Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Ainsi parlait Betteravoustra

Pas d’Yquem en 2012. Pas beaucoup de Quarts de Chaume non plus. Vu la mauvaise qualité de la matière première, certains ont préféré renoncer.

Dans la plupart des régions du Nord et de l’Ouest de la France, les conditions n’étaient guère plus clémentes, mais on n’a pas voulu recourir à une mesure aussi drastique: on a chaptalisé.

Oui, oui, c’est légal, les préfets l’avaient autorisé.

L’as-tu vu, la casquette, la casquette…

C’est fou ce que les préfets ont de casquettes, de nos jours. Celle d’oenologue en est une, parmi d’autres.

SugarBeet

« Z’étaient ben beaux, mes raisins, en 2012, M’sieur l’Préfet… »

Je sais qu’une bonne partie d’entre eux sortent de l’ENA – pourtant, dans le cursus de cette prestigieuse école, je n’ai trouvé aucune formation d’oenologie.

Je suppose donc que leur science est infuse, et que les autorisations qu’ils délivrent sont motivées par une connaissance innée des enjeux.

Affranchissons-nous des Oukases du Climat!

Enjeux économiques, d’abord – ce n’est pas parce qu’une année est merdique qu’on ne doit pas produire de l’AOC. Je propose une nouvelle définition du sigle: Affranchissons-nous des Oukases du Climat.

Enjeux qualitatifs, aussi: les consommateurs ont droit au degré d’alcool, qu’il soit obtenu à base de raisin ou de betterave. Et puis si on sucre un peu trop, on pourra toujours désalcooliser après. Le degré betterave coûte de toute façon moins cher.

Bien sûr, je force le trait; je sais bien que les préfets ne font que signer. Ils s’appuient sur des experts, sur les professionnels de la profession. Sur Les forces vives. Sur les intéressés.  Ils entérinent. Et si, dans leur immense sagesse, le législateur et l’administration ont prévu que dans des cas exceptionnels, M. Le Préfet avait le pouvoir de donner l’autorisation de changer les conditions climatiques, pourquoi se priver? Même dans les bonnes années, d’ailleurs.

La chaptalisation, c’est un peu à la viticulture ce que les points supplémentaires sont au baccalauréat. Dans l’Académie de  Tours, cette année, on a noté sur 24, puis ramené la note sur 20.Moi j’appelle ça de la gonflette. Notez, personne ne s’en est plaint. Ni les profs, ni les élèves.

Quid des universités qui devront accueillir des diplômés au rabais? Quid les entreprises? Ca, ce n’est plus le problème de l’Académie!

Pour la chaptalisation, c’est pareil. Le préfet a satisfait les opérateurs. Il a évité des mouvements sociaux, peut-être même des faillites; il fait le boulot.

Que des consommateurs, ensuite, doivent boire de la daube, qu’ils doivent payer la betterave  au prix du raisin AOC, et bien, ça ne le regarde plus. Et puis, il y a des oenologues pour arranger tout ça, non?

Le goût, le terroir, l’effet millésime? C’est bon pour les journaleux… Et qu’est-ce qu’ils y connaissent? Ils ne sont même pas oenologues!

Ainsi parlait Betteravoustra.

Hervé 

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