Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

#Carignan Story # 181 : le petit (grand ?) Chaperon rouge

8 Commentaires

Alain Bradfer, Catherine Bernard, d’autres encore dont notre ami Luc Charlier au sujet duquel je mijote quelque chose de gratiné, je ne suis pas mécontent de voir que je ne suis pas le seul journaliste ou ancien journaliste à tâter du Carignan. Dernier en date, mais il est opérationnel depuis 2006, Jean-Yves Chaperon, un auvergnat bon teint – je dis ça parce qu’il est plus jeune que moi – qui, après avoir été rédacteur-en-chef à RTL, anime toujours une émission de jazz d’une heure le dimanche soir sur le coup de 23 h, ce qui le rend encore plus sympathique à mes yeux. D’après ce que j’ai compris, Jean-Yves s’est aussi aménagé un petit territoire bien à lui, une jolie cave en pierres du Gard doublée d’un petit domaine viticole du côté de Gignac et de Clermont-L’Hérault. C’est l’œnologue conseil Jean Natoli qui l’accompagne dans son aventure. Il m’a raconté tout cela alors que nous étions attablés à Montpeyroux, à la Terrasse du Mimosa, après la dégustation des vins d’un nouveau domaine dont je vous réserve la surprise dans les prochains jours.

Photo©MichelSmith

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Ce jour-là, sachant que je suis un carignanophile plus qu’endurci, Jean s’est empressé de commander un Carignan pur jus, IGP Mont Baudille 2010, du Domaine Les Chemins de Carabote. « Comment, tu ne connais pas le carignan de ton confrère ? » Et c’est ainsi que je fis connaissance, à table, avec le vin de Jean-Yves Chaperon, vin que l’on peut acheter à emporter à La Terrasse pour la modique somme de 7 €, soit le même prix qu’à la propriété. « Alors, comment tu le trouves ? » Eh bien, pour tout vous dire, je me suis régalé ! Il faut dire qu’en ces premiers jours de Juillet, le vin était servi comme il faut, dans un grand sceau d’eau avec quelques glaçons.

Photo©MichelSmith

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Une robe solide, un nez parfait de garrigue, une rondeur et de l’aisance en bouche, le vin (macération carbonique) est facile à boire, mais il a du style, de l’épaisseur, de l’équilibre et un fruité remarquable assez proche de la framboise. J’ajoute pour résumer mon enthousiasme qu’il est aussi charmant qu’élégant. Quand je pense qu’il y a encore pléthore de soi-disant puristes et connaisseurs qui maintiennent haut et fort que la macération carbonique est une hérésie ! Oseront-ils seulement comprendre et apprécier la justesse d’un vin simple mais réjouissant fait pour égayer un peu plus un repas d’été ? J’en doute. Quoiqu’il en soit Jean-Yves, tu as les félicitations du jury et tu es invité à rejoindre la joyeuse bande de l’association Carignan Renaissance !

Michel Smith

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Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “#Carignan Story # 181 : le petit (grand ?) Chaperon rouge

  1. Michel, pour la polémique du dimanche, toujours je retrousse mes manches.
    Je n’appartiens certainement pas au groupe des puristes mais espère ressortir à celui des connaisseurs. Je ne vois pas pourquoi on devrait parler d’hérésie lorsqu’on décrit la carbonique … mais !
    A titre personnel, je ne discerne pas ce que ce mode de vinification apporte à des raisins sudistes mûrs et sains. Le carignan dégage par lui-même des arômes fruités intéressants, voire même exceptionnels. J’ose dire qu’il rivalise avec le pinot noir sur ce point. Le carignan, lorsqu’on le laisse mûrir, offre des tannins d’une grande suavité et d’une souplesse remarquable, qui s’arrondissent d’eux-même au fil de la macération. Le chapeau de marc les « nourrit ». Le carignan enfin possède un équilibre acide phénoménal, qu’il ne faut pas perturber. Mais le carignan a tendance à « entrer en réduction » et nécessite une aération attentive.
    Pour moi, il ne faut pas le brusquer par une fermentation sous gaz carbonique total ; il ne faut pas l’arrondir au-delà du raisonnable et il ne faut pas le priver de ses arômes propres en le « bonbon-isant » ; et il ne faut surtout pas le « désacidifier ».
    Maintenant, quand un rendement excessif ou des localisations moins ensoleillées ne permettent pas d’arriver à la maturité phénolique réelle – car de la couleur et de l’alcool, il en donne toujours, ce gentil cultivar – là peut-être son côté rêche domine-t-il et la carbonique permet de l’amender. Mais c’est pour moi un cache-misère, un cache-sous-maturité.
    Après, si on aime ça, je ne vois aucun inconvénient à offrir aux consommateurs une version « down-graded », sur la gaîté et la facilité. C’est un autre type de vin, de soif peut-être. Mais ce n’est pas le mien : je bois comme un protestant, l’austérité en moins !
    Certains autres cépages méditerranéens obéissent un peu au même profil (le baga de la Bairrada, le dolcetto piémontais, les niellucio et aleatico, le primitivo, le negro amaro …). Quand on se donne la peine de les vendanger bien mûrs, ils sont capables du meilleur : Luís Pato, Elio Grasso …

    • Voilà une bien belle vision du carignan que j’utiliserais volontiers le jour où j’en serais à publier ma déclaration d’amour au cépage maudit. Côté Piémont, j’aurais plutôt tendance à le comparer à la barbera plus qu’au dolcetto.

      • Je comprends ton commentaire, Michel, mais le barbera, tout le monde sait qu’il peut donner de grands vins du côté d’Alba, d’Asti et de Monferrato, et il n’a pas ce versant « mal aimé » que le dolcetto possède. On en a bu de très mauvais, il faut dire, et de très mauvais carignans aussi, hélas. La faute n’en incombe toutefois pas au cultivar, mais bien plutôt à son massacreur.
        Un conseil, modère tes déclarations d’amour. Cela commence toujours comme cela et puis, quelques années après, c’est le tabellion qui contribue à te dépouiller !

  2. Merci pour ce beau voyage !

  3. Puis-je prolonger la polemique du dimanche jusqu’au lundi?
    Luc n’a pas besoin de la carbo parceque qu’il fait les vins qu’il aime et ca ne correspond pas.
    Mais moi en tant que consommateur j’aime beaucoup la diversite et de temps en temps le fruite presque sans tannins d’une bonne carbo, c’est comme une gourmandise.
    Petit avantage technique en ete, bien note par Michel: on peut refroidir ce genre de vin sans se retrouver avec des tannins accrocheurs et des gouts metalliques.
    Gros avantage pour le segment de marche des vins faciles d’acces: ca plait a presque tout le monde (sauf quelques membres de la categorie des connaisseurs) et ca permet de faire des vins pas chers.
    Et une question d’ignorant : est-ce que la carbo permet d’utiliser moins d’intrants oenologiques qu’une vinification classique?

    • Alors là, Denis, tu poses une question à laquelle je suis incapable de répondre… Je me renseignerais dès que je tombe sur un de mes potes oenologues. J’ajoute, que la cargo ne convient pas à tous les cépages, mais qu’elle donne de beaux résultats sur le gamay et le carignan. Enfin, on ne va pas discuter éternellement sur ses mérites ou ses défauts, l’essentiel étant que je me suis régalé sans me poser la question de savoir s’il s’agissait d’une vinification classique ou autre.

  4. Belle histoire ! j’ai l’habitude des Carignan plus puissants et plus épicés. Mais je ne suis pas spécialiste et celui là m’a l’air tout à fait particulier. Est-ce que la macération carbonique altère la capacité de garde du vin ? Merci

    • Un peu peut-être… Mais j’ai goûté de "vieux" Carignan de près de 10 ans qui étaient parfaits. Idem avec les Gamay du Beaujolais. Donc faut arrêter de nous faire peur avec la macération carbo. Avec de très beaux raisins, on ne risque rien. C’est comme une tisane : avec de belles feuilles et fleurs de tilleul, ça marche. Mais si le tilleul est passé et abîmé, c’est moins intéressant.

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