Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Aucune garantie pour le vin !

14 Commentaires

Je ne suis pas un génie de la consommation ni un roi de la défense (ou de la défonce…) du consommateur. Pas même un anti vin dit « nature » ou bio. Les risques ne me font pas (trop) peur. Je ne déteste pas Tarriquet et encore moins Georges Duboeuf ou Gérard Bertrand. Or, il m’est apparu dans un songe virant presqu’au cauchemar ce matin que, petit a) je n’avais toujours pas pondu mon article du Jeudi ; petit b) que le vin n’entrait pas (ou si peu) dans la gamme des produits de consommation courante offrant une garantie ; petit c) que ce sujet-là était si rarement abordé sur les blogs généralistes du vin que j’avais une chance d’intéresser le Lecteur brossé dans le sens du poil, comme toujours. Encore un sujet niais, me direz vous. Soit, je l’assume.

Photo©MS

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C’est vrai ça ! Quelles garanties avons-nous de boire un bon vin ? Nada ! Que dalle mes potos ! Pour nous consommateurs de vins, même « pros », c’est à nos risques et périls. Votre plaquette de beurre est défectueuse, elle présente une odeur de rance ou tout autre défaut, vous pouvez toujours la ramener à votre hyper. Cela prendra peut-être du temps, mais en y mettant les formes il y a de fortes chances pour qu’on vous la remplace illico. Idem avec vos chips à l’ancienne trop molles, votre calendos amoniaqué ou votre sauciflard qui frise la moisissure. Raison pour lesquelles nos industriels ne lésinent nullement sur les produits chimiques dits « conservateurs » et ne manquent pas d’imagination pour protéger leurs trésors de malbouffe dans des emballages de génie qui contribuent à la pollution de notre planète. D’ailleurs, ils ne se gênent pas non plus côté vins.

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Mais mettez-vous un instant dans la peau d’un consommateur qui rapporterait une bouteille de vin à son vendeur avec ce genre de complainte : « Mes invités trouvent qu’il a un goût bizarre, je vous retourne ce Beaujolais Nouveau pour le changer contre un autre. » Ou même : « Il y a un goût de bouchon dans ce Château Truc acheté ici même à la Foire au Vin d’Octobre dernier, remboursez-moi ! » Ou encore « Regardez l’étiquette de mon Clos Machin que vous auriez dû protéger dans un emballage plastique, elle est foutue parce que ma boîte de lait à 6 pour le prix de 5 s’est éclatée dans le Caddie© ». La preuve est là, flagrante : face au vin, à moins d’avoir appris par cœur le Bettane & Desseauve, ne sachant déjà pas vraiment ce qu’il achète, le consommateur lambda, vous et moi, est en plus totalement démuni de garantie ! On pourrait avancer que le vin est l’un des rares produits « vivants » que l’on achète en payant parfois fort cher sans aucune garantie de satisfaction. Même s’il s’agit de Château Petrus.

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Certes, pour les amoureux du vin il y a des solutions. Par exemple, prendre la peine de dénicher un bon caviste et de s’y attacher en suivant ses conseils d’achat, mais là encore, ce n’est pas évident. Combien sont-ils à nous inspirer une réelle confiance ? Quelles garanties offrent-t-ils réellement à leurs clients ? Quels services ? Un parking gratuit avec un porteur pour glisser avec soin le carton acheté dans le coffre de voiture ? Quelques bouteilles débouchées le Samedi matin pour faire déguster aux fidèles et ainsi faciliter leur choix ? Un remplacement plutôt agacé pour une bouteille que l’on croit « bouchonnée » alors qu’elle a le goût d’une planche mal repassée ? Un bouchon émietté ? Un dépôt ? Un trouble ? Un nez bizarre ? Un goût d’égout ? « Et alors ma bonne dame, je n’y peux rien. Ce n’est pas moi qui fait le vin. » Le caviste – le caviste sérieux s’entend – est pourtant le seul commerçant qui pourra vous offrir une garantie minimum en cas de pépin. Certes, bon gré mal gré il vous remplacera la bouteille, mais il aura un mal de chien à faire comprendre au vigneron que ce dernier devrait lui remplacer la bouteille jugée défectueuse par un type qui se dit « connaisseur »… à moins de tomber sur une grosse boîte, un négociant compréhensif ou un revendeur qui a les moyens de bien faire son métier. Reste la question qui tue et que j’ai oublié de poser : est-ce qu’un Michel Chapoutier, une Philippine de Rothschild ou un Guigal accepterait de remplacer une bouteille d’Ermitage, de Petit Mouton ou de Landonne ? Essayez voir…

Un vrai bon caviste, les Caves Maillol à Perpignan ! Photo©MS

Un vrai bon caviste, Guillaume, des Caves Maillol à Perpignan ! Photo©MS

Vous pensez qu’il vaut mieux dans ce cas opter pour un marchand de vins dits sans soufre ? Avez vous la certitude que son Morgon n’a pas traîné 10 mois exposé à la lumière ou à la chaleur du magasin ? Le brave homme ou l’avenante marchande seront-ils d’accord pour vous remplacer une bouteille au goût de cul de poule ? Tentez l’expérience et il y a fort à parier que vous serez catalogué de piètre amateur incapable de reconnaître dans ce vin « nature » la réelle noblesse du raisin foulé aux doigts de pieds (de fée ?)

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L’autre solution, celle de l’achat à la propriété, n’est jouable que dans le seul cas où l’on sait que l’on peut faire confiance au vigneron. On connaît le gars (ou la fille), son nom est dans tous les guides, on l’a même rencontré lors d’un salon et, avant tout, on est un inconditionnel de son vin. Pourtant, imaginez que vous receviez un jour une commande et que le vin qui va avec ne ressemble pas du tout à ce que vous attendiez de lui. Dans ce cas, à moins de palabrer au téléphone, de prendre un week-end en Bourgogne pour ramener la marchandise à son lieu de naissance afin d’implorer un changement, ou de la renvoyer à vos frais par un transporteur, il ne vous reste plus que vos yeux pour pleurer. Car là encore, il n’y a aucune garantie pour le consommateur. Et que dire de la vente en ligne et de certains sites qui ne sont même pas capables de rembourser des cartons de grands crus jamais livrés bien que payés d’avance ?

Boire du vin comporte des risques et c’est peut-être pour cela que nous l’aimons, notre cher pinard car il nous en fait voir de toutes les couleurs. Vous me direz que consommer des huîtres ou des fromages c’est aussi risqué. Cela dit, je suis étonné de constater que les compagnies d’assurances n’aient pas encore réfléchi à ces problèmes de la vie courante. À quand la garantie offerte pour 5 ou 10 euros de plus, selon la commande ? Les cavistes, s’ils veulent redorer leurs blasons, feraient bien d’étudier une assurance garantie idoine qui redonne confiance au consommateur. Sinon, il risque de se tourner de plus en plus vers les vins de cavalerie que l’on trouve dans les grandes surfaces… Sauf dans les quartiers chics à haut pouvoir d’achat, bien sûr.

Bon, allez, assez gueulé. J’vais m’recoucher…

Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

14 réflexions sur “Aucune garantie pour le vin !

  1. Bel article qui reflète bien la difficulté d’avoir une « assurance »…le vin est une aventure perpétuelle…
    Ayant pratiqué en restauration et comme caviste, même en tant que « gros » acheteur ou client fidèle d’un fournisseur (direct ou via négoce pour le bordelais) que d’embuches pour se faire remplacer ou rembourser des flacons défectueux!
    Le viticulteur ou négociant, vous regarde souvent d’un œil de travers lorsque l’on « ose » le demander, alors que tant d’autres clients se taisent…
    La tenue d’un cahier des bouteilles bouchonnées/défectueuses + conservation de l’objet en question avec bouchon d’origine ne peut qu’être conseillée jusqu’au remplacement effectif.
    La difficulté s’accentue encore lorsque le vin a quelques années (je ne parle pas de décennies où il ne reste plus que les yeux pour pleurer).

  2. Michel, j’ai commencé ma vie professionnelle dans le vin comme caviste et j’ai travaillé ainsi 3 ans pour deux enseignes différentes. J’avais comme règle de TOUJOURS remplacer une bouteille rapportée par un client que se disait mécontent du vin, et même quand je n’étais pas nécessairement d’accord avec son diagnostique de « goût de bouchon », par exemple. C’était, pour moi, une manière de le garder comme client et d’avoir un dialogue avec lui sur ses goûts et dégoûts. Je lui demandais juste de ma rapporter la bouteille entamé afin qu’on le déguste ensemble. Après discussion sur sa perception du vin, elle était remplacé, par une autre au même prix, ainsi que toute autre dans le lot s’il avait acheté une caisse.

    • C’est tout à ton honneur, David et franchement cela ne m’étonne pas de toi ! ;-) Il est vrai que tu avais une réputation à défendre. Au moins une sur les deux… Mais ce genre d’attitude est plutôt rare et plutôt « ancienne école »…

  3. Très excellent papier, mon Forgeron d’amour, grave, trop. Tu devrais tjs rédiger « au pied levé », si je puis dire.
    Allons plus loin : est-il une seule autre denrée que le restaurateur te fait goûter avant de la servir ? Te présente-t-il, pour y mettre ton nez, les Gillardeau qu’il va te pocher ? Mets-tu ton doigt dans le croupion de la poularde qu’il va te farcir ? Croques-tu dans la côte de boeuf avant qu’elle ne rejoigne la plaque sur feu ?
    Non. Mais le vin, il a tellement de chances d’être « moins que parfait » que le sommelier te le présente, un rien inquiet. Il faut dire qu’il coûte tellement cher à table qu’on prend ses précautions.
    Et si l’abandon du bouchon de liège, progressif mais allant en s’accélérant, changeait la donne ? Je ne parle pas que des goûts d’anisol, je parle de toutes les autres déviations liées à une mauvaise occlusion.
    Si, et nous en sommes tous capables à présent, le vin est buvable au moment de sa mise, il n’y a plus aucune raison qu’il ne le soit pas le lendemain, 6 mois plus tard et pour de nombreuses années. Quelle foutaise que les affirmations : il faut attendre 3 mois après la mise / il faut attendre quelques jours après le transport / le vin ne voyage pas …. Il s’agit d’écrans de fumée dispersés par ceux qui font semblant de s’y connaître pour se donner de l’importance.
    Bien sûr, une mise « énergique » fait naître quelques aldéhydes parasites (éphémères). Bien sûr, une bouteille ayant passé 20 ans au fond d’une cave aura un dépôt qu’il vaut mieux ne pas chahuter. Bien sûr, la plateforme d’un semi en plein soleil du mois d‘août à Torremolinos n’améliorera pas le Château Mormoilekusse du maffioso russe à l’amarre dans la marina. Mais, en dehors de ces cas précis : à vin bien mis, pas de souci !

  4. Eh oui, vive la capsule à vis, le vinoloc (en verre) et tout autre système de fermeture qui réduit tous ces aléas due, directement ou indirectement, au liège et ses imperfections

  5. Un grand conseil aux simples consommateurs qui lisent ce blog: conservez les vins qui vous semblent defectueux! Il ne sert a rien d’engueuler votre fournisseur si vous ne pouvez pas lui presenter l’objet du litige.
    Pour ma part, j’ai toujours eu mes bouteilles defectueuses remplacees sans aucun commentaire desagreable et meme plutot avec des excuses. Sans doute parceque j’ai toujours rapporte la bouteille, avec son bouchon puisqu’il est le plus souvent le fauteur de trouble.

  6. Voilà un bon conseil ! Effectivement, il est risqué, voire impossible, pour un caviste ou autre intermédiaire de remplacer un flacon qu’il n’a pas vu ni dégusté, même avec la meilleure volonté du monde.

    • OK, les gars, je suis de votre avis… à condition de tomber sur un caviste qui fait son boulot avec sérieux. Mais si vous vous faîtes livré par un domaine une caisse d’un Bourgogne même pas grand cru, qu’est-ce que vous faîtes ?

      • Que ce soit un grand cru ou pas ne change pas grand chose à la donne à mon avis.
        Si d’aventure vous êtes client fidèle de ce domaine, demander un avoir sur une prochaine livraison éventuellement, car le fournisseur évite de payer des frais de port pour le remplacement immédiat.
        Sinon…galère…et amertume des les futures dégustations de ce cru…!

  7. Beau Ténébreux : a t’on également le droit d’imaginer qu’en matière de vin, contrairement à bien d’autres consommables, il y a vraiment une vaste échelle d’opinions où on peut trouver un tel pour lequel la réduction ne veut rien dire alors que pour tel autre, c’est immédiatement l’horreur inacceptable ?
    Et si on peut trouver des fanas de la tomate ou du concombre, iront-ils, comme certains passionnés du vin, à se lancer des invectives que même de sobres gallois ou de riches écossais n’osent émettre qu’une seule fois par an ?

    • Tu as bien sûr raison, François. Et mon article tendait à aller vers ce type de raisonnement auquel j’adhère. Le Louis Tête que j’ai bu ce soir – il s’agissait de Beaujolais Nouveau, bien sûr – ne convenait pas à mes amis qui préféraient de loin le Bouchard Père & Fils, plus poli, plus élégant. Chacun ses goûts, comme toujours. Et je ne réclame aucun remboursement de quoi que ce soit pour la simple et bonne raison que le goût ne se commande pas. Quant au concombre Gallois, c’est une autre affaire…

  8. Très sympa pour un article nocturne.

    ais le vin c’est d’ailleurs un des seuls (le seul ?) produit alimentaire où les ingrédients ne sont pas indiqués.
    Alors une garantie sur un produit non clairement identifié ? Hmmmm

    • Tout comme lorsque au supermarché, on achète un litre d’huile d’olive, un paquet de riz, du café, rien de plus sur l’étiquette… et pourtant ces produits ont eux aussi subi quelques transformations quant à leur élément d’origine avant d’être mis sur le marché… Quels sont les seuils ou normes à partir desquels tout ce qui est entré dans le processus d’élaboration doit être annoncé à l’acheteur?

      Cela dit, concernant l’aspect « garantie », il faut je crois segmenter le problème selon le circuit de distribution.
      Monsieur Smith lui même parle d’échanger son paquet de beurre ou de chips en hyper. Un vin acheté en hyper ne bénéficierait il pas du même acte de remplacement direct?
      Si ce beurre était acheté dans une fromagerie, et qu’il s’avérerait rance, quel serait l’attitude du commerçant?

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