Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Des mots pour la RVF

14 Commentaires

En général, ceux qui me connaissent disent que je suis bon camarade. Bonne pâte. Or, le numéro que je vais exécuter devant vous témoigne plutôt du contraire…

C’est à propos de la RVF.

Un peu de contexte, d’abord.

Je n’ai aucun lien avec la RVF. Même plus d’abonnement.

Je connais quelques uns de leurs dégustateurs, Gerbelle, Casamayor, Salama, que je rencontre épisodiquement. On se salue; on n’est ni concurrents, ni alliés. Ils viennent rarement déposer des commentaires sur mes blogs ou du courrier dans ma boîte. Disons qu’on s’ignore confraternellement.

Les choix éditoriaux des gens de la RVF ne sont pas toujours les miens, mais qu’importe. De temps à autre, je vais sur leur site pour voir ce qu’il y a de nouveau; quand il y en a.

Pero Longo…

J’aime bien savoir quels thèmes on y aborde. Les personnalités qu’ils mettent en avant. Leur analyse des millésimes. Les modes qu’ils lancent ou qu’ils reprennent au vol. C’est instructif. J’en prends et j’en laisse. La critique est facile. La critique de la critique, encore plus.

C’est en allant fureter sur ce site, justement, que je suis tombé sur un commentaire de vin. Il concerne un domaine corse que j’ai eu la chance de visiter voici quelques années, Pero Longo, à Sartène. Et plus précisément, la cuvée Sérénité. 

Mais voila, à le lire, je me sens perdu comme un touriste parisien au pied de l’Omu di Cagna.

Pero, il quale?

La photo de la RVF semble indiquer qu’il s’agit d’un blanc; le texte, lui, annonce « vin rouge ». Le « chapeau » et la légende de la photo évoquent un 2012. Le texte, juste en dessous, un 2011. J’aurais dû tourner à gauche au pin parasol.

rvf

Rouge et blanc à la fois, 2011 et demie…

Et ce ne sont pas les notes de dégustation qui vont beaucoup m’aider. Je cite:  « Les marques du bois ressortent un peu au nez et en attaque de bouche, mais la matière est présente avec une expression assez grasse et une belle ampleur aromatique en finale. A boire dans le courant de l’année. » 

Voila qui conviendrait aussi bien à un Chardonnay de Meursault qu’à un Gamay de Fleurie, voire un Bardolino, pourvu qu’ils soient passés en bois.

Quelle « expression »? Quelle « matière »? Quels arômes? Quel(s) cépage(s)? A quoi rime un commentaire aussi vague? A croire qu’il doit servir plusieurs fois!

On dit parfois que les chroniqueurs en font un peu trop, que la poésie prend le dessus sur la description. Mais là, on tombe dans l’excès inverse.

Donnez pour l’Adjecthon!

Le côté « bon camarade » en moi est ressorti du tréfonds de mon être. J’ai eu immédiatement l’envie de mettre sur pied une sorte de Téléthon pour mes confrères dans le besoin. Un Adjecthon. N’apportez pas d’argent, ni de sucre, ni de conserves, ni de vêtements, apportez vos mots, vos adjectifs, vos descripteurs sensoriels. Envoyez-les à Denis Saverot qui transmettra.

Je vais encore me faire des amis! Déjà que je suis grillé dans la grande famille des gentils blogueurs. Tant pis.

Bon, sérieusement,  le fin mot de l’histoire, maintenant. C’est ça l’important. Si ce méchant billet peut au moins servir à vous donner l’envie de découvrir Pero Longo, je n’aurai pas perdu mon temps.

Pero Longo

Pero Longo (Photo © H. Lalau)

La cuvée Sérénité est un blanc de Vermentino. Les vignes sont plantées sur les arènes granitiques de la vallée de l’Ortolo, près de la route qui mène à Roccapina et à son fameux lion couché. Les arènes, ce ne sont pas un cirque à la romaine, juste des sables de décomposition. Le domaine, d’une douzaine d’hectares, est exploité en biodynamie, les vins ne sont ni enzymés, ni levurés et très peu soufrés.

Je n’ai pas dégusté le 2012, ni le 2011. Mais le 2008, que j’ai bu sur place, offrait quant à lui des arômes de pêches blanches bien mûres et bien caractéristiques, pas mal de gras, du corps, un soupçon d’anis; une belle salinité, aussi. Heureusement que je garde toutes mes notes!

Propriétaire de Pero Longo depuis 1993, Pierre Richarme est un des pionniers du cru Sartène, un de ceux qui ont  bataillé le plus pour sa reconnaissance. Il milite par l’exemple, par la qualité de ses vins de petit rendement. Il exploite aussi des gîtes, qui permettent de s’mprégner du charme et de la… sérénité de son petit coin de paradis entre mer et montagne. Enfin, quand il ne brûle pas sous les feux allumés par quelques inconscients…

Vous voyez qu’il y avait matière à commentaire…

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

14 réflexions sur “Des mots pour la RVF

  1. Voilà qui favorise la connaissance de ces vins de Corse si injustement ignorés. Belle vigne, beau paysage et vin qui mérite plus qu’une attention. Merci Hervé et bravo pour le néologisme « adjecthon ». Nous n’avons plus qu’à adjectiver, sobrement ou plantureusement selon les cas.

  2. Parfaitement bien amené, Camarade Lalau. On veut aller vite, faire court, travailler à l’économie et finalement on écrit pour ne rien dire. Ton commentaire résume parfaitement la grandeur du lieu, la force du personnage et la splendeur du vin. La Corse devrait t’être éternellement reconnaissante ;-) Tu veux un bout de maquis ?

  3. Si les journaux et les blogs commencent à se reprocher (au nom de quoi, d’ailleurs : de quelle vérité, de quelle compétence ?) leurs erreurs, approximations, et postures narcissiques, ça va être un bain de sang ..

  4. Mais non, Alain. Juste un peu de piment dans nos relations. Ou un simple réflexe de rédac-chef.

  5. Des commentaires qui n’en sont pas, il y en a plein … surtout quand on veut être succinct.
    Avec dérision, on se dit souvent avec quelques uns de mes amis amateurs de vin : « Si tu n’y connais pas grand chose au vin, que tu ne sais pas trop quoi dire et que tu ne veux pas paraître complètement idiot, alors tu lances : Il est un peu jeune mais il a un fort potentiel ! » … Ca marche souvent.
    Dans certains commentaires on retrouve ce style bateau… ou alors des phrases toutes faites, des termes ronflants ou à la mode et pas forcément appropriés… c’est du vent !
    Cela dit, ça ne doit pas être évident quand on déguste des quantités d’échantillons de passer le temps nécessaire à l’élaboration de notes pertinentes… il faut faire vite, aller à l’essentiel, zapper et passer au suivant. Il me semble que ca correspond assez bien à ce monde actuel de la génération « Y » (nous, nous n’en faisons pas partie je crois) Mais ça fait partie du boulot du journaliste de communiquer le « bon » ressenti sans d’ailleurs forcément rentrer dans le détail, mais il doit être juste et précis… et c’est ce qui fait la différence avec l’amateur et représente la vraie valeur ajoutée du professionnel.
    Pour le cas de la RVF, c’est dommage de mettre en avant un vin en faisant une page avec photo… et n’écrire que 3 lignes ! Ca mérite mieux et tu l’as facilement démontré (mais tu t’es un peu donné la peine de relire tes notes et de te remémorer l’instant de la dégustation)
    En tout cas, cet article a le mérite de rappeler à tous que quand on veut faire part de son ressenti sur un vin, ça mérite de se creuser les méninges et d’éviter de tomber dans un langage formaté.
    C’est bien, Alain de rappeler tout ceci !

  6. Alain, je ne crois pas avoir initié le mouvement! Et puis ça marche dans tous les sens. J’admets volontiers mes erreurs… quand j’ai vraiment tort. Je me trompe plus souvent qu’à mon tour. Et je peux même être « bateau » quand je manque d’inspiration.
    Mais là, avec ce texte de la RVF, c’était quasiment le jeu des 7 erreurs; alors, comme il s’agit quand même d’une revue de réputation, je pense que ça valait un billet. On ne parle pas d’un petit blog d’amateur, il y a une équipe derrière, des gens respectables qui valent mieux que ce commentaire insipide.
    Bien sûr, je ne prétends pas avoir écrit l’article de l’année. Je ne couvre pas la crise ukrainienne! Je n’en ai pas la compétence.
    Mais ton commentaire m’interpelle à un autre niveau: tu te demandes au nom de quelle compétence et de quelle vérité j’interviens; la compétence, je t’en laisse juge, tu me connais. Pour ce qui est de la vérité, elle est factuelle: la RVF a mélangé les couleurs et les millésimes, et son commentaire est trop vague. J’amène les éléments de preuve, c’est noir sur blanc, que veux-tu de plus?
    A part ça, merci d’avoir pris le temps de l’argumentation.
    Dans un autre genre, aux trolls qui se baladent sur ce blog, je conseille plutôt d’aller voir sur le site du Seigneur des Anneaux si j’y suis.

    • Tu n’es pas en cause, j’ en restais au niveau des principes. Les journaux et plus encore les blogs, comportent des erreurs. Les relever
      conduirait à une « guerre de tous contre tous » aux accents de donneur de leçon. Et puis, tout cela n’est-il pas un brin dérisoire ?

  7. Non mais Lalau…quoi !

  8. Oh ! J’espère que c’est pas moi le troll… Et puis on en a besoin de ces touristes !
    J’ajoute simplement que le billet d’Hervé ne fait pas que critiquer, il rétablit l’information à sa juste valeur comme je pourrais le faire si un confrère massacrait le nom d’un vin ou écrivait une contre-vérité. Je le ferais sans arrière-pensée d’ailleurs, simplement pour mieux informer le lecteur.

  9. Non Michel. Avec toi on n’est pas toujours d’accord, mais au moins on peut discuter sans mépris. Le troll, lui, s’assoit sur l’argumentation avec son gros derrière, il n’y a pas moyen de discuter.

  10. Pierre Richarme est un très bon. Je lis beaucoup de commentaires sur le vin. Parfois je n’y comprend rien… Tout le monde analyse le nez et oublie le milieu de bouche ou comme vous dites la matière.

  11. Bien aimé Sérénité 2007, surtout lors de la seconde rencontre (mars 2010).

    Le rouge « équilibre » 2006 (40% sciacarello, 40% niellucio, 20% grenache), aux jolis accents aromatiques corses, m’a tout de même semblé manquer de fond.

  12. « Just my two cents worth »: Je connais bien le Domaine Pero Longo. J’ai déjeuné avec Pierre et Marie-Louis Richarme il y a deux ans quand je faisais de la recherche pour un article pour mon blog et pour un quide oenotourisme sur la région. Votre commentaire sur leur vin « Sérénité » capte parfaitement la personnalité de ce vin et de ce vigneron. J’avais déjà vu la vidéo sur le RVF et, pour moi c’était–comme on dit en anglais–« politiquement correct » de mentionner une région qui n’est pas souvent incluse dans le RVF. C’est fréquent pour les régions du sud-ouest où j’habite–une rare mention de temps en temps d’un vin de Fronton, des Corbières, du Madiran, etc. C’est pourquoi je lis de plus en plus « Le Rouge et Le Blanc » et les blogs comme « Les 5 du Vin » qui ne sont fixés ni sur le Bordeaux ni sur le Bourgogne. Il faut découvrir qu’il y a d’autres régions de vins intéressantes en France. C’est évident pour les étrangers; pourquoi pas pour les français? Je ne sais pas si je vais me réabonner au RVF.

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