Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Bleu de toi

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Mais le bleu est-il appétissant ?

Le cocktail Blue Lagoon fait paraît-il rêver aux îles… mais le bleu de méthylène, ça n’est pas très glamour. Même pour colorer cette agréable liqueur d’orange, faite avec l’écorce des petites oranges vertes amères ou bigarades.

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Et pourtant, on force la nature à nous faire des choses bleues. Peut-être est-ce un relent de tintinophilie, le souvenir ténu de l’Orange bleue vogue dans nos âmes…
Je ne suis pas certain que le quidam à qui on offre un jus d’orange en reconnaisse le goût, ni moi non plus d’ailleurs, ou en fermant les yeux, on est trop influencé par la couleur.

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On nous fait des tomates bleues

Il n’existait à l’origine qu’une dizaine d’espèces de tomates, toutes originaires d’Amérique du Sud. On dépasse aujourd’hui les 10.000 variétés, dont 4.000 cultivées intensément. Nos primeurs et supermarchés sont loin du compte…
Demandez à votre maraîcher préféré un kilo de tomate bleue, elle existe depuis quelques années.

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En dépit de sa couleur inusitée, la tomate bleue n’a rien à voir avec un organisme génétiquement modifié. Elle est le résultat d’une recherche de plusieurs années menée à l’Université d’État de l’Oregon en vue justement d’augmenter la quantité de lycopène dans le fruit. Elle a été présentée au monde en 2004, mais les semences restent très difficiles à trouver. Le plus intrigant, c’est que le plant, qui devrait être entièrement vert, produit parfois des feuilles bleues.

 

La nature s’en charge toute seule et là on peut aimer en confiance ou pas

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Le gyroporus cyanéscens ou bolet indigotier n’a pas l’air vraiment engageant. Dès qu’on le coupe ou que sa chair est froissée, il offre une superbe couleur bleue qui peut en faire fuir plus d’un !
Il est toutefois reconnu comme bon comestible en dépit de sa couleur de Schtroumf.

Le bleuissement ?
Il est dû à une réaction chimique : l’un de ses composants, l’acide variégatique exposé à l’oxygène de l’air se transforme en méthide quinone, un pigment bleu que l’on retrouve également chez certains lichens.
Nous voilà rassuré… mais, second souci, sa chair devient verte à la cuisson.

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Comment le reconnaître
Le bolet indigotier ou bleuissant porte un chapeau granuleux de couleur blanchâtre à jaunâtre comme ses tubes. Son pied trapu et ventru donne l’impression d’être couvert d’un fin velours. Sa chair est cassante et vire immédiatement du blanchâtre au bleu à la cassure.
On le trouve du début de l’été jusqu’à fin novembre dans les sols sableux sous les pins, les châtaigniers ou les chênes.
Il offre peu de risques de confusion avec des variétés de bolets plus ou moins toxiques, c’est rassurant.
Bonne omelette !

 

Le vin bleu, ça existe

C’est la cave Cers-Portiragnes-Villeneuve près de Bézier qui a imaginé cette cuvée vraiment particulière tendrement nommée La tête dans le Ciel Bleu.

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Commercialisé en quantités très limitées, le vin adopte une belle couleur bleue turquoise et répond à une véritable prouesse technique. Gulillaume Bonzoms, le directeur de la cave, explique : « La plus grande difficulté a été de donner à ce vin cette teinte unique sans dénaturer son goût. C’est tout juste si l’on sent un léger parfum de lavande et de myrtille, fort agréable de l’avis de tous ceux qui ont pu goûter ce nectar. Nous avons mis un point d’honneur à n’utiliser que des produits naturels, en plus du raisin bien sûr, la formule restant bien sûr un secret ! »
Moi, j’ai pas goûté, mais je veux bien tenter l’expérience.

L’avantage, c’est qu’il ne faut plus acheter une bouteille bleue, comme celles qui sévissent de-ci delà et qui ne donnent vraiment pas envie de les ouvrir.

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Le bleu c’est vraiment une couleur à chier pour le vin et sans doute pour la bière aussi.

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Un soir d’hiver, quand quittant la bise pour se réfugier près de l’âtre chez des amis peu au fait du vin, j’ai été bizarrement surpris lorsqu’ils ont sorti de leur vaisselier leur plus beaux verres. Pour faire honneur au vin apporté par mes soins, on ne va pas chez des potes sans un joli flacon sous le bras. Un Coteau du Layon d’une année à botrytis à la douce couleur de miel qui s’est vu annihiler dans les verres ouvragés de couleur turquoise. Plus de robe, plus de nez à cause de l’évasement, plus de goût à cause du buvant épais. Tu veux flinguer le pinard délectable de ton meilleur ennemis, fais-le déguster devant lui par ses intimes dans des verres bleus, résultat garanti.

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Embrasserai-je ces lèvres pulpeuses teintées de bleu ?
Juteuse comme une quetsche charnue et sucrée…
Faut faire un certain effort d’imagination pour passer le cap du bleu.
Et vous ?

 

Ciao

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Marco

 

 

 

 

 


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Que c’est beau !

En ce moment, je m’étonne moi-même. Blasé comme je suis, ivre de ma supériorité supposée, odieusement imbu de ma personne, oui, je l’avoue, je m’étonne encore de pouvoir être étonné. Il arrive même que je sois espanté et alors là, je m’en étonne plus encore. Voilà pourquoi, mieux qu’un voyage de presse en technicolor où il n’y a guère plus d’un ou deux journalistes pour participer, mais plus volontiers un essaim de blogueurs qui n’écoutent même plus les explications qu’on leur donne préférant tapoter à longueur de journée sur leur portable en évitant de poser la moindre question et en ne parlant que de leur petit monde à eux, mieux qu’un voyage organisé avec forces présentations publicitaires, voilà pourquoi donc je vous propose de tout lâcher durant quelques jours.

La serre de Maury, cet hiver. Photo©MichelSmith

La serre de Maury, cet hiver. Photo©MichelSmith

Proposition idiote, je sais. Suggestion nulle et non conciliable avec la vie que vous menez. Vos vacances de Pâques sont déjà rondement menées. Et pourtant, il suffit d’un coup de TGV. Bref, pour les besoins d’un livre, je tourne presque tous les jours en ce moment dans la campagne qui me sert d’arrière-pays. Il est vrai que je suis aidé par le temps estival qui règne ici depuis bien avant le début officiel du printemps, mais j’ai parfois l’impression de faire un immense repérage de paysages pour les besoins d’une grosse production hollywoodienne en vue d’un blockbuster offrant des scènes à couper le souffle. Le secteur concerné est certes vaste, mais pas si immense que ça. Il touche en gros tout ce qui tourne autour de la serre de Maury, cette vallée du même nom qui se confond avec celle de l’Agly et qui monte doucement vers l’Ariège avec quelques incursions furtives vers l’Aude et les Corbières, vers Tuchan, Paziols, Embres et Castelmaure. Cette vallée où l’on oscille entre langue d’Oc et Catalan. Tout ça ce n’est que du Chinois pour vous ?

Entre Corbières et Roussillon, vues sur le Canigou. Photo©MichelSmith

Entre Corbières et Roussillon, vues sur le Canigou. Photo©MichelSmith

Voyons, laissez-vous faire. On connaît aussi la région sous le nom de Fenouillèdes avec ou sans "s", masculin ou féminin. Plus récemment, elle est entrée pour des besoins de tourisme oeno-politico business dans les contours du Pays Cathare avec son lot de vigies fortifiées à escalader offrant des vues, je me répète, à couper le souffle. On parle aussi d’un classement destiné à protéger plus encore le caractère unique de ce coin du Roussillon. L’aspect touristique ne vous convient pas ? Vous êtes nul en géographie hexagonale ? Peu importe : laissez-vous guider vers le vin.

Vieilles vignes de Carignan, chapelle, olivier...à l'entrée de Maury. Photo©MichelSmith

Vieilles vignes de Carignan, chapelle, olivier…à l’entrée de Maury. Photo©MichelSmith

Côté PO, comme on dit en raccourci pour nommer le département des Pyrénées-Orientales, certains villages du secteur qui m’intéresse pouvaient, jusque dans les années 60, revendiquer l’appellation Vin Délimité de Qualité Supérieure (VDQS) Corbières du Roussillon avant l’avènement des Côtes du Roussillon (et Villages) en 1971. Maury, de son côté, avait son appellation depuis 1936 tandis que, pas très loin sur la frange maritime, Fitou accédait à la sienne en 1948. Je vous fais grâce du reste, Corbières, Rivesaltes, Muscat de Rivesaltes en particulier.

Au Mas Janeil, chez le Bordelais François Lurton, quand la vigne a soif, on sait la rafraîchir. Photo©MichelSmith

Au Mas Janeil, chez le Bordelais François Lurton, quand la vigne a soif, on sait la rafraîchir. Photo©MichelSmith

Pas de cours magistral non plus sur le passage difficile d’une époque glorieuse de production de vins doux naturels qui fit la fortune du négoce à une ère plus délicate où il  fallait se reconvertir en producteur de vins dits "secs", c’est-à-dire non mutés. À chaque fois que j’avance dans ce pays aussi sauvage que civilisé, je ne peux m’empêcher de l’aimer.

Les bonbonnes su Mas Amiel, à Maury. Photo©MichelSmith

Les bonbonnes su Mas Amiel, à Maury. Photo©MichelSmith

Hier, c’était à cause des bouquets de thym, avant-hier à cause du romarin poussant jusque dans les vignes que l’homme à peur de labourer tant elles sont vieilles. Puis ce sont des vues de cartes postales sur le Canigou, les gorges de Galamus ou le château de Quéribus. Conséquence, je rentre chez moi le cerveau plein d’images, encore une fois, à couper le souffle. Pas un jour où, entre deux rendez-vous, je ne sors mon appareil photo. Pas un soir où je ne me détourne volontairement de l’itinéraire le plus direct pour rentrer sur Perpignan (la D.117), afin d’emprunter une autre voie, une route de traverse qui prolongera le retour tout en offrant de nouvelles vues, de nouveaux virages somptueux, de nouvelles approches de villages…

Quéribus, encore. Photo©MichelSmith

Quéribus, encore. Photo©MichelSmith

Tous les lieux que j’ai visités en cet hiver ensoleillé, je les avais fréquentés en cette période d’enthousiasme fou qui m’a vue prendre racines peu à peu en Roussillon. Les villages que je redécouvre autour de Maury ont pour noms Saint-Paul-de-Fenouillet, Caudiès, Cucugnan, Tautavel, Vingrau, Saint-Arnac, Lansac, Cassagnes, Planèzes, Rasiguères, Latour-de-France, Montner, Sournia, etc. Partout, il y a des vignerons qui y croient. Des Californiens, des Sud Africains, des Anglais, des Belges… et même des Bordelais. Ça grouille d’énergie et d’euphorie !

Michel Smith

Post Scriptum - Procurez-vous les cartes de randonnée éditée par l’IGN numéros 2448 OT, 2447 OT et 2547 OT et vous serez bien armés pour passer des vacances inoubliables loin des foules déchaînées. C’est vraiment l’une des dernières grandes régions spectaculaires de notre beau pays. Profitons-en !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith


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Ne poussez pas trop loin le bouchon!

L’autre jour, lors d’un voyage de presse, j’ai dû me farcir une bonne heure de présentation à propos des avantages supposés des produits d’un bouchonnier.

C’est qu’il était sponsor de l’événement. Et les organisateurs ont fait le forcing pour nous faire assister à la présentation, mes collègues journalistes et moi. Dieu sait pourtant qu’on aurait préféré être ailleurs.

De toutes façons, je ne vois pas comment je pourrais en parler dans mes articles. J’écris pour le consommateur et le consommateur ne choisit pas les bouchons des vins qu’il boit. Ce sont les producteurs qui le font pour lui.

Une exception, peut-être: les capsules à vis. Comme elles se voient, le consommateur peut se déterminer en fonction de cette différence. A titre personnel, vous savez que je suis favorable à ce type de bouchage. Mais je ne me fais pas d’illusion sur mon influence d’"agent de surface médiatique".

Dans tous les autres cas, le consommateur ne découvre le bouchon qu’une fois la bouteille ouverte, alors je pourrais bien lui vanter le Diam’s, le Nomacorc ou l’Amorim que cela ne changerait rien.

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Pousse le bouchon!

Je constate quand même que nous autres journalistes sommes de plus en plus les otages de ces fournisseurs de la production, que ce soit au sein des concours (abondamment et ostensiblement parrainés par tel ou tel bouchonnier) que des présentations de presse.

Je profite de cette modeste tribune pour leur dire, ainsi qu’à leurs charmantes attachées de presse (qui ne font que leur boulot, bien sûr), que leur communication m’ennuie. Que même si j’en avais l’envie, je ne pourrais les aider. Et que je n’en ai pas l’envie.

Je le dis poliment aujourd’hui, mais j’ai bien peur un jour de ne plus pouvoir me retenir de le dire de manière plus véhémente, et publique, lors d’un de ces événements sponsorisés.

 Hervé Lalau


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Naturally not 2013 en primeur

 

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Buyers of Cos en primeur over the lost five vintages have lost money.

 On Sunday I spent the morning at the 2014 Real Wine Fair at Tobacco Dock in London’s Wapping. After a slow start – doubtless a blend of Sunday morning lie-ins and the clash with the London Marathon, things had started to hot up by the time I left just before 1pm.

This annual fair along with the similar RAW Fair, which will be held in mid-May, continues to be popular. It doesn’t appear to be important that there is no official or agreed definition of what is a natural wine. People appear to be attracted by the chance to taste individual wines made by interesting and characterful producers.

If the Real Wine Fair hotted up after a slow start, the same cannot be said of the 2013 Bordeaux en primeur campaign. Unsurprisingly customers appear to have minimal interest in loaning money on an interest-free basis to the already fabulously wealthy leading Bordeaux châteaux for wines that are pleasant early drinking at best. Recent research from Liv-ex shows that wines bought en primeur from recent vintages could have been purchased more cheaply once the wines were in bottle, so negating the probably most persuasive argument for buying Bordeaux en primeur.

A recent example from the Liv-ex blog on the release price of 2013 Cos d’Estournel:

‘With the UK release price at £900 per 12×75, the 2013 is more expensive then the current price of the 2012, 2008, 2007, 2006, 2004, 2002 and 2001.’

‘So, should the collector buy? Returns from previous vintages provide little comfort. The chart below is stark: those who bought Cos d’Estournel at En Primeur during the last five years have lost money. Little incentive, then, to get involved this year.’

My impression is that reputable UK merchants are being very wary over which 2013 wines they recommend to their customers. Upsetting their customers by pushing wines en primeur that will either turn out to be a disappointment or a bad buy because they will be cheaper once in bottle, has a stronger pull than protecting your allocation for future vintages.

A number of critics have suggested that the en primeur system is broken – no longer working. May be so but Bordeaux institutions tend to be resilient. If 2014 proves to be a spectacularly good vintage, then talk of en primeur being broke will probably disappear in a foaming cappuccino of hype!

However, some critics are becoming increasingly queasy over the role they traditionally play in the Bordeaux en primeur process – publishing their score soon after the primeur tastings that allows the châteaux to benchmark their prices. There is, of course, no such thing as a free lunch or even slice of foie gras!

Tim Atkin MW is declining to publish his score until the châteaux have released their prices. Already the châteaux will not have Robert Parker’s scores to gauge their prices as he will not be visiting Bordeaux until June to taste the 13s.

Much of the ep comment has been about the minutiae of pricing by the properties, who have released so far. What no one has yet provided is a convincing reason for consumers to offer the châteaux a two-year interest-free loan for their 2013s. Why not wait until they are bottled and save money? Even at today’s minimal savings rates on bank deposits you would be better off leaving the money in the bank than splashing out on en primeur!

Back at the Real Wine Fair the 2011 Testalonga El Bandito, a South African Chenin Blanc made by Craig Hawkins, was the most interesting wine I tasted. It has 6 weeks of skin-contact then 18 months in neutral wood, which produces a fine Chenin Blanc amontillado. Now this would be a good investment in pleasure!

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Craig Hawkins with his 6 week skin contact Chenin Blanc.

 

 


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Sauvignon blanc, et plus si affinités

On a beau râler, ici ou là, disputer les variétés dites « internationales », défendre les cépages locaux et rares, et, quelque part, avoir un peu raison en défendant l’idée de la diversité de cette manière, c’est toujours une petite dizaine de variétés de vigne qui domine largement la production mondiale. Les chiffres sont sans appel, car dix variétés pèsent pour une grosse majorité du vignoble mondial.  Je vous donne ces 10 premières variétés dans l’ordre (source : University of Adelaide, 2010) :

1. Cabernet Sauvignon
2. Merlot
3. Airen (vous l’aurez trouvé, celui-ci ?)
4. Tempranillo
5. Chardonnay
6. Syrah
7. Garnacha tinta
8. Sauvignon blanc
9. Trebbiano Toscano (alias Ugni Blanc)
10. Pinot noir

Ce tableau de chasse est en évolution constante, en fonction de modes, des plantations et des arrachages. Mais que faut-il penser de cette concentration de la production ? Les tenants du « boire locale » diront que c’est très mauvais, que cela uniformise les goûts et favorise une production supposée « industrielle », etc, etc. On connaît cette chanson, et, comme souvent, il y a une part de vrai là-dedans. Mais je vais aussi présenter les arguments pour une simplification d’une partie de l’offre des vins, surtout à destination de la majorité des acheteurs de vin, ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de lire des articles ou livres sur le sujet, et qui sont aussi ceux qui font vivre l’essentiel de la filière, ne l’oublions jamais.

Avant tout, il est très difficile pour un consommateur novice ou occasionnel, qui aime bien boire du vin mais qui ne s’y intéresse pas plus que cela, de se repérer dans la vaste et très diverse offre qui existe dans la plupart des marchés. En France cette offre dépasse très largement les capacités de compréhension de, disons, 90% des consommateurs. Dans des marchés plus ouverts à une offre bien plus variée sur le plan des origines, la situation est bien pire ! Segmenter les vins par leurs cépages, leur saveurs ou leur prix (et les trois à la fois si possible) sont des options bien plus pertinents qu’une approche par l’origine géographique, même si celle-ci fait sens en deuxième position de tri, pour ceux qui savent, ou qui recherchent un accent particulier.

Je rajouterai que c’est justement cette segmentation par variété (unique ou dominante) qui autorise une véritable exploration du résultat des lieux différents : climats, ou, si vous préférez, terroirs. Prenons l’exemple du cépage qui sera le sujet de cet article, le sauvignon blanc. Il n’offre pas les mêmes nuances à Sancerre, à Bordeaux, à Marlborough, en Styrie ou à Rueda. Ces différences, cette portefeuille d’arômes et de saveurs qui sont modulées et parfois amplifiées par les choix de chaque producteur et par les conditions de chaque millésime, confèrent une très grande diversité de styles au sauvignon blanc. Assemblée ou pas, la variété garde presque toujours un axe central, sorte de colonne vertébrale, qui est son acidité naturelle, porteur d’un train d’arômes dont la gamme spécifique traduit les origines géographiques, et parfois aussi les techniques.

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Comme toujours, une seule dimension d’un vin, en l’occurrence son acidité, ne peut être un critère suffisant pour assurer sa qualité. Il lui faut aussi un ensemble de saveurs et de parfums qui lui donne sa cohérence, les uns fonctionnant en harmonie avec les autres, comme de bons partenaires de danse, chacun avec ses qualités et sa partition, mais sans être en rivalité avec l’autre. Cela m’est rappelé avec force chaque fois que je participe à ce concours singulier (par le cépage concerné) qui est le Concours Mondial de Sauvignon Blanc. Chaque jury de 6 personnes déguste, chaque matin, entre 30 à 40 vins, en deux ou trois séries. Les séries sont, dans la mesure du possible, constitués de lots qui sont homogènes : par leur provenance géographique, leur millésime, le fait d’être assemblé ou en mono-cépage, élevé en cuve ou en sous bois, etc. Les vins sont servis à l’aveugle, bien entendu, mais ces paramètres sont connus, ce qui permets de faire glisser sa perspective sur chaque série et de juger chaque vin en fonction d’un étalon réel ou imaginaire, fondé sur l’expérience. Personne ne choisit la région, le pays ou le type de vin dégusté et les membres de chaque jury sont assez diversifié sur le plan des nationalités, ainsi que sur celui de l’activité professionnelle, bien que tous travaillent dans la filière vin.

L’édition 2014 de ce concours, qui a eu lieu à Bordeaux la semaine dernière, m’a donné l’occasion de déguster des séries de vins de plusieurs pays et régions différentes, tous issus de deux millésimes, 2012 et 2013. La France, la Suisse et l’Espagne étaient le pays, et les régions françaises étaient Bordeaux, Touraine et Languedoc-Roussillon, tandis que les sauvignons suisses venaient de Genève, du Vaud, du Valais et de Neufchâtel. Tous les vins d’Espagne étaient de la DO Rueda. De l’avis unanime de notre jury (une chinoise, une française, deux français, un sud-africain et votre serviteur anglais), de loin la meilleur série étaient celle de Rueda. La grande majorité de cette série de 12 vins du millésime 2012 étaient fins mais murs, leur acidité fine si bien intégrée dans un fruité subtil, peu exubérant, mais savoureux juste comme il le faut pour stimuler le palais. L’équilibre parfait fut souvent au rendez-vous chez ces vins délicats comme des Sancerres mais arrondis comme un sauvignon de Styrie. Surtout ils échappaient parfaitement à ce que je trouve être un piège, voire un lieu commun de trop d’exemples de cette variété : des arômes et saveurs herbacés. Personne n’avait la moindre idée de leur provenance, mais on optait tous pour un climat relativement frais, un bon ensoleillement et absence de maladies cryptogamiques, et, probablement, pour un pays européen, car ils n’avaient jamais l’expressivité parfois envahissante de certaines régions de l’hémisphère sud.

Ces concours, pour les participants en tant que membres d’un jury, doivent aussi servir à cela : nous révéler des potentiels jusqu’alors ignorés par nos petites personnes, mettre en cause nos idées reçues et certitudes fragiles. Bref, nous ouvrir vers le monde toujours plus vaste et diversifié du vin. Et l’aborder par le truchement d’un seul cépage permet, justement, de comparer un peu ce qui est comparable et d’éviter de tout mélanger. Si la perspective doit changer avec chaque série, le cadre, lui reste relativement constant. Et c’est tant mieux pour le consommateur.

 

 David Cobbold

 

 

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