Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Le mot et la chose… un Beaujolais n’est pas un Bourgogne!

11 Commentaires

Sur Vinexpo, la maison mâconnaise Mommessin (Groupe Boisset) présentait son Bourgogne Gamay "Grand Granite".

L’idée? "Mettre en avant les grands terroirs de granit que l’on trouve dans les crus du Beaujolais», comme l’expliquait à nos confrères de Vitisphère François Jaubert, directeur technique de la société.

Cette cuvée est issue de vignes de Gamay de trois crus du Beaujolais: Moulin-à-Vent, Morgon, Brouilly, terroirs qui donnent «les vins les plus capiteux de la région». 

Mais ôtez moi d’un doute –  pourquoi ne pas vendre cette cuvée sous le nom de Beaujolais Villages?

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 Pouilly le Monial, en Beaujolais… et pas en Bourgogne (photo H. Lalau)

Comment Bourgogne Gamay, appellation régionale et peu usitée peut-elle être plus valorisante que Beaujolais ou Beaujolais Villages, surtout pour une cuvée prétendument "haut de gamme" et connotée terroir?

Et surtout si l’on parle de mettre en avant les granites du Beaujolais!

Déjà, j’ai du mal à comprendre la réflexion qui soustend la mise en place des Coteaux Bourguignons (pour moi, à peine une IGP, vu la variété des sols et des micro-climats).

Mais un Bourgogne Générique Haut de Gamme produit sur les meilleurs terroirs du Nord Beaujolais, là, je voudrais vraiment qu’on m’explique la démarche. Est-ce que c’est juste de l’opportunisme marketing? Ou j’ai loupé un épisode?

Rendons au César (et au Pinot) ce qui est à la Bourgogne, et au Gamay ce qui est Beaujolais, et les chèvres seront bien gardées…

Granites ou terres dorées, vive les terroirs du Beaujolais – quand même!

Hervé

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

11 réflexions sur “Le mot et la chose… un Beaujolais n’est pas un Bourgogne!

  1. Bonjour Hervé.
    Tout simplement : la bourgogne a une notoriété qualitative nettement au dessus de celle du beaujolais.
    Les primeurs y sont forcément pour beaucoup mais il suffit de goûter un Fleurie de Yvon metra par exemple pour se dire que ce terroir n a rien à envier son plus prestigieux voisin.
    Pour moi les meilleurs qualité/prix sont dans le beaujolais. Pourquoi? Par manque de notoriété les vignerons doivent faire plus d’efforts pour s’en sortir.
    Et finalement cela me pose une question : le mieux est il l’ennemi du bien?
    Ou les terroirs à forte notoriété ne donnent ils pas des vignerons qui vont vers la facilité?

  2. Intéressant ce que dit Cédric…
    Personnellement cette attitude me scandalise. C’est le reniement même de l’appellation contrôlée et, je n’ai pas peur des mots, une sorte de viol identitaire. Déshabiller Paul pour mieux vêtir Pierre est trop facile. Le cahier des charge du Beaujolais et de ses crus devrait interdire ce genre de pratique et il serait grand temps que le négoce Bourguignon – qui dans le cas de Mommessin inclut le Mâconnais et le Beaujolais – s’appuie sur un code de conduite déontologique.

  3. @Michel: Heureusement, le maître des Fées y met bon ordre. Il a déshabillé Mommessin (Clos de Tart) pour habiller Vingrau, par un astucieux transfert de greffons, comme nous l’apprend Pousson (http://ideesliquidesetsolides.blogspot.fr/2013/06/tant-quil-y-de-la-vigne-il-y-de-lespoir.html).
    Tu restes un indécrottable du "négoce", Michel, et beaucoup de commentateurs avec toi. Vous avez probablement raison quand vous affirmez qu’une région viticole se porte MIEUX quand elle possède un négoce fort et bien portant. Dans les P.O. où le négoce local est quasiment inexistant, un hl de très bon Côtes-du-Roussillon villages vaut 80 €. A Bandol, du rosé décoloré vous assommant avec son degré de ouf en vaut 400. Weber y trouve son compte, mais pas Spinoza. Malheureusement, cela illustre mon propos réitéré: c’est toujours la production qui est le parent pauvre et ce sont ses "parasites" – j’entends par là tout ce qui vit sur le dos de l’agriculteur – qui font leurs choux gras. Avouons que certains de ces parasites contribuent au bien-être d’une région – ton "négoce" en fait partie. Il me coûte de devoir le reconnaître. Je dois aussi admettre que ce sont des parasites à tendance saprophytaire: eux, ils "font" quand même quelque chose d’utile, à l’inverse des autres membres de leur espèce. Je me suis déjà fait suffisamment d’ennemis avec cette analyse – qui est sincère,réfléchie et, je crois, réelle – pour ne pas détailler une fois encore la liste des "autres". Citons parmi eux quand même les agences de com. et les interpro, pour la bonne bouche. Parménide explique bien le monde, vous savez, le réel et l’image qu’on en donne, et mon copain Arthur aussi, "Die Welt als Wille und Vorstellung" … mais le 21ème siècle n’en a cure. On "crée" de la richesse, on fait toujours passer le col blanc (j’en ai porté un jadis) avant le bouseux. Je suis très heureux de ne plus devoir supporter cela trop longtemps. Je ne suis pas assez lâche pour accepter d’un front serein votre monde capitaliste et son système libéral et pas assez couillu pour devenir un vrai révolutionnaire. Je n’ai jamais tenu une arme à feu en main et tous ceux que j’ai eu le malheur de tuer, c’était pour leur bien.
    Morale de cette histoire: le vin mène à tout … à condition d’en sortir.

  4. Et pour Hervé: toi aussi, ami, tu adhères à la pensée de l’homme d’Elée. Rien que ton titre le prouve. Il faut dire que, au travers de ses successeurs, puis de Thomas, tu t’en es nourri. On se retrouve.

  5. Pour Info historiquement (avec toutes les précaution à prendre sur ce terme l histoire est ce l’INAO? Est ce que les agences de communication nous rabâchent…) les beaujolais ont toujours eu le droit de produire du bourgogne (donc à base de Gamay) au grand déplaisir de leurs voisins septentrionaux qui utilisaient le Gamay dans leur passe tout grain.
    Ci dessous le point juridique vu par wiki machin.
    Légalement, le vignoble du Beaujolais est rattaché au vignoble de Bourgogne par le jugement du 29 avril 1930 du tribunal civil de Dijon, repris par la commission chargée par le décret du 31 juillet 1937[38] de créer l’AOC bourgogne (y compris pour les rouges de gamay de la Saône-et-Loire et du Beaujolais), modifié par le décret du 24 février 1942 qui le limite aux seuls beaujolais blancs, puis de nouveau étendu aux rouges issus du gamay le 6 mai 1946 pour quatorze communes beaujolaises (celles produisant les crus)[39] ; aujourd’hui les appellations régionales bourguignonnes (bourgogne, coteaux bourguignons, bourgogne passe-tout-grains, bourgogne aligoté et crémant de Bourgogne) peuvent être produites sur 85 communes rhodaniennes, soit l’ensemble du Beaujolais (selon les deux décrets du 16 octobre 2009[40]). Les beaujolais se rattachent aussi aux bourgognes par les pratiques, car le négoce bourguignon est depuis le début du xxe siècle un gros acheteur de beaujolais ; des négociations pour fusionner les interprofessions ont pour l’instant échoué[41].

  6. Tout à fait juste, Cédric. J’ajouterai même qu’au 19ème siècle, les vins du Nord du Beaujolais étaient rangés dans la catégorie des vins du Mâconnais, parce que Mâcon était une plaque tournante pour le négoce.
    C’est la même raison qui fait qu’on appelle Porto le vin du Douro.
    Mais aujourd’hui, compte tenu des différences en termes d’encépagement, de climat et de terroirs (le sols granitiques, en Bourgogne, on n’en voit guère que dans le Morvan, donc hors zone viticole, si je ne m’abuse), je pense qu’il serait normal d’exclure tout chevauchement entre les deux zones. Depuis 1930, de l’eau et du gamay ont coulé sous les ponts…

  7. A Luc: Ah oui, toi aussi, tu as des phares au Zénon?

  8. @Hervé : Zenon de Dieu, bien entendu.
    Dis-moi, est-ce que tu ne viendrais pas à la « Fête des Vieux Cépages » organisée par la femme d’André Domine (et André), présence de Michel Smith, et de domaines bcp plus célèbres que le mien maintenant aussi ? C’est le 20 juillet. Je peux héberger, jouer taxi et … hydrater. Voir http://coumemajou.jimdo.com/2013/06/29/à-trilla-la-coume-ma-y-ou-sera-bien-là/
    A propos, les paradoxes de ton Eléate à toi, visant à illustrer la pensée du mien, sont fascinants. Moi, j’aime bien celui d’Achille et de la tortue. Tiens, est-ce que tu crois que l’espace est divisible à l’infini, toi ?

  9. @ Hervé: Met vakantie, dus "no vacancies". Tant pis, une fois, hein!
    Va à Bandol et remets mon bonjour aux domaines suivants: La Tour du Bon (Agnès Henri, le Brûlat), Lafran-Veyrolles (Mme Jouve et Jean-Marie , La Cadière), Jean-Pierre Gaussen (et Sylvia et Mireille,La Cadière), Gros ‘Noré (Alain Pascal, La Cadière), Le Galantin (famille Pascal, Le Plan du Castellet), Tempier (les Peyraud et Daniel Ravier), La Suffène (Cedric Gravier). Bon, il y en a encore quelques autres de (très) bons, et de célèbres, mais tu auras vu le meilleur. N’oublie pas non plus le 100% mourvèdre de Ste Anne (Evenos) et le blanc de Freddy Estienne à la Laidière. Et ne perds pas trop de temps au circuit du Castellet: c’est les Chartrons et Nestlé qui remplacent le mourvèdre par là-haut.

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