Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Quand les Côtes du Rhône s’assoient à une table belge

2 Commentaires

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Une rencontre choc cette semaine entre 2 ou 3 spécialités bruxelloises et quelques Côtes du Rhône au cœur tendre. Et de la tendresse, il en faut pour apprécier à sa juste valeur les excentricités culinaires bruxelloises. Cela se passait aux Brigittines, un restaurant dont le chef, Dirk Myny, s’est taillé une maxi réputation de créateur de spécialités bruxelloises.

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L’atout Rhône

Quel que soit le menu (belge) on trouve toujours un flacon de Côtes du Rhône qui sait l’accompagner de l’entrée au dessert. La richesse bachique de la Vallée y pourvoie avec facilité, allant du blanc sec au rouge capiteux, en passant par la fraîcheur des rosés, le croquant des rouges friands. Je n’oublie pas les blancs, mais ceux-ci n’étaient pas prévus cette fois-ci.

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Au menu du jour, la Terrine d’oreille de porc, cuite au court-bouillon comme les bulots qui découpés finement apportent du moelleux à l’anguleux agencement. Une recette qui nous rappelle les moments passés devant la charrette du marchand de caricoles, marchande de caricolesles odeurs fumantes du charcutier du coin, l’envie d’y marier quelques vins du Rhône. Terre-mer appelle la fraîcheur d’un rosé qui évoque les embruns, le fruit épicé d’un Cru.

Tavel joue son va-tout, c’est le domaine Lafond qui s’y colle.

 

Roc Épine 2012  Tavel Domaine Lafond

Contrairement à la tendance générale qui est à l’éclaircissement des tons, les Tavel gardent jusqu’ici la robe bien prononcée. Le Roc-Epine n’y déroge pas et arbore un coloris éclatant aux teintes saumon carmin bien appuyés. Le fruit éclate au nez, groseille, framboise et fraise, quelques grains de poivre et une feuille de menthe viennent le chatouiller, puis se révèle l’intérieur trituré d’une grenade qui explose à retardement à nous éclabousser.

La bouche grasse et gourmande apparaît comme une sphère pointue… c à d un volume, une amplitude, un charnu qui s’effile à une « extrémité » comme poussé, avivé par la fraîcheur. Le fruité n’en est que plus démonstratif, il mélange baies et agrumes, rafraîchit encore par les épices, cumin, graine de coriandre. La fin de bouche garde longtemps le goût du fruit. 

Et fait la nique au cochon qui n’en croit pas ses oreilles, grogne un coup et se laisse emporter, dernier élan… définitif cette fois au fond de l’estomac.

 

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Côté rosé

Rosé d’assemblage qui se compose des cépages suivant : 60% de Grenache, 10% de Cinsault et 10% de Syrah, 5% de Carignan et les 15% restant se partagent entre Clairete, Picpoul, Bourboulenc et Mourvère. En culture biologique.

Sol : calcaire, sable et galets roulés, cailloutis calcaire et argile rouge.

La vendange est égrappée à 100%, macération de 5 à 8 h, presurage, suivi de la fermentation à basse température. Élevage en cuve.

www.roc-epine.com

 

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Comme un torero, après les oreilles, la queue… 

 

Le consommé de bœuf fait sa joyeuse entrée et vient de ses effluves parfumés titiller les rouges délicats qui le regardent avec envie.

Mais ne dit-on pas que liquide et liquide ne s’accoquinent pas, que soupe, potage et autre consommé, se boivent sans qu’il leur est nécessaire d’ajouter quelconque breuvage.

Mais nous, ne sommes-nous pas là pour tenter le coup ?

Les Champauvins 2011 Côtes du Rhône Domaine Grand Veneur

Grenat sanguin, il apparaît comme un véritable vin de soif, de très belles soifs ! Celles des fins d’après-midi, quand,  à l’heure de l’apéritif, on opte pour le fruité et le croquant d’un rouge joyeux.

Suave au nez, il ne déçoit pas la bouche, du croquant encore et encore du croquant, avec du poivre et un goût de garrigue qui lui donne un …regain de caractère. On peut être de soif et avoir du répondant, de la longueur, une structure qui s’ancre dans le minéral, des tanins bien présents, un alcool bien équilibré. Bref, il est conçu pour assouvir notre quête de jouissance.

 

Et aujourd’hui notre plaisir tire sa satisfaction du mélange des saveurs animales et fruitées, chaud froid particulier qui nous scotche par sa fraîcheur bouillante. Un mariage dynamique.

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Le vin

Assemblage de 70% de Grenache, 20% de Syrah et 10% de Mourvèdre.

En conduite biologique.

Sol : argile à cailloux.

Vendanges manuelles et grappes triées à la parcelle. La vendange est acheminée rapidement à la cave où les raisins sont réceptionnés par gravité pour être conservés intacts avant d’être éraflés, foulés légèrement, au besoin refroidi et mis en cuve où ils fermentent.

Élevage à 80% en cuve béton et 20% en barrique de 3 ans.

www.vignobles-alain-jaume.com

 

 

 

Place à ce qui aurait pu être un clash

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Le Zenne pot argue d’une cuisine fusion, Belgique carrefour des populations, influences et traditions, cette «choucroute bruxelloise» au chou craquant paré de boudin, de saucisses sèches, cuite à la gueuze Cantillon, fait par un détour culinaire se rencontrer vins et bière certes particulière. De cette dernière ne reste que légers parfums et acidité qui trouvent leur équilibre grâce à l’onctuosité d’un Beaumes de Venise, … les viandes adhérant au choix du chou…

 

Domaine des Bernardins 2011 Beaumes de Venise  

Améthyste aux reflets carminés. Son nez est une explosion de fruits noirs, myrtille, cassis, grosse cerise et fraise pareille, sombres et juteuses, puis quelques rouges, framboise et groseille, pour enfin s’élever sur le floral d’une fleur de mimosa. La bouche offre une telle suavité qu’elle en paraît sucrée. Bien sec pourtant, le vin offre autant de fruits que le nez. C’est son onctuosité qui nous flatte les papilles, son charnu, son éclat. Puis aussi la tension équilibre toute velléité capiteuse ou doucereuse, fraîcheur croquante qui a le goût du fruit, la saveur de sa sève, le truculent de son jus. Des parfums de garrigue arrivent sur la fin. Ils désaltèrent la bouche, lui donnent l’envie d’y revenir, d’accompagner de gorgée en gorgée le plat qui fume sur la table. Un régal avec cette choucroute bizarre, à la fois acidulé par le chou et douce par le boudin, viandeuse par la saucisse, avec un rien de fumé, un soupçon de sel, mais rien qui n’empêche un accord original, rafraîchissant et tonifiant pour les papilles qui en restent coites de bonheur. Il fallait oser, c’est fait !

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Le Cru

Assemblage : 65% de Grenache et 35% de Syrah.

Culture raisonnée (sans herbicide).

Sol : calcaire tendre et grès.

Récolte manuelle avec tri à la parcelle. Cuvaison de 2 semaines avec remontages réguliers.

Élevage de 1 an en cuve inox.

www.domaine-des-bernardins.com

 

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Après, ce fut le tour de la viande, Pièce de bœuf épaisse et juteuse, certes plus internationale, mais tellement en phase… appel de l’hémoglobine pour quelques vins aux tanins affirmés. L’union semble parfaite, elle l’est. Les jus s’associent, tressent leurs arômes, les ponctuent d’épices.

Et les frites dans tout ça ?

Aucun souci, Côtes, Villages et Crus adorent les prendre entre deux doigts et les savourer à loisir.

 

On gardera ces joyeux compères pour le dessert, s’il en reste, ils seront les bienvenus, carrés de chocolat, fins comme papier, amers comme il se doit, parfumés d’herbes, de condiments, de fruits secs, rappellent les senteurs de garrigue, le soufflé frais du Mistral, la douceur des fruits.

 

Un café et on s’en va, tout est bu.

 

 

PS quant à l’ettekeis (le fromage de Bruxelles), cher à Jacques B., http://www.berthomeau.com/article-j-accuse-les-sieurs-lalau-vanhellemont-charlier-d-esquiver-le-vrai-combat-du-sadomasochisme-culinair-117905288.html  il n’y en a plus dans sa forme originelle, ni pmg, ni psg, mais on en reparlera, le temps que je me procure la nouvelle mouture élaborée aujourd’hui par Herve Société, histoire de voir si ce fameux fromage qui doit être le seul qui goûte comme il sent, reste encore un élément de divorse.

 

Ciao

Copie de cochon_ 

Marc

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “Quand les Côtes du Rhône s’assoient à une table belge

  1. Les descriptions/impressions gustatives de Marc sont tout simplement, à elles seules, une source de plaisir………Quelle poésie, quels assemblages délicats de qualificatifs !! Bravo Marc. Et j’ai appris qu’il existait des « sphères pointues », il fallait oser………Je vais regarder la Terre d’un autre oeil et chercher où se trouve cette fameuse pointe. Peut-être les Dentelles de Montmirail ; à voir.

    Amitié

    Georges

  2. Pingback: Quand les Côtes du Rhône s’assoient à une table belge | Traditions Vigneronnes

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