Les 5 du Vin

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Le grand show pédestre des Terrasses, à Montpeyroux

À l’heure où les vrais connaisseurs des vins du Languedoc commencent à comprendre le rôle de levier qu’a pu avoir le Mimosa, l’un des restaurants les plus singuliers du Sud qui ferme ses portes cette saison, à Saint-Guiraud, trente ans après sa création par deux mélomanes britanniques épris de vins et de cuisines, je me suis arrêté dimanche dernier non loin de là. C’était pour déjeuner à l’ombre d’un parasol dans un village qui m’est cher, Montpeyroux. Pourquoi attacher de l’importance à une commune des pieds du Larzac, à l’ombre du Mont Baudile non loin du formidable site de Saint-Guilhem-le-Désert ? Parce que c’est tout bêtement là que, vers la fin des années 80, j’ai découvert l’incroyable pouvoir qualitatif du cépage Carignan vinifié par un Fadat prénommé Sylvain, un gars qui a démarré avec deux citernes de camion, un groupe de froid, quelques milliers de Francs et une poignée d’amis comme je le rappelais ici même au tout début de (auto pub) mon aventureux et dominical feuilleton Carignan Story.

Bridget Pugh, chef du Mimosa. Photo©MichelSmith

Bridget Pugh, chef du Mimosa. Photo©MichelSmith

Quant à Montpeyroux, toute personne bien informée sait que ce cru des années 50, à l’époque VDQS, souhaite devenir cru à part entière (comme je tentais de l’expliquer ICI & ) dans ce Languedoc qui se cherche et finit malgré tout par progresser. Un progrès que l’on doit entre autres aux Terrasses du Larzac – dont Montpeyroux pourrait être le fief, d’ailleurs – et à ses vedettes. Lieu de passage quasi obligé entre le « haut pays » et les riches cantons de la plaine, Montpeyroux est une sorte de melting pot permanent vers lequel je retourne toujours non sans un réel plaisir. Cette année, après avoir usé de mes accointances, je me suis fais inviter par le très sportif président de l’appellation Terrasses du Larzac, Vincent Goumard, afin de participer à la traditionnelle « Circulade » organisée par les vignerons des Terrasses sur les terres accueillantes de leur « rivale », Montpeyroux, avec un petit crochet sur la commune de Saint-Jean-de-Fos.

Vincent et Isabelle Goumard, du Mas Cal Demoura. Photo©MichelSmith

Vincent et Isabelle Goumard, du Mas Cal Demoura. Photo©MichelSmith

Au passage, je salue là la double sportivité dont il était question à la ligne précédente : Vincent a non seulement été capable d’inspecter le circuit long de 6 ou 7 kilomètres en courant au moment le plus chaud de la journée (près de 40° au soleil), mais en bon diplomate il a su organiser cette randonnée-dégustation en accord avec les vignerons de Montpeyroux lesquels ont eu droit à quelques barriques d’expositions pour leurs vins. Si querelles de clochers il y a pu avoir, elles étaient magnifiquement gommées et transformées en une sacrée entente cordiale ce jour-là, aux yeux de tous !

La Terrasse du Mimosa à Montpeyroux. Photo©MichelSmith

La Terrasse du Mimosa à Montpeyroux. Photo©MichelSmith

Invité dans un premier temps par mon ami Jean Natoli, œnologue devenu vigneron et récemment installé au Mas des Quernes, en Terrasses du Larzac (j’y reviendrai dans un autre article plus « carignanisé »), je me suis retrouvé à goûter le porc aveyronnais sur la terrasse d’un lieu inspiré puisque créé il y a quelques années par les fondateurs du Mimosa dont je vous causais en préambule. Une sorte d’annexe bistrotière où il fait bon se poser tout près de la fontaine et de la halle de Montpeyroux, un bistrot de village souvent mentionné ici même. Depuis la fermeture de la « maison mère », cette Terrasse du Mimosa est le seul lieu dans les parages qui propose un joli choix de vins du coin et qui en plus sait vous les servir comme il faut.

Le vignoble bio du Mas des Quernes. Photo©MichelSmith

Le vignoble bio du Mas des Quernes. Photo©MichelSmith

Il me fallait bien cela pour affronter les sentes caillouteuses qui me conduisirent vers des haltes aussi gourmandes les unes que les autres. Hélas, mon estomac, probablement bouleversé par la chaleur intense refusait d’avaler le foie gras ou le magret réclamant plus d’eau que de coutume et m’autorisant la dégustation de la production d’une bonne cinquantaine de vignerons (un record ?) venus d’une vingtaine de villages. Fort heureusement, la règle ne prévoyait qu’un seul vin par domaine. J’y retrouvais quelques caves coopératives comme celle de Saint-Félix et des domaines bien sympathiques comme le Domaine de Jordy, le Mas des Brousses, le Domaine des Gréceaux, le Pas de l’Escalette, autant de languedociens « pure souche », si j’ose dire, que « d’estrangers » parfois venus de très loin pour étoffer ce mélange de cultures et de techniques qui fait le charme – la force aussi – du Languedoc et du Roussillon.

Sur le territoire de Sylvain Fadat on ne trouve pas que du Carignan ! Photo©MichelSmith

Sur le territoire de Sylvain Fadat on ne trouve pas que du Carignan ! Photo©MichelSmith

Arrêt notoire autour de l’olivier « millénaire » que des marcheurs trop tôt épuisés s’empressèrent de coloniser afin de profiter de son ombrage tandis que j’étais fasciné par le visage lumineux de certains vignerons comme Sophie et Vincent Guizard du Domaine Saint-Sylvestre à Puechabon et par la gentillesse de Jean-Pierre Venture (Mas de La Seranne) plus que jamais protégé par les larges bords de son chapeau. Plus on montait, plus on se pâmait face à la beauté du paysage : quelques clochers perdus au loin en regardant vers le Pic de Vissou ou le Mont Baudile, dont quelques bribes de vignes de vignobles très connus d’Aniane, le tout ponctué de mazets, de murets, d’oliviers, d’amandiers, de figuiers, de poiriers, de chênes verts et même de chênes truffiers.

L'olivier millénaire. Photo©MichelSmith

L’olivier millénaire. Photo©MichelSmith

L’arrivée aux ruines du Castellas, au dessus du Barry, le village originel de Montpeyroux, valait son pesant de grappes de grenache ou de carignan, même si je n’ai point vu, à l’heure où je me suis pointé, Olivier Jullien (Mas Jullien) verser lui même les belles rasades de son rouge « États d’Âme » 2010, au demeurant d’une fraîcheur exquise…

Sophie et Vincent Guizard, deux jeunes qui montent (Domaine Saint-Sylvestre). Photo©MichelSmith

Sophie et Vincent Guizard, deux jeunes qui montent (Domaine Saint-Sylvestre). Photo©MichelSmith

Pour tout dire, une constatation s’imposait : comme dans beaucoup d’autres régions de France, le millésime 2010 faisait preuve d’un étonnant équilibre, j’irai même jusqu’à dire d’une distinction rare. Pour preuves, celui du Mas du Pountil fièrement drapé dans son manteau fait de 5 cépages (syrah, grenache, mourvèdre, carignan, cinsault). Même intensité profonde dans « L’Infidèle » de Cal Demoura, idem dans le très syrah 2010 de Montcalmès, surprenante aussi la « Caminarèm » du Mas des Chimères au prix fort raisonnable de 13 € départ cave, sans parler du Château Capion et de sa cuvée « Juge ». Autre bon rapport qualité-prix dans le formidable millésime 2010 : le "Saut du Diable" du Domaine Trois Terres à Octon. Un vin dense long et soyeux pour 10 € seulement ! Ce sont autant de vins qui devraient avoir une place dans la cave de l’honnête homme.

Charlotte de Cabissole et Clément de Béarn, du Château de Jonquières, tous deux fiers de leur rouge 2011. Photo©MichelSmith

Charlotte de Cabissole et Clément de Béarn, du Château de Jonquières, tous deux fiers de leur rouge 2011. Photo©MichelSmith

Personnellement, j’étais ravi de voir tout ce monde rassemblé sur le seul nom des Terrasses du Larzac. Ce n’est que 6 heures plus tard, à la presque tombée de la nuit, que je retournais à ma voiture garée face à la coopérative du village où je m’étais au passage ravitaillé en vins de carignan pour le « Carignan Corner » que j’aurai le plaisir d’animer le 20 Juillet à la Fête des Vieux Cépages du village de Trilla dans les hautes Fenouillèdes, à une heure de route de montagne de Perpignan, fête à laquelle j’espère vous retrouver !

Michel Smith

PS – So as to make your day happy… je vous invite à visionner ce petit film en hommage à Bridget et David, les créateurs du Mimosa, à qui la région et ses vignerons Languedociens doivent beaucoup. Et si vous avez encore du temps, relisez ces deux articles de dîners vignerons effectués au Mimosa, ICI et .

La vue sur les Terrasses du Larzac à partir des ruines du Castellas. Photo©MichelSmith

La vue sur les Terrasses du Larzac à partir des ruines du Castellas. Photo©MichelSmith

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