Les 5 du Vin

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#Carignan Story # 244 : à La Rencontre…

Et si l’on parlait un peu des cartes de vins… De celles où le Carignan est à l’honneur. Premier constat, il n’y en a pas des masses. Après tout, c’est un peu normal : que serait la restauration si tous les vins étaient présentés par cépage ? On perdrait le sens de l’orientation, non ? Le mieux qu’un restaurateur puisse faire à mon avis, la moindre des choses lorsqu’il présente une liste classée « à l’ancienne » (par région et – ou – par appellation) et qu’il ne dispose pas de sommelier, c’est d’indiquer dans la mesure du possible l’encépagement qui se cache derrière un vin des Costières, par exemple, de Fitou ou des Corbières. Chez nous, dans les Pyrénées-Orientales, la prise de conscience des restaurateurs consistant à guider le consommateur en prenant en compte l’encépagement du vin fait son chemin. C’est le cas chez Martine et Laurent, par exemple au restaurant La Table de Cuisine à Saint-André, en vue des Albères où le simple menu du jour en semaine est à lui seul une petite fête comme j’ai pu le ré-expérimenter l’autre jour.

Photo©MichelSmith

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Mais il y a à Perpignan un restaurant que je n’ai pas encore eu l’occasion de mettre en avant, c’est La Rencontre, sis en plein cœur du « centre historique », comme on dit, à deux pas de la cathédrale fort joliment restaurée. Le jeune chef Guillem Monier progresse indéniablement, surtout quand il arrive à dépouiller sa cuisine de fioritures inutiles pour mettre en avant le produit, rien que le produit. Sa carte d’automne promet et la formule simple du déjeuner est d’un bon rapport qualité-prix qui permet de se lancer dans de belles découvertes viniques. Car Guillem est assisté d’un chef de salle à l’esprit éclectique en la personne d’Hervé Pano qui travaillait à une époque chez l’étoilé La Galinette, où j’ai goûté l’autre jour une Pompadour bien carignanisée, rare vin de la carte proposé à un prix décent (24 €) et qui plus est dans un millésime plus très jeune.

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Hervé Pano, au service du vin et du Carignan ! Photo©MichelSmith

À La Rencontre, Hervé Pano, qui n’usurpe pas le titre de Sommelier, met en avant un travail de collecteur de vins. Les vins reflètent son goût, mais ils témoignent aussi d’une forte relation qu’il entretient depuis longtemps avec certains vignerons. La carte est épaisse, mais l’on a rapidement l’essentiel sur le vin, notamment cette histoire d’encépagement : ainsi, si je ne suis pas fan de la Syrah, je distingue très vite les cuvées qui son majoritairement Carignan ou plutôt Mourvèdre quand elles ne sont pas carrément Grenache. C’est plus pratique, à mon avis, et si l’on est pressé, cela permet d’aller directement au but de sa soif de plaisir.

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Des vins, il y en a de partout, certes, mais une bonne cinquantaine englobe le Languedoc et le Roussillon toujours dans cette idée de partage plus que dans le sens de la technicité. Cela doit marcher puisque, à chaque fois, comme si je m’adressais à un authentique sommelier, je le laisse procéder au service du vin sachant que tout sera parfait. Seul hic, comme à La Galinette, je trouve là aussi que le vin, surtout le vin local, pourrait être proposé à des prix plus abordables ne serait-ce que pour nous inciter à en boire plus. Seuls quelques vins sont dans la marge 20/25 € qui me convient n’ayant pas la fortune à Rothschild comme disait ma grand-mère.

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Lors de ma dernière visite, je me sentais un peu plus riche que d’habitude et je me suis laissé tenter par un Carignan que je n’avais pas goûté depuis longtemps. J’ai opté pour ce Vin de France 2012 « L’Estra Clunat » de Patrice Delthil à Latour-de-France, secteur où le vieux Carignan est désormais protégé, à moins de tomber sur un ignare ou un imbécile. Prix du vin : 37 €, tout de même, et pour un millésime pas si ancien que ça. Sur les cèpes et girolles mélangées, comme sur le poisson, le vin marchait plutôt bien, paraissant léger, facile même, avec une pointe de résonance métallique en bouche, quelque chose de difficilement descriptible. Je ne me lèverais pas la nuit pour en boire – qu’on se rassure, c’est le cas avec beaucoup d’autres vins ! -, toujours est-il que ce Carignan fut fort plaisant. Et il y en a plein d’autres à la carte !

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Michel Smith


Un commentaire

La Fou’ Foune, lien indéfectible entre Crozes et Bruxelles…

Quand on franchit la porte de la brasserie, à quelques pas de la gare du midi, on change de monde. La vieille bâtisse compte plus de deux cents ans. Toujours vaillante, elle engrange chaque hiver quelques brassins de plus. Une ambiance, plus qu’une odeur y règne, mélange de parfums acidulés et de siècles accumulés.

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Le décor est posé, une brasserie au cœur de La Capitale, une ambiance particulière, on se croirait spectateur d’une pièce historico-ethnique.

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Cela n’a pas toujours été facile…

L’élaboration de bières dites de fermentation spontanée, c’est-à-dire issues d’un ensemencement naturel, était monnaie courante au début du siècle dernier. Seul témoin actuel de ce foisonnement brassicole, la brasserie Cantillon.
Jean Van Roy y arrive fin 1990 et remplace au pied levé un ouvrier souffrant. Les temps étaient durs, seconder son père Jean-Pierre, l’époux de Claude Cantillon, était une nécessité. Ce dernier pour joindre les deux bouts avait conçu un musée au sein de sa brasserie. Les entrées faisaient bouillir la marmite.

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  Jean Van Roy

Le bâtiment se visite toujours et voit défiler le monde entier (plus de 40.000 visiteurs par an). Si tu n’y est pas encore allé, qu’est-ce t’attend ?
Entretemps le lambic, la gueuze, la kriek et autres spécialités ont trouvé de nouveaux fans. Naguère de distribution locale, la gueuze Cantillon s’exporte aujourd’hui au Japon, aux États-Unis, au Brésil, en Australie et dans une partie de l’Europe dont la France. Un succès bien mérité.

 

Comme le vin, mais wouêé

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Le lambic s’élève en barriques. Dès la fermentation terminée, la bière rejoint son logement. L’assemblage de trois années successives donne la gueuze. Mais, il y a d’autres secrets que Jean dévoile sans sourciller. Quelques cargaisons de fruits, cerise de Schaerbeek (variété de griotte), framboise, raisin blanc et noir attendent leur tour. «Pendant l’opération de remplissage des fûts, je repère des lambics âgés d’environ un an et demi pour y faire macérer les cerises (25 kg de fruits/100 litres). Cinq jours après le remplissage débute la fermentation. Les sucres contenus dans le Lambic et ceux du fruit provoquent l’activité des levures concentrées dans le bois et sur la peau des cerises» explique Jean. Fermentations, élevages, se suivent, se surveillent, pareil qu’un vin.

 

Qu’il y a-t-il de plus beau qu’un Clair d’abricot vu de la Lune ?

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«La planète abricot n’est visible que depuis la lune» déclare, sourire en coin, Jean-Pierre en servant une Fou’ Foune. La Fou’ Foune, c’est un lambic à l’abricot. Ils viennent du Rhône, de Crozes. Une longue histoire que raconte Jean-Pierre : «en 1982, René Jean Dard qui n’était pas encore vigneron à l’époque passe à la brasserie. Les bières aux fruits lui plaisent, il me dit que je devrais en faire une aux bergerons du Rhône. Quatorze ans plus tard, je participe à une grande fête au domaine, la boisson aidant on évoque le lambic à l’abricot. René-Jean me présente François Daronnat dit Fou’ Foune. Au mois de juillet suivant, je reçois 300 kg d’abricots. La Fou’ Foune était née. Elle a bien failli disparaître, elle me démangeait… Très acide, elle était difficile à vendre, sauf aux Français qui l’achetaient sans la goûter… La Fou’ Foune est une bière qui ne se donne pas tout de suite. Il faut la verser et attendre. Elle s’épanouit dès qu’elle se sent en bonne compagnie».

J’ai toujours trouvé amusant de faire déguster une Fou’ Foune à un pote français, il croit découvrir une bonne bière belge, celle des images d’Épinal, style Orval ou Chimay, une de ces blondes ou rousses houblonnées qui plaisent dès la première gorgée. La Fou’ Foune faut la mériter, pénétrer son intrinsèque substance ne se fait pas tout de go, son acidité fait reculer l’impatient, le persévérant trouve le graal dès la troisième ou quatrième gorgée, le graal, c à d cette subtile fragrance d’abricot qui vous laisse une impression délicate en bouche, j’aime délicate, ça rime bien, mais ce n’est pas le sujet. Dès ce subtil goût de noyau est en mémoire crypté, la bière, parce que c’en est une, devient délicieuse, voire sujette à l’addiction. Mon vieux pote Dominique Couvreur, qui nous lit de temps en temps, est de ceux-là. Rien ne lui fait plus plaisir quand on se voit, c’est malheureusement rare, que de trinquer autour d’une Fou’ Foune.

La Fou’ Foune n’est pas seule, la gamme Cantillon est vaste, enfin plus ou moins, et non permanente, chaque brassin a son quota, épuisé, il faut attendre l’année suivante pour s’en procurer.

Brasserie Cantillon
http://www.cantillon.be

Le même sujet, mais un peu plus ramassé, paraîtra mi-novembre dans un Urban Mag Bruxelles by Crozes, qu’on se le dise !!

Allez à une prochaine

(et je n’ajoute pas une « une fois » qui ne se dit jamais à ce moment-là)

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Marco


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Quand la Savoie m’appelle, je fonce (3 ème et dernière)…

(Troisième partie : les rouges veillent)

Photo©MichelSmith

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Rappel : ces derniers jeudis, je vous ai brossé un portrait personnel, compressé et rapide de ma trop courte visite entre Suisse et Savoie. J’aurais aimé rester plus longtemps, aller au fond des choses, être complet, faire mon métier en quelque sorte. Mais, faute de moyens, j’ai pris ce que les gens ont bien voulu m’offrir avec générosité. Vignerons, amis, je les remercie de m’avoir donné cette occasion d’entrevoir un fragment de Savoie, province que je n’avais pas revue depuis 20 ans au moins. Avec plus de temps, j’aurais voulu découvrir les châteaux de Ripaille ou de la Violette, aller chez les Dupasquier, goûter tous les Quénard, les Trosset, les Ravier, visiter un ou deux négociants, une ou deux caves coopératives, que sais-je encore.

Photo©MichelSmith

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En Savoie comme ailleurs, on n’oublie jamais les rouges. Il y a 25 ans, lors d’un déjeuner dans une ferme-auberge d’altitude au large de Megève, j’avais allègrement vidé une bouteille de Mondeuse dont j’ai depuis oublié et le millésime et le nom de son auteur. Lors de ma visite dans la région, ce souvenir était constamment en moi et il m’a été donné d’en goûter quelques unes, et non des moindres puisqu’il s’agissait de Mondeuses venues des deux côtés de la frontière présentées lors d’un concours amical à Genève, concours sur lequel j’ai écrit il y a deux semaines. C’est la Mondeuse 2010 des Orchis de Philippe Héritier qui était arrivée en tête, suivie du 2011 des Mermoud à Lully (Genève), puis celle de « La Noire » 2011 du Château de Mérande à Arbin. Trois vins que j’avais bien noté en plus de la Mondeuse 2012 (bio) du Domaine Raphaël Saint-Germain (Savoie), cuvée « La Pérouse » (élevage en amphores), et du 2012 « Vin du Bacouni » d’Henri et Vincent Chollet, au Domaine Mermetus, à Vilette (Vaud) qui, pour info se vend 24 Fr Suisse sur place. Ce dernier m’avait impressionné par sa fraîcheur et la finesse de ses tannins. Deux qualités qui semblent résumer la Mondeuse.

Photo©MichelSmith

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Je n’évoquerai ni le Pinot noir, ni le Cabernet Sauvignon, ni même le Gamay, cépages que l’on retrouve des deux côtés de la frontière aux côtés de plants plus locaux comme la Mondeuse, à l’instar de l’appellation Vin de Savoie Arbin, du nom d’une commune où j’ai été reçu avec beaucoup d’égards, chez les frères André et Daniel Genoux associés à Yann Pernuit, au Château de Mérande dont j’ai déjà évoqué les blancs Jeudi dernier. À Arbin, comme me le faisait remarquer Franck Merloz, mon guide, nous sommes un peu en Terre de Mondeuse, lui dit « Mondeuse land »… Pour preuves, ces Arbin 2013 et 2011 « La Belle Romaine » de cuvaisons courtes, la première sur la souplesse et la finesse, l’autre éclatante de joie, simple, facile à boire. Ce côté presque simple de la Mondeuse se retrouve dans le 2010 « La Noire » (élevage sous bois) : amplitude, clarté, fraîcheur, jolis tannins… Arrivée troisième lors du concours genevois dans sa version 2011, cette Mondeuse Arbin est tout aussi droite, ample et fraîche dans sa version 2012.

Yann Pernuit. Photo©MichelSmith

Yann Pernuit. Photo©MichelSmith

Adrien Berlioz Photo©MichelSmith

Adrien Berlioz Photo©MichelSmit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On retrouve cette fraîcheur caractéristique dans les vins d’Adrien Berlioz qui possède quelques vignes sur Arbin en plus de ses vignes sur Chignin. Vin de Savoie Mondeuse 2013 avec élevage en demi-muids de plusieurs vins, son rouge a le goût de la pureté et de la roche sur une longueur assez surprenante. Dans le même millésime, cuvée « Marie-Clothilde », la Mondeuse, toujours élevée en demi-muids paraît plus serrée, plus apte à la garde, dotée qu’elle est d’une forte réserve en densité et en fraîcheur. Adrien n’avait pas donné d’échantillons pour participer au concours de Genève. Gageons qu’avec un tel vin il serait arrivé dans le trio de tête. Il se passe avec la Mondeuse noire en Savoie ce qui se passe en Beaujolais un peu avec le Gamay noir à jus blanc. J’en connais qui croient que ce n’est qu’une fille de joie à consommer vite et sans arrière-pensée. Détrompez-vous les gars : le 1989 de Michel Grisard, par exemple, goûté lors d’un dîner amical à Genève montre tout le contraire. Un quart de siècle après, la fringance est toujours là, soutenue par l’élégance des tannins.

Le vigneron sur son tapis Persan. Photo©MichelSmith

Le vigneron sur son tapis Persan. Photo©MichelSmith

Pour terminer en beauté, quelques mots sur le cépage Persan dont on dit qu’il a son berceau dans la Vallée de la Maurienne. Pour l’anecdote, on le connaît sous le nom de Pousse de chèvre ou de Serine, mais aussi de Princens et de Sirazène pointue… Au bord de la disparition, peut-être à cause de sa sensibilité aux maladies, il fait son retour en Savoie, ainsi que vers Saint-Jean-de-Maurienne. Le jeune Adrien Berlioz est fier de faire goûter le sien qu’il va jusqu’à piger aux pieds dans une cuve largement ouverte. Égrainé à la main, son 2013, cuvée « Octavie » n’est pas passé inaperçu : sur mes notes j’écris que « c’est du super et que ça ronronne comme un beau chat persan ». Je pense que je devais être épuisé par mes dégustations de Mondeuses ! En réalité, j’étais face à l’inconnu. À moins que ce ne soit la vue du Mont Blanc dans le lointain ? J’ai trouvé le même, en 2012, dense, fermé et tannique. Je ne sais pas pourquoi mais je le voyais bien avec une alose et une sauce au chocolat. Hallucinant ! Dangereux ce vins de Savoie !

Michel Smith


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« I miss Brett »

« I miss Brett in French wines. It is what made them French and notable. Same for Rioja.

Fortunately, we see some Brett in American and Australians. We need a list of wines for Brett lovers. »

Ce commentaire, laissé sur le site de Decanter par un certain David Hudson, m’a laissé perplexe.

D’abord, j’ai pensé que M. Hudson et moi ne dégustions pas les mêmes vins. Je reviens d’un petit tour en Languedoc où j’ai eu plus que mon lot de bretts.

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Au Mas Bruguière, j’ai vu la brume se lever. Mais pas de bretts. (Photo (c) H. Lalau 2014)

Et puis d’autres vins, heureusement, qui nous rappellent que le vin vient du raisin. J’ai eu la chance de déguster sur cuve les vins du Mas de Bruguière, au Pic Saint Loup, et ceux de Sylvain Fadat, à Montpeyroux (sur fût, cette fois). Fraîches syrahs, grenaches joufflus, denses mourvèdres, quelque soit le cépage, le fruit fut le fil rouge de mes coups de coeur. Ce qui nous fut confirmé, le lendemain, avec les très élégants Carignans du Mas d’Amile; sans oublier les assemblages gourmands de Jasse-Castel, en rouge comme en blanc; ou encore, la formidable vitalité du Villa Dondona 2011 (que j’ai préféré à son pendant boisé l’Oppidum). A la cave de Montpeyroux aussi – pardon, chez CastelBarry, si j’ai aimé Les Marnes, si j’ai aimé Les Cailloutis, si j’ai aimé Le Tarral,  la bruxellensis ou ses cousines n’y étaient pour rien.

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 Sylvain Fadat: « Des bretts? Est-ce que j’ai une gueule de bretts »? (Photo (c) H. Lalau 2014)

Plus fondamentalement, je me demande ce qu’on doit dire de nos jours à un oenophile apparemment sincère, mais aussi sincèrement dévoyé que M. Hudson.

Revendiquer un défaut oenologique comme élément de terroir, jusqu’à en faire un signe d’appartenance, et au niveau national, voila qui me dépasse.

Je sais bien que nous vivons une époque formidable où chacun peut d’exprimer son opinion sur à peu près tout. Défendre des idées, des modes de vie hors normes. C’est quand même mieux que du temps d’Adolf ou du Petit Père des Peuples.

Il y a les zoophiles, il y a les drosophiles, pourquoi n’y aurait-il pas des brettophiles?

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Amélie, du Mas d’Amile: « Des bretts, vous dîtes? Non, je ne vois pas… » (Photo (c) H. Lalau 2014)

Mais tout de même. Toutes écuries étant égales par ailleurs, qu’on puisse apprécier dans des vins les même odeurs de sueur de Dunkerque à Tamanrasset – pardon, de Marsannay à Collioure, je trouve ça pour le moins curieux quand on prétend défendre les terroirs de France et leur diversité.

C’est tellement gros que ça en devient rigolo.

Tiens, je suis surpris qu’un fabricant de levures ne propose pas déjà le goût de bretts.

 Hervé Lalau


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La bouffe en France – not all bad news! (part 3)

The Loire@Ancenis

The Loire@Ancenis

Part 2 of my cycling, eating and drinking odyssey down the Loire took me to Chavignol and as usual a fine meal from Jean-Marc Bourgeois at L’Hôtel de La Côte des Monts Damnés. The following day I rode the 166 kms from Chavignol to Beaugency via Orléans. Over that distance I only climbed 189 metres, which just shows how flat this part of the Loire is.

It would be nice to be able to say that the meal I had in Beaugency was anywhere near to Jean-Marc’s standard. Sadly this was not the case though to be fair where we ate didn’t not have the same ambition, so we’ll move on.

When we arrived in Beaugency the attractive old centre of this small town was en fête with various stands selling food, wine etc. Close to our hotel (La Licorne) there was a French band playing rock standards from the 60s and 70s, which I enjoyed listening to while lying down for a rest in our room. Perhaps I should have explored the wine stands but I’m afraid that after nearly eight hours in the saddle it was rest not tasting that won!

Next day’s ride was 10 kms shorter than the day before – 156 kms from Beaugency to Bourgueil – more exactly Café de la Promenade. I covered this stage in 6 hours 39 minutes at an average 23.4 kp/h my fastest daily average speed for the whole trip. I needed to press on that day as Guillaume Lapaque, director of Vins de Bourgueil, had arranged for me to meet the local press at the Café at 18.30.

This developed into a fun evening with some good bottles including 2011 Les Perruches from Gérard Vallée and one from Domaine du Rochouard – I was rather remiss in noting down the details as we tucked into various ardoise (slates) of charcuterie, kebabs, cheese finishing with the apple tart lifted with a slosh of Calvados. I made sure that I abided by the rule of modération as the next days stage, although a little shorter (143 kms to Ancenis) but this would be the first of two days when I would be riding with Charlie Pasquiers, a seasoned rider who completed the Bordeaux-Paris sportif at the end of May. Charlie rode an impressive road bike and equally impressively rode the whole 143 kms on a diet of water.

On the way to Ancenis we made a slight diversion to visit Domaine FL’s new winery at Rochefort-sur-Loire, which unfortunately is perched on top the ridge that overlooks the Layon. FL had started harvesting in Savennières that morning so we had a chance to taste their first juice of 2014 before heading back into Rochefort and onto Ancenis. Here we stayed at the lovely Loire-Séjours in the centre of the town. This chambres d’hôtes is run by Aline and Andrew, who have a beautifully restored town house. On their suggestion we ate at L’Oudaya, very good Moroccan restaurant with generous portions. Charlie and I had a Couscous Royale, which was extremely good. The decor at L’Oudaya suitably and wonderfully exotic. Both Loire-Séjours and L’Oudaya are highly recommended.

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Wonderfully exotic décor

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I should get them to design me some shirts…

Parts of the last stage was a bit of a grind, especially the section between Nantes and Saint-Nazaire. It didn’t help that I found myself on a dual-carriageway heading out of Nantes with fast traffic coming in a a slip road to my right, so I had to get off this fast and find the right road to take me along the south bank of the Loire towards Saint-Nazaire. Charlie and I had become separated at this point but fortunately bumped into each other a few kilometres further on.

Crossing the bridge over the Loire to Saint-Nazaire was the last real obstacle as not only is it a long steady climb to the centre of the bridge but the space reserved for cyclists is very narrow and the possibility of being sucked under a passing lorry seems very real. Anyway we got over the bridge into Saint-Nazaire and onto La Baule to celebrate the end of my Loire journey in plenty of time for Charlie to catch his train back to Angers and for us to head to our hotel – La Closerie.

That evening we celebrated with a plateau de fruits de mer, after enjoying a very good soupe de poisson, at Le Ponton overlooking the bay of La Baule. We had hoped to mark the end of the ride with a sparkling Loire but had to settle for a couple of glasses of Champagne, which was all the restaurant could offer. Happily they had a Muscadet – the 2013 Haute Culture Muscadet Sèvre et Maine from Château de Cléray – a fine match for the plateau.

To date my Loire ride has raised the equivalent of £3,558 across the two charities – £2,399 with Gift Aid for Teenage Cancer Trust and 1,465€ for the Fondation Gustave Roussy. I had hoped that I would raise more through Gustave Roussy but the practice of sponsoring people to raise money for charities seems less well established in France than in the UK. I have had interest and congratulations from a number of French friends and acquaintances but, with a few notable exceptions, these have rarely translated into donations – not a criticism rather an observation on cultural differences.

One notable exception was Bourgueil where Vins de Bourgueil donated 100€ and the town’s businesses donated 250€. Following my ‘meet the press’ evening in Bourgueil, I was delighted that two articles appeared – one in La Nouvelle République and the other in Terre de Touraine but neither prompted any donations.

Interestingly in contrast to Teenage Cancer Trust, who gave me various merchandise including a cycle top to promote my ride, Fondation Gustave Roussy have no promotional materials they could offer, so impossible to highlight Gustave Roussy while I rode.

Donations can still be made. Here’s where:
Gustave Roussy  https://igr.friendraising.eu/jim.budd
Teenage Cancer Trust  http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd

JIM BUDD

Journey's end

Journey’s end


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Norton (le cépage, pas la moto!)

Note : J‘avais promis, la semaine dernière, une suite à mon article sur le dosage en Champagne. Elle aura lieu la semaine prochaine car je n’ai pas eu le temps cette semaine de la préparer correctement.

Quand on me dit « Norton », je pense, a priori, à un truc un peu vieux mais sympa qui loge dans mon garage. A savoir, ceci:

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Mais Norton, c’est aussi le nom d’un cépage hybride, autrefois très répandu dans tout le nord-est et le centre des Etats-Unis. Détruit par la prohibition aussi sûrement que s’il s’agissait du phylloxera, cette variété peine à revenir des limbes et compte aujourd’hui quelques 200 hectares, je crois, essentiellement dans le Missouri et la Virginie. Il porte le nom d’un physicien et horticulteur nommé Daniel Norbonne Norton, qui vécut au début du 19ème siècle près de Richmond, en Virginie.

Selon Robinson, Harding et Vouillamoz (dans leur remarquable livre de référence Wine Grapes), il s’agirait d’un hybride entre une variété presque disparue de l’espèce vitis vinifera, l’enfariné noir, et une variété de vitis aestivalis.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ? D’abord parce que j’ai pu assister, samedi dernier à Paris, et grâce à Tim Johnston, à une rare dégustation de 7 vins issus de ce cépage. Ils provenaient de deux domaines différents et de 5 millésimes. Ces vins ont été importés pour l’occasion par un amateur américain, Andy Williams (pas le chanteur), fidèle client du bistrot Juvenile’s qui est devenu, en 20 ans, un véritable mini-carrefour pour quelques amateurs et producteurs du monde entier. Mais aussi parce que je trouve intéressant d’explorer les raisons de ces modes et goûts successives qui entraînent la montée en faveur ou la descente vers l’oubli de tel ou tel cultivar.

Les caractéristiques du Norton incluent une abondance de couleur et, apparemment, deux fois plus de l’antioxydant resvératrol que le cabernet sauvignon. Mais aussi une bonne acidité et très peu de tanins. En cherchant bêtement des points de repère pendant que je dégustais les vins, je me trouvait pas trop loin de certaines expression du dolcetto piémontais, mais pas exactement là non plus.

 IMG_6364Voilà les deux domaines dont les vins étaient présents à cette dégustation. J’aime bien l’étiquette de gauche, qui pourrait sortir d’un livre de Vermorel sur les cépages. 

 

La dégustation

Voici les notes prises le 18 octobre, chez Juvenile’s à Paris. L’ordre des notes est celui du service, décidé par les organisateurs.

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2001

Le nez me semble un peu animal et assez nettement volatile. La sensation en bouche est pleine, lisse et chaleureuse, avec une bonne présence de fruit mais une structure qui ne repose que sur l’alcool qui domine trop l’équilibre (pas noté).

Horton Vineyards, Orange County Norton 2001

Aussi volatile que le précédent et un peu bizarre au nez. Je l’ai qualifié de  funky  dans mes notes, partiellement écrites en anglais. Présence de bois aussi, ce qui étonne dans un vin de 13 ans. Ces impressions se confirment en bouche, avec la chaleur en plus (pas noté).

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2012

Bon fruité, assez chaleureux et tendant vers la confiture mais plaisamment suave en texture. Peu de structure toujours, mais une longueur décente. Ce vin semble plus complet et bien plus agréable que le 2001. (note de 13,5/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2007

Assez riche au nez, avec une impression de fond que je n’ai pas senti auparavant dans cette série. La texture est fine et la structure très souple, quasiment sans présence tannique. Mais toujours cette impression de chaleur malgré le fait que les degrés annoncés ne sont pas énormes, autour de 13%. (Note de 13/20)

Chrysalis Vineyards, Estate Bottled Norton 2011

Le nez est un peu fermé mais semble avoir plus de complexité que les autres. Les saveurs fruitées ont de la fraîcheur et évoquent des baies noires. Le meilleur vin de la série avec un équilibre qui le rend très agréable. (Note de 14/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2011

La fraîcheur importante de ce vin semble aller vers l’acétique. Le fruité est gourmand mais cette acidité perturbe l’ensemble. (note de 12/20)

Chrysalis Vineyards, Barrel Select Virginia Norton 2013

Le boisé est marqué mais pas d’une manière dérangeante. Une belle vivacité et un peu plus de longueur que la plupart des vins de cette série, probablement soutenue par le boisé. Belle qualité de fruit. (Note de 13,5/20)

Conclusions

Les informations fournies indiquent que ces vins se vendent aux USA pour des prix allant de 15$ à 30$ et la production est limitée. Vu le marché intérieur aux USA, il n’y a aucune chance de les voir en France un jour et ils ne me semblent pas du tout compétitifs sur un échiquier plus large que leur zone de production, où ils sont surtout achetés grâce à une forme de fierté locale. Leur principale qualité réside dans leurs saveurs fruitées, bien que celles-ci (du moins dans les échantillons présents) tendent vers le confituré. Des habitués de vins rouges tanniques les trouveront probablement trop souples, bien que leur acidité empêche toute impression de mollesse. Mais le vin, c’est la diversité, et les goûts des humains suivent le même principe.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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#Carignan Story # 243 : quelques jours plus tard…

Toujours utile de garder le vin dans sa bouteille quelques jours au réfrigérateur. Je le fais couramment – et je ne suis pas le seul -, surtout avec le Carignan car il est rare, sauf si j’ai des amis avec moi, que je finisse la bouteille d’un trait. Tenez, je vais vous faire part de ma dernière expérience qui prouve qu’il n’est point besoin d’acheter de ces ruineux systèmes de conservation. Le bouchon suffit, à condition qu’il soit en bon état et remis sans trop attendre sur le goulot, côté vin…

Après ces conseils basiques, si vous ne lisez pas – ou ne relisez pas – le dernier numéro de Carignan Story, vous ne comprendrez pas grand chose à ce qui va suivre. En effet, Dimanche dernier, j’en étais à cette dégustation très personnelle et quasi exclusive de deux millésimes de Carignan pur (cépage non affiché sur l’étiquette principale, mais clairement indiqué à titre d’information sur la contre-étiquette) revendiqué en Corbières par son auteur, vigneron et négociant, l’un des plus importants et des plus en vue du Languedoc, j’ai nommé Gérard Bertrand.

Photo©MichelSmith

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Cinq à sept jours après l’ouverture des bouteilles, j’étais curieux de voir comment les vins évoluaient. Cela fait du bien de temps en temps de se repositionner sur le vin que l’on a (presque) encensé. Changements de temps, d’horaires, de mental aussi, de nourriture ingurgitée, de nuit passée plus ou moins bonne, d’impôts que l’on juge disproportionnés, de factures à régler… que sais-je encore tant les facteurs sont nombreux qui jouent peu ou prou sur l’appréciation d’un vin. Ainsi, quelques jours après…

L’écart entre les deux vins est bien présent, mais il est bien moins possible de les départager. Du moins, je ne m’en sens pas capable. Le 2010, qui ne supporte toujours pas le froid extrême que je lui impose dans un pur souci de bonne conservation, reprend du poil de la bête au fur et à mesure que sa température remonte. Il devient plus fondu, soyeux et se distingue par des petits tannins grillés, très légèrement anguleux un peu comme certaines personnes qui voudraient jouer les difficiles. 2011, qui s’impose par son élégance et la qualité (finesse) de ses tannins pourtant copieux, impressionne par sa densité, sa force, son caractère. Comme quoi les millésimes influencent bien le Carignan… Je bois les deux, sans faire appel à mon affect car je les trouve bons, encore jouissifs et parfaitement buvables. Point.

En revanche, le Côtes du Roussillon Villages, un pur Grenache, si j’en crois la contre-étquette, se montre plus exaltant, droit frais, marqué par ces agréables notes d’orange sanguine qui caractérise nos vieilles vignes entre Corbières et Roussillon.

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Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

La semaine dernière, j’avais oublié l’essentiel, le prix. Alors que le 2012 La Crémaille semble avoir pris la suite des 2010 et 2011 dans la série des Vignes Centenaires, il faut débourser en général 22,50 € pour une bouteille de ce grand Corbières rouge. N’étant pas certain qu’on la trouve facilement, je vous conseille de contacter le responsable du magasin de vente à L’Hospitalet, le siège de l’entreprise Gérard Bertrand, près de Narbonne.

Et puisque Gérard Bertrand porte aussi bien le chapeau, je vous propose, afin de me laisser profiter de mes vacances, deux clins d’oeil. Celui de mon ami le dessinateur Rémy Bousquet et celui d’André Deyrieux.

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