Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Au fait, pourquoi ai-je signé ?

16 Commentaires

Même si tout cela risque de paraître tardif, grossier, opportuniste, un peu naïf aussi, voire simplet, sachez que je rumine mon ire dans ma tête depuis plusieurs jours au point que ça commence à m’échauffer.  Bon, paraît que ça va mieux en le disant…

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Pourquoi, à l’inverse de mon collègue de blog David Cobbold, par exemple, qui explique très bien, fort à propos et fort doctement sa position – en l’occurrence, son refus de signer une pétition  – dans ce papier de Lundi dernier qui lui a valu, chose positive, de susciter un grand débat grâce au flux de commentaires que je vous invite à lire ou relire, pourquoi diantre n’ai-je pas hésité de mon côté à signer l’appel en faveur du désormais célèbre vigneron bourguignon Giboulot ? Bien oui, tiens, parlons-en : pourquoi ai-je signé et plutôt deux fois qu’une ce manifeste ô combien dangereux et subversif ? Précisons d’emblée qu’en l’espace de quelques jours, mode oblige, j’ai fauté en signant deux pétions : l’une pour Emmanuel Giboulot donc, l’autre pour Olivier Cousin qui n’est pas encore sorti de l’auberge du Tribunal d’Angers. Justice, quand tu nous tiens…

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À l’en croire certains bons penseurs, un journaliste devrait s’abstenir, ne pas se positionner, rester indépendant, ne rien dire de sa pensée, ne rien énoncer de plus que la froideur des faits, et qui plus est, s’en tenir rigoureusement aux jugements des experts. En gros, il devrait mettre son opinion au garage des sentiments, se mettre lui-même en mode veille. Et si l’on raisonne plus loin encore, un blogueur devrait fermer sa gueule, s’écraser, surtout ne pas se prendre pour un journaliste, ne plus se prendre pour un explorateur de son temps, apaiser tout débat, ne rien déclencher, rester poli, ce qui revient à dire qu’il devrait apprendre à clouer son auguste bec ou se résoudre à décrire ce qu’il voit de merveilleusement positif dans un verre de Chiroubles.

<div style="width:WIDTHpx;font-size:11px; background:#CCCCCC; padding:2px 0 4px 0; text-align: center;"><a rel="nofollow" target="_blank" href="http://www.wat.tv/video/viticulteur-emmanuel-giboulot-6obgh_2exyh_.html" title="Vidéo Le viticulteur Emmanuel Giboulot devrait &eacute;coper d’une amende de 1.000 euros sur wat.tv"><strong>Le viticulteur Emmanuel Giboulot devrait écoper d’une amende de 1.000 euros</strong> sur WAT.tv</a>  </div>

Belle France passive, oisive. Magnifique village endormi sous sa couette de plumes d’oie où le clocher du village serait le totem de la tranquillité. Quelle jolie France « bisounours » comme on dit désormais pour faire branché ! Terre promise pour les citoyens autruches où les politiciens auraient vie et mort sur nos mœurs avec pour mission principale : nous faire voter un point c’est tout. Ben voyons, puisqu’on vous dit que tout baigne…

Car s’il n’y a rien de plus violent et insultant que l’ignorance, il n’y a rien de plus bas que l’écrasement. Alors oui, si j’ai osé appuyer aussi facilement de mon index sur le déclic de ma modeste souris, si j’ai cliqué aussi naïvement pour Giboulot, puis pour Cousin, c’est que j’avais conscience d’une chose capitale. Ou plutôt de deux : 1) je ne vois pas pourquoi j’arracherais une vigne qui est saine, sachant qu’il y a certainement matière à discuter, à étudier dans le détail, à suivre de près sans s’affoler la progression d’un insecte porteur de maladies ; 2) je ne vois non plus pas pourquoi un brave vigneron qui ne fait de mal à personne ne pourrait pas mettre sur son vin le nom d’une région où se situe pourtant son vignoble travaillé depuis plusieurs générations. Pour moi, que ça plaise ou non, la terre appartient à ceux qui prennent la peine de la travailler et ces deux protagonistes illustrent à merveille leur attachement à la vigne de leurs ancêtres. Raison de plus pour leur foutre la paix !

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Le fait de prendre position ne m’empêchera nullement d’avoir envie d’en savoir plus en allant sur le site d’Ophélie, par exemple, ni de poser des questions aux vignerons que je côtoie. Selon certains, le parti-pris des cassandres dont je fais probablement partie dénaturerait le débat qui serait  tantôt triste, idiot, pathétique, navrant ou ridicule ? À entendre nos penseurs moralisateurs bien aimés, notre chère blogosphère du vin ne serait que copinages et renvois d’ascenseurs accompagnés de clichés aussi monstrueux que vachards et fallacieux ? Et alors, qu’est-ce que cela peut faire si l’on prend la peine de s’engager ne serait-ce que par le biais d’un article, d’un clic ou d’un commentaire même hésitant ou maladroit sur une démarche, une initiative, un combat fut-il perdu d’avance ? Si de tels débats on lieu sur la Toile, c’est que nous en avons besoin, qu’ils sont nécessaires, impératifs. Laissez-les en paix comme le dit Jean-Paul Gené dans le magazine du Monde ! Il n’y a à mon avis que dans la discussion, même parfois outrancière, que l’on pourra avancer. Et s’il fallait signer de nouveau, je le referais sans tarder ! En attendant, fontaine, je ne boirai surtout pas de ton eau !

Michel Smith

http://www.musicme.com/The-Rolling-Stones/albums/A-Bigger-Bang-0602527173016.html?play=01

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

16 réflexions sur “Au fait, pourquoi ai-je signé ?

  1. Pour en avoir parlé longuement hier avec Alain Vauthier, j’invite ceux que ce sujet intéresse vraiment de se renseigner sur les procédures qui ont été mises en place en rive droite de Bordeaux avec un organisme ad hoc. Là encore, avec des hommes responsables et une visite détaillée de tous les vignobles, ce problème de la flavescence a été et est traité en minimisant les redoutables produits recommandés pour combattre la chose.

  2. Merci François… Si tu pouvais nous mettre un lien vers ces procédures, je t’en serais reconnaissant !

    • Je vais demander à Monsieur Vauthier de me donner le nom de cet organisme mis en place en rive droite pour traiter ce problème. Et donc je mettrai ce nom ici.
      Il est un tantinet tôt :-))))

  3. Tu quoque, Michelus! Relis-moi et tu verras que je n’ai jamais condamné le débat, au contraire. Je l’appelle même de mes voeux, avec le secret espoir que les blogs donnent plus de liberté que la presse. Ce que je réprouve, c’est justement le fait que le débat des blogs s’enlise comme dans la presse, quand on ne fait que reproduire de vieux a priori. Et que ce prétendu nouvel espace de liberté donne trop de place au sniping du genre "si c’est lui qui l’écrit, c’est con". Ou "je préfère avoir tort avec Sartre qu’avoir raison avec Aron".C’est ça, pour moi, qui est pathétique. Pas le fait d’avoir de vraies opinions.

    Quand à Giboulot, qui a parlé d’arracher une vigne saine? Le débat (et je crois y avoir participé abondamment), c’est sur l’obligation de traiter.

  4. Au fait, avec le concept de "respectons la loi quand elle est respectable" revendiqué par M. Giboulot, on peut aller vraiment très loin. Et qui décide de ce qui est respectable?

  5. Michel, tu défends un débat d’idées mais tu passes trop vite sur la redoutable communication de propagande véhiculée par le Net. Pourquoi dit-on "pour faire vite" à propos de Giboulot qu’il pourrait "arracher une vigne qui est saine, sachant qu’il y a certainement matière à discuter" (je te cite mais toi tu cites la blogosphère" ou bien par ailleurs qu’on "l’oblige à traiter avec des insecticides qui tuent les abeilles" à tel point qu’on est convaincu qu’il y a l’ordonnance pour un seul produit livré avec l’ordre de la préfecture. Cette reprise en écho amplifié d’un point de vue ne te chatouille pas un peu la conscience? En effet David ne s’est pas laissé pendre dans les mailles du filet.
    Dans le cas de Cousin, on élude totalement la grande difficulté dans laquelle sont les AOC qui n’ont pas une belle renommée. On veut ignorer le combat de la grande majorité des vignerons pour une hiérarchisation des appellations
    et là aussi tu reprends le bruit du Net en disant "je ne vois non plus pas pourquoi un brave vigneron qui ne fait de mal à personne ne pourrait pas mettre sur son vin le nom d’une région où se situe pourtant son vignoble travaillé depuis plusieurs générations". Attention les gars, la propagande a trouvé avec le Net un merveilleux accélérateur de communication. Si, en plus, ce sont les vieux renards qui se font prendre, où va-t-on?

  6. Beau Ténébreux : voilà les infos que j’ai reçues d’Alain Vauthier :

    "Il s’agit du Groupement de défense contre les organismes nuisibles : GDON du Libournais.
    http://www.gdon-libournais.fr"

    "Souhaitons qu’une solution plus efficace soit trouvée rapidement mais il n’y a rien dans les tuyaux pour le moment. L’inra y travaille et vient de sortir un travail sur la sensibilité des cépages."

    Cette étude est sortie et montre que les cépages bourguignons sont bien plus sensibles à cette maladie que les cépages bordelais.

    "lire la réédition de la thèse du Pr Philippe Roudié chez Féret sur la viticulture Bordelaise de 1850 à 1980. Cela n’a pas toujours été un long fleuve tranquille."

    Et à Reignac, tu peux avoir aussi pas mal d’infos sur leur façon de traiter le problème.

    Que la vie te soit douce !

  7. Pas grande chose à rajouter. Je reste convaincu que Giboulot a tort et, surtout, que l’aveuglement quasi-religieux du tout bio peut mener, par moments, ses adeptes à des contradictions: comme utiliser des produits "organiques" qui sont plus nocifs que des produits de synthèse. Je suis plus sympathique envers le cas Cousin car je trouve la position de l’INAO, là comme ailleurs, bien trop rigide. Cousin est extrémiste et provocateur et dit des bêtises parfois (la polarisation du monde du vin entre "paysan" et "industriel" est évidemment manichéen et aussi absurde que des thèses similaires de Nossiter). Mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas trouver un terrain d’entente avec une dénomination IGT qui inclurait le mot Anjou. En quoi cela nuirait’elle à aux AOP Nadine ?

    • Je ne saurais répondre à la place des vignerons qui travaillent sur la hiérarchisation. Les différences entre IGP et AOC, d’un point de vue du rapport à l’origine, sont devenues légères. Dans la communication des IGP, le lien à l’origine géographique est parfois plus clair que pour les AOC. C’est certain qu’on va vers une simplification des appellations avec celles qui "auront l’origine" (AOC et IGP) et celles qui ne l’auront pas "sans IG". Alors, oui la mention Anjou pour un vin aura du sens. Pour te répondre David, si c’était une IGP, cela ne nuirait pas aux AOC. Sauf qu’il y a encore des bagarres de principe sur les noms des IGP, et ça, ça va forcément changer.

  8. Merci Nadine. Je suppose que les Lecteurs auront rectifié d’eux-mêmes vu que je les incite à tout comprendre sur les tenants et aboutissants du débat en allant sur le site de Miss Gloglou (Ophélie Neiman), quitte à revenir sur l’article de David qui a déclenché pas mal d’explications et de réactions. Mais je supposais peut-être à tort que si l’on refusait de traiter avec ce produit soit disant si peu offensif pour les uns et si inutile pour les autres, on s’exposait à un arrachage préfectoral.
    Comme d’habitude, j’avais dû siffler un fond de Maury en trop… ;-)

    Et mille pardons à Hervé s’il pense que j’ai mal interprété son texte. Lui qui aime tant la diversité, il est servi.

    • On ne peut pas douter de ta sincérité, Michel. C’est pour ça que j’ai envie de réagir parce qu’on trouve de plus en plus de cas de propagande masquée sur le Net. Sans être de la propagande, le cas de ces deux vignerons est, le plus souvent, traité avec un parti pris et le discours qui va avec.

  9. j’ai toujours préféré avoir raison avec Aron que tort avec Sartre. Tout en pratiquant (notion religieuse?) la biodynamie et donc le bio, je n’hésiterai pas à utiliser les produits indispensables pour lutter contre une maladie qui pourrait faire disparaître mon vignoble ou celui de mes voisins. Car la bio sans les pieds de vignes…….
    Ceci dit je suis aussi un délinquant car je n’applique pas les produits incriminés. Il faut dire que je n’ai en 6 ans jamais trouvé un pied de flavescence doré dans mes vignes, ni dans celle de mes voisins.
    Le bon sens m’empêche de traiter ( avec des produits dangereux) de façon préventive une maladie inconnue dans mon vignoble.

  10. Modat, j’espère de tout cœur que cette chose n’arrive pas chez vous, ni dans le voisinage. Je vous imagine averti et précautionneuse, comme Aron. Dans quelle région vous trouvez-vous ?

  11. Chez moi, dans le Roussillon. Et il s’agit de Philippe Modat, de l’excellent Domaine Modat. Très bons blancs, entre autres… Voir mon article : http://les5duvin.wordpress.com/2013/07/25/bonne-nouvelle-il-y-a-quand-meme-un-petit-vin-chez-modat/

  12. Dans le Roussillon, dans la vallée de l’Agly, la gestion des maladies et des insectes est plus facile grâce à la tramontane, au soleil, et au peu d’humidité. Evidemment il y ad’autres inconvénients comme le manque d’eau et les petits rendements.

    Mais pour revenir au sujet, je répète que je ne mettrai pas mon vignoble en péril si une attaque est détectée et que je chercherai à protéger mes vignes et celle des voisins en traitant avec le produit qui me paraîtra le plus adapté en bio évidement.

    Du coup j’ai envie de relire les mémoires d’Aron. Et j’en profite pour recommander "le cahier gris" de PLa, auteur catalan du début du 20 éme siècle.

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