Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Vin et sucre : une relation ambigüe

22 Commentaires

La doxa actuelle en matière de vin semble considérer le sucre un peu comme le diable pour un croyant, hormis peut-être le cas spécifique de vins dont la nature même est d’être doux ou liquoreux. Personne ne s’attendrait à trouver un sauternes ou un bonnezeaux sec au goût, par exemple. Après la longue période pendant laquelle seuls les vins sucrés pouvaient se conserver et donc être candidats à la notion de grandeur, le sucre dans le vin ne cesse de passer progressivement de mode.

J’en veux pour preuve le courant actuel pour un abaissement, souvent radical, des dosages en Champagne (mode qui, semble-t-il, a plus de succès auprès de quelques "geeks" qu’aux palais du grand public). Un autre exemple est la volonté affirmée assez largement en Allemagne de pousser au bout de la fermentation des rieslings qui, autrefois, assumaient leur dose de sucre non-fermenté. Je ne parle même pas de l’anathème jeté sur la chaptalisation, à tort ou à raison d’ailleurs.

Il me semble que l’idée de ces braves gens est d’établir une corrélation directe entre une pureté recherchée comme une sorte de vertu morale et l’absence de sucre. Le plaisir du goût devient dans ce cas secondaire. C’est un peu comme la lecture pour un puritain, qui doit être "pure" et "utile", car le plaisir sensoriel ou mental est suspect. Il en va un peu de même avec les fervents des levures "indigènes", considérées (on ne sait pas trop pourquoi) comme plus vertueuses que des levures sélectionnées, même si certains sont moins performantes et produisent des goûts bizarres qui masquent le goût de leur sacro-saint terroir. Mais cela est un autre débat : revenons à nos moutons sucrés.

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Cette réflexion a été provoquée par un vin dégusté hier (voir photo), puis par la lecture d’un papier de David Schildknecht dans le numéro 41 du magazine The World of Fine Wine, article intitulé "Something about sugar".  Le vin en question était un riesling allemand de l’excellent producteur du Nahe, Dönnhoff. Ce Kreuznacher Krötenpfuhl 2011 est un Kabinett, donc pas issu de vendanges tardives. Je profite au passage pour saluer les trop rares restaurants en France qui accordent une petite place sur leurs cartes aux vins allemands.

C’est le cas du très bon restaurant le Mini Palais, situé dans le bâtiment du Grand Palais à Paris et donc parfait pour un repas avant ou après avoir vu une exposition, comme la très impressionnante rétrospective de Georges Braque que j’ai pu voir hier. Ayant choisi le vin avec des amis, nous étions frappé par le fait que le serveur, très attentionné, à tenu à nous préciser que ce vin n’était pas sec. Nous lui avons assuré que cela ne nous surprenait pas, ni ne modifierait notre choix pour accompagner une risotto et un plat de poisson. Nous lui avons aussi dit que nous pensions que l’acidité du vin allait équilibrer le sucre et lui avons invité à le déguster avec nous plus tard. Ce fut effectivement le cas, car le vin, délicieux et délicat au souhait avec ses 10% d’alcool et une grande finesse de saveurs fruités, n’empâtait nullement nos palais.

Mais je vois dans la réaction du serveur bien intentionné – et peut-être guidée par celle d’un client ignorant, le signe d’une mise en abîme du sucre comme ennemi de l’amateur de vin. Or nous savons, je pense, que c’est l’équilibre gustatif d’un vin qui compte, et non pas un jugement basé sur des chiffres analytiques de taux de sucre résiduel. Effectivement, l’acidité et la légèreté alcoolique de ce riesling, sans parler de la vivacité de son fruité, l’empêchait de donner une impression de sucrosité gênante. Mais le sucre dans le vin est mal vu. Pourquoi ?

Nous constatons par ailleurs la très grande difficulté des producteurs de vins sucrés (j’utilise de terme à dessein, même si ce n’est pas du politiquement correcte) d’écouler leur production. De plus en plus cherchent à en alléger la sucrosité, voire à convertir une partie en vins secs. C’est le cas en Allemagne, comme en France. J’ai déjà évoqué cette manie (car je trouve la tendance excessive, souvent  inutile et même parfois contre-productive) qui consiste à réduire le dosage des champagnes, voire de le faire disparaître. Je ne suis pas un fanatique des champagnes à "zéro-dosage", sauf quand la matière est exceptionnelle, et de surcroît, je ne trouve pas que ces vins se gardent très bien. Et j’aime mes champagnes avec un peu d’âge.

Mais, bien plus pertinent que mes goûts personnels, il est un fait que ce n’est pas toujours le niveau analytique du dosage, ou pas seulement, qui détermine l’équilibre sucre/acide d’un vin effervescent. Si jamais vous assistez à une séance de test de niveaux de dosage sur un même vin, vous vous en rendrez compte par vous-mêmes. De plus, la nature de la liqueur, ainsi que la nature du vin, altèrent énormément l’effet de ce dosage. L’affaire est complexe et ne peut en aucun cas être réduite à le lecture d’une fiche produit, comme trop souvent.

Mais il y a, semble-t-il, une sorte de dictature du light. J’ai même entendu un collègue journaliste (certes pas renommé pour la finesse de ses jugements !) dire dans une dégustation de presse, à la cantonade, qu’il estimait que l’appellation Champagne ne devait être accordée qu’à des vins non-dosés !!!! Paradoxalement, et en même temps, la nourriture devient de plus en plus sucrée (ou salée). Vous prendriez bien un autre dessert ? Mais un vin sucré ? Quelle horreur !

Et bonne année à tous nos lecteurs et aux producteurs de bons vins !

David

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Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

22 réflexions sur “Vin et sucre : une relation ambigüe

  1. Talk’n Wine Team wish you all the best for this new year !!!!

  2. David : tu ne pouvais pas nous faire plus plaisir en ce début d’année qu’avec cette défense du juste milieu, avec l’exemple "benchmark" des crus de Dönnhoff auxquels on pourrait facilement rajouter une dizaine d’autres noms allemands comme Schäffer, Van Volxem, Loosen, J.J. Prüm, et Kesselstatt.
    Les plus beaux mariages ? Sur des fromages persillés. Sans avoir peur de les mettre sur des crustacés ou des viandes blanches.
    Et, cerise sur le gâteau, pour qui fait l’effort de visiter la région Mosel-Nahe, des prix véritablement attractifs !
    Bravo à ce restaurant parisien. A noter aussi qu’au Laurent, Philippe Bourguignon a une belle collection de petits bijoux de ce calibre.

  3. Je ne mettrais pas sur le même plan les puristes de l’anti-sucre (qui ont le tort, à mon avis, de prendre leurs goûts pour une généralité, car il y a de beaux vins à tous les niveaux de sucre) et ceux qui, comme, moi, estiment qu’il ne faut chaptaliser qu’en cas d’extrême nécessité, et certainement pas, en AOC, pour des raisons productivistes et commerciales (on vendange plus tôt, de plus grosses quantités, avant d’avoir obtenu le degré optimum et on corrige en ajoutant du sucre).
    C’est une polémique à la fois actuelle (les grosses coopés du Languedoc Roussillon, qui n’ont pourtant pas manqué de soleil en 2013, ont demandé à pouvoir chaptaliser!), et séculaire: en 1907, les ancêtres de ces mêmes coopérateurs exigeaient l’interdiction du vin dopé au sucre, qui les concurrençait déloyalement, le degré "sucre" étant moins cher que le degré "raisin", et réclamaient le retour au vin "nature"(dans le sens, assez différent d’aujourd’hui, de "vin sans fraude").
    Notons d’ailleurs que le consommateur n’a pas le droit de savoir si le vin a été chaptalisé; cela ne figure nulle part sut l’étiquette; et ça ne se goûte pas; le sucre ayant généralement été totalement transformé, il s’agit le plus souvent de vin sec. Mais l’ajout de sucre me semble tout de même peu conciliable avec l’idée d’un terroir, d’une origine, d’un vin soumis aux effets de la nature et du millésime.

    Deux remarques pour finir:
    Il serait bon que les vignerons alsaciens soient plus explicites en ce qui concerne la sucrosité de leurs vins. Rien de plus agaçant que d’acheter un Riesling en pensant qu’il est sec alors qu’il est doux (surtout pour les accords gourmands). Puisque les vignerons ne semblent pas le juger utile (au contraire de leurs collègues suisses ou allemands), notre brave INAO devrait rendre les mentions secs, demi-sec et doux obligatoires; ce serait, pour une fois, un plus pour le consommateur.
    Et enfin, pour le Champagne: d’accord pour dire que le dosage est un élément important de la qualité, que s’en priver serait une erreur. Mais beaucoup de maisons vendangent en sous-maturité et chaptalisent, bien avant le dosage. Ce qui fait que certains Champagnes sont sucrés trois fois: à la première fermentation, à la deuxième et à l’expédition. N’est-ce pas un peu trop pour une région qui voudrait que ses terroirs soient classés?

  4. Salut David, globalement d’accord avec toi sur le sucre en lui meme qui a toute sa place dans certains vins, notament les allemands ( la tete des bordelais quand je leur dis que l’allemagne est peut être ce qui se fait de mieux en matière de blancs). Mais je pense quand meme que la chaptalisation reste une correction, signe d’un déficit de maitrise technique en viticole, et doit être réservée à des situations extrèmes et non pas être une sorte de béquille systématique, un garde fou bien pratique pour pallier un manque de travail dans la vigne. Je te parle de Bordeaux ou le climat et les cépages (merlot) doivent t’affranchir de cette pratique. Il est curieux de voir combien rajouter du sucre semble être normal et enlever de l’eau (osmose inverse) diabolique. Une dernière remarque, concernant les levures, au vu du nombre de vins tapés par les brettes et celui dérisoire des vignerons utilisant les levures indigènes, l’emploi de levures sélectionnées ne me semble pas être une garantie contre ce fléau. En tout cas, vu le prix de vente de ces bébètes, ne pas les utiliser est une garantie contre mon appauvrissement personnel. Au plaisir de te lire et te revoir dans mes chais.

  5. C’est bien David d’écrire une réflexion sur l’équilibre d’un vin tendre comme il s’en fait en Allemagne et de voir que la chaptalisation l’emporte sur les débats. Donc, stop à la chaptalisation dont David nous entretiendra une autre fois, soyez patient et réfléchissons aux sucres naturels ou résiduels qu’il peut y avoir dans un vin. Il est vrai qu’à l’inverse de l’alimentation de plus en plus sucrée, une certaine mouvance de vignerons plus ou moins puristes tendent à faire des vins secs de chez sec. En Alsace, vu le taux de sucre au départ dans certains Riesling cela donne des déséquilibres alcooliques quand la fermentation est menée jusqu’au bout. D’autres, toujours Alsaciens laissent faire les choses plus naturellement et propose des vins tendre, voire moelleux. Mais, et là je rejoins Hervé dans la deuxième partie de son intervention, comment indiquer aux consommateurs l’impression sucrée du vin. J’écris impression, parce qu’une simple indication du grammage n’est pas suffisante, l’équilibre du vin et la saveur sucrée ressentie dépend du taux d’acidité, du pH et de la densité et certainement d’autres facteurs encore.
    En conclusion, en premier, un vin doit être équilibré sec ou sucré, deuzio, il faut se débarrasser des à-priori et oser les vins à teneur variable de sucre. Notre rôle, en parler et montrer les beaux accords qu’on peut créer avec ce type de vins comme tu l’as fais.
    Une belle journée
    Marc

  6. Salut à Vincent et aux autres. Petite précision : je ne voulais pas inscrire la chaptalisation sur le même plan que le reste de mon article. Marc l’a bien compris d’ailleurs. J’en parlerai peut-être une autre fois.

  7. A propos de la sucrosité, que pensez vous de la tendance à laisser un peu de sucre (3-4 g) dans les rouges un peu charpentés pour leur donner un peu de rondeur (la méthode australienne)?
    Au fait, a-t-on idée du seuil de perception du sucre chez le consommateur moyen? Je pense qu’il est plus élevé qu’on ne croit, et en plus, assez diversement réparti dans la population. Concrètement, ce qui est sucré pour moi ne l’est pas forcément pour M.ou Mme Tout le Monde. Idem pour l’acidité, l’amertume, les tannins, d’ailleurs.
    Or la plupart des vins ne sont pas faits spécifiquement pour nous, les pros; aussi, un peu de sucre, parfois, ça aide à faire passer le reste.

    • Moi, j’aime bien le Kir royal façon prolo, tu prends un Champagne bien dosé, voire un mousseux, et tu ajoute une bonne dose de sirop de cassis (pas de crème, c’est pas assez sucré) et tu fais le bonheur de tes invités
      Marc

    • Je rejoins Hervé sur ce sujet : il y a une différence entre le taux de sucre contenu et la perception sucrée. Cela est dû entre autre à la participation de l’alcool dans cette perception du "sucré". Il y a 25 ans un Bordeaux rouge de bonne facture affichait fièrement 12,5° alors qu’aujourd’hui il n’est pas rare qu’il flirte avec les 15° et 15,5°. Cela change totalement notre perception puisque l’alcool a un goût sucré.
      D’autre part, toujours sur le thème de la perception du sucré, tous les cépages ne sont pas égaux, certains ont une amplitude beaucoup plus importante; par exemple le Chenin en Loire a la capacité de mettre au monde des vins d’une forte vivacité alors que le taux de sucre qu’il contient est élevé. Le Riesling est à classer dans la même catégorie. Par contre, le Chardonnay ne se prête pas à ce genre de numéro d’équilibriste. En résumé, le maître mot c’est bien l’équilibre.

    • Ce qui donne la sucrosité dans les vins du Languedoc rouges, c’est pas le sucre résiduel, pour reprendre Hervé: entre 2 et 3 gr dans les rouges, mais l’incorporation de tanins (œnologique ou copeaux ou douelles, pendant la fermentation alcoolique et après). C’est plus une sensation de sucré que du sucré à proprement dit !
      Maintenant si les "grosses coopératives du Languedoc" demande à chaptaliser, David, c’est plus pour augmenter la teneur en sucre de Sauvignon ou Chardonnay, ramassés à 9 ou 10° pour conserver une acidité acceptable (ou légale = 3.5 gr) en IGP en espérant préserver des "Thiols" fugaces et ce sans se poser les vrais questions : " a t-on choisi le bon cépage pour ce type de vin ?!"
      Quand à Chaptal, il ne faut pas oublier que ce jeune homme de 24 ans il y a 234 ans, traitait sur le même plan "chimique" ses travaux sur l’acide chlorhydrique et la chaptalisation et que Pasteur n’avait toujours pas publié ses travaux sur la fermentation (et pour cause il n’était pas né !).
      Ce "Magicien" a permis aux grands propriétaires terriens de transformer le sucre en alcool, sans comprendre pourquoi d’ailleurs et malheureusement, 234 ans après ça continue…

      Mais là on s’éloigne beaucoup du Vin je trouve, on est plutôt en train de parler de "cola"… Vous trouvez pas ?

      • Ce cher Jean-Antoine n’a pas inventé, à proprement parlé, le procédé à qui il a offert son nom : la chaptalisation. En effet le sucrage des moûts était décrit et recommandé par certains auteurs avant lui, dont l’abbé Rozier (1772). L’opération était préconisée lorsque la vendange était trop aqueuse et le plus souvent on utilisait du miel. Si l’histoire lui en a collé la paternité, c’est parce que cette pratique épousait à merveille sa théorie de la fermentation et il en a fait largement état dans son traité "L’Art de faire le Vin"(1807).
        Celle-ci reposait sur une notion d’action réciproque entre "le principe sucré et le ferment" dans le moût. Dans le cas où le premier était en proportion insuffisante, il en résultait un excédant du second (après fermentation) qui alors pouvait s’attaquer aux autres "principes de la liqueur" et ainsi engendrer une dégénération acide. C’était donc essentiellement dans un but curatif qu’il préconisait le sucrage de la vendange. De plus ce n’était pas le seul remède possible selon lui. Il recommandait également de faire bouillir une partie du moût jusqu’à réduction d’environ un quart, pour ensuite le réintroduire à chaud au reste de la vendange foulée. Cette ancienne pratique est à l’origine de ce qu’on appelle aujourd’hui le "moût concentré-rectifié".

  8. Depuis peu, une échelle (du sec au moelleux) figure sur l’étiquette de certains alsaces. Une bonne chose qu’il faudrait généraliser. Incertain de la richesse en sucre des rieslings, instruit par l’expérience, j’en mets toujours deux bouteilles au frigo, au cas où. Et je me retrouve souvent avec deux vins sucrés.

    • Ouais, sauf que comme je l’écrivais dans mon commentaire, le taux de sucre ou échelle qui en indique le taux ne donne pas une indication précise sur la perception sucrée qui dépend du taux d’acidité et d’autres paramètres, mais c’est déjà une bonne évolution par rapport à aucune indication
      Marc

      • Je fais ici un petit copié/collé tiré du Guide de la vinification rhodanienne qui me semble intéressant pour faire avancé le schmilblick :

        "Nous utilisons couramment le terme acidité pour définir la fraîcheur du vin, l’amertume pour exprimer la sensation d’amer, la salinité pour la sensation salée, l’astringence pour les tanins. Qu’en est-il pour le terme « sucrosité » ?
        Un sondage réalisé auprès de professionnels et de consommateurs nous révèle des avis très divergents quant à l’interprétation de ce néologisme. Majoritairement pour les techniciens, ce terme évoque toutes les sensations sucrées qui ne sont pas dues aux sucres. À l’inverse, les consommateurs citent le sucre comme vecteur principal de la sucrosité.
        Fort de ce constat, nous proposons la définition donnée par Raymond Sylvestre, professeur au lycée viti vinicole d’Orange :
        « La sucrosité représente l’ensemble des sensations gustatives et tactiles communiquées par les sucres mais aussi l’alcool, le glycérol, les tanins affinés dont la perception en bouche évoquent la saveur sucrée et une sensation tactile onctueuse »."

      • Intéressante, l’équivoque, sur le mot sucrosité, telle que citée par Marc Ledan.
        Moi je l’emploie plutôt dans le sens "wholistique" – tout ce qui est sucré, qu’il soit sucre ou impression de sucre. Mais on peut effectivement admettre une définition plus restrictive. Peut-être alors faudrait-il un autre mot.

  9. Je me souviens en 1998, lors d’une visite de routine chez mon client Alphonse Mellot (Père) à Sancerre, avec un de mes stagiaires qui ne supportait pas les vins sucrés … David était originaire de Pau mais il avait du mal avec le Jurançon ou le Sauternes d’ailleurs.
    En 1995 Alphonse avait laissé sur la Moussière quelques rangs non vendangés pour envisager de produire une barrique de 600 L de liquoreux et en effet après 3 à 4 semaines le moût concentré, ramassé pesait 26° d’alcool probable…
    La vinification s’est arrêtée naturellement autour de 11° en laissant quelques 230 gr de sucre libre mais avec un tampon de 11 gr d’acidité totale.
    Commentaire de David après dégustation (il ne savait pas ce qu’il buvait) :
    - David : "c’est excellent…"
    - Moi : "Tu sais ce que tu bois"
    - David : "Non, mais c’est bon"
    - Moi : "le sucre te gène pas ?"
    - David : "c’est pas sucré !"
    - Alphonse : "non tu as raison … il n’y a que 230 gr de sucre par litre" (rires)
    - David : "je vous assure, je ne sens pas le sucre !"
    - Alphonse : " c’est normal, avec 11 gr d’acidité pour tamponner le sucre, on ne peut plus être dérangé par le sucre"
    C’est ainsi que David s’est réconcilié avec les vins liquoreux (mais les bons, ceux qui sont bien équilibrés) !

    Le sucre donne du gras, ce qui est gênant pour un vigneron c’est qu’il ne soit pas capable de trouver le parfait équilibre entre l’acidité naturelle et le sucre nécessaire pour donner un gras et une rondeur à son vin.
    Le problème c’est qu’il est plus facile de "sécher" un vin, surtout en bio quand l’hygiène laisse parfois à désirer (levures ou bactéries indigènes, absence de protection SO2 ou CO2), plutôt que de maîtriser la vinification en conséquence, ce qui est tout un art !

  10. D’accord avec toi David, mais c’est vrai que le débat en France est faussé par la possibilité de chaptaliser les aoc. En particulier les liquoreux, ce qui est un non sens (liquoreux : surmaturité, et non sucrage). La volonté de l’Europe d’interdire de chaptaliser au dessus de 15% va tout à fait dans le bon sens, mais l’inao, la cnaoc, les syndicats de Sauternes et de l’Anjou, n’ont eu de cesse de faire croire aux vignerons depuis plus de deux ans qu’ils parviendraient par des artifices juridiques à faire reculer l’Europe, ce qui n’est pas le cas bien sûr. Donc à l’heure actuelle, panique à bord, de Sauternes au Layon c’est la course aux "essais" d’osmose et compagnie, au lieu de revenir à une saine gestion du botrytis et de ses risques, et de réhabiliter les beaux secs, y compris "tendres"…(discussion sur les anjous blancs !). Ci-dessous, la partie du livre de JM Doutrelant dont nous avons déjà parlé, sur le rosé en anjou….!! "Pourquoi avoir choisi la production de rosés moelleux alors que la mode volait déjà au secours des vins secs ? "raisons oenologiques, répond M. Rémy, négociant près de Saumur. Le terroir donne des vins un peu trop acides dont il faut atténuer la verdeur par un peu de douceur." Comme on met du sucre pour agrémenter le jus de citron. …par contamination les viticulteurs ont voulu obtenir avec les blancs d’aussi bonnes "performances culturales" qu’avec leurs surfaces de rosés. Ils ont descendu leurs vignes des coteaux bien ensoleillés..si bien que pour produire malgré tout d’authentiques coteaux du layon il faut additionner le moût de raisins de jus de betterave." Voilà comment le sucre de betterave a tué le sucre de raisin dans les aoc, y compris sur les "secs" ou "secs tendres", sur les vins de terroir…..

  11. David, fais-nous vite un sujet sur la chaptalisation, je vois que cela tient à cœur de nos lecteurs. Quoique peut-être alors, on te parlera des sucres résiduels naturels et des beaux équilibres qu’ils peuvent donner avec une acidité tout aussi naturelle.
    Marc

  12. Oui Marc, je suis ta pensée

  13. sur la relation complexe concentration en sucre vin de terroir, puisqu’on parle de vins allemands (j’ai bu récemment, offert par un gentil client, un riesling spätlese 2011 Felsenberg Dönnhoff 8.5%Vol, excellent), je signale cet article de Reinhard Löwenstein, qui donne aussi des éléments de compréhension historique de la méfiance d’une partie des amateurs pour les vins "sucrés"….http://www.patrick-baudouin.com/IMG/pdf/D_OECHSLE_AU_TERROIR_R_LOWENSTEIN.pdf

  14. Patrick, merci pour ce lien. J’ai lu cet article. Il dit des choses justes, tout en pratiquant le raccourci et l’amalgame un peu facile. Mais surtout il ne parle pas du même sujet que je voulais adresser. Je cherchais simplement à évoquer la méfiance croissante du consommateur à l’égard du toute sucrosité un peu évidente, même acquise par des méthodes "traditionnelles" et pour des vins de "terroir", comme le très joli riesling allemand que je mentionne dans mon article.

  15. Je comprends bien David, et tu penses sans doute un peu, comme un autre intervenant, que je suis quelque peu hors sujet, introduisant par ta fenêtre ma marotte antichapta…! mais pour faire des liquoreux depuis maintenant 20 ans, de l’Anjou à Sauternes, pour avoir contribué à créer, à animer Sapros avec des vignerons "liquoristes" de toute la France et de toute l’Europe, pour sortir à l’instant d’une réunion de Quart de Chaume où on discute fermement de la nature de cette appellation, chenin exclusivement très liquoreux, ou chenin dans tous ses états revendiquant avant tout son cépage dans son périmètre géographique, (suite de deux années catastrophiques et d’un marché ..difficile), pour avoir tourné la question un peu dans tous les sens au cours de toute ma vie de vigneron, qui est sans cesse confronté dans les dégustations à des amateurs qui commencent à refuser de goûter mes liquoreux "écoeurants" et repartent en en achetant, eh bien, je suis persuadé qu’il y a un lien très fort (un, dans une histoire sans doute multifactorielle) entre cette méfiance et la "sucrosité" quelle qu’elle soit, tout simplement parce que 95% des gens ont bu des vins "sucrés" "surnaturels" déséquilibrés, ne savent même pas que c’est autorisé, et ne connaissent que très peu les sucrés "naturels". André Ostertag, il y a …vingt ans, avait écrit un des plus beaux textes que je connaisse sur ce sujet : "sucres d’enfer, sucres de paradis…". La réhabilitation de la belle sucrosité passe je pense par la réhabilitation des sucres de paradis, ceux du raisin…

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