Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 170 : Le goût étrange et ambigu de la nature…

Eh bien oui, il y a comme ça des moments où le Carignan s’offre à moi de manière étrange. Cette bouteille, je l’ai bue sans difficultés l’autre jour sur les petits plats sur le pouce préparés par mon ami Manu, aux commandes de la seule vraie cave-bistrot à vins de la Côte Vermeille digne de ce nom, j’ai nommé le Xadic del Mar dont je vous ai déjà souvent dit du bien ici même. Dans ce minuscule espace face à l’horrible clocher de l’église de Banyuls-sur-Mer, non loin de la toujours rustique Cave L’Étoile où j’ai moi-même livré des raisins pendant des années, Manu mène sa barque cahincaha  tant elle est chargée de bouteilles aussi amusantes qu’iconoclastes.

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Le clocher le plus hideux de France ? Photo©MichelSmith

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La coopérative L’Étoile, où l’on trouve encore de vieux trésors banyulencques. Photo©MichelSmith

On a le prix du vin à emporter bien affiché dans les casiers posés à même le mur, un prix généralement sage, et il suffit de rajouter 4 euros de « droit de bouchon » pour l’avoir sur table. La proposition est on ne peut plus honnête. Donc, en partant, je me suis acheté deux ou trois « quilles », comme on dit maintenant dans les milieux branchés du vin, histoire de les goûter calmement chez moi.

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El Xadic, avenue du Puig del Mas, à Banyuls. Photo©MichelSmith

Et c’est ainsi que j’ai ouvert cette seconde bouteille du Domaine Calimàs. Elle nous vient de Latour de France ce qui permet à son auteur, Patrice Delthil (Tél. 06 26 33 12 31 ou 04 68 84 79 83), de faire un petit jeu de mots au passage en labellisant son Carignan en Vin de ‘Latour de’ France. Les nouveaux venus ne manquent jamais d’humour dans le Roussillon, même si Patrice a déjà une sacrée expérience puisqu’il a longtemps travaillé avec Cyril Fhal (Clos du Rouge Gorge), lequel a déjà eu droit à sa chronique il y a trois ans. Maintenant que j’y goûte en paix, chez moi, sans rien manger, je trouve ce rouge marqué par une pointe d’acescence, manquant de finesse, rempli de goûts étranges et de notes boisées pas toujours très nettes. Pourtant, je n’ose dire qu’il est mauvais puisque je le bois. Ce doit être ça, ce qu’on appelle le paradoxe du vin « nature » : un vin qui aurait le cul entre deux chaises, qui serait bizarre sans être repoussant ?

Étrange Esttra Lunat... Photo©MichelSmith

Étrange Esttra Lunat… Photo©MichelSmith

À moins que ce ne soit le jeu de ce coquin de Carignan du côté de Latour-de-France ? Voilà pourquoi il me semble nécessaire de bien carafer ce vin sur plusieurs heures avant que de le proposer. D’habitude, un vin qui ne me plaît pas au premier contact, je l’attends un ou deux jours, pour voir, tant je me méfie des pièges de Dame Nature. Combien de personnages rencontrés dans ma vie ne me plaisaient pas trop au prime abord avant qu’ils ne deviennent mes meilleurs potes ? Et puisque le vin c’est la vie… et que celui-là se dit « vivant », alors je le garderais volontiers 5 à 6 ans, rien que par curiosité.

Un militant du vin nature, tel est Patrice Delthil. Photo©MichelSmith

Un militant du vin nature, tel est Patrice Delthil. Photo©MichelSmith

Sur ce coup là, une fois l’avoir goûté, j’ai donc attendu. « L’Estra Lunat », puisque tel est son nom, titre 14°, ce qui est amplement suffisant. Il n’a pas de millésime affiché, mais je soupçonne que ce doit être un 2010, sinon je ne vois pas pourquoi le vigneron se donnerait la peine de préciser qu’il s’agit du « Lot n° 10 ». Il précise aussi qu’il « contient des sulfites ? ».

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais pourquoi ce point d’interrogation ? Il se dit « naturel », mais on nous dit que le millésime 2011 trouvé sur un site à un peu moins de 15 € le flacon, contient 20 mg/l de sulfites ajoutés. Au nez, il évolue, mais est-ce en bien ou en mal ? C’est en tout cas une des rares fois que je me pose cette question. Pourtant, au bout de 48 heures, le nez de ces vieilles vignes redevient acceptable : notes mine de crayon épicées et boisées, mais un boisé proche du ciste, donc sans trop de reproche, hormis cet aspect, comment dirais-je, plus ou moins oxydé. La texture est belle, le vin est savoureux et les tannins soyeux.

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Sur un classique plat de pâtes, sauce tomate et lardons, costaud en basilic, la bouteille est achevée sans mal et non sans un certain plaisir. Allez comprendre. Paraît que si l’on vide la bouteille c’est que le vin est bon, non ? Ben oui, j’ai dû l’aimer ce vin puisque je l’ai bu !

Michel Smith


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Le grand public aime les médailles d’or

Notre invité suisse Alexandre Truffer (Romanduvin, Vinum…) nous parle des médailles des concours de vins…

Sujet âprement discuté, les médailles d’or des nombreux concours de dégustation sont parfois considérées comme arbitraires ou sans valeur. Une étude de l’Ecole de Changins, qui a fait déguster vins médaillés et flacons mal notés à des consommateurs avertis comme à des néophytes, montre que les amateurs apprécient les mêmes crus que les professionnels.

Les concours et leurs médailles provoquent des réactions paradoxales. D’un côté leur nombre ne cesse d’augmenter tout comme la quantité de vins qu’ils mettent en concurrence. Les multiples sollicitations qu’ils reçoivent de candidats au poste de juré, semble prouver qu’ils jouissent aussi d’un fort crédit auprès des professionnels. Et pourtant que n’entend-on, ou ne lit-on pas, sur ces compétitions? Leurs médailles seraient aléatoires (à cause de biais induits par l’ordre de dégustation, la formation défaillante des jurés, le type de notation utilisé ou l’influence de personnalités dominantes dans les jurys), les dégustateurs seraient formatés, les médailles distingueraient des vins sans défauts privilégiés par des œnologues et non les crus gourmands appréciés par les amateurs. Les médailles d’or existent En 2009, le chercheur Robert Hodgson a analysé 4000 vins inscrits dans treize concours américains. Il a voulu savoir quelles chances un vin médaillé d’or dans un concours A avait de remporter une médaille dans un concours B. Il en déduit que les médailles d’or sont aléatoires puisque le fait de gagner une distinction dans un concours n’augmente pas de façon significative celle d’en gagner une dans une autre compétition.

«Une conclusion douteuse» diront les esprits forts qui ajouteront que mettre tous les concours sur un pied d’égalité décrédibilise toute la méthodologie. En effet, gagner une médaille de bronze aux championnats suisses ne vous garantit pas un podium aux Jeux Olympiques. En outre, même lorsque les concurrents restent les mêmes, une troisième place à la première course de l’hiver n’est pas une garantie pour la suite de la saison. On peut donc faire la même analyse pour n’importe quel sport et le déclarer aléatoires puisque le gain d’une médaille dans une compétition ne présuppose pas de lauriers dans une autre. En revanche, la question de la pertinence des médailles pour les consommateurs a été peu étudiée.

En 2012, des chercheurs de l’Ecole d’Ingénieurs de Changins et des Maison du Goût-Actilait de Bourg-en-Bresse se sont demandé si la notation et les descriptions sensorielles des jurys de concours sont pertinentes, si les vins médaillés sont les préférés des consommateurs et si les descripteurs – positifs ou négatifs – se révèlent identiques chez les professionnels et les amateurs. «Les mauvais vins sont toujours identifiés comme mauvais, et les bons comme bons», résume Pascale Deneulin, responsable du projet pour l’Ecole d’Ingénieurs de Changins. Pour cette étude, douze vins blancs et douze vins rouges évalués au Concours des 7 Ceps (dont les pointages s’étageaient entre 57,5 et 90,0 points sur 100) ont été présentés à un panel de consommateurs spécialement entraînés à l’analyse sensorielle ainsi qu’à deux groupes de consommateurs de cent personnes chacun, l’un composé de Suisses, l’autre de Français. Nous les avons rencontrées.

«Il n’y pas de différence significative entre les deux nationalités. Ni entre hommes et femmes, ou entre jeunes et personne plus âgées. Par contre, le niveau de connaissance du vin joue un rôle. Plus un sujet apprécie le vin, plus il achète ses vins chez des cavistes ou directement chez les vignerons, plus son goût se rapproche de celui des professionnels. A l’inverse, plus les consommateurs achètent leur vin en grand surface, plus leur avis diverge des jurys de concours. On peut donc en déduire que les concours possèdent un véritable rôle éducatif et prescripteur» poursuit l’enseignante de la haute école romande.

«Les dégustateurs du Trophée des 7 Ceps ne donnent pas qu’une note, ils détaillent leurs impressions en indiquant l’intensité d’une douzaine de descripteurs (ce vin est-il un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout sucré, acide, animal, végétal, astringent, alcooleux, etc.). Ces avis nous donnent une cartographie des vins en lien avec leur note finale. On peut ensuite comparer ces descripteurs aux notes obtenues par les panels entraînés pour voir si la perception des vins est identique entre des «panels formatés» et les jurys de concours», explique Pascale Deneulin.

Conclusion, la majorité des descripteurs sont homogènes dans les deux groupes témoins. Les notes florales, fruitées, empyreumatiques (boisé) et les notions d’acidité, de sucré, de gras et de persistance, mais aussi le végétal dans les vins rouges ont globalement le même sens pour tous. En ce qui concerne la minéralité, la perception de l’alcool, les notes lactées ou l’amertume, les résultats montrent qu’il s’agit de notions beaucoup plus floues. Autre conclusion, et peut-être la plus intéressante, la corrélation entre note élevée (un bon vin) et présence d’un descripteur (j’aime ce vin parce qu’il est fruité, tannique ou animal).

Là encore, les caractéristiques positives ou négatives associées à un vin primé s’avèrent très similaires – à l’exception notable de la persistance – chez les consommateurs et chez les professionnels. «Sucré», «gras» et «fruité» voilà les composantes d’un bon vin rouge. Parmi les descripteurs jugés péjoratifs pour un vin, on trouve l’acidité ainsi que les arômes végétaux. Du côté des blancs, «floral», «fruité» et «sucré» remportent tous les suffrages tandis que le végétal, les notes animales et l’acidité ont un impact négatif.

Rappelons que ces vins fruités avec de la sucrosité ne sont pas plébiscités par des dégustateurs novices du Nouveau-Monde, mais bien par des palais éduqués de la région lémanique (France et Suisse) qui déclareraient peut-être, s’ils étaient interrogés sur leurs goûts personnels, privilégier la finesse et l’élégance. Mais pour s’en assurer, une nouvelle étude serait nécessaire…

Retour aux sources: Promotion des vins du pourtour du Mont-Blanc par valorisation novatrice de données sensorielles. Opération sélectionnée dans le cadre du programme de coopération territoriale européenne INTERREG IV France-Suisse 2007-2013 et réalisée par l’Ecole d’Ingénieurs de Changins (Pascale Deneulin, Christian Guyot, Eve Danthe), Actilait-Les Maisons du Goût (Jean-François Clément, Jean-Christophe Perrin, Sylvie Potier, Jean-Michel Herodet) et le Concours des 7 Ceps (Jean Dumont, Yves Paquier). An analysis of the concordance among 13 U.S. wine competitions, Robert T. Hodgson, Journal of wine economics, volume 4, issue 1, spring 2009.

Cet article est paru dans la rubrique Science de l’édition mai/juin 2013 de VINUM

Alexandre Truffer


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Quand les Côtes du Rhône s’assoient à une table belge

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Une rencontre choc cette semaine entre 2 ou 3 spécialités bruxelloises et quelques Côtes du Rhône au cœur tendre. Et de la tendresse, il en faut pour apprécier à sa juste valeur les excentricités culinaires bruxelloises. Cela se passait aux Brigittines, un restaurant dont le chef, Dirk Myny, s’est taillé une maxi réputation de créateur de spécialités bruxelloises.

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L’atout Rhône

Quel que soit le menu (belge) on trouve toujours un flacon de Côtes du Rhône qui sait l’accompagner de l’entrée au dessert. La richesse bachique de la Vallée y pourvoie avec facilité, allant du blanc sec au rouge capiteux, en passant par la fraîcheur des rosés, le croquant des rouges friands. Je n’oublie pas les blancs, mais ceux-ci n’étaient pas prévus cette fois-ci.

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Au menu du jour, la Terrine d’oreille de porc, cuite au court-bouillon comme les bulots qui découpés finement apportent du moelleux à l’anguleux agencement. Une recette qui nous rappelle les moments passés devant la charrette du marchand de caricoles, marchande de caricolesles odeurs fumantes du charcutier du coin, l’envie d’y marier quelques vins du Rhône. Terre-mer appelle la fraîcheur d’un rosé qui évoque les embruns, le fruit épicé d’un Cru.

Tavel joue son va-tout, c’est le domaine Lafond qui s’y colle.

 

Roc Épine 2012  Tavel Domaine Lafond

Contrairement à la tendance générale qui est à l’éclaircissement des tons, les Tavel gardent jusqu’ici la robe bien prononcée. Le Roc-Epine n’y déroge pas et arbore un coloris éclatant aux teintes saumon carmin bien appuyés. Le fruit éclate au nez, groseille, framboise et fraise, quelques grains de poivre et une feuille de menthe viennent le chatouiller, puis se révèle l’intérieur trituré d’une grenade qui explose à retardement à nous éclabousser.

La bouche grasse et gourmande apparaît comme une sphère pointue… c à d un volume, une amplitude, un charnu qui s’effile à une « extrémité » comme poussé, avivé par la fraîcheur. Le fruité n’en est que plus démonstratif, il mélange baies et agrumes, rafraîchit encore par les épices, cumin, graine de coriandre. La fin de bouche garde longtemps le goût du fruit. 

Et fait la nique au cochon qui n’en croit pas ses oreilles, grogne un coup et se laisse emporter, dernier élan… définitif cette fois au fond de l’estomac.

 

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Côté rosé

Rosé d’assemblage qui se compose des cépages suivant : 60% de Grenache, 10% de Cinsault et 10% de Syrah, 5% de Carignan et les 15% restant se partagent entre Clairete, Picpoul, Bourboulenc et Mourvère. En culture biologique.

Sol : calcaire, sable et galets roulés, cailloutis calcaire et argile rouge.

La vendange est égrappée à 100%, macération de 5 à 8 h, presurage, suivi de la fermentation à basse température. Élevage en cuve.

www.roc-epine.com

 

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Comme un torero, après les oreilles, la queue… 

 

Le consommé de bœuf fait sa joyeuse entrée et vient de ses effluves parfumés titiller les rouges délicats qui le regardent avec envie.

Mais ne dit-on pas que liquide et liquide ne s’accoquinent pas, que soupe, potage et autre consommé, se boivent sans qu’il leur est nécessaire d’ajouter quelconque breuvage.

Mais nous, ne sommes-nous pas là pour tenter le coup ?

Les Champauvins 2011 Côtes du Rhône Domaine Grand Veneur

Grenat sanguin, il apparaît comme un véritable vin de soif, de très belles soifs ! Celles des fins d’après-midi, quand,  à l’heure de l’apéritif, on opte pour le fruité et le croquant d’un rouge joyeux.

Suave au nez, il ne déçoit pas la bouche, du croquant encore et encore du croquant, avec du poivre et un goût de garrigue qui lui donne un …regain de caractère. On peut être de soif et avoir du répondant, de la longueur, une structure qui s’ancre dans le minéral, des tanins bien présents, un alcool bien équilibré. Bref, il est conçu pour assouvir notre quête de jouissance.

 

Et aujourd’hui notre plaisir tire sa satisfaction du mélange des saveurs animales et fruitées, chaud froid particulier qui nous scotche par sa fraîcheur bouillante. Un mariage dynamique.

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Le vin

Assemblage de 70% de Grenache, 20% de Syrah et 10% de Mourvèdre.

En conduite biologique.

Sol : argile à cailloux.

Vendanges manuelles et grappes triées à la parcelle. La vendange est acheminée rapidement à la cave où les raisins sont réceptionnés par gravité pour être conservés intacts avant d’être éraflés, foulés légèrement, au besoin refroidi et mis en cuve où ils fermentent.

Élevage à 80% en cuve béton et 20% en barrique de 3 ans.

www.vignobles-alain-jaume.com

 

 

 

Place à ce qui aurait pu être un clash

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Le Zenne pot argue d’une cuisine fusion, Belgique carrefour des populations, influences et traditions, cette «choucroute bruxelloise» au chou craquant paré de boudin, de saucisses sèches, cuite à la gueuze Cantillon, fait par un détour culinaire se rencontrer vins et bière certes particulière. De cette dernière ne reste que légers parfums et acidité qui trouvent leur équilibre grâce à l’onctuosité d’un Beaumes de Venise, … les viandes adhérant au choix du chou…

 

Domaine des Bernardins 2011 Beaumes de Venise  

Améthyste aux reflets carminés. Son nez est une explosion de fruits noirs, myrtille, cassis, grosse cerise et fraise pareille, sombres et juteuses, puis quelques rouges, framboise et groseille, pour enfin s’élever sur le floral d’une fleur de mimosa. La bouche offre une telle suavité qu’elle en paraît sucrée. Bien sec pourtant, le vin offre autant de fruits que le nez. C’est son onctuosité qui nous flatte les papilles, son charnu, son éclat. Puis aussi la tension équilibre toute velléité capiteuse ou doucereuse, fraîcheur croquante qui a le goût du fruit, la saveur de sa sève, le truculent de son jus. Des parfums de garrigue arrivent sur la fin. Ils désaltèrent la bouche, lui donnent l’envie d’y revenir, d’accompagner de gorgée en gorgée le plat qui fume sur la table. Un régal avec cette choucroute bizarre, à la fois acidulé par le chou et douce par le boudin, viandeuse par la saucisse, avec un rien de fumé, un soupçon de sel, mais rien qui n’empêche un accord original, rafraîchissant et tonifiant pour les papilles qui en restent coites de bonheur. Il fallait oser, c’est fait !

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Le Cru

Assemblage : 65% de Grenache et 35% de Syrah.

Culture raisonnée (sans herbicide).

Sol : calcaire tendre et grès.

Récolte manuelle avec tri à la parcelle. Cuvaison de 2 semaines avec remontages réguliers.

Élevage de 1 an en cuve inox.

www.domaine-des-bernardins.com

 

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Après, ce fut le tour de la viande, Pièce de bœuf épaisse et juteuse, certes plus internationale, mais tellement en phase… appel de l’hémoglobine pour quelques vins aux tanins affirmés. L’union semble parfaite, elle l’est. Les jus s’associent, tressent leurs arômes, les ponctuent d’épices.

Et les frites dans tout ça ?

Aucun souci, Côtes, Villages et Crus adorent les prendre entre deux doigts et les savourer à loisir.

 

On gardera ces joyeux compères pour le dessert, s’il en reste, ils seront les bienvenus, carrés de chocolat, fins comme papier, amers comme il se doit, parfumés d’herbes, de condiments, de fruits secs, rappellent les senteurs de garrigue, le soufflé frais du Mistral, la douceur des fruits.

 

Un café et on s’en va, tout est bu.

 

 

PS quant à l’ettekeis (le fromage de Bruxelles), cher à Jacques B., http://www.berthomeau.com/article-j-accuse-les-sieurs-lalau-vanhellemont-charlier-d-esquiver-le-vrai-combat-du-sadomasochisme-culinair-117905288.html  il n’y en a plus dans sa forme originelle, ni pmg, ni psg, mais on en reparlera, le temps que je me procure la nouvelle mouture élaborée aujourd’hui par Herve Société, histoire de voir si ce fameux fromage qui doit être le seul qui goûte comme il sent, reste encore un élément de divorse.

 

Ciao

Copie de cochon_ 

Marc

 


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Je ne suis qu’un "ensoiffé" de première… et j’aime le Gewurztraminer

Mille pardons pour ce néologisme qui, bien que déjà usité n’est pas encore entré dans le dico; mais je me suis dit qu’après Jacques Dupont qui, sur 140 pages (chez Grasset) et sur tous les médias, nous somme de nous « invigner » avec lui  (il doit avoir une sacrée bonne attachée de presse, lui qui d’habitude ne veut pas les voir…), je pouvais à mon tour dénicher un verbe que je ne dois à personne. Si ce n’est, peut-être à un Rabelais en herbe ou à un Depardieu déguisé en Antoine Blondin.

Surtout ne pas confondre avec «assoiffé», terme qui s’applique plus à un aventurier perdu quelque part dans les dunes de Mauritanie, entre ces deux perles du désert que sont Ouadane et Chinguetti. Alors que je pensais avoir inventé le verbe « ensoiffer », surtout depuis que mon correcteur automatique me le faisait remarquer, je notais en feuilletant Google qu’ensoiffé était utilisé par d’autres que moi pour décrire un dictateur "ensoiffé de pourvoir" (le journaliste voulait-il dire "assoiffé" ?), ou plus prosaïquement une femme "ensoiffée de vin" (l’auteur pensait-il qu’elle était saoule ?).

Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé ce verbe tellement joli que je me le suis approprié. Quand bien même il n’existe pas sur le plan purement académique, il me fait penser à un état proche de l’ivresse, une sorte d’épectase vinique qui surviendrait lorsqu’un vin vous fait un effet tel qu’il arrive à vous hérisser le poil et à vous faire vivre un moment de paroxysme dépassant le simple orgasme. Rien à voir avec un moment de soulographie. Rien à voir non plus avec l’orgiaque volonté de boire jusqu’au coma éthyllique. Plus que de s’enivrer, il s’agit là de se laisser plonger dans une sorte de rêverie proche de l’extase qui consiste à ne faire qu’un entre votre être profond et l’intense liqueur d’un vin.

Cet instant est rare : il vous tombe dessus sans prévenir alors que vous vous lancez comme de coutume à l’analyse d’un vin. Le brave cardinal Danielou aurait vécu ce passage fatal lors d’une rencontre avec une prostituée, mais il s’agissait d’épectase dans le vrai sens du terme. Point de mort avec le vin, même si l’instant vécu par l’ensoiffé de première que je suis ressemble par certains côtés à une petite mort. Ah, les plaisirs solitaires…

Vous ne le savez peut-être pas, mais entre le cinsault, le pinot noir, le cabernet franc, le gamay noir à jus blanc, le pineau d’aunis, le savagnin, le grenache gris et le carignan noir, j’avoue une tendresse particulière pour le gewurztraminer. Tendresse mêlée d’exigence, bien sûr. À un point tel que dès que je ressens la moindre lourdeur dans un vin de ce cépage, celui-ci termine illico presto sa vie dans l’évier.

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Du grand Léonard au pointilleux Jean-Michel, je crois avoir testé la plupart des bons vignerons alsaciens dans leurs approches du gewurz et plutôt que de vous en faire une tartine, je vous conseillerai la lecture de la plume de Patrick Botcher qui, du temps où il était plus «monomaniaquement Alsace» que maintenant (c’est pourtant un Helvète vivant en Belgique) a consacré plusieurs articles au gewurztraminer, quand bien même son blog a changé de nom et s’appelle désormais « Vins Libres ».

Comme tous les cépages jugés "difficiles" et peu productifs, bien que figurant dans la liste des cépages dits "nobles" lui ouvrant les portes des Grands Crus, il n’a pas que des adeptes dans le vignoble alsacien et ailleurs. Vous en saurez un peu plus en le visitant ici. Moi-même, je lui ai déjà consacré plus d’un article, dont celui-ci, chez l’ami Philippe Blanck.

Je ne sais plus comment cette bouteille a pu atterrir aux fins fonds de ma cave parmi ma collection de gewurz. Peut-être était-ce une de ces bouteilles que les vignerons – en l’occurrence Marie et Mathieu Boesch du Domaine Léon Boesch – vous offrent comme s’ils les jetaient à la mer avec le fol espoir que le journaliste, qui n’a jamais le temps de tout goûter tant il est pressé quand il vient vous voir, trouvera un jour l’opportunité de goûter. Eh bien c’est chose faite, mes chers amis alsaciens. Tout de suite, alors que je m’apprêtais à regarder un bon vieux film et que je me relaxais dans mon fauteuil pour un de ces rare moments inédits où l’on se dit que l’on a bien mérité de savourer un grand vin en compagnie d’un grand cigare, c’est le regard vers la robe, vieil or lumineux et profond, qui m’a comme happé au point de me demander où j’avais pu bien mettre mon appareil photo.

La luminosité, mieux que la minéralité ? Photo©MichelSmith

La luminosité, mieux que la minéralité ? Photo©MichelSmith

Oui, j’ai la photo. Non, je n’ai pas pris de notes. Non, je n’ai pas cherché s’il sentait la rose, le lilas ou le litchi. Mais ce que je sais, c’est que dès la première gorgée je me suis simplement exclamé : «Nom de Dieu, mais qu’est-ce que c’est ?»

Bien sûr qu’en le puisant de ma cave j’avais une idée : je connais les vignerons (voir plus haut), une famille consciencieuse qui travaille en bio depuis longtemps, et je connais ce terroir, l’un des plus chauds d’Alsace, le Grand Cru Zinnkoepflé, au sud de Colmar. Grand Cru ? Que le lecteur se rassure, en Alsace ce ne sont pas les mêmes règles que celles qui prévalent à Saint-Émilion.

Au Nord comme au Sud de Colmar, la mention Grand Cru n’est pas galvaudée : elle repose sur du sérieux, du concret, de la géologie, de l’histoire, des règles, des délimitations. Le Zinn, comme je dis pour faire court, n’est peut-être pas le plus noble des 51 Grands Crus, ni le plus ancien, mais c’est l’un des plus ensoleillés et c’est pour cela qu’il plaît à l’exigeant gewurztraminer qui règne ici en maître, occupant les trois quarts de la superficie. Situé entre Westhalten et Soultzmatt, le Zinn surplombe la "Vallée Noble". Le nom de ce site de plus de 71 ha de vignes signifie «mont du soleil» et il paraît que sur ses calcaires et ses grès grimpant jusqu’à plus de 400 m d’altitude, on trouve une flore méditerranéenne inhabituelle.

Photo©DR

Lee Zinn est à main droite… Photo©DR

Nous y voici. Ce soleil, cette luminosité, cette puissance, cet éclat, on les retrouve dans le vin, en plus d’une allure triomphante et avec cette manière très jouissive de s’imposer sans lourdeur, en douceur même, ce qui fait qu’on en redemande encore et encore. J’aime aussi cette façon unique de se mettre en avant, d’imprimer son grain avec force, mais sans violence, sans frime, toujours en profondeur, en délicatesse aussi, comme si tous les capteurs de notre corps devaient profiter de cet instant de spectacle grandiose qui fixe l’attention. Cette petite merveille en bouteille, cette œuvre d’art unique et éphémère, n’a pas été vidée d’une seule traite. Ce n’est pas le genre de "l’ensoiffé" que de procéder de la sorte. J’en ai siroté, plus que bu, d’abord la moitié et, étant seul, me suis gardé l’autre moitié pour boire quelques jours après en cas de spleen. Le vin avait quelque peu bruni et offrait toujours la couleur du vieil or. Au goût, c’était quasiment intact : on percevait mieux cependant les notes de fruits confits, entre mirabelle, compote de pomme et marmelade d’orange, épices douces en prime et une légère acidité qui faisait l’effet d’un courant d’air bienveillant.

Pour cette Vendanges Tardives 1998 titrant 13°, j’avais mis la bouteille au réfrigérateur 2 ou 3 jours avant, préparé un large verre que je remplissais généreusement. La température de service tournait autour de 10/12 degrés, je parle de celle du vin dans le verre. Le millésime 2009 dépassait de peu les 18 euros, mais ce n’était pas un VT. Il y a peu, le même VT, millésime 2004, s’achetait à moins de 30 euros départ cave. Au fait, il y aura toujours un peu de place dans ma cave pour du Gewurztraminer.

Michel Smith


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Le vin des Beatles (White Album, Blue Nun)

Octobre 1968. Les Fab Four enregistrent le White Album. Non sans efforts. Le groupe vient de perdre son manager, Brian Epstein, et des conflits larvés apparaissent au grand jour entre les membres du groupe. John Lennon insiste pour que sa nouvelle compagne, Yoko, soit présente à tous les enregistrements. Paul Mc Cartney intervient de plus en plus dans les choix de production. George Harrison est frustré que si peu de ses chansons soient retenues sur chaque album. Ringo Starr supporte de moins en moins les luttes d’égo entre ses partenaires et se replie sur sa famille. L’album, très disparate, entre rock, blues, balades, folk et expérimentions, illustre assez bien cette dispersion, cet éclatement.

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Un petit coup de blanc…

L’ambiance lors des sessions est assez délétère. Alors, un petit coup de blanc, cela peut aider. À l’époque, en Angleterre, un vin rencontre un succès digne de la Beatlemania: le Liebfraumilch de Blue Nun. Bouteille bleue, saveur acidulée, doucereuse, c’est le genre de chose que les enfants de la guerre sirotent sans y penser ; avec d’autant plus de plaisir qu’ils ont été sevrés de sucre dans leur enfance.

«Synesthésie»

Et c’est donc ce que les Beatles boivent au studio d’Abbey Road pendant l’enregistrement de Long Long Long – un morceau lent signé Harrison. Lennon est absent. Mc Cartney est à l’orgue; une note de l’instrument secoue l’ampli sur lequel a été posé la bouteille de Blue Nun. Celle-ci se met à vibrer, émettant une sorte de cliquetis bizarre. Les Beatles, qui aiment les sons improbables, le gardent à l’enregistrement, on entend donc distinctement ce bruit de verre à la fin du morceau (à partir de 2’39’’).

A l’époque, dans les milieux artistiques, on parle beaucoup de «synesthésie» ; on mélange les sensations: «tangerine trees and marmalade skies»… Est-ce la consommation de drogues, ou bien seulement l’air du temps? Les poèmes, les chansons mettent des couleurs sur les sons, des odeurs sur les mots; incidemment, cette mode sera reprise plus tard par de nombreux critiques vineux: ne dit-on pas d’un vin qu’il a la bouche cristalline, par exemple? Ou qu’il est solaire?

Et puis, dans Glass Onion, toujours sur le White Album, John Lennon évoque une réalité déformée, le monde vu au travers d’un cul de bouteille…

Mais sur Long Long Long, la synesthésie est réelle: on peut vraiment entendre un vin!

Bien sûr, pour les œnophiles, l’histoire aurait été encore plus belle si les Beatles avaient carburé à l’Egon Mueller. Mais on ne peut pas changer l’histoire…

Blue Nun, la métamorphose

A peine un an après cet enregistrement, le groupe se sépare.

Mais la marque Blue Nun, elle, existe toujours. Rachetée à Sichel par le groupe Langguth, elle vend aujourd’hui plus de 5 millions de bouteilles par an – plus que dans sa période de gloire des années 70. Il faut dire que son offre ne se limite plus au Liebfraumilch. C’est aujourd’hui une marque ombrelle pour ses blancs secs du Palatinat, du merlot de Provence, du rosé espagnol…

Hervé Lalau

Article paru dans In Vino Veritas, Février 2013

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