Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

#Carignan Story # 166 : La mauvaise terre de Grand Moulin

2 Commentaires

Vu que je ne manque plus d’échantillons de Carignan à tester – c’est fou le nombre de vignerons qui, de Hyères à Perpignan s’y mettent ! – je vais pour une fois prendre un malin plaisir en cette chronique dominicale d’opérer un retour en arrière, un salutaire flash back comme je les affectionne, un retour sur commentaires pour souligner, ce qui n’est pas la règle chez moi, les progrès d’un vigneron en matière de Carignan. Oh, je sais, le gars dont je vais vous causer n’a pas besoin de moi pour conseil. Il appartient aux Corbières depuis son plus jeune âge tandis que de mon côté j’étais ballotté sur les pavés parisiens où, il est vrai, selon les quartiers, il n’était pas rare de voir pousser le pissenlit. Pourtant, si je me relis bien, j’avais quelque peu égratigné son Carignan goûté dans les travées d’un grand salon régional ayant pour nom Vinisud. J’aime à penser qu’ayant lu mon commentaire, il s’est dit : « Nom de Dieu, il a raison ce journaliste défroqué ! Je vais lui montrer de quel bois je me chauffe ! ».

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Photo©MichelSmith

Prétentieux que je suis, je rêve qu’un vigneron, plutôt que de m’en vouloir à mort, prenne le taureau par les cornes, devance mon appel, et fasse tout pour mieux faire, pour frôler la perfection. Jean-Noël Bousquet a-t-il songé à tout cela en enfantant son petit dernier ? Bien sûr que non, sinon il m’aurait envoyé l’échantillon « en direct ». Or, son dernier Carignan, un 2011, Vin de France livré en bourguignonne, m’a été confié par son attachée de presse Christine Ontivéro qui fut ma dernière (enfin, à mon âge il reste encore un peu d’espoir…) compagne et qui, n’étant pas une fan des blogs traitant du vin, n’avait pas lu mon article paru l’été dernier… Un article parlant d’une IGP Aude du même millésime, mais en bordelaise cette fois, agrémenté de 15 % de syrah. Ce carignan pas tout à fait pur et peu cher, avait été ramassé « en partie » à la machine (contrairement à ce qu’indique la fiche technique sur son site), du moins c’est ce que m’avait dit Jean-Noël à l’époque, alors que ce dernier Carignan, me semble-t-il, relève plus sérieusement d’une vendange manuelle égrappée. Bon, quoiqu’il en soit, je ne vais pas vous faire tout un fromage de ces détails qui, au final, n’intéressent que peu de monde. Allons droit au but et disons qu’il apparaît que ce vin a été plus soigné que le précédent.

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D’abord, au lieu d’un duo de cépage carignan/syrah entrevu lors de Vinisud 2012, c’est un nom de lieu-dit qui est mis en avant. Mieux, un nom de terre car, comme le rappelle Jean-Noël Bousquet sur la contre étiquette, « La Pège » est le nom que l’on donne à cette terre ingrate et aride qui, jadis, était réservée aux plus pauvres des paysans. « Il se trouve que cette Pège fut ma première acquisition quand j’ai débuté en 1973 », explique Jean-Noël Bousquet. Alors, que voulez-vous, sensible comme je suis, il se trouve que face à une telle présentation, je fonds.

Je l’ai d’abord bu sur un thon rouge cuit saignant à la poêle avec quelques asperges vertes. Ça passait comme une lettre à la poste ! Puis je l’ai goûté le lendemain sur mon antipasti favori,  deux ou trois feuilles de papier à cigarette de lardo di colonato posées sur une tranche de pain de campagne toasté : c’était bon aussi. Bu seul, le vin reste un tantinet rustique, mélange de garrigue et de notes herbacées. Mais il s’ouvre sur des aspects plus soyeux, plus ronds, du volume aussi lorsqu’il « chauffe » (14°5 d’alcool) gentiment la bouche offrant par moments de vibrantes notes d’orange sanguine allant vers une finale plus sur le fruit et la belle amertume. Attention, nous ne sommes pas forcément sur un schéma de grand vin, ni sur celui d’un vin de longue garde, mais plus sur l’idée d’un rouge simple, confortable, un vin qui rassure et qui assure. Son prix : 7,80 €.

Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “#Carignan Story # 166 : La mauvaise terre de Grand Moulin

  1. Belle découverte de vins peu connus de ce côté de la Garonne. Je partage sur #vinetvignes

  2. Tu as raison d’insister sur un point important, Forgeron : 14,5 vol %. Il est mûr, ce carignan, et cela fait toute la différence.

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