Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Lyon et Marseille, villes, restaurants et vins

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C’est l’histoire d’un weekend à Lyon, d’un autre à Marseille, et de quelques notes sur des choses vues, entendues et bues. Rien de bien systématique. Rien qui ne vaut sondage ni bilan. Juste quelques impressions d’un touriste curieux qui aime le vin.

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Le Pouilly Fuissé de Robert-Denogent. Un vin formidable, issu de 30 mois d’elévage. Complexe et raffiné, intense et suave  (photo David Cobbold)

La semaine dernière, weekend à Lyon. Temps froid et gris, comme un peu partout. Mais le bon plaisir d’aller à deux reprises aux Georges Five, formidable bar à vins ouvert voilà quelques années dans le Vieux Lyon par Georges Dos Santos, vrai amoureux du vin qui a réussi dans son business fondé sur une passion. Son affaire, Antic Wine, englobe maintenant deux boutiques et ce bar à vin. Et dans le bar, il vend des flacons de sa formidable collection de bons et grands vins de partout dans le monde  à des prix qui devraient faire rougir de honte la plupart de restaurateurs en France. Car Dos Santos y pratique le prix caviste plus 5 à 10 euros pour le service. Résultat : on peut se payer de grandes quilles en mangeant, ou bien se balader avec la sélection toujours changeante et inventive de vins au verre. Nous avons dégusté un dao formidable, un pouilly fuissé avec 30 mois d’élevage, un pinot noir de la Russian River (Sonoma, Californie) de Miramar Torres en magnum, et un vin muté espagnol d’exception, issu d’une solera de 1928.

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Cela vient d’Espagne, cela provient d’une Solera de 1928, cela s’appelle El Mago, c’est effectivement magique et je l’ai dégusté au Georges Five à Lyon. Je n’en sais pas plus (photo David Cobbold)

Le weekend suivant, celui qui vient de passer, je découvre Marseille, ville que je ne connaissais qu’à peine. Cette ville est, paraît-il, la capitale culturelle de l’Europe en 2013. Comment se fait-il alors que tant de ses principaux musées soient fermés jusqu’au mois de juin ? Un paradoxe de plus pour cette ville qui en est truffée. La lumière y est changeante et parfois crue, reflétée par la blancheur de la pierre (et le gris du béton, omniprésent). Les gens rencontrés dans les rues et les bus y sont bien plus accueillants qu’à Paris et prennent le temps de vous expliquer beaucoup de choses et de se soucier de vous prévenir du bon arrêt du bus tout en s’enquérant de votre vie. Il sont très diserts, voire en apparence impudiques, mais cela se fait dans un bon esprit d’entre-aide et d’échange.

Un chauffeur de taxi, un jour de pluie et sans bus pour cause d’embouteillage monstre (une autre caractéristique marseillaise) très volubile et probablement encarté au FN.

La superbe muséographie et les bâtiments remarquables de la Vielle Charité, dans le quartier du Panier, qui héberge une des plus belles collections d’objets antiques (Egypte, Grèce et Rome, essentiellement) que j’ai vu en dehors de ces pays ou de certaines capitales d’Europe.

La richesse impressionnante, parfois limite kitsch, des bâtiments du 19ème siècle : églises, cathédrales, et divers bâtiments publiques. La mixité de presque tous les quartiers, où villas luxueuses ou immeubles haussmanniens côtoient masures délabrées ou immeubles destroy, côte à côte dans la même rue ou ruelle. Ici pas de ghetto type Neuilly. La roche calcaire et des pentes partout. Et la mer, s’infiltrant dans les criques (qu’on appelle "calanques") à chaque virage de la route côtière.

Quel rapport avec le vin ? Aucun, mais il n’y a pas que le vin dans le vie ! Des restaurants le long de la Corniche dont, malgré la prétention des prix, la verrerie reste indigne (verres ballons partout). Grâce à Philippe Faure-Brac, nous avons été guidés vers deux bons restaurants dont un avait des verres décents. L’Epuisette, situé discrètement au fond d’une petite ruelle en contre-bas de la Corniche Kennedy, le long d’une crique, jouit d’un emplacement de rêve. Une partie de ce qui a dû être un cabanon de pêcheur surplombe l’eau et, de la salle principale, on voit la mer sur deux côtés. Les verres y sont dignes de la carte de vins impressionnante, aussi bien par la qualité des produits que par les prix pratiqués (dans le mauvais sens pour le consommateur, à la différence du Georges Five à Lyon).  Le sommelier suffisant voulait à tout prix me conseiller quelque chose, mais j’ai réussi à commander ce que je voulais, un magnifique Clos Rougeard Saumur Blanc 2007 (100 euros tout de même).

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Le Saumur blanc "Brézé" du Clos Rougeard est un chenin magnifique en tous points. Vif mais riche, équilibré et long. Un grand vin blanc qui vaut les plus grands de Bourgogne ou d’ailleurs, et qui coûte bien moins cher (photo David Cobbold).

En consultant la carte des vins de ce très bon restaurant, au service assez impeccable, même si parfois un peu long, je me suis rendu compte de la primauté de prestige dont jouissent les vins blancs de Bourgogne. La table voisine avait commandé une bouteille de Corton Charlemagne, à un prix qui avoisinait le coût total de mon weekend. Pour rassurer le client qui disait que le vin était bon, le sommelier disait, d’un air entendu, "mais là Monsieur, vous avez un des plus grands vins blancs du monde". Passons sur la débilité de la remarque et même si le vin (que je n’ai pas goûté) était excellent, vaut-il trois fois le prix de mon Saumur, que je prends pour un très grand vin ? Parmi les points positifs de l’offre de vins, outre son étendue et sa qualité, le service au verre d’un très bon Bandol rouge dont je n’avais jamais entendu parler et dont j’ai oublié le nom.

Le lendemain soir nous nous rendons au Malthazar, sorte de bistrot ouvert récemment par le chef Michel Portos, dont j’ai pu apprécier la cuisine au St. James à Bordeaux. Autre ambiance, autre gamme de prix, bien plus raisonnable. Mais des verres minables, soit ballon, soit INAO. La carte de vins y est courte mais plutôt bien choisie dans l’ensemble et nous avons bu un excellent riesling d’Albert Mann, heureusement fermé par une capsule à vis mais que le sommelier m’a quand-même donné à déguster ! Et aussi, moins attendu, un très beau vins de la Catalogne espagnole : Terra Remonta (la cuvée "entrée de gamme"). Deux très jolis flacons pour le prix d’un seul dans l’autre établissement, c’est dire la différences des marges ! Certes il fallait accepter une plus grande exiguité des lieux et  un service plus simple, avec un sommelier qui racontait sa vie à chaque table. Mais la nourriture était très bonne.

Aujourd’hui, dimanche, il fait de nouveau beau à Marseille et la plage des Catalans est presque bondée. Aucun rapport avec le vin, bien entendu.

David

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

5 réflexions sur “Lyon et Marseille, villes, restaurants et vins

  1. Merci pour les bonnes adresses!

  2. David, bizarrement, autant je me sens à l’aise à Lyon, autant j’ai un sentiment permanent de danger et de menace à Marseille. Je pense que mes longs séjours répétés en terre varoise (Bandol) en sont la cause. Il existe entre ce département et les Bouches-du-Rhône une rivalité et une méfiance incessantes, un peu comme entre Tarnais et habitants du Tarn & Garonne : des citoyens séparés par le même accent.
    Cela étant, il vaut mieux être un richard pour s’offrir du Clos Rougeard, si j’ai bien saisi, et puis le boire tout à son aise, sans regarder de pendule (Foucault !).

  3. Luc (noticed how the avatars change all the time on this thing: maybe Harvé will find an explanation), I suppose the 100 euros is a lot to spend on a bottle of wine in a restaurant and it is indeed my upper limit. But the wine was fantastic and probably just as good a Burgundies at twice or more that price.
    As to Marseille, it is a paradoxical place but I did not feel at all ill-at-ease there.

  4. Joli article. Mais je vous précise qu’il y a des ghettos de luxe aussi à Marseille notamment dans le 8e arrondissement !

  5. Bon, j’y vais ce week-end et ramènerais peut être une ou deux bonnes adresses à ajouter. Je suis comme toi, David : ce petit Napoli à la française a un certain charme pour qui ose mettre de côté clichés et préjugés. Un léger bémol : alors que j’adore le chef qui a repris le Malthazar (Michel Portos), et bien qu’il s’agisse d’une cuisine de brasserie, j’ai été fortement déçu à la fois par le repas, les prix assez confortables, et le service désespéré voire nul. À sa demande, j’ai dû expliqué à une serveuse comment il fallait ouvrir une bouteille de vin. Elle était ravie de la leçon !

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