Les 5 du Vin

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En voiture pour un rosé d’exception… Château Simone

Le rosé de Château Simone, c’est top !

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Certes connu pour son superbe blanc, on oublie parfois son rosé.

Qui ne l’a jamais dégusté se voit amputer d’une occasion de savourer un vin singulier.

Mais où est-ce et qui est-ce pour qui ne sait pas.

Contigüe à la ville d’Aix-en-Provence, l’AOP Palette jouit d’une réputation de cru exceptionnel intimement lié à celle du Château Simone, Grand Cru provençal…

 

 Château Simone 001

Les Hauts de Meyreuil, le Château Simone

Un chemin de poussière blanche serpente à flanc de colline entre pins et feuillus. À l’angle d’un virage, le regard s’arrête pour contempler la Sainte-Victoire qui luit au loin de soleil. Elle semble proche à nous prendre contre elle. Un instant suffit à nous élever le cœur, à nous apaiser l’esprit impatient. Au bout du sentier là-haut perché attend le maître des lieux. René Rougier semble monter la garde devant l’ancienne bastide des Grands Carmes d’Aix.

 Chateau Simone le vignoble

Que serait Palette sans Simone ?

Du haut de la terrasse à l’italienne se contemplent les vieilles vignes. Sagement rangées, elles regardent depuis leur gradin calcaire l’Arc qui coule à leur pied. L’homme qui les aime raconte l’appellation, l’histoire du domaine, avec le calme de ses mains épaisses usées par le travail. «Palette doit son existence au Château Simone. Mon père désirait que notre vignoble devienne l’AOC Château Simone et introduisit à l’INAO un dossier dans ce sens. Les instances nous ont en partie exaucés, élargissant l’appellation à la même zone géologique que nous. Elle fut accordée en 1948» explique Réné Rougier.

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Sous les marronniers

À l’ombre des frondaisons, le site se comprend aisément. Exposées plein nord, les vignes s’ancrent en cirque dans l’éboulis calcaire. Pins et rocs alentours forment un écrin protecteur face au nordique Mistral. L’ouest s’ouvre à la brise marine venue de l’étang de Berre qui apporte chaleur et humidité toutefois régulées par la couverture forestière. Un mécanisme naturel qui garantit un bon équilibre sucre acidité dans le raisin et se retrouve dans le vin.

 Chateau Simone la cave d'élevage

Sous l’ancienne bastide

Après la halte panoramique, le chemin reprend. Cette fois, il creuse son sillon dans la roche, sombre dédale initiatique qui mène à la cave de vinification où s’écoutent les explications de notre guide. Barriques et foudres nous regardent passer amusés de notre émoi. Les boyaux étroits creusés par les Carmes au 16es nous entraînent jusqu’au cœur endormi du Château Simone. L’ancien et le moderne s’y côtoient. Deux pressoirs, rouges comme des camions de pompier, vieux comme Mathusalem, mais réglés comme des montres suisses, se chuchotent des histoires de vendanges en regardant l’inox rutilant du pressoir d’en face. Ici, quand septembre bat son plein, tant les jumeaux d’antan que le contemporain, obéissent au doigt et l’œil au maître de céans qui de son terroir veut tirer le meilleur parti.

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Le terroir

Le calcaire semble propice aux blancs… le vignoble de 17 ha se répartit entre les deux couleurs. Une majorité de Clairette blanche et rose accompagnées d’un peu de Bourboulenc, d’Ugni, de Grenache, de Muscat et de Picardan pour les deux blancs produits dont Château Simone apparaît comme l’un des plus grand blanc de Provence.

Grenache noir, Cinsault, Mourvèdre composent à 80% les deux rouges, le solde se décline en cépages rares et moins introuvables : Castet, Manosquin, Durif, Brun Fourca, Aramon, Syrah, Carignan.

Blancs et rouges se partagent à parts égales 94% du volume total produit, reste à peine 6% pour le rosé… mais quel rosé !

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Château Simone rosé 2010

Millésime Languedoc 2013 038Déjà le millésime nous surprend. Alors que sortent en ce début de printemps les 2012, ce Palette semble extravagant ! Puis la couleur… foncée, elle contraste avec la tendance provençale du rosé ultra pâle. Le nez et la bouche confirment la bizarrerie. Dans un verre noir, il serait très difficile d’imaginer sa jolie teinte corail. Quand on rapproche le verre, les épices explosent au nez, curcuma, Cayenne et cardamome, elles relèvent les pâtes de fruits rouges, oranges et jaunes, se mélangent à la gelée de coing, teinte la subtilité gourmande des confitures d’églantine et de mandarine. Onctuosité à la fraîcheur acidulée d’un zeste de citron vert, renforcée du bitter délicat d’un éclat de kumquat, le vin s’installe en bouche et fait, dans l’instant, grande impression. Tout est volume et ampleur, mais toujours avec retenue et délicatesse. Il est comme une soie fraîche, encore un peu sauvage qui accroche son très léger grain tannique à l’angle du palais. Il est comme un dessert aérien et pourtant sur la langue bien présent. Il se donne simplement avec le cœur, avec cette générosité pudique, témoin d’une éducation raffinée. Elle décuple sans conteste notre gourmandise, mais comme lui, avec retenue. Certes pour en jouir plus longuement.

 

Ce rosé de presse, issu de vendanges manuelles, incorpore environ 30% de saignée. Il assemble 45% de Grenache, 30% de Mourvèdre, 5% de Cinsault et 20% de cépages secondaires (Syrah, Castet, Manosquin, Carignan, Muscat Noir et Blanc). L’élevage se fait sur lies fines en petits foudres.

 

Un dernier atout particulier

Ce rosé de très grande classe réagit très agréablement au vieillissement. On peut l’apprécier après quelques années. Dix ou quinze printemps ne l’effraient pas, il devient alors plus cuivré, au nez de sous-bois, de feuilles mortes qui trempent dans le moka, café légèrement lacté qui avec l’abricot fait comme un clafouti nappé d’un léger caramel. Cannelle, cumin et cardamome en finale.

 

Le Château Simone était le vin préféré de Churchill, qui affirmait malicieusement : «Je ne suis pas difficile, je me contente du meilleur».

 

Ciao

 

 

Marc???????????????????????????????

 

 

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