Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Exporter des vins français en Pologne? Quelle bonne idée!

Suite des chroniques sabbatiques de notre invitée polonaise, Agnieszka Kumor, qui aujourd’hui, nous parle du marché polonais.    

Une histoire pour commencer. Dans la fraîcheur du petit matin printanier quatre chasseurs polonais reviennent de la chasse. Le dîner approche, chacun sort sa bouteille et la pose sur la table. «Une bouteille de quoi?» vous demandez-vous. De la vodka polonaise, Żubrówka, Wyborowa, Soplica, Żytnia, Żołądkowa Gorzka… ? Eh bien, non. Un vin français, alors? Que nenni. L’un des chasseurs sort un vin italien, l’autre – encore un vin italien, le troisième – un Rioja, et le quatrième – un blanc autrichien. C’est par celui-là, d’ailleurs, qu’ils commenceront leurs agapes.

Cette anecdote est à double lecture : elle montre que la culture de la consommation de vin en Pologne progresse, mais elle prouve aussi que la France a un rôle à y jouer, à condition qu’elle change sa stratégie sur le terrain. Quand je rencontre les vignerons français, je leur pose inlassablement la même question : «Exportez-vous en Pologne?» Certains me répondent que oui, d’autres que ce marché (40 millions de consommateurs potentiels, tout de même) ne les intéresse pas. Cela me laisse songeuse. Les Français seraient-ils ignorants, négligents, snobs ? Ou, alors ce serait les Polonais qui multiplient les taxes, pèchent par leur caractère bordélique et ne répondent même pas aux mails? Sans doute les deux, mon capitaine…

2.-Les-erreurs-ont-ete-commises

Des erreurs ont été commises

Les vins français ont toujours été pour les Polonais un synonyme de luxe et de qualité. Dans les années 1990, l’importation de vins a explosé. Les Polonais se sont tournés naturellement vers les vins français, mais n’ayant pas un grand pouvoir d’achat, ils ont commencé par des vins d’entrée de gamme. Or, le choix des importateurs paresseux dans cette catégorie s’est porté sur les vins de mauvaise qualité. Beaucoup d’importateurs sont passés par des intermédiaires en Allemagne, car les producteurs des vins intéressants et pas chers n’avaient jamais eu accès au marché polonais. Les vins se sont vendus (au moins au début) en grandes surfaces (et donc sans conseil), tandis que les grands vins étaient hors de prix. Résultat : dès le moment où les vins du Nouveau Monde ont débarqué sur le marché, les Polonais ont vite fait le calcul qualité/prix et se sont tournés vers ces nouveaux produits.

1.-Le-Polonais-est-un-consommateur-nomade

  Le Polonais est un consommateur nomade

 Actuellement, les Polonais achètent des vins chiliens, argentins, australiens, mais aussi bulgares, californiens et israéliens. Lentement mais sûrement, les vins d’Afrique du Sud se frayent aussi un chemin. Les Autrichiens et les Allemands sont très actifs. Est-ce que les Français pourront remonter la pente ? Rien n’est moins sûr. Ceux qui y croient encore trouveront à la fin de cet article les contacts utiles. Selon moi, il est plus intéressant d’avoir un importateur qui assure aussi la distribution par les biais de sa propre chaîne de magasins et qui vend aux hôteliers et à la restauration. La France garde sa troisième place d’investisseur en Pologne (après la Hollande et l’Allemagne), mais elle se place seulement 6ème quant à la vente de ses vins. Or, les Polonais achètent de plus en plus de vins.

 En 2011, les ventes de vins en Pologne ont grimpé de 4%. L’année a été difficile pour les petits et moyens importateurs car les vins de qualité se vendent désormais aussi dans les magasins discount. Ces magasins, qu’ils soient d’origine allemande ou polonaise, ont élargi leur offre de 20%. Malgré la crise, les ventes devraient poursuivre leur progression – celle-ci est estimée à 5% pour 2012. Les vins tranquilles ont le vent en poupe. C’est la tranche la plus dynamique : 7% de progression en 2010, selon le rapport AC Nielsen. Les ventes de vermouths, de mousseux et de liqueurs, traditionnellement appréciés des Polonais, reculent.

4.-Le-vin-consomme-en-troisieme-position-apres-la-biere

Le vin arrive en 3ème position des boissons en Pologne, après la bière et la vodka

(Brasserie Hipolit Lackowski : collection Jan Skrzyniarz)

 La consommation moyenne annuelle de vin en Pologne représente 3 litres per capita. Bon, à titre de comparaison, en France on consomme 35 litres, en Hongrie 24 litres et en Espagne 22 litres. Faîtes un effort, mes chers compatriotes ! La chance est de votre côté : il paraît que vous allez multiplier par sept votre consommation de vins à l’horizon des vingt prochaines années !

Les Polonais aiment le vin accessible au palais et qui leur parle immédiatement. Un vin suave, fruité et pas trop acide. Ce sont des consommateurs nomades : 84% d’entre eux n’ont pas de marque ou de producteur préférés. L’amateur averti trouvera sans doute les grands vins français, mais ils sont à un prix qui exclue une partie de consommateurs. Et l’on sait bien que c’est le bon vendu à un coût modéré qui éduque le palais. Cette offre attractive et accessible mène naturellement, avec le temps, vers un produit plus complexe et plus cher.

5.-Les-Vins-de-Pays-et-les-IGP-ont-toute-leur-place-sur-les

Les IGP ont toute leur place sur les tables polonaises (photo Agnieszka Kumor)

En parcourant l’offre française des boutiques en ligne, je constate que l’une se spécialise dans les Vins de Pays d’Oc, Corbières et Languedoc-Roussillon, l’autre aura des liquoreux, des vins de Loire et d’Alsace (très en vogue, ces derniers, car ils se marient bien avec les plats polonais). Bien sûr, chacune de ces boutiques propose de jolis Bordeaux et Bourgogne. Mais il y manque cruellement, par exemple, les grands vins de Cahors, de Madiran, de Beaujolais ou de crémants, tous trop rares sur les tables polonaises. Des IGP y ont toute leur place et des vins issus de l’agriculture biologique, eux aussi.

Les français confrontés à l’exportation sont en partie victimes de leur système d’AOC. Il garantit sans doute des normes de production, mais il empêche l’invention, indispensable à l’international. Du point de vue marketing, la France s’est endormie ces vingt dernières années. Elle ressemble à un champion du monde assis sur un banc de touche. Bien sûr, les taxes douanières sont élevées, les banderoles (obligatoires sur les cols de bouteilles) changent trop souvent, les contre étiquettes doivent être écrites en polonais. Mais le marché est très dynamique et les goûts évoluent.

Un exemple : un millier d’acheteurs polonais (surtout les particuliers à titre d’investissement) ont déboursé 50 mln de zloty (12,5 mln €) dans la campagne de ventes de vins « en primeurs » en 2011. Ce qui donne à la Pologne une place honorable dans le paysage de «wine banking» (investissement dans le vin) dans cette partie de l’Europe.

3.-Mais-tout-n-est-pas-encore-perdu Mais tout n’est pas encore perdu…

Evidemment un producteur seul n’a pas la force de frappe indispensable à l’exportation. Il faut que les interprofessions s’engagent plus dans la popularisation de vins de régions accessibles financièrement. Le travail du Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace est pour moi un modèle à suivre dans ce domaine (avec une dégustation annuelle, des stages pour sommeliers et cavistes, des voyages de presse pour lesquelles l’Interprofession a traduit les documents en polonais !). Et il faudra passer par la case des cours de langues.

L’anglais est le plus souvent de mise dans les affaires. Les producteurs devraient tenter aussi les actions conjointes dans les salons. Le Pavillon français est bien garni à, par ordre de grandeur, La Foire internationale Enoexpo à Cracovie (14-16 nov. 2012) et au salon Eurogastro à Varsovie (21-23 mars 2012).

Mesdames et Messieurs les producteurs n’oubliez pas qu’en 2011 la croissance en Pologne a été de 4,3% ! Le marché polonais en guise d’antidote à la crise des ventes en France ? A suivre…

Agnieszka Kumor

(collabore avec www.vinisfera.pl)

A toutes fins utiles, voici quelques importateurs en Pologne :

Centrum Wina (Varsovie) Anna Zembala (directrice de communication) azembala@centrumwina.com.pl mob. : 00 48 506 012 023  administration : 00 48 22 566 34 00

Winkolekcja (Varsovie) Slawomir Chrzczonowicz directeur import (parle français) schrzczonowicz@winkolekcja.pl 00 48 691 901 701 administration: 00 48 22 542 80 00

Mielzynski (Varsovie, Poznan) site en anglais ! http://www.mielzynski.pl/mielzynski_eng.html Robert Mielzynski PDG wino@mielzynski.pl administration : 00 48 22 887 38 05

M & P Alkohole i Wina Swiata (Varsovie) Magda Bednarek directrice import magda@wina-mp.pl mob.: 00 48 500 056 562 administration: 00 48 22 771 30 48

Sobieslaw Zasada Import Win (Cracovie) Mariusz Ciupka service commercial m.ciupka@wina.zasada.com.pl administration : 00 48 12 639 58 80

Wine4you (Varsovie) Jaroslaw Cybulski PDG info@wine4you.pl administration : 00 48 22 701 71 44


Un commentaire

Vieux comme Mérode

 « Ancient wine press uncovers bygone export market ».

Quand j’ai lu ce titre sur le site de Decanter, mon sang de journaliste n’a fait qu’un tour: « Quoi, il y avait des critiques vineux en Israël il y a 1400 ans? »

Et puis j’ai compris: la presse en question était un outil pour faire du vin, pas un journal ni même un blog gravé dans le marbre.

D’ailleurs, même Michel Dovaz n’est pas aussi vieux que ça.

La petite histoire aurait pu s’arrêter là, mais c’était compter sans notre ami Jim, qui apporte sa pierre à l’édifice de la Grande Histoire:

 Sphinx on a bike


It was actually used to press vast quantities of Aramon and Alicante Bouchet that was sold to Egypt’s leading wine importing company, Al Gallo, as Sphinx Pinot Noir.

It may have been Michel Dovaz who discovered the scam…

the_sphinx_bike_by_peetz5050-d550sx4

A fantasy custom bike inspired by the story ‘Big Jake’s Harley Davidson’
by Ranger Thorne on PPMB

Hervé (and Jim)

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