Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Mondeuse de Savoie : une sorte de syrah «light» ?

| 15 commentaires

image-mondeuse

J’ai eu l’occasion récemment de déguster une dizaine de vins rouges de Savoie faits avec le cépage mondeuse. La mondeuse noire, pour la distinguer de la variété blanche, a eu divers synonymes dans des parties de l’est de la France, mais aussi de l’ouest de la Suisse : gros rouge, grosse syrah, maldoux, persagne, petite persagne ou savoyan. Elle serait soit un demi-frère (ou demi-soeur), soit un grand-parent de la syrah: la génétique recèle encore des mystères dans les histoires de famille, pour la vigne comme pour l’humain ! En tout cas cette dégustation m’a démontré quelque lien de parenté proche avec la syrah sur les plans olfactifs et gustatifs. Certains vont peut-être m’expliquer que ceci est due à la composition des roches en dessous des vignes, mais je resterai très sceptique sur ce point !

Pendant un certain temps, au 19ème siècle, on prétendait que la mondeuse noire pourrait être l’allobrogica, cépage légendaire de la région et mentionné au 1er siècle de notre ère par Columelle et Pline l’Ancien, entre autres. Mais on a suggéré la même chose pour le pinot noir et la syrah et cela semble peu probable, d’autant que la première mention d’une mondeuse noire, sous le synomyme de maldoux, date de 1731 et d’un ordre du Parlement de Besançon. Ces détails ampélographiques, je les dois au remarquable, très complet (1368 cultivars décrits) et récent ouvrage Wine Grapes, par Jancis Robinson, Julia Harding et José Vouillamoz, publié par Allen Lane en Angleterre.

vignoble de Savoie

Vignoble de Savoie (photo David Cobbold)

Le profil gustatif des vins que j’ai dégustés situe la mondeuse quelque part entre un gamay du Beaujolais et une syrah des Côtes du Rhône septentrionales (version pas trop concentrée). Autrement dit, ces vins ont du fruit, l’accent poivré prononcé typique de syrahs issues de climats relativement frais, mais aussi une certaine structure tannique: on pourrait ainsi qualifier la mondeuse de syrah "light". Mais, comme toujours, des variations existent et sont celles induites par la conjonction entre la localité et le travail du producteur.

Savoie 2

Vignes et maison en Savoie (photo David Cobbold)

Ma dégustation

J’ai dégusté ces vins sans avoir masqué les bouteilles, n’ayant aucun à priori et très peu d’expérience de ces vins.

Remarques générales

Les étiquettes ne sont pas toujours très faciles à lire car les mentions varient pas mal et me semblent inutilement compliquées et pas toujours cohérentes. Parfois elles indiquent la région Savoie, mais pas toujours. Parfois le village d’origine prend les dessus sur le cépage, mais pas toujours. Heureusement pour eux qu’ils ont un marché local demandeur car la compréhension d’une étiquette de vin de Savoie pour un non-initié n’est pas simple !

Dans l’ensemble j’ai dégusté des vins biens faits, avec de la personnalité et dont la plupart valent leur prix, même si aucun ne m’a réellement emballé. Tous ces prix s’entendent ttc et départ aux particuliers.

Les prix sont, pour la plupart, tout à fait raisonnables : entre 5,45 euros et 9,50 ttc départ, sauf pour un des vins qui se positionne, d’une manière ambitieuse, à 13 euros.

La Cave du Prieuré, Raymond Barlet et Fils, Mondeuse Jongieux 2011

7,20 euros

Nez sombre et terreux qui rappelle un peu la fourrure humide. Souple et assez charmeur en bouche, avec une touche poivrée. La texture est encore un peu rêche et j’ai cru trouver une pointe d’acidité volatile en finale.

13/20

Domaine G.G. Bouvet, Mondeuse La Persanne 2011

6,50 euros

Un nez un peu curieux qui semble venir d’une macération carbonique (totale ou partielle). C’est vif en bouche, aidé par la présence de CO2. Court et assez simple, avec une finale encore un peu rugueuse

11/20

Cave de Chautagne, Mondeuse Vieilles Vignes 2011

7 euros

Le nez semble peu expressif et un peu métallique. C’est aussi vif et pointu en bouche. Cette dominance de fraîcheur porte l’ensemble dont les tannins restent discrets. Une bonne longueur.

13/20

Cave de Cruet, Mondeuse, Saint Jean de la Porte 2011

5,45 euros

Le nez penche du côté du gamay mais la bouche est bien plus tannique et austère. Pas fascinant.

11/20

Yves Girard Madoux, Mondeuse 2011

6 euros

Nez intense et sombre, associant fruits et épices. Une très belle sensation en bouche avec pas mal de matière, relativement dense mais bien équilibré. Le fruité et riche et gourmand et l’extraction raisonnable. Un des plus puissants des vins de la série, et un des meilleurs, mais aussi un des moins chers !

15/20

Philippe Grisard, Mondeuse Saint Jean de la Porte 2010

6,50 euros

Curieusement ce producteur ne mentionne le cépage que dans le texte de son contre-étiquette, mais pas sur l’étiquette faciale (ou d’une manière peu visible !). Le nez est profond et complexe et m’a semblé un peu marqué par le bois. La texture fait contraster un aspect lisse avec un versant plus râpeuse. Ce vin a une belle présence en bouche et beaucoup de vivacité.

14,5/20

Jean Perrier et Fils, Mondeuse Arbin Graine de Terroir 2010

9,50 euros

Nez agréable. Vif en bouche, ce vin est encore un peu rugueuse de texture. Un ensemble alerte et vibrant qui serait plus à son avantage dans 6/12 mois.

13/20

mondeuse-terre-rouge

Jean-Pierre et Jean-François Quénard, Mondeuse Terres Rouges 2011

7,40 euros

Un nez fin et profond : de fruits noirs avec du poivre et une touche de thym. C’est net, précis et très plaisant. La texture est veloutée et est accompagné par une belle sensation de fraîcheur. L’ensemble en bouche donne cette même sensation de précision et de finesse qu’au nez. Un des meilleurs vins de la série.

15/20

Philippe et Sylvain Ravier, Mondeuse Saint Jean de la Porte 2011

6,20 euros

Un nez animal. Assez souple au départ, puis relevé par des notes poivrés. La finale est rustique. Vin simple.

12/20

Les Fils de Charles Trosset, Mondeuse Arbin Confidentiel 2011

13 euros

Un beau nez ayant de la finesse et des notes de poivre blanc. Charmeur mais assez dense de texture. Ce vin accroche just ce qu’il faut par sa structure tannique et termine sur un bel élan dymanique.

15/20

Conclusions

Il y a de bonnes Mondeuses et ce sont des vins ayant de la personnalité. Mais ces vins-là sont surtout à chercher sur place, en Savoie, car vous aurez bien du mal à les trouver ailleurs. Si jamais le tourisme local ne suffisait plus à absorber aisément la production des Mondeuses de Savoie,  je ne pense pas que ces vins représenteraient une menace concurrentielle pour les vins de la vallée du Rhône ou du Beaujolais, dans les mêmes zones de prix.

Une curiosité locale donc, et dont l’avenir est pourtant assez bien assuré par le tourisme dans cette région. Tant mieux pour la diversité, on pourrait dire.

David

About these ads

Auteur : Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

15 réflexions sur “Mondeuse de Savoie : une sorte de syrah «light» ?

  1. Firstly, forgive this comment in English, but it is an Anglo-French blog, n’est-ce pas?

    David, congratulations for highlighting and describing Mondeuse so well, and for your erudite-as-ever tasting notes. It was good to see the overall marks and standards were decent, something that you might not have found 10 or even 5 years ago, a mark of the real improvement in Savoie wines overall.

    However, you did not have the chance to taste Mondeuse from, what I consider to be, consistently the best producers – in no particular order, Domaine St-Germain, Louis Magnin, Gilles Berlioz, his cousin Adrien Berlioz, Domaine Genoux (Ch de Mérande), André et Michel Quenard and the much more expensive Domaine Prieuré St-Christophe (Michel Grisard), all with vineyards in the Combe de Savoie, some in the specific cru ‘Arbin’ known to be one of the best for Mondeuse (you cited two wines above), others nearby.

    I think if you had tasted these too, your conclusions might well have been different as you would have tasted examples with even more personality and weight. But, also these are wines that not only can travel. they do travel. Many of those cited are more likely to be found in the Michelin-starred restaurants of the valleys in Savoie rather than in the ski resorts, and several are to be found on restaurant lists and in wine shops in New York and San Francisco.

    (Incidentally, recently I had the chance, with some of the producers I mentioned to taste a huge range from their counterparts from Switzerland – where there are less than 10ha but more than 10 producers and it’s growing – Some good ones there too now.)

  2. Thank you Wink for your comment. I cannot pretend that this tasting was exhaustive: in fact I made do with what the Interprofession of Savoie sent me spontaneously. I have on other occasions tasted mondeuses from Magnien and Berlioz (not sure which one) and remember them as being very good. Good to hear that some of these wines are now finding their way out of Savoie, its stations and its valleys. But we don’t see them much here in Paris yet!

  3. Et oui, la mondeuse est un cépage qui mérite le détour, et qui m’a surpris la première fois que j’ai eu l’occasion de la déguster … à l’aveugle.
    Globalement, les nez des mondeuses sont très proches de ceux de syrah issues de terroirs frais, avec ces notes poivrées, épicées, de baies sauvages et quelques fois des notes de violette …
    De mon point de vue, le domaine du Prieuré Saint-Christophe (Michel Grisard) produit une mondeuse des plus abouties. Tout est dans la finesse (aromatique et tannique), avec une longueur qui est surprenante, que ce soit dans sa cuvée Tradition ou bien encore sur sa cuvée Prestige… Ce sont des vins qui disposent d’une structure leur assurant une tenue dans le temps assez incroyable (10 à 15 ans sans aucun problème) …
    Par contre, il faut mettre un billet d’environ 30 euros pour y accéder …

  4. Je vais essayer de goûter cette cuvée à l’occasion, mais cela commence à faire un peu cher.

    • j’en conviens que le prix refroidit quelque peu les ardeurs … sinon, pour rester abordable, je vous propose la cuvée Mondeuse du Domaine Giachino qui se positionne vers 10 euros …

  5. Hello David, tout à fait d’accord pour dire que la Mondeuse se situe aromatiquement entre Gamay beaujolais la Syrah rhodanienne. Par contre, génétiquement, il me semble que la Mondeuse rouge ne soit pas mère de la Syrah, mais la Mondeuse blanche qui s’est fait niquer par le Dureza, un Ardéchois rustique et velu. Comme quoi, la vigne a aussi sa vie sexuelle…
    Marc

    • Marc, tu as raison de parfois voir midi à ta porte et de nous rassurer, nous qui sommes éloignés du Dieweg, quant à ta vie privée et ta santé en nous confirmant (je cite) : « Comme moi, la vigne a aussi sa vie sexuelle … ».
      Tant que tu y es, comment va celle de Philippe, de Gérard, de Bernard, de Youri, de Daniel …. ils ne nous en parlent jamais ?

    • Encore un bâtard, un cépage de quartier. Nique ta mère ! Plus sérieusement, j’ai le souvenir d’une étonnante mondeuse non identifiée goûtée un jour en alpages dans une ferme auberge. Mon téléphone ne prenait pas de photos à l’époque. Dommage…

  6. Marc, si tu lis bien mon intro, tu verras que je ne dis pas que la mondeuse noire est mère (ou père) de la syrah, ce qui est effectivement la place de la variante blanche. Je dis qu’elle est soit un demi-frère (ou soeur) soit un grand parent, mais on ne sait pas lequel car la recherché génétique a parfois du mal à établir une chronologie, tant que tous les participants de la partouze n’ont pas été identifié. Il nous manque un Dédé la Saumure de la vigne peut-être?

  7. Nous avons tous des parents et des grands-parents, certains ont des enfants, des demi-frères ou demi-soeurs… Nous somme donc tous les fruits d’innombrables partouzes…?!?
    Blague à part, c’est un tweet de Wink Lorch qui m’a amené ici, merci pour le commentaire sur Wine Grapes et bravo pour votre article!
    Crodialement
    José

  8. Je signale au webmaster que l’avatar de « padresanctus » vient à nouveau de faire sa réapparition spontanée quand je me connecte ….. Il fait doucettement tartir, votre hébergeur.

  9. José, surtout un grand bravo pour votre ouvrage magistral ! Une livre de référence indispensable et que nous attendions avec impatience.

  10. Très bel article en effet… Concernant les domaines au Top je suis Wink… David au boulot ;-)

  11. On n’a jamais fini avec ce boulot ! C’est peut-être pour cela qu’on l’aime tant.

  12. Moi j’ai toujours une petite Mondeuse, enfin, plutôt quelques bouteilles chez moi pour surprendre les amis. Celle de Bruno Lupin, à 5€40 au domaine parce qu’un pote peut m’en ramener et qu’elle glisse toute seule, et vu que sa Roussette est délicieuse au même prix, ce serait dommage de ne pas en profiter. Autrement, celle de Dupraz est fort jolie, plus en chair, pleine mais un poil plus cher.
    Wink en a cité pas mal, il faut la suivre ! Pour Michel Grisard, il est important d’être très patient. Mon "prestige 2004" attendra encore au moins 20 ans…;-) En tout cas je suis un ardent défenseur de la Mondeuse, parce que m….! C’est bon et très abordable. Pas un vin pour les snobs quoi…!

Poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 6 232 followers