Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Même au "pays du rosé", l’aromatisé gagne du terrain

14 Commentaires

La scène se passe dans un Leclerc de la banlieue marseillaise.
Un jeune couple hésite devant le rayon des rosés. Coteaux D’Aix? Côtes de Provence Sainte Victoire? Bandol?
Les belles appellations ne manquent pas dans les environs.
Moins cher, il y a aussi les IGP.

Finalement,le couple opte pour Festalie – un vin aromatisé au pamplemousse.
Ben oui, comme ça, pas besoin de se poser la question de savoir quel goût il aura.

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Rosé ou aromatisé – ou les deux? 

Leclerc a judicieusement placé ces vins aromatisés tout à côté des vins "ordinaires". C’est malin parce que comme ça, ceux qui cherchent un rosé mais découvrent les aromatisés sont tentés d’essayer.
D’ailleurs, le segment de linéaire alloué aux aromatisés progresse régulièrement.

Ne surestimons pas l’intérêt que le Français et la Française moyens portent au vin et à ses mentions de qualité.
Entre les mystères du terroir et la facilité d’une saveur garantie, d’une sorte de Wine cola, toujours le même, sans surprise, ni bonne ni mauvaise, le couple de chez Leclerc a choisi.

La morale de l’histoire? Il faut de tout pour faire un monde du vin.
A tout prendre, je préfère que les vins médiocres prennent le chemin de l’aromatisation plutôt que celui de la distillation. Et loin de moi l’idée de dicter à mes compatriotes ce qu’ils doivent boire ou pas.

Mais sur ce site qui a pour objet le vin, et de préférence le vin d’auteur, le vin présentant une certaine ambition, ne vous attendez pas à ce que je vous vante l’aromatisation.

C’est contraire à mes intérêts – car qui a besoin d’un critique pour lui expliquer que le pamplemousse a le goût de pamplemousse!? Et c’est surtout contraire à mes principes, qui sont de soutenir le vin, fruit de la terre et du travail des hommes, comme on disait naguère dans la liturgie catholique.

Un lecteur, répondant à un autre billet sur ce même thème, me rétorquait judicieusement qu’il faudrait d’abord s’interroger sur l’origine du vin qui sert de base a cette mixture.

Je pourrais dire que je m’en fous, que ce n’est pas mon problème, que le beurre n’est pas de la margarine, mais non, la question est fondée. Seulement j’ai peur de ne jamais pouvoir répondre en connaissance de cause.

Mais je crains bien que l’appât du gain aidant – et le peu de différence dans le produit fini – on en vienne rapidement à importer des vins ou des moûts à vil prix pour les produire. Si ce n’est déjà fait.

Car une fois la recette bien établie – vin neutre, récolté en sous maturité pour la vivacité et le surcroît de rendement, arômes, sucre éventuel, qu’importe l’origine?

N’est ce pas ce genre de recette (ajouté d’une bonne rasade de promotion) qui a fait le succès des grandes marques de vermouth? Qui s’est jamais soucié de la provenance des vins de Martini ou de Gancia?

Amis Provençaux, c’était bien la peine de faire tant de bruit autour du rosé de coupage – qui reste du vin, lui, au moins. Voila que votre "vrai rosé" se fait tailler des croupières, chez lui, chez vous, par des mixtures boostées aux arômes. L’OIV leur a même donné le droit de porter le nom de vin (aromatisé, mais vin tout de même).

Ca, vous ne l’aviez pas vu venir.

Hervé

PS.: Au fait, quels sont les types d’arômes utilisés? Sont-ils totalement inoffensifs?

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

14 réflexions sur “Même au "pays du rosé", l’aromatisé gagne du terrain

  1. Eh oui, tous les chemins mènent arômes… ;-)

    • Zut alors, j’suis coiffé sur le fil. J’allais signaler que le long de la via Domitia tous les vins conduisent à rômes !
      PS: Padresanctus is back …. strong (3 fois d’affilée)!

  2. J’aime particulièrement ta chute, Hervé. Il m’est arrivé de goûter des vins aromatisés vinifiés du côté de Béziers par un copain qui n’a qu’une idée : chercher de nouvelles voies (vers Rome…) et de nouveaux consommateurs. Je ne peux pas aller contre cette idée et j’ai goûté ses vins. Malgré de gros efforts intellectuels, je ne suis pas arriver à me dire : "c’est dégueulasse, ça n’a aucun intérêt". J’ai même failli en parler dans ces pages mais on m’aurait encore accusé de je ne sais que dérangement du cerveau. Ce sera pour une autre fois. Bravo de l’avoir fait, à ta manière.

  3. Eh oui, hélas, c’est ainsi. Mais, cher Hervé, une grande surface possède un seul objectif : faire de la marge en vendant n’importe quoi, de l’eau, du vin "normal", simple ou pas simple (cf. Michel SMITH) , du vin aromatisé, de la limonade et j’en passe !! Faire de la marge, but unique. Donc, ne soyons pas surpris de leur démarche.

    Scène vécue chez un petit caviste de Carpentras il y a trois ou quatre ans ; il était plein de bonne volonté et souhaitait attirer une clientèle curieuse de bons produits ; sa boutique a tenu 2 ans à peine…

    Un jeune couple entre, des "touristes", ils lui demandent du "rosé de Provence" car ils reviennent du Var et ont oublié d’acheter ce genre de rosé afin de l’offrir à X ou Y, peu importe. Le caviste leur répond qu’il n’a pas en boutique du "rosé de Provence" mais par contre de bons rosés de l’AOC Ventoux ou CdR. Pédagogie à l’appui, il leur propose de déguster un rosé de Provence acheté par ses soins dans une grande surface et un de ces rosés Ventoux ou CdR. Ils dégustent, visiblement ne sentent aucune différence et demandent le prix du rosé local (c’était autour de 6 euros) et celui du Provence de super marché (2,8 euros). Eh bien, ils voulaient que l’étiquette comportent "Provence" et ont demandé où se trouvait le super marché en question. Pauvre caviste, il était meurtri, effondré ; le monde qu’il s’était construit autour du vin s’effritait……

    Pas la peine de faire bon ou de vendre bon, puisque la merde se vend mieux !! Tel est le credo des grandes surfaces.

    Bon, courage, tout n’est pas perdu.

    Signé : "ce bon M. Truc", car telle est la locution que M. Smith a utilisée à mon encontre. Traduite en provençal de base, cela donne "ce couillon de M. Truc"… merci "Carignan-mad".

    • @ Truc-machin-bidule
      Pour Léon, il ne fait pas bon genre de citer Hergé, même en le paraphrasant.
      Pourtant, je vais oser : « Que le Grand Truc me troque ! ».
      Dans les strates successives du journalisme, celui qui, mieux que les couches sédimentaires, permet de donner une importance aux gens, ce n’est pas la qualité que l’on nous confère qui importe, mais le nombre de fois qu’on parle de nous. Malheur à qui ose préférer le verbe être au verbe avoir, et « être vraiment » à « avoir l’air ». Il faut donc remercier le Forgeron pour sa citation, et non lui tenir rigueur des termes choisis. Notre « grincheux du blog » – d’après le grand sachem du GJE – libéré qu’il est de devoir justifier le « poids » de ses mots (quel boulet !) pour faire valoir le choc des photos, égratigne parfois l’un ou l’autre. Nous, les carignanesques, sommes comme cela : il faut savoir apprécier nos bons côtés pour nous pardonner les tannins un peu rudes de notre jeunesse. En même temps, je le concède , la jeunesse de Michel est longue à mûrir !

      • Je préfère cela ; tintinophile depuis 1952, la citation en question ne me dérange pas. Mais pourquoi : @ Truc-machin-bidule ? Moquerie ? Il se trouve que TRUC n’est pas un pseudo, mais mon patronyme.
        Nous n’avons pas les mêmes tannins, un peu comme des gènes ; certes, les miens sont de grenache et ils peuvent cohabiter avec ceux des carignans, me semble-t-il. Bref, cela n’intéresse personne parmi vos lecteurs ; donc plutôt que d’écrire encore 20 lignes sans doute inutiles ou jugées telles, je vous salue.

    • Il m’arrive assez souvent de traverser la Provence en m’y arrêtant. Mais je ne suis jamais resté assez longtemps pour me familiariser avec la langue provençale. Pour moi, "ce bon Monsieur X" n’a rien de péjoratif. C’est "simplement" affectif. J’aurais pu dire aussi "ce brave Monsieur Y" et ça aurait pu en choquer quelques uns…
      Non, rien de tordu, rien de compliqué. N’oubliez pas, Georges, que par la grâce de Léon 1er, je suis aussi forgeron. Rien de surprenant donc à ce que je batte le fer tant qu’il est chaud.

  4. Hervé (ta signature en rose): nature ou aromatisé?

  5. aromatisée d’une bonne rasade de scotch !

  6. @ G Truc
    1. Nulle moquerie, un simple clin d’oeil dont il ne fallait pas prendre ombrage, pas plus que de la formule de M. Smith. Moi, on retourne souvent mon prénom, ce qui n’est pas flatteur. Je sais depuis le blog (encore) de Lalau que c’est un vrai patronyme, tout à fait respectable – comme tous les patronymes d’ailleurs. Vous riez souvent, en France, des « Monsieur Vandeput » (Coluche l’a fait avec talent), or cela veut dire simplement « du trou ». Rien de bien méchant.
    2. Carignanesque je le suis devenu devant l’élégance des jus que j’ai découverts ici , mais mon encépagement est fait à 65 % de grenache, dont j’ai dit à « Decanter » qu’ils étaient les « meilleurs au monde » dans toute la vallée de l’Agly. Cela ne veut rien dire bien sûr, mais marque mon admiration. Et le magazine a repris cette citation, qui doit faire plaisir à tout CNP et le Vaucluse dans son ensemble, ainsi qu’à Bandol et l’Hérault !!!!! Pour rester en France bien sûr.
    3. Vous vous trompez quant à l’intérêt des lecteurs. Certains aiment les « divagations latérales » qui égayent un peu les discussions parfois trop austères. Tout le monde ne s’endort pas en rêvant de granulométrie comparée – même si ce sujet présente AUSSI un intérêt. Et on peut « zapper », cela veut dire passer outre, si on le désire.
    Salut réciproqué, with a smiley !

  7. Le "salut réciproqué", je ne connaissais Monsieur Léon Vandeput. Du moins on ne me l’avait jamais fait… même entre carignophages. Cher Georges Truc, restez encore un peu avec nous ! On rigole bien ici, ne trouvez-vous pas ?

    • Bien sur que je reste avec vous ; non seulement on rigole mais on apprend beaucoup de choses et je mets en mémoire les billets du blog des 5 du vin, pour les reprendre lors de moments opportuns ou de l’envie de retrouver un sujet qui me plait.
      Comme l’écrit Marc, portez-vous bien !!

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