Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Crus Classés: encore un livre ?

Un livre. Un beau livre. À l’approche des fêtes de Noël, chaque année, c’est le même manège. Un ouvrage de plus à ranger dans une bibliothèque déjà saturée de livres traitant des Crus Classés ? Une référence à rajouter à la liste déjà longue consacrée aux «grands vins» de Bordeaux ? Allez savoir…

Ce livre n’est pas le premier, ni le dernier. Il n’est pas fini le temps où l’éditeur, grand ou petit, vous suppliera de pondre un livre sur les Grands Crus Classés, les GCC pour les familiers du sérail. Honnêtement, quand j’ai reçu celui-là, je me suis dis que je n’avais pas le cœur à le chroniquer, vu qu’il m’était adressé par un ami, celui-là même qui en est l’auteur.

Mettez-vous à ma place, ce n’est guère aisé que de dire du bien (ou du mal) d’un objet créé de toutes pièces par un copain. Il y affiche son style, son parti pris, ses choix… Allez donc être sincère dans un tel cas ? Comment oser y mettre du fiel, montrer votre mécontentement, votre désaccord, faire part d’un quelconque ressenti ? Quoiqu’il arrive, vous vous exposez à la remontrance la plus fréquente, quelque chose du genre : "Mais bougre d’âne, tu n’as rien compris !", ou encore "Enfin, Michel, pourquoi tu me cherches des poux là où il n’y en a pas ?" , ou bien "Qu’est-ce qui t’as pris ? T’es jaloux ou quoi ?".

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Se taire, ne rien dire, faire le mort ? Pas vraiment ma solution.

Plus dure encore sera la tâche dès lors qu’il s’agit d’un livre au sujet casse-gueule. Ainsi, si vous me suivez un tant soit peu dans ces rencarts du Jeudi, vous savez pertinemment que je ne m’honore pas, loin s’en faut, de figurer parmi le cercle des adorateurs des Grands Crus non encore disparus, fussent-ils classés en 1855 ou plus récemment. Il y a tellement de journalistes mondains avides de petits cadeaux sous forme de coffrets bois, tant et tant de réceptions endimanchées et de repas pour briller chez les macaronnés du coin, tant de connivences, de compliments, de vierges éplorées, que je ne vais pas ajouter mon nom aux cercles distingués des lécheurs de crus. J’avoue qu’au début, lorsque j’étais jeune journaliste à la peau tendre, j’étais ému, sensible, voire impressionné par la seule vue d’une étiquette portant la mention «Grand Cru Classé de Sauternes». J’ose dire que je ne rêvais que d’en siroter, en boire, en avaler le nectar… jusqu’à la lie. Tel un amateur de reliques, j’allais jusqu’à collectionner les bouteilles vides, les bouchons, les étiquettes… Plus adepte que moi dans les sectes des Grands Crus Classés, vous ne trouviez pas.

Diable, maintenant que j’ai mûri, dès lors que j’ai appris à me tourner vers d’autres horizons, à regarder vers d’autres crus non classés, pour certains même carrément déclassés, après les avoir tous goûtés et regoûtés, du premier au cinquième rang, seconds vins compris, voire troisièmes, après avoir laissé vagabonder mes envies chez les bouseux, de Vic Bilh à Marcillac, rien ne me fatigue plus que la vue de ces bouteilles à cent euros (minimum ?) le col. Imaginons un instant : pour un flacon de Margaux acheté, combien de bouteilles de Faugères, de Chignin-Bergeron ou d’Arbois puis-je me procurer à la place ? Combien d’occasions manquées rien que pour avoir le plaisir de contempler un «Premier Grand Cru Machin» dans ma vitrine ou même dans ma cave ?

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N’empêche que je respecte les opinions de mes copains, leurs attirances, leurs pulsions passagères ou leurs goûts définitifs.

Jean-Charles Chapuzet, l’auteur de ce presque monumental «1855 Bordeaux Les Grands Crus Classés» qui vient de sortir chez Glénat (49,90 €), fait partie des bons journalistes, des besogneux, de ceux qui s’attèlent avec vaillance à la tâche. Et comme en plus il est Saintongeais (de Jonzac), ouvert aux vins du Midi et marié à une tonnelière… Trèves de plaisanteries, je ne dirais pas que son livre est passionnant au sens où il vous transporte vers des contrées jusque là non abordées, mais je suis certain qu’il va séduire les amateurs d’histoires, les buveurs de croupes graveleuses, les dingos de vins boisés et les adorateurs de terroirs racés.

À trop vouloir trop se presser dans la lecture de cet ouvrage préfacé par notre grand avocat des Crus Classés, j’ai nommé Michel Bettane, on en oublierait de souligner les subtilités de son orchestration. L’intérêt de ce livre, c’est qu’il faut le lire comme un récit journalistique et non comme une sorte de nomenclature figée ou historique où chaque secteur serait épluché, chaque domaine ausculté un par un, l’ordre hiérarchique parfaitement respecté. Pour ménager au lecteur quelques arrêts, l’auteur, que l’on devine un tantinet bridé par le manque de place, raconte cet univers selon un découpage de chapitres bien à lui, comme une succession d’articles : Un territoire, Des terroirs, Les grands hommes, etc. L’objectif est ici d’informer, d’effleurer sans aller trop loin, sans heurter l’ordre bien établi des Crus, sans bousculer, sans choquer. On saute du coq à l’âne, d’un ruisseau à l’autre, d’un propriétaire à un fondateur, d’un négociant à un entrepreneur, ce qui permet, mine de rien, d’égrainer les noms des châteaux, de s’y poser, d’en toucher un peu l’histoire avant de repartir vagabonder de plus belle entre Médoc et Sauternais, le tout entrecoupé de photos signées Guy Charneau.

Chais, barriques, barriques et chais de nouveau, cuveries à l’ancienne, cuveries démesurées, puis demeures opulentes, logis plus sages et endormis que jamais, parcs bien peignés, salons dorés, colonnades, frontons, façades, vues aériennes, ce livre qui respire l’oeuvre de commande est aussi prétexte à une luxueuse promenade imagée (sans trop montrer l’humain) dans un univers qui – selon moi – se « disneyise » de plus en plus. Point de libations, nul excès, tout est sage (trop ?), rangé, propret.

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Alors, qu’en penser ? Celui qui fréquente le beau monde des châteaux depuis des années et qui en connaît un peu les dessous, l’envers du décor, se sentira déconcerté, quelque peu brimé. On aimerait pousser l’investigation plus loin, aller vers cet autre monde qu’est le Libournais, par exemple, flâner plus encore dans les brumes des Graves, lire ne serait-ce que quelques lignes sur le Deuxième Cru Classé Léoville Las Cases une fois de plus absent (il est vrai que la famille Delon n’adhère pas au Conseil des GCC…), en savoir plus sur Pontet Canet. Le puriste aurait souhaité que chaque domaine fut visité et décrit avec plus de détails récents, un travail qui reste à faire sachant qu’en moins de cinquante ans tant de propriétaires, tant de travaux, tant de chamboulements ont modifié la face des Crus Classés. Mais voilà, c’est fait ! L’image des Crus Classés ne sera pas entachée par quelques considérations autres que traditionnelles. À presque trois mois de Noël on a un livre de plus à rajouter au rayon Bordelais d’une bibliothèque déjà bien chargée. Le dernier ouvrage commandité par le Conseil des Grands crus Classés en 1855. Et la planète vin peut continuer de tourner en paix.

Michel Smith

PS. À propos de crus classés, et en attendant le prochain ouvrage de Jean-Charles Chapuzet, il faut en parallèle acquérir ce livre (pas si vieux) ici chroniqué par Jacques Berthomeau et celui cité en début d’un de mes anciens articles ici même.


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Vins de France – l’autre France

Le saviez-vous?  Il y a eu deux France dans l’histoire. Comme il y a eu deux Allemagne. Comme il y a encore deux Corée ou deux Mongolie.

Pour ce qui est de la France, cela remonte à loin. Aux Francs, pour être exact.

Un peu d’histoire

Il paraît que nous autres Français nous prenons tous pour des flèches. Pas étonnant, puisque que le mot Franc dérive du germanique frankos, javelot; et par extension "homme libre", car disposant d’une arme. Et il est vrai que les Francs étaient à la fois de bons guerriers et qui aimaient les grands espaces.

Les origines exactes de ce peuple sont toujours discutées; les Romains ne commencent à en parler vraiment que lorsqu’il arrive sur leur frontière, le limes. Ce que l’on sait, par contre, c’est qu’il a occupé successivement plusieurs zones en Europe; notamment celle à laquelle on se réfère en général: la France, ou Francia Occidentalis. Et puis, plus tardivement, à partir du 6ème siècle la Franconie, ou Francia Orientalis, conquise par des chefs francs sur les Burgondes, auxquels ils finirent par s’assimiler sur place (oui, ce sont ces Burgondes, autre peuple germanique, qui, ont donné leur nom à la Bourgogne).

Et la différence de langue entre "eux" et "nous", me direz-vous? Elle s’explique par le fait que les Francs de l’Ouest (plus ou moins nos ancêtres, mélangés aux Gallo-Romains) sont rentrés dans l’orbite latine, tandis que les Francs de l’Est ont gardé leur héritage germanique. Je schématise, bien sûr.

Concrètement, cette France Orientale correspond à la région de Würzburg, au Nord Est de la Bavière actuelle.

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Que serait la France, même orientale, sans vin?

Et bien sûr, ces frères francs, ces Français oubliés, en quelque sorte, produisent du vin. C’est d’ailleurs pour ça que je vous en parle.

La Franconie moderne représente un peu plus de 6.000 ha de vignes et abrite des crus réputés; et notamment le Stein, que les Anglais ont longtemps assimilé à tous les vins de la région. De la même façon que les vins du Rhin étaient affublés du nom de Hock (d’après le cru Hochheim).

Autre particularité: la Bocksbeutel, la bouteille régionale, assez renflée, qui aurait inspiré celle de Mateus dans les années 1940.

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Laissez moi vous lire les vignes de la Main!

Reste que Stein (pierre, en allemand) est un nom de cru. Le plus fameux étant le Würzburger Stein. A savoir, 85 ha de vignes aux pentes impressionnantes plantées principalement de riesling rhénan et de silvaner. Ce dernier cépage est un cépage historique de la région – là encore, on peut trouver un rapport avec la France, puisqu’on dit que c’est un abbé de l’ordre de Citeaux – un Bourguignon au sens large, donc – qui l’aurait implanté ici. C’était en 1659.

Bien adapté à la région, manifestement, il  y donne des vifs et fruités à la fois, et qui présentent souvent des note de pierre à fusil, un je ne sais quoi de jovial. Plus si affinités, notamment après uelues années de garde (il y a de très belles caves à Würzburg).

C’est peut-être pour ça que les vins de Franconie m’ont toujours semblé les plus joyeux des vins allemands, les plus faciles gastronomiques, aussi.  Et ce qui ne gâte rien, il s ne sont pas trop chers (en comparaison d’autres régions allemandes).

Quelques adresses pour terminer, histoire de vous laisser vérifier par vous-même…

 Juliusspital,

Weingut Am Stein,

Winzerkeller Iphofen,

Burgerspital Würzburg…

Hans Wirsching

Et vive la France… orientale!

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Hervé Lalau


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La bouffe en France – not all bad news! (part 1)

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La Loire@Retournac

There have been some articles bemoaning the decline in the quality of restaurant food in France. I have to say that during my eight-day ride down the Loire – from Mont Gerbier de Jonc to La Baule and the Atlantic – this was not my experience. This cyclist pedalled happily on his stomach! Equally importantly we were well housed at night.

On the eve (16th September) of the start of my Loire descent we stayed and ate @Auberge de Bachasson just 800 metres from the source of the Loire at Mont Gerbier de Jonc. This is well up in the mountains and the buildings reflect this, even though this is only 100 kilometres from the Mediterranean. The Auberge was renovated three years ago and our room was very comfortable, which you might not have guessed from the outside of the building.

We ate simply and well – I had an assiette of local charcuterie followed by a pièce noire – a steak – finishing with a chocolate mousse, which I thought was a deserved indulgence and doubtless helped on the long descent to Le Puy-en-Velay! A Syrah from Les Vignerons Ardéchois nicely lubricated the repas.

The first stage finished at Retournac, which is on the Loire, staying up in the quiet and beautiful hills above the town at the lovely Ferme Equestre Les Revers. It was a beautiful, clear sunny afternoon at Retournac in marked contrast to the weather in the morning when I set out from a decidedly unfriendly Mont Gerbier de Jonc – cold, misty and wet.

That evening we ate in the small town at Le Comptoir de Nos Pères with smoked salmon and gravlax to kick off followed by a slow-cooked leg of duck. I finished with a slice of apple tart. All this was accompanied by a bottle of Jaboulet Côtes du Rhône 45e parallèle.

Why you might reasonably wonder did the next stage (18th September) stretch from Retournac to Renaison in the heart of the Côte Roannaise? A chance to get a quick impression of the vintage here, perhaps? In part but only a small consideration. No, the overriding imperative was to eat at the Restaurant Jacques Coeur, run since 1981 by Jean-Yves Giraudon, and, in particular, to have Le Poulet Jacques Coeur – a signature dish since 1946.

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Wonderfully rich Poulet Jacques Coeur.

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The inside story

During my visit to the Côte Roannaise in March I had eaten here and seen that this was a speciality – chicken with morilles cooked in cream and topped with a pastry case. I was determined to return and it proved to be worth le voyage!

Some very good foie gras, cheese and a dish of fruit poached in the wine from Vincent Giraudon, Jean Yves son, completed the menu. We enjoyed a pichet of Vincent’s 2011 Eponymé vin de pays Aligoté followed by a 50cl of Thierry Bonneton’s 2011 Boutheran, Côte Roannaise. This confirmed the good impression I formed of Thierry’s wines during my visit in March. He badly needs someone to advise him on pricing his wines in a sensible and logical fashion.

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Immediately I arrived at Renaison it started to pour with rain. One heavy storm was quickly followed by another. I blame the Sérols, who decided to start harvest on this day, picking 1.5 ha of Gamay. Rather aptly these grapes were for a sparkling wine cuvée called Turbulent !

We stayed next door at the very hospitable and welcoming Hôtel Central – a traditional but comfortable French hotel.

(Part two to follow next week – in theory it will cover the stages from Nevers to the Ocean at La Baule but we will just have to wait and see if it actually pans out that way …).

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Voir plus clair dans la roche : deuxième chapitre

Suite à mon article de la semaine dernière, je poursuis une sorte d’investigation de ce qui m’apparaît, nécessairement sceptique et sûrement ignorant que je suis, comme une zone d’ombre dans le monde du vin : je veux parler, une fois de plus, des sols et sous-sols. Cette partie invisible du grand ensemble qu’on appelle "terroir" et dont l’influence sur une vigne et le vin qu’il produit est si souvent vantée par certains. Je souligne aussi que, dans ces deux articles, je n’ai fait qu’adapter les pensées d’un géologue, le Professeur Maltman, car je serais incapable d’expliquer cela tout seul. Et je ne doute pas que mes errements (ou les différences d’opinion avec les avis de Maltman) seront corrigés en commentaires par Georges Truc.

Sol, sous-sol et minéraux et leurs effets sur un vin : mais de quoi parle-t-on ? (2/2)

La dureté des minéraux est très variable. Deux exemples: le gypse et le quartz. Le premier est un minéral tendre, car son composant calcium partage des électrons d’une manière assez lâche avec du soufre et de l’oxygène. On peut marquer le gypse avec ses ongles et on le trouve dans certains vignobles comme la Ribera del Duero. D’un autre côté, le quartz est très dur. Une lame de couteau ne le marque même pas. Silice et oxygène s’y trouvent fermement liés, et cette stabilité chimique fait que ces éléments sont pratiquement insolubles. Le quartz est très commun dans des vignobles, et bon nombre de cuvées  de vin utilisent son nom, mais il faut savoir qu’il n’a ni odeur, ni saveur.

sols

 

Une des difficultés en géologie est de distinguer la roche qui forme la croûte terrestre des morceaux de rocher détachés qui font partie de ce qu’on appelle généralement les sédiments. Ces morceaux peuvent être petits et on les appelle alors des cailloux, ou bien très grands et on les appelle toujours des roches. Quand ils sont encore plus fins, on les appelle, selon leur nature et origine, sables, ou bien argiles. Ces sédiments, qui ont diverses origines et tailles, sont presque toujours mélangés à de la matière organique pour former ce que nous appelons "terre". Sans cette matière organique, rien, ou pas grand chose, ne pousse (regardez une plage, par exemple). Même si on y apportait de l’eau, il n’y aurait même pas de la vigne sur la lune car sa surface est composée uniquement de minéraux.

La plupart des sédiments bougent, par action du vent, des glaciers, de la pluie, des cours d’eau, de la gravité, et sans parler des actions de l’homme. Un sol n’est donc jamais un reflet exact de la roche sur laquelle il repose. Il peut même être assez différent, comme à Bordeaux, dans le sud de la vallée du Rhône, à Marlborough (en NZ) ou dans les vallées du Chili, car ces alluvions sont venus d’assez loin. On appelle loess les sols qui sont arrivés, il y a longtemps, par voie aérienne. On en trouve, par exemple, sur des parties de la rive droite du bordelais, en Autriche ou dans l’Etat de Washington. Il est évident que ces types de sols sont souvent assez différents de la base rocheuse sur laquelle ils reposent.

Maintenant, il faut parler de la nutrition de la vigne. Elle se fait principalement par voie aérienne, c’est à dire par le mécanisme que nous appelons photosynthèse et qui utilise de l’oxygène, du carbone et de l’hydrogène. Mais, pour faire fonctionner cette machine, il faut aussi des traces d’autres éléments qui viennent essentiellement du sol et qui sont des métaux: fer, zinc, calcium, magnésium. Ce sont effectivement des nutriments minéraux, mais la plante se fiche pas mal de leur origine: celle-ci peut se trouver dans le sédiment (la terre), dans la dégradation de certaines roches (un processus qui n’est pas systématique et qui nécessite beaucoup de temps et des conditions particulières) ou dans des apports faits par l’homme. La nature minérale d’une roche "mère" ne produit donc pas, nécessairement, un lien avec les minéraux qui se trouvent dans le sol. D’autre part, l’essentiel de ces nutriments se trouve près de la surface des sols. Les racines qui peuvent, parfois, descendre loin et même pénétrer dans des failles dans la roche, n’y vont que pour chercher de l’eau.

types de sol

 

Et puis une vigne n’absorbe pas tout ce qui se trouve dans un sol non plus. Ses racines n’agissent pas comme un papier buvard. D’abord il faut que la substance en question soit soluble dans l’eau. Puis il fait la présence de micro-organismes, d’humus et d’argiles d’un certain type, autrement dit un sol qu’on appelle "vivant". Enfin, il faut que le porte-greffe soit capable de détecter et de laisser passer les nutriments minéraux. Et il y a d’autres facteurs qui rendent ce processus plus aléatoire encore. On parle beaucoup de types de sols qui sont favorables à certains cépages. Par exemple, on va dire que le chardonnay "aime" les sols calcaires, ou le riesling les sols schisteux. En réalité on ne fait que citer les types de sols ou chacun de ces cultivars est devenu célèbre (Bourgogne et Mosel, pour ces deux exemples). Mais une telle approche "historique" ignore la grande adaptabilité des cépages et, surtout, le rôle essentiel du porte-greffe qui, après tout, porte les racines.

Nous savons que les propriétés physiques d’un sol, et en particulier tout ce qui implique l’eau et sa circulation, affectent les vignes et, certainement, aussi les vins qui en sont issus après culture, récolte, fermentation et autres modifications apportées par l’homme. Mais le rôle d’une composition chimique spécifique d’un sous-sol dans le goût d’un vin, étant donné tout ce que je viens de dire, et sans parler en détail de la transformation chimique radicale produite par la fermentation et le vieillissement de chaque vin, me paraît plus qu’incertain, en tout cas impossible à prouver au delà d’un vague soupçon. Nous savons que les anecdotes sur ce sujet sont totalement variables et que les dégustations à l’aveugle n’ont jamais été capables de prouver ce type de lien.

Quant à dire que certains sols sont "riches en minéraux", il faudrait savoir ce que l’on veut dire par là. Tous les types de rochers sont riches en minéraux géologiques, et pas un plus qu’un autre. Veut-on dire que le sol en question est riche en minéraux nutritionnels ? Cela voudrait dire que ce sol est très fertile alors. Et un sol très fertile produit beaucoup de vigueur dans la vigne, mais n’est pas vraiment adapté à une viticulture de qualité. On se trompe donc aussi bien sur le fond que sur la forme.

Mais tout cela ne signifie pas que le mot "terroir" n’a pas de sens. Il a juste le sens qu’il doit avoir: c’est à dire qu’il désigne l’ensemble du milieu d’une vigne, et pas seulement le sol et le sous-sol. C’est plus complexe et moins facile à exploiter en communication que de dire que le terroir c’est la nature de la roche en dessous du sol. Mais c’est la réalité et non pas une fantasme romantico-mystérieux !

David Cobbold

 


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#Carignan Story # 240 : Allez Maury !

En 1997, après des études viticoles et œnologiques en Avignon, le jeune Julien Fournier décide de reprendre le domaine familial à la suite de son père, Jean, alors officier de marine. Julien augmente modérément la surface d’un domaine qui livre la totalité de sa récolte à la Cave des Vignerons de Maury, dans les Pyrénées-Orientales, coopérative qui se trouve à proximité de sa maison.

En 2002, il s’offre la possibilité de prendre une part d’indépendance et de tenter l’expérience d’une cave particulière, le Domaine de Serrelongue, en ne vinifiant grosso modo que le tiers de l’exploitation. Aujourd’hui, il ne regrette nullement ce choix : «J’ai de la chance, car c’est grâce à la coopérative que je peux vivre tout en me faisant plaisir», avoue-t-il en toute franchise.

Photo©MichelSmith

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Sur les 30 ha repris entre Tautavel et Maury, Julien a rajouté 10 ha et se garde aujourd’hui 7 ha de vieilles vignes principalement sur schistes, vignes qu’il travaille aux chenillards en culture dite «raisonnée», pour les vinifier par la suite et les mettre en bouteilles chez lui. Parmi ces vieilles vignes, bien entendu, Julien peut compter sur 3 ha de Carignan car certains vignerons maurynates ont eu la présence d’esprit de ne pas écouter les «experts» et donc de ne pas les arracher comme on le préconisait avec force dès la fin des années 80. Bien leur en a pris, car on sait désormais que ces valeureux ceps contribuent aujourd’hui à parfaire la renommée identitaire de la Vallée de l’Agly.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Outre ses Maury et ses blancs en Côtes Catalanes, plusieurs Côtes du Roussillon Villages complètent la gamme, dont un séduisant Carigno (officiellement jusqu’à 70% carignan) acheté 6 € l’autre jour dans la boutique Côté Cave ouverte par un jeune couple à Thuir. Pour ce prix-là, j’avoue que l’on pourrait laisser passer quelques défauts, se montrer indulgent quant à la matière ou pardonner un élevage maladroit. Or il n’en est rien: ce jeune vin de 2013, vaillant au possible, mais aussi chaleureux, ample et généreux, très marqué par les essences de garrigue, se montre aussi complet, fruité, et capable d’affronter dès les mois d’hiver la cuisine de gibiers à poils, une daube de taureau ou de joues de porc, ainsi qu’un roboratif coq au vin. On peut aussi choisir de le faire patienter 5 ans dans une bonne cave pour lui proposer par la suite un beau gigot d’agneau ou un sauté de veau.

Michel Smith

PS. Un peu de pub : Pour les rares lecteurs qui suivent mon activité de petit vigneron associé à 6 camarades autour du Puch, à Tresserre, nous avons vendangé notre Carignan samedi dernier en une matinée par un fort beau temps calme. Récolte satisfaisante (autour de 15 hl/ha) et degrés honnêtes (autour de 13°) avec de belles grappes pour la plupart, certaines (10 %) commençant à être atteintes de pourriture. Par endroits un petit tri à la vigne s’est avéré nécessaire. Mais dans l’ensemble, nous nous en sortons pas mal.

Pour l’heure, nous mettons en vente le 2013 : 9 € départ cave. Qu’on se le dise !

 


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Montagny, une petite appellation qui vous met la patate

Entre les villages de Buxy, Montagny, Saint-Vallerin et Jully, une lumière particulière nimbe le vignoble au levé comme au couchant, collines et amphithéâtres naturels tapissés de vignes semblent alors poudroyer de soleil.

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Au bout de la Côte Chalonnaise en descendant vers Lyon, gît l’appellation Montagny. Consacrée essentiellement au Chardonnay, elle offre des blancs minéraux aux très belles expressions.

Sols et climat

Le vignoble s’étale sur une succession de collines reliées par des vallées parfois encaissées. Vers Montagny, les marnes et les argiles vertes dominent, c’est le territoire des crus minéraux et puissants. Par contre, du côté de Buxy, décalé à l’est, grès du Trias et surtout les calcaires du Kimméridgien engendrent l’élégance florale, établi sur un soutien minéral plus ténu. Les altitudes vont de 250 à 400 mètres, les orientations privilégient l’est, voire le sud-est et le sud. L’entité, appellations communales et AOC régionales comprises, compte 440 ha dans lesquels les lieux-dits classés en 1er cru se partagent 255 ha.
Quant au climat, il est à la croisée des chemins. À la fois tempéré et continental selon les jeux des dépressions et des anticyclones, mâtiné d’un soupçon d’influences méditerranéennes. Les collines protègent le vignoble du vent humide du sud-ouest, mais n’offre aucune barrière à celui du nord.

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Organigramme

Une bonne vingtaine de vignerons, deux caves coopératives et le négoce, se répartissent la cinquantaine de lieux-dits, arrêtés depuis le décret du 11 septembre 1936. Le plus grand des climats s’appelle Les Coères et totalise 28 ha, sis entre les quatre villages de l’appellation.
Les rendements sont limités à 50 hl/ha, ce qui donne une moyenne annuelle d’environ 15.000 hectolitres. La densité de plantation est de minimum 8.000 pieds/ha.

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Montagny, déclinaison

 

Domaine Stéphane Aladame à Montagny

Cuvée Sélection Vieilles Vignes Montagny 1er Cru

Vert pâle au bel éclat, le nez légèrement grillé glisse rapidement vers les fleurs blanches, camomille et tilleul agrémentées d’une une pointe d’anis, une pincée de poivre blanc fait rapidement son apparition, l’éclat de pierre à fusil donne le signal pour la bouche. Fraîche et grasse sans trop, très minéral, sapide, elle séduit tout de go, sa structure droite et délicate adopte un goût citronné, puis dévie sur la poire, avant de glisser sur l’angle minéral. Un rien de crème épaisse teintée de fruit sec apparaît sur la fin.
Le vin
Sélection pour l’origine des 4 premiers crus : Les Las, Les Platières, Les Maroques et Les Gouresses.
Vendange manuelle, pressurage direct, débourbage statique, le moût fermente ensuite en fûts de chêne sur lies bâtonnées pour 40% du volume, le reste en cuve. Pour l’élevage d’une dizaine de mois, les vins gardent leur contenant respectif. Ils sont assemblés et légèrement filtrés avant la mise à l’été.
Le domaine
Stéphane Aladame crée son domaine en 1992 à l’âge de 18 ans. Aujourd’hui, il compte 6,5 ha dont 5 ha en Montagny 1er Cru. Un ensemble de jeunes et vieilles, de 7 à 77 ans…
http://www.aladame.fr

Domaine Laurent Cognard à Buxy

‘’Les Bassets’’ Montagny 1er Cru

Vert jaune, le nez légèrement fumé nous rappelle les noisettes grillées, les amandes douces, déposées sur un lit de fougères où perce l’angle du silex. Milieu minéral qui se retrouve en bouche où il tend la structure, la fraîcheur en appui, le grain s’enrobe de gras, se colore de poire fondante, de pomme croquante, et donne à l’équilibre bien maîtrisé une suavité savoureuse.
Le vin
Issu des Bassets comme son nom l’indique, les vignes y ont une vingtaine d’année et poussent dans les argiles. Laurent laisse faire les levures indigènes pour la fermentation en cuve inox, suivie de la malo et d’un élevage d’un an en cuve et barriques à 60%.
laurent@domainecognard.fr

Domaine Berthenet Jean Pierre Berthenet à Montagny

Les Saint Morilles Montagny 1er Cru

Vert jaune, floral et confit au premier nez, puis viennent la note pointue de l’agrume, la suavité de l’abricot et le grillé de la noisette. Du charnu en bouche avec rapidement l’impression des pierres à feu qui s’entrechoquent, une fine ligne amère à saveur d’amande les relie, le presque piquant du poivre les rend plus incisives, puis reviennent les fleurs senties en premier. La longueur détaille la complexité.
Le vin
Issus d’une parcelle de 1,17 ha du lieu-dit Saint Morilles plantée en 1985 et exposée plein est, les raisins s’élèvent en cuve.
Le domaine
La famille Berthenet cultive la vigne depuis bien longtemps mais portait la vendange à la Cave. En 2001, Jean Pierre décide de la quitter pour en 2002 sortir sa première bouteille.
http://www.vinsberthenet.com

Domaine des Moirots Chritophe Denizot à Bissey

‘’Le Vieux Château’’ Montagny 1er Cru

Doré vert lumineux, nez d’orange confite, de beurre noisette sur lequel flotte l’éclat du silex, un rien de fougère et de poivre, une pincée de tabac blond aromatisé de vanille. L’accueil vif en bouche catalyse les arômes sentis, le gras vient en parallèle galber la structure minérale, quelques pistaches grillés viennent s’ajouter. Longueur délicate sur les poivres et les agrumes.
Le vin
Les Chardonnay viennent du lieu-dit « Le Vieux Château » tout au nord de l’appellation. Âgé de 15 ans, ils poussent dans des terrains calcaires. Leurs raisins sont vinifiés pour 25% en barriques, le reste en cuve ciment. La partie élevée en fût se bâtonne. Le domaine compte 11 ha.

La Buxynoise Cave des Vignerons de Buxy

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Cru Les Chaniots Montagny 1er

Robe presque blanche nuancée de vert et de jaune ; le nez respire la pâte d’amande, le parfum miellé des fleurs d’aubépine et du genêt, une note de noix verte précède la rose et la verveine. En bouche, le charme des raisins de Corinthe sans le sucre encadre la fine amertume minérale, puis vient le grillé qui se font dans le gras, une impression tannique donne du relief au volume. La longueur s’étire sur la fraîcheur légèrement citronnée.
Le vin
Les Chardonnay poussent sur des parcelles d’éboulis calcaires et des argiles sombres. Disposées en coteaux exposées est et sud-est, elles regardent les villages de Jully les Buxy et Saint Vallerin. L’élevage dure 12 mois. En 2006, la maturité a été poussée et l’élevage a revu la participation du bois neuf à la baisse, minéral, pureté et rondeur ont gagné au change.

 

Cru Montcuchot Montagny 1er

Jaune vert, des fruits blancs bien mûrs au nez, parfumé d’églantier, du poivre, des pâtes d’amande relevé de gingembre, le gras d’emblée s’étale sur les papilles, les fruits blancs rafraîchis d’agrumes y glissent jusqu’aux contours minéraux. La finale poivre le tout.
Le vin
Un climat exposé plein est aux terrains profonds aux approches de la D977, mais qui s’amaigrissent vers le sommet. Une veine calcaire la traverse en son milieu. Le fruit domine facilement le minéral toujours en arrière plan.
La cave
Fondée en 1931, la Cave compte aujourd’hui 120 vignerons et vend pas moins de six millions de bouteilles. L’essentiel de son territoire s’étire sur un coteau de 20 Km, large de 1 à 4 Km.
http://www.cave-buxy.fr

Cave de Bissey

Les Pidances Montagny 1er Cru

Jaune vert, le nez très aguicheur développe des senteurs de fruits secs, amande, noisette, adoucis de marmelade de fruits blancs parfumés de Corinthe, de poivre et de thym, le minéral apporte rapidement une tension surprenante au sein de l’espace buccal, le gras au goût de grillé tempère le vif élan, le fruité oscille entre suavité et fraîcheur, c’est très gourmand. La finale acidulée détaille bien la complexité.
Le vin
Le lieu-dit « Les Pidances » est l’un des plus septentrionaux de la appellation, il jouxte celle du Vieux Château. La Cave y possède 2,28 ha dont sont issus les Chardonnay qui composent la cuvée. Les jus fermentent pour 72% en cuve et 28% en barriques, pareil pour l’élevage.
La cave
Fondée en 1928, la Cave de Bissey est l’une des toutes premières caves de vignerons en Bourgogne. Elle couvre aujourd’hui une superficie de 100 ha.
http://www.cave-bissey.com

vendangeurs

Vous avez dit Montagny ?

Les vins de l’appellation sont assez difficiles à trouver. Ils ne sont guère vendus en Belgique, par exemple (environ 1% de la production) ! Peut-être est-ce dû au manque de notoriété de l’entité ? Un déficit d’image difficile à expliquer, peut-être est-ce la situation géographique ou alors, la réputation… du Chablis qui a entraîné la relégation des Montagny au rang de troisième doublure ?
Nonobstant ces considérations, les Montagny répondent à ce que l’on attend d’un Chardonnay bourguignon et s’offrent au meilleur prix.

http://www.montagny.org

Ciao

Montagny1

Marco

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