Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Agnieszka nous parle du Beaujolais

Notre consoeur polonaise Agnieszka Kumor – une habituée de nos samedis – a consacré cette semaine une chronique sur RFI au Beaujolais. Actualité oblige. Elle nous permet de la reproduire ici.

Le troisième jeudi de novembre rime avec l’arrivée du Beaujolais nouveau. Ce vin primeur, apprécié jusqu’au Japon, représente aujourd’hui un tiers de la production totale de ce vignoble, qui malgré le ralentissement de l’économie mondiale a su garder ses parts de marché à l’exportation. Les vignerons du Beaujolais se réjouissent. Après deux millésimes en berne, la production du vin primeur devrait avoisiner cette année les 200 000 hectolitres, sur un total de 750 000 hectolitres de vin qui devrait être produit dans ce vignoble.

«Le Beaujolais nouveau a toujours son marché. Et cela reste un marché fort», rappelle Jean Bourjade, directeur général de l’Inter Beaujolais. En effet, 57 % de la production de ce vin nouveau restent en France, mais les 43 % restants sont expédiés dans 110 pays. Avec un tel pourcentage de son produit phare présent à l’international, la région est un des leaders du vignoble français à l’exportation.

Changement d’image

Il y a plusieurs raisons à cette réussite. Depuis quinze ans, la qualité de ce vin primeur n’a cessé d’augmenter.

Pourtant, il a fallu une forte prise de conscience pour réussir à changer l’image du vignoble, dont la réputation avait été ternie par un vin facile, de mauvaise qualité et produit abondamment. La chute brutale des exportations au début des années 2000 a changé la donne. C’est tout le modèle économique de la région basé sur la quantité qui était à revoir. Il y a quatre ans, l’Interprofession a décidé de réguler le marché. Les producteurs n’ont désormais plus le droit de commercialiser plus de la moitié de leur production sous forme de vin nouveau. Il s’agit de mettre en vente des volumes beaucoup moins importants que par le passé. L’objectif est de maintenir une valorisation du produit et se prémunir de la baisse des prix. Parallèlement, on a réduit fortement le rendement par hectare et perfectionné les techniques de vinification.

Résultat : aujourd’hui, seul un tiers de la production totale du vignoble est consacré à ce vin primeur, décliné en Beaujolais et Beaujolais-Villages nouveau. Les deux tiers restants sont mis en avant en tant que vins de garde, qui peuvent se boire dans les deux à trois ans. Les dix crus de Beaujolais, soit le haut de gamme produit sur des zones géographiques délimitées, gagnent de nouveaux consommateurs.

Maintenir les parts de marché

Les producteurs se sont, par ailleurs, regroupés pour vendre et promouvoir ensemble leurs vins. Grâce à un travail acharné, ils ont su garder leurs marchés stratégiques, que sont principalement le Japon, les Etats-Unis et l’Allemagne. Ceci malgré une ambiance globalement morose. A lui seul, le Japon attire plus de la moitié du Beaujolais nouveau exporté dans le monde. L’année dernière, 7 millions de bouteilles ont été vendues sur le marché japonais, qui pourrait toutefois souffrir de la récession et de la hausse de la taxe à la consommation. En revanche, les ventes sur le marché américain pourraient se stabiliser cette année, le Beaujolais nouveau accompagnant traditionnellement les plats de la fête de Thanksgiving. Parmi les marchés qui montent, la Russie pourrait faire défaut, si l’embargo russe sur les produits agricoles européens se poursuit. Mais les producteurs misent déjà sur les nouveaux marchés que pourraient devenir la Chine, le Brésil ou la Corée du Sud, devenue un vrai fan de Beaujolais !

Agnieszka Kumor


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Des doutes, toujours, des certitudes, rarement, et du Beaujolais, aussi souvent que possible

Je doute souvent. Et à peu près de tout. Je lisais cette semaine dans Le Monde des Livres un article sur le biologiste, médecin et philosophe Henri Atlan intitulé « Douteur ès Sciences » et je me trouve bien en phase avec les positions de cet homme, sans posséder le 10ème de son savoir. Quel est le rapport avec le vin ? A peu près tout. Par exemple, je doute souvent de ma capacité (et de celle des autres) à juger la qualité d’un vin avec une pertinence quelconque pour autrui. Je doute de la validité de très nombreux principes des AOC. Je doute de la pertinence des études géologiques détaillées appliqués au vin (mais pas du concept du terroir !). Mais, à côté de cela, j’ai aussi quelques rares certitudes. Par exemple, je suis sur que les modes fluctuent et changent : cela s’avère année après année. On le voit avec le cas du Beaujolais dont il sera largement question dans cet article. Une autre de mes certitudes se situe sur le terrain commercial, qui est quand même le nerf de la guerre. Il s’agit de la nécessité des « petits » producteurs de vin de s’associer pour promouvoir et vendre leurs vins. On s’arrêtera là pour le moment.

Cette semaine verra la sortie du Beaujolais Nouveau. J’ai toujours aimé ce moment festif autour du vin, sans nier le tort que cette grosse promotion collective a pu faire à l’image des vins de toute cette région, dont une bonne partie possède des qualités bien au delà du simple « fruité, bu et pissé ». La semaine dernière j’ai pu déguster quelques cuvées (une petite dizaine) de Beaujolais Nouveau et je vous en parlerai à la fin de cet article. Le millésime 2014 me semble avoir beaucoup de qualités en Beaujolais avec une belle intensité d’un fruit qui fait preuve de maturité, et j’ai trouvé des vins tout à fait délicieux.

Par la même occasion, j’ai aussi dégusté quels crus du Beaujolais, dans les millésimes 2012 et 2013 et issus des mêmes domaines que ceux qui proposaient les cuvées de vin nouveau. Et le moins que l’on puisse dire est que la gamme des vins rouges de cette région couvre un spectre bien plus large que celui communément reçu par l’opinion public. Il y avait là des cuvées de Régnié, de Brouilly, de Fleurie ou de Morgon ayant de vraies qualités de vins de petite garde, avec de la structure et du fond, sans perdre le caractère charmeur du fruit de leur gamay noir.

L’occasion de cette petite dégustation était une présentation des vins d’une association appelée Terroirs Originels, qui réunit une vingtaine de vignerons indépendants du Beaujolais et du Maconnais. Pour voir de quoi il s’agit, allez visiter leur site qui explique très clairement l’approche, ainsi qu’il présente les individus qui en font partie (http://www.terroirs-originels.com/). C’est cette association, entre autres, qui me confirme dans l’opinion exprimée ci-dessus quant à l’utilité, voire la nécessité, pour des vignerons ayant peu d’hectares chacun de s’unir pour vendre, en France ou à l’export, mais aussi pour présenter leurs vins à la presse et aux professionnels.

Nous savons tous que le phénomène Beaujolais Nouveau n’est pas une pure invention « marketing » du temps modernes, mais qu’il est l’héritier d’une tradition, oubliée et très ancienne, qui faisait que les vins (sauf quelques liquoreux) ne se vendait que pendant leur jeunesse, vu l’impossibilité de bien les conserver avant l’arrivée des bouteilles industrielles et de l’usage du soufre. La réussite de cette fête un peu bacchique doit aussi, très probablement, une part de son succès populaire à la période de l’année et à la météo connexe de l’hémisphère nord. L’été est loin, les jours de raccourcissent rapidement, le froid arrive et les fêtes de fin d’année ne sont pas encore là. Le prétexte pour conjurer la déprime et illuminer les idées noires tombe très bien. Mais chaque médaille à son revers, et la simplification de l’image des vins de toute une région, avec ses nuances, ses variations, ses capacités et expressions différentes, ont été, pendant longtemps, noyés sous le flot de ce vin simple et gai, mais un peu trop uniforme par moments.

Je crois que cette période est révolue, et je l’espère de tout coeur. Les nombreux producteurs de qualité de cette belle région le méritent amplement. En tout cas, les vins que j’ai dégusté (il est vrai qu’ils ne représentent qu’une infime partie de l’offre) n’avaient rien de triste, mais ils n’étaient ni simplistes ni monolithiques non plus. Chaque vigneron, et chaque cuvée passait une expression particulière parmi les vins de Beaujolais et Beaujolais Villages 2014 que j’ai dégusté, et à fortiori avec les crus. Voici des notes sur les vins que j’ai préféré, avec une photo des producteurs en question. Car je crois aussi (mais ce n’est pas une certitude) que l’homme fait bien plus pour la personnalité d’un vin que la géologie. Cette dernière disciplines permets de faire de bien jolies cartes quand même !

 

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Beaujolais Nouveau 2014, Emmanuel Fellot

Frais et délicat avec une superbe qualité de fruit. Un vin fin et léger, à lamper avec bonheur.

Beaujolais Villages Nouveau 2014, Emmanuel Fellot

Possède la même belle qualité de fruit mais aussi une structure plus présente et, logiquement, davantage de longueur. Une très belle cuvée qui nous amène loin des poncifs qu’en entend encore et toujours sur ce type de vin.

 

robert_perroud-1 Beaujolais Nouveau 2014, Robert Perroud

Le nez est splendide, très expressif. En bouche cela se confirme  avec un bouquet de fruits frais, d’une gourmandise parfaite. Je  dirai même que c’est un Beaujolais nouveau idéal et tout à fait  délicieux.

 

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Beaujolais Villages Nouveau 2014, Lucien Lardy 

Encore une délice, mais qui possède un peu plus de fond et de structure que le vin précédent. J’en boirais bien un tonneau !

 

 

La mode et les étiquettes

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Les étiquettes en Beaujolais, comme ailleurs, évoluent et c’est tant mieux. Une petite tendance remarquée lors de cette dégustation est l’apposition, en grand, d’une date qui n’est pas celle du millésime du vin en question. Cela est illustré par ces trois cuvées différents de Beaujolais et Beaujolais Villages Nouveau de Jean-Michel Dupré, vigneron de la commune de Regnié qui bénéficie d’un stock impressionnant de vieilles vignes. C’est donc l’année de plantation de la majorité de chaque parcelle (oui, il fait bien remplacer les pieds morts) qui lui donne son identité. Emmanuel Fellot utilise aussi ce principe d’une date écrite en grand sur ses étiquettes. Mais dans son cas in s’agit de 1828, année de l’installation de sa famille sur le domaine. L’ancrage dans l’histoire reste un constant, indépendamment des modes. Les vins  de Dupré sont bons, mais ne faisaient pas partie de mes préférés car j’ai trouvé leur acidité un peu trop présente. La partie pris de Dupré est d’éviter toute chaptalisation dans ses vins nouveau. C’est un peu comme la religion : on y adhère ou non par principe/croyance, mais pas vraiment par goût.

Et les crus

Voici une petite sélection, toujours issus des ce groupe de vignerons.

Domaine Dupré, Régnié 2012

J’ai aimé sa facilité d’accès et sa relative souplesse. Bon fruit et une certaine densité.

Robert Perroud, Brouilly « Pollen », 2013

Ce vin, qui a vécu 12 mois en fût est très structuré et possède une longueur impressionnante. Sa finale qui un peu sèche me fait penser qu’un peu moins de temps en bois aurait été préférable. Mais il faut certainement l’attendre aussi pour le laisser exprimer tout son potentiel.

Lucien Lardy, Fleurie 2013

Un très joli vin avec beaucoup de fond. C’est intense, relativement tannique, avec une structure bien en phase avec la matière. Un très beau vin qui peut se mesurer à d’autres bien plus chers.

L. Gauthier, Morgon Côte de Py 2013

Autre cuvée solide, aussi large que trapue. Sa texture légèrement rugueuse le situe un peu en dessous de la précédente.

 

Et bientôt des Premiers Crus ?

Je sais que l’inter-profession cherche à établir, à l’avenir, une sorte hiérarchie à l’intérieur des crus que prendra la forme d’un certain nombre de parcelles ayant le statut de premiers crus. Pour cela ils ont fait creuser de milliers de trous dans le vignoble afin de regarder ce qui se passe en dessous. Je ne sais pas trop ce qu’il faut penser de ce projet. D’un côté c’est bien, car cela fera parler des qualités de certains vins. Mais d’un autre, je ne suis pas convaincu que cela reflétera réellement une échelle qualitative crédible pour le consommateur, tant le rôle du producteur individuel me semble être au cœur de cette affaire.

 

David Cobbold

 

 


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Vineglorious! & other tales

vineglorious-coverJim presents his apologies but today’s post has been delayed by a long dinner featuring 21 wines from Gigondas stretching from 2006 back to 1995. Despite scrupulous observation of the precepts of La Modération, this billet will not be completed until later on today.

A few hours later…. before moving onto Vineglorious! and other tales I should pick out my favourite wines from the marathon Gigondas Ageability Dinner. In order of vintage I was particularly impressed by: 2005 Confidentiel Montirius, 2004 Domaine Saint Gayan, 2000 Château de Saint Cosme, 2000 Domaine la Boussière and the 1999 Domaine les Pallières.

Vineglorious – Switzerland’s Wondrous World of Wines: Ellen Wallace
I met Ellen in Montreux at the 2014 Digital Wine Communications Conference. She is a journalist, editor and publisher. Born in America Ellen moved to France and then to Switzerland in 1985. Vineglorious! is self-published and is that rare beast a book on Swiss wines in English.

This is not your typical wine book – more a series of impressions or short articles highlighting aspects of Swiss wine.This is probably not a book for a wine geek, so if you are looking for a treatise on Swiss wine this is not it. Ellen’s intention is to capture the reader’s interest rather than provide information in regimented order as in the classic wine book format. She often concentrates on stories rather than how many hectares, vines per hectare etc. Telling the myth of Hannibal’s elephants and Barry the dog with his handy brandy, Charles the Bold and his silver bathtub or the 19th century counterfeiter Joseph-Samuel Farinet, who became a Robin Hood figure and now has a vineyard, which belongs to the Dalai Lama, planted in his memory on the Colline Ardente above the village of Saillon.

Ellen decided against having an index in her book. Instead she has one on-line that can be updated with links to information on her website. It can also available as a printable pdf minus the links to the articles. Due to its episodic nature Vineglorious! needs an index if you are looking for a specific vineyard or grape variety rather than just wanting to dip into it.

Vineglorious is available p&p from 30 Chf within Switzerland 35 Chf in other parts of Europe.

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Simon Woods: The World’s Shortest Wine Book* *maybe

People, who live in the north of England, are renowned for being blunt. Simon Woods lives in Greater Manchester and his new book is full of admirably blunt, good advice.

‘It’s bollocks.’ – science of food and wine matching.

‘The easiest way to get more out of a bottle of wine? Buy some decent glasses.’ Rather than recommending expensive and often fragile Riedel glasses, Simon suggests you head for IKEA and buy the Hederlig range at £1.40 a pop – ‘they’re perfectly adequate for all but the most picky drinkers’.

France and Italy: the greatest wines, the grottiest marketing

‘Let’s not beat about the bush, some countries make wine that is dispensable. If Chile or England didn’t exist, there wouldn’t be too many people in the wine world who would shed a tear. Unless they came from Chile or England. Ditto for much of Eastern Europe and Canada. But if France or Italy didn’t exist…’

‘Add in the national character traits – stubborness for the French, vanity for the Italians – and you have a marketing nightmare. It’s no wonder that many people opt for New World wines called simply Blob Estate Cabernet Sauvignon.
Subtitled ’21 ways to get more out of a bottle of wine’ Simon’s 64 page book is self-published with 21 short chapters. He actually wrote three more short chapters which you can get by emailing him.   Simon Woods: The World’s Shortest Wine Book* *maybe available for £5 or less on Amazon. 

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Invest in brass necks!

good friend!

‘good friend to customers’ not sure the creditors of bust Vinance plc owed £15 million would entirely agree…

It was nearly three weeks ago that a comment from an anonymous source alerted me to the existence of Simon Ford’s Electus Wines Ltd:
‘Jim, after the Vinance debacle am stupefied to see that Simon Ford has set up a new wine investment firm.’
Following Vinance plc’s collapse into liquidation on 17th May 2013, Electus Wines Ltd was set up on 16th July 2013. It has two directors 37-year-old Simon John Ford, based in Ottawa, Canada and 69-year-old Timothy Graham Ford (Simon’s father) based in London SE3. Electus Wines Ltd is registered c/o Lester Aldridge LLP, WSP House, 70 Chancery Lane, London WC2A 1AF. Timothy Ford is a consultant to Lester Aldridge LLP and is the Chairman – Reading University Pension Fund. See his Linkedin profile.


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Plaisirs simples et, parfois, une touche de luxe

Très honnêtement, j’ai autant de plaisir avec des choses simples qu’avec des produits souvent qualifiés dans la catégorie « luxe ». Mais que veut dire ce mot bizarre ? Je crois qu’il ne s’agit pas simplement l’aspect factice et « bling-bling » du luxe qui envahit de plus en plus la plupart des médias, comme des boutiques des centres villes. Pour moi, ce sont surtout des choses peu accessibles, soit par leur prix (si possible lié à leur qualité), soit par leur rareté, soit par la difficulté d’en jouir aussi souvent qu’on le souhaiterait. Le temps, par exemple, est une denrée qui, pour des individus très (trop ?) pris par l’intensité du quotidien peut sembler relever du luxe.

Si j’applique cette définition au monde du vin, je suis amené à inclure dans la catégorie « luxe » des vins rares, mais pas nécessairement très chers, des vins d’ailleurs auxquels je n’ai pas facilement accès en France, et aussi, bien entendu, des flacons très prisés par des amateurs fortunés et dont les prix se sont envolés dans le stratosphère. Ce qui est la cas maintenant pour à peu près tous les vins de Bourgogne hors les régions maconnaise et chablisienne. Ensuite il faut déterminer, chacun en fonction de ses moyens, ce qui est inaccessible (ou pas « raisonnable ») et ce qui l’est moins. Dans mon cas, je refuse de dépenser plus de 50 euros sur une bouteille de vin, sauf de très rares exceptions et dans un moment de folie ou de richesse très passagère. Et, en générale, je ne dépasse que très rarement la moitié de cette somme là. Je parle là d’un achat « vente à emporter », mais j’essaie aussi de m’en tenir là dans les restaurants, ce qui est une exercice difficile ! Mais, de temps en temps, je découvre un flacon ayant sommeillé dans ma cave, ou m’ayant été donné par quelqu’un d’aussi généreux qu’attentionné, et qui me procure un plaisir immense, à la hauteur (peut-être) de la valeur monétaire du flacon en question qui dépasse mes propres limites budgétaires.

IMG_6386Une belle étiquette qui a un peu soufferte dans ma cave, mais peu importe, la bouteille est vide. Oui, le shiraz australien peut être d’une finesse aussi remarquable qu’un très bon Côte Rôtie.

Ce fut les cas l’autre jour, en extrayant de ma cave une belle bouteille à partager avec des amis à la maison. Clonakilla est un domaine familiale situé au nord du capital d’Australie (Canberra, pour ceux qui cherchent). Ce n’est pas une zone viticole célèbre comme Coonawarra ou Barossa, mais John Kirk, qui est arrivé en Australie en 1968  d’Ireland après des études de biochimie en Angleterre, a décidé d’y acheter du terrain puis d’y planter de la vigne à partir de 1971. Dans cette zone appelé Murrumbateman, le climat est relativement frais et la viticulture fut d’abord un « hobby » pour John Kirk. Après avoir été rejoint par son fils Tim, cette activité s’est développé au point de devenir un des domaines de référence du pays, surtout pour son vin phare, un shiraz/viognier. Cette cuvée fut produite pour la première fois en 1992, inspiré par une dégustation faite par Tim chez Marcel Guigal. Pour ceux ou celles qui doute de la capacité de ce pays-continent à produire des vins ayant autant de finesse que d’intensité, ce vin devrait les convaincre pleinement. Ce Clonakilla Shiraz viognier 2001 que j’ai dégusté dans sa 13ème année était vibrant, raffiné, soyeux, fruité, complexe, long, équilibré et, finalement, assez exceptionnel pour m’émouvoir. Que demander de plus ? Une caisse dans ma cave, là, tout de suite ! Difficile pour moi car le prix de ce millésime (si on peut encore en trouver en Australie) dépasse les 100 euros. Un millésime récent peut peut-être se procurer pour un peu plus de 50 euros. Une folie drôlement tentante et merci à l’ami qui me l’a offert !

IMG_6400Scène du marché de samedi à Valence d’Agen : potirons, raisins et chataignes. Après on déjeune…

Maintenant revenons sur terre pour d’autres plaisirs simples et infiniment plus abordables. Ja passe une semaine en Gascogne afin de profiter de l’automne qui alterne les rayonnement des couleurs de feu avec le gris/brun humide et les brumes matinales. Après des courses au marché de samedi, quoi de mieux qu’un déjeuner dans la partie bistrot du restaurant l’Horloge, à Auvillar.

IMG_6397La façade du restaurant l’Horloge, à Auvillar (82). Havre de paix, de bonne nourriture, vin et musique. En été dehors sous les platanes, maintenant dedans

C’est mon restaurant préféré du secteur, et, autre cause essentiel à mon bon plaisir, la carte de vins est très bien choisie et les prix y sont abordables. A chaque visite je prends plaisir à laisser Jérome, le sommelier; me servir à l’aveugle des vins au verre issus de ses récentes découvertes. Voilà une autre forme de luxe, ne pas avoir à choisir ! Je me trompe plus souvent que je ne devrais sur leur origine, mais on s’en fout ! L’essentiel est dans le verre et pas dans le « savoir » qu’on mettra autour.

IMG_6388Les deux vins qui m’ont été servis au verre ce jour-là

Le blanc vient de Limoux mais ne bénéfice par de cette appellation. Peut-être contient-il trop de chenin, ou pas assez de chardonnay. J’ignore la raison, et ces règles absurdes des AOP je commence à m’en moquer et de m’en méfier, car cela ne conduit pas toujours vers une qualité accrue.  Le vin était parfait, droit, fin, gourmand, pleinement satisfaisant avec une soupe laiteuse (la crème était délayée comme il faut et pas épaisse) de chataîgnes, délicate et réchauffante. Je ne connaissais pas ce Domaine de Hautes Terres, mais il sait faire du bon vin. Idem pour le rouge, un Minervois ayant beaucoup de fraîcheur (merci la part de carignan) et juste ce qu’il fallait de fruit et de structure pour accompagner la lapin. La cuvée est parfaitement nommé et ces deux vins prouvent, une fois de plus, que le Languedoc évolue vers de plus en plus de finesse dans sa meilleur production.

Deux vins parfaits, pas chers, bien servis et le tout (repas pour deux avec trois verres de vin et un café) pour 50 euros. Ma limite pour l’achat d’une seule bouteille d’exception. La beauté des plaisirs (relativement) simples. Je ne vais pas si souvent au restaurant, mais j’aimerais bien que cela soit toujours comme cela !

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David


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Linc on triangles, bubbles and Russian dolls

Notre invité australien Lincoln Siliakus (Vino Solex) revient sur un événement récent auquel deux des 5 (Marc et Hervé) ont également assisté.

Every time I go to the Languedoc, there is talk of appellation reform. Villages get promoted, new appellations are created, and there’s constant talk about new categories within the existing ones… Enter Jean-Philippe Granier, the enthusiastic and ebullient “technical director” for the AOC Languedoc, and himself a winemaker. If he’s not in the throes of actually having an idea, he’s chatting about one he’s just had. And he invited a small group of journalists to the area recently to chew the cud about eight historical appellations that he believes warrant greater recognition, the details of which I’ll cover in another blog.

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An enthusiastic Jean-Philippe Granier

This story is to ask the basic question – what’s going on here? In other words, what is all this AOC shuffling in the Languedoc telling us about people: their “culture”, beliefs, habits and images? Intellectualism warning – if elitism is a French fetish, so is complication. This could get messy. And from now on I’ll use the new European AOP (Appellation Origine Protégée) designation. The C in AOC stands for “Contrôlée », another French fixation.

Anyway, the French themselves think of their country as a hexagon. In fact, they often use that word to describe the “mainland” of France as opposed to its islands such as Corsica and its territories such as Guiana.

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But, psychologically, France is more like this.

triangle

 

The entire country, it seems, is graded: from schools to restaurants, churches, towns; just about everything has one or more stars or labels. It’s a profoundly elitist culture, in which excellence (but not wealth) is flaunted.

And Australia might look more like this, as it is a country of brands of different sizes and colours that are being pumped up or pricked, all floating around in a free market (well, with a bit of mateship and corruption thrown in, of course) and a wine’s value is its cost.

Bubbles

To return to that triangle. At the moment, the winemakers are looking at one which looks like this. It’s inspired by that drawing of Jean-Philippe’s, although I still don’t really understand it. They are being somewhat hopeful at this stage as the system does not (yet) contain the highest category there.

Triangle

The idea is to get to the top and then to fight off the upstarts. Or to create an even higher category. The folk out at Châteauneuf-du-Pape must be thinking about this seriously, as a new cru comes along in the Côtes du Rhône just about every year, and they must be looking at ways to step over the crowd of newbies.

In passing, we need to understand that this triangle is based on an assumption; a subliminal code if you like. France is a ground-up culture, where your sense of identity comes from the territoire (there you have it, it’s the new buzzword over here) into which you were born, your place. The French farmer belongs to the earth, not vice versa as in Australia. The land is not just an asset, but something to pass on to the next generation. Hence the assumption that the identity, quality and value of a wine derive inherently from the place in which it is grown. It’s obvious, Monsieur. And, yes, it is.

Back to our triangle. Normally, if you don’t meet the rules of a category, you can drop down to the level below, so the system could also be thought of like this.

Russian dools

This depends on all sorts of factors, the most important apparently being the availability of that lower category when your current one was created. I warned you that this is a mess! So, if you were not in the AOP Languedoc when that was created but your appellation now finds itself at the Cru level above it, you cannot drop to anywhere in this triangle. You’d have to sell your stuff as an IGP or Vin de France, which is below the triangle. Indeed, only 10% of the Languedoc’s wine is at the AOP grade.

This appellation frenzy is terrific of course – it allows winemakers to hold innumerable meetings during which the qualities of the product are re-assessed in practice. It justifies a plethora of working committees, and facilitates the inflow of public funds. It maintains an army of officials, keeps geologists busy, and justifies journalist visits.

All good.

Except for the poor consumers, that is, who have no idea about what they are drinking.

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Siliakus 

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Des vignes et des cailloux

Tout juste 16 bornes. À peine sinueuse, la désormais célèbre Départementale 18 qui, au passage a inspiré l’un des vignerons de Calce (Olivier Pithon) pour une magistrale cuvée de blanc à base de grenaches, s’enfonce en grimpant au flanc d’un vallon de plus en plus étroit et aride peuplé de vignes en terrasses, de buissons de romarin et de caillasses. Pour déboucher où ? Sur un village sage, propret et fleuri qui s’étage au dos de la colline tout recroquevillé qu’il est à l’abri de la tramontane. D’emblée, on pense à un grand terroir. Et pourquoi le Roussillon, lui aussi, n’aurait pas le droit à ses grands vins ? Il faut déjà se rendre à l’évidence : nombre d’amateurs de vins du Sud vont à Calce comme s’il s’agissait d’un pèlerinage d’une capitale importance. C’est le cas depuis que ce bourg de 220 habitants (à peine un ou deux de plus) et de 220 mètres d’altitude (une estimation) est devenu la Mecque des dingos de vins, notamment, le jour où, au début du printemps, les vignerons s’adonnent au jeu des caves ouvertes lors d’une manifestation à la fois sérieuse et festive baptisée « Les Caves de rebiffent ». Qu’on se le dise, les vignerons de Calce préparent pour 2015 leur dixième « rebiffade » dans le plus grand secret. En attendant l’évenement, les cinéphiles revoient les séquences du film de Gilles Grangier, « Le Cave se rebiffe » qui, en 1961, s’inspirait du roman d’Albert Simonin. Gabin, Blier, Biraud… à vous d’imaginer quel vigneron collerait le plus aux personnages de premiers plans que sont Gérard Gauby, Olivier Pithon, Jean-Philippe Padié ou Tom Lubbe, pour ne citer que ceux-là.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Glaïeuls sauvages, orchidées, euphorbes, quelques rares figuiers, cyprès et chênes verts, du thym, de la lavande, du ciste… Puis du grenache gris, du carignan, du mourvèdre, que sais-je encore. Parmi les amateurs qui font le voyage à Calce, les plus courageux ont la bonne idée d’abandonner la voiture sur les hauteurs de Baixas – prononcez « Baichasse » – pour suivre à pieds une petite route parallèle à la D.18 inégalement goudronnée, le plus souvent réservée aux viticulteurs et aux chasseurs Calçéens. Quatre, voire cinq kilomètres de pur bonheur avec encore plus de plantes aromatiques en fleurs. Autant de parfums diffusés dans l’air encore frais du matin. Un peu d’exercices en bande ou en famille pour une montée douce et réjouissante jusqu’aux caves du village. Après la visite et le casse-croûte, on se dit que le retour sera une saine descente, digestive et sportive, à la portée de tous. Et la chance de pouvoir s’arrêter au bord du chemin pour discuter le coup avec un vigneron, parler cépage ou élevage, taille de la vigne ou vendange, évoquer l’âge canonique des carignans ou l’importance d’un labour de surface dans l’attente d’une pluie bénéfique que l’on espère proche. Se rendre compte que si la vigne se plaît ici, ce n’est pas une mince affaire.

Préparation de l'affiche des Caves se rebiffent par le photographe Éric Fénot. Photo©MichelSmith

Préparation de l’affiche des Caves se rebiffent 2014 par le photographe Éric Fénot de 180°C. Photo©MichelSmith

« Autrefois, on avait de longues périodes de sécheresse qui duraient 5 à 6 ans. Les femmes étaient obligées de dévaler la colline pour aller laver le linge dans l’Agly », se souvient un vieux venu bricoler sa vigne avec la pioche qu’il a rangé dans la 4L. « Que voulez-vous », se lamente un copain qui l’accompagne, « ici on a que du vin, du vent et des cailloux ! » Et l’ami Jean-Philippe Padié, éternel blagueur, qui débarque dans sa vigne le sourire en coin affirmant à la cantonade : « Il fait si sec que, pour faire du vin on va être obligé de presser les cailloux ! » Et le visiteur habitué des lieux qui se souvient avoir rencontré Marguerite Sol il y a un peu plus de 20 ans, la grand mère de Gérard Gauby dont le père, Michel, avait un troupeau de chèvres et de moutons dans le hameau de Las Founts, bien à l’écart du village. Elle gardait un souvenir mitigé du vin de jadis : « Il n’y avait pas toutes ces appellations que l’on voit aujourd’hui. Dans notre famille, on ne buvait que des vi ranci », autrement-dit des vins oxydés gardés dans un vieux fût sous un escalier dans la remise, parfois-même dehors, exposé à tous les vents dans de lourdes bombonnes. Pour devenir consommables, sous l’effet des variations de températures, les vins que l’on gardait pour la famille devaient acquérir ce goût caractéristique de rance, limite aigre. Quant aux raisins, ils filaient droit au négoce quand ils n’allaient pas à la coopérative. C’était le temps de la polyculture : les habitants de Calce et alentours étaient éleveurs et cultivateurs à la fois. Prendre le temps de rejoindre Calce, c’est moins d’une heure de promenade avec la chance de poser un instant sur un rocher pour voir surgir au dessus d’un coteau le Canigou enneigé tout auréolé de son cadre azur. Qui donc, résisterait aux charmes du Roussillon ?

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Plein centre où Caro et Léo vous attendent dans leur café-resto… Photo©MichelSmith

Celle ou celui qui n’a pas parcouru les sentes vigneronnes de Calce ou qui n’a pas glissé son corps entre deux ceps enracinés dans un sol caillouteux ne connaît pas son bonheur. Tantôt grise ou noire, blanche ou ocre, voire carrément rouge, la terre ici semble dérouter les jugements à l’emporte pièce. Il suffit de soulever les cailloux pour la voir. « Vos vignes sont bien entendu sur des sols de schistes ? », demande le journaliste qui a remarqué une ribambelle de rochers dans les parages. Tout juste si on ne lui rit pas au nez ! « Mon bon Monsieur, ici, on a de tout, un véritable puzzle géologique ! » Entre les vignes et les murets de pierre subsistent encore des calcinaires, des fours à chaux, restes de ce qui fit jadis, bien avant la vigne, la richesse principale de Calce. La calcination du calcaire donnait l’indispensable chaux qui servait, entre autres, à la fabrication du mortier. Tout est donc dans le nom de la localité et de ses habitants, les Calcéens, qui ont toujours vécus à distance de marche des calcinaires, ces nombreux fours à chaux dont on pense qu’ils sont là depuis l’époque gallo-romaine. Comme par hasard, la plus connue des cuvées de Calce appartient à Gérard Gauby qui l’a baptisée « Les Calcinaires ». Le calcaire est donc l’élément essentiel de la vigne à Calce. Mais ce serait trop simple de s’arrêter là tant Calce semble être né à la suite d’un véritable chaos tellurique…

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Si Calce revit, autant le dire tout de suite, c’est grâce à Gérard Gauby et à ses disciples. Olivier Pithon est de ceux qui débarqua le premier. Venu d’Anjou, le jeune débutant d’alors se souviendra toute sa vie de la taille de « sa » première vigne. Après de nombreux mois chez Gauby, il réalisait son rêve. « C’était le 3 Janvier 2001 et j’étais dans une vieille parcelle de carignans plantés par un certain Saturne en 1940. Vue imprenable sur la Méditerranée, les Corbières, les Pyrénées. Sécateur à la main, tête baissée, l’aventure de ma vie commençait en même temps que je réalisais la diversité des sols de Calce. Travailler en bio est devenu pour moi une évidence ». Dans le puzzle évoqué plus haut, les schistes et les mica schistes sont le plus souvent la partie visible des bonnes terres à vignes de Calce. Elles exigent de l’homme beaucoup plus de sueur et de labeur. Mais il y a aussi des vignes plus calcaires qu’argileuses, des sols couverts de galets roulés et même des vignes sableuses ou limoneuses plus faciles à travailler. Or, les bons vignerons ont toujours eu cet instinct, à moins que ce ne soit de la curiosité, qui les font se tourner vers des parcelles à la fois spectaculaires et enchanteresses, des vignes au physique dur où il faut se battre contre les éléments, des vignes brûlées par le soleil ardent, fouettées par la force des vagues de tramontane, transies par le climat froid et vif d’une terre tournée vers le nord. Posé sur une de ses nobles parcelles qui regarde la Petite Sibérie, un mamelon de deux hectares rendu célèbre par la volonté d’Hervé Bizeul, un de ses amis installé à quelques kilomètres de là, Gérard Gauby aime raconter que cette parcelle est sa Grande Sibérie à lui. Et en disant cela, Gérard ne pratique pas que l’humour. Pour l’avoir fréquenté dès l’enfance, il sait pertinemment que ce terroir par endroit est froid, pour ne pas dire glacial, au point qu’un autre que lui l’auraient abandonné. Mais, comme les pionniers de jadis, comme son grand-père qui la travaillait à la pioche et à la jument, lui continue de s’y accrocher. Avec son fils, Lionel et ses ouvriers, il sait la valeur d’une telle terre : elle lui donnera des raisins qui ressemblent à ces paysans de la vigne passés avant lui, des fruits endurcis par la nature, mais enrichis d’une forme d’équilibre qui transcendera ses assemblages, qui rendra le vin encore plus complexe, plus animé, plus structuré, moins lourd. Car il serait stupide de croire que les vins des Gauby soient des durs, des gros bras, des balaises qui s’inspireraient de la supposée rusticité des terres et de leurs patrons. Dès que l’on a compris cela, il n’est pas étonnant de constater que les mots qui reviennent sans cesse en goûtant les vins des Gauby père et fils, sont la retenue, la vibration, la colonne vertébrale et la finesse. Reste le Domaine Gauby. Il faut aller le trouver en son royaume, à l’écart du village. Une petite route étroite mais bien fléchée en contrebas de la D.18 mène dans une espèce de mini canyon au sortir duquel on tombe sur la maison-cave de la famille Gauby. Physique de pilier de rugby, sport qu’il a pratiqué plus jeune en frôlant le haut niveau, Gérard a repris les vignes de son grand-père avec une énergie incroyable dans le milieu des années 80. Ses vins sont passés par tous les stades, du plus simple au plus rustique, du plus musclé au plus fin. Lumineux, digestes et précis, ils ont toujours su interpeller leur auditoire. Aboutissement d’une aventure qui ne cesse de se répéter, les plus grands dégustateurs de la planète vins placent Gauby parmi les noms symboliques du magistral renouveau sudiste constaté ces dernières années.

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La route départementale traverse le village. Photo©MichelSmith

Dès lors, il n’est pas étonnant d’apprendre que les vignerons installés à Calce à l’aube du nouveau millénaire sont tous passés par la case Gauby. Gérard, dont le père a été maire du village dans les années 80, connaît les collines et les chemins de sa commune comme sa poche. Pour abriter ses 150 ilots de vignes des traitements chimiques infligés sans retenue par des viticulteurs inconscients, il a patiemment construit son vignoble à l’intérieur d’une ceinture de protection propice à l’installation d’une biodiversité. La garrigue donne du sens à sa démarche : sur 45 hectares de vignes qu’ils travaillent, les Gauby possèdent autant d’hectares de terres sauvages qu’ils protègent des ravages de la civilisation. Cette démarche nécessite beaucoup de patience, dialogues, de compromis, d’échanges, de palabres… Et il n’est pas interdit de penser que c’est cette passion qui a donné du sens à l’installation d’un Jean-Philippe Padié, d’un Olivier Pithon, ou d’un Thomas Lubbe.

Pour autant, en succédant à Georges Gauby, le père de Gérard, un autre homme a également joué un rôle important dans l’image viticole qui colle désormais au nom de Calce. Cet homme, Catalan de cœur et de goût, aussi énergique que rêveur, diplomate et pragmatique, c’est Paul Schramm. Aujourd’hui passionné par la peinture, cet ancien prof à l’École Hôtelière de Perpignan où il enseignait l’art du service du vin à table, il s’est retiré en début d’année de la Mairie après deux mandats passés à embellir sa commune, à l’équiper en sentiers de randonnées, en parkings discrets, en aires de pique nique, à restaurer les ruines, les murets, à comprendre l’importance que la vigne, trésor de vie, pouvait avoir pour sa commune. C’est à lui que l’on doit l’ouverture de ce café-poste-restaurant, le Presbytère (les habitués disent « chez Caro et Léo » ), où tous les vignerons viennent boire le café du matin en se plongeant brièvement dans la lecture de L’Indépendant. On y trouve tous les vins de la commune qui peuvent être emportés et consommés à table, parfois servis au verre, à des prix décents. Ils sont six vignerons en tout, sept si l’on compte les 40 adhérents de la Cave Coopérative, un peu plus si l’on compte ceux qui ont leur cave ailleurs. Et leur notoriété est telle qu’en se donnant la main, en comptant sur l’aide précieuse de la mairie, ils déplacent les foules. Bruno Valiente, le nouveau maire, se frotte les mains : grâce au travail de son prédécesseur, Paul Schramm, il peut envisager avec optimiste l’avenir de son cher village-vigneron. Un authentique village si proche de la nature, si lointain de Perpignan… et si peu éloigné de l’homme.

Michel Smith

PS. Ce texte est extrait d’un article que je viens de publier dans le numéro 4 de la revue 180°C, à laquelle je collabore régulièrement depuis ses débuts. Article accompagné des photos d’Éric Fénot. Vous y trouverez aussi un mini portrait des principaux vignerons et des commentaires sur leurs vins. La revue 180°C est en vente dans toutes les bonnes librairies…

 

 


4 Commentaires

Le dilemme des « petits gros », ou des « gros petits » producteurs

Je n’ai jamais pensé que la taille de l’outil pouvait affecter la qualité du produit. Et cela va aussi pour le vin, même s’il y a des esprits étroits qui récitent, ad nauseum, le mantra du small is beautiful. Mais il faut aussi reconnaître que, sous la pression de certains marchés à niches et leur prescripteurs ayatollesques, des domaines français ayant atteint une taille dépassant, disons, 100 hectares (voire même moins), commencent à avoir des difficultés à conserver ces marchés à moins de fractionner leur gamme dans une série de micro-cuvées.

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La beauté des lieux ne fait pas de doute. Mais comment y être fidèle sans rendre le message trop compliqué ? That is the question…

Cette vérité du marché m’a été rappelé une fois de plus par une récente dégustation de vins de l’excellent domaine des Corbières de la famille Bories, le Château Ollieux Romanis. Ce domaine historique de la région, situé dans la plus vaste appellation du Languedoc, a récemment été réunifié et totalise maintenant plus de 150 hectares. Ce n’est rien du tout à coûté des géants viticoles de ce monde, mais, aux yeux de certains, cela apparaît trop grand ! Pourquoi, je n’en sais rien. Mais ce type de réaction semble avoir fait réfléchir Pierre Bories à des manières de contourner l’obstacle posé par ces refuzniks en fractionnant sa gamme et en menant quelques expériences à la marge pour contenter aussi les amateurs de vins qui n’utilisent que peu ou pas de soufre et autres adjuvants.

Cela s’appelle, en termes marketing, la sous-segmentation, et on constate ses effets dans à peu près tous les domaines aujourd’hui, le vin ne faisant pas exception. Personnellement j’ai quelques réserves sur une telle approche du vin, car j’estime qu’on fait souvent un bien meilleur vin en pratiquant l’assemblage : les grandes marques de Champagne en font la démonstration régulièrement, et je me souviens d’avoir entendu Michel Laroche dire qu’il ferait un bien meilleur Chablis Grand Cru en assemblant toutes ses parcelles en grand cru, au lieu de pratiquer la traditionnelle approche du cru par cru. L’autre problème soulevé par cette approche est qu’il y a le risque de déshabiller Pierre pour habiller Paul, même si, sur 150 hectares et avec des dispositions de sites et de cépages bien diversifiés, ce risque est peut-être gérable. Mais, avant tout, le poids du marché des vins fins fait probablement pencher la balance de nos jours en faveur d’une série toujours croissante de petites cuvées, avec telle ou telle particularité (de site viticole, de sélection et de type d’élevage, du sans soufre ou de ceci ou de cela). La seule vraie vérité dans le vin étant la vérité des marchés, bien entendu.

CaveauDegustationOllieux

J’ai dégusté la gamme actuelle d’Ollieux Romanis avant et pendant un repas de presse donné récemment par Pierre Bories et sa mère. J’ai toujours apprécié leurs vins, les trouvant d’une fiabilité rare et bien placés en matière de prix. Cette fois-ci, j’ai eu l’occasion d’affiner mon jugement à travers plusieurs millésimes de certains vins. Et d’essayer de comprendre la logique de cette approche du vin. Tous les vins sont des Corbières, ce qui démontre déjà la diversité de styles dont est capable cette vaste appellation.

Les vins rouges

1). Gamme Le Hameau des Ollieux : Le Petit Fantet d’Hippolyte (millésimes 2013, 2012 et 2011)

L’origine de ce vin est une parcelle complantée de carignan, grenache et syrah. Je trouve déjà admirable et inhabituel de présenter plusieurs millésimes d’un vin « entrée de gamme » dans une telle dégustation. Tous les trois était délicieux de fraîcheur et de fine gourmandise, avec un petit plus pour le 2011, qui possède un nez superbe et un volume en bouche conséquent pour un vin de ce niveau, sans aucune impression de lourdeur (prix autour de 8 euros)

2). Gamme Corbières Classique : Château Ollieux Romanis 2013

Un seul millésime de ce vin; ayant subi une mise récente, il ne se présentait pas dans sa meilleure forme. Mais j’ai aimé la délicatesse de son toucher et son fruité claire, soutenu par une belle acidité (prix autour de 8 euros)

3). Gamme La Petite Muraille : Le Champ des Murailles 2012

60% de carignan et 40% de grenache pour ce vin au nez plus sombre et terreux, et à la texture plus rugueuse. On sent aussi plus de chaleur au palais. Plus puissant, mais aussi plus rustique, il coûte moins cher (6,50 euros).

4). Gamme Prestige : Château Ollieux Romanis 2013

Assemblage de carignan, grenache, mourvèdre et syrah. Les nez est aussi un peu fermé mais fin et complexe. A la fois plus intense en saveurs et plus soyeuse de texture. La finale reste un peu carrée mais ce vin sera très bien dans 2/3 ans. (Prix 13 euros)

Château Ollieux Romanis 2012

Avec ce vin le volume a eu le temps de se développer, la rondeur aussi. Sur un fond encore ferme, il commence à montrer sa puissance et sa longueur. Le bois est encore un peu présent. (Prix 13 euros)

Château Ollieux Romanis, Cuvée Or 2012

Assemblage de carignan, grenache, mourvèdre et syrah, issu de vignes âgées (60 à 100 ans).  Je n’ai jamais été fanatique des arômes produits par la macération carbonique. Ce vin en souffre un peu, mais il y a une très belle qualité de fruit derrière avec pas mal d’intensité. La texture et mi-veloutée, mi-rugueuse. Puissant et long, il aura aussi besoin d’une paire d’années pour s’affiner. (prix 21,50)

5). Corbières Boutenac : Atal Sia, millésimes 2012, 2011, 2010, 2009, 2008

Cette cuvée bien plus concentrée ne m’a pas convaincue. Je lui ai préféré toutes les autres les cuvées, y compris le Petit Fantet. Il me semble qu’on est un peu dans un certain excès sudiste avec ce vin. Les tanins sont massifs et l’alcool très présent. Certes il y a une très belle concentration de fruit, mais je n’ai pas trouvé les équilibres réussis et je n’ai pris aucun plaisir à déguster ces millésimes, sauf un peu le 2012. (prix 19 euros).

6). Domaine Pierre Bories, Corbières l’Ile aux Cabanes 2013

Ce nouveau vin rouge, issus d’une parcelle ayant appartenu à François de Ligneris, était pour moi la vrai découverte (et le bonheur) de cette dégustation. Fermenté en cuves béton, il démontre que certaines vinifications sans soufre peuvent produire des résultats exaltants. J’espère seulement que cela se tiendra dans le temps ! Le vin est très juteux, avec un fruité magnifique. C’est dense mais parfaitement équilibré. Une vrai délice qu’on paiera certes un peu cher (30 euros)

Les vins blancs

Château Ollieux Romanis Classique 2013

Assemblage de roussanne, marsanne, macabeu et grenache blanc. Vin simple et très plaisant, avec un excellent équilibre et de très jolies saveurs. Bien dans son prix raisonnable de 8 euros.

Château Ollieux Romanis Prestige 2013

Assemblage de roussanne et de marsanne, avec un peu de grenache blanc. C’est très rond, puissant et chaleureux. J’ai trouvé le boisé excessif et le vin trop allourdi par son alcool (trop cher à 16,50 euros)

Domaine Pierre Bories « Le Blanc » 2013

Un assemblage macabeu, grenache gris, grenache blanc et carignan blanc, vignes âgées. Fermentation en barriques sans soufre et élevage en barriques. Ce vin n’était pas fini, ayant pas mal de gaz (en partie, probablement, pour le protéger à la place du soufre), mais aussi des arômes lactés des ferments. Le boisé est aussi trop présent. Je n’ai rien contre l’emploi de la barrique, mais sont effet devrait être plus subtil et pas se sentir dans le vin fini. C’est surement une expérience intéressante, mais je ne pense pas que cela soit une bonne idée d’essayer de vendre ce vin, surtout au prix annoncé (30 euros !!!)

 

Conclusion

Si je n’ai pas été convaincu par tous les vins de la gamme, je trouve la franchise de l’approche admirable. Cela dit, je reste convaincu que cette gamme est trop large et trop complexe et qu’on pourrait espérer des meilleurs vins, avec des positionnements prix mieux étalés, en pratiquant davantage d’assemblages. Certains vins pourraient se placer plus chers, d’autres moins chers, mais trois gammes (au lieu de 5 ou 6) me semblant suffisants pour un domaine de cette taille, surtout s’il souhaite exporter une forte proportion de sa production. Simplifier, toujours. Ou, pour transposer un mot de l’ingénieur Colin Chapman à propos des voitures de course, « add lightness« !

 

David Cobbold

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