Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Pourquoi un cépage devient-il obscur ?

9 Commentaires

Le long chemin du vin n’est pas pavé que de bonnes intentions, loin s’en faut. Et je soupçonne, très fortement même, que les décrets d’appellations non plus. Cela me semble particulièrement vrai pour les listes de cépages autorisés. Suite à la catastrophe que fut le phylloxéra, une des priorités majeures était de produire du volume d’une manière fiable, y compris dans les appellations naissantes à partir des années 1930. Certains cultivars ont donc été privilégiés pour leur rendement élevé et leur résistance aux maladies (les deux étant évidemment liés). D’autres ont été abandonnés parce qu’ils ne remplissaient pas ces critères, malgré le potentiel qualitatif de leurs vins. Prenez l’exemple de la Savoie, car cet article a été inspiré par la dégustation d’un vin de l’Isère (IGP Isère) issu d’un obscur cépage nommé Verdesse et produit par le Domaine des Rutissons (voir photo ci-dessous).

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Je n’aurais peut-être jamais découvert ce cépage sans le concours d’un élève d’un de mes cours (et grand merci à cette personne). Du coup, je me suis mis à m’instruire sur le cultivar en question. Voici ce qu’en dit le site du Figaro (généralement bien documenté) :

La verdesse est un cépage blanc, cultivé sur une superficie d’environ 5 ha. On le trouve particulièrement dans la vallée du Grésivaudan et du Drac. Elle est également appelée verdêche, étraire blanche de Grenoble ou verdasse. Les feuilles sont lobées et d’une couleur vert foncé. De longs et robustes pédoncules portent les grappes. Une chair juteuse et sucrée se trouve sous la peau blanche, virant au roux ambré, des baies matures. Ces dernières, de taille moyenne, se présentent sous une forme ellipsoïde. Pour être productive et vigoureuse, on taille plutôt long le cépage. Son développement est parfait sur un sol calcaire et riche en argile. La Verdesse résiste peu au mildiou et à l’oïdium, en revanche, elle craint beaucoup la pourriture grise. Un vin, particulièrement alcoolique, est issu de ce cépage. D’une saveur agréable, celui-ci exhale une senteur végétale et florale. Ce vin ne se conserve pas longtemps, il est préférable de le consommer pendant les premières années.
Et voici un extrait de ce qu’en dit l’autorité mondiale en matière de cultivars de vitis vinifera, c’est à dire le tome magistral qui est Wine Grapes, de Robinson, Harding et Vouillamoz (la traduction de l’anglais est de moi) :
Verdesse, variété aromatique, au potentiel qualitatif élevé, qui commence à se replanter en Savoie. Synonymes principaux : Bian Ver (au Piedmont), Verdasse (Voreppe en Isère), Verdèche, Verdesse Musquée. La Verdesse a probablement ses origines dans la vallée de Grésivaudan, en Isère, où on en trouve la première mention dans le Sassenage en 1845. Le nom fait référence à la couleur vert foncé des feuilles et des baies. La Verdesse appartient au groupe ampélographique Pélorsien. C’est une variété vigoureuse, au débourrement tardif mais à maturation moyenne. A tailler long, et donne de bons résultats sur des pentes argilo-calcaires. Des grappes pas très grandes et des petites baies à la peau épaisse. La Verdesse fut largement cultivée dans la vallée de Grésivaudan dans l’Isère, où elle était la variété la plus plantée à la fin des années 1920. Elle reste autorisée pour les vins tranquilles et effervescents de l’appellation Vin de Savoie.
Passons sur des petites différences entre ces deux textes, car l’essentiel est ailleurs. Il est clair que ce cépage verdesse a un potentiel qualitatif intéressant. Ma dégustation du vin cité ci-dessus le confirme, car ce vin très vif possédait aussi du gras qui le faisait bien coller sur la langue. Sa bonne longueur est établie, et une impression de puissance, en dépit d’un niveau d’alcool très raisonnable (12%). En tout cas, il me semblait bien plus intéressant que tout ce que j’ai pu déguster en Savoie issu du cépage blanc dominant dans cette région, la jacquère. Mais la jacquère produit beaucoup (j’ai vu les masses de grappes sur des plants de ce cultivar juste avant les vendanges). Il a donc été préféré à la verdesse, et probablement aussi à d’autres variétés plus qualitatives.Il me semble donc que l’organisme qui est censé s’occuper et des appellations et le la « qualité » (INAOQ) devrait passer nettement plus de son temps à promouvoir la modification des décrets des appellations et l’exploration des ces variétés « oubliées » que de poursuivre quelques provocateurs patentés pour des méfaits mineurs.

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

9 réflexions sur “Pourquoi un cépage devient-il obscur ?

  1. On y cherchera en vain également le Mauzac, et le Chouchillon, curieux cépage de la vallée du Gier, mimétique du Viognier ; et le Chardonnay sans doute à la suite d’une énorme erreur de collationnement lors de la réalisation de ce dictionnaire !!!

    En ce qui concerne le choix des cépages qui entrent dans les décrets de nos AOP, je ne suis pas certain que le critère « production » ait été toujours et partout déterminant. En vallée du Rhône méridionale, les cépages producteurs et résistants existaient après le phylloxéra : il s’agissait des « hybrides » Seibel et Couderc, qui pissaient des vins violets à faible degré et très peu qualitatifs. Destination : les bassins miniers et les négociants qui vendaient du vin « capsulé ». D’où la curieuse expression de cette époque, pendant laquelle acheter une bouteille de « vin bouché » (avec un bouchon) était une sorte de critère qualitatif…. Donc, le critère retenu lors du remplacement de ces « hybrides » a été celui d’un effort vers la qualité, que l’on a trouvée dans un cépage allochtone proche, la syrah, nommé à cette époque (1955-1960) « cépage améliorateur ». L’aramon, très productif, a fait les frais de cette opération, de même que le Carignan, toujours autorisé mais rapidement délaissé par les vignerons. Le délicat Cinsault également. Et un peu plus tard le viognier à dégringolé les marches de la vallée du Rhône pour venir échouer dans nos collines méridionales.

    Je suis bien d’accord sur le fait que la réhabilitation de cépages modestes et oubliés, très qualitatifs, et lorsqu’ils existent (ce qui n’est pas toujours le cas sur notre territoire) devrait faire l’objet d’une sérieuse préoccupation. Elle viendra des vignerons eux-mêmes, pour autant qu’ils le veuillent et que leurs syndicats les soutiennent, et non pas des instances chargées de veiller à la bonne application des décrets et des cahiers des charges, qui n’en prendront jamais l’initiative car cela ne relève pas de leur compétence. En conséquence, inutile de les charger, cela ne sert à rien…et n’aura aucun effet.

  2. Merci, David, pour cet article sur notre belle verdesse iséroise ! Laurent Fondimare a particulièrement réussi sa verdesse 2012 et la 2013 est très belle aussi. Il n’est pas le seul à travailler ce cépage autochtone : Michael Ferguson, visionnaire, avait planté un hectare à Meylan (à un jet de pierre de Grenoble) il y a une dizaine d’années, Thomas Finot à Bernin produit une verdesse gourmande avec quelques sucres résiduels. Et en Savoie, Philippe Grisard fait aussi une cuvée de verdesse en monocépage. La verdesse est en effet un cépage autorisé en assemblage dans l’AOP Savoie. Le profil aromatique floral/végétal est net (ombellifère), avec une belle tonicité, et une capacité de tolérer des sucres et/ou un élevage bois. En Isère, la dynamique de redécouverte et de promotion des cépages anciens est forte grâce aux vignerons précités et aussi à Nicolas Gonin (en Balmes Dauphinoises) qui vient de faire reclasser le mècle de Bourgoin et qui l’a mis en culture. La demande est forte et les vignerons sont souvent en rupture sur précisément les cuvées « autochtones » : verdesse, persan, étraire de la dhuy… Le vignoble isérois vit une véritable renaissance !
    En revanche, je pense qu’il n’est pas nécessaire d’opposer la verdesse à la jacquère pour lui redonner ses lettres de noblesse. La jacquère est le cépage blanc emblématique de Savoie et donne des vins très frais et délicats, très minéraux, faiblement alcoolisés, et qui peuvent donner beaucoup de plaisir lorsque les rendements sont maîtrisés et que la vinification sort de la médiocrité imposée par la Grande Distribution (sucres, aromatique nulle, acidités mal maîtrisées, etc.). Jacquère, bergeron, altesse, verdesse, mondeuse noire, mondeuse blanche, persan, etc. Vive la diversité et la qualité des cépages autochtones !

  3. … et tout à fait d’accord avec votre conclusion, David.

  4. David. Thank you. The INAO would do well to pursue a more inclusive and coherent policy over permitted grape varieties. If the Loire is a guide, the décrets are often bizarre probably based more on local politics than for the good of French viticulture. Why, for example, is the use of 100% Pinot Noir banned for Châteaumeillant and the Coteaux de Giennois when it is allowed for Sancerre, Menetou-Salon and Reuilly? While the recent reform of Touraine is entirely aberrant.

    The foolish pursuit of one ‘provocateur’ in Anjou has only sharpened the debate over who owns brand ‘Anjou’, which leads into my post for tomorrow!

  5. Pardon ! J’avais aussi dégusté un cépage appelé Gringet en Savoie et il m’a semblé intéressant également, aussi bien en vin tranquille qu’en bulles, comme à Ayze.
    Il y a surement de bons vins faits avec le Jacquère, mais il me reste à les rencontrer !

    • David, je vous conseille vivement de faire appel au Domaine Giachino qui est installé sur les éboulis du mont Granier à quelques encablures de Chambéry. Ce domaine produit des cuvées d’une belle richesse aromatique, et surtout sur la base d’équilibres assez surprenants pour des blancs de Savoie à base de Jacquère.

  6. Eh bien les vignerons de Savoie ont encore du travail devant eux pour mieux se faire connaître à Paris et ailleurs ! « Un cépage appelé gringet » : il doit s’agir des cuvées de Dominique Belluard, dont le domaine est situé à Ayse en Haute-Savoie. Encore un cépage renaissant, grâce à la détermination et l’énergie d’un homme. A mes yeux, ce sont des vins tout simplement splendides. Il y a aussi une cuvée d’altesse et une de mondeuse noire. Un domaine de référence.
    En jacquère, il y a les Giachino bien sûr à Chapareillan, Béatrice Bernard, Bertrand Quenard, Bernard Richel pour sa jacquère en effervescent. Et puis Laurent Fondimare a fait une jacquère iséroise très réussie en 2013, fraîche et minérale, comme il se doit.

  7. Oui Eric, je crois que le gringet dégusté en Savoie venait du Domaine Belluard.
    Je trouve que les savoyards ont fait des efforts pour se faire connaître en dehors de leur région depuis quelques temps. Il y avait une belle dégustation organisé à Paris en 2013, malheureusement interrompu par un chef du cru que se faisait mousser et qui, comble de l’ironie, ne boit pas de vin !

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