Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

L’humeur Burgonde

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Et voilà-t’y pas que j’apprends par l’entremise de notre collègue Jim Budd qu’un vin de Loire, le Sancerre Grande Cuvée 2012 de Jean-Paul Balland, vient, pour la toute première fois de remporter le Decanter International Trophy. En bon chauvin que je suis, j’aurais préféré voir l’un des nôtres (Languedoc ou Roussillon) lui ravir la vedette, mais je n’insiste pas vu que ce nom de Balland m’évoque plein de souvenirs, à la fois viticoles en même temps qu’éditoriaux. André Balland fut un temps mon premier et plus fidèle éditeur Parisien (oh, pas de la littérature de mon côté, rien que des guides) et c’est un peu grâce à ce bonhomme iconoclaste et audacieux que j’ai pu sillonner la France de haut en bas et d’est en ouest quand ce n’était pas en diagonale. Gourmand comme il était, je suis certain que le bougre aurait aimé se joindre à notre équipée catalane du week-end dernier.

Photo©MichelSmith

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À l’occasion de cette chronique, je pourrais aussi m’étendre en large et en travers sur la nouvelle bataille qui s’annonce sur la toile mondiale et qui, peut-être, nous vaudra des prises de positions bien tranchées sur le fait que ces incorrigibles anglo-saxons cherchent à s’accaparer nos noms d’appellations en développant de nouvelles adresses en .vin ou .wine. Si j’en crois mon informateur matutinal, il va y avoir du grabuge dans l’air et nos stratèges pinardiers ont plutôt intérêt à être réactifs, d’humeur combative aussi…

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En même temps, je me sens aujourd’hui carrément d’humeur bourguignonne. Et je tiens à vous faire partager mon sentiment sur une dernière soirée festive dans ce lieu béni où, sur la plage de Sant Pol, de l’autre côté de la frontière, à une heure et demie de route de Perpignan, la Bourgogne est portée aux nues. Comment est-ce possible ? Eh bien grâce à la folle magie dont est capable le maître du restaurant Villa Mas dans une belle demeure années 30 à Sant Feliu-de-Guixols. Son nom : Carlos Orta Cimas, chef autodidacte aussi précis et méticuleux dans le choix de ses produits de la mer qu’il l’est dans l’histoire d’amour qui le lie à la Bourgogne. Les plus attentifs d’entre vous se souviendront d’une première expérience du même type menée l’an dernier et narrée sur ces mêmes ondes par votre serviteur. En fonction du code désormais bien compris entre les composants de la tablée et mon ami Bruno Stirnemann, un autre fondu de vins, nous étions six à table avec un seuil financier à ne pas dépasser afin d’éviter tout excès et déconvenue. L’autre obligation était de coucher à deux pas de là car, inévitablement chez le roi de la platine qu’est Carlos, le patron du Villa Mas, la soirée se termine souvent vers 4 à 5 heures du matin. Un ange passe sur ce très spécial after…

Photo©MichelSmith

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À l’exception d’un grand Riesling Allemand 2007 Auslese (sélection de grains botrytisés) servi en fin de repas, sept grands vins bourguignons à des prix jamais vus sur nos cartes de vins en France, ni même chez nos cavistes (faudrait-il encore les trouver…), furent impeccablement versés à l’aveugle dans nos verres Zalto. Avant toute chose, si vous faîtes partie des amoureux de la Bourgogne, je vous conseille d’aller télécharger la carte des vins sur le site de Villa Mas, histoire de rêver un peu. Grâce au sommelier, nous étions des seigneurs. En guise d’apéritif, sur quelques tapas classiques, le Chablis 1er cru La Forêt 2006 de Raveneau (40 €) fit un effet bœuf sur presque tout, sauf les anchois, mais ça, je m’y attendais. Pétrole, truffe, coing frais, persistance, droiture… ce fut dès le départ une plongée au paradis. Dès lors, tout pouvait fonctionner comme sur des roulettes.

Photo©MichelSmith

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Vint ensuite sur des tapas un peu plus maritimes le Meursault Les Luchets 2008 de Roulot (55 €) qui jouait plus dans registre de la finesse que dans la force. Rien à voir avec les effluves de torréfactions affichées par le vin suivant, un (simple) Puligny-Montrachet 2005 d’Anne-Claude Leflaive : raffinement d’acidité aux notes grillées et racinaires naviguant entre bergamote, noisette, truffe, absinthe, iris… Hélas, je n’ai pas retrouvé son prix, mais je sais que son 2007 était à 70 €. Complètement inattendu, le vin suivant qui s’ouvrait lentement sur des notes de petits éclats pierreux (silex) et graphites, s’avérait être un (autre simple) Bourgogne 2004 du Comte de Vogüé au prix conséquent de 95 €. Je l’ai bu avec plaisir toujours sans connaître son identité et l’ai trouvé plus court que le précédent ce qui était logique après tout même si Bruno m’a appris que ce vin était principalement constitué des jeunes vignes, certes, mais situées sur des crus renommés. Peut-être serions-nous faits autant plaisir avec un Mâcon Villages du Comte Lafon ou des Vignes du Maynes dans un millésime mûr comme le Cruzille 2008 à 22 € ? Mais bon, il faut savoir jouer le jeu.

Photo©MichelSmith

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Le premier rouge fut un Chambolle-Musigny 1er cru Aux Cras 2009 de Georges Roumier (90 €) au petit nez poivré et tendre, encore un peu jeune et retenu, marqué par d’élégants tannins. Les deux derniers vins, que j’ai gardé en guise de dessert, nous entrainèrent dans des discussions enflammées, sauf que nous étions tous d’accord sur un point : la grandeur des vins que nous fûmes incapables d’identifier. D’abord le Clos des Lambrays 2006 (105 €), le pinot dans toute sa splendeur, resplendissant, encore ferme et marqué par la griotte; puis un même Clos des Lambrays, version 2002 (125 €), élégant au nez, subtil et tactile en bouche, devenant de plus en plus clair, limpide, ferme, dense, ensoleillé et frais à la fois.

Photo©MichelSmith

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Voilà un repas dégustation à l’aveugle (chaque vin nous fut dévoilé avant que le suivant n’arrive) que personne ne nous offrira et que nous sommes bien contents de nous offrir nous-mêmes ! Quelle chance nous avons, car de l’aveu même du Roi Carlos, les prix vont monter : « Je suis désolé, je n’y peux rien mais je suis obligé de m’aligner avec les tarifs pratiqués par mes amis bourguignons », lâche-t-il un peu gêné. Pourtant, nous savons que, pour un an ou deux au moins, ce ne sera pas l’ensemble de la carte qui augmentera, mais certains vins, de plus en plus difficile à arracher. Alors, face à la folie ambiante, qui sait nous serons là pour ajouter à nos souvenirs un récit de plus. Et puis, la prochaine fois, au lieu de nous concentrer exclusivement sur la Bourgogne, peut-être nous contenterons-nous d’un match entre vins du reste du monde… À moins de nous plonger sur les vins en dessous de 50 € ? Mais là on va dire que je deviens radin…

Michel Smith

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “L’humeur Burgonde

  1. Aaah le beau moment de convivialité que vous avez du passer… 95 sur table pour un générique, fut-ce un Comte de Vogué, aïe! (et le terroir a parlé semble-t-il :) )

    Ce fut une courte mais agréable lecture, merci!

  2. Merci ;-) ! Vous pouvez encore, si vous manquez de lecture, relire mon papier relatant notre sortie de l’an dernier dans le même établissement en suivant ce lien : http://les5duvin.wordpress.com/2013/10/03/retour-en-bourgogne-via-la-catalogne/

  3. Je l’avais lu je m’en souviens bien :) j’avais d’ailleurs déjà ces mots en tête : "La plénitude des amis", en me disant que si le vin était fait pour un type d’occasion, ce serait bien celui-là…

  4. Vous avez mille fois raison ! Et merci de nous suivre.

  5. Magnifique endroit.

    Pour moi il y a peu, ce fut Clos 2008 de Dauvissat, Noly 2001, Goillotte 2008 de Prieuré-Roch et un magistral Palo Cortado de Guttierez Colosia.

  6. Je crois les anges sont gatés!

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