Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Sauvignon blanc, et plus si affinités

4 Commentaires

On a beau râler, ici ou là, disputer les variétés dites « internationales », défendre les cépages locaux et rares, et, quelque part, avoir un peu raison en défendant l’idée de la diversité de cette manière, c’est toujours une petite dizaine de variétés de vigne qui domine largement la production mondiale. Les chiffres sont sans appel, car dix variétés pèsent pour une grosse majorité du vignoble mondial.  Je vous donne ces 10 premières variétés dans l’ordre (source : University of Adelaide, 2010) :

1. Cabernet Sauvignon
2. Merlot
3. Airen (vous l’aurez trouvé, celui-ci ?)
4. Tempranillo
5. Chardonnay
6. Syrah
7. Garnacha tinta
8. Sauvignon blanc
9. Trebbiano Toscano (alias Ugni Blanc)
10. Pinot noir

Ce tableau de chasse est en évolution constante, en fonction de modes, des plantations et des arrachages. Mais que faut-il penser de cette concentration de la production ? Les tenants du « boire locale » diront que c’est très mauvais, que cela uniformise les goûts et favorise une production supposée « industrielle », etc, etc. On connaît cette chanson, et, comme souvent, il y a une part de vrai là-dedans. Mais je vais aussi présenter les arguments pour une simplification d’une partie de l’offre des vins, surtout à destination de la majorité des acheteurs de vin, ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de lire des articles ou livres sur le sujet, et qui sont aussi ceux qui font vivre l’essentiel de la filière, ne l’oublions jamais.

Avant tout, il est très difficile pour un consommateur novice ou occasionnel, qui aime bien boire du vin mais qui ne s’y intéresse pas plus que cela, de se repérer dans la vaste et très diverse offre qui existe dans la plupart des marchés. En France cette offre dépasse très largement les capacités de compréhension de, disons, 90% des consommateurs. Dans des marchés plus ouverts à une offre bien plus variée sur le plan des origines, la situation est bien pire ! Segmenter les vins par leurs cépages, leur saveurs ou leur prix (et les trois à la fois si possible) sont des options bien plus pertinents qu’une approche par l’origine géographique, même si celle-ci fait sens en deuxième position de tri, pour ceux qui savent, ou qui recherchent un accent particulier.

Je rajouterai que c’est justement cette segmentation par variété (unique ou dominante) qui autorise une véritable exploration du résultat des lieux différents : climats, ou, si vous préférez, terroirs. Prenons l’exemple du cépage qui sera le sujet de cet article, le sauvignon blanc. Il n’offre pas les mêmes nuances à Sancerre, à Bordeaux, à Marlborough, en Styrie ou à Rueda. Ces différences, cette portefeuille d’arômes et de saveurs qui sont modulées et parfois amplifiées par les choix de chaque producteur et par les conditions de chaque millésime, confèrent une très grande diversité de styles au sauvignon blanc. Assemblée ou pas, la variété garde presque toujours un axe central, sorte de colonne vertébrale, qui est son acidité naturelle, porteur d’un train d’arômes dont la gamme spécifique traduit les origines géographiques, et parfois aussi les techniques.

Sauvignon-blanc-wine-and-grapes

Comme toujours, une seule dimension d’un vin, en l’occurrence son acidité, ne peut être un critère suffisant pour assurer sa qualité. Il lui faut aussi un ensemble de saveurs et de parfums qui lui donne sa cohérence, les uns fonctionnant en harmonie avec les autres, comme de bons partenaires de danse, chacun avec ses qualités et sa partition, mais sans être en rivalité avec l’autre. Cela m’est rappelé avec force chaque fois que je participe à ce concours singulier (par le cépage concerné) qui est le Concours Mondial de Sauvignon Blanc. Chaque jury de 6 personnes déguste, chaque matin, entre 30 à 40 vins, en deux ou trois séries. Les séries sont, dans la mesure du possible, constitués de lots qui sont homogènes : par leur provenance géographique, leur millésime, le fait d’être assemblé ou en mono-cépage, élevé en cuve ou en sous bois, etc. Les vins sont servis à l’aveugle, bien entendu, mais ces paramètres sont connus, ce qui permets de faire glisser sa perspective sur chaque série et de juger chaque vin en fonction d’un étalon réel ou imaginaire, fondé sur l’expérience. Personne ne choisit la région, le pays ou le type de vin dégusté et les membres de chaque jury sont assez diversifié sur le plan des nationalités, ainsi que sur celui de l’activité professionnelle, bien que tous travaillent dans la filière vin.

L’édition 2014 de ce concours, qui a eu lieu à Bordeaux la semaine dernière, m’a donné l’occasion de déguster des séries de vins de plusieurs pays et régions différentes, tous issus de deux millésimes, 2012 et 2013. La France, la Suisse et l’Espagne étaient le pays, et les régions françaises étaient Bordeaux, Touraine et Languedoc-Roussillon, tandis que les sauvignons suisses venaient de Genève, du Vaud, du Valais et de Neufchâtel. Tous les vins d’Espagne étaient de la DO Rueda. De l’avis unanime de notre jury (une chinoise, une française, deux français, un sud-africain et votre serviteur anglais), de loin la meilleur série étaient celle de Rueda. La grande majorité de cette série de 12 vins du millésime 2012 étaient fins mais murs, leur acidité fine si bien intégrée dans un fruité subtil, peu exubérant, mais savoureux juste comme il le faut pour stimuler le palais. L’équilibre parfait fut souvent au rendez-vous chez ces vins délicats comme des Sancerres mais arrondis comme un sauvignon de Styrie. Surtout ils échappaient parfaitement à ce que je trouve être un piège, voire un lieu commun de trop d’exemples de cette variété : des arômes et saveurs herbacés. Personne n’avait la moindre idée de leur provenance, mais on optait tous pour un climat relativement frais, un bon ensoleillement et absence de maladies cryptogamiques, et, probablement, pour un pays européen, car ils n’avaient jamais l’expressivité parfois envahissante de certaines régions de l’hémisphère sud.

Ces concours, pour les participants en tant que membres d’un jury, doivent aussi servir à cela : nous révéler des potentiels jusqu’alors ignorés par nos petites personnes, mettre en cause nos idées reçues et certitudes fragiles. Bref, nous ouvrir vers le monde toujours plus vaste et diversifié du vin. Et l’aborder par le truchement d’un seul cépage permet, justement, de comparer un peu ce qui est comparable et d’éviter de tout mélanger. Si la perspective doit changer avec chaque série, le cadre, lui reste relativement constant. Et c’est tant mieux pour le consommateur.

 

 David Cobbold

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “Sauvignon blanc, et plus si affinités

  1. A mon goût, le meilleur sauvignon, dans le monde, se produit sur Chavignol …
    Il faut goûter les cuvées de François Cotat, par ex, pour voir comment le cépage peut être transcendé, perdant toute variétalité.

    Sur Rueda, il y a le sauvignon et aussi le verdejo, exotique, acidulé mais jamais très emballant selon moi.

    L’Airen à la troisième place est une curiosité.

  2. Laurent, je n’arrive jamais à dire, ni à penser, "le meilleur du monde, ceci ou cela" à propos d’un vin ou, encore moins des vins d’une zone géographique. Mais vous dites, à juste titre, "à mon goût" et cela change tout. Je ne suis pas nécessairement contre un caractère "variétale" (encore faut-il définir ce qu’on entend par cela), cela dépendra aussi de la fonction du vin et de son audience.

    J’étais plutôt enclin aussi à rechercher des Rueda faisant appel à une part de Verdejo, mais cette série, à forte dominante ou en exclusivité de sb m’ont réellement convaincu. Je me croyais presque à Sancerre mais en année chaude, genre 2009.

    Oui l’Airen constitue un résidu des ces vastes zones d’Espagne couvertes de vignes mais qui sont en forte régression. Cela m’étonnerait de le trouver encore dans les 10 premiers d’ici 2020 .

  3. Et mon Carignan ? Jadis premier…

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