Les 5 du Vin

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Du fin fond de la Sicile… le Frappato

4 Commentaires

Un cépage frappant…. par sa couleur, sa truculence, a fraîcheur et pourtant, qu’on rencontre la plupart du temps associé au Nero d’Avola dans le fameux Cerasuolo di Vittoria DOCG*, vino rosso des alentours de Raguse, Catane et Syracuse.

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D’origine incertaine

Comme nombre de cépages, le Frappato est d’origine floue. Certains le disent autochtone  et bien sicilien, d’autres venu d’Espagne. Sa première trace écrite remonte à 1760, il est décrit dans le mémoire sur les vins de Vittoria de Sestini. Au début du 19e s, le baron Antonio Mendola l’assurait également natif de Sicile et plus particulièrement de Vittoria, où il serait présent depuis 1600. On l’y appelait Frappato Nero di Vittoria ou Frappatu. Par contre, histoire de pimenter l’imbroglio, son nom viendrait de l’espagnol, Frappato signifierait vaguement fruité

De plus, le Frappato n’échappe pas à la règle des nombreux synonymes: Frappato di Vittoria, Frappato Nero di Vittoria, Frappatu, Nerello, Nero capitano.

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La plante

De vigueur moyenne, il porte des grappes assez grandes de forme pyramidale, ailées aux grains serrés. Ces derniers se présentent sphériques à la peau épaisse bleu violacé recouverte d’une pruine abondante. Les feuilles, assez grandes, se découpent en cinq lobes dentelés.

Cépage précoce, il débourre aux environs de la troisième décade de mars, moment où il craint plus le gel que les maladies, quoique sensible à l’oïdium et à la pourriture grise à cause de la compacité de la grappe. Il fleurit début mai et entame sa véraison avant fin juillet. Il mûrit tardivement vers fin septembre.

Il donne des vins de bonne complexité aromatique, bien colorés, frais et structurés, au degré alcoolique pas trop élevé, généralement aux environs de 13°.

 

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Frappato 2010 DOC Vittoria Frappato Valle dell’Acate

Rubis carminé, il éclate de fruits au nez, succession de baies rouges, groseille, cerise et framboise avec un accent particulier sur cette dernière. Du poivre et de la réglisse viennent les souligner. La fraîcheur buccale surprend, mais permet de mettre très en valeur le développement fruité. Les épices viennent comme pour le nez relever la saveur des baies. Les tanins tout fins tissent leur décor soyeux où viennent s’imprimer arômes et relief minéral.

 

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Ce 100% Frappato pousse sur une parcelle de la commune de Bidini en Sicile orientale. Planté à 5.000 pieds/ha, il offre un rendement de 7500 kg par ha. Le vin est élevé en cuve inox pendant 6 mois et mature encore 3 mois en bouteille avant la mise en marché.

Le domaine

La propriété se love au creux de la sinueuse vallée du Dirillo dans la province de Raguse en Sicile orientale. Lorsque la famille Jacono la fonda à la fin du 19e s, elle la voua tout de suite à la viticulture, bien avant que Vittoria soit le centre le plus actif de l’exportation de vins destinés au marché français. Le domaine s’est fait une notoriété grâce à la culture des variétés autochtones.

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Aujourd’hui, Gaetana Jocono, septième génération, dirige l’entité de 100 ha où ont été plantés quelques cépages internationaux. Le sol de grès calcaire à lentilles argileuses apporte une identité forte aux vins produits.

www.valledellacate.net

*le Cerasuolo di Vittoria est l’un des premiers vins rouges sicilien a avoir obtenu la DOC en 1973 et la DOCG en 2005.

Ciao

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Marc

 

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “Du fin fond de la Sicile… le Frappato

  1. Tu te souviens, Marc ? Tu rappelais souvent que tu « … aurais aimé voir Syracuse et t’enivrer de vin au calme en écoutant Boris Vian, puis rêver des femmes autochtones en convoitant Gaetana … » Ah, la Bossa Nova, née la même année que moi.
    Mon souvenir de Catane est tout autre. Nous sommes en 1988 et j’accompagne un gynécologue liégeois qui présente un exposé scientifique au congrès méditerranéen des maladies infectieuses, un des nombreux prétextes que l’industrie du médicament a inventés à l’époque pour pouvoir offrir des extras agréables à ses bons prescripteurs. Hélas, le brave homme a été attaqué en pleine ville alors qu’il y faisait un petit tour de reconnaissance en Alfa Romeo de location, déjà du car-jacking à l’époque. Je l’ai retrouvé commotionné et dévalisé, au poste de police. Je crois que lui aussi a été « frappato », fortissimo ma non troppo.
    Plus sérieusement, voilà le genre d’articles (en plus long) qui feraient vivre les revues, si elles en publiaient beaucoup. Mais peut-on les financer ? Je suis certain que les amateurs de vin prennent plus de plaisir à découvrir ces crus exotiques qu’à apprendre que le Vieux Château Divan a reçu un point de plus sur mille que le Domaine du Canapé, lors d’une dégustation dans les salons du Crillon, à l’heure où les cigales se sont tues.
    PS: Padresanctus est réapparu, webmaster !

    • Tu vois Luc, je n’ai jamais été en Sicile et ça me manque. Mais peut-on manquer de quelque chose qu’on ne connait pas ?

      • Outre cette visite là, pharma-sponsorisée, j’ai eu l’occasion de participer à un symposium sur les vins doux à Marsala, vers la deuxième moitié des années ’90. C’est IVV qui en a profité. Mon ami Van Hove était de la partie, avec sa femme Maria, et nous avons eu un emploi du temps très chargé, cumulant les sorties prévues par le congrès, son agenda et le mien. Deux souvenirs impressionnants resteront la beauté des salines de Marsala au soleil couchant, l’ombre de Garibaldi planant encore sur les moulins-à-vent, et la taille impressionnante des cuves d’excellents vieux vins doux chez Florio. On parle de centaines et de centaines d’hectolitres de véritable or liquide. Il ne s’agit pas de quelques gouttes de « réserve particulière » mais bien d’un océan de rancio magnifique. La Cosa Nostra possède des réserves ! Un regret aussi : pas eu le temps de pousser jusqu’à Pantelleria.
        Oui Marc, l’imagination est plus forte que le souvenir. Je pense ne jamais pouvoir aller découvrir Machu-Pichu et c’est quelque chose que j’aurais voulu faire. La gestion d’un vignoble au quotidien, le compte en banque qui va avec, et mon état de santé (4.000 m d’altitude) m’en empêchent à tout jamais. L’autre regret est un tour d’Islande à cheval – mon frère y sacrifie presque chaque année – mais il faudrait là que je perde 10 kg de poids corporel, en plus des finances à rassembler, pour que les montures ne croulent pas sous moi !

      • J’ai bien aimé Florio aussi, avec son vieil embarcadère datant du temps des goélettes anglaises. Et puis de Bartoli – Marsala mais aussi Bukkuram, son passito de Pantelleria; Donnafugata; Regaleali; Rapitalá. Benanti, côté Etna. La Sicile, un vrai pays viticole à part entière. Ne pas oublier les blancs de catarratto et de grillo.

        Hervé

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