Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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En direct du Comté

Nouus, journalistes vineux, avons l’habitude d’arpenter les champs de vignes, de parcourir les caves de vinif et les chais d’élevages, de discuter avec les vignerons; cela nous semble la meilleure façon de comprendre une appellation.

Faire pareil pour le fromage paraît bizarre ou du moins inaccoutumé. Le Comté s’y est prêté; ce qui nous a valu de délicieux moments passés tant en compagnie des vaches que des fromagers.

Alors de la prairie à la cave d’affinage, en passant par la case fabrication, voici en paroles et en images un voyage au sein de l’AOP Comté.

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Marcher dans l’herbe

Le départ de tout, c’est en marchant au côté des Montbéliardes que l’on comprend le Comté. Montbéliardes est le nom des seules vaches autorisées à produire du lait à Comté (reste quelques cousines Simmental également admises).

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Son terroir, le Massif du Jura, une région de moyenne montagne haute de 200 mètres quand il touche la plaine bressane et qui monte à 1500 mètres vers le village des Rousses à la frontière suisse.

Il s’étend sur deux départements de la région Franche-Comté, le Jura et le Doubs, et sur une partie du département de l’Ain en région Rhône-Alpes.

Côté relief, le Massif jurassien se caractérise par de grands plateaux couronnés de forêts de sapins entrecoupés de vallées verdoyantes elles-mêmes sillonnées de nombreuses rivières poissonneuses. Un paysages montagnards magnifiques où, au détour d’une route, se rencontrent placides les Montbéliardes bicolores.

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Elles broutent l’herbe du Massif riche d’une flore sauvage et diversifiée. Plus de 576 espèces de fleurs ont été recensées au sein de la zone d’appellation. Les vaches, en fonction de l’endroit où elles se trouvent, ingèrent des plantes différentes (toutes ne poussent pas au même endroit) ce qui influence le goût du lait et par conséquent, sur le goût des Comté.

 

 

Humer le lait

Ou comment fait-on du Comté ?

Il faut le lait de 23 vaches, soit 450 litres de lait pour obtenir une seule meule de Comté d’environ 40 kilos.

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Chaque jour, les laits crus des traites du soir et du matin sont déversés dans de grandes cuves en cuivre pour y être réchauffés à 32°C.

Intervient alors le savoir-faire du fromager qui y ajoute quelques centilitres d’une présure naturelle. Elle fait coaguler le lait, le transforme en caillé. À l’aide d’un tranche-caillé, il découpe la masse compacte en minuscules grains blancs qui sont longuement brassés et chauffés à 55°C pendant 30 min. Le contenu de la cuve est ensuite soutiré et déversé dans les moules à Comté. Le sérum (ou petit lait) est expulsé par écoulage puis par pressage pour ne laisser dans le moule que la matière lactée.

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Quelques heures plus tard, l’ouverture de ce moule délivre une nouvelle meule encore blanche et souple. Ce jeune fromage sera pré-affiné c à d frotté au sel sec et brossé à l’eau pendant quelques semaines dans la petite cave de la fruitière, avant de partir pour un long séjour dans l’une des caves d’affinage du Massif.

On compte environ 160 fruitières à Comté pour 16 affineurs répartis plus ou moins dans tout le massif.

 

Respirer les meules

Affiner, c’est savoir amener un fromage à maturité.

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Les fromages, placés sur des planches d’épicéa, sont régulièrement salés, frottés avec une solution de saumure et retournés fréquemment durant toute la durée de l’affinage. C’est une action mécanique robotisée, plus question de niquer le dos des affineurs…

Grâce à ces soins, la croûte se forme, la texture de la pâte initialement granuleuse et élastique devient fine et souple. Le goût qui évoque le petit lait au moment du démoulage s’enrichit progressivement.

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Un temps de repos indispensable durant lequel chaque meule va construire sa personnalité, transformer sa texture, nuancer sa couleur et se doter d’une palette aromatique particulière.

La durée moyenne d’affinage d’une meule de Comté est de 8 mois.

Mais elle peut varier de 4 mois (minimum légal) à 12, 15, 18… voire 24 mois et plus…

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Goûter le Comté

Après un moment, le vin nous manque.
C’est pareil pour le Comté.

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En Jura, le choix vigneron est grand, c’est chez Stéphane Tissot que cette fois l’on se rend.

Après avoir dégusté Crémant, blancs ouillés, rouges et blancs oxydatifs, le Comté se fait pressant et veut à la dégustation participer. Presque tout lui va, à nous aussi.

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www.domaine-tissot.com

 

Ciao

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Marc


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La température monte, les crânes s’échauffent et les slogans fusent !

On le dit, on le croit  volontiers, on l’espère, même : la température remontera bientôt.

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Et ce sont surtout les têtes de nos penseurs d’AOP qui s’échauffent, voire qui surchauffent. Au frais de qui, d’ailleurs, j’aimerais bien le savoir ? Oui, si j’étais vigneron (quoique je le suis un peu, avec mes amis associés du Puch) et cotisant pour la cause commune des vins (là aussi, je paye, nous payons, modestement…), la noble cause d’une appellation en l’occurrence, je me dirais qu’il serait grand temps que je me pose des questions… et surtout, que j’obtienne des réponses.

Une fois de plus, j’aurais pu. Si j’étais un bon et consciencieux journaliste de droite, du centre, comme de gauche, j’aurais pu me lancer pour vous dans l’examen de cette nouvelle taxe sur le vin sur laquelle se pencheraient nos experts. Non, non et non ! D’abord parce que je n’exclue pas l’idée de mon cortex que la viticulture pourrait, même si elle le fait déjà en exportant un max, contribuer à l’effort national comme va devoir le faire le misérable retraité que je suis en train de devenir. Ensuite parce que les histoires d’économie et moi, ça fait deux : restons chacun de notre côté et les cochons seront mieux nourris. Résultat, je vais me venger sur un sujet bateau, un thème à la con. J’implore déjà le pardon auprès de mes rares suiveurs…

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Ce doit être cette foutue saison, mais je découvre avec étonnement (et retardement) que les appellations d’origine protégée – ou AOP pour les passéistes comme les Corbières qui se disent toujours AOC – ne jurent toujours que par un slogan;  une phrase qui,  lancée au hasard d’une conversation, devrait suffire à évoquer le nom, mais aussi les vins, les gens et les paysages d’une appellation ou d’une région viticole. Cela tient de la publicité pure, c’est un mal nécessaire, me direz-vous. Peut-être est-ce dans l’ordre des choses, en effet.

Après tout, les compagnies aériennes ont leurs slogans, les banques aussi, sans oublier les grandes surfaces, les assurances, les lunettiers et les fabricants de bagnoles. Mais quand la publicité consiste à distiller des conneries au nom des vignerons, alors là, je rouspète sec, pour ne pas changer. Et ce qui me tracasse le plus dans tout ça, c’est le coût d’une telle futilité. Oui, moi qui n’y connais que fifrelin en économie, moi qui fait une faute toutes les deux phrases, je m’autorise le plus humblement possible à demander à nos valeureux dirigeants d’appellations combien peut coûter une telle connerie? Oui, et plus précisément, combien il en coûte au contribuable, au vigneron, au consommateur ?

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Car on peut effectivement se demander à quoi cela peut il servir de payer une agence de pub ou de com, je ne sais plus – j’imagine quelques dizaines de millions d’euros – pour user du paperboard et pondre un putain de dossier qui se conclut, en prenant l’exemple de ce petit dernier annoncé à grand renfort de tralala dans la presse locale, par un slogan à la noix, que dis-je par un magistral : «Minervois, le Grand Vin millésimé par le vent» ! Magnifique ! Splendide trouvaille ! Du grand art digne de Marcel Bleustein-Blanchet !

Allons, allons, on se calme… Je suppose que nul, dans la vie actuelle, ne peut se passer d’un slogan. De l’humble entreprise de pompes funèbres à la grande pharmacie du coin, on a tous besoin de se positionner au travers d’une marque, d’un mot ou d’une phrase qui frappe et qui se retient, slogan que l’on associe au produit. Il faut cataloguer !

Ainsi, moi, je reste le «râleur de service». Il y a un an, j’étais «l’éternel insatisfait». Comme le savon ou le parfum, on doit se laisser résumer en une phrase courte et percutante. Parfois, cela a du bon ; parfois, cela relève du comique.

À une époque, lorsque l’on roulait sur la route côtière – la corniche si vous préférez, entre Argelès et Collioure – on avait le droit, au sortir d’un virage, à un immense panneau avec la bonne tronche dessinée d’un paysan-vigneron-rugbyman-forcément catalan, bien sûr coiffé d’un béret, qui tendait son bras musclé au bout duquel il tenait dans sa grosse main calleuse un verre plein. Et ce slogan fusait tel un ordre impérieux : «À ta santé, touriste !».

J’adorais cette pub à la gloire de Banyuls et des VDN (vins doux naturels, eh oui, le naturel était déjà à la mode…) d’un autre âge qui, sans complexes, invectivait le visiteur motorisé des années 80. Trente ans plus tard, la vogue des slogans autour du vin n’a pas baissé les voiles, loin s’en faut. Et d’ici à ce qu’on nous les trousse in English dans le texte, façon multinationale, il n’y qu’un pas qui sera bientôt franchi. «Care for a Rhône ? What else !»

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J’ai sorti quelques vieilles (ou moins vieilles) brochures l’autre jour, lors d’une crise de rangement et j’en ai tiré quelques perles. Jugez plutôt : «Terroirs de Passion Rouge et Or» pour les Premières Côtes de Bordeaux et Cadillac ; «Terre de blanc sec» pour l’Entre Deux Mers ; «Sacrée Nature !» pour les Côtes de Bourg qui se disaient aussi «L’enfant terrible de la famille Bordeaux» ; «Des personnalités à découvrir» pour les Bordeaux et Bordeaux Supérieur ; «Le Bordeaux créateur d’accords» pour Castillon Côtes de Bordeaux ; «Les grands blancs» pour les vins d’Alsace ; «Passion Jura» pour les vins du même nom ; «Les vins à découvrir» pour les vins du Sud Ouest ; «Un terroir fier d’afficher son caractère» pour Cahors; «La Provence par excellence» pour les Coteaux-d’Aix-en-Provence ; «Les grands vins qui chantent nos couleurs» pour la collective des vins du Roussillon…

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C’est drôle, non ? Mais quand on sait qu’un slogan ne doit guère durer plus de 2 ans avant que l’on ne décide d’en changer en même temps que l’on change de directeur ou de président, avec l’argent des vignerons, bien sûr, on sourit moins.

Alors Messieurs du Minervois (excusez-moi, mais je ne vois pas de dames sur la photo du journal local), puisque vous êtes les derniers à changer de slogan, dîtes-nous donc en toute amitié combien cela vous (nous) a-t-il coûté et qui a été le bénéficiaire de cette manne ? Cela ne devrait pas être un secret…

Car autant vous le dire, j’ai besoin d’un slogan pour le petit vin des Côtes Catalanes que je mets en bouteilles avec mes potes associés. Pour le moment, on a retenu «Puch, le vin qui a du punch ! » ou «Puch, le rouge qui cogne !»

Certes, je vous l’accorde, ce n’est pas génial. En revanche, ça ne nous a rien coûté.

Michel Smith


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Pourquoi je n’irai pas à la présentation de la Foire aux Vins d’Intermarché

J’ai reçu hier un message de l’attachée de presse d’Intermarché, m’invitant, le 6 juin, "à découvrir en avant-première sa sélection Foire aux Vins 2013", "30 coups de coeur sélectionnés par les 3 oenologues d’Intermarché avec la collaboration de Dominique Laporte (Meilleur Sommelier de France)".

Je n’irai pas – je profite de ce blog pour en avertir les organisateurs (ça m’économise un email). J’espère qu’ils ne seront pas trop déçus. Jean-Pierre Coffe non plus ne viendra pas, mais pas pour les mêmes raisons, je crois.

Une nouvelle race d’oenologue: l’oenologue-discounter

Au passage, je m’étonne que les conférences de presse des Foires au Vin se tiennent si tôt – mais il est vrai que les Foires aux Vins se tiennent elles aussi de plus en plus tôt – à la mi-septembre, pour Intermarché. Ya plus d’saison, ma bonne dame.

Je suis surtout très surpris d’apprendre qu’Intermarché emploie trois oenologues – nous parlons bien d’oenologues, de gens qui font du vin, pas d’oenophiles à la petite semaine, de fantaisistes comme moi. Si aujourd’hui, les discounters emploient plus d’oenologues que les Grands Crus, on doit s’attendre à une sacrée redistribution des cartes: le Bordeaux de l’Expert Club d’Inter pourrait bientôt en remontrer à Château Margaux…

Plus sérieusement, je me demande quelle a pu être la contribution de Dominique Laporte – un sommelier, fût-il le premier de France, n’a pas la carrure d’un oenologue appointé. Alors face à trois, vous pensez…

Ou bien est-il seulement là pour l’image?

L’image, c’est justement ce qu’Intermarché, et avec lui, tous ses concurrents de la Grande Distribution, espèrent gagner avec ce genre d’opération. Le vin représente moins de 2% des ventes d’un magasin moyen, et sans doute bien moins encore de son bénéfice. Mais c’est un bel outil de comm’, une façon très pratique de se bâtir une réputation de spécialiste.

On connaît la musique. J’ai la partition.

J’ai déjà donné…

Pendant 16 ans, j’ai exercé mon métier de journaliste dans le domaine de la Grande Distribution, au sein de magazines spécialisés, où j’ai défendu le métier de Grand Epicier, allant même jusqu’à écrire  que les Grandes Surfaces étaient l’avenir de bien des métiers, y compris celui du vin.

Je le pense toujours. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je le regrette.

Il y a une différence entre interviewer des patrons d’enseignes "toujours plus performantes"  et publier les actes de décès des autres formules de vente. Entre commenter la hausse des parts de marché de la grande distribution dans la boulangerie, la boucherie, les légumes, le poisson ou le vin, année après année, et constater de visu que les boulangers, les bouchers, les légumiers, les poissonniers ou les cavistes disparaissent des quartiers, et que la qualité des produits qui nous sont proposés – en moyenne – est à la baisse.

Bien sûr, il n’y a pas de Deus Ex Machina derrière cette évolution. La Grande Distribution n’est que l’expression de ce que les consommateurs sont prêts à accepter. D’ailleurs, pris isolément, les gens de la GD sont des gens comme les autres, qui aiment leurs familles, leur chats et leurs chiens et qui bossent plutôt plus que leurs heures.

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Dominique Laporte, Ambassadeur de la Foire aux Vins d’Intermarché (et Meilleur Sommelier de France).

La GD, ce n’est pas le diable. Même si elle lamine les marges des petits producteurs – de vins ou d’autre chose – quand elle ne les conduit pas à la faillite. Même si elle est constamment à l’affût de "coups", dans un monde de plus en plus concurrentiel où il n’y a que le bottom line qui compte. Et quand je dis bottom, c’est parce que je suis poli. Ne dites plus "abus de position dominante", dites "optimisation des conditions d’achat".

Il n’y a pas de diable. D’ailleurs, la "Grande Fabrication" n’est pas plus sympathique, quoi que vous racontent les publi-reportages. Certains groupements de cavistes, non plus.

Et puis surtout, je n’ai pas l’âme d’un prédicateur.

A chacun de décider, de voter avec son cabas ou son chariot. Moi, autant que possible, j’achète mes vins chez le propriétaire, chez un caviste, ou directement chez l’importateur. Mais vous faites comme vous voulez.

Il faut juste être cohérent.Si l’on défend une certaine vision du vin de terroir et du vin d’auteur, on peut difficilement recommander d’aller les acheter dans des machines à vendre où leurs produits ne sont plus que des références, des numéros sur un listing. Ni participer à une opération de  communication du Grand Commerce.

Sacrée RVF!

Dans cet esprit, comment ne pas citer  le titre du dossier que  RVF consacrait aux Foires aux Vins, en 2010: "Les hypers qui embellissent le vin".

Il faut croire qu’il était sacrément vendeur, car la revue l’a réutilisé, il y a quelques mois, à l’occasion du spécial Foires aux Vins 2012. Bis repetita plaquettes de freins.

Et pas seulement le titre, toute la rhétorique, aussi. Je cite la RVF: "Longtemps considérés comme de simples “vendeurs de bouteilles”, les hypermarchés et supermarchés opèrent une mue spectaculaire. S’ils subsistent ici et là, les rayons poussiéreux exposés à la violente lumière des néons et aux décibels ne sont plus tendance, loin de là. Dans les magasins les plus ambitieux, place est faite à de vraies caves, véritables écrins où sont alignés grands vins et crus classés". 

Emouvant, non?

Sans jouer les puristes, je crois que c’est plutôt le vin qui embellit l’hyper, qui lui donne un vernis culturel, même. Pas l’inverse.

Soyons compréhensifs: si la RVF veut pouvoir remplir son dossier, il vaut mieux qu’elle rassure son lecteur – vous savez, l’oenophile que les pubs des distributeurs incitent à visiter leurs beaux hypers. Je suis sûr que les distributeurs ont apprécié. En plus, l’argent qu’ils ont payé pour leurs jolies annonces… vient en bonne partie de leurs fournisseurs.

Je le souligne, je connais ou j’ai connu dans la GD de vrais passionnés de vin – chez Carrefour (il y a longtemps), chez Cora, chez Delhaize, chez Colruyt, chez Mestdagh, chez Spar, chez Monoprix… Mais le système étant ce qu’il est, je ne peux, comme la RVF, lui donner un brevet de vertu, ni un prix "pour l’ensemble de son oeuvre"!

Ca devait quand même faire tout drôle aux "vignerons d’exception" mis en scène dans les pages habituelles de la RVF que de cotoyer dans le même magazine les plus merveilleux fossoyeurs de la diversité vineuse, les plus grands as de l’importation parallèle et du rachat d’invendus; ceux-là même qui bradent quelques caisses de vins de grandes signatures lors de leurs fameuses foires, dans l’espoir de vendre le reste, le tout venant. Ca, c’est de l’embellissement!

Bien sûr, il se trouvera des gens pour dire que la croissance du Grand Commerce est inéluctable, qu’il faut vivre avec son temps.

Je leur réponds par avance: je suis déjà d’un autre temps. Je laisse aux générations futures le soin de s’arranger avec le leur. Je ne suis quand même pas forcé de soutenir un "progrès" que je réprouve.

Voila un bien long post pour un si petit communiqué. Que ceux qui ont eu la patience d’aller jusqu’au bout m’en excusent. Quand on démarre un article, c’est un peu comme à l’hypermarché, on sait à quelle heure on entre, jamais à quelle heure on ressortira.

Hervé 

Luncha


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Loire news – 2013

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VitiLoire sign

29th April frost
For the second successive year parts of the Loire have been hit by an April frost. With March and April being so cold the hope had been that by the time the vines budded the danger of frost would be over. Unfortunately the continuing cold conditions only meant that when this year’s buds did eventually venture out they were hit by a frost on 29th April. Fortunately this year’s frost is less widespread than last year’s but it will be devastating for anyone seriously hit this year, who was also badly hit in 2012.

Montlouis appears to be one of the worse hit appellations, although here again the effects are very variable with some areas spared altogether while other sectors have suffered severely. Also hit with apparently significant losses are Touraine Azay-le-Rideau and Cheverny. Both Montlouis and Cheverny were badly hit by the 2012 frost.

Luncha

Lunch in the brief spell of sunshine by Gare de Tours

VitiLoire
The 11th edition of this annual consumer fair was held last weekend. There were some 130 Loire producers present from the Pays Nantais to Saint-Pourcain. They take over the space in front of the Gare de Tours, along the adjacent Boulevard Heurteloup as well as the Jardin du Prefecture.

In contrast to last year when the Saturday of Vitiloire was very hot with temperatures close to 30, in typical 2012 fashion it was barely 10C at 11.30am. We were lucky that the sunshine came out briefly at lunchtime only to be replaced by sharp showers during the afternoon. Even though it was cold tasting was easier this year. I

Stand outs included 2009 Clos la Lanterne, Vouvray Benoît Gautier, Domaine de la Châtaigneraie; 2011 Fie Gris, Xavier Frissant; 2012 Jasnières and 2012 Cuvée des Silex, Jasnières both from Pascal Janvier; Pinot Gris Rosé, Pascal et Catherine Desroches, Reuilly; 2011 Les Arpents, Saumur Le Puy Notre Dame, Domaine de la Fuye, Philippe Elliau; and the 2011 Longues Vignes Jasnières from Philippe Sevault.     

If you plan to be in the area at the end of May 2014, VitiLoire is certainly a date for your diary as this is a friendly, well organised event where it is possible to taste a wide range of Loire wines.

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Olivier Cousin

Olivier Cousin: 2nd October date@the Tribunal
Olivier Cousin will be before the Tribunal d’Angers on Wednesday 2nd October for putting Anjou Pur Breton on his Vin de Table red. The wine is indeed 100% Cabernet Franc and from Cousin’s vineyards in but under Vin de Table rules there could be no indication of where the wine came from, so no place names were allowed. (Vin de Table has now been replaced by Vin de France.) for this apparently minor transgression Cousin is threatened with the possibility of a substantial fine. I have no doubt that Cousin’s maverick spirit gets up the authorities’ noses. It is, however instructive to compare the authorities’ zeal in pursuing Cousin compared to the blind eye shown to Domaine des Baumard’s miraculous 79 hectolitres of 2012 ‘Quarts de Chaume’.

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Château du Breuil

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Château Soucherie

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Château Soucherie

Château Soucherie and Château de Breuil
With Chateau Soucherie winning the trophy for Loire sweet wines at the 2013 Decanter World Wine Awards for their 2010 Coteaux du Layon Premier Cru Chaume I had to shoot over to the Layon to visit Soucherie to research the winner’s profile. While over there it seemed to make sense to book a second visit, so I arranged to see David Vignon at the neighbouring property of Château du Breuil.    

Both properties are part of what I like to call as the Layon’s ‘Petit Médoc’ that runs along the north side of the valley. Not in the sense of topography as these properties are mostly sited along the top of the ridge overlooking the Layon, so quite unlike the flat Médoc. Rather similarity comes from grandeur of the properties in this short section of the Layon. With the exception of a number of properties in Savennières there isn’t a similar grouping of imposing domaine building in Anjou where vignerons’ properties tend to be more modest.

Both properties share a similar recent history: Roger Beguinot bought Soucherie in 2007 when Pierre-Yves Tijou retired, while Michel Petitbois bought Breuil in May 2006 from Marc Morgat. In both instances Beguinot and Petitbois had made their money from outside the world of wine, although both are keen amateurs. Beguinot’s business is baby food and the food-processing sector, while Petitbois was in the car industry. Both men have brought fresh investment to the area. Tijou and Morgat were well-established producers and ran their properties. All in all a number of similarities here.

It was good to taste again the excellent 2010 Chaume, Soucherie and worth noting that this is second successive year that a 2010 Chaume has won the DWWA Regional Trophy for Loire sweet wines. Last year was the turn of the 2010 Château de la Guimonière At Château du Breuil I was very impressed with the 2007 Coteaux du Layon Beaulieu from Château du Breuil – rich and concentrated but with the wonderful purity and balance that the 2007s have.

Both estates told me of the difficulties they had experienced in the 2012 vintage when over 200mm of rainfall here during the month of October. Soucherie made just 5000 bottles of their basic Coteaux du Layon and none of their prestige cuvees. Equally they didn’t make their Anjou Villages Champ aux Loups because of the conditions and instead made Cabernet d’Anjou with their Cabernet Franc, which has been destined for this cuvee. Château du Breuil managed to make 6500 bottles of generic Coteaux du Layon with 65 gms of residual sugar. In a more normal year they would expected to make 13,000 bottles.

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David Vignon with the 2011 Coteaux du Layon in front of the Château du Breuil

Just goes to show that there are some truly remarkable microclimates in this part of the Layon as the Domaine des Baumard Quarts de Chaume vines are probably no more than a kilometer away yet Florent Baumard was able to make 79 hectolitres of Quarts de Chaume requiring a minimum average of 18% potential on the vine. Mon oeil!

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Concours de vins (2), le retour!

Ceci vient deux jours à peine après l’intéressant article de notre invité suisse, Alexandre Truffer, mais j’ai moi aussi des choses à dire à propos des concours. Je viens en effet de participer en tant que juré à deux de ces opérations qui me semblent assez exemplaires dans leur genre (même s’ils peuvent s’améliorer sur quelques points de détail).

Jim était également présent au premier des ces concours (Concours Mondial de Sauvignon, tenu à Blois) et Marc au deuxième (Concours Mondial de Bruxelles, qui s’est tenu cette année en Slovaquie). Leur avis sur ces sujets seront intéressants.

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Entre deux séances, il faut ranger: photo prise à Bratislava pendant le Concours Mondial de Bruxelles 2013 (photo : CMB)

Il va sans dire que l’objet de toute entreprise est de gagner de l’argent et de rémunérer ses salariés, alors il est normal que le fait d’envoyer un échantillon à un concours coûte un peu d’argent aux producteurs du vin en question. A lui de voir si cela représente une dépense "raisonnable" ou pas. Mais un concours qui reçoit plus de 8.000 vins différents, comme le Concours Mondial de Bruxelles, nécessite une grosse organisation.

A l’évidence, la plupart des producteurs connus n’enverront pas d’échantillons à ces concours, car leur réputation est déjà acquise. En revanche, pour des inconnus, ou ceux qui souhaitent une meilleure reconnaissance (qu’ils soient producteurs, régions ou pays) il y a tout intérêt à participer à des concours réputés. Un ami qui gère une grande cave dans le Nord de la France me dit qu’un vin médaillé "tourne" dix fois plus vite dans son magasin que son équivalent sans médaille. Il est vrai que cela s’applique surtout à des situations de vente sans intermédiaire (autrement dit, en "libre-service"). Mais il peut aussi s’appliquer à de la vente directe: regardez un peu les brochures ou affiches de producteurs dont une bonne partie des ventes s’effectue par ce circuit.

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Des verres impeccables sont indispensables. Mais pensez au nombre de verres et à leur lavage pour 300 personnes qui dégustent chacun environ 50 vins par séance et cela pendant 3 séances… (photo: Concours Mondial de Bruxelles).

Le principe de base d’un concours qui fonctionne bien doit évidemment être une très bonne organisation, avec une attention portée à plein de détails qui feront (ou pas) la réussite et la réputation du concours en question. Evidemment, une dégustation à l’aveugle, évidemment avec des vins à bonne température, évidemment avec de bons verres, évidemment en silence et dans un lieu le plus tranquille possible, et évidemment avec des séries les plus homogènes possibles, et pas trop longues (j’y reviendrai).  En plus, à mon avis, avec des juges issus du milieu professionnel, d’origines et de métiers divers, et dont les frais sont pris en charge. Je rajouterai qu’ils devraient aussi toucher une rémunération. Tout travail mérite salaire, et même si cette rémunération n’est que symbolique, une centaine d’euros par jour me semble raisonnable pour le temps donné et le savoir-faire. Sur ce dernier point, peu de concours remplissent mes souhaits; à ma connaissance (limitée), il y a Decanter et l’IWSC, mais pas le Concours Mondial de Bruxelles auquel je suis néanmoins fidèle depuis trois éditions.

8741843522_da99dc40fb_cLe jury que l’ai eu l’honneur de présider (no : 44) à Bratislava, était composé, comme tous les autres, de professionnels de vin exerçant de métiers différents (sommelier, oenologue, journaliste, marketing, formateur, etc) et venus tous de pays différents (il manque juste le drapeau espagnol sur cette photo). Photo : CMB.

Comment aborder ces concours?

Personnellement, en tant que président d’un petit jury de 6 personnes,  j’évite presque toute intervention auprès des membres de mon jury : c’est à dire que je ne souhaite pas "imposer" un avis ni un consensus à propos d’un vin. Les juges sont tous des professionnels expérimentés, alors vouloir imposer un point de vue ou chercher à tout prix un consensus me semble futile.

Comme le faisait justement remarquer Alexandre Truffer, l’ordinateur et son programme sont là pour régler cela. J’avertis mes collègues seulement quand un vin dans une série semble assez différent des autres afin que nous puissions modifier un peu notre cadre de jugement et lui donner sa chance, et, bien évidemment, quand il y a un problème technique comme un vin bouchonné (cette année il y en avait 4 sur environ 150 vins dans nos trois matinées, ce qui est moins que l’année dernière, mais toujours bien trop !).  Je ne collecte donc pas les feuilles individuelles avant la fin de chaque série. Cela signifie aussi que nous sommes assez silencieux et restons concentrés. Cela permet aussi d’avancer plus vite, mais sans bousculer les juges. Les séries ne dépassent jamais 15 vins (et parfois bien moins), et je trouve cela bien. Nous dégustons 3 ou 4 séries par matinée, ayant d’autres activités l’après-midi…et le soir (voir (ci-dessous). En tout cas, c’est un bon rythme qui évite toute saturation.

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Eric Boschmann imitant Rabbi Jacob pendant le dîner de gala à Bratislava (photo DC)

Que peut-on améliorer ?

Vu que les séries peuvent être assez différentes les unes des autres, je souhaiterais connaître au moins la fourchette de prix de chaque série. Ce n’est pas le cas au Concours Mondial de Bruxelles, et je sais que cela est compliqué avec un jury très international (prendre le prix dans quel marché et dans quelle monnaie ?). Mais lors du récent Concours International de Sauvignon, pourtant organisé par la même équipe, nous savions si les vins se vendaient pour plus ou moins de 10 euros. Je trouve cela souhaitable: on doit être plus exigeant avec un vin plus cher, il me semble.

Et les vins Slovaques, alors ? Je vais laisser notre consoeur Agnieszka en parler prochainement. Lors d’une visite à une cave non loin de Bratislava, j’ai trouvé que le calendrier ci-dessous était intéressant. Les vins un peu moins, mais nous avons déniché de bonnes choses dans un salon annexe à la salle de dégustation. Curieusement les organisateurs n’ont pas prévu de temps pour visiter ce salon comme il l’aurait mérité. Nous avons du tricher pour faire quelques stands… Heureusement d’ailleurs, car il y avait des bons vins.

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Globalement, les deux concours dont je viens de vous parler sont très bien organisés. On avait juste, cette année, quelques fluctuations de température pendant le concours des sauvignons. Et, comme les organisateurs sont belges, il y a une bonne bière disponible à la fin de chaque matinée ! Santé !

David


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#Carignan Story # 170 : Le goût étrange et ambigu de la nature…

Eh bien oui, il y a comme ça des moments où le Carignan s’offre à moi de manière étrange. Cette bouteille, je l’ai bue sans difficultés l’autre jour sur les petits plats sur le pouce préparés par mon ami Manu, aux commandes de la seule vraie cave-bistrot à vins de la Côte Vermeille digne de ce nom, j’ai nommé le Xadic del Mar dont je vous ai déjà souvent dit du bien ici même. Dans ce minuscule espace face à l’horrible clocher de l’église de Banyuls-sur-Mer, non loin de la toujours rustique Cave L’Étoile où j’ai moi-même livré des raisins pendant des années, Manu mène sa barque cahincaha  tant elle est chargée de bouteilles aussi amusantes qu’iconoclastes.

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Le clocher le plus hideux de France ? Photo©MichelSmith

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La coopérative L’Étoile, où l’on trouve encore de vieux trésors banyulencques. Photo©MichelSmith

On a le prix du vin à emporter bien affiché dans les casiers posés à même le mur, un prix généralement sage, et il suffit de rajouter 4 euros de « droit de bouchon » pour l’avoir sur table. La proposition est on ne peut plus honnête. Donc, en partant, je me suis acheté deux ou trois « quilles », comme on dit maintenant dans les milieux branchés du vin, histoire de les goûter calmement chez moi.

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El Xadic, avenue du Puig del Mas, à Banyuls. Photo©MichelSmith

Et c’est ainsi que j’ai ouvert cette seconde bouteille du Domaine Calimàs. Elle nous vient de Latour de France ce qui permet à son auteur, Patrice Delthil (Tél. 06 26 33 12 31 ou 04 68 84 79 83), de faire un petit jeu de mots au passage en labellisant son Carignan en Vin de ‘Latour de’ France. Les nouveaux venus ne manquent jamais d’humour dans le Roussillon, même si Patrice a déjà une sacrée expérience puisqu’il a longtemps travaillé avec Cyril Fhal (Clos du Rouge Gorge), lequel a déjà eu droit à sa chronique il y a trois ans. Maintenant que j’y goûte en paix, chez moi, sans rien manger, je trouve ce rouge marqué par une pointe d’acescence, manquant de finesse, rempli de goûts étranges et de notes boisées pas toujours très nettes. Pourtant, je n’ose dire qu’il est mauvais puisque je le bois. Ce doit être ça, ce qu’on appelle le paradoxe du vin « nature » : un vin qui aurait le cul entre deux chaises, qui serait bizarre sans être repoussant ?

Étrange Esttra Lunat... Photo©MichelSmith

Étrange Esttra Lunat… Photo©MichelSmith

À moins que ce ne soit le jeu de ce coquin de Carignan du côté de Latour-de-France ? Voilà pourquoi il me semble nécessaire de bien carafer ce vin sur plusieurs heures avant que de le proposer. D’habitude, un vin qui ne me plaît pas au premier contact, je l’attends un ou deux jours, pour voir, tant je me méfie des pièges de Dame Nature. Combien de personnages rencontrés dans ma vie ne me plaisaient pas trop au prime abord avant qu’ils ne deviennent mes meilleurs potes ? Et puisque le vin c’est la vie… et que celui-là se dit « vivant », alors je le garderais volontiers 5 à 6 ans, rien que par curiosité.

Un militant du vin nature, tel est Patrice Delthil. Photo©MichelSmith

Un militant du vin nature, tel est Patrice Delthil. Photo©MichelSmith

Sur ce coup là, une fois l’avoir goûté, j’ai donc attendu. « L’Estra Lunat », puisque tel est son nom, titre 14°, ce qui est amplement suffisant. Il n’a pas de millésime affiché, mais je soupçonne que ce doit être un 2010, sinon je ne vois pas pourquoi le vigneron se donnerait la peine de préciser qu’il s’agit du « Lot n° 10 ». Il précise aussi qu’il « contient des sulfites ? ».

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais pourquoi ce point d’interrogation ? Il se dit « naturel », mais on nous dit que le millésime 2011 trouvé sur un site à un peu moins de 15 € le flacon, contient 20 mg/l de sulfites ajoutés. Au nez, il évolue, mais est-ce en bien ou en mal ? C’est en tout cas une des rares fois que je me pose cette question. Pourtant, au bout de 48 heures, le nez de ces vieilles vignes redevient acceptable : notes mine de crayon épicées et boisées, mais un boisé proche du ciste, donc sans trop de reproche, hormis cet aspect, comment dirais-je, plus ou moins oxydé. La texture est belle, le vin est savoureux et les tannins soyeux.

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Sur un classique plat de pâtes, sauce tomate et lardons, costaud en basilic, la bouteille est achevée sans mal et non sans un certain plaisir. Allez comprendre. Paraît que si l’on vide la bouteille c’est que le vin est bon, non ? Ben oui, j’ai dû l’aimer ce vin puisque je l’ai bu !

Michel Smith


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Le grand public aime les médailles d’or

Notre invité suisse Alexandre Truffer (Romanduvin, Vinum…) nous parle des médailles des concours de vins…

Sujet âprement discuté, les médailles d’or des nombreux concours de dégustation sont parfois considérées comme arbitraires ou sans valeur. Une étude de l’Ecole de Changins, qui a fait déguster vins médaillés et flacons mal notés à des consommateurs avertis comme à des néophytes, montre que les amateurs apprécient les mêmes crus que les professionnels.

Les concours et leurs médailles provoquent des réactions paradoxales. D’un côté leur nombre ne cesse d’augmenter tout comme la quantité de vins qu’ils mettent en concurrence. Les multiples sollicitations qu’ils reçoivent de candidats au poste de juré, semble prouver qu’ils jouissent aussi d’un fort crédit auprès des professionnels. Et pourtant que n’entend-on, ou ne lit-on pas, sur ces compétitions? Leurs médailles seraient aléatoires (à cause de biais induits par l’ordre de dégustation, la formation défaillante des jurés, le type de notation utilisé ou l’influence de personnalités dominantes dans les jurys), les dégustateurs seraient formatés, les médailles distingueraient des vins sans défauts privilégiés par des œnologues et non les crus gourmands appréciés par les amateurs. Les médailles d’or existent En 2009, le chercheur Robert Hodgson a analysé 4000 vins inscrits dans treize concours américains. Il a voulu savoir quelles chances un vin médaillé d’or dans un concours A avait de remporter une médaille dans un concours B. Il en déduit que les médailles d’or sont aléatoires puisque le fait de gagner une distinction dans un concours n’augmente pas de façon significative celle d’en gagner une dans une autre compétition.

«Une conclusion douteuse» diront les esprits forts qui ajouteront que mettre tous les concours sur un pied d’égalité décrédibilise toute la méthodologie. En effet, gagner une médaille de bronze aux championnats suisses ne vous garantit pas un podium aux Jeux Olympiques. En outre, même lorsque les concurrents restent les mêmes, une troisième place à la première course de l’hiver n’est pas une garantie pour la suite de la saison. On peut donc faire la même analyse pour n’importe quel sport et le déclarer aléatoires puisque le gain d’une médaille dans une compétition ne présuppose pas de lauriers dans une autre. En revanche, la question de la pertinence des médailles pour les consommateurs a été peu étudiée.

En 2012, des chercheurs de l’Ecole d’Ingénieurs de Changins et des Maison du Goût-Actilait de Bourg-en-Bresse se sont demandé si la notation et les descriptions sensorielles des jurys de concours sont pertinentes, si les vins médaillés sont les préférés des consommateurs et si les descripteurs – positifs ou négatifs – se révèlent identiques chez les professionnels et les amateurs. «Les mauvais vins sont toujours identifiés comme mauvais, et les bons comme bons», résume Pascale Deneulin, responsable du projet pour l’Ecole d’Ingénieurs de Changins. Pour cette étude, douze vins blancs et douze vins rouges évalués au Concours des 7 Ceps (dont les pointages s’étageaient entre 57,5 et 90,0 points sur 100) ont été présentés à un panel de consommateurs spécialement entraînés à l’analyse sensorielle ainsi qu’à deux groupes de consommateurs de cent personnes chacun, l’un composé de Suisses, l’autre de Français. Nous les avons rencontrées.

«Il n’y pas de différence significative entre les deux nationalités. Ni entre hommes et femmes, ou entre jeunes et personne plus âgées. Par contre, le niveau de connaissance du vin joue un rôle. Plus un sujet apprécie le vin, plus il achète ses vins chez des cavistes ou directement chez les vignerons, plus son goût se rapproche de celui des professionnels. A l’inverse, plus les consommateurs achètent leur vin en grand surface, plus leur avis diverge des jurys de concours. On peut donc en déduire que les concours possèdent un véritable rôle éducatif et prescripteur» poursuit l’enseignante de la haute école romande.

«Les dégustateurs du Trophée des 7 Ceps ne donnent pas qu’une note, ils détaillent leurs impressions en indiquant l’intensité d’une douzaine de descripteurs (ce vin est-il un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout sucré, acide, animal, végétal, astringent, alcooleux, etc.). Ces avis nous donnent une cartographie des vins en lien avec leur note finale. On peut ensuite comparer ces descripteurs aux notes obtenues par les panels entraînés pour voir si la perception des vins est identique entre des «panels formatés» et les jurys de concours», explique Pascale Deneulin.

Conclusion, la majorité des descripteurs sont homogènes dans les deux groupes témoins. Les notes florales, fruitées, empyreumatiques (boisé) et les notions d’acidité, de sucré, de gras et de persistance, mais aussi le végétal dans les vins rouges ont globalement le même sens pour tous. En ce qui concerne la minéralité, la perception de l’alcool, les notes lactées ou l’amertume, les résultats montrent qu’il s’agit de notions beaucoup plus floues. Autre conclusion, et peut-être la plus intéressante, la corrélation entre note élevée (un bon vin) et présence d’un descripteur (j’aime ce vin parce qu’il est fruité, tannique ou animal).

Là encore, les caractéristiques positives ou négatives associées à un vin primé s’avèrent très similaires – à l’exception notable de la persistance – chez les consommateurs et chez les professionnels. «Sucré», «gras» et «fruité» voilà les composantes d’un bon vin rouge. Parmi les descripteurs jugés péjoratifs pour un vin, on trouve l’acidité ainsi que les arômes végétaux. Du côté des blancs, «floral», «fruité» et «sucré» remportent tous les suffrages tandis que le végétal, les notes animales et l’acidité ont un impact négatif.

Rappelons que ces vins fruités avec de la sucrosité ne sont pas plébiscités par des dégustateurs novices du Nouveau-Monde, mais bien par des palais éduqués de la région lémanique (France et Suisse) qui déclareraient peut-être, s’ils étaient interrogés sur leurs goûts personnels, privilégier la finesse et l’élégance. Mais pour s’en assurer, une nouvelle étude serait nécessaire…

Retour aux sources: Promotion des vins du pourtour du Mont-Blanc par valorisation novatrice de données sensorielles. Opération sélectionnée dans le cadre du programme de coopération territoriale européenne INTERREG IV France-Suisse 2007-2013 et réalisée par l’Ecole d’Ingénieurs de Changins (Pascale Deneulin, Christian Guyot, Eve Danthe), Actilait-Les Maisons du Goût (Jean-François Clément, Jean-Christophe Perrin, Sylvie Potier, Jean-Michel Herodet) et le Concours des 7 Ceps (Jean Dumont, Yves Paquier). An analysis of the concordance among 13 U.S. wine competitions, Robert T. Hodgson, Journal of wine economics, volume 4, issue 1, spring 2009.

Cet article est paru dans la rubrique Science de l’édition mai/juin 2013 de VINUM

Alexandre Truffer

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