Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Journées ordinaires et petites déceptions d’un journaliste/dégustateur

3 Commentaires

00D999E3Non, malgré ce que nous a raconté Hervé la semaine dernière, le vin n’est pas toujours gai !

Le quotidien d’un journaliste qui déguste des vins pour se faire une opinion et, de temps en temps, tenter de donner envie à quelques lecteurs, n’est donc pas toujours rose. Oh, je ne vais pas me plaindre : je ne suis pas râleur comme ces Français dont nous a parlé Michel jeudi dernier ! Nous avons beaucoup de chance de pouvoir vivre, même chichement, de ce qui est pour nous à la fois une passion et une source d’intérêt constant, avec une bonne dose d’amusement ou d’agacement, mais toujours un fragment de cet univers en forme de kaléidoscope, une sorte de microcosme de la comédie humaine : j’ai nommé le monde du vin.

Elle n’est pas toujours rose parce que nous sommes peut-être exigeants, gâtés, compliqués, éternels insatisfaits, en quête du Graal, ou que sais-je. Nous voulons toujours qu’un vin nous fasse ressentir une émotion, une vibration, nous intrigue, nous plaise (évidemment) et que toute l’histoire derrière (car le vin raconte parfois des histoires) soit belle, intéressante, et nous attache à l’humain, cette part essentiel d’un vin et qui fait lien avec nous-même. Vu de l’extérieur, notre métier est très enviable : je l’entends de temps en temps. Mais qu’en est-il dans le quotidien ?

Je ne vais pas vous parler beaucoup d’économie, car cet aspect des choses est assez connu. Combien de ceux ou celles qui se disent journalistes du vin vivent entièrement de leur plume ? Assez peu, je crois. Pour ma part, je gagne bien plus en faisant de la formation ou en animant des soirées autour du vin pour des entreprises ou des clubs.

Mais la part de mon activité qui relève de ce que j’ose appeler le journalisme est néanmoins essentielle. Il représente ce que je pourrais appeler mon budget de recherche. Cette part est vitale, mais difficilement quantifiable. Elle me pousse à déguster des dizaines d’échantillons chaque semaine, y compris les jours ou je n’en ai pas envie, et à fréquenter autant de dégustations organisées, plus ou moins bien (j’y reviendrai) pour les professionnels du vin et parfois exclusivement pour la presse. A ce titre, je sais que je suis gâté en tant qu’habitant de Paris, car les occasions n’y manquent pas.

Crowded house in Wine Affairs for their Blind IPA tasting.

Ce à quoi ressemblait la dégustation de Crozes Hermitage dont je vous parlerai plus bas…

Ce sujet a été déclenché par deux événements sans grande importance en eux-mêmes, mais qui illustrent mon propos général. Lundi de la semaine dernière, je me suis rendu à deux dégustations. Il y en avait trois à Paris ce jour-là, et mon collègue a fréquenté le troisième, consacré aux vins de la secte des biodynamistes (je sais, ce n’est pas réellement une secte).

La première, dédiée aux vins du négociant-propriétaire bourguignon Albert Bichot, fut d’une organisation parfaite et j’ai pu déguster l’ensemble des vins présentés (il y en avait 23, blancs et rouges) tranquillement et dans d’excellentes conditions, sans tohu-bohu perturbant ni personnages divers ayant la volonté d’influencer mon jugement.  Les vins étaient bons, mais je ne rentrerai pas dans le détail ici car ce n’est pas le sujet du jour.

Ensuite je me suis rendu à une dégustation organisée pour l’appellation Crozes Hermitage. Contraste total ! Le lieu était très sombre et bondé de monde. Les serveurs ne connaissaient rien au sujet mais insistaient pour vous servir ("je vous sers un Crozes Hermitage rouge, Monsieur"… ah bon ?), il y avait de la musique et il était impossible de s’approcher du bar derrière lequel (pourquoi donc?) étaient planquées les bouteilles.

Je précise que cela s’est passé vers 18h; donc il restait du temps pour "faire la fête". Bref, cela m’a tellement énervé que je suis parti après avoir dégusté 4 ou 5 vins et je me suis réfugié dans un café minable avec une bière médiocre en attendant l’heure de me pointer au lieu de mon travail du soir. Je sais, à ces moments-là, pourquoi j’emporte toujours un livre avec moi.  

Cela peut être sympa de faire la fête avec des vignerons et d’avoir une ambiance décontractée, mais pourquoi alors amener tant de vins différents et les cacher derrière un bar?  On pouvait très bien concilier les deux objectifs (dégustation et fête) car il y avait une grande table dans la salle ou ces flacons auraient trouvé leur place; et tous auraient pu circuler autour et peut-être même capter assez de luminosité pour qu’on arrive à lire ce qui était marqué sur les étiquettes. Ensuite, choisir ou non de rester pour la partie censée être festive. Bref: un bilan très négatif pour l’appellation Crozes Hermitage qui a laissé faire une agence de RP mal avisée.

unhappy taster

La vie d’un dégustateur n’est pas toujours une partie de plaisir

Deuxième événement, deux jours plus tard : une dégustation de routine chez moi avec mon collègue de travail, Sébastien Durand-Viel (j’ai la grande chance de travailler régulièrement en tandem, avec quelqu’un de compétent, et de pouvoir ainsi comparer nos impressions). J’avais ramassé, la veille, la cinquantaine d’échantillons arrivés depuis deux ou trois semaines dans notre entrepôt et, afin de comparer à peu près des choses comparables, j’ai opté pour une thématique Sud-Ouest et vins rouges pour notre dégustation bi-hebdomadaire des échantillons non-sollicités.

Après une mise en bouche hors concours avec un Gamay d’Ardèche primeur 2013, sans vices mais sans grandes vertus, nous avons dégusté 8 vins de la région en question: 3 Frontons, 1 Cahors, 1 Côtes de Gascogne ( merlot-syrah) et 3 Madirans. A la fin de la dégustation, nous nous sommes regardés et nous sommes posés, l’un à l’autre, une question simple: lequel des ces vins allons-nous choisir pour accompagner notre déjeûner? Aucun ! Pas un seul de ces vins ne nous donnait envie de le boire et, pour nous rassurer quant à l’état de nos palais, nous avons repris un échantillon déjà entamé et approuvé, un vin du Roussillon, IGT Côtes Catalanes, appelé Riberach, cuvée Thèse 2009. Il était toujours aussi bon et a donc trouvé place à table.

Je ne vais pas nommer ces vins malheureux car ce n’était pas une vraie dégustation à l’aveugle conduite selon les règles habituelles, mais cela fait quand même un peu bizarre de goûter 9 vins d’affilée et de n’avoir aucune envie d’en boire un seul verre. Je sais bien qu’il y a des critiques pour affirmer que 90% des vins sont nuls, mais je n’en fais pas partie. Néanmoins, il faut bien se rendre à l’évidence: beaucoup trop de vins sont médiocres et sans relief particulier, ou bien durs et sans capacité de séduire.

Une conclusion ? La vie d’un dégustateur n’est pas faite que de joies. Il faut être patient pour chercher les pépites (même s’il y en a beaucoup) et aussi un peu plus exigeant avec les organisateurs de dégustations soi-disant professionnelles.

David

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Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

3 réflexions sur “Journées ordinaires et petites déceptions d’un journaliste/dégustateur

  1. Lundi de la semaine derniere, il eu fallu aller a La Levee de la Loire: belle degustation, vins presentes par les vignerons, avec de la lumiere, de la place, du temps pour parler aux vignerons.
    Ah oui mais zut! C’etait des bios…sujet urticant pour David :)

  2. Ping : La belle vie du chroniqueur viticole | Les 5 du Vin

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