Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Les cépages sont à tout le monde

13 Commentaires

J’aimerais revenir ici sur un débat lancé voici quelque temps sur les noms de cépages, notamment à propos de la naissance de l’AOP Picpoul de Pinet.

Si vous me lisez, vous savez que je suis un bon garçon. Mais vous savez aussi que je n’aime pas qu’on prenne le consommateur pour un demeuré.

Alors je pense utile de réaffirmer ici haut et fort que les cépages sont à tout le monde.

Personne ne sait au juste quand le Grenache a passé les Pyrénées pour s’installer dans le Sud de la France. Personne ne sait quand le Cabernet Franc est remonté du Béarn et du Pays Basque vers Bordeaux puis la Loire.

Personne ne sait non plus quand le Riesling est arrivé d’Allemagne, ni d’où vient vraiment le pinot gris (qui n’a rien à voir avec Tokay).

2011 jacobs creek riesling

Alsacien, le riesling?  - you must be kidding, mate!

Les cépages sont voyageurs, ils ne connaissent pas de frontières. Il y a aujourd’hui au bas mot 5 fois plus de Malbec en Argentine qu’à Cahors, 5 fois plus de Tannat en Uruguay qu’à Madiran, 4 fois plus de Chenin en Afrique du Sud qu’en Loire.

Le Carménère n’existe plus qu’à l’état de traces à Bordeaux, ce sont les Chiliens qui l’ont sauvé de la disparition. Un peu par hasard, d’ailleurs:  on leur avait vendu comme du merlot!.

Alors, lire que l’Alsace parvient à interdire au reste de la France l’usage des cépages allemands (au moins en Vin de France), c’est à hurler de rire.

Pendant que le consommateur belge, ou suisse, ou anglais, a le droit de choisir entre un riesling alsacien et un riesling allemand, ou même, un riesling australien, on interdit au consommateur français de boire du Vin de France Riesling. Vous parlez d’un avantage!

Et savoir que demain, on débaptisera peut-être le Piquepoul pour que personne ne puisse utiliser ce nom ailleurs qu’à Pinet (même pas au Château Beaucastel), c’est à pleurer.

Toutes ces arguties n’intéressent que quelques syndicalistes viticoles.

Si encore ils étaient cohérents avec eux-mêmes…

Un jour, ils en tiennent pour leurs cépages "uniques", "composantes de leur terroir". Le lendemain, ils lancent leurs vignerons sur le ring des cépages internationaux, à la conquête des marchés extérieurs. Ils ont le protectionnisme à géométrie variable.

Et les étrangers en rigolent. Un peu comme les Gibis rigolaient des Shadoks et de leurs pitoyables tentatives pour décoller de leur planète – les plus de 40 ans comprendront.

Qu’on préserve nos noms de terroirs, d’accord (et surtout, qu’on leur donne un vrai contenu). Mais qu’on veuille obtenir le monopole de certains noms de cépages, pour moi, c’est nul et non avenu. Les cépages appartiennent à tous ceux qui les plantent, que le meilleur gagne, à chacun de prouver ce qu’il peut en tirer, à chacun d’exprimer le mieux son terroir, pour autant qu’il existe.

Et à tous les confiscateurs, à tous les mesquins de la grappe, je dis: sortez de votre trou, que diable, regardez le monde, les vignerons sont les mêmes partout!

Hervé

PS. Pour ceux qui aimeraient découvrir ou réviser la logique Shadok, voici un lien utile

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

13 réflexions sur “Les cépages sont à tout le monde

  1. Evidemment mille fois d’accord avec tout cela. Et, malheureusement, il n’y a pas que les Alsaciens pour jouer à ce petit jeu hypocrite d’appropriation protectionniste. Il est actuellement joué par les Slovènes autour du cépage teran pour bloquer le droit des Croates d’utiliser ce nom de cépage, alors qu’il est probablement originaire de ce pays et que les Croates en ont bien plus que les Slovènes. Il y a des cons partout !

  2. Et même des murs de cons!

  3. Yes Hervé !!!! C’est un bon papier ça ! Merci ! Les français qui se pensent progressistes voire révolutionnaires (hu hu hu) se plaisent à figer les choses, mais juste quand et où ça les arrange… Et cela fait donc d’eux les pires conservateurs couverts de poussière quand ils se comportent de la sorte. Bien sur, la circulation des plants de vignes se confond avec l’histoire éternelle et intéressante des humains qui ont la bougeotte. Mais il y a une précision que je pourrais apporter. S’il y a quelque chose dont les vieilles régions viticoles devraient parler un peu plus, c’est le lien entre les lieux de production et la sélection des individus. Bien sur l’arrivée des clones a largement bouleversé la donne, mais il ne faut pas oublier que si les vieilles régions viticoles n’ont pas "inventé" les cépages, elles les ont améliorés comme on améliore progressivement une race de vache quand on est un bon agriculteur. Quand les vignerons étaient aussi les pépiniéristes (bon sujet pour le blog… ) et qu’on ne faisait que des "standards" (synonyme de massale), ils prenaient le temps de repérer les meilleurs individus car ils avaient l’oeil sur eux toute l’année et ils faisaient du vin avec… Je regrette ce temps ou ce travail était parfois bien fait, quand un pépiniériste-vigneron n’aurait jamais osé vendre un mauvais plan à son voisin. Bref. Tout ça pour dire que si la vallée du rhone septentrionale et si la bourgogne n’ont pas "créé" la syrah et le pinot, on peut quand même dire qu’elles les ont beaucoup "améliorés". Bien sur, cette attitude de défense mal placée, c’est en effet du mauvais syndicalisme viticole et ça flatte les adhérents. Mais j’aimerais juste que les vignerons du monde qui utilisent tel ou tel cépage aient un peu de reconnaissance, juste une pensée bienveillante, à l’égard de ceux qui ont amélioré la plante et démontré son potentiel. Car ceux-là leur ont fait gagner beaucoup de temps… Et en matière de viticulture, le temps n’a pas de prix.

  4. Oui, Louis, dans mes voyages, j’entends de plus en plus parler de cette sélection massale par les viticulteurs. L’autre jour, à Bruxelles, les Perrin sont venus et l’un d’eux a évoqué un vieux cépage, je ne sais si c’est la counoise, le picardan ou le vaccarèse, un truc du genre, en tout cas, auquel les pépiniéristes ne se sont jamais intéressés, et il semble que dans ce cas ci, ce n’a pas été plus mal…

  5. Il me semble que, Europe oblige, les Alsaciens ne peuvent plus bloquer leurs cépages pour des plantations en dehors de l’Alsace. Il s’en plante même chez nous, paraît-il. Pas en AOP, bien entendu…

  6. Papier bien vu, tant qu’il y a un contrôle observé sur les vins d’assemblage.
    Je partage!

  7. Bravo Hervé. Quand moi je parle avec enthousiasme aux certains vignerons Jurassiens que j’ai degusté un Trousseau de California, ou un Savagnin d’Australie vinifié sans un style proche du Jura et que c’est un bon vin, il y a une crainte dans les yeux. Mais en février j’ai assisté à une degustation des Mondeuses de Savoie et de la Suisse, avec aussi l’example de Cottanera d’Etna… les vignerons Savoyards avertis comme Michel Grisard et Louis Magnin étaient fier et contents de partager ces experiences entre pays. Surtout avec les cépages relativement rares, mais bien sur avec tous les cépages, je suis d’accord, aucune région doit pas avoir le monopole.

  8. Hervé, il n’y a pas que l’Alsace, la Savoie aussi veut confisquer ses cépages. Pour un litige sur du formalisme, avec le représentant de l’INAO, sur le millésime 2009, j’avais l’intention de passer toute ma récolte en vin de table. Les représentants du "Syndicat" m’ont dit que je ne pouvais pas inscrire le nom du cépage sur l’étiquette. Ce n’est pas ce qui m’a décider à rester en Vin de Pays d’Allobrogie et non, en vin de table, c’est le fait qu’un restaurateur n’a pas le droit de mettre un vin de table sur la page de la région.
    Je mettais tous mes clients restaurateurs en porte-à faux. Mais j’aurais préféré rester en vin de table et j’aurais mis le cépage sur l’étiquette, car la décision de "protéger" le cépage par un syndicat de producteur est contraire à la loi européenne.

  9. C’est pourtant très clair, les AOP Savoie ont écrit dans leur décret, des vins de Savoie, que les cépages savoyards leur étaient réservés, avec les IGP qui ont inscrit ces cépages dans leur propres décrets.

  10. Pingback: A bas le protectionnisme des cépages: le cas du teran | Les 5 du Vin

  11. Léonard Humbrecht atrouvé une belle formule : "le cépage est le prénom du vin, le terroir est son nom de famille". Qu’il y ait de nombreux prénoms "Rieling", "Chardonnay", "Sauvignon", "Pinot", "Merlot"… de par le monde des terroirs du monde est une excellente chose. A condition bien sûr qu’il s’agisse de vrais terroirs (notion actuellement à nouveau critiquée, mais qu’il faut défendre !) et non de simples endroits où cultiver la vigne à coups d’arrosages, d’entrants chimiques, levures industrielles, gomme arabique et autres ajouts bio-chimiques… Pinot Mays Canyon, natif de Sonoma Valley, de Ted Lemon, est une pure merveille isue d’une viticulture bio-dynamique de type "haute couture"
    De retour du Mondial du Vin qui se tenait à Bratislava début mai cette année, j’ai terminé la session par 14 vins issus du pinot venant de l’Est, Russie comprise, tous plus médiocres les uns que les autres, deux m’ayant fait carrément grimacer, et j’étais bien triste. Même le dirigeant du vin turc qui siégait à côté de moi en convenait. C’est vrai que tout le monde veut boire du pinot, que nombre de vignerons répondent à ces sirènes, mais il est nécessaire de se rappeler que les cépages ne donnent pas automatiquement n’importe où un vin sapide, digeste, plaisant… N’oublions jamais que le vin a été créé pour notre plaisir et le plaisir de vivre ensemble. Pour notre maintien en vie, l’eau suffit ! Merci cher Léonard de nous rappeler cette belle vérité : "le cépage est le prénom du vin, le terroir est son nom".

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