Attention, cet article peut gravement nuire… à votre rationalisme (sans parler de votre laïcité). Il est l’oeuvre d’un romantique, il ne prouve rien, il ne démontre rien, l’auteur y descend mollement la pente de la "self-indulgence", celle qui fait prendre l’eau minérale pour de la terre liquide et le doigt du sage pour la lune. C’est un amoureux des mots, tout autant que du vin qu’ils sont censés décrire. Voila, vous êtes prévenus.
Il y a quelques semaines, j’ai rendu visite à une vieille dame. Une vieille dame de 850 ans. Notre Dame.
Je n’y étais plus retourné depuis des années, depuis mon enfance. J’étais monté dans un des deux clochers, j’avais touché le bourdon. Hasard, le jour où j’y suis retourné, accompagné de mon fils, on exposait dans la nef les nouvelles cloches fondues pour marquer le Jubilé.
Par ailleurs, les rosaces sont toujours aussi belles.
Comment ne pas penser aux maîtres architectes, aux charpentiers, aux tailleurs de pierre, aux maçons, aux sculpteurs qui se sont succédés pour réaliser ce chef d’œuvre? Et comment ne pas penser à tous ceux, célèbres ou pas, qui sont venus en ce lieu?
De haut de cette cathédrale, 8 siècles nous contemplent. Qu’on ait l’esprit mystique (ce n’est pas trop mon cas), qu’on "sente" des choses, des fluides, des auras ou qu’on ne les sente pas, l’endroit inspire le respect. Ne serait-ce que le respect de la belle ouvrage.
Belles pierres
Toutes proportions gardées, certains vins incitent aussi au respect, sinon au mysticisme.
Je me pose la question, tout de même: sans parler de la part de Dieu (que je laisse à chacun le soin de déterminer en son for intérieur), quelle est la part de l’homme et quelle est la part de la nature dans le vin?
Ce débat a déjà été maintes fois abordé dans ce blog – le voici peut-être sous un nouvel angle, c’est tout.
Parfois, je m’extasie devant ce que j’appelle de la pureté, dans un vin. Je taperais bien sur l’épaule du producteur pour le féliciter d’avoir su garder une telle fraîcheur de fruit, par exemple. Sans parler de cette "minéralité" qui agace tellement mon ami David. Même si j’aime les "belles pierres", ce n’est pas tout à fait la même chose).
Mais à la réflexion, rien n’est vraiment naturel dans le vin. Chaque choix effectué par le vigneron, et avant lui, par le viticulteur, si ce n’est pas le même, conditionne le goût du vin. Même quand il ne fait rien à une certaine étape du développement de la vigne ou du vin, il intervient – on sent sa trace, en creux. Ses choix. Pas de grand vin sans un Grand Architecte. Merci Voltaire!
Bien sûr, il y a des vins plus construits que d’autres. Parfois, certains me semblent trop "travaillés", trop "lisses", trop "domestiqués" (vous voudrez bien noter l’incongruité de tels adjectifs pour la description d’un liquide, l’outrance poétique qui confine à la transe).
C’est l’impression qu’ils me donnent, en tout cas; rien qui ne dépasse, rien qui ne choque, une beauté un peu trop froide à mon goût. Mais ce n’est que mon goût. Qui suis-je pour en juger, pour me plaindre des efforts de quelqu’un qui pense devoir apporter sa patte, qui veut peut-être créer une oeuvre?
Ce n’est pas parce que l’oeuvre ne me parle pas, ou moins, qu’elle n’a pas de valeur.
Reste que je préfère en général les vins où il se passe quelque chose, ce qui passe souvent pour moi d’abord par le nez, par le fruit. L’alcool? La structure? Oui, il en faut, mais c’est plus un équilibre que je recherche.
Je ne demande pas un pinot de jouer au merlot. Au chasselas de se prendre pour un sauvignon. A un Priorat de faire le Gigondas.
Cathédrale liquide
"Voila pourquoi votre fille est muette" – non, voila pourquoi je suis plus Rhône, Loire, Piémont et Bourgogne, parfois Languedoc et Roussillon, aussi, plutôt que Bordeaux ou Supertoscans.
Je schématise, bien sûr, car j’ai eu la chance de visiter Margaux il y a une dizaine de jours. Et devant une telle cathédrale liquide, mes références pâlissent. Une telle puissance dans un tel velours, des épices aussi suaves, une construction aussi équilibrée, et pourtant si forte… J’ai beau avoir une réticence naturelle envers les quilles à plus de 500 euros, là, chapeau!
Il faudra que je vous en parle plus en détail un de ces jours. De mon ressenti, pas des analyses chimiques.
Hervé
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5 journalistes parlent du vin
20/03/2013 à 06:16
Le vin est-il comparable à une oeuvre d’art ? Vaste question… Et y a-t-il du raisin dans le vin ? Vaste débat…
20/03/2013 à 07:13
Plus une forme d’artisanat, pour moi. Artisanat d’art…
Hervé
20/03/2013 à 07:29
Il y a pas mal d’analogie entre les métiers d’Artisan d’Art et de vigneron.. ..Ayant pratiqué les deux je peux en témoigner. Métiers ou l’on peut laisser aller sa créativité mais il faut avant tout de la patience, énormément de patience…. Métiers pleins de mystère, en tout cas selon la façon dont on le pratique….
20/03/2013 à 09:32
Trois remarques, dans trois directions différentes, suscitées par ce très beau billet, Hervé.
Quand on a vécu longtemps à l’ombre du Grand Architecte, et qu’on a ressenti l’intolérance de ses affiliés, qui font pourtant profession du contraire, on a bien du mal à ne pas tomber dans le même piège … mais il faut essayer. Par contre, c’est pratique, les petits tabliers, pour ne pas faire de tâche quand on recrache.
Quand on n’a aucun talent pour exercer un métier d’art, et pas tout à fait la « patte » pour devenir un grand artisan, le vin (avec l’écriture) sont sans doute les seules solutions pour réaliser quelque chose de quelque peu créatif.
Enfin, un des meilleurs dégustateurs du Platte Land, et certainement un de ses critiques les plus avisés, a enseigné « les propriétés physico-chimiques de surface des solides » à l’Université de Louvain. Ne me demandez pas ce que recouvre cet intitulé savant mais c’est sans doute pour cela qu’il est expert en liquides vineux !
20/03/2013 à 09:46
Un très beau billet Hervé. Bien que totalement non-croyant, je frise parfois le syndrome de Stendhal dans certain cathédrales. Je suis d’accord que le vin c’est de l’artisanat, pas de l’art, mais l’artisanat peut aussi générer de l’émotion. Coïncidence peut-être, mais il m’est arrivé de comparer le volume et la sensation d’élévation donné par quelques vins à ce que je peux aussi ressentir dans des cathédrales.
20/03/2013 à 11:51
David, les plus rationnels diraient "mêmes causes, mêmes effets", mais je trouve assez amusant (édifiant?) que deux dégustateurs venant de deux pays différents, de langue différente, avec une éducation différente, aient la même allégorie, pourtant pas si évidente, à propos du vin.
Hervé
20/03/2013 à 11:56
Il a de ces formules, le David !
Dix ans de plus que moi – on ne va pas chipoter – et l’alcool lui donne pourtant encore des « élévations ». Il n’est pas surprenant que tant de « stagiaires » souhaitent découvrir les charmes architecturaux et gastronomiques du Lot-et-Garonne après qu’elles aient participé aux mêmes séminaires ou aux mêmes voyages de presse que lui !
Athée comme lui, un peu iconoclaste aussi, j’ai néanmoins toujours réussi à cacher ce genre d’émoi dans les cathédrales; le froid qui y règne sans doute.
20/03/2013 à 13:19
Les églises romanes fot bien l’affa
20/03/2013 à 13:20
oops! vous avez compris. Et d’autres lieux sans lien avec quelque religion ou superstition