Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Wait and see… et en attendant, branle-bas de Beaujolais !

8 Commentaires

Avec le vin, on n’est jamais sûr de rien. Jamais sûr de ce que l’on sert aux amis, jamais sûr de ce que l’on vous raconte en catimini. J’entends dire ici ou là, un peu à l’anglo-saxonne, que 2013 sera plus l’année des Rive Gauche que celle des Rive Droite. Pour ma part, je préfère attendre et déguster qu’émettre des jugements anticipés trop généraux, trop hâtifs. L’expérience prouve qu’il y a, dans ces années plus difficiles, de belles réussites des deux côtés, puisque cela dépend de tant de facteurs : de la « fenêtre » de récolte, de la qualité du tri à la vendange, et du talent du vinificateur confronté au raisin qui lui a été confié. S’il est  possible de rater un très beau millésime, il est possible aussi de réussir une année délicate. À condition de s’en donner les moyens. Vous me ferez remarquer, et je serai d’accord avec vous, qu’il est également impossible de faire un beau vin avec du vilain raisin…

Photo©MichelSmith

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Bon, toujours est-il que l’on disait pis que pendre du Beaujolais 2013. À en croire nos tontons flingueurs, d’Angleterre ou d’ailleurs, notre brave Nouveau serait détestablement marqué par la banane (là, rien de nouveau…) au point d’être imbuvable. Calembredaines aussi familières qu’habituelles. C’est fou ce que l’on peut entendre comme sottises sur le vin le jour de la sortie du Beaujolais Nouveau. On le dit chaptalisé, et alors ? Quel mal y a-t-il à corriger le taux d’alcool d’un petit point si cela est bien fait et apporte quelque chose de positif dans l’équilibre ? De mon côté, j’ai beau jouer de temps en temps les « wine snobs », j’avoue en pincer pour ce vin jouvenceau et je me laisse aller chaque année à sa découverte avec allégresse. Jadis, à l’occasion des primeurs, je baguenaudais dans la joie du côté des Halles, entre Seine et Bourse, pour comparer le vin d’un fût à l’autre. Je comparais la qualité du vin, mais aussi l’accueil du taulier, sans oublier le prix du pot.

Photo©MichelSmith

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Aujourd’hui, je tente à peu près la même chose dans une ville de province qui a du mal à faire la fête un peu frigorifiée qu’elle est par la tramontane. Parlons-en de ce vent. Cet année, je trouve qu’il pique un poil plus que les autres années… Temps idéal pour le Beaujolais, avec un froid qui permet de garder le vin « à température ». À Perpignan, comme à Paris, je suppose, la futaille a disparue pour laisser place à la classique bouteille parfois transformée en « pot » par la grâce d’un verrier. Pour une fois, j’ai négligé mon caviste préféré, Jean-Pierre Rudelle qui vendait le même vin que l’année dernière, celui d’un vigneron peu connu du pays des Pierres Dorées, à 6,50 € la bouteille. Simple, mais bon.

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Certains troquets présentaient le classique de Georges Duboeuf que je vais recevoir comme chaque année avec plus d’une semaine de retard vu que le transporteur Perpignanais ne livre qu’à l’heure du déjeuner… pas aux heures de bureau et surtout pas le jour de la sortie de mon bojolpif ! Autres vins reçus (à l’heure, via La Poste) au bureau et dégustés entre amis, ceux de la Maison Trénel, du côté de Mâcon, dont j’apprécie depuis longtemps les crèmes de cassis, de griotte ou de mûre. Le villages est parfait sur tous les plans, léger en alcool et bien dans la finesse. Le bio, avec un demi-point de plus alors qu’il n’est que Beaujolais, est plus étoffé mais moins attachant tandis que l’autre, le Beaujolais « Rochebonne », manque un peu de relief et de personnalité. Bref, je voyais déjà, la barre étant haute, qu’il me faudrait être déterminé dans mes choix, être plus exigeant que d’habitude.

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Tout avait bien commencé aux Indigènes, un bar à vins tendance « nature » où le Beaujolais Villages « légèrement chaptalisé » (12°) de Karim Vionnet, à Villé-Morgon, faisait sensation. Je m’en suis procuré abondamment à 2 € le verre servi par le jeune Marcel, au bar improvisé en plein air et en plein vent dans la rue de la Cloche d’Or, alors qu’il était à 3 € à l’intérieur, bien au chaud servi par Nico, le Parisien, sous le regard aussi bienveillant que souriant de Manon et d’Eugénie, toutes deux belles à croquer. C’est d’ailleurs par un dernier verre de ce vin-là que j’ai fini ma soirée : un rouge à la robe transparente mais coquette, très joyeux en bouche et gorgé d’un fruité pur en finale qui tenait plus de la groseille que de la banane.

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Nous sommes allés entre temps nous geler les fesses rue Paratilla, chez Mathieu, où le pot de Louis Tête était à la fête sur la mortadelle comme sur les huîtres ! Un vrai Beaujolais à boire que nous retrouvions avec joie mes amis et moi au Baron, rue du Théâtre, un des premiers bars à vins de PerpignanDenise, l’épouse de Jean-Pierre Segall, nous a régalé d’un plat de saucisses lentilles dont elle a le secret. Inutile de préciser que l’union entre le plat (servi gracieusement à ses clients) et le vin fit son effet ! Il y avait aussi le Beaujolais de la maison Bouchard Père & Fils à 7,50 € la bouteille chez mon autre caviste, Georges Guilhot de la Place des Poilus toute proche. Le vin ? Fière allure et distinction bourguignonne garanties.

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J’étais de charmante humeur le lendemain matin, tandis qu’en rangeant ma bibliothèque je tombais sur un bouquin savant d’un certain Didier Nourrisson. S’appeler Nourrisson et consacrer un ouvrage sur l’Histoire du buveur en y rajoutant un malicieux surtitre Crus et cuites (chez Perrin, 23 €), voilà de quoi aiguiser ma curiosité. Offert quelques mois plus tôt par Roger Coste, animateur et propriétaire de notre vaillante librairie Torcatis, en plein cœur de Perpignan, lieu où l’on défend les livres dans un univers où l’on s’en écarte trop souvent, comme le rappelle fort à propos l’ami Léon grâce auquel j’ai acheté un livre qu’il nous recommandait dans une de ses récentes chroniques que je vous invite à lire ici même. Ainsi donc, j’ouvrais fébrilement le livre de Nourrisson à la recherche d’une référence originale sur le Beaujolais Nouveau en vue de cet article. Las, je n’ai trouvé que fort peu pour étancher ma soif : juste une historiette qui nous fait remonter à 1975, au temps du roman de René Fallet Le Beaujolais nouveau est arrivé. Rien de nouveau, moi qui pensait que cette trouvaille publicitaire remontait au moins à dix années plus tôt, au temps où les Britanniques organisaient des courses pour récompenser celui qui serait le premier à servir du Beaujolais de l’année à Londres avec l’appui de quelques sponsors bien inspirés. Va falloir que je me remette à potasser mes classiques !

9782221115275-1

En parlant de classiques, il y en a un qui revient et que je vais m’empresser de commander à Roger Coste, c’est la dernière livraison de Jean-Marie Gourio, Le grand café des brèves de comptoir, sorte de compile magistrale de citations recueillies dans les bistrots et dont vous trouverez un florilège ici. Force est d’avouer, compte tenu de mon ignorance, que l’une d’entre elles me convient parfaitement : « Ils disent que c’est à consommer avec modération. Jusqu’à preuve du contraire, je consomme avec qui je veux » !

Ben oui, quoi… Manquerait plus que ça !

Michel Smith

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Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Wait and see… et en attendant, branle-bas de Beaujolais !

  1. C’est marrant Michel, mais de chez Trenel, j’ai dégusté un autre Nouveau encore, son Beaujolais Nouveau tout court, celui qui a l’étiquette comme une tirette (zip). Très sympa, sans exubérance, un joli fruit dynamisé par une belle fraîcheur. Simple et savoureux comme un bon Bôjô. Mais c’est le seul dégusté. Mais je n’ai pas comme toi une âme de Japonaise à courir les bars en quête du nectar juvénile. Mais je t’imagine bien en Nippone et dessous fleuris, un verre du jeune rouge à la main, se délectant, friponne, du charnu de son fruit.
    Je t’embrasse
    Marc

  2. Cela ne me chiffonne nullement, Marc, de m’imaginer en Nippone friponne… Tant que la chair est bonne. L’essentiel étant de retenir que Trénel est une bonne petite maison qui fait bien son travail de négoce. Bises chez toi ;-)

  3. Un prêté pour un rendu, Michel : tu nous dis quel Beaujolais primeur il faut acheter cette année (une seule bouteille) et où on le trouve à Perpi, et je le goûterai. Quant à Lydie Salvayre, j’ai pris deux autres titres (« La compagnie des spectres » et « BW » – les initiales de son homme, atteint un jour de cécité) d’elle, mais il sont encore fermés. Je termine un forrrmidable bouquin : Le rêve du Celte, de Vargas Llosa. Non seulement la traduction en est excellente – je lis l’espagnol, mais très lentement et avec trop peu de sens des subtilités, en plus le péruvien a certainement des tournures propres – mais surtout le récit, décortiqué de retour en arrière en digression, se fonde sur une fresque historique fascinante. En outre, pour moi qui ai encore chevillé au corps la honte de la conduite des Belges au Congo (et ce n’est pas terminé) et un goût prononcé pour tout ce qui n’est pas rigoureusement anglais dans les îles britanniques, les thèmes me conviennent parfaitement. Bon, je n’ai pas encore connaissance de l’épilogue.
    Une dernière petite remarque : la modération ne fait pas réellement partie de la culture catalane, ni au nord ni au sud. Et c’est peut-être tant mieux.

  4. Luc, le bon Beaujolais, tu sauras où le trouver en lisant mon article. Si je me limite à un quartier central que tu connais bien; va à la Maison Guilhot, Place des Poilus, ou aux Indigènes, rue de la Cloche d’Or, mais dans ce dernier cas à partir de 18/19 heures. Bonne chasse ! Et merci pour tes conseils de lectures…

  5. Ca, c’est un long coup de pied à suivre. Je ne cours plus assez bien car mes crampons se dévissent.

  6. Quel bonheur de suivre tes pérégrinations, Michel! J’en ai dégusté peu encore cette année, mais celui de Karim Vionnet, clair et friand, m’a plu davantage de celui de Gerges Descombes, un peu épais et terreux à mon goût.

    • Oui, c’est clair que certains Beaujolais, je dis bien certains, ont ce goût terreux cette année… Parfois même un léger goût de pourri. Mais je me suis quand même régalé. Quant au Duboeuf, il n’est toujours pas livré et ne le sera pas avant Lundi prochain ! Vive le Sud et la maison Gefco… J’enrage !

  7. "« Ils disent que c’est à consommer avec modération. Jusqu’à preuve du contraire, je consomme avec qui je veux » !"

    On ne dira jamais assez à quel point un bon vin peut réveiller un esprit français à nul autre pareil :-)

    La secu devrait sérieusement se pencher sur cette question.

    Merci de ce reportage, Beau Ténébreux !

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