Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Déontologie, Dupont et Evin

La déontologie des journalistes du vin, Jacques Dupont, et la loi Evin : une histoire en trois temps et deux mouvements.

La première partie de ce sujet, bien que m’ayant été suggérée par deux de mes collègues sur ce blog suite à de récents échanges et un début de polémique, m’est assez chère.

Il faut dire aussi que le terrain est miné, et plutôt bien miné. Malheureusement, certaines des mines ont été posées par des collègues, journalistes ou critiques de vin, qui s’estiment peut-être plus blancs que blancs dans un monde bien trop souvent gris. Mais, cette fois-ci, ce n’est pas le critique américain au nom de joueur de sax décédé qui a allumé le feu, pas plus que l’altermondialiste hypocrite (américain aussi, mais ce n’est pas une fatalité !) faiseur de films.

Non, cela serait juste une remarque, apparemment prise hors contexte, du Français Jacques Dupont, journaliste au Point et auteur de livres sur le vin, qui a fait dresser les cheveux sur la tête d’Hervé (ce qui est légitime, vu qu’il en a pas mal) et aussi sur celle du forgeron (qui en a un peu moins).

Dupont était interviewé sur une antenne de radio à propos de son dernier (et très utile) livre intitulé Invignez-vous. Je n’aime pas trop ce titre, mais peu importe, dans le fond. Il s’agit d’une critique bien étayée de la loi Evin et du lobby abolitionniste qui le sous-tend et qui pèse fortement ses interprétations.  Car cette loi est un peu comme bon nombre des textes religieux: il est fait d’ambiguïté. Je reviendrai sur ce livre plus loin, car il devrait être lu et salué. On se demande même pourquoi personne ne l’a écrit plut tôt.

Iinvignez-vous

Mais lors de l’entretien en question,Dupont aurait laissé entendre que des journalistes qui acceptent des repas/dégustations ou des voyages de presse sont des vendus et des pique-assiettes. C’est peut-être un peu vrai pour certains, surtout la deuxième partie, mais une telle remarque a fait vivement réagir certains collègues, dont Hervé et Michel.

Cependant il semble assez clair, d’après la réponse de Jacques à Hervé, que l’éminent et très respectable critique de vin du Point a été mal compris. Non seulement il est blanc comme neige lui-même, car il n’accepte aucune invitation, mais il n’a jamais dit (en tout cas de manière explicite) que tous les autres journalistes qui traitent du sujet des vins sont des vendus parce qu’ils acceptent, de temps à autre ou régulièrement, des repas ou des voyages de presse payés par des vignerons ou groupes de vignerons afin de faire connaître leur production.

Pour ma part, je connais très peu de journalistes qui refusent systématiquement de telles invitations. Jacques Dupont serait simplement critique d’un système qui encourage ses collègues à accepter de telles opportunités afin de pouvoir, financièrement parlant, écrire sur le vin. J’avoue volontiers en être (de ceux qui acceptent certaines invitations), bien que j’ai tendance à refuser des repas ou autres invitations d’un seul producteur, sauf si c’est juste pour déguster ses vins. Les déjeuners, cela me fait perdre trop de temps, et les voyages de presse pour visiter un seul domaine ne me paraissent pas acceptables. Chacun posera la ligne jaune ou il estime devoir le faire, mais je considère que la plupart de mes collègues sont honnêtes et n’écriront jamais des choses qu’ils ne pensent pas sincèrement à propos d’un vin, qu’ils aient été invités par le producteur en question ou pas. Suis-je naïf ?

Il est en effet plus que regrettable que si peu de titres de presse, spécialisés ou pas, estiment pouvoir défrayer leurs journalistes pour un véritable travail de recherche sur le terrain et pour le temps passé à déguster des vins dans de bonnes conditions et avec un souci de parfaite neutralité. Bien trop de magazines se contentent, en lieu d’une « rubrique » vin, de faire faire du copier/coller avec des dossiers de presse par des stagiaires ou des gens étant aussi peu fourni en scrupules qu’en connaissance du vin. Non pas toutes, bien sur. L’autre problème avec la déontologie journalistique en France, et cette remarque ne se limite pas au monde du vin, est qu’il y a trop souvent confusion entre information et opinion. Nous, sur ce blog, nous donnons très librement nos opinions, qu’elles plaisent ou non. C’est probablement le rôle principal des blogs. Mais un journal ou magazine doit aussi informer, en séparant la partie informative et factuelle de la partie commentaire, plus ou moins engagée.

Je ne rentrerai pas trop ici dans le débat, qui fait également partie de l’aspect déontologique d’un critique de vin, entre la dégustation « à découvert » ou « à l’aveugle ». Nous savons que le critique le plus connu et riche de la planète déguste ses vins à découverte, et qu’il a longtemps refusé de déguster la production des caves coopératives par principe. C’est son choix, et c‘est à nous (ou plutôt à ses lecteurs, dont je ne suis pas) de nous positionner en conséquence. Jacques Dupont, pour revenir à lui, est un très bon journaliste et un vrai amateur de vin, et je ne pense pas qu’il s’est érigé en « donneur de leçons » dans son entretien. Il a simplement voulu pointer une dérive dont les journalistes ne sont pas les seuls responsables.

Maintenant il faut parler de son livre, Invignez-Vous ! Mauvais titre, je disais, que je mettrais sur le compte de l’éditeur (Grasset) cherchant à surfer sur la vague Hessel. Ce petit livre est aussi un pamphlet, dans la bonne tradition de ceux qui traitent des phénomènes politiques et sociétales. Il se lit dans un trajet de train entre Paris et Valence (Drôme), en laissant le temps pour une bonne sieste. Le sujet de Dupont est la loi Evin et ses autours : en particulier les motivations et méthodes du courant « anti- alcool » qui sévit puissamment au sein de l’ANPAA[1], et en particulier Claude Got et ses acolytes : leurs mensonges, approximations, amalgames, omissions, méthodes de pression et objectives plus ou moins cachés. L’histoire des mouvements abolitionnistes est traitée, ainsi que leurs causes et leurs effets pervers. Dupont considère, et je suis bien d’accord avec lui, que cette loi est stupide, hypocrite et inefficace. Passons sur le fait qu’un des rédacteurs principaux de la loi Evin est un homme politique à la morale irréprochable (Jérôme Cahuzac), Dupont met en avant le fait qu’il y a des méthodes plus efficaces que l’interdiction ou la culpabilisation pour lutter contre le fléau de l’alcoolisme : notamment l’éducation au goût. Il cite, bien entendu, l’exemple du programme québécois Educ’Alcool et insiste sur le fait que la saoulographie lamentable symbolisée par le « binge-drinking » n’est pas du tout le résultat de l’absorption de doses massives de vins fins.

Je citerai un seul passage du livre, pour donner le ton de la fin, car son début fait assez froid dans le dos et m’intérroge : pourquoi a-t-on laissé faire ce lobby de psycho-rigides dingues, tellement coincés du cul qu’ils y briseraient la foret de Tronçais toute entière ? Dans le dernier chapitre, on peut lire ceci par exemple : « Hubert Sacy, le président d’Educ’alcool, ne nous comprend pas. Lui pense que notre richesse viticole, la multiplicité des nos appellations, constituent un formidable outil culturel qui permet d’élever les mentalités, d’ouvrir les débats, d’éclairer les jeunes et de les éloigner des conduites à risque ou addictives. »

 

Nous en sommes, malheureusement, assez loin et il est plus que probable que cette foutue loi Evin en est la cause principale. Raison de plus, mes chers collègues, de ne pas nous disputer pour des futilités ou des brins d’ego mal placés, mais de pousser pour que cela change. Oui, on peut rêver !

David


[1] Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, dont les origines remontent à 1872 est qui est largement financé par des subventions d’état (et donc par nous !).


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Retour à Chenin Beach

Ce titre est un clin d’oeil à trois choses distinctes, mais néanmoins liées : à un lieu très intéressant de la côte Sud de l’Angleterre; à un titre de livre de l’excellent auteur Ian McKellan (mais pas son meilleur, selon moi) ; enfin, et surtout, au grand cépage de la Loire. Vous trouverez des notes en bas de page pour les deux premiers objets, dont la plage (de galets) anglaise ci-dessous.

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Chesil Beach, dans le Dorset (photo non-identifiée, trouvé sur le web)

Le sujet de cet article est aussi plus ou moins inspiré de mon article de la semaine dernière, qui relatait mes pensées et sensations suite à une dégustation de chenins blancs d’Anjou (et quelques-uns de Saumur) et du débat aussi intéressant que polymorphe qui s’en est suivi.

chenin blanc

Grappe de chenin blanc (photo ENTAV)

Cela fait évidemment quelques années que j’expérimente ce cépage blanc, probablement originaire de la Loire, mais curieusement bien plus planté en Afrique du Sud qu’en France,  aujourd’hui. Ses synonymes français, pourtant, témoignent d’une diffusion autrefois plus important dans l’Hexagone, et parfois au-delà. D’après le remarquable ouvrage de Robinson, Harding et Vouillamoz (Wine Grapes, édité en 2012 chez Allen Lane), ces synonymes incluent Agudelo ou Agudillo (Espagne), Anjou, Blanc d’Aunis, Capbreton blanc (Landes), Gros Chenin (Maine-et-Loire et Indre-et-Loire), Gros Pineau (Touraine), Pineau d’Anjou (Mayenne), Pineau de la Loire (Indre-et-Loire), Plant d’Anjou (Indre-et-Loire), Ronchalin, Rouchelein ou Rouchelin (Gironde et Périgord), et Steen (Afrique du Sud).

D’après les multiples apparitions du mot «Anjou» parmi ces synonymes, il serait raisonnable de croire à une origine angevine, ou du moins à une première identification de la variété dans cette région. Et il semblerait que cette identification soit assez ancienne:  fin du 15ème ou début du 16ème siècle, voire même avant. Il est aussi vraisemblable que le nom de chenin provient du monastère de Montchenin, près de Corméry qui a joué un rôle important dans sa propagation, comme le Château de Chenonceau dont des plantations du début du 16ème siècle mentionnent le Plant d’Anjou. A la même époque, François Rabelais mentionne le chenin (et aussi le pineau) dans Gargantua.

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Admirable portrait d’un jeune femme par Véronèse, parmi l’impressionnante collection du Château de Chenonceau. J’aime à penser qu’il s’agit du visage du chenin (photo DC)

L’analyse de l’ADN de cette plante nous a apporté des enseignements complémentaires qui démontrent toute la complexité des relations entre de nombreuses variétés de vitis vinifera, due au métissage permanent qui a été favorisé par l’ancienne habitude de complantation dans la plupart des vignobles européens. Le Savagnin (ou Traminer) serait un des parents du Chenin, mais l’autre parent reste inconnu pour l’instant. Le Chenin Blanc serait alors un frère (ou soeur) du Sauvignon Blanc et du Trousseau, et donc oncle (ou tante) du Cabernet Sauvignon. Il a également souvent fricoté avec le Gouais Blanc pour produire, entre autres, le Colombard.

Ces liens de parenté ne relèvent pas que de la pure théorie historique. Ils ont, me semble-t-il, des ramifications dans certaines de caractéristiques gustatives de ce cépage. Son acidité, par exemple, ou sa texture parfois un peu tannique lorsque les rendements sont faibles. Puis son amertume bien assimilée, qui le lie au parent Traminer/Savagnin (c’est la même chose, et le Gewurztraminer est de la même variété, avec quelques différence clonales).

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Château de Brézé (photo jbrthnn)

La semaine dernière, j’ai mentionné quelques vins secs issus du Chenin Blanc que j’ai pu apprécier récemment. Mais j’ai négligé de parler d’un autre, issu de l’appellation Saumur, et qui est également un des inspirateurs de cet article. C’est au retour d’un voyage en Val de Loire, pour déguster, non des chenins, mais des sauvignons blancs (voir l’article de Jim Budd de mardi dernier) que j’ai dégusté de nouveau un échantillon (qui traînait dans mon frigo) du Château de Brézé, Saumur blanc 2010. Ce domaine me rappelle que j’ai acheté (et maintenant bu) des vins de ce château datant des années 1929 et 1934 qui, bien qu’ayant été acquis dans les années 1985/6 et bouchés avec de courts bouchons coniques, avaient de très beaux restes. Certains flacons étaient même splendides, malgré un certain niveau de vidange. On le sait, mais il faut le répéter : le chenin peut vieillir admirablement.

Cette fois-ci, il s’est agi d’un vin jeune et parfaitement sec, du millésime 2010. Ce vin de Château de Brézé est signé discrètement sur la collerette par Arnaud Lambert. Je ne le connais pas et je n’ai jamais visité ce domaine mais ce vin est admirable de finesse, de force tranquille, de vivacité, et de ces saveurs subtiles qui vous tentent d’en identifier les éléments, sans jamais vous laisser les cerner complètement. Quelque part, je pense que c’est cela le signe d’un grand vin : être bien de son lieu sans vous tabasser avec son «identité de terroir», être de son cépage sans descendre dans de la gaudriole, être bien fait sans porter lourdement l’empreinte de «l’artiste». Enfin être simplement bon, voire si bon qu’il vous donne l’envie irrésistible de boire un deuxième verre, voire plus si affinités. Et j’ai succombé, avec bonheur.

étiquette Brézé

(Photo David Cobbold)

En post scriptum, j’ajouterais qu’il est assez triste qu’un des lieux qui est à l’origine de la réussite de ce cépage n’ait plus le droit d’en produire, du moins en appellation contrôlée, selon les lois imbéciles (car trop restrictives) qui régissent bon nombre des appellations en France. Car la nouvelle appellation Touraine Chenonceau, en matière de vin blanc, doit se consacrer exclusivement au sauvignon blanc, un parent pauvre (à mon avis) du grand chenin.

[1] Chesil Beach (ou Chesil Bank) est une longue plage de galets et de cailloux qui  se trouve sur la côte sud de l’Angleterre, dans le comté de Dorset, proche de la presqu’ile de Portland, aussi connue en France pour la formation calcaire nommé Portlandien. Son nom est dérové du mot anglais «shingles», ou petits galets.

[2] "On Chesil Beach" est le titre d’un roman de Ian McEwan, qui traite du sujet du mariage et des inhibitions dans l’Angleterre des années 1950 (il y avait de quoi faire!).

David


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Le chenin, ou comment en parler…

Le chenin blanc, alias pineau de Loire, est indéniablement un grand cépage. Pour moi, il a certaines similitudes avec le riesling, auquel il n’a pas grande chose à envier sur le plan de la finesse de son acidité, ni la précision de ses saveurs quand il est bien fait. Il est peut-être un peu plus versatile, en produisant, en Val de Loire, des bulles, des secs, des demi-secs et des moelleux, seul ou parfois en assemblage avec d’autres variétés.

Mais, sur le plan mondial, le chenin n’a pas (encore) percé comme le chardonnay, le sauvignon blanc ou même le pinot gris. Et puis, comme le chenin n’est guère planté qu’en Afrique du Sud et en France, cette situation risque de durer un bout de temps. Surtout parce que les producteurs français continuent à cacher son identité derrière des noms d’appellations géographiques peu connues car très réduites en taille et modestes sur un plan historique, malgré quelques éclats içi et là. Hormis les habitants du Val de Loire et quelques amateurs avertis, qui sait de nos jours que le chenin est le cépage des Vouvray, Montlouis, Saumur blanc, Anjou blanc, Savennières, Layon, Quart de Chaume, Bonnezeaux et d’autres appellations ligériennes?

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Une grappe de Chenin Blanc (Photo chrisada)

"Pas du chenin, du Vouvray…"

Ce genre de débat sur la manière de décrire des vins n’est guère à la mode en France, tant est-on obsédé par «l’identité du terroir» comme ultime (et seule « authentique ») manière de donner la clef du profil organoleptique d’un vin. J’ai même vu, il y a quelques années, l’appellation Vouvray refuser de participer à une colloque international sur le cépage chenin blanc en arguant de la position suivante : «nous ne faisons pas du chenin, nous faisons du Vouvray».

Ce genre d’ignorance des réalités des marchés, mêlée à de l ‘arrogance pure et dure, fait partie des facteurs qui limitent le maintien des parts de marché des vins français dans les marchés à l’export. Je suis bien d’accord que le cépage n’est pas le seul élément identitaire d’un vin. Mais le «terroir» non plus. Et il faut bien reconnaître que la plupart des consommateurs du monde identifie (avec plus ou moins de précision, certes)  le style d’un vin par son cépage majoritaire. Ignorer cela, c’est faire la politique de l’autruche.

Tout ceci en préambule à quelques dégustations récentes de vins secs issus du cépage chenin blanc, majoritairement réalisés lors d’une opération promotionnelle organisée par l’AOC Anjou Blanc à Paris, puis avec quelques autres vins dégustés à un de mes bars-à-vins préférés, le Café de la Promenade, à Bourgueil, à mi-chemin entre Tours et Saumur/Angers : autrement dit au cœur de la zone des plantations du chenin en France.

Du moment ou on accepte de subdiviser les territoires d’un pays en de multiples zones nommés par des symboles (villes ou régions) censés distinguer leur identité géographique, il est à peu près inévitable que les responsables de ces zones tentent de renforcer ces identités par des messages de communication diverses. En matière de vin cela prend généralement la forme d’un «terroir», et, puisque c’est à la mode, ce « terroir » est identifié très souvent à une nature de sol. La récente dégustation d’Anjou blancs à laquelle j’ai fais référence n’a pas échappé à cette petite règle.

Le thème proposé était même intitulé «discussion sur les grands chenins de schiste». Par opposition, m’a expliqué Patrick Baudoin, pour qui j’ai la plus grande estime par ailleurs, aux chenins issus de sols calcaires qui se trouvent de l’autre côté d’une certaine faille géologique, et qui correspondrait, plus ou moins, à la séparation entre les aires d’appellation Anjou et Saumur. Je ne suis pas géologue et je dois dire que je me fous un peu du sujet qui me semble relever plutôt d’un débat sur le sexe des anges, tant les paramètres du goût d’un vin sont multiples.

Ce qui me semble essentiel dans ces dégustations, et au sujet du chenin blanc en général, est qu’il y a de très beaux vins secs élaborés dans cette région et avec ce cépage.

Le chenin du succès: voyez Cahors…

Et c’est de cela que je vais vous parler à travers les quelques commentaires qui vont suivre. Je dirai simplement, en guise de conclusion à mes remarques de préambule, que la cause du chenin blanc au sans large serait bien mieux servie en mentionnant le nom du cépage sur tout les vins qui en sont issus, quelque soit leur zone géographique de production. Un peu à la manière de Cahors qui assume pleinement son cépage malbec, et avec les résultats positifs à l’export que l’on connaît. Il est possible, selon moi, de réconcilier vision large (le cépage) et identité locale (l’appellation, voire aussi la parcelle).

Et les bons vins de chenin dans tout cela ?

Voici la liste de mes préférés (avec, il faut le dire, une fourchette de prix d’une largeur étonnante).

Anjou blanc, Château de Brossay, Les Neprons 2011

Robe soutenue et nez plaisant, avec des touches de miel et de tilleul. Assez ferme en bouche, autour d’une acidité bien présente mais correctement intégrée.

Prix : 5,50 euros

Anjou blanc, Château de Fesles, La Chapelle 2011

Très beau nez harmonieux, plus fin qu’intense. Le fruité est discret mais la texture soyeuse. Bonne longueur toute en finesse.

Prix : 12 euros

Anjou blanc, Domaine Richou, Les Rogeries 2011

Un joli nez, complexe à souhait. Matière dense et un peu crayeuse autour d’un fruité délicat. Fringant, à défaut d’être très long en bouche.

Prix : 12,90 euros

Anjou blanc, Domaine Patrick Baudoin, Le Cornillard 2010

Nez intense aux arômes complexes. Une très belle vivacité égaie l’ensemble, même avec la « malo » faite. Vin juteux d’une très belle longueur. Remarquable équilibre de l’ensemble. Un des mes vins préférés.

Prix : 21,40 euros

Anjou blanc, Domaine de Bablut, Ordovicien 2009

Une belle matière riche qui donne un vin sec et presque tannique (j’ai remarqué cet aspect tannique du chenin dans plusieurs de ces vins). Intense, vibrant et long très bien équilibré.

Prix : 9,90 euros

Anjou blanc, Château de Pierre Bise, Le Haut de la Garde 2009

Un nez riche et bien complexe. Malgré une relative rondeur et beaucoup d’intensité, ce vin reste vibrant, avec une belle longueur. Une pointe de chaleur en finale signe un millésime à grande maturité.

Prix : 8 euros (ce qui me semble donner le meilleur rapport qualité/prix de tous les vins dégustés).

Anjou Blanc, Domaine de Montgilet 2012

Le meilleur des vins « jeunes ». Déjà une certaine complexité, du fruit et de l’intensité.

Prix : 8,30 euros

Anjou Blanc, Thibault Boudignon 2011

J’ai dégusté ce vins à deux reprises, avec des résultats un peu différents (ce qui arrive !).

J’ai aimé, une fois, son nez complexe, de fruits blancs et de citron. Il m’a paru alors droit, juteux et fin, alors que je l’ai aussi, à une autre occasion, trouvé dur et manquant de fruit. Excellente longueur.

Prix : 18 euros

Saumur blanc, Domaine des Glycines 2011

Vif, simple et bien fait, avec des saveurs franches et une matière salivante. Bonne longueur sur une finale crayeuse.

Prix : 16 euros (un peu élevé à mon avis)

Saumur blanc, Chemin du Puy 2008 (Frédéric Mabileau)

Avec sa bouteille lourde et son bouchon très long, ce vin annonce des ambitions, comme son nez riche et beau, au boisé assumé. Mais sa précision en bouche et la finesse de sa texture le fait paraître bien moins puissant, plus fin et cristallin.

Prix : 25 euros

David Cobbold


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Unfashionably booked: Sherry, Montilla and German wine

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Sherry, Manzanilla & Montilla – a guide to the traditional wines of Andalucía with a bottle of excellent Dry Amontillado supplied to Waitrose by Lustau.

I have recently received review copies for two books on rather unfashionable (at least as far as the UK is concerned) wine areas – Sherry and Germany. Both areas inspire great passion from certain wine lovers while largely leaving the general drinking public either indifferent or actively hostile.

Firstly Sherry, Manzanilla & Montilla by Peter Liem and Jesús Barquín published by Manutius offering 270 pages for $29.95. This is a serious and scholarly work with no distracting photos and just a few black and white sketch maps. Best to lubricate the reading with a glass or two of a fine dry Amontillado as pictured above.

This is both a celebration of Sherry, Manzanilla and Montilla but also a warning call that Sherry’s culture is under severe threat.

Peter Liem notes in his introduction:

‘I hardly fit the popular image of a stereotypical sherry drinker. American by nationality and East Asian by heritage, I am, as of this writing still under the age of forty. I prefer my sherry dry, and enjoy it most at table as an accompaniment to a wide variety of cuisines from all over the world. I don’t keep a decanter of sherry and a tray of biscuits on the sideboard to serve to my guests. In fact I don’t even own a sideboard.

Yet I have been an avid consumer of sherry for all of my adult life, and ever since my first visit to Jerez nearly fifteen years ago, I have been enamored with the region and its wines. I am deeply passionate about sherry – and in this I am not alone in either my age group or demographic. While sherry is often ignored by the larger wine-drinking populace, it is increasingly being acknowledged by wine connoisseurs around the world as a serious and noteworthy wine. Among the most progressive and avant-garde wine consumers and wine professionals in the United States, it has become downright fashionable.’

Despite Sherry’s fashionable status in the United States its future could still be parlous as Barquín and Liem warn when likening the urgent need for Sherry to rediscover and value its terroir as was similarly the case in Champagne.

‘The parallels with sherry here are striking, and we only hope that a similar movement can occur in Marco de Jerez. Sadly the abandonment of vineyard culture in the sherry region has been even more acute than it was in Champagne, making the process of rediscovery all the more difficult. Today, as a result of the utter disdain shown to the region’s vineyards, the struggle has become not just one of recognition but of sheer survival. Top quality parcels are being neglected or even uprooted, to make way for structures that could surely be located elsewhere: solar panels in Balbaína and Atalaya; real estate in Martin Miguel and Carrascal; wine turbines in Balbaína and Los Tercios. Worst of all too many winemakers and winery directors have simply given up, no longer believing that there is a solution to the problem in the near future.

All this means that any current approach to terroir and vineyards in the sherry district is largely built on memories, shadows and hopes, rather than on tangible reality. Much of this knowledge has been lost, and there appears to be little interest in reclaiming it. It is highly revealing, for example, that in the otherwise thorough and commendable collective volume entitled The Big Book of Sherry Wines, published by the Consejo Regulador, there is not a single article dedicated to terroir and vineyard classification. Sadly, one must accept that the local concern for terroir nowadays is dangerously close to being nonexistent.’

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A Traveller’s Wine Guide to Germany

Freddy and Janet Price have long been great supporters of German wine – Freddy through his career as a wine importer and more lately as a writer, while Janet has captured the vineyards and the producers through her many fine photos.

The first edition of A Traveller’s Wine Guide to Germany was written by Kerry Brady Stewart and published in 1990.  Freddy and Janet Price have produced a completely rewritten and revised edition (£14.99/$24). A Traveller’s Wine Guide to Germany provides advice on producers to visit, wine itineraries as well as places to stay and eat. Its 310 pages will fit happily into a glove compartment and should be an essential companion for anyone visiting wineland Germany.

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Discretion amongst the palm trees


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Les Muscadets avec les autres

Il y a des bonnes idées qui sont parfois mal exploités. Prenons le cas du caviste Yves Legrand, également marathonien, triathlète, Iron Man, et plus encore à 66 ans, mais aussi vigneron, vendeur et buveur de vin, basé à Issy-les Moulineaux. Ulcéré pas le bas prix et la renommé sinistrée des vins de Muscadet, cet homme s’est mis en tête d’aider les meilleurs vins de cette appellation en grande difficulté à se vendre à leur juste prix, c’est à dire au niveau des bons vins blancs d’ailleurs. Et il a proposé une opération de promotion formidable auprès de tous les cavistes de France qui a capoté par la bêtise de quelques administratifs hors contact avec le terrain. Passons!

Car Yves Legrand a eu une autre très bonne idée : confronter une sélection de bons vins de Muscadet à quelques bons vins blancs d’autres régions de France, à l’aveugle et avec avec un jury de journalistes. Jeudi 18 avril j’ai donc pu participer à une dégustation de 17 vins blancs, dont 7 Muscadets. Les vins étaient issu de différents millésimes et tous vendus par Yves dans ses boutiques, sauf 6 des 7 Muscadets. Les prix variaient de 8 euros à 100 euros, avec les 7 Muscadets occupant le créneau bas, entre 8 et 13,50. Tous les vins étaient mis en carafe à bonne température identique, numérotés, et les dégustateurs fixés sur deux objectifs : (1) Noter son plaisir sur 20 et (2) Indiquer le prix que nous pensions mettre sur chaque vin dans le commerce.

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Les dégustateurs au travail dans les belles caves en craie du Chemin des Vignes, à Issy-les-Moulineaux (photo David Cobbold)
 

Nous ne savions rien de l’origine des autres vins, et le but, bien souligné par Yves, n’étaient pas de dire que le Muscadet écrase tout, ou bien le contraire, mais simplement de donner sa chance à ces vins dans un univers concurrentiel large et ouvert. On l’a découvert pour certains vins pendant le dégustation, pour d’autres après : cet univers (hors Muscadet) était aussi large sur le plan géographique, allant de L’Alsace au Roussillon en passant par la Bourgogne et la Loire que sur celui des prix (10 à 100 euros) ou même de l’âge des vins (1985 à 2011).

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L’alignement des 17 vins, après la dégustation et devant le vignoble du Chemin des Vignes, dont le vin était présent et n’a pas démérité : numéro 9, au milieu (photo David Cobbold)

Deux ou trois généralités me semble significatives à la suite de cette belle expérience. D’abord il n’est pas toujours facile de reconnaître un Muscadet à l’aveugle dans ce type de dégustation. Tel n’était pas le but de l’opération, mais je n’ai pu identifier à l’aveugle que 4 sur les 7. Ensuite, comme mes collègues, j’ai systématiquement sur-évalué les Muscadets servis, ce qui indique déjà quelque chose. Enfin un des Muscadets a reçu la meilleur note de tous les vins de la séance, et ce vin ne vaut que 8,50 euros. Dans les notes moyennes, le Muscadet Sèvres et Maine 1999 de Château du Coing de Saint Fiacre, de Chéreau-Gunther a battu, de peu, le Bourgogne 2009 du Domaine Leflaive (qui vaut plus de 3 fois son prix) et la Grande Cuvée du Domaine de l’Hortus (qui en vaut plus que le double).

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Mes 5 Muscadets préférés (photo David Cobbold)

Mon petit hit parade perso était :

15,5/20). Bourgogne Domaine Leflaive 2009

15,5/20). Domaine de l’Hortus Grande Cuvée  2010

15/20). Muscadet Domaine de l’Ecu 2005 expression de Granit

15/20). Pessac Leogan, Château de Fieuzal 1985

15/20). Muscadet Sèvre et Maine, Clos du Bon Curé 1999

15/20). Vouvray Clos de la Bretonnière 2011, (Jacky Blot)

15/20). Muscadet Côtes de Grand Lieu, Domaine de l’Aujardière 2003,

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Deux de mes vins préféres, Muscadets tous les deux (photo David Cobbold)

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Ce qui signifie une fourchette de prix allant de 8,60 euros à 100 euros pour des vins qui m’ont donné autant de plaisir !

Que conclure ? Qu’il est maintenant évident pour moi, comme pour tous les autres participants à cet exercice,  que les bons vins de Muscadet sont du niveau d’autres bons vins blancs de France de partout. Et qu’ils méritent d’être vendu un peu plus cher que n’est le cas actuellement, de l’ordre de 10 à 15% au moins, selon le cas.

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