Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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L’habit fait-il le moine ?

Le rôle de l’habillage (ou "packaging" si vous êtes adepte du franglais) fait assez peu débat dans les supports qui parlent du vin, sauf dans quelques revues professionnelles. Je trouve cela curieux car j’estime que la manière de présenter son vin sur le plan visuel a son importance, et une influence non-négligeable sur les ventes. Et donc sur la santé économique des producteurs. Après tout, le visuel domine parmi nos sens et il s’agit souvent du premier contact avec un vin, pour un consommateur. En tout cas, j’avoue être influencé par l’aspect extérieur d’un flacon, plus ou moins selon les cas, au moment de l’acte d’achat.

Si les vins les plus prestigieux ou les plus connus, souvent rares et presque toujours chers, n’ont pas besoin de cela pour bien se vendre, quid de tous les autres ? L’apparence d’une bouteille dit nécessairement quelque chose sur son contenu, sur son producteur, et/ou sur le public visé par celui-ci. Mais ce "quelque chose" est-il nécessairement le juste reflet du produit ? Je sais bien que le sujet marche un peu sur des plates-bandes philosophiques, mais quelques récentes expériences m’ont interpellés sur des éléments liés à l’image donnée par des habillages de certains vins.

WINESTAR

Par exemple, j’ai reçu récemment des canettes de vin: trois boites en aluminium contenant chacun 187 ml. La marque qui vient de lancer cela s’appelle Winestar et a produit, pour l’instant, un blanc, un rosé et un rouge, chacun issu d’une appellation languedocienne.

Beaucoup seront choqués à l’idée de boire du vin à partir d’une boîte métallique, mais j’ai essayé de ne pas avoir trop d’a priori au moment de ma dégustation. D’ailleurs, j’ai déjà dégusté du vin en canettes, il y a une dizaine d’années. J’en avais trouvé en Thaïlande, cela venait de Provence et ce n’était pas infect !

Mais ma dégustation de ces trois vins, que j’ai partagé avec un collègue afin d’avoir une sorte de contrôle, m’a déçue. Les vins n’étaient pas très bons et deux d’entre eux m’ont donné une curieuse sensation de goût métallique. Je me méfie beaucoup de ce genre d’appréciation induite par la connaissance de la chose : la vin est en canette, donc il va avoir un goût métallique. Je ne peux m’empêcher de penser que les amateurs de "minéralité" dans le vin vont être bien servis par ce produit ! Mais non, c’est trop simple. D’autant plus que la littérature qui entoure ce produit parle d’une conservation impeccable pendant 5 ans et d’une couche interne qui isole le vin du métal.

Voici mes notes:

Winestar, Corbières blanc (non-millésimé)

Nez net, assez tendre, autour d’un fruit jaune.Bouche correcte mais semble un peu dure, plus chimique que fruitée. Possède un peu de chair qui n’arrive pas à masquer un cœur métallique.

Winestar, Languedoc rosé (non-millésimé)

Un joli fruité au nez dans un style cinsault/grenache. Assez vif et précis en bouche avec un bon fruit mais encore cette sensation un peu métallique.

Winestar, Corbières rouge (non-millésimé)

Nez fumé et boisé. Rustique et assez rugueux en bouche, ce vin n’est pas transcendant mais semble honnête et, au moins, n’a pas ce goût métallique des deux autres.

Ceci étant fait et dit, j’avoue que mon approche du sujet sur le plan de la dégustation est critiquable car je n’ai pas dégusté à l’aveugle. Une prochaine fois peut-être, dans des verres servis ailleurs et apportés et en compagnie d’autres vins comparables.

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Autre occasion, d’autres origines, mais une approche peut-être encore plus "culottée" de l’habillage de vins. Il s’agit, et cela va surprendre, de vins de Tokay, un blanc sec et un blanc doux (mais pas un Aszu). je les ai dégustés en compagnie d’un ami qui envisage des les importer en France. Là je comprends une partie de la démarche, qui est autant tactile que visuelle : il est bien plus facile d’agripper ces flacons avec leur anneaux/étiquettes en plastique épaisse qui possèdent un relief agrippant, qu’une bouteille normale qui sort d’un sceau à glace. "Hold" j’ai pigé, mais "Hollo" ??? En tout cas je dois avouer que je m’attendait à des vins pas très chers, du genre 5 à 10 euros la bouteille. Or ils devraient se vendre, si jamais on décide de les importer en France, eu-dessus de 20 euros. Le Tokay sec était très bon, mais le doux, du type Szamorodni je pense, n’était pas transcendant. En tout cas, de tels habillages, aussi rusés et originaux soient-ils, ne me semblent pas donner une image d’un vin dans ce zone de prix. Suis-je devenu "vieux jeu" ou est-ce que le marché de vin reste bien trop figé dans ses habitudes ?

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Même occasion mais d’autres vins, cette fois-ci de provenance australienne. Et là je trouve l’ensemble parfaitement cohérent, avec d’excellent vins dont l’habillage et aussi élégant et subtil que les liquides dans les bouteilles. Voici aussi la contre-étiquette, qui évite finement la bla-bla habituel et gonflant de "terroir+ arômes + accord mets/vins" pour nous donner quelques faits sur l’approche de la vinification plus une localisation du vignoble. Et capsules à vis, bien entendu.

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Et ces deux vins, un chardonnay et un pinot noir, étaient simplement splendides. Aucune lourdeur, aucun excès de bois ni d’alcool, des équilibres aussi bien faits que les saveurs sont délicates. Le nom de marque, Innocent Bystander, intrigue. J’ai vu une photo de la winery, à l’architecture aussi moderne que discrète, et qui incorpore, paraît-il, un bon restaurant. Les Australiens ont très bien compris l’intérêt du design, comme celui du tourisme viticole.

Un dernier exemple, pour la route (et j’en aurai fait entre la rédaction de ce texte de sa publication !). Je crois avoir déjà parlé de l’initiative superbe et solidaire entre vignerons du sud pour venir au secours de Raimond de Villeneuve, dont les 24 hectares de vignes à Château de Roquefort, en Provence, ont été dévastés par la grêle il y a juste un an. Voici l’étiquette d’un des vins qui a été produit grâce à cet effort exemplaire de la part d’une vingtaine de très bons producteurs de Provence et Rhône.

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La cuvée s’appelle Grêle 2012. L’étiquette réussit à nous transmettre la dureté de l’événement, mais aussi présente, en filigrane, les noms des vignerons qui ont contribué raisins et vins afin que Raimond puisse survivre en tant que producteur. Et le vin est délicieux.

Je note au passage qu’il suffit d’avoir de bons raisins et un bon vinificateur pour faire un bon vin.

Nul besoin d’un terroir spécifique, car ce vin provient de parcelles très diverses disséminés sur au moins 200 kilomètres de distance et d’une vingtaine de domaines différents. Non, je n’ai pas dit que le terroir n’existe pas. J’ai seulement dit qu’il n’est pas le seul facteur de qualité dans un vin, ni peut-être le principal, au delà d’un minium vital.

Et l’habit ne fait pas nécessairement le moine non plus.

David

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