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Les cépages sont à tout le monde

J’aimerais revenir ici sur un débat lancé voici quelque temps sur les noms de cépages, notamment à propos de la naissance de l’AOP Picpoul de Pinet.

Si vous me lisez, vous savez que je suis un bon garçon. Mais vous savez aussi que je n’aime pas qu’on prenne le consommateur pour un demeuré.

Alors je pense utile de réaffirmer ici haut et fort que les cépages sont à tout le monde.

Personne ne sait au juste quand le Grenache a passé les Pyrénées pour s’installer dans le Sud de la France. Personne ne sait quand le Cabernet Franc est remonté du Béarn et du Pays Basque vers Bordeaux puis la Loire.

Personne ne sait non plus quand le Riesling est arrivé d’Allemagne, ni d’où vient vraiment le pinot gris (qui n’a rien à voir avec Tokay).

2011 jacobs creek riesling

Alsacien, le riesling?  – you must be kidding, mate!

Les cépages sont voyageurs, ils ne connaissent pas de frontières. Il y a aujourd’hui au bas mot 5 fois plus de Malbec en Argentine qu’à Cahors, 5 fois plus de Tannat en Uruguay qu’à Madiran, 4 fois plus de Chenin en Afrique du Sud qu’en Loire.

Le Carménère n’existe plus qu’à l’état de traces à Bordeaux, ce sont les Chiliens qui l’ont sauvé de la disparition. Un peu par hasard, d’ailleurs:  on leur avait vendu comme du merlot!.

Alors, lire que l’Alsace parvient à interdire au reste de la France l’usage des cépages allemands (au moins en Vin de France), c’est à hurler de rire.

Pendant que le consommateur belge, ou suisse, ou anglais, a le droit de choisir entre un riesling alsacien et un riesling allemand, ou même, un riesling australien, on interdit au consommateur français de boire du Vin de France Riesling. Vous parlez d’un avantage!

Et savoir que demain, on débaptisera peut-être le Piquepoul pour que personne ne puisse utiliser ce nom ailleurs qu’à Pinet (même pas au Château Beaucastel), c’est à pleurer.

Toutes ces arguties n’intéressent que quelques syndicalistes viticoles.

Si encore ils étaient cohérents avec eux-mêmes…

Un jour, ils en tiennent pour leurs cépages "uniques", "composantes de leur terroir". Le lendemain, ils lancent leurs vignerons sur le ring des cépages internationaux, à la conquête des marchés extérieurs. Ils ont le protectionnisme à géométrie variable.

Et les étrangers en rigolent. Un peu comme les Gibis rigolaient des Shadoks et de leurs pitoyables tentatives pour décoller de leur planète – les plus de 40 ans comprendront.

Qu’on préserve nos noms de terroirs, d’accord (et surtout, qu’on leur donne un vrai contenu). Mais qu’on veuille obtenir le monopole de certains noms de cépages, pour moi, c’est nul et non avenu. Les cépages appartiennent à tous ceux qui les plantent, que le meilleur gagne, à chacun de prouver ce qu’il peut en tirer, à chacun d’exprimer le mieux son terroir, pour autant qu’il existe.

Et à tous les confiscateurs, à tous les mesquins de la grappe, je dis: sortez de votre trou, que diable, regardez le monde, les vignerons sont les mêmes partout!

Hervé

PS. Pour ceux qui aimeraient découvrir ou réviser la logique Shadok, voici un lien utile

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