Les 5 du Vin

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Aimer le vin… ou pas

Il y a bien des raisons d’aimer le vin. Pour son goût, pour la culture qui gravite autour de lui. Pour les gens qui le produisent. Mais il y a au moins autant de raisons aussi de ne pas l’aimer. Pour son goût. Parce qu’on n’est pas sensible à sa culture. Parce qu’on a d’autres passions. Parce qu’on n’a aucune passion.

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Je n’ai pas aimé

L’Odyssée de l’ennui

Il y a quelques mois, j’ai été voir un film que l’on m’avait recommandé: L’Odyssée de Pi. Je n’ai pas aimé. Il paraît qu’il s’agit d’une fable philosophique, une sorte d’allégorie, censée mener vers l’ineffable, vers le sens de Dieu. Je n’ai rien compris.

Pris au premier degré, le film m’a profondément ennuyé – un homme et un tigre dans une chaloupe, même avec des effets spéciaux, ça reste assez chiant à regarder. Quant au deuxième degré, l’interrogation sur le sens du film, l’histoire était-elle vraie, il y a t’il un pilote dans l’avion, la chaloupe ou l’univers, je suis passé complètement à côté.

Donnez moi une seule minute du Sens de la Vie, des Monty Python, je préfère. Notamment la scène du type qui sort du frigo pour nous faire découvrir la galaxie en chantant. Ou même, le restaurant où l’on sert de la philo.

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The Meaning of Life (cliquez ICI pour un extrait)

Bref, je n’ai pas accroché. J’en parle ici parce que je pense que dans toute conviction philosophique, dans toute passion (et le vin peut en être une), il y a d’abord une sorte d’adhésion, qui repose sur des expériences, une initiation, une sensibilité. Et nous ne sommes pas tous égaux devant l’expérience, devant la sensibilité.

Le vin qui fait mon plaisir, celui de mes papilles et celui de mes neurones peut très bien ne pas vous plaire. Comme moi je suis passé à côté du film et de sa démonstration, vous pouvez très bien passer à côté de ce vin. Et même, à côté de tous les vins.

Vodka-Orange

J’ai rencontré il y a peu dans le vignoble un jeune travaillant pour une grande cave; je lui ai demandé ce qu’il aimait boire, il m’a répondu: "vodka orange".

Je connais autour de moi, dans ma famille et dans mon cercle de connaissances, bon nombre de gens qui ne s’intéressent pas au vin. Soit qu’ils trouvent le sujet trop compliqué, soit qu’ils trouvent la boisson trop ringarde, soit qu’ils n’aient jamais eu l’occasion de s’y intéresser.

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Photo: Decalsplanet.com

C’est plus fréquent qu’on ne pense, notamment chez les jeunes, auxquels on n’apprend plus le vin. Ou dans les familles qui n’ont aucune attache vigneronne, ni campagnarde. Je ne juge pas. Ce n’est pas parce que le vin est une de mes passions que je pense qu’elle s’impose à tous.

Pour d’autres, c’est la philatélie, la pétanque, le piano, la physique quantique, le kamasutra, que sais-je? Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises passions – tant qu’on n’en vient pas à une addiction dévorante, bien sûr.

Mais cette réflexion m’entraîne sur d’autres chemins de pensée. Beaucoup de ceux qui buvaient du vin il y a 50 ans ne buvaient pas en connaisseurs ni même en connaissance de cause – ils buvaient parce qu’ils travaillaient dur et qu’ils avaient soif. Le vin était leur boisson. Ces travailleurs de force sont bien moins nombreux aujourd’hui et c’est tant mieux pour leur santé. Qui peut regretter la disparition de ce type de consommation?

Aussi, quand je lis que le volume de vin consommé en France a fortement baissé ces 30 dernières années, je ne m’en inquiète pas. Le type de consommation que je pratique, que je me permets même de préconiser, est une consommation consciente, épicurienne, éclairée, si vous me passez cette expression un peu vaniteuse.

Je préfère moins de litres, voire moins de consommateurs, mais plus de conscience, de réelle appréciation du vin.

Et qu’est-ce qu’on boit là-dessus?

Le Cahors Tradition 2009 du Château Nozières, par exemple.

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Au nez, du fruit rouge (grenade, mûre), quelques notes florales aussi. En bouche, du velours. Olivier Guitard a su éviter la sur-maturité dans cette année chaude, et garder au vin sa puissance et son caractère – et même cette touche de rusticité que j’aime bien. Voici un vin couillu, pour vous servir. Et pour moins de 5 euros, que demande le peuple?

Le 2010 est très bien aussi, dans un style un peu plus délicat, un fruit plus noir (pruneau, cassis). Et tout aussi bon marché.

Hervé

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