Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Drink London: The 100 best bars and pubs

Drink Londons

Euan Ferguson: Drink London £9.99

Today has been busy! After a quick, early morning session in the local gym it was up to the centre of London for a lengthy two hour meeting with a very full agenda followed by an afternoon of job interviews. Lunch consisted of a couple of sandwiches and at the same time putting final touches to how we should conduct the interviews.

Interviews over it was good that we were able to head to a local Spanish bar (Iberica) for some refreshment. Good that here we could have a coffee, tea or choose a glass of sherry from a list of eight or ten. Just an indication of how the London drinking scene has changed over the last ten or so years.

Previously I have posted on the death of many traditional pubs but there are some vibrant newcomers – quite often replacing dead wood that had not moved with the times.

Euan Ferguson’s Drink London is a recently published guide to the best of the new as well as celebrating the best of the old. His selection of London’s 100 best watering holes is divided into six sections: cocktails; legendary locals; craft beer, ale and cider; liquid history; wine & spirits specialists; and with a twist.

Under cocktails you will find among others: The London Cocktail Club in Goodge Street, Oskar’s Bar in Whitfield Street, and the Coburg Bar at The Connaught in Carlos Place.

Under legendary locals we move away in part from the centre of London to include some examples from the inner suburbs to pubs like The Island Queen in Islington, The Wenlock Arms in Hoxton, or The Ivy House in Nunhead in deep South London, which is making history and perhaps setting a precedent. In 2012 The Ivy House was threatened with closure. Instead of being redeveloped into flats or swanky apartments, the locals bought the pub and it’s the first London co-operative pub.

Under craft beer, ale and cider Ferguson covers London’s beer renaissance citing The Jerusalem Tavern in Clerkenwell, Craft Beer Co also in Clerkenwell and Brewdog in Shoreditch.

Under liquid history you’ll find such famous boozers as The French House in Soho – the watering hole for The French Resistance during the Second World War – or Ye Olde Cheshire Cheese (rebuilt in 1667) on Fleet Street, once the heart of Britain’s newspaper industry.

Wine & spirits specialists includes Terroirs near the Strand – the first of a family of bars/eating places featuring ‘natural’ wines – or there is the Whisky Bar at The Athenaeum on Piccadilly – or Bar Pepito a sherry specialist in Varnishers Yard, Kings Cross.

Although with a twist doesn’t feature Chubby Checker, ‘all have something that set them apart from the masses’. These include The Palm Tree in Mile End, the Well & Bucket – a revived Victorian pub or The Mayflower beside the Thames at Rotherhithe.

Santé!

Jim+Umbrellascropss

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Et si notre Vitis vinifera pouvait s’en inspirer…

J’ai lu récemment dans le supplément Science & Médecine (mercredi 27 août) du journal Le Monde le compte-rendu d’une découverte assez étonnante. Le comportement en question a de quoi impressionner d’une manière générale pour ses implications sur la vie et ses multiples facettes – dont bon nombre restent à découvrir et à expliquer. Et, parce que cette découverte concerne ce que l’article décrit comme étant une vigne, je vais vous en parler, bien que l’espèce en question ne soit pas issue du genre vitis.

Pour l’essentiel, ce compte-rendu ne fait que relayer un autre article, publié dans la revue Current Biology (volume XXIV, no.9). I y est question de mimétisme, mais non pas dans le règne animal comme les caméléons, mais dans le végétal.

La plante grimpante Boquila trifoliolata pousse, en Amérique du Sud, sur divers arbres dont elle copie, plus ou moins bien, mais parfois très bien, la forme, la taille et la couleur des feuilles. Cette capacité assez extraordinaire lui sert de protection contre des prédateurs.

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Le mécanisme de ces mutations étonnantes, comme les moyens de communication qui les enclenchent, est encore inconnu. Comment cette plante-là est-elle capable de reconnaître les formes des plantes qu’elle imite, puis de transformer sa propre apparence pour s’y adapter ? Les réponses à ces questions, comme à d’autres qui nous sont parfois posées par la nature, vont probablement tarder à nous parvenir, mais les chercheurs sont alertés.

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Ces deux photos montrent deux versions de la plante en question, qui a tout de même des fruits  qui ressemblent à des raisins (j’ignore s’ils sont comestibles par l’être humain)

Cet article m’a fait penser à un autre mécanisme de défense mis en place par une plante, tout aussi étonnante, et qui fut relaté par Jean-Marie Pelt dans un de ses livres. Il s’agissait d’un arbre qui pousse dans la savane sud-africaine (le Veld) et qui, lorsqu’il est brouté par des girafes, qui mettent ainsi sa survie en danger, émet une substance répulsive. Ce qui dissuade les girafes de poursuivre leur casse-croute. Plus étonnant encore, cet arbre a, semble-t-il, la capacité de transmettre un message à d’autres arbres de la même espèce alentour, parfois distants de plusieurs centaines de mètres, une sorte de message qui enclenche l’émission de la même substance. Nous ignorons, là encore, les moyens de transmission, ainsi que le mécanisme de défense.

Tout cela pour dire qu’il serait tout de même heureux si nos chers vitis vinifera pouvaient s’inspirer des ces techniques sophistiquée pour se défendre contre tous les prédateurs qui les causent (et à leurs chers cultivateurs) tant de soucis. A quand un colloque entre plantes ?

David Cobbold


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Les Parfums du Vin

Mon collègue suisse Richard Pfister (avec qui j’ai eu le plaisir de déguster la semaine dernière lors de Pinots du Monde) a publié un joli livre qui mériterait d’être plus connu.

Pour une fois, le contenu est exactement dans le titre: "Les Parfums du Vin".

Oui, mais l’originalité de la démarche est la présentation: ici, on ne part pas des vins qu’on chercherait à décomposer, on part des arômes, qui sont classés par grande familles ou dominantes (épicée, florale, animale, bisée, végétale, lactique, fruitée, empyreumatique, et même, et oui, minérale…).

Parfums

Et Richard nous en dit à peu près tout ce qu’on peut avoir envie d’en savoir: origine, histoire, molécule chimique, odeurs proches, avec quelques exemples de vins et cépages présentant fréquemment tel ou tel parfum.

De l’anis au litchi en passant par le thé noir, le thé vert , le champignon de Paris, la figue, la cannelle, le vétiver… et bien d’autres (plus de 150 au total!), c’est complet, érudit, mais pas trop, bien conçu, et bien réalisé – bref, c’est un outil essentiel, et pour les néophytes, et pour les dégustateurs professionnels comme moi, toujours à la recherche des mots pour le dire, de l’arôme fugace. Merci, Richard!

En prime, dans son introduction, l’oenoparfumeur (c’est ainsi que se décrit cet ingénieur oenologue ayant travaillé dans le monde du parfum) explore les arcanes de la neurophysiologie de l’olfaction. Par ailleurs, à la fin de l’ouvrage, un index liste les molécules et les odeurs correspondantes ressenties.

Les Parfums du Vin, Richard Pfister, Editions Delachaux & Niestlé, 256 pages, 25 euros. Format de poche très pratique pour les escapades de dégustation…


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Planning my cycle ride down the Loire for cancer charities

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Esme Morris Macintyre, who died last year aged 18 of a brain tumour.

Thursday 17th September is approaching fast. On the 17th I will be at Mont Gerbier de Jonc, the source of the Loire, to start the ride down the Valley to the Atlantic. We are now busy planning the details of the ride, which are still subject to amendment, especially making sure of avoiding as many main roads as possible. The route will largely follow the river but not slavishly so. I will be publishing the details of les étapes on Les 5 du Vin before the start.

Young Esme Morris Macintyre (https://www.facebook.com/EsmesAdventure) is my inspiration to cycle the Loire. She raised £1000s for teenagers with cancer before her premature death last year. As I am riding in France I have chosen a French charity – in tandem with Teenage Cancer Trust. My page on Fondation Gustave Roussy is: https://igr.friendraising.eu/jim.budd, for Teenage Cancer Trust it is http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd.

Here are a few photos of passing sights during the ride:  

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Vineyard in the Côte Roannaise.

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Halfway: the sign on the bridge over the Loire @Pouilly-sur-Loire. All downhill from here!

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La Loire@Blois

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Autumnal vines@Montouis

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Gare de Tours

ChinonCh12.08s

Château de Chinon with town below

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Saumur and the Loire@night

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Château d’Ancenis

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The famous La Cigale brasserie, specialising in seafood in the centre of Nantes.

 

 

 


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La transmission réussie : l’exemple des Plageoles à Gaillac

Il est une question qui intéresse toutes les familles engagées dans la production artisanale (pour l’industrie, cela peut aussi être le cas, mais les structures diffèrent) : celle de la transmission entre les générations. Cela n’est pas propre aux vignerons, même si c’est eux qui nous préoccupent aujourd’hui.

Tout outil de production de vin est par définition plus ou moins fragile, selon les volontés et les compétences variables de générations successives, mais aussi en fonction des contraintes fiscales et commerciales, et, malheureusement, des aléas climatiques.

Robert-and-BernardRobert et Bernard Plageoles dans leurs vignes à Gaillac (photo The Vine Route)

Malgré les difficultés inhérentes à une transmission directe aux descendants, je suis souvent frappé par l’extraordinaire pérennité des familles de vignerons en Alsace, pour prendre un exemple. On en trouve qui en sont à la dixième génération, voire au delà, et cela, malgré les vicissitudes politiques qui ont agité cette belle région. Mais, pour illustrer mon propos d’aujourd’hui, je vais prendre un exemple issu d’une autre région : le Sud-Ouest de la France et l’appellation Gaillac. Je connais la famille Plageoles depuis près de 30 ans, ayant d’abord vendu leurs vins en tant que caviste avant de faire connaissance avec Robert et sa femme Josy, puis avec leur fils Bernard et sa femme Myriam, et maintenant, depuis peu, avec les fils de Bernard et Myriam, Florent et Romain.

Florent PlageolesFlorent Plageoles en action : la troisième génération que j’ai connu de cette famille exemplaire de vignerons de Gaillac

 

Je les vois, soit chez eux, soit lors de dégustations à Paris, d’une manière sporadique mais régulière, environ une fois tous les deux ans, parfois plus. Cela m’a permis de suivre, sur toute cette période, une évolution fascinante du domaine et de ses vins, mais aussi le passage progressif du témoin de Robert à Bernard. La suite semble maintenant programmée avec l’entrée dans l’exploitation familiale de Florent et de Romain. L’aventure viticole des Plageoles à Gaillac ira surement jusqu’à la 7ème génération, voire au-delà, car un petit Marcel Plageoles II est déjà sur pieds – mais non-greffé pour le moment.

Pour conter cette histoire, il faut remonter plus loin; car Robert Plageoles, malgré sa renommée et la place tutélaire qu’il a pris, souvent malgré lui et face à des oppositions aussi virulentes que parfois malfaisantes, n’a fait que de poursuivre et développer le travail de son père Marcel. Ce Marcel Plageoles avait hérité d’un petit domaine de 5 hectares, planté uniquement de cépages blancs. Avant lui, il y eut Jules, François et Emile, souvent métayers, puis acquérant, petit à petit, des lopins de vigne. Mais Marcel avait une autre vision du Gaillacois, car il était aussi greffeur et ce travail l’amenait à connaître par cœur tout le vignoble et à récupérer, ici et là, des pieds de vigne qu’il trouvait digne d’intérêt. C’est lui qui a planté, par exemple, quelques pieds d’un vieux cépage, l’ondenc, qui a failli disparaître et qui allait avoir une nouvelle vie grâce au travail de recherche méticuleux de Robert.

gamme PlageolesUne partie de la large gamme de vins produits par les Plageoles

A ma connaissance, c’est Robert qui a lancé le processus d’innovation, allié à un travail en profondeur sur les bases historiques de ce vignoble gaillacois. D’abord, il a vinifié et embouteillé les cépages séparément, utilisant toute la gamme des variétés alors à sa disposition, mais aussi les types : rouge, blanc sec, blanc doux et pétillant. Ses étiquettes étaient déjà modernes et claires, avant les autres, avec une identité graphique facilement reconnaissable. Les vins allaient des « simples » gamay et sauvignon blanc au très complexe Vin de Voile, un vin oxydatif à élevage long sous bois utilisant le cépage local mauzac : un vin déroutant pour les esprits formatés. Puis de la syrah, de la muscadelle et, petit à petit, l’introduction, en fonction de ses recherches et plantations, d’autres variétés plus purement locales comme le duras ou le prunelart (en rouge), l’ondenc et le verdanel (en blanc). Et cette liste, qui varie dans le temps, n’est pas exhaustive, car il y aussi le braucol (alias fer servadou), et toutes les variantes du mauzac, dont certaines produisent le célèbre Mauzac Nature, un blanc effervescent fait selon la méthode rurale que Marcel, le père de Robert, avait maintenu.

Tous ceux qui ont connu Robert Plageoles gardent de lui le souvenir d’un personnage très attachant, chaleureux, généreux et volubile, au savoir riche et multiple et à la curiosité quasi inépuisable. Un tel personnage peut aussi être, forcément, un peu encombrant pour celui qui lui succède sur le domaine, en l’occurrence son fils Bernard. Mais c’est tout à l’honneur de ces deux, et certainement aussi à la sagesse et aux efforts de leurs épouses, que la transition de l’un à l’autre se soit si bien passée. Bernard s’est fait sa place, avec un style qui lui est propre, fait de franchise et d’engagement, et grâce à un travail formidable, partagé avec sa femme Myriam, qui prolonge et amplifie l’héritage de ses aïeux. Robert garde son rôle d’agitateur d’idées et on afflue à ses conférences sur les cépages rares dont beaucoup doivent leur survie et leur nouvel élan à lui-même.

Car de quoi parle-t-on quand on se lance sur la piste des variétés dites « rares » ? De plusieurs choses en même temps : diversité des goûts, adaptabilité aux climats locaux spécifiques, résistance aux maladies (éventuellement), lien avec le passé et possibilités d’avenir avec une identité particulière pour chaque région. Dire que Robert Plageoles a été un pionnier dans ce domaine à Gaillac est comme dire que la reine d’Angleterre porte des chapeaux colorés. Hormis cet homme, seuls des ignorants ou des malotrus peuvent prétendre avoir retrouvé, expérimenté, puis lancé l’ondenc, le prunelart, le verdanel et d’autres variétés tombées dans les oubliettes. Ses recherches l’ont mené sur les chemins de l’histoire gaillacoise, mais aussi un peu partout, y compris , souvent, vers la réserve ampélographique de Vassal, bientôt déménagée et un peu perdue, à son grand regret.

Gaillac a fini par reconnaître, du moins dans les faits, le rôle essentiel joué par Robert Plageoles pour son appellation. Entre 1960 et 1990, selon les chiffres fournis par Philippe Séguier dans son livre Le Vignoble de Gaillac (curieusement pas disponible à la Maison des Vins de Gaillac !!!), les surfaces plantées en braucol sont passées d’un hectare à 350, celle de duras de 77 à 850, et plusieurs autres vignerons ont planté de l’ondenc et du prunelart. Et je parie que ces chiffres sont encore en augmentation nette depuis lors. La propriété des Plageoles totalise maintenant environ 40 hectares, avec l’acquisition récente de quelques hectares supplémentaires, à planter à ou à replanter : de quoi assurer la vie de bientôt trois familles et deux ou trois générations sur le domaine. Son avenir est en marche, mais il ne le serait pas sans son passé. Une leçon à méditer, sûrement.

PS. Mes remerciements à Florent Leclercq, qui m’a fourni des informations utiles via son bel article sur les Plageoles dans la revue Plaisirs du Tarn.

David Cobbold


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Would you invest with Twelve-by-Seventy-Five?

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I’ll have to crave your patience as once again this week I am returning to the British disease – wine investment. Whether this British disease includes the Scots we will know more clearly after 18th September and the vote for Scottish independence or not as the case may be. But I digress …

Today I was contacted by a putative investor asking me my opinion of Twelve-by-Seventy-Five Ltd. I had never heard of this company – hardly surprising as it was only formed in January 2014 and the two current directors were not appointed until early April 2014.

Co-details

Company founded on 24th January 2014.

However, a quick look at their website (http://www.twelve-by-seventy-five.com) raised considerable doubts and questions:

Fine Wine Booming

‘Fine wine is booming’ – actually prices have been falling since 2011 – a long bear market. ‘As expert wine traders’ – rapidly gained expertise!

Creating a Portfolio

‘We are experienced wine merchants & brokers’. ‘We have firmly established contacts with French négociants over the years’. Again impressively, rapidly gained experience for a company founded in 2014!

Tax-free

‘Free of capitals gains’ – partially correct as wines that are not expected to be drinkable after 50 years are exempt as ‘wasting assets’ but many investment grade fine wines are certainly drinkable after 50 years or more. 1961s, for example, are still being drunk with pleasure. Amusingly capital gains tax is currently less of a problem because of the long bear market so ‘profits’ on wine investment don’t really apply.

AC=1855

For all the nascent company’s expertise they have confused ‘appellation contrôlée’, that began in 1936 with the 1855 Classification.

Vino-Barking

‘Vinothéque in Barking’. Although Vinothéque is part of London City Bond, this storage facility for private clients is in Burton-on-Trent nearly 150 miles north west of Barking.   

Twelve-by-Seventy-Five Ltd is clearly a company to avoid at all costs – hopefully no-one will fall for this nonsense. Sadly I wouldn’t bet on it!

Jim Budd

Jim+Umbrellascropss


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Contre-étiquette, deuxième étiquette, back label : pour quoi faire et comment ?

Autrefois, l’étiquetage d’un vin était une chose simple. Un nom de marque/domaine, parfois une appellation ou un millésime, mais guère plus. Sauf en Champagne, bien sûr (voir l’extrême densité graphique des étiquettes de Champagne du milieu du 19ème siècle), car là, il fallait montrer la valeur de la chose. C’était une carte de visite, une marque de reconnaissance, une signature, voire un élément de l’image de marque. Mais les choses ont bien changé. Voyons un peu comment.

Aujourd’hui, la règlementation sur les mentions imposées est de plus en plus contraignante en ce qui concerne l’étiquetage des vins, et ces mentions prennent beaucoup de place. Mais un grand champ de liberté et de diversité existe encore quant à ce qu’on appelle généralement la contre-étiquette. Pourquoi "contre" ? Contre quoi ? Je n’en sais trop rien. En anglais on dit, d’une manière peut-être plus concrète, « back label », car cela se pose sur le dos de la bouteille.

Sur le plan du graphisme et de la lisibilité, une des causes du développement d’une deuxième étiquette est la volonté de dépouiller l’étiquette faciale, en la «dépolluant» de toutes ces mentions fastidieuses, peut-être nécessaires, en tout cas imposées par la législation. Cette contre-étiquette ou «étiquette arrière» comme disent les Anglais, est devenu un élément assez significatif, non seulement dans l’habillage de la bouteille, mais surtout dans la communication sur le contenu. Et, là-dessus, plusieurs approches s’affrontent.

C’est cela qui m’intéresse aujourd’hui, et je vais prendre exemple sur les flacons bus récemment sur mon lieu de vacances en Gascogne. Les vins, comme vous allez le voir, viennent de partout. Et les approches au contenu de la contre-étiquette aussi, mais peut-être pas pas selon un clivage géographique significatif. Ou peut-être que si ! Allons aux exemples.

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La photo ci-dessus montre neuf vins différents, issus de plusieurs pays. Mais je vais en citer juste quelques exemples, dont certains ne sont pas nécessairement sur la photo. Il se trouve que toutes ces bouteilles, parmi d’autres, ont été bus très récemment, ce qui prouve que nous défendons correctement les vignerons, et de tous pays (sachant aussi que ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg !). La photo ci-dessous montre les mêmes flacons retournés.

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Exemple 1. Le style factuel et (très) complet

Cet exemple nous vient d’Australie. C’est le flacon le plus à gauche sur les deux photos. Faut-il y voir une approche honnête et pragmatique, du type qualifié généralement d’anglo-saxon ? Peut-être, mais on sait aussi que les Australiens font aussi parfois dans l’humour, voir aussi dans le bla-bla.

Le vin : Parker State, 95 Block, Coonawarra, Australia

Texte du "back label"

Vintage : 2012

Variety : Cabernet Sauvignon (94,8%) ; Petit Verdot (5,2%)

Region : Southern Coonawarra

Vineyard : Parker Estate, Abbey

Sub Section : 95 Block

Vine Age : 18 years

Clone : Cabernet Sauvignon – Reynell ; Petit Verdot – G7V1

Soil Type : Terra Rossa over Limestone

Yield : 3,6 MT per Ha

Harvest : 28th March 2012

Fermentation : 14 days in 8MT static fermenters

Skin Contact : 35 days

Oak : French oak barriques, Seguin Moreau & Taransaud Château, 96% new. Medium toast.

Time in Barrel : 21 months

Bottling Date : 8th May 2014

Commentaire : wow, c’est exemplaire de précision, d’une parfaite technicité. Cela ne me donne pas nécessairement envie de boire le vin, mais c’est totalement objectif et sans aucune espèce de bla-bla. Ensuite, chacun jugera le vin pour lui-même. Personnellement je l’ai trouvé bien fait mais un peu trop extrait, à attendre au moins 5 ans.

 

Exemple 2. Le style « j’ai le terroir fier »

Le vin : Château la Colombière, Coste Rouge, Fronton, France

Texte de la contre-étiquette

Coste Rouge est une croupe de graves silicieuses travaillée dans le respect de la vie du sol et des cycles naturels de la vigne. Le cépage Négrette y puise une expression tout en finesse, pour un vin singulier et insolite.

Commentaire : c’est un peu vantard, comme souvent dans ce genre de discours qui prône le caractère unique de son vin. Bon vin au demeurant, plein de fruit et de vivacité.

 

Exemple 3. Le style « rien du tout car je m’adresse à des initiés ».

Le vin : Champagne Drappier, Brut Nature, Pinot Noir

Pas de contre-étiquette. On doit penser que le consommateur sait ce qui est ce vin (d’ailleurs très bon).

Commentaire : un peu fier et méprisant, même s’il y a pas mal d’infos sur l’étiquette faciale.

 

Exemple 4. Le style « je vous dit tout et vous n’avez même pas besoin de boire le vin »

Cet exemple nous vient de la Californie. Encore un back label très complet, mais plus discursif que dans l’exemple 1.

Le vin : Cline Ancient Vines Mourvèdre, Contra Costa County, California, USA 1999

Texte de la contre-étiquette

Mourvèdre, also known as Mataro, was extensively planted in California at the turn of the century (19th/20th, ndlr). In Oakley, where most vineyards were dry farmed, non-grafted cuttings were planted deeply to take advantage of what little water was available. Protected from phylloxera by Contra Costa’s sandy soils, the Oakley vines, yielding a mere 1,5 tons an acre, are head-trained and short spur pruned. Today there are less than 300 acres (120 hectares).

This 1999 Ancient Vines Mourvèdre is full and rich with flavors of dark cherries and chocolate, herbs, violets and anise and shows a long, lingering, vanilla finish.

Enjoy this Mourvèdre by itself, or match it with roasted and grilled meats, especially lamb, rich pasta dishes and hearty stews. Drink this wine now, or cellar it for 7 to 1O years.

Commentaire : cette contre-étiquette dense est en trois phases distinctes. D’abord les faits, ensuite on se place dans votre palais et à votre place, et enfin un mode d’emploi. Vous noterez que je n’ai pas obéi à la dernière recommandation en le buvant après 15 ans de garde. Le vin était encore très bon mais il était temps de le boire.

 

Exemple 5 : la contre-étiquette qui sert à dépouiller l’étiquette faciale

On trouve ce cas de figure un peu partout, mais cet exemple nous vient de Hongrie.

Le vin : Holdvölgy, Tokaji Szamorodni Eloquence 2007

Aucun texte à proprement parler sur la contre-étiquette, mais plein de mentions obligatoires, ce qui laisse de la place sur l’étiquette faciale au mot suivant de François de La Rochefoucauld : «True eloquence consists in saying all that should be said, and that only». Vin splendide, au fait.

 

Conclusion

Comme il s’agit de choix individuels, on trouvera autant de variations dans les contre-étiquettes que dans la configuration du corps humain, alors je ne vais pas en tirer des conclusions culturelles hâtives. Mais ces quelques exemples semblent montrer que les pays du dit Nouveau Monde sont à la fois plus prolixes, et plus factuels, dans les discours contenu sur les contre-étiquettes, que les pays de le vieille Europe, qui doivent sans doute estimer que les consommateurs savent déjà tout sur le vin. On pourra certainement me trouver, ici ou là, des contrexemples.

Et bravo aux Anglaises pour leur belle victoire à la Coupe du Monde féminine du rugby à XV, ayant battu le Canada 25 à 9 en finale. Rugbyrama n’en parlera probablement pas puisqu’il ne s’agit pas de la France, alors je le fais à leur place !

 David Cobbold

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