Les 5 du Vin

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Chardonnay du Sud, celui de Peter, le Grand

Pas Pierre le Grand, non, mais le Grand Blanc de Peter Fischer. Un vigneron d’origine teutonne qui vit de ce côté-ci de la Sainte Victoire, soit derrière les toiles de Cézanne.

Tout le monde situe ?

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La Montagne domine de sa majesté le vignoble provençal entre Aix et Brignoles. On connaît moins la face douce de cet éperon calcaire, cette pente moins raide qui s’adoucit jusqu’à Jouques.

 Et à Joucques, Revelette

Là, entre monticules et bosquets, gît un château au jardin chamarré de paons. Demeure viticole du 17e entourée de 24 ha réparties en 12 parcelles comprises entre 330 et 400 m d’altitude et offrant ses sols de colluvions à 9 cépages. Terroir le plus septentrional de l’appellation Coteaux d’Aix, il fait subir aux vignes son climat continental aux étés chauds et secs, aux hivers froids.

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Notre HMS (Holy Michel Smith) favori en a parlé avec grandeur et passion dans l’excellente revue 180°C, ainsi qu’à plusieurs reprises Ici Même, comme dirait Tardi.

 icimeme

Peter

C’est un Nordique qui l’habite ! D’origine allemande, Peter s’y installe en 1985, après ses études à l’Université Davis, aux States et un parcours vinicole autour de la Montagne. À l’écoute autant de l’art que de la nature, Peter aime voir quelques œuvres contemporaines enrichir les tons verts et bruns d’une nature préservée. Ses vins sont issus d’une conduite biologique et élevés en cuves bétons et en barriques de chêne certes, mais aussi en œufs d’argile. Ces derniers, par le mouvement brownien* en leur sein généré, apportent une dynamique au vin.

 Château Revelette, Peter Fisher couve son oeuf

*Mouvement aléatoire des particules immergées dans un fluide et soumises aux interactions dues aux chocs avec les molécules du fluide

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Mais revenons à nos moutons, ou mieux, à notre flacon. Voilà ce que j’en disais il y a 4 ans.

Le Grand Blanc 2007 Vin de Pays des bouches du Rhône Château Revelette

La robe jaune aux reflets dorés nous offre avec générosité ses senteurs de pomme sorties du four, saupoudrées d’un rien de cannelle et de poivre, déposées sur un plat de bois qui ajoute ses notes d’aiguilles de pin. Soudain, le fruit d’amour se fend et s’ouvre pour mieux libérer parfums de noisette, beurre et pâte d’amande. L’annonce gourmande du nez passe au second plan, le minéral prend les commandes, granule la bouche, la cadre, l’allonge, puis heureux de sa structure laisse s’installer fruits, fleurs et épices. C’est croquant, c’est onctueux, avec du caractère !

Fisher le Grand Blanc 001 

Vinification : il assemble 70% de Chardonnay, 15% de Rolle et 7% de Roussanne âgés d’un bon 35 ans. Après la fermentation alcoolique, suivie de la malolactique, les vins s’élèvent sur lies, en barriques neuves et usagée pour les jus de presse, et en cuve et œuf pour les jus de goutte.

Château Revelette, Peter Fisher 

Je l’ai redégusté ce printemps et puis une dernière fois samedi dernier. Deux soupers (chez nous on dit souper, pas dîner, le dîner, c’est le midi) de fin mai et d’hiver, aux accords bien différents. Côté évolution, la dernière bouteille était fort semblable à la précédente (après, j’en ai plus, mais je suis très content de les avoir bues). Fini l’ampleur, la générosité, le beurre, le four, la cannelle, l’onctuosité… le vin s’est resserré, s’est affiné. Il a adopté, à l’image de Peter, cette élégance un rien surannée de gentlemen farmer au parfum légèrement anisé. Le minéral, pas le galvaudé, le vrai, celui qui par sa tension ajoute une fraîcheur particulière au vin, s’est installé et transforme cette dentelle fruitée en un Chardonnay des plus raffinés. La longueur semble infinie, elle nous relance sempiternel et délicate comme un mouvement brownien perpétuel.

Au printemps, il accompagnait une soupe fraîche de carotte et gelée de fleurs de carotte. Un plat délicat qui révéla les échos anisés des deux partenaires, le bel équilibre du vin, la saveur légèrement terreuse et florale de la recette.

La semaine dernière, je l’ai mis sur une entrée froide, un méli-mélo de poissons fumés salade de racines à la pomme Granny, puis sur le plat, une poularde aux morilles au goût délicat. Il a tenu avec succès sur l’embuche du poisson fumé et de la vinaigrette. S’est fait le pote des racines, en a exprimé la saveur amère sucrée. S’est joué de l’iode et boucané. A croqué la pomme…

Puis, son petit côté oxydatif, après bientôt 7 ans, c’est permis; cela lui ajoute de la profondeur, de la fraîcheur et de la complexité. Il a berné la volaille qui l’a pris pour un élégant jurassien oscillant entre le floral et la légère évolution.

Un régal, merci Peter ! 

 

www.revelette.fr

 

 

Ciao

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Marco

 

 

 

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