Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Concours de vins (2), le retour!

16 Commentaires

Ceci vient deux jours à peine après l’intéressant article de notre invité suisse, Alexandre Truffer, mais j’ai moi aussi des choses à dire à propos des concours. Je viens en effet de participer en tant que juré à deux de ces opérations qui me semblent assez exemplaires dans leur genre (même s’ils peuvent s’améliorer sur quelques points de détail).

Jim était également présent au premier des ces concours (Concours Mondial de Sauvignon, tenu à Blois) et Marc au deuxième (Concours Mondial de Bruxelles, qui s’est tenu cette année en Slovaquie). Leur avis sur ces sujets seront intéressants.

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Entre deux séances, il faut ranger: photo prise à Bratislava pendant le Concours Mondial de Bruxelles 2013 (photo : CMB)

Il va sans dire que l’objet de toute entreprise est de gagner de l’argent et de rémunérer ses salariés, alors il est normal que le fait d’envoyer un échantillon à un concours coûte un peu d’argent aux producteurs du vin en question. A lui de voir si cela représente une dépense « raisonnable » ou pas. Mais un concours qui reçoit plus de 8.000 vins différents, comme le Concours Mondial de Bruxelles, nécessite une grosse organisation.

A l’évidence, la plupart des producteurs connus n’enverront pas d’échantillons à ces concours, car leur réputation est déjà acquise. En revanche, pour des inconnus, ou ceux qui souhaitent une meilleure reconnaissance (qu’ils soient producteurs, régions ou pays) il y a tout intérêt à participer à des concours réputés. Un ami qui gère une grande cave dans le Nord de la France me dit qu’un vin médaillé « tourne » dix fois plus vite dans son magasin que son équivalent sans médaille. Il est vrai que cela s’applique surtout à des situations de vente sans intermédiaire (autrement dit, en « libre-service« ). Mais il peut aussi s’appliquer à de la vente directe: regardez un peu les brochures ou affiches de producteurs dont une bonne partie des ventes s’effectue par ce circuit.

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Des verres impeccables sont indispensables. Mais pensez au nombre de verres et à leur lavage pour 300 personnes qui dégustent chacun environ 50 vins par séance et cela pendant 3 séances… (photo: Concours Mondial de Bruxelles).

Le principe de base d’un concours qui fonctionne bien doit évidemment être une très bonne organisation, avec une attention portée à plein de détails qui feront (ou pas) la réussite et la réputation du concours en question. Evidemment, une dégustation à l’aveugle, évidemment avec des vins à bonne température, évidemment avec de bons verres, évidemment en silence et dans un lieu le plus tranquille possible, et évidemment avec des séries les plus homogènes possibles, et pas trop longues (j’y reviendrai).  En plus, à mon avis, avec des juges issus du milieu professionnel, d’origines et de métiers divers, et dont les frais sont pris en charge. Je rajouterai qu’ils devraient aussi toucher une rémunération. Tout travail mérite salaire, et même si cette rémunération n’est que symbolique, une centaine d’euros par jour me semble raisonnable pour le temps donné et le savoir-faire. Sur ce dernier point, peu de concours remplissent mes souhaits; à ma connaissance (limitée), il y a Decanter et l’IWSC, mais pas le Concours Mondial de Bruxelles auquel je suis néanmoins fidèle depuis trois éditions.

8741843522_da99dc40fb_cLe jury que l’ai eu l’honneur de présider (no : 44) à Bratislava, était composé, comme tous les autres, de professionnels de vin exerçant de métiers différents (sommelier, oenologue, journaliste, marketing, formateur, etc) et venus tous de pays différents (il manque juste le drapeau espagnol sur cette photo). Photo : CMB.

Comment aborder ces concours?

Personnellement, en tant que président d’un petit jury de 6 personnes,  j’évite presque toute intervention auprès des membres de mon jury : c’est à dire que je ne souhaite pas « imposer » un avis ni un consensus à propos d’un vin. Les juges sont tous des professionnels expérimentés, alors vouloir imposer un point de vue ou chercher à tout prix un consensus me semble futile.

Comme le faisait justement remarquer Alexandre Truffer, l’ordinateur et son programme sont là pour régler cela. J’avertis mes collègues seulement quand un vin dans une série semble assez différent des autres afin que nous puissions modifier un peu notre cadre de jugement et lui donner sa chance, et, bien évidemment, quand il y a un problème technique comme un vin bouchonné (cette année il y en avait 4 sur environ 150 vins dans nos trois matinées, ce qui est moins que l’année dernière, mais toujours bien trop !).  Je ne collecte donc pas les feuilles individuelles avant la fin de chaque série. Cela signifie aussi que nous sommes assez silencieux et restons concentrés. Cela permet aussi d’avancer plus vite, mais sans bousculer les juges. Les séries ne dépassent jamais 15 vins (et parfois bien moins), et je trouve cela bien. Nous dégustons 3 ou 4 séries par matinée, ayant d’autres activités l’après-midi…et le soir (voir (ci-dessous). En tout cas, c’est un bon rythme qui évite toute saturation.

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Eric Boschmann imitant Rabbi Jacob pendant le dîner de gala à Bratislava (photo DC)

Que peut-on améliorer ?

Vu que les séries peuvent être assez différentes les unes des autres, je souhaiterais connaître au moins la fourchette de prix de chaque série. Ce n’est pas le cas au Concours Mondial de Bruxelles, et je sais que cela est compliqué avec un jury très international (prendre le prix dans quel marché et dans quelle monnaie ?). Mais lors du récent Concours International de Sauvignon, pourtant organisé par la même équipe, nous savions si les vins se vendaient pour plus ou moins de 10 euros. Je trouve cela souhaitable: on doit être plus exigeant avec un vin plus cher, il me semble.

Et les vins Slovaques, alors ? Je vais laisser notre consoeur Agnieszka en parler prochainement. Lors d’une visite à une cave non loin de Bratislava, j’ai trouvé que le calendrier ci-dessous était intéressant. Les vins un peu moins, mais nous avons déniché de bonnes choses dans un salon annexe à la salle de dégustation. Curieusement les organisateurs n’ont pas prévu de temps pour visiter ce salon comme il l’aurait mérité. Nous avons du tricher pour faire quelques stands… Heureusement d’ailleurs, car il y avait des bons vins.

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Globalement, les deux concours dont je viens de vous parler sont très bien organisés. On avait juste, cette année, quelques fluctuations de température pendant le concours des sauvignons. Et, comme les organisateurs sont belges, il y a une bonne bière disponible à la fin de chaque matinée ! Santé !

David

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

16 réflexions sur “Concours de vins (2), le retour!

  1. Aux Sélections Mondiales de Québec, nous avions les fourchettes de prix, mais je ne trouve pas que ça aide beaucoup. Il faudrait connaître la marge, pour vraiment comparer. Et puis indépendamment de cela, faut-il vraiment être plus exigeant avec un vin de prix quand on sait que même le plus cher des grands crus classés ne coûte pas plus de 25 euros la bouteille à produire… La réputation de l’appellation, les prix du foncier, les tarifs de l’oenologue et du tonnelier, la trésorerie du propriétaire, les marges des intermédiaires font souvent la différence mais ne nous regardent guère, en définitive…

    Hervé

    PS. J’ai vu que tu avais Aristide dans ton jury. Sympa, notre finaliste du concours mondial des sommeliers, non?

  2. Tu es généreux avec les bordelais ! Je dirai 15 euros max pour les crus classé (prix de revient), et 10 dans le médoc. Il suffirait de prendre le prix de vente public dans le pays de production. On se fout de la marge, ce qui importe c’est le prix payé par le public.
    Oui, Aristide est très sympa et bon dégustateur.

  3. Pour reprendre l’exemple de Québec, ils donnaient le prix pratiqué par le monopole, qui n’a pas grand chose à voir avec le prix départ.

    • Mais le prix « départ » n’est pas la question. Je répète, c’est le prix conso qui compte. Et la SAQ n’est pas le plus gourmand des intermédiaires, tout compte fait.

  4. A part les vins, si j’en crois tes photos, la Slovaquie ne manque pas d’atouts, ou plutôt d’avantages…

    Hervé

  5. Pour les prix départ, le problème serait pour le concours d’avoir à le demander à chaque producteur… et d’avoir une réponse exacte.

  6. Mon avis – discordant bien entendu – sur les concours est connu.
    Je vais donc à nouveau faire dans le futile : on voit que tout est … au poil en Slovaquie, David.

  7. Merci David pour cette intéressante synthèse sur la pratique des concours.
    Mais je n’ai pas tout compris à la fin. La belle a l’air de vous attendre dans le salon annexe, comme les autres productions locales…
    Faisait-elle partie de la dégustation ? Ou alors de la rémunération ? Dans ce cas, cent euros par jour ce n’est pas cher.
    Et si Braty se lava, où est le mal ?

  8. Bratislava ne manque pas d’air… et ça vaut le détour. Pour le reste, mon avis sur les concours est (aussi) connu : http://les5duvin.over-blog.com/article-cremants-carrement-dements-resultat-un-deluge-de-medailles-d-or-107503596.html

  9. Mais là Michel tu tombes dans l’amalgame, il me semble. Tu ne peux pas dire que tous les concours se valent, pas plus que tous les vins d’une même appellation. J’ai lu ton papier et, d’après ce que j’ai lu sur le concours que tu décris, c’est le jour et la nuit par rapport aux deux que j’ai mentionnés: entre 25 et 28% des entrées étaient médaillées (tout rang de médaille confondu) et aucun « opérateur » des régions servis parmi les dégustateurs. Il y a les bons concours, rigoureux dans leur conception et dans leur réalisation, et les autres.

    Je suis heureux de constater que mes visions touristiques de Bratislava plaisent à Messieurs Charlier, Lalau, Leclerc et consorts. Les voyages forment la jeunesse.

  10. Reste, David, que ces concours sont quand même d’abord des pompes à fric, via les droits d’inscriptions, le parrainage et les macarons; pompes à fric dans lesquels les journalistes comme toi et moi sont souvent au mieux des faire valoir, au pire des alibis. En plus, ces concours seraient beaucoup plus intéressants, plus éducatifs, si l’on nous disait à la fin, après dégustation et cotation, le nom exact des vins que nous avons dégustés, les médaillés et les autres.
    Par ailleurs, puisque tu parles du Concours Mondial, auquel j’ai eu participé dans les années 2000, je dois dire que son édition sicilienne, où on avait osé élire un « meilleur rouge du monde » (un vin argentin, je crois), m’avait fait tiquer: comment peut-on élire un « meilleur vin » par catégorie dans un concours avec un aussi grand nombre de jurys, dont la plupart n’ont pas déguster le vin primé? C’est prendre en otage les jurés, leur faire cautionner quelque chose dont ils ne sont pas responsables. Bref, je suis contre. Mais je n’en dégoûte pas les collègues, bien sûr.

  11. Non David, je cherchais juste à montrer que de nombreux concours, même bien organisés (j’ai participé à celui de Vinitaly que je n’ai pas retrouvé dans nos archives), sont non seulement des pompes à fric, mais aussi des miroirs aux alouettes. C’est pour cela qu’ils attribuent un max de médailles : 1) pour que les vignerons s’inscrivent (et paient) de plus en plus nombreux chaque année; 2) pour le petit médaillon qui leur sera vendu après afin de se faire encore plus de fric; 3) pour que le vigneron (ou le service commercial d’une coopérative ou d’un négoce) puisse vendre un max de bouteilles; 4) pour le client qui, en voyant une médaille, pense qu’il achète un très grand vin. Heureusement que ces clients-là ne sont pas de vrais amateurs de vins car ils seraient souvent déçus de leurs achats médaillés. Et ce n’est pas du mépris de ma part que de dire ça. Cela dit, je suis d’accord pour me sacrifier si les filles sont aussi jolies que la brune pulpeuse apparaissant dans ton article. À elle, j’accrocherais volontiers la médaille du mérite !

  12. Et elle n’était pas la seule !
    Plus sérieusement, et pour répondre aussi à Hervé, nous recevons bien la liste des vins de nos séries à la fin de chaque séance et après avoir quitté la salle. Je parle pour le CMB et les trois éditions auxquelles j’ai participé. Les médailles ne sont publiés qu’après la fin de l’événement, pour des raison évidentes de saisie etc, mais il est facile de les consulter sur le site.
    J’ai dit au début de mon article que le but des concours était aussi de gagner de l’argent pour les organisateurs. Sinon pourquoi le feraient-ils ? Est-ce qu’on accuse un vigneron qui réussit commercialement d’être une « pompe à fric » s’il fait aussi d’excellents vins ? J’avoue avoir du mal à comprendre cette ambiguïté française envers des réussites.

  13. David, ça n’a rien à voir avec de l’envie. Grand bien leur fasse s’ils s’enrichissent, et tu sais que j’ai des amis au CMB. La seule chose que je demande, c’est qu’on ne nous fasse pas croire que c’est juste pour mettre en avant les bons vignerons. Et puis, que feraient-ils sans leurs dégustateurs et qu’est-ce que les dégustateurs en retirent? Et leur nom doit-il être associé à des choses qu’ils ne maîtrisent pas? Tu as été cité, je crois, il y a quelques années, comme « caution » dans la communication du CMB. Tu n’as pas l’impression d’être utilisé?
    Et tu ne réponds pas à mon objection du « super prix par catégorie » qui me semble au moins aussi condamnable qu’un abus du mot terroir par un mauvais vigneron.On ne peut pas nous demander de nous associer à la mise en avant d’un vin que nous n’avons pas dégusté, et tu sais comme moi que certains jurys sont beaucoup plus laxistes que d’autres.
    Quant à la liste des vins, à moins que ça ait changé, moi je n’ai jamais reçu que les noms des appellations, donc je n’ai jamais su quels vins n’avaient pas été médaillés, ni ceux qui n’avaient pas concouru…
    En toute amitié, David, je n’ai pas le même avis que toi, je respecte le tien mais ne me prends pas pour un envieux.
    D’ailleurs, je participe aux Vinalies, malgré mes réserves. Donc tu vois, je m’arrange aussi avec mes principes.
    Hervé

  14. Les médailles sont en effet un vrai critère de choix pour le consommateur, notamment en Grande Distribution où le client est perdu devant les références multiples. Vos deux articles ainsi que les commentaires engendrés sont très intéressants – et constructifs – et je souhaiterais y ajouter quelques remarques complémentaires.
    La première concerne les coûts que représente ce type de concours. S’il est vrai que pour les domaines les plus réputés, la notoriété apportée par une médaille ne représente aucune plus-value. Cela étant, certaines « Maisons » de vin reconnues ont aussi des vins de négoces pour lesquels les médailles sont importantes. Pour avoir travaillé dans l’une d’entre elle qui écumait de nombreux concours existants, le budget total annuel s’élevait à 2300 euros, sans compter les envois d’échantillons. Ainsi, la probabilité de recevoir une médaille apparaît plus importante, luxe qu’un « petit producteur » ne pourrait s’offrir.
    Deuxièmement, qu’en est-il de l’honnêteté du participant ? La partialité du jury et la qualité de l’organisation d’un concours peuvent être incontestables, mais peut-on affirmer cela quant à l’origine de l’échantillon ? Pour avoir travaillé dans 6 domaines différents, je sais pertinemment que certains d’entre eux « arrangeaient » les échantillons, bruts de cuve ou produit fini.
    Que l’on ne se méprenne pas, je ne souhaite pas avancer pour autant qu’aucun concours n’est crédible car tout le monde triche. Ce système permet au contraire d’aider le consommateur dans ses critères de choix parmi les très nombreuses références françaises et étrangères (ce qui fait d’ailleurs toute la richesse et la beauté du monde du vin). Je souligne juste le fait que s’ajoute ce critère non négligeable dans l’attribution des médailles – et ce quel que soit le concours.

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