Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Presse du vin, suite : le retour du gaspi et un numéro de collection !

10 Commentaires

Avez vous connu l’ère du «gaspi» ? Non, ce n’est pas un de ces bars dont Bruxelles a le secret  ni un programme destiné aux jeunes écolos. Le gaspi était en vogue déjà dans les années 80, époque où l’écologie balbutiait encore. Eh bien, figurez vous qu’il revient en force !

Voulez-vous une preuve supplémentaire du fric démesuré que se font certains titres de la presse du vin pour mieux sous payer leurs journalistes, quand ils en emploient encore ? J’en ai une de prête, et toute chaude ! Ce matin, ma boîte aux lettres était encombrée de 4 exemplaires tous identiques d’une revue française éditée en langue d’Outre-Manche, chaque exemplaire soigneusement «mis sous blister» comme ils disent maintenant, ou scellé d’un préservatif, comme je dis de manière plus crue.

À chaque fois, le numéro est adressé au même Smith que bibi avec, en guise d’adresse, le titre d’un canard pour lequel je ne travaille plus sous prétexte non déclaré que je leur coûtais trop cher et que ma plume était d’un chiant… Pas grave, j’ai réussi à faire le deuil de cette époque pourtant pas si lointaine. J’assume. Mais ce n’est pas pour pleurnicher sur mon cas que je prends la frappe.

Le G & G ne recule devant rien : tout en anglais et en quatre exemplaires ! Photo©MichelSmith

Le G & G ne recule devant rien : tout en anglais et en quatre exemplaires ! Photo©MichelSmith

En soi, cette anecdote n’a rien d’extraordinaire : on reçoit tellement de catalogues inutiles par la poste… À votre place, cher Lecteur, je serais même tenté de plier boutique et de passer à autre chose sur le Net ! Si ce n’est que, bien que papier glacé, il est annoncé que ce magazine «Spring edition» que je vous montre en tête de gondole est imprimé à 70 % sur papier recyclé et qu’il renferme quantité d’articles à première vue édifiants, mais aussi instructifs, positifs, voire élogieux… à la limite de la pub.

Et si je prends la peine de fouiller plus avant un de ces articles grand format, alors là les bras m’en tombent. C’est désolant, que voulez-vous ! Et tellement mal écrit que c’en est mal traduit. Vous allez dire que je suis prétentieux, que j’écris moi-même comme un canard boiteux, je sais et vous avez raison de me le faire remarquer. Mais tout de même… Bonde sur la barrique, on y compte trois éditos, pas un de plus ! Le premier nous annonce une grande nouvelle que je  résume ainsi : les consommateurs vont être de plus en plus nombreux à exiger des vins de qualité (sous entendu bio et biodynamiques, car c’est ça le sujet révolutionnaire traité en quelques lignes) et à demander «a transparent vineyard to wine glass approach». Difficilement traduisible, mais vous comprenez, j’en suis sûr.

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Grande nouvelle aussi avec l’annonce faite sous forme de quasi exclusivité dans une rubrique «en primeur» de Bordeaux 2011 (oui, 2011) goûtés un mois après les autres, dixit l’article-  ce qui semble être un exploit ! Ça, c’est juste avant qu’on lise sur la page de gauche l’édito de l’Editor in Chief, Sylvain Patard, qui lui, nous cause en toute logique du 2012… en nous disant, toujours en toute logique, qu’on pourra lire les commentaires sur le website www.gilbertgaillard.com et que pour nous faire patienter (tout en économisant de l’argent je suppose) la page suivante, celle que je viens d’évoquer, reproduit en fait le jugement de GG (oui, il s’agit de Gilbert & Gaillard)… de l’an dernier. Encore une parfaite illustration de la connerie étalée en primeur : on évoque 2012 pour montrer qu’on est dans le coup, mais on ne parle que de 2011 ! Et là, pas question de nous expliquer pourquoi les commentaires d’il y a un an sont encore valables, encore moins d’organiser une nouvelle dégustation pour en avoir le cœur net. Arrive enfin l’édito du troisième larron, le beau gosse du trio. N’ayant rien trouvé d’excitant, il nous ressasse une belle – mais vieille et populaire – rengaine de terroir et de mémoire, de produits manufacturés contre produits artisanaux.

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Après quelques articles (ou publi reportages non signalés comme tels) avec des titres ou légendes photos à dormir debout («in the right place, at the right time» pour un vigneron du Sud, «a place in the Sun» pour un sujet bateau sur les Côtes du Rhône Villages, ou encore «a must-try» pour une maison de Champagne), on a quand même droit au voyage et au rêve grâce aux correspondants étrangers du magazine. Voilà un sujet passionnant sur un grand nom du Val d’Aoste ou sur les îles Canaries, un autre sur Tom Hanks qui, ô surprise a toujours « enjoyed Bordeaux », un article palpitant sur un domaine du Vinho Verde ou un autre sur la famille Jackson en Californie précédé d’un sujet sur Sonoma. La lecture de ce magazine qui, je suppose existe aussi in French, s’achève comme un cheveu sur la soupe sur une appétissante recette autour du haricot tarbais! Dommage qu’il me faille mettre tous ces numéros inutiles à la poubelle ! Il est vrai que je n’ai même pas envie d’en faire profiter mon facteur ou mon livreur vu qu’ils ne pigent rien à l’anglais. Et si on pouvait faire passer le message que tous ces magazines qui ne servent à rien n’ont pas besoin de polluer ma boîte au lettres, j’en serais ravi.

    Michel Smith

Post scriptum (une habitude…)

Un petit plus, pour quelque chose qui n’est pas de l’auto promotion, malgré les apparences, mais qui se veut un coup de pouce pour une bande qui travaille bien, ce qui est plutôt rare de nos jours. Juste pour vous dire que je collabore désormais à une revue formidable qui s’intitule le plus simplement du monde « 180°C ».

OLYMPUS DIGITAL CAMERAIl s’agit d’un «mook» (magazine/book), un de ces magazines que l’on garde précieusement dans sa bibliothèque car réalisé avec passion et détermination par des jeunes dont l’ambition est d’en faire une belle revue culinaire à destination de la clientèle masculine. Ce premier numéro de «180°» , où l’on m’a laissé carte blanche pour raconter sur 14 pages l’histoire d’un domaine du Minervois, est en vente dans les bonnes librairies à 19,90 €, mais aussi à la Fnac ou Amazon. Bonne lecture.

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Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “Presse du vin, suite : le retour du gaspi et un numéro de collection !

  1. le cave se rebiffe et tu as raison

  2. Ah ah ah Gilbert & Gaillard…la bonne farce ! En concurrence avec l’autre là…attends que je cherche un peu…ah oui ! PDG Dusser Gerber, une autre belle blague. Des amateurs égocentriques qui tentent de se faire passer pour des pros. C’est plutôt drôle au début, pénible à la longue.

  3. Le pire ce sont les vignerons qui y croient et qui montrent avec ostentation la critique louangeuse de leur vin…

  4. Que des sans scrupules se servent des egos d’autrui pour se faire du beurre, ça peut se comprendre. Mqis que des vignerons rentrent dans ce circuit : ou ils sont vraiment bêtes à manger du foin, ou ils croient encore au père noël !
    On aime ta colère, Beau Ténébreux !

  5. Certaines vérités font plaisir à lire… Le plus drôle, c’est quand on est contactés par ces gens. On en arrive en général assez rapidement aux considérations financières du type "payer pour être dégusté", ou autres… Tout cela est tout pourri et il ne faut pas hésiter à le dire.
    @François: il y a une troisième catégorie de vignerons qui tombe dans le panneau. Ceux qui sont en difficulté, qui ne connaissent rien au monde de la presse vin et qui, naïvement, pensent que cela pourra les aider. On en trouve un certain nombre chez Gilbert et Gaillard et chez Dussert Gerber… Pour ces vignerons-là, je suis triste. Pour ceux qui lâchent leur fromage du haut de leur branche, je ne pleure pas !!…

  6. Il y en a plein, qui accolent 2 patronymes.
    Pourquoi ne les citez-vous pas tous ?

    • Déjà fait mon Léon… B & D, par exemple, dans d’autres articles par le passé. Sans me vanter, je suis un des rares à souligner les travers (double jeu, mélange des genres) de la presse du vin et c’est bien pour cette raison que je suis repéré et que je n’aurai jamais de médaille à épingler dans un cadre au dessus de la cheminée.

  7. Ce que j’adore sur le peu que l’on voie du magazine, c’est la forteresse de Blaye construite par Vauban au XIXème siècle… Enorme !!!

  8. Oui, plus fort que Jeanne Calmant: Sébastien (dit Kévin) Vauban, 1633-2007.

  9. Je n’avais même pas remarqué ce "détail" de l’Histoire… De toute façon, ça sent le dossier de presse revu et non corrigé. Heureusement que nos lecteurs sont là pour veiller au grain !

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