Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Miscellanées: valeurs sûres, découvertes et doutes

12 Commentaires

Régulièrement je poursuis, en zig-zag, ma quête de bons vins pas chers. Parfois j’échoue totalement, parfois partiellement, mais parfois je réussis un peu.

Cette semaine, je vais encore mettre ensemble des vins dissemblables : c’est à dire sans lien géographique sauf pour leur origine française, mais avec quand même un lien stylistique pour les trois blancs et le rosé  que j’ai sélectionnés. Et les prix de rentrent pas toujours dans la case « pas cher ». Tant pis, ils sont tous bons !

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Il faut avouer que le premier blanc ne correspond pas à mes critères de « pas cher ». Mais il est très bon et donc il trouve sa place, sous la rubrique « valeur sure » incluse dans mon titre.

Pouilly Fumé, Château de Tracy 2011

Fin, bien ciselé, au fruité gourmand et à l’acidité fine et intégrée qui provoque une structure ferme, assez tendue. La texture est légèrement crayeuse. C’est un très beau vin de sauvignon blanc, raffiné et discret, toute en élégance mais avec tout ce qu’il faut de tenue et de persistance. Assez exemplaire en somme.

Prix : 18 euros ou plus

J’aime beaucoup le profil gustatif des clairets et j’ai du mal a comprendre pourquoi les éminences grises de Bordeaux n’appuient pas davantage sur ce champignon (magique), d’autant plus qu’ils sont les seuls à en posséder et qu’il y a des siècles d’histoire derrière (have some REAL claret, dear boy, and never mind this new-fangled red stuff !). Ces vins sont réellement à mi chemin entre un rouge et un blanc sur l »échelle chromatique, et leur profil gustatif aussi, à la grande différence de la plupart des rosés pâlichons de Provence qui ne sont que des blancs à peine maquillés.

Château Thieuley, Bordeaux Clairet 20011

Depuis des années, je n’ai aucun souvenir d’avoir dégusté un mauvais vin de cette propriété bordelaise, et cela dans les trois couleurs. Combien peuvent en dire autant  ? La couleur s’assume bien : elle est intense, profonde et brillante. J’aime beaucoup cette robe vermeil clair car elle me fait penser à de la peinture. La matière possède une texture qui lui vient de sa légère touche tannique, mais le fruit est bien là pour l’accompagner et rendre l’ensemble très gourmand. Voilà un vrai rosé de table, désaltérant mais ayant assez de structure pour résister à une gamme large de mets. Et on peut s’y fier année après année.

Prix : 5,50 euros ou plus

Et maintenant quelques découvertes, parfois innovantes.

Les férus du « tout terroir », qu’on peut aussi bien appeler les « terroiristes », m’ennuient profondément avec leurs incantations. C’est une sorte de religion qui, comme toutes les religions, reste aveugle à la réalité. A les croire, aucun vin de négoce, aucun vin qui assemble les jus de plusieurs parcelles n’est digne de considération. Ce sont des théoriciens du vin, qui jugent par principe et par a priori, et non d’après la dégustation honnête du résultat. Ils me rappellent les extrémistes et les démagogues de tous bords en politique.

Oui, on peut pratiquer un assemblage « large » et faire un excellent vin qui reflète parfaitement sa région et ses cépages. La Champagne l’a  prouvé depuis longtemps. Quelques négociants entreprenants dans d’autres régions commencement à le faire aussi. J’en ai dégusté un, exemplaire, d’une jeune affaire de négoce du Sud-Ouest, fondé par un certain Lionel Osmin (que je n’ai pas encore rencontré).

Villa Grand Cap 2012, Vin de France, Lionel Osmin & Cie

(cépages Colombard, Sauvignon Blanc, Petit Manseng)

Provenant de diverses parties du sud-ouest, ce vin a opté pour l’appellation « vin de France ». Il est néanmoins très typé sud-ouest. Nez alerte et même pointue, qui mêle arômes d’agrumes de des fruits exotiques. Frais et « tangy » sur la langue, il a aussi une belle ossature et de la longueur. Le rapport qualité/prix est remarquable.

Prix: 6,50 euros

et maintenant pour mes doutes…

J’ai souvent râlé dans ces colonnes contre les vins dits « nature », ce qui veut dire, en gros, sans soufre ajouté. On me rétorque qu’il y a des bons. Encore heureux ! Mais je continue à penser qu’une proportion anormalement élevée de ces vins est bourrée de défauts rédhibitoires  comme me l’a prouvé une récente dégustation de Saumur Champigny où certains vins « nature », qui étaient aussi parmi les plus chers de la série (entre 20 et 32 euros chez un caviste, tout de même !), ont obtenu les plus mauvaises notes d’une série de 30 vins. J’estime que ces vignerons-là volent leurs clients.

Mais j’admets qu’il existe aussi de bons vins sans soufre ajouté, et j’en ai goûté deux récemment, faits par le même vigneron (ce qui n’est surement pas un hasard). Jean-Louis Denois a souvent innové, d’abord en plantant des cépages germaniques dans la région de Limoux (une expérience visionnaire qui s’est soldé par un arrachage ordonné par l’INAO, aussi stupide que borné), puis en plantant du pinot noir et du chardonnay pour faire des bulles et des vins tranquilles. Mainteant il se lance dans le sans soufre rajouté. Pourquoi pas?

Mes Vignes de Saint Paul 2012 blanc, Jean-Louis Denois

(curieuse étiquette qui ne donne pas l’appellation mais cela pourrait être un vin de pays (IGT) d’Oc, car il vient de la vallée d’Agly). cépage Chardonnay, je crois, mais ce n’est pas indiqué non plus. Je découvre en lisant le texte de la contre-étiquette que c’est un Vin de France. Vin bio, sans soufre ajouté.

J’ai mis ce flacon au supplice en le laissant au frigidaire pendant près de 15 jours après l’avoir dégusté une première fois. Et il a bien résisté ! La robe s’est un peu ternie, et le nez commence à sentir la pomme blette, mais cela n’a rien à voir avec ces vins qui ne méritent pas le nom de vin et qui vire dans 15 minutes dans votre verre. Ce vin relativement vif et bien net est clairement bien vinifié et, pour un blanc du sud, reste assez frais et désaltérant. Bravo, même ce n’est pas donné.

Prix: 11 euros

Mes Vignes de Saint Paul 2012 rouge, Jean-Louis Denois

Je ne sais pas ce qu’il y a dedans, mais c’est bon ! Encore plus stable que le blanc, les saveurs sont nettes, fruités avec une touche de poivre (syrah ?). Bonne structure, encore un peu rugueuse de texture car très jeune. Vin sans aucune lourdeur et bien agréable. Je l’aurais beaucoup aimé… à 7 ou 8 euros.

Prix: 11 euros

Alors oui, il existe de bons vins sans soufre ajouté. Mais pourquoi se donner tant de mal pour quelques allergiques imaginaires, et ainsi enchérir le prix du vin ? Car une procédure maîtrisée de vinification sans soufre doit bien avoir un surcoût…

David

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

12 réflexions sur “Miscellanées: valeurs sûres, découvertes et doutes

  1. David, malgré la trêve que Hervé avait récemment recommandé de respecter au sujet des terroirs, revient à la charge et livre des commentaires qui deviennent presque injurieux, ce qui est inacceptable. S’il ne supporte aucune autre manière de voir les choses que la sienne, cela le regarde, mais qu’il ne vienne pas de façon systématique jouer les juges suprêmes et employer des termes de cour de récréation mal surveillée.

    Et lorsque on lit que l’INAO est « aussi stupide que borné » pour avoir fait respecter un décret, là les bornes sont franchies !! Qu’il tente de se pencher sur le travail opiniâtre et absolument considérable effectué par cet organisme depuis des décennies en faveur des AOC de notre pays ; un peu de respect, M. David Cobbold pour tous ces agents qui ont passé leur vie à défendre précisément l’excellence de nos vignobles et que je connais bien pour avoir à leur côté joué le rôle d’expert depuis plus de 30 ans. Qu’il y ait des râleurs et des gens qui souhaitent se singulariser n’est pas une surprise, surtout dans le monde de la vigne et du vin. Les choses pourraient peut-être s’assouplir, je ne dis pas le contraire, mais, pour l’heure, l’INAO constitue un solide rempart qui se porte garant du respect de règles dont certains voudraient se débarrasser dans un but peu avouable.

    Vais-je moi-même verser dans l’utilisation de mots malencontreux ? Sans doute est-ce un erreur, mais je ne peux y résister. À Lyon, où j’ai vécu 40 années, on qualifie les gens emmerdants et pontifiants de « bâtons de poulailler »…… ce sera la réponse d’un pauvre « casseur de cailloux » qualifié de « terroiriste », aveugle, extrémiste et démagogue.

  2. Ah oui, l’INAO, ces gens si intelligents si clairvoyants, si peu bornés, mais qui mettent quand-même hors appellation le meilleur des producteurs des Baux, le meilleur des rosés de Bandol, le meilleur producteur de Cairanne, et tant d’autres ? On est censé avoir du respect pour eux ? Les appellations, cela ,e sert plus a rien, sauf a protéger bien trop souvent les paresseux. Ce sont des lois d’une autre époque qui freinent toute expérimentation mais qui servent d’air-bag à un paquet de vignerons qui se moquent de la qualité.

  3. (i)Vieux grigou : tu n’as jamais rien goûté de mauvais à Thieuley ! Il suffit d’aller voir le site, et surtout Marie et Sylvie, pour te croire.
    (ii) J’ai bu un « pétillant » de Denois dans l’excellent restaurant « Tantine & Tonton » à Limoux, sur la recommandation du sommelier (associé du chef, lui-même en cuisine, et Mme en salle). Il ne s’agissait ni d’une blanquette, ni d’un crémant, pour cause de « épages interdits » mais le vin était remarquable de finesse et de maturité, 100.000 fois meilleur que beaucoup de champagnes de marque. Il faut dire que les raisins avaient été cueillis à maturité. Par contre, mes amis de l’INAO (si si) semblent dire que le gars n’est pas évident-évident. Mais les mêmes ne critiquent pas ses vins.
    Enfin, David, pourquoi veux-tu imposer un prix plus bas ? Critiques-tu le prix des livres que tu achètes, de la viande, du mortier pour monter tes jolis murets de pierre, le prix du sel de mer qu’on utilise pour entretenir l’eau de sa piscine. Le vigneron a des frais, et il doit faire une marge. Les vignes de Denois, si j’ai bien compris, sont situées sur les coteaux au-dessus du Limouxis et sont difficiles à travailler (pente). En plus, les rendements là-haut ne sont pas énormes. Si tu veux moins cher, demande à Berthomeau, il a encore quelques bouteilles d’excellent « Vieux Page » à te revendre, à prix Franprix !
    Moi, tant que c’est sous les 15 € TTC (à la grosse brosse), je suis tjs d’accord.

  4. Yes !!!! Je ne l’avais pas vu mais « padresanctus » est de retour. Quelques jours à peine après la fin du conclave, on me rend ma dignité (hum-hum) ecclésiatique. Hervé, je te jure que je n’ai rien fait. C’est votre putain de merde de foutu hébergeur. Pour la dixième fois au moins, je modifie le nom de l’avatar.
    J’en profite pour ajouter un petit commentaire polémique, mais respectueux. Je ne sais pas qui est Georges Truc – au début, je pensais par ignorance qu’il s’agissait d’un pseudo, je fais amende honorable – et c’est sûrement quelqu’un de très convenable (c’est même sûrement quelqu’un de très très convenable), mais chaque fois que je lis un de ses commentaires, ils sont à l’opposé de ce que je pense moi. Impossible de jamais s’entendre avec un personnage comme cela – ceci ne nous empêche d’ailleurs pas de dormir ni l’un ni l’autre – et constitue un bel exemple de la passion qui anime les gens du monde du vin, jusqu’à l’extrémisme.
    La soixantaine approchant, et lui doit en avoir 10 de plus sur base de la trombinoscopie, je ne discute plus jamais de politique avec ceux qui ne peuvent de toute manière même pas entendre mes arguments. Sur le chapitre de la foi (qui est différent de celui de la religion), j’ai compris depuis longrtemps que certains en sont pénétrés, et que d’autres ne l’ont pas. Je commence à croire que dans le domaine du vin aussi, il y a le clan des « comme avant », le clan des « il faut tout changer » et enfin le mien : « si on gardait ce qui est bon et si on changeait le reste ». M. Truc se cramponne toujours à la première proposition. Je ne sais pas pourquoi, mais il me fait irrémédiablement penser à Charles de Gaulle ou au Prince Salina de Giuseppe di Lampedusa. Brrrrrr.

  5. On se calme, mon cher Léon 1er. Pour éviter de signer Padresanctus, il te suffit au moment d’envoyer ton comme de faire comme moi en cliquant sur (Changer) sous le com jusqu’à retrouver ton avatar que tu pourrais même illustrer à ta façon avec un peu de bonne volonté. Quant au reste, on ne touche pas au grand Charles ! Et on évite aussi de s’en prendre à Monsieur Truc, un grand connaisseur de terroirs qui comme nous tous boit son verre de vin quotidien au pays des Papes. Et si tu parles de Lampedusa, tu me donnes envie de retourner du côté de Trapani où les salines ne manquent pas. Et ton Carignan ? Les malos sont terminées ???

  6. Noble Forgeron, Ténébreux parmi les ténèbres, j’ai déjà modifié 10 fois le « padresanctus » et à chaque fois, rebelote, au bout de 10 jours environ, WordPress remet cela. J’ai bien compris le fonctionnement (6 langues vivantes, bac + 14, et pas encore d’Alzheimer) mais « eux » m’agacent.
    Je sais que Hervé et toi avez le culte de celui qui s’est réfugié à Londres – là, je me fais au moins 30 millions d’ennemis en une fois donc j’explique : mi-provoc mi-conviction de ma part – pour ne pas avoir faim en France mais je ne partage pas ce trip-là.
    Ensuite, je ne m’en prends pas à ton Truc. Avec beaucoup de respect pour sa personne, et avec tolérance pour les opinions qu’il avance et étaye, je dis simplement que nous sommes irréconciliables et qu’il ne servirait à rien d’essayer de discuter. Mais on boirait sans doute avec plaisir la même bonne quille. Mais voilà, j’ai besoin d’un vis-à-vis quand je bois, mais tout autant pour argumenter. Toi, par exemple.
    A propos, tu as un carton de Loute 2011 de bon « on the boss » et pour le 2012, la malo n’était pas faite il y a …. longtemps. Avec une cave qui est demeurée à 8-10 degrés Celsius depuis 2 mois, je ne crois pas que cela ait évolué. On verra d’ici quelques jours.
    Tu vois, il n’y a rien à F.A.C de ce que j’écris … je m’y étais engagé.

  7. Luc,
    Je sais bien que je pousse un peu loin le bouchon sur la question de prix, mais bon, faut bien défendre le consommateur un peu, non ?
    Quant à Denois, je suis allé le voir. L’homme est intelligent et sincère. Ses vins sont bons et lui aurait pu rejoindre la liste ce ceux qui ont été abusé par l’INAO qui lui a ordonné d’arracher ses rieslings et gewurztraminers plantés au-dessus de Limoux et qui sont maintenant autorisés !!! Il y a de quoi être amer envers ces gens-là !
    J’avoue avoir un peu de mal à comprendre le courroux de Monsieur Truc. Nous ne nous connaissons pas.
    Quant au général, je ne lui voue pas plus d’admiration que cela.

  8. Mais je n’ai jamais signé de trêve, cher Monsieur Truc! L’énorme avantage d’un blog comme celui-ci est de pouvoir s’exprimer pleinement et en toute sincérité, voire avec une certaine (et pas fausse) naïveté par moments. Il y a des choses du vin, présumés vérités absolues par certains, mais dont je doute. Pourquoi serait-il interdit (et par qui ?) de le dire ? Les adeptes du « tout terroir » s’expriment très largement, il me semble. Mais vous estimez que je devrais me taire parce que je questionne cette doxa-là. Tout cela me fait penser de plus en plus à la religion. Maintenant j’ai au moins deux raisons d’aller en enfer !

  9. @David, go to hell if you so wish, but please don’t forget to send postcards ;-)
    @Georges Truc, nous sommes des garnements et en plus nous ne sommes jamais d’accord (ou rarement), c’est ce qui fait le petit monde du vin. Continuez à nous surveiller et à nous remettre dans le droit chemin !

  10. They will be as hot as hell, my postcards!

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