Les 5 du Vin

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Vinexpo: Brésil, Afrique du Sud et Bourgogne, porteurs d’espoir

Agnieszka Kumor, notre invitée polonaise, nous revient de Vinexpo pleine d’espoir…

Les producteurs européens sont venus à Bordeaux les valises pleines d’espoir. L’année qui vient de s’écouler a été très rude pour eux. De par les mauvaises conditions climatiques, ils ont perdu un quart de leur production. Et puis cette année, la grêle du printemps a ravagé notamment le vignoble de Vouvray. La nature revendique parfois ses droits de la manière la plus dure.

La solution est à l’international

A ceci s’ajoute la baisse de la consommation, notamment en France, en Italie, en Espagne et au Portugal. La crise dans la zone euro et la baisse du pouvoir d’achat n’ont fait qu’accentuer cette tendance. Heureusement pour les Espagnols et les Portugais, ils leur restent les pays comme la Pologne, où leurs ventes explosent ! Oui, on consomme de plus en plus, mais ailleurs.

Le monde du vin fait les yeux doux aux Etats-Unis et à l’Asie. Ce dernier marché ne se limite pas à la Chine. L’Asie c’est aussi l’Inde,  Singapour, le Japon, Taiwan, la Corée du Sud et la Thaïlande, entre autres. Quant aux Chinois, ils consomment déjà le plus de spiritueux dans le monde, et leur appétit pour le vin ne fait que croître.

Dans cinq ans, 200 millions d’entre eux s’élèveront au niveau de la «classe moyenne» qui n’attend que de consommer. Cela va surtout aider la Chine à changer son modèle économique. « Mais ceci est une autre histoire », comme dirait Kipling.

Les collines verdoyantes du Brésil

Vinexpo est un labyrinthe, celui qui ne dispose pas de fil d’Ariane risque d’attraper de l’agoraphobie. Quoi de neuf dans les vins du monde ? La réponse vient du Brésil.

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Les régions viticoles du Brésil (Wines of Brazil)

Sur le riche stand de ce pays je me suis limitée aux mousseux et aux rouges. Une fois de plus, je constate que la viti-viniculture d’un pays est intimement liée à son économie. Quand je demande à mes interlocuteurs à quand remonte la viticulture au Brésil, ils n’ont qu’à puiser dans les souvenirs de leurs arrière-grands-parents italiens. Après la crise de phylloxéra, ils se sont installés à la fin du XIX siècle dans le sud du Brésil. Les collines verdoyantes de Serra Gaúcha à la frontière avec l’Uruguay ressemblaient tellement à leur terre natale, laissée derrière eux. La lagune voisine rendait l’irrigation artificielle inutile. Pendant longtemps, les vins servaient à la consommation personnelle des vignerons, étant éventuellement vendus sur les marchés locaux. Ce n’est qu’avec les réformes du président Lula et l’augmentation de la classe moyenne après 2003 que la viticulture brésilienne a pris son envol. Aussi, le sous-sol basaltique, le climat clément, la tradition de prosecco spumante et la demande du marché moderne, additionnés tous ensemble, ont donné ces mousseux du Brésil vraiment excellents.

Des mousseux élégants

Les vins dégustés proviennent tous de Serra Gaúcha, la région qui cumule 90% du vignoble brésilien. La majorité des vins sont faits avec du chardonnay et du pinot noir, certains producteurs assemblent du pinot noir avec du riesling. Le moscato donne des vins aromatiques qui rappellent les moscatos d’Asti.

2. Casa Valduga, spŽcialiste de la mŽthod e traditionelle. Photo Agnieszka Kumor

Casa Valduga, spécialiste de la méthode traditionnelle (Photo Agnieszka Kumor)

La Casa Valduga s’est spécialisée dans la méthode traditionnelle. Pendant deux ans ces vins vieillissent sur lattes dans les caves les plus longues de la région. Voici mes cuvées préférées produites selon cette méthode (sur place, les vins valent l’équivalent de 12 à 21€).

Casa Valduga Reserva Brut 2010 – un blanc précis et raffiné aux notes gourmandes de pamplemousse, avec une longue et délicate finale. 16/20

Casa Valduga Gran Reserva 130 NV – les notes de chapelure grillée et de fruits exotiques, avec une matière un peu plus légère. 16/20

Casa Valduga Reserva Blush 2010 – un rosé friand et floral. 15/20

Salton Gerações Antonio Domenico Salton – un vin vieilli 36 mois sur lattes, intense et tendu, au nez de jolies notes d’herbes. 16,5/20

Miolo Brut Millésime 2009 – pur, racé, avec une finale longue et complexe. 16/20.

3. L'ŽlŽgant mousseux de Salt on. Photo Agnieszka Kumor

L’élégant mousseux de Salton (Photo Agnieszka Kumor)

J’ai beaucoup apprécié les vins produits selon la méthode Charmat. C’est elle qui a été à l’origine ramenée  d’Italie. Les vins sont fruités et droits, ont une finale un peu plus courte et coûtent moins cher ; ils proviennent de Vinícola Aurora, de Lidio Carraro, de Kranz (son propriétaire, Walter Melik Kranz, après 30 ans de carrière chez Mercedes Benz en Allemagne et en Chine, est rentré au Brésil pour y fonder un domaine), et de Rio Sol appartenant aux Portugais.

Des rouges légers

Ce dernier producteur vient de Vale do São Francisco, une région située à l’opposé du pays, près du 8e parallèle sud ! Dans ce climat tropical les raisins mûrissent tout au long de l’année. Ce qui permet deux vendanges par an. Ces rouges sont capables de concurrencer les vins chiliens et argentins, qui dominent le marché brésilien. Dans cette région, et dans celle de Serra Gaúcha, j’ai noté :

Rio Sol Paralelo 8 2007 – original, souple et complexe, syrah/merlot, 16/20

5. NŽ ˆ l'extrme nord du BrŽ sil. Photo Agnieszka Kumor

Sur le 8ème parallèle, au Nord du Brésil. Photo Agnieszka Kumor.

Salton Gerações Paulo Salton 2012 – noble, rond, à la texture huileuse, cabernet sauvignon/merlot/cabernet franc, 17/20

Casa Valduga Identidade Gran Corte 2009 – issu d’un très original assemblage d’arinarnoa/marselan/merlot. Un vin soyeux qui incarne si bien ce que l’arinarnoa signifie : une touche de légèreté, une merveille pour le palais, 17/20

Safari viticole en Afrique du Sud

La dégustation suivante m’a transportée en Afrique du Sud. Ce qui m’a vraiment surpris ce sont les cabernets sauvignons. Je les ai, pour ainsi dire, redécouverts. Avec leur nez un brin « vert », mais fort agréable, et une matière charnue, ils étaient ronds, équilibrés et très bons. Leurs producteurs sont basés dans la province de Western Cape, qui abrite la majorité des vignes du pays. Les vins coûtent sur place l’équivalent de 6 à 15€.

8. Anton Beukes, propriétaire de Hoopenburg en Afrique du Sud. Photo Agnieszka Kumor

Anton Beukes, propriétaire de la maison Hoopenburg (Photo Agnieszka Kumor)

Hoopenburg Integer Cabernet Sauvignon 2008, 16/20. L’œuvre d’Anton Beukes, propriétaire de 30 ha de vignes dans le fameux district de Stellenbosch. Avec à peine 120 000 bouteilles de production annuelle il fait des vins étonnants. Cette cuvée a fait sa fermentation malolactique dans les barriques de chêne français, puis a été élevée 18 mois dans des fûts du deuxième vin pour diminuer l’impact du bois. Le résultat est crémeux en texture. Un Meisterstück ! Ou plutôt Meesterstuk.

7. Johann De Wet propriétaire de De Wetshof Estate et son chardonnay Bateleur 2011. Photo Agnieszka Kumor

Johann de Wet, propriétaire, De Wetshof  Estate (Photo Agnieszka Kumor)

Danie de Wet Nature in Concert Cabernet Sauvignon 2011, 15,5/20. Le vin provient de 200 ha de vignes qui produisent 1,2 mln de bouteilles par an. De Wetshof Estate est situé dans le district de Robertson, dans la Vallée du Breede. Son propriétaire, Johann De Wet, est un spécialiste du chardonnay. J’ai apprécié sa cuvée De Wetshof Bateleur Chardonnay 2011, 16,5/20, discrète, droite, à la finale subtilement salée, ainsi que De Wetshof Estate Thibault 2009, 16/20, un vin sentant le thé noir Earl Grey, bordelais dans l’assemblage et très original dans son style.

KWV Cabernet Sauvignon Cathedral Cellar 2010, 15/20, est un vin d’un bon niveau avec une finale fruitée. Le groupe KWV est issu d’une coopérative fondée en 1918. Aujourd’hui, ce géant de 1200 ha de vignes situées dans le district de Paarl, produit 8 mln de bouteilles. Ce vin atteste de la qualité et de la précision.

Le chardonnay pur et précis

Dans les propriétés qui composent aujourd’hui la maison Henriot on cultive une vision bien précise du chardonnay. Dans les années 90, Joseph Henriot a joint à la maison familiale de Reims deux domaines bourguignons: Bouchard Père & Fils sur la Côte de Beaune, puis William Fèvre dans le Chablis. J’ai le sentiment de respect et d’admiration pour cette maison, l’une des dernières à rester familiale en Champagne. Le travail rigoureux qui la caractérise règne sur d’autres domaines, y compris dans le vignoble de Fleurie, acquis en 2008 et rebaptisé Villa Ponciago. Mais comme le gamay qui y est produit ne relevait pas du thème de séminaire, on l’a laissé de côté. Car le sujet choisi a été l’un des cépages les plus internationalisés aux côtés du sauvignon blanc, du pinot noir, ou du cabernet sauvignon – le roi chardonnay. Pour révéler ce cépage dans ce qu’il a de mieux, dans ses blancs de blancs non millésimés Henriot additionne jusqu’à 35% de vins de réserve. Ce qui leur donne un goût ciselé et vif, avec une acidité moyenne. Le producteur parle de la minéralité. Ma foi, je préfère me creuser les méninges pour trouver les adjectifs plus concrets. J’ai aimé le Chablis Grand Cru Les Clos William Fèvre 2010, incisif, puissant, avec une salinité en fin de bouche et notes de gingembre, 16,5/20. En ce qui concerne la vinification des blancs chez Bouchard & Fils, depuis quelques années le bâtonnage a été purement et simplement abandonnée.

9. Une vision du chardonnay. Photo Agnieszka Kumor

Une vision du Chardonnay, Bouchard Père et Fils (Photo Agnieszka Kumor)

L’intérêt de ce procédé, qui consiste à mettre en suspension un dépôt de levures mortes et d’impuretés lors d’un élevage sur lies fines, est de prévenir l’apparition des phénomènes de réduction. Craignant néanmoins l’apport d’oxygène trop violent à l’ouverture du fût, et redoutant la contamination, Bouchard Père & Fils ne fait plus de bâtonnage, mais… roule ses barriques deux fois par semaine. Est-ce la seule technique qui permet de garantir la réussite de ces vins ? Sans doute, pas la seule*. A chaque cépage sa sensibilité, comme chez l’enfant. Les Bordelais, en élevant leur sauvignon blanc séparent parfois les lies pendant quelques semaines, le temps qu’elles perdent leur aptitude à former des composés soufrés, et les incorporent ensuite à leur vin d’origine.

Le fait est que cette méthode douce et nécessitant du temps permet de garder toute la fraicheur, la complexité et la finesse du vin. Comme chez ce Premier Cru Meursault Perrières Domaine 2010 – ample, nerveux et gracieux, 17/20. Tout ce que les amoureux du chardonnay cherchent en lui aujourd’hui. Et qu’en est-il de l’exportation de cette merveille ? «C’est dans nos… projets», rétorque philosophiquement Thomas Henriot, le dirigeant de la maison éponyme.

Agnieszka Kumor 

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