de star.

Ce n’est pas le vin d’un consultant-vedette.

Les investisseurs ne se l’arrachent pas aux Primeurs.

Son prix n’a rien de scandaleux, je pense qu’il couvre juste les frais de production avec une marge raisonnable.

Pas de buzz

Bref, ce vin n’a rien pour susciter la polémique.

Je n’avais donc aucun « angle d’attaque » pour le commenter.
Alors, comme je suis un gars pratique, j’ai ouvert la bouteille, j’ai versé le vin dans le verre. Je l’ai non seulement dégusté, mais comme je le trouvais à mon goût, je l’ai bu.
Assemblage de grenache et de mourvèdre, avec une pointe de syrah, il séduit d’emblée par ses notes de fruits noirs très frais – myrtilles, mûres; la bouche confirme cette fraîcheur, qui s’agrémente de notes de cuir, de prunes et de moka – le boisé est assez présent, mais assez bien maîtrisé.
La finale est sur la puissance, mais n’assèche pas la bouche.
Côté accords gourmands, la grillade de boeuf semble toute indiquée.

Pas de message

Qu’on ne se méprenne pas: ce n’est pas mon « vin de l’année », mais dans un style sans chichis,  il fait tout à fait mon affaire.
Laissons à la cave quelques années pour apprivoiser le domaine (et le bois), le vin devrait gagner en complexité.
Faute de grand message à vous délivrer, amis oenophiles, voici le principal enseignement que je tire de ce vin: il est bon, parfois, de retourner aux sources du plaisir simple, de ne pas se prendre la tête.
Ah, si, j’oubliais: vive la coopération!

Hervé


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A cold March makes Loire vignerons happy

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25th March 2013: tight bud little signs of life

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2nd April 2012: vines already in leaf

Although inhabitants in parts of the UK facing huge snowdrifts and loss of electric power might reasonably disagree, Loire producers are happy with a cold March this year.

They remember only too clearly how unseasonably warm March and early April 2012 was. How the vines went berserk in the warm dry weather. Then how the vignerons worst fears were realized during the night of 16th and 17th April when frost destroyed a very substantial part of the 2012 crop.

This year the vines appear to be a good three to four weeks behind last year, so a good chance that unless there is a late frost the Loire may well escape frost damage in 2013. If this is the case it will be very good news for few producers will be able to support another tiny vintage like 2012.

The stats for Tours on Metéo France (25.3.13) tell a clear story

(remembering that we still have another seven days to go before the end of the month):

Temperature:

2013: Average maximum daily temps to date for March: 10.9˚C

2012: Average maximum daily temps for March: 15.6˚C

1991-2010: Average maximum daily temps for March: 12.3˚C

Hours of sunshine:

2013: 77

2012: 213

Average – 1991-2010: 144

Rainfall

2013: 47 mm

2012: 11.8 mm

Average: 50.3 mm

Both sunshine hours and average temperatures are well down on the average and certainly way below the exceptional temperatures of last year. Although it is still quite wet underfoot with puddles in some of the vineyards, rainfall for the first part of 2013 has been around the average. January  – 53.7 mm (average: 66.2) and February – 57.1 mm (average: 55.8 mm).

After a year off due to the frost and poor flowering, the 2013 Loire crop could  be large if history is a guide. For example 1992 was a very big crop after the severe frost of 1991. This is partly nature rebalancing after a year off but also there is a tendency to prune less severely in order to make up some of the shortfall from the previous year.

Hopefully the climate in 2013 will look more kindly on the vignerons than 2012 did.

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25th March 2013: buds tightly shut

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In contrast 2nd April 2012 – in leaf

Buddhaas


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Miscellanées: valeurs sûres, découvertes et doutes

Régulièrement je poursuis, en zig-zag, ma quête de bons vins pas chers. Parfois j’échoue totalement, parfois partiellement, mais parfois je réussis un peu.

Cette semaine, je vais encore mettre ensemble des vins dissemblables : c’est à dire sans lien géographique sauf pour leur origine française, mais avec quand même un lien stylistique pour les trois blancs et le rosé  que j’ai sélectionnés. Et les prix de rentrent pas toujours dans la case « pas cher ». Tant pis, ils sont tous bons !

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Il faut avouer que le premier blanc ne correspond pas à mes critères de « pas cher ». Mais il est très bon et donc il trouve sa place, sous la rubrique « valeur sure » incluse dans mon titre.

Pouilly Fumé, Château de Tracy 2011

Fin, bien ciselé, au fruité gourmand et à l’acidité fine et intégrée qui provoque une structure ferme, assez tendue. La texture est légèrement crayeuse. C’est un très beau vin de sauvignon blanc, raffiné et discret, toute en élégance mais avec tout ce qu’il faut de tenue et de persistance. Assez exemplaire en somme.

Prix : 18 euros ou plus

J’aime beaucoup le profil gustatif des clairets et j’ai du mal a comprendre pourquoi les éminences grises de Bordeaux n’appuient pas davantage sur ce champignon (magique), d’autant plus qu’ils sont les seuls à en posséder et qu’il y a des siècles d’histoire derrière (have some REAL claret, dear boy, and never mind this new-fangled red stuff !). Ces vins sont réellement à mi chemin entre un rouge et un blanc sur l »échelle chromatique, et leur profil gustatif aussi, à la grande différence de la plupart des rosés pâlichons de Provence qui ne sont que des blancs à peine maquillés.

Château Thieuley, Bordeaux Clairet 20011

Depuis des années, je n’ai aucun souvenir d’avoir dégusté un mauvais vin de cette propriété bordelaise, et cela dans les trois couleurs. Combien peuvent en dire autant  ? La couleur s’assume bien : elle est intense, profonde et brillante. J’aime beaucoup cette robe vermeil clair car elle me fait penser à de la peinture. La matière possède une texture qui lui vient de sa légère touche tannique, mais le fruit est bien là pour l’accompagner et rendre l’ensemble très gourmand. Voilà un vrai rosé de table, désaltérant mais ayant assez de structure pour résister à une gamme large de mets. Et on peut s’y fier année après année.

Prix : 5,50 euros ou plus

Et maintenant quelques découvertes, parfois innovantes.

Les férus du « tout terroir », qu’on peut aussi bien appeler les « terroiristes », m’ennuient profondément avec leurs incantations. C’est une sorte de religion qui, comme toutes les religions, reste aveugle à la réalité. A les croire, aucun vin de négoce, aucun vin qui assemble les jus de plusieurs parcelles n’est digne de considération. Ce sont des théoriciens du vin, qui jugent par principe et par a priori, et non d’après la dégustation honnête du résultat. Ils me rappellent les extrémistes et les démagogues de tous bords en politique.

Oui, on peut pratiquer un assemblage « large » et faire un excellent vin qui reflète parfaitement sa région et ses cépages. La Champagne l’a  prouvé depuis longtemps. Quelques négociants entreprenants dans d’autres régions commencement à le faire aussi. J’en ai dégusté un, exemplaire, d’une jeune affaire de négoce du Sud-Ouest, fondé par un certain Lionel Osmin (que je n’ai pas encore rencontré).

Villa Grand Cap 2012, Vin de France, Lionel Osmin & Cie

(cépages Colombard, Sauvignon Blanc, Petit Manseng)

Provenant de diverses parties du sud-ouest, ce vin a opté pour l’appellation « vin de France ». Il est néanmoins très typé sud-ouest. Nez alerte et même pointue, qui mêle arômes d’agrumes de des fruits exotiques. Frais et « tangy » sur la langue, il a aussi une belle ossature et de la longueur. Le rapport qualité/prix est remarquable.

Prix: 6,50 euros

et maintenant pour mes doutes…

J’ai souvent râlé dans ces colonnes contre les vins dits « nature », ce qui veut dire, en gros, sans soufre ajouté. On me rétorque qu’il y a des bons. Encore heureux ! Mais je continue à penser qu’une proportion anormalement élevée de ces vins est bourrée de défauts rédhibitoires  comme me l’a prouvé une récente dégustation de Saumur Champigny où certains vins « nature », qui étaient aussi parmi les plus chers de la série (entre 20 et 32 euros chez un caviste, tout de même !), ont obtenu les plus mauvaises notes d’une série de 30 vins. J’estime que ces vignerons-là volent leurs clients.

Mais j’admets qu’il existe aussi de bons vins sans soufre ajouté, et j’en ai goûté deux récemment, faits par le même vigneron (ce qui n’est surement pas un hasard). Jean-Louis Denois a souvent innové, d’abord en plantant des cépages germaniques dans la région de Limoux (une expérience visionnaire qui s’est soldé par un arrachage ordonné par l’INAO, aussi stupide que borné), puis en plantant du pinot noir et du chardonnay pour faire des bulles et des vins tranquilles. Mainteant il se lance dans le sans soufre rajouté. Pourquoi pas?

Mes Vignes de Saint Paul 2012 blanc, Jean-Louis Denois

(curieuse étiquette qui ne donne pas l’appellation mais cela pourrait être un vin de pays (IGT) d’Oc, car il vient de la vallée d’Agly). cépage Chardonnay, je crois, mais ce n’est pas indiqué non plus. Je découvre en lisant le texte de la contre-étiquette que c’est un Vin de France. Vin bio, sans soufre ajouté.

J’ai mis ce flacon au supplice en le laissant au frigidaire pendant près de 15 jours après l’avoir dégusté une première fois. Et il a bien résisté ! La robe s’est un peu ternie, et le nez commence à sentir la pomme blette, mais cela n’a rien à voir avec ces vins qui ne méritent pas le nom de vin et qui vire dans 15 minutes dans votre verre. Ce vin relativement vif et bien net est clairement bien vinifié et, pour un blanc du sud, reste assez frais et désaltérant. Bravo, même ce n’est pas donné.

Prix: 11 euros

Mes Vignes de Saint Paul 2012 rouge, Jean-Louis Denois

Je ne sais pas ce qu’il y a dedans, mais c’est bon ! Encore plus stable que le blanc, les saveurs sont nettes, fruités avec une touche de poivre (syrah ?). Bonne structure, encore un peu rugueuse de texture car très jeune. Vin sans aucune lourdeur et bien agréable. Je l’aurais beaucoup aimé… à 7 ou 8 euros.

Prix: 11 euros

Alors oui, il existe de bons vins sans soufre ajouté. Mais pourquoi se donner tant de mal pour quelques allergiques imaginaires, et ainsi enchérir le prix du vin ? Car une procédure maîtrisée de vinification sans soufre doit bien avoir un surcoût…

David

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