Les 5 du Vin

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A propos du Pinot Gris

11 Commentaires

Changer d’avis sur le potentiel d’un cépage? Pourquoi pas? Tout le monde peut le faire, en commençant par le pinot gris, par exemple. Mais, comme pour beaucoup de choses, cela aide de changer de pays et donc de perspective.

Nous fonctionnons beaucoup avec des idées préconçues. Et je plaide coupable sur ce coup-là, de temps en temps, même si j’essaie de lutter contre cette vilaine et déloyale habitude. Par exemple, je ne pensais pas, jusqu’à il y a une petite dizaine d’années, que le melon de Bourgogne pouvait produire des vins capables de se bonifier. Mais j’ai changé d’avis, après avoir dégusté un certain nombre de cuvées qui m’ont prouvé le contraire.

Un autre exemple, plus actuel, de mes petits préjugés concerne le pinot gris, ce mutant du pinot noir dont la couleur de la peau semble hésiter comme la lumière de fin de jour, quelque part entre chien et loup. J’ai rarement dégusté un pinot gris alsacien qui m’ait donné envie de boire un deuxième verre tant cette variété, en Alsace du moins, m’a souvent semblé donner des vins pâteux comme un dimanche après-midi. Il y a certainement des exceptions, mais je ne les ai pas souvent rencontrées.

PinotGrisPinot gris (photo Andy/Andrew Fogg)

Une autre vision de ce cépage, à l’opposé sur le cadran stylistique, est donnée par cette production de masse de la région du Frioul qui inonde les marchés de dupes avec des pinot grigio fadasses. N’ayant pas plus d’atomes crochus avec ce type-là, je me suis détourné de la variété dans son ensemble, au point de l’éviter sur des cartes de restaurant et de penser qu’il était intrinsèquement incapable de produire des vins dignes de grand intérêt, malgré quelques exemples acceptables rencontrés en Californie ou en Nouvelle Zélande, un peu par hasard. « Grossière erreur », comme certains vont s’empresser de me rappeler.

Je pense tout à coup au jardinier anglais à qui on posait la question «qu’est-ce qu’une mauvaise herbe?» et qui répondit : «Une plante au mauvais endroit ». Et là, je trouve peut-être un plaidoyer intéressant pour ce concept flou de terroir. Mais passons à l’histoire.

Si le pinot gris est connu en Bourgogne depuis le Moyen Age sous le nom de fromenteau, il était déjà connu en Suisse vers  1300, avec son frère jumeau le pinot noir. Apprécié par l’Empereur Charles IV, il fût importé en Hongrie par des moines Cisterciens qui l’ont planté sur les rives du lac Balaton en 1375. Bien plus tard, en 1711, un marchand allemand du nom de Rüland a découvert une vigne qui poussait à l’état sauvage dans la région du Palatinat. On a découvert plus tard qu’il s’agissait de pinot gris, mais ceci explique le synonyme local de rülander.

Ce sont des rendements variables et plutôt faibles qui ont fait perdre du terrain à cette variété autrefois bien plus importante que son plus jeune et résistant cousin, le pinot chardonnay. Et cela, en Bourgogne comme ailleurs. C’est grâce à des chercheurs de l’Université de Davis, California, que nous savons maintenant que le pinot gris n’est qu’une mutation génétique du pinot noir, différant uniquement par la couleur de la peau de ses baies. Mais, vu cette histoire longue et plutôt honorable, pourquoi diable le pinot gris ne serait-il pas capable de produire de bons vins ? Et pas juste de temps en temps, mais souvent, comme son frère jumeau, le pinot noir? Ou son cousin/neveu/nièce, le pinot chardonnay?

Je vous annonce que c’est tout à fait possible, et je m’en suis rendu compte très récemment en Allemagne ou je me trouve au moment ou vous lirez ces lignes pour juger dans un concours qui s’intitule «Berliner Wein Trophy», régi par les règles de l’OIV. Vendredi matin j’ai eu la chance, avec mes 5 collègues de table, de déguster la meilleure série de vins que je n’ai jamais rencontrée dans un concours. Quand je dis «meilleure», je veux parler du niveau moyen et de la constance dans la qualité. Il n’y avait pas de mauvais vin, j’aurai bu chacun avec plaisir et je pense qu’il y aura pas mal de vins médaillés dans le lot (pour ce que cela vaut), même si aucun n’était tout à fait génial (mais ce dernier point souligne probablement un des points faibles de tous ces concours).

Ces séries, toujours composés de vins d’un même type, et généralement d’un même cépage ou, du moins, issues d’une même région, comportent entre 8 et 17 vins. La série en question contenait 14 pinot gris secs d’Allemagne. Cette variété que les Allemands appellent généralement grauburgunder, et qui est aussi connue localement sous le nom de rülander, est très loin d’être le plus planté des cépages blancs dans ce pays, mais peu importe parce qu’il semble y trouver un terrain très favorable.

Et alors, qu’est-ce qu’ils avait de si beau, ces pinot gris allemands? Leur élégance, leur légèreté, leur fraîcheur de toucher, leur gourmandise, leur simplicité directe, la maturité de leur fruit, leur absence de lourdeur, leur absence de « tension minérale », leur très grande séduction et harmonie, sans esbrouffe ni chichi, sans boisé envahissant, sans acidité décoiffante, sans oxydation déplacée, sans brettanomyces ni goût de pomme blette: enfin de bons vins, bien faits, qu’on a envie de boire sans se prendre la tête à leur trouver des excuses pour leur défauts!

David

PS. Je ne connais pas encore les noms de ces vins allemands que j’ai tant aimés, car le règlement de ce concours me l’interdit. Si j’arrive à les obtenir plus tard, je vous les donnerai.

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

11 réflexions sur “A propos du Pinot Gris

  1. Merci David,
    Je suis complètement d’accord sur le cépage pinot gris en Allemagne. J’ai découvert les jolis vins rülander de la région Kaiserstuhl, pendant mes jours à l’Uni Freiburg des années 70. Il me semble que ce cépage aime les sols volcaniques. Pour moi les meilleurs exemples sont ceux-ci de Baden (et aussi de Rheinpfalz).

  2. Pour réhabiliter le pinot gris alsacien, j’ai dégusté vici quelques mois le Fromenteau de Josmeyer, millésime 1997. Terroir du Herrenweg de Turckheim. Pas déçu du voyage. Un conseil: attendre les pinots gris.

  3. And now for something completely different: le rosé de Pinot Gris du domaine Tatin, à Reuilly.

  4. Ben oui, c’est bien une sorte de pinot noir. Et je vous raconte pas non plus tout les blancs de noirs, parfois intéressants, que j’ai pu gouter en Allemagne : des pinot noir, des syrah, des cabernet sauvignon, des kekfrancos, etc.

  5. Moi aussi j’ai une dent contre le PG, sauf en cas de SGN en Alsace ! Je préfère le Grenache gris, surtout celui du Roussillon. Mais c’est du parti pris ! :-)

  6. Viens en Allemagne alors !

  7. C’est ce que j’avais compris en te lisant. Un jour, volontiers…

  8. Sauf quelques pinot gris alsaciens (qui ont plus d’acidité), je préfère récemment ceux-ci de l’autre coté de la frontière. Les soi-disant « top » pinot gris d’Alsace sont à mon goût souvent trop mou et surmûri (sauf les SGN, naturellement). Je dois avouer que je préfère avec la cuisine, les mélanges de pinot blancs/auxerrois – ou, comme Michel, le grenache gris, vermentino etc.

  9. N’oubliez pas non plus les Pinot Gris suisses (qu’on appelle là-bas souvent Malvoisie).

  10. Vous avez raison Hervé – les PG suisses sont, comme les allemands, assez plus croquant et vif.

  11. et de Alto Adige, aussi – Jim.

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