Les 5 du Vin

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Lionel Osmin et Cie : un travail exemplaire pour le Sud-Ouest de la France

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Le Sud-Ouest de la France, hormis Bordeaux, qui possède sa propre identité et dynamique et qui n’a besoin de personne sur son Harley-davidsonne, est une région tellement étendue que sa diversité pose le problème d’une image collective saisissable et projetable à l’extérieur de ce pays. D’ailleurs certaines appellations tardent, pour des raisons qui échappent totalement au bon sens, à rejoindre l’organisme chargé de la promotion collective des vins de cette région, même s’il faut noter avec soulagement le fait que Cahors vient enfin de se lier au CIVSO.

Ailleurs, en Bourgogne, en Beaujolais et en Rhône , et depuis peu en Languedoc (mais encore très peu en Loire), des négociants de qualité ont, depuis longtemps, réussi à réunir sous leur signature-bannière une large gamme de vins issus de différentes appellations de leur région de prédilection. Cela manquait singulièrement au Sud-Ouest jusqu’à très récemment, hormis quelques cas assez marginaux. Mais je considère que ce vide est maintenant en bonne voie d’être comblé, grâce à l’action d’une nouvelle entreprise de négoce, basé à Morlaas, près de Jurançon, et portant le nom de son fondateur : Lionel Osmin & Cie (car il n’est pas tout seul dans cette affaire et tient à le dire).

PortraitLionel

PortraitDamien

PortraitBenoit

J’ai déjà mentionné un ou deux des ses vins dans des articles au cours de cette année, comme ici :

http://les5duvin.wordpress.com/2013/03/25/miscellanea-valeurs-sures-decouvertes-et-doutes/

ou ici :

http://les5duvin.wordpress.com/2013/06/03/couples-de-vins-le-mariage-pour-tous-dans-le-vin/

Mais je viens de déguster une gamme bien plus large de sa production pléthorique et j’avoue en avoir été conquis, alors il est temps de vous en parler en détail. Je ne vais pas vous présenter l’entreprise car il y a un site web que peut très bien le faire, ici :

http://www.osmin.fr/

Autant le dire tout de suite : il n’y a, pour moi, aucun préjugé à porter sur la qualité d’un vin lié au statut de son producteur. Celui-ci peut être vigneron indépendant, petit ou grand, petit négociant, gros négociant, groupe international, cave coopérative, ou toute combinaison imaginable. Je tente de juger ce que je déguste, et pas la raison sociale du producteur. D’ailleurs je trouve de bons, de très bons et d’excellents vins dans toutes ces catégories de producteurs, et même des mauvais aussi !

Marcillac

Lionel Osmin & Cie est un négociant qui tente de proposer une gamme très large de vins du sud-ouest de ce pays, y compris issu d’appellations très peu connues ou diffusées comme Marcillac ou Irouléguy, à côté d’autres qui ont leur marché, même limité, comme Bergerac, Cahors, Gaillac ou Jurançon. Mais Osmin va plus loin qu’une « simple » gamme des appellations du sud-ouest signée par son nom, ce qui serait déjà pas mal. Il semble avoir aussi réfléchi à des aspects de l’identité propre des vins de cette région, comme ses cépages dont certains lui sont exclusifs, ou même la nature même des saveurs de cette région, en proposant des assemblage larges, régionales qui, pour moi du moins, captent quelque chose d’essentiel dans l’esprit de certains vins du sud-ouest. Et, pour le décrire, je serai tenté d’employer un néologisme un peu rabattu, la « buvabilité » : autrement dit une combinaison de fruité et d’acidité bien sentie qui joue l’équilibriste sur un fil tendu entre vivacité et maturité sans jamais tomber ni dans la verdeur, ni dans l’excès de chaleur. Ces vins-là sont vendus en Vin de France, et peuvent même aller jusqu’à la création pure, avec un magnifique vin rouge muté, associant les cépages malbec et tannat et appelé joliment Estela.

Revenons à l’axe cépages déjà mentionné. Les cuvées de base des appellations comme Cahors, Marcillac, Bergerac Sec, Buzet ou Gaillac, par exemple, portent fièrement le ou les noms de leurs cépages sur leurs étiquettes : respectivement Malbec, Mansois, Sémillon/Sauvignon Blanc, Merlot/Cabernet Sauvignon et Duras/Braucol. Cela peut paraître évident pour certains, dont les variétés sont mondialement connus, mais cela l’est beaucoup moins pour le mansois, le duras ou le braucol, totalement inconnus en dehors de leurs localités. J’estime qu’Osmin et Cie fait là une très belle opération de promotion collective pour le Sud-Ouest.

Foehn

Il faut rajouter des cuvées haut-de-gamme qui sont des sélections, soit parcellaires, soit de cuvées, je n’en sais trop rien. En tout cas, issus de certaines appellations comme Jurançon, Madiran ou Irouleguy, par exemple, ils portent de noms bien locaux comme Foehn (pour le Jurançon), Cami Sali (le route du sel : pour le Jurançon Sec), Domibane (pour l’Irouleguy) ou Mon Adour (pour le Madiran). Une jolie touche de couleur locale, comme on peut le voir.

Mais tout cela ne vaudrait pas tripette si les vins n’était pas bons, et ils le sont, et diablement même ! Je ne vais pas revenir sur les quelques vins déjà commenté dans les deux articles pré-cités, mais voici le résultat de ma petite dégustation faite samedi matin (le 6 juillet) :

Vins de Lionel Osmin & Cie

Bergerac Sec, Sémillon/Sauvignon, 2010

Nez riche mais équilibré. Solide, assez puissant en bouche avec le soupçon d’un alcool un peu trop sensible. Finit très sec. Excellent avec des mets un peu relevés (14/20)

VillaLaVieEnRose

Villa La Vie en Rose, Négrette, 2012

Même s’il doit provenir de Fronton, ce rosé ne revendique pas cette appellation mais fait partie de la gamme désignée « Villa » qui est vendue sous la dénomination Vin de France. Il est frais, friand et joliment fruité, délicatement savoureux et léger. Un très bon rosé (13,5/20)

Marcillac, Mansois 2010

Ce vin est exprime près tout ce que j’aime dans un vin rouge d’été. Naturellement frais par sa belle acidité, il est aussi finement fruité. Il pulse littéralement de gourmandise, avec un fruité un peu épicé. Equilibre idéal pour accompagner des tapas lors d’une journée chaude. Très bon, simple et directe, pas très long. A boire sans soif ! (14,5/20)

Gaillac, Duras & Braucol 2012

Un vin bien structuré dont les tanins sont sveltes et parfaitement intégrés dans un fruité du typé cabernet, donc un poil austère. C’est ferme sans être aucunement rugueux. Vivant et doté d’un bonne longueur, il pourrait bien aller avec des plats un peu plus solides, comme viandes ou gibiers à plume (14,5/20)

Buzet, Merlot & Cabernet Sauvignon 2010

Le nez est dûment austère mais donne une belle apparence de maturité, peut-être dominé par le merlot (qui, il fait le dire, n’est pas toujours mon cépage préféré). Il a sa petite touche végétale très bordelaise, mais aussi un note chocolatée. Bonne longueur et équilibre (14/20)

Cahors

Cahors, Malbec 2011

Nez puissant, de fruits noirs et d’épices. Bouche rendue très alerte par sa belle acidité naturelle. Des tanins fins lui confèrent une jolie charpente et tout cela se prolonge très bien. Un excellent Cahors pour tout ceux qui n’ont pas encore d’idée du potentiel magnifique de cette appellation. (15/20)

Les Grandes Cuvées

MadiranMonAdour

Madiran, Mon Adour 2009

Le nez rappelle la prune. La superbe acidité en bouche équilibre bien la structure tannique conséquente. Frais, long et harmonieux, autour de tanins puissants mais bien murs. Le boisé et présent mais ce vin le supporte parfaitement. Un très joli vin de caractère. (15,5/20)

Domibane, Irouléguy 2011

Les tanins sont plus serrés dans ce vin encore bien jeune pour le type, et la vivacité est au diapason. C’est très honnête mais semble plus simple à ce stade. Disons un bon classique. (14,5/20)

Foehn, Jurançon 2009

Le foehn est le nom du vent chaud et sec qui souffle en Béarn à l’automne, asséchant, entre autres, les raisins sur les vignes de jurançon. Un superbe nez très complexe et riche de fruits exotiques et de marmelade ouvre le bal. Le sucre prend le dessus eu début en bouche, puis c’est l’acidité qui domine nettement, mais sans que les deux semblent s’harmoniser parfaitement. Cela donne un vin très agréable mais, pour finir, peu complexe, malgré ses promesses olfactives. Ferait un excellent apéritif (14,5/20).

Alors je dis bravo ! Et en plus ces vins sont très abordables (entre 6 et 20 euros, selon revendeur et selon le type de vin et la gamme)

David

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “Lionel Osmin et Cie : un travail exemplaire pour le Sud-Ouest de la France

  1. David, on va tomber d’accord sur le fait qu’il n’y a « a priori » aucun préjugé à avoir au sujet d’une bouteille, avant de la goûter, quant à la nature de son embouteilleur.
    Certains même vont affirmer, et sans doute la pratique leur donne-t-elle raison, que des régions à négoce fort s’en sortent mieux que d’autres où il est clairsemé ou même inexistant.
    Ta conception de l’organisation du monde s’en réjouit et la mienne le déplore, tant il est vrai que nous avons souvent les mêmes goûts pour les choses, mais quasiment jamais le même souhait pour la société. Partant du même désir d’excellence (= élitisme ?), qui nous unit d’une manière ou d’une autre, toi tu le souhaites en lui-même, tandis que moi je le rêve pour tous (ou le plus grand nombre en tout cas). C’est bizarre, ton expérience de la vie – bien plus longue que la mienne alors que tu parais plus jeune – contredit toujours mes aspirations utopiques.
    Toutefois, il ne faut pas tomber dans la langue de bois.
    Les « grosses » structures se sont organisées pour des raisons économiques, que ce soit il y a un siècle pour essayer de faire survivre une série de petits agriculteurs qui sans la mutualisation des moyens de production auraient disparu de la planète depuis bien longtemps, ou bien plus récemment, sous la direction d’un homme ou d’une famille bien souvent, avec comme but de faire le plus de profit possible. On appelle cela du commerce et beaucoup trouvent qu’il n’y a rien à y redire. Le mouvement coopératif avait, en apparence du moins car il a parfois été détourné par des partis politiques ou bien des potentats locaux, l’avantage énorme de la justification sociale. Pour moi, cela l’annoblit au-delà de toute autre critique. Le négoce n’avait aucune « noble » raison, sinon de tirer profit de l’indigence des uns (nombreux, les producteurs) pour faire la fortune de quelques autres (les propriétaires). Et je réprouve le mercantilisme. Mais ce n’est pas le débat du jour.
    Parfois, les grosses structures atteignent un niveau de qualité exceptionnel et parfois elles ont réellement sauvé tout une région viticole. Le plus souvent, depuis la fin du 20ème siècle, les amateurs – je ne parle pas de tous ceux qui vivent en partie des retombées médiatiques de la profession, et cela va du publicitaire à l’imprimeur en passant par le journaliste et le conseiller général, tous des gens très lettrés – semblent faire preuve d’un peu de désaffection envers elles.
    Comme certains – ils se reconnaîtront – se sont faits les censeurs intransigeants de ce que j’écris moi avec une certaine modération, et pervertissent même la signification des opinions ainsi exprimées, je vais préciser ma pensée. Une structure comme Plaimont, au départ sous l’impulsion de l’admirable mais « tyrannique » André Dubosc, ou une autre comme l’Etoile à Banyuls ont su le plus souvent produire des vins qui comblaient même les plus exigeants.
    A l’inverse, dans le négoce bourguignon – je ne parlerai ni de l’Agly ni des Corbières au sens large (qui pour moi incluent aussi Fitou, La Clape …) car leur proximité me rend suspect de partialité – ou rhodanien, ou alsacien, si on enlève quelques rares cuvées « top », le reste est très bof-bof, voire même franchement mauvais.
    Tu as trouvé ton bonheur chez Osmin, pour d’autres c’est chez tel autre gros faiseur. Et personne ne conteste votre droit à l’affirmer, ni même la réalité de votre sentiment. Je ne pense pas trahir le ressenti le plus fréquent de mes collègues les petits en disant que nous le regrettons. Tu vois que cela existe, la lutte des classes, et elle est plus forte que le corporatisme. Tant mieux !

  2. A propos de mise en avant des cépages du Sud Ouest, j’ai dégusté récemment un des vins de la gamme Pigmentum de Vigouroux, le Malbec (un bon Cahors d’élevage long). On trouve aussi d’autres spécialités du Sud-Ouest sous ce nom, notamment un Buzet, et puis un Ugni-Colombard en VP de Gascogne, et puis un Gros Manseng, etc… mais ceux-là, je ne les ai pas dégustés.
    Il n’y a pas qu’une manière de faire connaître sa région – monocépage, assemblage, AOC, variétal… l’important c’est de le faire qualitativement, je pense. La vie est trop courte pour boire des vins sans intérêt.

  3. Coopératives, négociants, vignerons, petits, moyens ou gros, avec tout le respect que je vous doit, permettez-moi de dire combien ce débat est pénible. Ce qui compte, c’est de mettre en avant les vins que l’on aime, ce que fait ici David. Et un peu de négoce dans une région ne nuit point, bien au contraire. La Bourgogne, le Rhône, le Bordelais,ne seraient pas cee qu’ils sont sans l’apport de leur négoce. Bon, je fais ma sieste.

    • Et le Champagne n,’existerait certainement pas comme région viticole de grande envergure sans les négociants. Luc, je sais que tu n’aimes point le Champagne (pu le CIVC, je ne sais plus !) et que tout ce qui est gros (ou riche) est forcément suspect à tes yeux parce qu’il faudrait tout partager dans le vie, mais il me semble normal que le talent et l’investissement soient, de temps en temps, récompensés par du succès, ce qui est loin d’être systématiquement le cas.

      • David, nous n’avons jamais discuté isolément de “political issues” mais tu as compris que (i) je ne suis pas du tout un sectaire, mais aussi que (ii) c’est la REDISTRIBUTION qui constitue pour moi la base de la paix sociale. Et je crois que celle-ci est le but final à atteindre. Tu utilises le mot « partager », ce qui va dans le même sens. La caricature du communisme s’est exprimée dans la formule : « Donne-moi ta montre, je te donnerai l’heure ». Ce système a failli car il n’intègre pas une donnée essentielle : l’homme est foncièrement mauvais.
        Que le talent soit récompensé, pourquoi pas, comme la beauté, l’intelligence, la mémoire, l’adresse manuelle. Mais que la récompense soit financière, et à un tel niveau de priorité, c’est vrai, je le déplore. Quant à l’investissement, là évidemment nous divergeons. Je trouve quasiment anormal que certains aient de quoi … investir. Attention, j’ai écrit « quasiment ». Le sujet n’est pas simple. Mais oui, il faut une taxation plus importante sur les patrimoines, et quasiment pas sur le fruit du travail. Oui, il faut revoir les règles d’héritage. Oui, il faut nationaliser (au niveau européen, pas national) toutes les banques.
        Tu vois que mon monde n’a aucune chance de voir le jour : la « droite » ne pense pas que c’est la solution et les sociaux-démocrates ( car les partis « socialistes » européens ne sont rien d’autre que cela, évidemment) sont une droite qui soigne sa clientèle un peu moins riche en lui concédant quelques avancées dites de gauche, pour qu’elle la ferme. Heureusement, je ne vivrai plus très longtemps.

    • @Michel: quand tu te seras réveillé, sache que ton constat est exact. Mais ce n’est pas parce qu’un état de fait est réel qu’il doit forcément faire l’unanimité. Hitler avait amélioré l’éclairage à Berlin et Mussolini fait régresser le paludisme dans le Mezzogiorno, cela ne suffit pas (en tout cas pour moi) pour adhérer à leur action. Je ne nie nullement le rôle du négoce comme facteur de notoriété et même parfois de soutien des prix, mais ma conception du monde déplore qu’on doive en passer par là. Et on n’est pas du tout obligé de partager mes vues. Je vais même te donner un exemple qui prouve (ou au moins étaie) ce que tu avances : 80 €/hl pour du Côtes-du-Roussillon villages correct (environ 30 hl/ha de rendement) dans un département à négoce peu réprésenté, contre 400 €/hl pour du Bandol rosé (42 hl/ha … au moins) dans une Provence de négociants. Et certains journalistes d’écrire que « les meilleurs rosés du monde sont en Provence ». Attention : il y en a effectivement d’excellents.
      Enfin, il ne fait pas demander à un pizzaiolo sicilien ou napolitain fraîchement débarqué de son pays et qui a installé sa trattoria au coin de la rue, four à bois, pétrissage à la main, levain naturel et tutti quanti qu’il se réjouisse de l’ouverture d’un Pizza Hut 100 mètres plus loin, même si la consommation globale de pizza du quartier augmente de 3000 %.

      • Mais je suis réveillé depuis 5 heures ce matin ! Je note que tu penches un peu plus vers les levures naturelles et je t’encourage dans l’élaboration du rosé car, non seulement le tien est remarquable, mais on va t’en réclamer de plus en plus ce qui te permettra de réinvestir dans l’outil de travail. Bises à ta moitié… qui s’y connaît en levain !

  4. @David : message personnel que je conseille aux autres de zapper. Pour le champagne, David, le sujet est encore beaucoup plus complexe et toi tu ne peux en aucun cas en parler de manière indépendante. Tu es encore un acteur impliqué et tu l’as été encore plus par le passé. Il y a en fait DEUX champagnes. Le « grand », celui qui m’insupporte et que, en toute honnêteté, je ne trouve pas bon organoleptiquement en plus, qui n’est que le fruit de plusieurs siècles de marketing habile et de 50 ans de copinage avec la presse, sa complice avide de dessous de table et de petits avantages (il suffit d’un bon repas de presse un peu exclusif pour acheter certaines signatures, notamment parmi « celles qui comptent ») ; et le « petit », celui des vignerons-récoltants indépendants. Je ne les connais pas assez – souvent tout est vendu à la cave – et ils font d’excellents crémants, aussi bons que d’autres excellents crémants au monde, ou bien de dégueulasses crémants, comme partout dans le monde. Quand un ami qui visite le vignoble et se fournit sur place débouche avec moi une bonne bouteille, je l’apprécie. Quand c’est une mauvaise bouteille, j’en bois poliment une gorgée et essaie de ma débarasser du reste.
    Dans les « marques », je ne vais pas faire de jaloux, tous les champ. de GD, entre 30 et 100 € la bouteille, me paraissent mauvais (et je ne parle pas des sous-marques de distributeurs) d’un point de vue gustatif. Mais ce n’est là qu’un goût personnel.
    Dans les meilleures cuvées, j’aime toujours Selosse. Ça c’est vraiment délicieux. Par contre, étant ami de João Almeida depuis bien avant que le capital français n’ait racheté la firme portugaise de son frère et de son neveu, il m’est arrivé d’être présent depuis à des événements plus officiels où on servait du Roederer, y compris des « Cristal » parfois. Je n’aime pas cela.
    Idem pour Dom Pérignon, Krug, Bollinger. Pour ce dernier, c’est toujours avec mon ami Dirk Niepoort que j’en ai bu, il en est bleu. Et c’était toujours des flacons prestigieux. J’avoue que cela ressemble plus à ma conception d’un vin que beaucoup d’autres, mais je n’en raffole toujours pas. Après, Salon et tout cela, je ne peux pas parler en connaissance de cause. Tu vois, ici aussi ce n’est pas du sectarisme. Et je te rassure, j’aime bien le vin effervescent en lui-même. Pas « parce que c’est la fête » (quelle connerie !), mais parce que cela apporte quelque chose de différent, de frais. Par contre, je n’en bois quasiment jamais à table.

  5. @ Luc. Je ne sais pas trop quoi penser à propos de l’influence du négoce sur les prix des vins. A Cahors, où le négoce est bien implanté, les prix ne sont pas élevés. A Bergerac et même à Bordeaux itou. En Beaujolais non plus – et c’est pourtant souvent le même négoce qu’en Bourgogne.

    J’ai l’impression qu’on peut trouver des exemples dans les deux sens. Il faudrait étudier ça plus en détail. Mon instinct me pousse à chercher une explication ailleurs, dans la notoriété des vins – un élément sans doute lié au négoce, mais alors, sur le très long terme.
    Les appellations que de grands négociants ont été vendre à l’exportation depuis deux ou trois siècles, notamment auprès des prescripteurs de l’époque (nobles, grands bourgeois) sont moins à plaindre que d’autres, aujourd’hui. La coopération est plus jeune et n’a pas participé à ce démarchage, et les appellations où elle est forte, où elle a pris le pas sur le négoce, me semblent moins « vendeuses ».

    Quant au Champagne, il s’agit d’un produit particulier dans le monde du vin, l’élaborateur propose des cuvées d’assemblage de plusieurs crus et millésimes, pour recréer le même goût maison tous les ans, sauf exceptions. En ce sens, c’est d’abord un produit de marque avant d’être un produit de terroir – ce qui n’est pas un défaut à mes yeux, il suffit de le savoir. Un peu comme un alcool. Toi qui connaît bien l’Ecosse, tu vois à quoi je fais allusion. D’ailleurs, les grandes marques de Champagne sont sans doute les plus markettées de tout l’univers du vin.

    Côté goût, je ne suis pas un grand fan, la bulle capte l’essentiel de l’attention de mes papilles, et puis je trouve personnellement souvent autant de plaisir dans un Crémant du Jura ou un Crémant de Limoux que dans un Champagne – et pas pour le même prix, évidemment. Et c’est aussi du Chardonnay , aussi des bulles.

    Mais je suis loin d’être un spécialiste. Je n’y vais pas très souvent. . J’ai visité Laurent Perrier, Pommery (avant Vranken), Jeanmaire, Mercier (avec les enfants), Esterlin. Rien à redire, mais ces jours-là, il ne s’est rien « passé ». Au consommateur, cependant, je ne peux pas recommander de mettre plus d’argent pour quelque chose que je ne perçois pas.

    Maintenant, il y a des exceptions, bien sûr; j’ai adoré les belles cuvées délicatement boisées d’Alfred Gratien (tiens, un négociant); certaines bouteilles de Jacquart ou de Devaux (tiens, des coopératives!). Ou encore, le Champagne de pinot blanc de Pierre Gerbais; Francis Boulard, Xavier Gonet, etc… Ces vins-là me « parlent », indépendamment de la structure de production, curieusement.

    Les 5 ont consacré une semaine aux Artisans du Champagne, en 2011. A 5, je pense qu’on avait fait un bon tour, qui tendait à prouver qu’en Champagne aussi, on en peut en trouver pour tous les goûts – mais c’était plutôt la Champagne des vignerons, pas celle des grandes maisons.

    La discussion – les deux discussions – mériteraient réflexion, temps, recherche, toutes choses dont je n’ai pas le luxe en ce moment. Mais ça finira sans doute pas germer un jour. Pour autant que ça intéresse qui que ce soit.

    • Bien sûr que cela intéresse !
      De vrais gastronomes adorent le Champagne. Pour avoir eu l’occasion d’observer Dirk Niepoort, et – moins souvent il est vrai – David Cobbold, je peux te garantir que ces deux-là connaissent le vin. Ils sont même capables de découvrir des qualités à ce qui n’entre pas dans leur goût personnel. Et tous deux aiment le champ’, les champs.
      A l’inverse, moi qui aime bien les bulles en général, je ne prends que très rarement plaisir à du vin de Champagne. Et encore moins quand c’est un « blanc de blancs », que je repère presque toujours.
      Enfin, le marché mondial a mis en selle le cava, si j’ai bien compris. Les Italiens font un effort. Le Sekt allemand est délicieux depuis longtemps (enfin, les meilleurs d’entre eux). Les autres crémants français n’ont jamais été aussi excellents. Même si le Limouxis ne s’en sort pas toujours parfaitement financièrement, il a de remarquables produits ….
      Pourquoi faut-il que le champ’ soit à part ? Seule l’histoire le justifie, les efforts de propagande consentis. Aucune autre région ne rentre des raisins aussi peu mûrs, à un rendement si énorme, avec autant de traitements phyto, avec autant d’engrais (dont les boues de ville) …. Nulle part on ne chaptalise autant, jusqu’à trois fois (vin clair, prise de mousse et liqueur d’expédition), nulle part les « overheads » ne sont aussi importants dans le prix de revient.
      Quant aux assemblages «banalisants », ils sont le plus vieux truc connu au monde pour gommer les défauts. Une colheita portugaise réussie sera bien plus intéressante que le meilleur tawny « over 30 years », et un armagnac (millésimé) aura plus de charme que ses homologues charentais.
      Non Hervé, la seule chose qui maintient le bateau à flot c’est la puissance financière qui est derrière. Et c’est cela même qui gêne le développement des plus petits, privés de cette manne.
      Après, que faire des producteurs de raisin si ce marché s’effrite ? Ça, c’est une vraie question, de celles que la France ne veut pas voir posées. Jamais ce vignoble ne pourra être reconverti vers une production de vin tranquille, en tout cas pas toute cette superficie, et je ne connais pas la valeur agricole du sol pour d’autres cultures. Donc, le maintien du Champ. demeure un enjeu économique et social important. Il n’est pas à négliger, tu connais mes opinions à ce sujet. Et tous les producteurs indépendants sont logés à la même enseigne que tous les vignerons de la terre, au mêmes contraintes et méritent le même respect.
      Ecrivez, messieurs, écrivez. Mais restez en vie aussi. Il est des vérités qui ne font pas plaisir à tout le monde.

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