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Lionel Osmin et Cie : un travail exemplaire pour le Sud-Ouest de la France

Le Sud-Ouest de la France, hormis Bordeaux, qui possède sa propre identité et dynamique et qui n’a besoin de personne sur son Harley-davidsonne, est une région tellement étendue que sa diversité pose le problème d’une image collective saisissable et projetable à l’extérieur de ce pays. D’ailleurs certaines appellations tardent, pour des raisons qui échappent totalement au bon sens, à rejoindre l’organisme chargé de la promotion collective des vins de cette région, même s’il faut noter avec soulagement le fait que Cahors vient enfin de se lier au CIVSO.

Ailleurs, en Bourgogne, en Beaujolais et en Rhône , et depuis peu en Languedoc (mais encore très peu en Loire), des négociants de qualité ont, depuis longtemps, réussi à réunir sous leur signature-bannière une large gamme de vins issus de différentes appellations de leur région de prédilection. Cela manquait singulièrement au Sud-Ouest jusqu’à très récemment, hormis quelques cas assez marginaux. Mais je considère que ce vide est maintenant en bonne voie d’être comblé, grâce à l’action d’une nouvelle entreprise de négoce, basé à Morlaas, près de Jurançon, et portant le nom de son fondateur : Lionel Osmin & Cie (car il n’est pas tout seul dans cette affaire et tient à le dire).

PortraitLionel

PortraitDamien

PortraitBenoit

J’ai déjà mentionné un ou deux des ses vins dans des articles au cours de cette année, comme ici :

http://les5duvin.wordpress.com/2013/03/25/miscellanea-valeurs-sures-decouvertes-et-doutes/

ou ici :

http://les5duvin.wordpress.com/2013/06/03/couples-de-vins-le-mariage-pour-tous-dans-le-vin/

Mais je viens de déguster une gamme bien plus large de sa production pléthorique et j’avoue en avoir été conquis, alors il est temps de vous en parler en détail. Je ne vais pas vous présenter l’entreprise car il y a un site web que peut très bien le faire, ici :

http://www.osmin.fr/

Autant le dire tout de suite : il n’y a, pour moi, aucun préjugé à porter sur la qualité d’un vin lié au statut de son producteur. Celui-ci peut être vigneron indépendant, petit ou grand, petit négociant, gros négociant, groupe international, cave coopérative, ou toute combinaison imaginable. Je tente de juger ce que je déguste, et pas la raison sociale du producteur. D’ailleurs je trouve de bons, de très bons et d’excellents vins dans toutes ces catégories de producteurs, et même des mauvais aussi !

Marcillac

Lionel Osmin & Cie est un négociant qui tente de proposer une gamme très large de vins du sud-ouest de ce pays, y compris issu d’appellations très peu connues ou diffusées comme Marcillac ou Irouléguy, à côté d’autres qui ont leur marché, même limité, comme Bergerac, Cahors, Gaillac ou Jurançon. Mais Osmin va plus loin qu’une "simple" gamme des appellations du sud-ouest signée par son nom, ce qui serait déjà pas mal. Il semble avoir aussi réfléchi à des aspects de l’identité propre des vins de cette région, comme ses cépages dont certains lui sont exclusifs, ou même la nature même des saveurs de cette région, en proposant des assemblage larges, régionales qui, pour moi du moins, captent quelque chose d’essentiel dans l’esprit de certains vins du sud-ouest. Et, pour le décrire, je serai tenté d’employer un néologisme un peu rabattu, la "buvabilité" : autrement dit une combinaison de fruité et d’acidité bien sentie qui joue l’équilibriste sur un fil tendu entre vivacité et maturité sans jamais tomber ni dans la verdeur, ni dans l’excès de chaleur. Ces vins-là sont vendus en Vin de France, et peuvent même aller jusqu’à la création pure, avec un magnifique vin rouge muté, associant les cépages malbec et tannat et appelé joliment Estela.

Revenons à l’axe cépages déjà mentionné. Les cuvées de base des appellations comme Cahors, Marcillac, Bergerac Sec, Buzet ou Gaillac, par exemple, portent fièrement le ou les noms de leurs cépages sur leurs étiquettes : respectivement Malbec, Mansois, Sémillon/Sauvignon Blanc, Merlot/Cabernet Sauvignon et Duras/Braucol. Cela peut paraître évident pour certains, dont les variétés sont mondialement connus, mais cela l’est beaucoup moins pour le mansois, le duras ou le braucol, totalement inconnus en dehors de leurs localités. J’estime qu’Osmin et Cie fait là une très belle opération de promotion collective pour le Sud-Ouest.

Foehn

Il faut rajouter des cuvées haut-de-gamme qui sont des sélections, soit parcellaires, soit de cuvées, je n’en sais trop rien. En tout cas, issus de certaines appellations comme Jurançon, Madiran ou Irouleguy, par exemple, ils portent de noms bien locaux comme Foehn (pour le Jurançon), Cami Sali (le route du sel : pour le Jurançon Sec), Domibane (pour l’Irouleguy) ou Mon Adour (pour le Madiran). Une jolie touche de couleur locale, comme on peut le voir.

Mais tout cela ne vaudrait pas tripette si les vins n’était pas bons, et ils le sont, et diablement même ! Je ne vais pas revenir sur les quelques vins déjà commenté dans les deux articles pré-cités, mais voici le résultat de ma petite dégustation faite samedi matin (le 6 juillet) :

Vins de Lionel Osmin & Cie

Bergerac Sec, Sémillon/Sauvignon, 2010

Nez riche mais équilibré. Solide, assez puissant en bouche avec le soupçon d’un alcool un peu trop sensible. Finit très sec. Excellent avec des mets un peu relevés (14/20)

VillaLaVieEnRose

Villa La Vie en Rose, Négrette, 2012

Même s’il doit provenir de Fronton, ce rosé ne revendique pas cette appellation mais fait partie de la gamme désignée "Villa" qui est vendue sous la dénomination Vin de France. Il est frais, friand et joliment fruité, délicatement savoureux et léger. Un très bon rosé (13,5/20)

Marcillac, Mansois 2010

Ce vin est exprime près tout ce que j’aime dans un vin rouge d’été. Naturellement frais par sa belle acidité, il est aussi finement fruité. Il pulse littéralement de gourmandise, avec un fruité un peu épicé. Equilibre idéal pour accompagner des tapas lors d’une journée chaude. Très bon, simple et directe, pas très long. A boire sans soif ! (14,5/20)

Gaillac, Duras & Braucol 2012

Un vin bien structuré dont les tanins sont sveltes et parfaitement intégrés dans un fruité du typé cabernet, donc un poil austère. C’est ferme sans être aucunement rugueux. Vivant et doté d’un bonne longueur, il pourrait bien aller avec des plats un peu plus solides, comme viandes ou gibiers à plume (14,5/20)

Buzet, Merlot & Cabernet Sauvignon 2010

Le nez est dûment austère mais donne une belle apparence de maturité, peut-être dominé par le merlot (qui, il fait le dire, n’est pas toujours mon cépage préféré). Il a sa petite touche végétale très bordelaise, mais aussi un note chocolatée. Bonne longueur et équilibre (14/20)

Cahors

Cahors, Malbec 2011

Nez puissant, de fruits noirs et d’épices. Bouche rendue très alerte par sa belle acidité naturelle. Des tanins fins lui confèrent une jolie charpente et tout cela se prolonge très bien. Un excellent Cahors pour tout ceux qui n’ont pas encore d’idée du potentiel magnifique de cette appellation. (15/20)

Les Grandes Cuvées

MadiranMonAdour

Madiran, Mon Adour 2009

Le nez rappelle la prune. La superbe acidité en bouche équilibre bien la structure tannique conséquente. Frais, long et harmonieux, autour de tanins puissants mais bien murs. Le boisé et présent mais ce vin le supporte parfaitement. Un très joli vin de caractère. (15,5/20)

Domibane, Irouléguy 2011

Les tanins sont plus serrés dans ce vin encore bien jeune pour le type, et la vivacité est au diapason. C’est très honnête mais semble plus simple à ce stade. Disons un bon classique. (14,5/20)

Foehn, Jurançon 2009

Le foehn est le nom du vent chaud et sec qui souffle en Béarn à l’automne, asséchant, entre autres, les raisins sur les vignes de jurançon. Un superbe nez très complexe et riche de fruits exotiques et de marmelade ouvre le bal. Le sucre prend le dessus eu début en bouche, puis c’est l’acidité qui domine nettement, mais sans que les deux semblent s’harmoniser parfaitement. Cela donne un vin très agréable mais, pour finir, peu complexe, malgré ses promesses olfactives. Ferait un excellent apéritif (14,5/20).

Alors je dis bravo ! Et en plus ces vins sont très abordables (entre 6 et 20 euros, selon revendeur et selon le type de vin et la gamme)

David

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