Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Mes chers rosés de Vendée

Un commentaire

Rassurez-vous, je ne vais pas opposer la Vendée à la Provence et encore moins ses vins à Tavel ou aux Pouilles si chères à Marc. Ne comptez pas non plus sur moi pour me prononcer définitivement sur la Vendée armoricaine, ligérienne ou aunissiène. La Vendée, aussi bizarre que cela puisse paraître, est vendéenne avant tout, mais aussi poitevine tout en étant dans la grande banlieue de Nantes, La Rochelle, Niort ou Bordeaux. Elle est bocage et plage à la fois, schistes et argiles, faîte de landes et de pâturages, peuplée de ventres à choux et de ventres à sardines. Bref, elle est plurielle et singulière, très, très catholique et un chouya protestante, assez royaliste mais beaucoup républicaine. Personnellement, je la trouve optimiste, chaleureuse et dynamique et c’est pourquoi je m’y rends volontiers de temps en temps, histoire de changer d’air. Quant aux rosés, ils ne sont pas chers pécuniairement parlant, mais chers dans mon coeur dans la mesure ou ils me procurent du plaisir.

Rosés de l'océan ? Photo©MichelSmith

Aux Sables… Rosés de l’océan ? Photo©MichelSmith

Il n’y a pas si longtemps, l’occasion m’a été donnée d’accompagner un voyage de presse organisé sans trop de chichi pour le compte des Fiefs Vendéens*. Ce n’est pas la première ni la dernière fois que je parle de cette petite AOP. La toute première fois dans ce blog, c’était pour les beaux yeux de la fée Sandrine et pour décrire les vins du Pays de Brem, tandis que la dernière fois remonte au mois dernier. En fin de séjour, alors que j’étais resté pour conclure un reportage sur Thierry Michon pour le compte du magazine 180° C. Une fois de plus, Benoît et ses enfants m’ont accueilli aussi chaleureusement que les fois précédentes… Avec eux, Jérémie, Thierry, Anne-Marie, Laure, Marine, Cathy, Françoise et tant d’autres ont contribué à recharger mes pauvres batteries par un plein d’amour et de fraternité.

N’oublions pas que la Vendée, c’est aussi, et surtout, un cœur… un énorme coeur.

Dessins de Marine Thiercelin. Photo©MichelSmith

Illustrations de Marine Thiercelin. Photo©MichelSmith

Arrive la dégustation de vins rosés millésimés 2013, un matin vers 10 heures, la meilleure heure. Ils représentent presque la moitié des volumes de l’AOP. Comme les blancs, leur rendement est limité à 60 hl/ha, les rouges étant à 55 hl/ha. Tout est prêt dans la magnifique salle qui nous reçoit, sauf les vins qui sont archi glacés… Le nouveau président des Fiefs, Frantz Mercier, qui est à mes côtés en prend pour son grade. Notons au passage que la famille Mercier détient l’une des plus importantes affaire de pépinière viticole dans le monde. Diplomate, Frantz garde son flegme et son sourire. Or, pour une fois, et à ma grande surprise, je dois avouer que ce problème de température (vins juste sortis du réfrigérateur à notre arrivée) ne m’a pas vraiment gêné dans la mesure où tous les rosés en question étaient au même niveau de froid… pas loin du zéro ! Au bout de dix minutes à peine d’adaptation, j’étais de bon poil tant les vins réchauffés dans le creux de mes mains me captivaient. Oh, pas de grandes choses, point de bouteilles subliminales, pas de quoi convoquer la RVF et ses doctes dégustateurs, mais suffisamment de qualités pour éprouver le besoin de vous faire partager mon ressenti.

Pas si chers les rosés vendéens... Photo©MichelSmith

Pas si chers les rosés vendéens… Photo©MichelSmith

Je commence par deux coups de cœur (je sais, ça faisait longtemps…) :

-Château de Rosnay, un Fiefs Vendéens Mareuil « Élégance » moitié pinot noir, moitié gamay, assez technologique comme disent les dégustateurs qui se croient pros, mais bigrement bien foutu : joli nez, fermeté en bouche, finesse et harmonie, il peut accompagner un beau poisson. Vinifié par Christian Jard, moins de 5 € départ cave.

-Domaine Saint Nicolas, un Fiefs Vendéens Brem « Reflets » pinot noir en majorité, puis 30 % de gamay et 20 % de groslot gris. Robe couleur melon, savoureux et intense en bouche, très mûr, idéal sur une parfaite pizza napolitaine ou sur des filets de rougets à l’unilatérale. Vinifié par Thierry Michon, c’est un vin qui repose sur la longueur et qui gagne à être conservé quelques années comme j’ai pu le constater par la suite avec des 2010 et 2009 en parfait état de densité et de fraîcheur.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Maintenant passons aux cinq autres rosés que j’ai bien aimés :

-Le Clos des Chaumes, un Fiefs Vendéens Mareuil de Fabien Murail, à 60 % pinot noir, le reste en gamay, fonctionne merveilleusement bien en bouche : vivacité, éclat, densité, je le verrais plus sur des rillettes ou des grillades de cochon.

-Domaine de La Barbinière, un Fiefs Vendéens Chantonnay « Les Silex » de la famille Orion, à cheval sur le pinot noir et le gamay avec une pointe de négrette (5 %) d’un beau registre acidulé avec pas mal de volume et de vivacité, bien adapté aux grillades de poissons.

-Le Château Marie du Fou, un Fiefs Vendéens Mareuil de Jérémie Mourat, à 60 % pinot noir, le solde en gamay, se distingue par sa largesse, son dynamisme, sa générosité et sa franchise qui en fait aussi un bon vin d’apéro, sur des tapas, par exemple.

-Le Domaine de La Cambaudière, un Fiefs Vendéens Mareuil de Michel Arnaud bien marqué par le pinot noir, complété par le gamay, tout en fraîcheur et longueur.

-Le Domaine Coirier, un Fiefs Vendéens Pissotte « Origine » de Mathieu Coirier, majorité de pinot noir, avec 30 % de cabernet franc, et 10 % gamay joue au départ sur la finesse et une forme de discrétion mais qui ne manque pas de longueur. Sur un pageot au four, 6,50 € départ cave.

img_bouteille-MdF-rose

Je me dois de préciser à ce stade que les blancs et les rouges goûtés parfois un peu trop hâtivement et dans une certaine cohue, m’ont paru plus difficiles à aborder avec quantité de vins encore un peu trop verts et rustiques, hormis ceux de Jérémie Mourat et de Thierry Michon, qui eux me sont plus familiers et qui, une fois de plus, étaient sans reproches. C’est peut-être pour cela que je me suis laissé convaincre par les rosés – tous n’étaient pas présents à la dégustation -, des vins qui me sont apparus mieux réglés, plus en phase avec la région et, dans l’ensemble, de belle facture. Serait-ce aussi parce que, pour moi, la Vendée est synonyme de vacances ? Allez savoir ! En tout cas, bravo les gars !

Michel Smith

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

* « Fiefs », au Moyen Âge, c’était le mot attribué à des parcelles de vignes dépendantes des abbayes. En 1965, les Fiefs Vendéens démarraient une vie officielle en appellation d’origine simple, c’est-à-dire non contrôlée et cela devait donner lieu à un beau foutoir ! Passons. En 1974, ils furent classés Vin de Pays. Je me souviens qu’à part une ou deux exceptions, ils étaient peu fréquentables. Passons de nouveau… Puis VDQS dix ans plus tard et enfin AOC en 2011 (AOP désormais) après une première demande déposée en 1991. Ils sont 17 vignerons aujourd’hui à revendiquer l’AOP. On présente la Vendée viticole, qui fut jadis un département richement doté en vignes, comme étant une « mosaïque » de terroirs. Il ne faut pas exagérer. Le schiste armoricain est surtout présent avec des rhyolites et quelques mini zones de calcaires, gneiss et amphibolites. En réalité, il y a 5 poches principales allant d’ouest en est puis un peu vers le sud : Brem et Mareuil étant les plus proches de l’océan et de ce fait les noms les plus connus, Chantonnay, Pissotte et Vix les plus « reculés ». Certains de ces ilots n’ont qu’un ou deux domaines en activité, comme à Pissotte, Vix ou Chantonnay, et la totalité des vignes en production délimitées en AOP ne dépasse pas 500 ha. C’est sans compter sur la superficie des vignes destinées à l’IGP Vendée et aux vins France effervescents qui ne cessent de croître, chiffre que je suis incapable de préciser, mais qui ne doit pas monter à plus de 300 hectares supplémentaires. Dans l’ensemble, bons ou moins bons les vins se vendent bien. Ils ont juste besoin d’acquérir une certaine estime pour être considérés comme faisant partie de l’élite des vins de Loire. Enfin, pour être honnête et (assez) complet, je crois me souvenir qu’une petite poche de la Vendée, proche de la Loire Atlantique, a le droit à l’appellation Muscadet de Sèvre et Maine, mais c’est une autre histoire. MS

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

Une réflexion sur “Mes chers rosés de Vendée

  1. Une belle découverte des vins de Vendée que je ne connaissais pas…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 10 860 autres abonnés