Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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A world of Sauvignon Blanc

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The official introduction to the Concours

Last week I attended the 4th edition of the Concours Mondial du Sauvignon, which was held in the imposing classical section of the Chateau de Blois. This is the first time the Sauvignon Concours has been held in the Loire Valley as the first three editions were held in Bordeaux. Next year the Concours will be back in Bordeaux, although one could argue that as the Loire is now the probable birthplace of Sauvignon Blanc, here is the Concours natural home.

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Tasters: David Cobbold

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General view

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Tasters: Bertrand Daulny: director of the SICAVAC

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Tasters: Laurence Fourgeray

 It is also the first edition of the Concours that I have attended, although I was invited last year but was unable make it. I was asked to chair the three presentations the evening before the start of the competition. This included a fascinating presentation by Bertrand Daulny of the technical department (SICAV) of the Bureau Interprofession des Vins du Centre Loire. Bertand’s study takes three parcels of vines in Sancerre with the object of establishing whether it is the three different terroirs that have a greater influence of the characteristics of the wines or the climate of each vintage. They rapidly concluded that the climatic differences have a much greater effect than the different terroirs.

Much of Bertand’s talk was pretty technical but everyone was very interested by his conclusion when he grouped vintages together according to the climatic characteristics (rainfall and temperature) of each year – hot and cold vintages at both extremes of the graph, then, in the middle, the years when the climate was not extreme. Bertrand showed that the wines’ flavour profile accords to the vintages’ climate. Bertrand’s research will be published at the end of this year or at the beginning of the next.

For the 4th edition there were more than 800 samples from 200 different countries. The Concours uses the OIV tick box sheet for assessing the wines. I have to say that this is not my favourite method for assessing wines. Marking intensity of aroma, for example, really depends upon whether the aroma is pleasant or not. A Sauvignon Blanc that smell of an over-active spraying tomcat is far from pleasant but is, for sure undoubtedly very intense.

Loire wines took two of the four trophies: the 2011 Domaine André Vatan Saint François, Sancerre won the trophy for the best oaked Sauvignon, while Domaine Gibault, 2012 Touraine Sauvignon won the trophy for the unoaked Sauvignon at less than 10€.

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The Sologne – forest as far as the eye can see.

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Château de Tracy

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Vineyards leading to Sancerre town

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Sancerre lui même

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Château de Chambord

A helicopter trip from Blois to Sancerre and back was the undoubted highlight of the trip. Not only to see the vineyards of Sancerre and Pouilly but also to appreciate quite how extensive are the forests of the Sologne.

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‘patrimoine’

Sadly the low point was the drive from Contres to Oisly and then on through to Pontlevoy through the vineyards that our programme boasted were classified as ‘World Heritage by UNESCO’. Well over 80% of the vineyards that we passed by had been treated to ‘shock and awe’ – totally blitzed by weedkiller. A dead patrimoine and surely not what UNESCO had in mind when they classified the Loire as World Heritage site!

At the presentation of Touraine Chenonceaux Laurent Benoist (Domaine du Viel Orme, Saint Julien de Chédon) told me that the Touraine Chenonceaux producers would be working towards limiting and then banning the use of weed killer in the vineyards. This is good news and not before time as the recent décrets for Touraine Chenonceaux and Touraine Oisly should have included restrictions on the use of weed killer in the vineyards – very regrettably a missed opportunity.

The 5th edition of the Concours Mondial du Sauvignon will be held next year in Bordeaux.

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An early contributor to Les 5


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Le chenin, ou comment en parler…

Le chenin blanc, alias pineau de Loire, est indéniablement un grand cépage. Pour moi, il a certaines similitudes avec le riesling, auquel il n’a pas grande chose à envier sur le plan de la finesse de son acidité, ni la précision de ses saveurs quand il est bien fait. Il est peut-être un peu plus versatile, en produisant, en Val de Loire, des bulles, des secs, des demi-secs et des moelleux, seul ou parfois en assemblage avec d’autres variétés.

Mais, sur le plan mondial, le chenin n’a pas (encore) percé comme le chardonnay, le sauvignon blanc ou même le pinot gris. Et puis, comme le chenin n’est guère planté qu’en Afrique du Sud et en France, cette situation risque de durer un bout de temps. Surtout parce que les producteurs français continuent à cacher son identité derrière des noms d’appellations géographiques peu connues car très réduites en taille et modestes sur un plan historique, malgré quelques éclats içi et là. Hormis les habitants du Val de Loire et quelques amateurs avertis, qui sait de nos jours que le chenin est le cépage des Vouvray, Montlouis, Saumur blanc, Anjou blanc, Savennières, Layon, Quart de Chaume, Bonnezeaux et d’autres appellations ligériennes?

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Une grappe de Chenin Blanc (Photo chrisada)

"Pas du chenin, du Vouvray…"

Ce genre de débat sur la manière de décrire des vins n’est guère à la mode en France, tant est-on obsédé par «l’identité du terroir» comme ultime (et seule « authentique ») manière de donner la clef du profil organoleptique d’un vin. J’ai même vu, il y a quelques années, l’appellation Vouvray refuser de participer à une colloque international sur le cépage chenin blanc en arguant de la position suivante : «nous ne faisons pas du chenin, nous faisons du Vouvray».

Ce genre d’ignorance des réalités des marchés, mêlée à de l ‘arrogance pure et dure, fait partie des facteurs qui limitent le maintien des parts de marché des vins français dans les marchés à l’export. Je suis bien d’accord que le cépage n’est pas le seul élément identitaire d’un vin. Mais le «terroir» non plus. Et il faut bien reconnaître que la plupart des consommateurs du monde identifie (avec plus ou moins de précision, certes)  le style d’un vin par son cépage majoritaire. Ignorer cela, c’est faire la politique de l’autruche.

Tout ceci en préambule à quelques dégustations récentes de vins secs issus du cépage chenin blanc, majoritairement réalisés lors d’une opération promotionnelle organisée par l’AOC Anjou Blanc à Paris, puis avec quelques autres vins dégustés à un de mes bars-à-vins préférés, le Café de la Promenade, à Bourgueil, à mi-chemin entre Tours et Saumur/Angers : autrement dit au cœur de la zone des plantations du chenin en France.

Du moment ou on accepte de subdiviser les territoires d’un pays en de multiples zones nommés par des symboles (villes ou régions) censés distinguer leur identité géographique, il est à peu près inévitable que les responsables de ces zones tentent de renforcer ces identités par des messages de communication diverses. En matière de vin cela prend généralement la forme d’un «terroir», et, puisque c’est à la mode, ce « terroir » est identifié très souvent à une nature de sol. La récente dégustation d’Anjou blancs à laquelle j’ai fais référence n’a pas échappé à cette petite règle.

Le thème proposé était même intitulé «discussion sur les grands chenins de schiste». Par opposition, m’a expliqué Patrick Baudoin, pour qui j’ai la plus grande estime par ailleurs, aux chenins issus de sols calcaires qui se trouvent de l’autre côté d’une certaine faille géologique, et qui correspondrait, plus ou moins, à la séparation entre les aires d’appellation Anjou et Saumur. Je ne suis pas géologue et je dois dire que je me fous un peu du sujet qui me semble relever plutôt d’un débat sur le sexe des anges, tant les paramètres du goût d’un vin sont multiples.

Ce qui me semble essentiel dans ces dégustations, et au sujet du chenin blanc en général, est qu’il y a de très beaux vins secs élaborés dans cette région et avec ce cépage.

Le chenin du succès: voyez Cahors…

Et c’est de cela que je vais vous parler à travers les quelques commentaires qui vont suivre. Je dirai simplement, en guise de conclusion à mes remarques de préambule, que la cause du chenin blanc au sans large serait bien mieux servie en mentionnant le nom du cépage sur tout les vins qui en sont issus, quelque soit leur zone géographique de production. Un peu à la manière de Cahors qui assume pleinement son cépage malbec, et avec les résultats positifs à l’export que l’on connaît. Il est possible, selon moi, de réconcilier vision large (le cépage) et identité locale (l’appellation, voire aussi la parcelle).

Et les bons vins de chenin dans tout cela ?

Voici la liste de mes préférés (avec, il faut le dire, une fourchette de prix d’une largeur étonnante).

Anjou blanc, Château de Brossay, Les Neprons 2011

Robe soutenue et nez plaisant, avec des touches de miel et de tilleul. Assez ferme en bouche, autour d’une acidité bien présente mais correctement intégrée.

Prix : 5,50 euros

Anjou blanc, Château de Fesles, La Chapelle 2011

Très beau nez harmonieux, plus fin qu’intense. Le fruité est discret mais la texture soyeuse. Bonne longueur toute en finesse.

Prix : 12 euros

Anjou blanc, Domaine Richou, Les Rogeries 2011

Un joli nez, complexe à souhait. Matière dense et un peu crayeuse autour d’un fruité délicat. Fringant, à défaut d’être très long en bouche.

Prix : 12,90 euros

Anjou blanc, Domaine Patrick Baudoin, Le Cornillard 2010

Nez intense aux arômes complexes. Une très belle vivacité égaie l’ensemble, même avec la « malo » faite. Vin juteux d’une très belle longueur. Remarquable équilibre de l’ensemble. Un des mes vins préférés.

Prix : 21,40 euros

Anjou blanc, Domaine de Bablut, Ordovicien 2009

Une belle matière riche qui donne un vin sec et presque tannique (j’ai remarqué cet aspect tannique du chenin dans plusieurs de ces vins). Intense, vibrant et long très bien équilibré.

Prix : 9,90 euros

Anjou blanc, Château de Pierre Bise, Le Haut de la Garde 2009

Un nez riche et bien complexe. Malgré une relative rondeur et beaucoup d’intensité, ce vin reste vibrant, avec une belle longueur. Une pointe de chaleur en finale signe un millésime à grande maturité.

Prix : 8 euros (ce qui me semble donner le meilleur rapport qualité/prix de tous les vins dégustés).

Anjou Blanc, Domaine de Montgilet 2012

Le meilleur des vins « jeunes ». Déjà une certaine complexité, du fruit et de l’intensité.

Prix : 8,30 euros

Anjou Blanc, Thibault Boudignon 2011

J’ai dégusté ce vins à deux reprises, avec des résultats un peu différents (ce qui arrive !).

J’ai aimé, une fois, son nez complexe, de fruits blancs et de citron. Il m’a paru alors droit, juteux et fin, alors que je l’ai aussi, à une autre occasion, trouvé dur et manquant de fruit. Excellente longueur.

Prix : 18 euros

Saumur blanc, Domaine des Glycines 2011

Vif, simple et bien fait, avec des saveurs franches et une matière salivante. Bonne longueur sur une finale crayeuse.

Prix : 16 euros (un peu élevé à mon avis)

Saumur blanc, Chemin du Puy 2008 (Frédéric Mabileau)

Avec sa bouteille lourde et son bouchon très long, ce vin annonce des ambitions, comme son nez riche et beau, au boisé assumé. Mais sa précision en bouche et la finesse de sa texture le fait paraître bien moins puissant, plus fin et cristallin.

Prix : 25 euros

David Cobbold


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#Carignan Story # 166 : La mauvaise terre de Grand Moulin

Vu que je ne manque plus d’échantillons de Carignan à tester – c’est fou le nombre de vignerons qui, de Hyères à Perpignan s’y mettent ! – je vais pour une fois prendre un malin plaisir en cette chronique dominicale d’opérer un retour en arrière, un salutaire flash back comme je les affectionne, un retour sur commentaires pour souligner, ce qui n’est pas la règle chez moi, les progrès d’un vigneron en matière de Carignan. Oh, je sais, le gars dont je vais vous causer n’a pas besoin de moi pour conseil. Il appartient aux Corbières depuis son plus jeune âge tandis que de mon côté j’étais ballotté sur les pavés parisiens où, il est vrai, selon les quartiers, il n’était pas rare de voir pousser le pissenlit. Pourtant, si je me relis bien, j’avais quelque peu égratigné son Carignan goûté dans les travées d’un grand salon régional ayant pour nom Vinisud. J’aime à penser qu’ayant lu mon commentaire, il s’est dit : « Nom de Dieu, il a raison ce journaliste défroqué ! Je vais lui montrer de quel bois je me chauffe ! ».

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Photo©MichelSmith

Prétentieux que je suis, je rêve qu’un vigneron, plutôt que de m’en vouloir à mort, prenne le taureau par les cornes, devance mon appel, et fasse tout pour mieux faire, pour frôler la perfection. Jean-Noël Bousquet a-t-il songé à tout cela en enfantant son petit dernier ? Bien sûr que non, sinon il m’aurait envoyé l’échantillon « en direct ». Or, son dernier Carignan, un 2011, Vin de France livré en bourguignonne, m’a été confié par son attachée de presse Christine Ontivéro qui fut ma dernière (enfin, à mon âge il reste encore un peu d’espoir…) compagne et qui, n’étant pas une fan des blogs traitant du vin, n’avait pas lu mon article paru l’été dernier… Un article parlant d’une IGP Aude du même millésime, mais en bordelaise cette fois, agrémenté de 15 % de syrah. Ce carignan pas tout à fait pur et peu cher, avait été ramassé « en partie » à la machine (contrairement à ce qu’indique la fiche technique sur son site), du moins c’est ce que m’avait dit Jean-Noël à l’époque, alors que ce dernier Carignan, me semble-t-il, relève plus sérieusement d’une vendange manuelle égrappée. Bon, quoiqu’il en soit, je ne vais pas vous faire tout un fromage de ces détails qui, au final, n’intéressent que peu de monde. Allons droit au but et disons qu’il apparaît que ce vin a été plus soigné que le précédent.

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D’abord, au lieu d’un duo de cépage carignan/syrah entrevu lors de Vinisud 2012, c’est un nom de lieu-dit qui est mis en avant. Mieux, un nom de terre car, comme le rappelle Jean-Noël Bousquet sur la contre étiquette, « La Pège » est le nom que l’on donne à cette terre ingrate et aride qui, jadis, était réservée aux plus pauvres des paysans. « Il se trouve que cette Pège fut ma première acquisition quand j’ai débuté en 1973 », explique Jean-Noël Bousquet. Alors, que voulez-vous, sensible comme je suis, il se trouve que face à une telle présentation, je fonds.

Je l’ai d’abord bu sur un thon rouge cuit saignant à la poêle avec quelques asperges vertes. Ça passait comme une lettre à la poste ! Puis je l’ai goûté le lendemain sur mon antipasti favori,  deux ou trois feuilles de papier à cigarette de lardo di colonato posées sur une tranche de pain de campagne toasté : c’était bon aussi. Bu seul, le vin reste un tantinet rustique, mélange de garrigue et de notes herbacées. Mais il s’ouvre sur des aspects plus soyeux, plus ronds, du volume aussi lorsqu’il « chauffe » (14°5 d’alcool) gentiment la bouche offrant par moments de vibrantes notes d’orange sanguine allant vers une finale plus sur le fruit et la belle amertume. Attention, nous ne sommes pas forcément sur un schéma de grand vin, ni sur celui d’un vin de longue garde, mais plus sur l’idée d’un rouge simple, confortable, un vin qui rassure et qui assure. Son prix : 7,80 €.

Michel Smith


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Vin de gare

Pouvez-vous me dire dans quel café de gare de France j’ai trouvé cette très allèchante carte de vins, bien affichée au-dessus du comptoir ?

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Oui, vous avez bien lu : on vous propose du vin rouge, du vin rosé ou du vin blanc et en trois volumes différents. Pas mal, comme sélection ! Est-ce qu’on se trouve à Bort-les-Orgues, à Sarcelles ou à Laroche-Migennes? Même pas tiède ! Nous sommes à Bordeaux, qui se dit fièrement (et un peu abusivement) capitale mondiale du vin.

Je dois dire mon étonnement et ma consternation devant un tel abandon, de la part des cafetiers, de la connaissance la plus élémentaire de leur position géographique et symbolique dans le paysage français, et devant leur mépris profond du consommateur.

Faut-il envoyer André Daguin, sabre au clair? J’imagine à peine quelle peut être la réaction d’un touriste qui vient (de n’importe où) pour vister la magnifique ville de Bordeaux et déguster les vins qui l’entourent. Si, par malheur, il est en avance pour le train qui va l’amener à Paris, Toulouse ou Bayonne, il est fort possible qu’il se pose un moment dans ce café de la gare et demande à boire un dernier verre d’un vin de la région. Et c’est cela qu’on lui propose !

Cher lecteur, c’est promis, mon prochain article ne s’inscrira pas dans la rubrique "coup de gueule", sinon je vais passer pour le Parisien type (ou le Français type, c’est selon). Vous savez, celui qui râle tout le temps….

Mais là, il y a de quoi.

David Cobbold   


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Primeurs 2012, le millésime qui vous veut du bien

De retour de Bordeaux, Agnieszka, notre "invitée" polonaise nous dit tout sur les Primeurs 2012.

L’aviez-vous remarqué: depuis quinze, vingt ans on ne parle plus de millésime «médiocre» en France? Et c’est justifié, en plus !  Pas seulement parce que l’adjectif n’est pas terriblement vendeur. Les progrès faits en termes de connaissance de sols, la diversification de soins apportés à la vigne, la précision des techniques de vinification permettent désormais de contourner les aléas de la climatologie et de produire, tout simplement, de bons et de très bons vins.

On ne peut juger d’un pays d’après ses seules élites, il faut s’intéresser à ses citoyens de base, aux gens de la rue. Pour les vins, c’est pareil. Dans le Bordelais, il y a des grands crus classés connus (et contrefaits !) jusqu’en Chine, mais il y a aussi des Bordeaux et des Bordeaux Supérieurs. Et ces appellations génériques ont énormément gagné en qualité.

L’échographie du bébé vin

J’ai pu le constater sur le terrain à l’occasion des Primeurs 2012. « Comment peut-on juger les vins en cours d’élevage ? », me suis-je demandé. Oui, c’est un peu comme si on dressait une liste des universités auxquelles on voudrait inscrire un bébé dont on vient de faire l’échographie. Mon but n’était pas d’entrer dans le système de vente qui a fait la gloire de la place de Bordeaux, mais de comprendre les prémices du millésime. Tout en sachant que le « bébé » devra encore faire ses preuves à différents stades de son éducation. Et pour mener à bien cette expérience j’avais à ma disposition un aperçu assez large de deux bords de la Garonne.

Les châteaux bordelais recommencent chaque printemps le bal des Primeurs. Photo Agnieszka Kumor

 Chaque printemps, c’est le bal des Primeurs dans les châteaux bordelais. Photo Agnieszka Kumor

La première dégustation a été organisée par le Cercle Rive Droite de Grands Vins de Bordeaux. Cette association, créée en 2002 et présidée aujourd’hui par dr. Alain Raynaud, regroupe 143 châteaux du libournais. Si je cherchais les dominantes parmi les vins de cette vaste région, je dirais que dans les Blaye, les Blaye Côtes de Bordeaux et les Côtes de Bourg on découvre un fruité profond, les Pomerol dévoilent une certaine sucrosité et les Lalande-de-Pomerol – une texture subtilement crayeuse. Les Saint-Emilion (grands crus et grands crus classés) et les satellites sont déjà longs et harmonieux, les francs sont comme « voûtés », les Castillon et les Cadillac Côtes de Bordeaux – très modernes, légèrement épicés, et les Entre-deux-Mers (avec un représentant de Sainte-Foy Bordeaux) sont simples et plaisants. Les Fronsac et les Canon-Fronsac affichent des notes légèrement confiturées.

Le millesime 2012 chez Cercle Rive Droite. Photo Agnieszka Kumor

 Le millésime 2012 au Cercle Rive Droite. Photo Agnieszka Kumor

La seconde dégustation a été orchestrée par Stéphane Derenoncourt et ses consultants, et regroupait quelques appellations de la rive droite déjà citées, comme Blaye, Castillon (Côtes de Bordeaux), Fronsac et Canon-Fronsac, Pomerol, Puisseguin Saint-Emilion, Saint-Emilion Grand Cru et Grand Cru Classé. Leur caractéristique est comparable avec mes notes précédentes. Mais on a eu aussi droit aux graves d’une belle tension et élégants (y compris les Pessac-Léognan et ses grands crus classés – denses et soyeux). Des graves blancs ont été une belle surprise. Les Médoc, les Haut-Médoc et les Margaux commencent à s’arrondir, les Moulis sont charnus, les Saint-Estèphe un brin rustiques et aériens, et les Saint-Julien, intenses. Des Bordeaux et des Bordeaux Supérieurs montrent leur côté agréable et fruité. Des vins issus à majorité de merlot tirent leur épingle du jeu. Même son de cloches du côté du cabernet franc. En revanche, il est très difficile de faire une synthèse du cabernet sauvignon. Ce cépage à maturité tardive a subi de plein fouet des pluies de septembre, et il est très inégal selon la région.

Ce ne sont que les dominantes, bien sûr. Il est arrivé aussi que la matière soit diluée (dans certains Margaux), que la persistance soit courte et des tanins durs. Le résultat est hétérogène, mais globalement d’un bon niveau. Un certain manque de puissance (venant notamment du cabernet sauvignon) laisse supposer que ce millésime dans son ensemble sera meilleur dans sa jeunesse, mais ne pourra pas vieillir des décennies, comme ses grands prédécesseurs, 2009 et 2010. Ce n’est pas le cas des grands Saint-Emilion, de certains Pomerol ou des grands Pessac-Léognan qui ont du temps devant eux et peuvent s’avérer de très haute volée. Cela dit, une image bien distincte émerge déjà de ce 2012, un millésime né sous les pires augures.

Un millésime d’automne

«Le printemps humide, c’est la première source d’hétérogénéité de ce millésime», rappelle Stéphane Derenoncourt. Le débourrement a été tardif et il y a eu beaucoup de problèmes de cryptogame (p.ex. le mildiou, l’oïdium). «Soit c’est la perte, soit ce sont des graines qui restent, mais qui peuvent entacher la qualité aromatique des vins». Le deuxième point : les pluies ont causé la minéralisation de la matière organique du sol. La vigne, suralimentée, a poussée vigoureusement. Résultat : le cycle végétatif rallongé, la floraison désordonnée, la véraison très longue et hétérogène. Il fallait couper les grappes roses pour rattraper le retard de maturité. Et enfin, le mois d’août très sec avec des températures records. «La vigne a trop souffert, il y a eu des blocages par endroit. Cela crée des tanins secs». Avec ce cycle de maturation très long, on a affaire à un millésime d’automne. Commencée après la mi-septembre, la vendange a souvent été poursuivie en octobre. Il a fallu sans doute beaucoup de patience et de foi pour amener des raisins à maturité optimale dans la cuve, tout en évitant le botrytis qui s’est installé sur quelques parcelles.

 Les Žchantillons 2012 chez Derenoncourt  Consultants. Photo Agnieszka Kumor

Les échantillons 2012 chez Derenoncourt Consultants. Photo Agnieszka Kumor

Et consommateur dans tout ça ?

Selon Stéphane Derenoncourt, certains vins de la rive droite «quand ils sont bien réussis» rappellent ceux de 1998. L’ensemble est comparable à 2008 «avec plus de douceur», ou encore à 2004. Mais la climatologie n’est pas le seul facteur du succès d’un millésime. Le contexte macroéconomique y est aussi pour quelque chose. Certes, après l’envolée des prix des 2009 et 2010, le 2011 a eu le goût d’un peu trop cher. Avec la crise, il n’est pas sûr que la Chine et les Etats-Unis continuent de jouer le rôle d’entraînement. Il va falloir revenir à la raison. Selon Olivier Bernard, président de l’Union des Grands Crus, «il y aura une baisse sur les 2012, car le marché est sans doute plus compliqué qu’il y a deux ans». Certains crus classés proposent déjà leurs vins 30% moins cher.

2012 dans le bordelais est un millésime très intéressant pour les consommateurs, et un peu moins pour les investisseurs. Et bien tant pis : on aura des vins magnifiques pour pas cher.

Agnieszka Kumor

Collabore avec Vinisfera.pl


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Un petit goût des Antipodes, originalités australiennes

Un Riesling dégusté à Bruxelles, un très vieux vin de Grenache apprécié à Perpignan, voilà de quoi se pencher sur la production australienne qui ne se cantonne pas à l’unique Shiraz ou le sempiternel Chardonnay.

 Steingarten (5)Photo Éric Boschman

Un vignoble récent

Si notre Vieux Continent connaît la vigne depuis belle lurette, voire quelques millénaires, l’Australie doit, elle, attendre le début du 19es pour voir apparaître le premier plant. Depuis, elle a bien rattrapé le temps perdu et est devenue l’un des vignobles les plus dynamiques de la planète.

 Carmichael_Irrawang_Vineyard_and_Pottery_1839

 Flashback

Le premier pénitencier anglais se construit en 1788 sur l’île-continent. Quelques années plus tard, une première vague d’immigration installe une population d’origine européenne au sud du pays. Cette main-d’œuvre permet le développement du vignoble. Celui-ci sert avant tout à alimenter le marché britannique en vins secs et mutés (style Porto). Nous sommes vers 1850 et l’organisation viticole axée sur l’exportation voit se développer des entreprises de tailles importantes pour l’époque. Elles donneront naissance à la philosophie de marque qui régit encore aujourd’hui le commerce du vin australien. Ainsi, parmi les dix premières marques de vin mondiales, trois sont australiennes (Accolade Wines et Treasury Wine Estate). Sans oublier l’implantation de géants étrangers comme Pernod Ricard.

L’effort de qualité

Il a débuté au sortir de la deuxième guerre mondiale par le développement des cépages «internationaux» allié à une modernisation des méthodes culturales et processus de vinification. Armés dès lors pour l’export, les vins australiens ont tout doucement suscités un engouement grandissant. Chardonnay, Cabernet, Shiraz et d’autres accompagnent depuis, de temps à autres, nos soirées ou nos repas.

 Steingarten (10)

 Photo Éric Boschman

Le Riesling au pays des kangourous

Qui pense vins australiens, imagine tout de go l’or clair d’un Chardonnay ou la sombre robe d’un Shiraz, deux cépages bien emblématiques de la production australe. Le Riesling n’y est toutefois pas à négliger ! Cépages importants, ses volumes le place à la deuxième place mondiale après l’Allemagne, mais devant l’Alsace

Steingarten en Barossa

La plus célèbre région de la province de South Australia se partage en deux vallées contiguës Eden et Barossa. Située à 70 km au nord-est d’Adelaïde, la capitale, elle fut en partie colonisée, au 19e s, par des migrants germanophones. Depuis, le Riesling fait partie de l’héritage culturel et cultural de l’état.

 Steingarten (3)Photo Éric Boschman

Jacob’s Creek Steingarten Riesling

Une vieille histoire… Après une traversée de 4 mois, le Bavarois Johann Gramp, âgé de 18 ans, débarque en Australie en 1837. Dix ans plus tard, il plante son premier vignoble sur les rives de la Jacob’s Creek. Le domaine familial passe le siècle et voit se succédé les générations. Parmi les fleurons de sa gamme, le Riesling Steingarten, littéralement jardin de pierre. Il porte bien son nom, planté sur une saillie rocheuse, les ceps y poussent dans plus de cailloux que de terre.

 

 Steingarten Riesling

Riesling Steingarten 2010 Barossa

Citrin, il avoue d’emblée sa fascination pour les envolées hydrocarbures, des raisins secs et une grosse pincée de poivre viennent s’accoler à l’élan minéral. En bouche, un éclat fruité semble transpercer les papilles de traits de lychee, de pêche blanche et de mirabelle. L’accent pétrole se nuance de fumée, les épices s’amplifient et contribuent à l’incision linguale. Un Riesling bien sec et d’une grande pureté.

Même les grosses entités peuvent offrir des vins de qualité…

 

Seppeltsfield Wines

Une légende australienne, les 130 millésimes de Seppeltsfield !

Les premiers Grenache sont plantés près d’Adélaïde en 1850 par Joseph Seppelt, un marchand de tabac et de liqueur. Son objectif, élaborer des vins doux à l’image des Porto. La cave entame sa production dix années plus tard. Rapidement devenue trop exiguë, Benno, le fils de Joseph, décide de construire de nouveaux chais. Ils sont inaugurés en 1878. Benno y entrepose les barriques et décide pour commémorer l’événement de garder dans un coin le meilleur tonneau pendant 100 ans. Il fera la même chose chaque année. Aujourd’hui, il y a un peu plus de 130 millésimes consécutifs dont le dernier mis en bouteille est le 1913 ! Le vin est gardé 100 ans avant la mise.

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Un vin incroyable qui ressemble à un extrait, un concentré, un peu à l’image d’un véritable aceto balsamico di modena igp, 1 goutte suffit à nous ravir.

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1913  100  year old Para Vintage Tawny

Presque noir, plus onctueux que fluide, le vin accroche sa sombre robre au cristal du verre. Ses parfums évoquent la gentiane, le cacao, la réglisse mâtiné de pâte d’amande et de caramel brûlé, ses épices parlent d’Orient, cumin, sésame grillé, sauce soja. En bouche, une goute suffit, tellement les arômes explosent en notes intenses où l’amertume prédomine. Un bitter racé, nuancé de douceur et de fraîcheur. On y retrouve le chocolat noir moucheté d’épices et de condiments. La longueur semble infinie. Même avalé, il reste en mémoire longtemps.

Le domaine riche de 200 ha produit d’autres vins, secs et doux, dont une collection moins prestigieuse de tawny qui s’échelonnent depuis les années 1882 et toujours disponibles.

 Seppeltfields2

Si vous en rencontrez un flacon, n’hésitez pas l’expérience en vaut vraiment la peine.

www.seppeltsfieldcentennialcollection.com.au

  

Ciao

 certificate_of_authenticity_for_seppeltsfield_centennial_collection

Marc


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Presse du vin, suite : le retour du gaspi et un numéro de collection !

Avez vous connu l’ère du «gaspi» ? Non, ce n’est pas un de ces bars dont Bruxelles a le secret  ni un programme destiné aux jeunes écolos. Le gaspi était en vogue déjà dans les années 80, époque où l’écologie balbutiait encore. Eh bien, figurez vous qu’il revient en force !

Voulez-vous une preuve supplémentaire du fric démesuré que se font certains titres de la presse du vin pour mieux sous payer leurs journalistes, quand ils en emploient encore ? J’en ai une de prête, et toute chaude ! Ce matin, ma boîte aux lettres était encombrée de 4 exemplaires tous identiques d’une revue française éditée en langue d’Outre-Manche, chaque exemplaire soigneusement «mis sous blister» comme ils disent maintenant, ou scellé d’un préservatif, comme je dis de manière plus crue.

À chaque fois, le numéro est adressé au même Smith que bibi avec, en guise d’adresse, le titre d’un canard pour lequel je ne travaille plus sous prétexte non déclaré que je leur coûtais trop cher et que ma plume était d’un chiant… Pas grave, j’ai réussi à faire le deuil de cette époque pourtant pas si lointaine. J’assume. Mais ce n’est pas pour pleurnicher sur mon cas que je prends la frappe.

Le G & G ne recule devant rien : tout en anglais et en quatre exemplaires ! Photo©MichelSmith

Le G & G ne recule devant rien : tout en anglais et en quatre exemplaires ! Photo©MichelSmith

En soi, cette anecdote n’a rien d’extraordinaire : on reçoit tellement de catalogues inutiles par la poste… À votre place, cher Lecteur, je serais même tenté de plier boutique et de passer à autre chose sur le Net ! Si ce n’est que, bien que papier glacé, il est annoncé que ce magazine «Spring edition» que je vous montre en tête de gondole est imprimé à 70 % sur papier recyclé et qu’il renferme quantité d’articles à première vue édifiants, mais aussi instructifs, positifs, voire élogieux… à la limite de la pub.

Et si je prends la peine de fouiller plus avant un de ces articles grand format, alors là les bras m’en tombent. C’est désolant, que voulez-vous ! Et tellement mal écrit que c’en est mal traduit. Vous allez dire que je suis prétentieux, que j’écris moi-même comme un canard boiteux, je sais et vous avez raison de me le faire remarquer. Mais tout de même… Bonde sur la barrique, on y compte trois éditos, pas un de plus ! Le premier nous annonce une grande nouvelle que je  résume ainsi : les consommateurs vont être de plus en plus nombreux à exiger des vins de qualité (sous entendu bio et biodynamiques, car c’est ça le sujet révolutionnaire traité en quelques lignes) et à demander «a transparent vineyard to wine glass approach». Difficilement traduisible, mais vous comprenez, j’en suis sûr.

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Grande nouvelle aussi avec l’annonce faite sous forme de quasi exclusivité dans une rubrique «en primeur» de Bordeaux 2011 (oui, 2011) goûtés un mois après les autres, dixit l’article-  ce qui semble être un exploit ! Ça, c’est juste avant qu’on lise sur la page de gauche l’édito de l’Editor in Chief, Sylvain Patard, qui lui, nous cause en toute logique du 2012… en nous disant, toujours en toute logique, qu’on pourra lire les commentaires sur le website www.gilbertgaillard.com et que pour nous faire patienter (tout en économisant de l’argent je suppose) la page suivante, celle que je viens d’évoquer, reproduit en fait le jugement de GG (oui, il s’agit de Gilbert & Gaillard)… de l’an dernier. Encore une parfaite illustration de la connerie étalée en primeur : on évoque 2012 pour montrer qu’on est dans le coup, mais on ne parle que de 2011 ! Et là, pas question de nous expliquer pourquoi les commentaires d’il y a un an sont encore valables, encore moins d’organiser une nouvelle dégustation pour en avoir le cœur net. Arrive enfin l’édito du troisième larron, le beau gosse du trio. N’ayant rien trouvé d’excitant, il nous ressasse une belle – mais vieille et populaire – rengaine de terroir et de mémoire, de produits manufacturés contre produits artisanaux.

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Après quelques articles (ou publi reportages non signalés comme tels) avec des titres ou légendes photos à dormir debout («in the right place, at the right time» pour un vigneron du Sud, «a place in the Sun» pour un sujet bateau sur les Côtes du Rhône Villages, ou encore «a must-try» pour une maison de Champagne), on a quand même droit au voyage et au rêve grâce aux correspondants étrangers du magazine. Voilà un sujet passionnant sur un grand nom du Val d’Aoste ou sur les îles Canaries, un autre sur Tom Hanks qui, ô surprise a toujours « enjoyed Bordeaux », un article palpitant sur un domaine du Vinho Verde ou un autre sur la famille Jackson en Californie précédé d’un sujet sur Sonoma. La lecture de ce magazine qui, je suppose existe aussi in French, s’achève comme un cheveu sur la soupe sur une appétissante recette autour du haricot tarbais! Dommage qu’il me faille mettre tous ces numéros inutiles à la poubelle ! Il est vrai que je n’ai même pas envie d’en faire profiter mon facteur ou mon livreur vu qu’ils ne pigent rien à l’anglais. Et si on pouvait faire passer le message que tous ces magazines qui ne servent à rien n’ont pas besoin de polluer ma boîte au lettres, j’en serais ravi.

    Michel Smith

Post scriptum (une habitude…)

Un petit plus, pour quelque chose qui n’est pas de l’auto promotion, malgré les apparences, mais qui se veut un coup de pouce pour une bande qui travaille bien, ce qui est plutôt rare de nos jours. Juste pour vous dire que je collabore désormais à une revue formidable qui s’intitule le plus simplement du monde « 180°C ».

OLYMPUS DIGITAL CAMERAIl s’agit d’un «mook» (magazine/book), un de ces magazines que l’on garde précieusement dans sa bibliothèque car réalisé avec passion et détermination par des jeunes dont l’ambition est d’en faire une belle revue culinaire à destination de la clientèle masculine. Ce premier numéro de «180°» , où l’on m’a laissé carte blanche pour raconter sur 14 pages l’histoire d’un domaine du Minervois, est en vente dans les bonnes librairies à 19,90 €, mais aussi à la Fnac ou Amazon. Bonne lecture.

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