Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Mixed bag: cinq blancs de la Loire et un du Rhône

16 Commentaires

Oui, je sais que mon titre est en anglais. Et oui, je sais bien que la Loire est le terrain d’expertise de Jim. Mais on a bien le droit de traverser les lignes de temps en temps, non ?

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’outrecuidance de me plaindre, très légèrement (http://les5duvin.wordpress.com/2013/11/11/journees-ordin… ) des difficultés de notre métier et des déceptions qui peuvent parfois déferler par vagues parmi les échantillons que nous recevons. Je vais tenter de redresser un peu ce tableau sombre en vous parlant de cinq vins blancs de la Loire, dégustés un matin il y a peu de temps, et qui m’ont tous parus dignes d’intérêt, pour des raison diverses et à des degrés variés. D’où mon titre "mixed bag" car j’ignore son équivalent en français. Cette expression anglaise signifie, au sens propre, "un sac rempli de choses diverses". Miscellanae serait son équivalant en latin. Si quelqu’un peut m’éclairer en français ?

5 LoiresCinq de la Loire, quatre cépages mais un air de famille quand-même

J’ai donc décidé l’autre jour de déguster tous les échantillons de vins blancs de Loire que j’ai trouvé dans ma cave d’échantillons. Il y en avait cinq, issus de 4 sous-régions différentes et de 4 cépages différents. Les sous régions sont Centre-Loire, Touraine, Haut Poitou et Loire Atlantique, et les cépages sont chasselas, sauvignon blanc, chenin blanc et melon de bourgogne.  Donc aucune comparaison directe à faire entre eux, d’autant plus que les millésimes n’étaient pas les mêmes. Néanmoins cela donnait une sorte de voyage le long de la Loire, entre Muscadet et Sancerre en remontant un peu en zig-zag et à l’aide d’une machine à remonter le temps.

Voici les vins et les commentaires qu’ils m’ont inspirés :

Muscadet Sèvre et Maine sur Lie 2007, Chéreau Carré, cuvée Réserve Numérotée

Ce flacon-là j’ai du un peu l’oublier, vu la date. Mais, je me disais, c’est aussi l’occasion de voir comment ces vins-là vieillissent, même pas très bien stockés.  Effectivement la couleur n’est plus d’une jeunesse éclatante. Il est même franchement jaune paille, tirant vers l’ambre. Le nez confirme cette oxydation nette mais, en même temps, est complexe, mêlant des notes de type fumé et foin avec le pain et l’écorce d’orange. La rondeur du temps a bien atténuée l’acidité de la jeunesse en bouche, mais ce vin a encore du répondant avec des saveurs légèrement miellées et épicées. Est-ce que c’est parce que j’aime les Xérès que ce vin me parle ? Sans doute. (Et j’en boirais, de ce grand d’Andaloisie, très bientôt en souvenir de Michel Creignou : voir l’article de Michel Smith de samedi). Je pense que beaucoup considéreraient de muscadet comme "passé", mais je l’aime bien et il souligne la capacité de garde des meilleurs vins de la région.

Pouilly-sur-Loire, Chasselas 2010, Terroir d’Antan

Maintenant le cépage chasselas, devenu, en matière de vin, une rareté en dehors de la Suisse, est revendiqué comme un cépage oublié. Je n’ai pas encore dégusté un vin de ce cépage qui m’a emballé, mais celui-ci est plaisant. La robe est en contraste totale avec la précédente : très pale, presque translucide. Le nez est assez discret, un peu souterrain mais agréable avec des notes de champignon de Paris et de fruits blancs. C’est sa vivacité en bouche qui m’a surpris, donnant un aspect salivant à un ensemble simple.

Montlouis-sur-Loire, Premier Rendez-Vous 2011, Lise et Bernard Jousset

La robe est plus teintée, disons jaune pêche. Petite présence de gaz. Ce vin est le seul de la petite série a s’être altéré par contact avec l’air dans l’espace de 24 heures entre mes deux dégustations. Peut-être manque-t-il d’un peu de soufre ? Il était très agréable, fin et tendre quand je l’ai ouvert pour la première fois, mais au bout de 24 heures ses saveurs s’étaient un peu émoussées, faisant ressortir un peu d’amertume (raisonnable et pas déplaisant) de son cépage chenin.

Haut Poitou, Sauvignon, Sainte Pézenas 2011, Cave de Haut Poitou

Cette production de la (maintenant) défunte Cave de Haut Poitou, est aussi pâle et lumineux de robe que le Pouilly-sur-Loire. Nez perçant, très typé sauvignon selon les canons qui semblent dominer dans ce type de vin. Ce style, fait de verdeur (pyrazines, je crois) n’est pas celui que je préfère, mais c’est honnête et a la mérite de la franchise. A l’aération il a montré des notes plus aimables et complexes. Fermement campé sur son acidité en bouche, mais pas seulement car il a aussi une belle matière fruitée. Un vin honnête et vivifiant.

Sancerre, La Bourgeoise 2010, Henri Bourgeois

J’ai des réticences devant le bouteille lourde et l’étiquette ringarde mais l’habit ne fait pas le moine et ce vin est très bon. Robe brillante et nez riche qui mêle notes subtiles issues, je pense, en partie de son élevage mais aussi de la belle vivacité de sa matière première. La petite nuance de rondeur apportée par l’élevage est très bien dosée et n’estompe nullement la finesse du fruit, ni sa tonicité naturelle. Ce très beau vin recèle une bonne persistence sans quitter le domaine de l’élégance.

Que dire en conclusion ?

Voilà la preuve que des dégustations improvisées peuvent donner des bons résultats. Mais, plus intéressant, il y a quand-même une aire de famille à tous ces vins, dû certainement au climat ligérien. Je sais bien que Sancerre est assez loin de Nantes, mais la latitude ne change pas et le climat est globalement le même, à des nuances près. Les cépages laissent évidemment leur marque, comme le millésime et des détails de vinification ou de vieillissement. Mais, si j’avais à grouper mes vins sur une carte de restaurant par grande typologie gustative, ces vins blancs se trouveraient tous sous un titre du genre "léger et vif" . Tout cela tient la route et il n’y avait pas de mauvais vin dans le lot. Mais est-ce qu’on finirait ces bouteilles ?

Cairanne Blanc BoissonUn contraste bienvenu avec ce beau vin du sud. Non, l’acidité comme support principal d’un vin n’est pas toujours si agréable.

Peut-être, si bien accompagné en mets et en compagnie, mais j’ai quand même cédé, en fin de journée, aux joies plus voluptueuses d’un excellent Cairanne blanc 2012, du Domaine Boisson, riche mais bien équilibré. Sauf à être un janséniste convaincu, on ne peut pas prendre son plaisir tout le temps dans les rets tranchants de ce que certains se plaisent à appeler pompeusement de la "tension minérale", et que j’appelle simplement de l’acidité.

David

(texte et photos)

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

16 réflexions sur “Mixed bag: cinq blancs de la Loire et un du Rhône

  1. On pourrait dire un "sac panaché" ? Toujours est-il que ta dégustation montre une fois de plus que le Muscadet a des capacités extraordinaires. Il n’a pas dit son dernier mot !

  2. Miscellanées existe en français mais s’adresse au genre littéraire, mais pourquoi pas l’emprunter, puisqu’il désigne bien un rassemblement de choses diverses.
    Marc

  3. Yes, Marc… Mais on pourrait aussi inventer un mot (Viscellanées), un mot que l’on pourrait déposer en le réservant exclusivement à l’usage des 5 du Vin. Why not ?

  4. And now, David, a … sundry answer. Qu’est ce que tu penses de l’adjectif ? Comme les francophones utilisent TOUJOURS en anglais des mots qui se rapprochent de l’équivalent français (et attention avec des verbes comme « to ejaculate » ou bien des substantifs comme « emission » !), je prends un malin plaisir à ne pas les imiter (« I catch a malignant pleasure in not imitating them »).
    Je te proposerais d’abord un « assortiment composé » pour mixed bag, comme il existe une « salade composée » pour dire un mesclun. Note toutefois qu’il y a légère redondance, car un assortiment, presque par définition, comporte plusieurs choses. Donc, « assortiment tout court » suffit. Allez, je te fais bon poids . Le wikiléonidia (Léonidas ? ) dit : mixed bag = assortiment et on n’en parle plus. Traduire, c’est bien souvent réfléchir. Voilà pourquoi il y a tant de mauvaises traductions.
    Ensuite, honte sur moi, je n’ai jamais bu de Cairanne blanc. Pourtant, en rouge, je défendrais sans coup férir qu’il s’agit de la commune la plus intéressante de toute la Côte du Rhône méridionale (contenders = CNP, Rasteau et Gigondas, dans l’ordre).
    Par contre, 100 % « einverstanden » en ce qui concerne Chéreau Carré : ils « promènent carosse » avec bonheur. Normal quand on est établi à St Fiacre !
    Tu es trop dur avec le chasselas : il peut dans certains cas faire un excellent cépage de cuve. Il existe des fendants de grande classe, et certains alsaciens (ces dames Faller en sont) le vinifient de manière convaincante aussi. En plus, sur la Côte, à Dézaley (ça, c’est Lavaux) et même sur le Chablais, tu trouves des choses délicieuses. Je crois d’ailleurs que pour devenir MW, il faut connaître par coeur la pointure des chaussures de toutes les épouses de vigneron de la commune d’Yvorne !
    Montlouis est en train de prendre la place de Vouvray, on le remarque de plus en plus souvent.
    Le Haut-Poitou me fait trop penser à la Royal (l’ânesse du Poitou, pas le lièvre) pour que j’aie envie d’en goûter les vins. C’est stupide de ma part d’ailleurs. C’est comme si je ne mangeais plus de gibier car : « Bécassine, c’est ma cousine », l’autre grognasse.
    Quant à « La Bourgeoise », il s’agit ni plus ni moins que de l’un des plus subtils Sancerre. Le sol de silex – et ce qu’il apporte comme conditions hydrographiques sur son socle, nous partageons la même vision toi et moi – et l’âge des vignes, plus une vinification très soignée (en fait, très peu de bois, et seulement un rien de bois neuf parmi celui-ci) permet à cette importante maison d’étaler son savoir-faire. Je sais qu’il est de bon ton de critiquer les « gros », et je ne m’en prive pas, mais ici « les Bourgeois, c’est PAS comme les cochons ! ». Bon, il faut que j’avoue – transparence du chroniqueur – qu’ils ont le même importateur que moi au litoral belge et que je suis peut-être influencé. En contrepartie, je les déguste souvent, et toujours avec le même plaisir. Je me sens donc autorisé à en parler, et en bien en plus.
    A very good day to you !

  5. ‘Yes, Marc… Mais on pourrait aussi inventer un mot (Viscellanées), un mot que l’on pourrait déposer en le réservant exclusivement à l’usage des 5 du Vin. Why not ?’ Oui ‘Why not’!

    Je propose ‘Réponse Luc’ – vraiment un ‘bag’ melangé’ on trouve des perles de valeur sûre mais aussi…

    Oui David j’aime beaucoup La Loire est heureusement c’est possible de passer quelques mois là chaque année mais jamais en exclusivité! Très joli billet. Jeudi dernier nous avons bu avec grand plaisir une bouteille de 1993 Manoir la Grange, Muscadet de Sèvre & Maine de Pierre Luneau. Jim

  6. Mon cher Luc, ça c’est un grand sac de miscellanées indeed. You are the champion!
    I like the word sundry very much. Totalement d’accord sur Cairanne (rouge) mais je mettrai Vinsobres dans mon trio de tête, devant Rasteau dont les vins sont souvent un peu trop "chaud" à mon goût. Les sancerres de Bourgeois m’ont toujours plu, même si je trouve leur gamme un peu trop compliqué et les étiquettes affreuses. Leur sauvignons de Marlborough (Clos Henri) sont excellents aussi.

    J’ai l’intention de retourner à Muscadet prochainement et je vous donnerai des nouvelles par la suite (en janvier peut-être). Jim, ma dernière visite, qui remonte à trois ans je crois, était marquée, entre autres, par une très belle dégustation chez Pierre Luneau.

    • Une anecdote de plus : un ex-étoilé toulousain (le plus jeune de France à l’époque) est allé s’installer dans son village natal (Lorp-Sentaraille) et a ouvert « la Petite Maison de Pao Magny ». Son sommelier a passé pas mal de temps au UK et la carte des vins est, elle, OK.
      Il me sert toujours au verre et à l’aveugle. Il y a un an, il a rempli le mien d’un sauvignon (obviously) et je lui ai dit : « Marlborough, mais c’est français ! ». Il a ri et compris, et je n’avais pas pu voir la bouteille (no way).
      Tu as raison quant à la complexité de la gamme chez Bourgeois, mais tu raisonnes là – je te prie de m’excuser – en marchand de vin et en marketeer, pas en amateur.
      Enfin, je n’ai aucune expertise en esthétique et n’ai pas d’avis sur les étiquettes. Une restauratrice de la Côte belge m’a dit que mon carignan lui plaisait mais que l’étiquette faisait « horror film » ! Ma fille, horror film ! Mais bon, je suis en commerce : she ordered a few cases ….

  7. David, une adresse à te recommander et une personne à rencontrer dans le Muscadet, non loin d’un charmant petit restaurant… Faut aller chez Jérémie Huchet, au Domaine de La Chauvinière à Château-Thiébaut (06 80 05 05 12). C’est un jeune un peu timide mais qui a beaucoup d’idées novatrices !

  8. Pour la defense du Chasselas (le vert a petit grain bien sur, pas le dore qui fait du raisin de table) il faut citer l’appellation Crepy qui fait en France d’excellents vins de soif, pas chers.

    • De qui est le Chasselas cité par David ? Si c’est celui de la Moynerie (Thierry Redde), il s’agit probablement de sa cuvée "générique" qui est très "sympathique" et qui se boit comme du petit lait !

  9. @ Michel: Jeremie Huchet timide???? C’est un des plus "communicant" de tout le muscadet! Il est dans tous les magasines, tous les salons, toutes les degustations.

    • Assurément, Denis. Mais il m’apparaît tout de même comme étant "un peu" timide. Cela dit, on peut être timide et ravi de voir tout le monde débarquer chez soi. Jérémie n’a pas d’attaché de presse, il est un peu seul isolé dans son trou, et ça doit lui faire plaisir de voir du monde débarquer chez lui. En tout cas, moi ça me fait plaisir pour lui… et pour le Muscadet ! D’autant plus que, parmi d’autres, je trouve ses vins plus qu’intéressants !

  10. Morale de l’histoire (Huchette), j’irai le voir. Quant au chasselas, je crois qu’il est issu de la cave coopérative.

  11. C’est sympa de photographier les bouteilles sur ton lit, ça donne bien….
    Marc

    • Oui, mais ça empêche de bien en détailler le cul. Et les menottes sont hors cadre, alors qu’on distingue bien les barreaux!

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