Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Naturally not 2013 en primeur

 

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Buyers of Cos en primeur over the lost five vintages have lost money.

 On Sunday I spent the morning at the 2014 Real Wine Fair at Tobacco Dock in London’s Wapping. After a slow start – doubtless a blend of Sunday morning lie-ins and the clash with the London Marathon, things had started to hot up by the time I left just before 1pm.

This annual fair along with the similar RAW Fair, which will be held in mid-May, continues to be popular. It doesn’t appear to be important that there is no official or agreed definition of what is a natural wine. People appear to be attracted by the chance to taste individual wines made by interesting and characterful producers.

If the Real Wine Fair hotted up after a slow start, the same cannot be said of the 2013 Bordeaux en primeur campaign. Unsurprisingly customers appear to have minimal interest in loaning money on an interest-free basis to the already fabulously wealthy leading Bordeaux châteaux for wines that are pleasant early drinking at best. Recent research from Liv-ex shows that wines bought en primeur from recent vintages could have been purchased more cheaply once the wines were in bottle, so negating the probably most persuasive argument for buying Bordeaux en primeur.

A recent example from the Liv-ex blog on the release price of 2013 Cos d’Estournel:

‘With the UK release price at £900 per 12×75, the 2013 is more expensive then the current price of the 2012, 2008, 2007, 2006, 2004, 2002 and 2001.’

‘So, should the collector buy? Returns from previous vintages provide little comfort. The chart below is stark: those who bought Cos d’Estournel at En Primeur during the last five years have lost money. Little incentive, then, to get involved this year.’

My impression is that reputable UK merchants are being very wary over which 2013 wines they recommend to their customers. Upsetting their customers by pushing wines en primeur that will either turn out to be a disappointment or a bad buy because they will be cheaper once in bottle, has a stronger pull than protecting your allocation for future vintages.

A number of critics have suggested that the en primeur system is broken – no longer working. May be so but Bordeaux institutions tend to be resilient. If 2014 proves to be a spectacularly good vintage, then talk of en primeur being broke will probably disappear in a foaming cappuccino of hype!

However, some critics are becoming increasingly queasy over the role they traditionally play in the Bordeaux en primeur process – publishing their score soon after the primeur tastings that allows the châteaux to benchmark their prices. There is, of course, no such thing as a free lunch or even slice of foie gras!

Tim Atkin MW is declining to publish his score until the châteaux have released their prices. Already the châteaux will not have Robert Parker’s scores to gauge their prices as he will not be visiting Bordeaux until June to taste the 13s.

Much of the ep comment has been about the minutiae of pricing by the properties, who have released so far. What no one has yet provided is a convincing reason for consumers to offer the châteaux a two-year interest-free loan for their 2013s. Why not wait until they are bottled and save money? Even at today’s minimal savings rates on bank deposits you would be better off leaving the money in the bank than splashing out on en primeur!

Back at the Real Wine Fair the 2011 Testalonga El Bandito, a South African Chenin Blanc made by Craig Hawkins, was the most interesting wine I tasted. It has 6 weeks of skin-contact then 18 months in neutral wood, which produces a fine Chenin Blanc amontillado. Now this would be a good investment in pleasure!

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Craig Hawkins with his 6 week skin contact Chenin Blanc.

 

 


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Sauvignon blanc, et plus si affinités

On a beau râler, ici ou là, disputer les variétés dites « internationales », défendre les cépages locaux et rares, et, quelque part, avoir un peu raison en défendant l’idée de la diversité de cette manière, c’est toujours une petite dizaine de variétés de vigne qui domine largement la production mondiale. Les chiffres sont sans appel, car dix variétés pèsent pour une grosse majorité du vignoble mondial.  Je vous donne ces 10 premières variétés dans l’ordre (source : University of Adelaide, 2010) :

1. Cabernet Sauvignon
2. Merlot
3. Airen (vous l’aurez trouvé, celui-ci ?)
4. Tempranillo
5. Chardonnay
6. Syrah
7. Garnacha tinta
8. Sauvignon blanc
9. Trebbiano Toscano (alias Ugni Blanc)
10. Pinot noir

Ce tableau de chasse est en évolution constante, en fonction de modes, des plantations et des arrachages. Mais que faut-il penser de cette concentration de la production ? Les tenants du « boire locale » diront que c’est très mauvais, que cela uniformise les goûts et favorise une production supposée « industrielle », etc, etc. On connaît cette chanson, et, comme souvent, il y a une part de vrai là-dedans. Mais je vais aussi présenter les arguments pour une simplification d’une partie de l’offre des vins, surtout à destination de la majorité des acheteurs de vin, ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de lire des articles ou livres sur le sujet, et qui sont aussi ceux qui font vivre l’essentiel de la filière, ne l’oublions jamais.

Avant tout, il est très difficile pour un consommateur novice ou occasionnel, qui aime bien boire du vin mais qui ne s’y intéresse pas plus que cela, de se repérer dans la vaste et très diverse offre qui existe dans la plupart des marchés. En France cette offre dépasse très largement les capacités de compréhension de, disons, 90% des consommateurs. Dans des marchés plus ouverts à une offre bien plus variée sur le plan des origines, la situation est bien pire ! Segmenter les vins par leurs cépages, leur saveurs ou leur prix (et les trois à la fois si possible) sont des options bien plus pertinents qu’une approche par l’origine géographique, même si celle-ci fait sens en deuxième position de tri, pour ceux qui savent, ou qui recherchent un accent particulier.

Je rajouterai que c’est justement cette segmentation par variété (unique ou dominante) qui autorise une véritable exploration du résultat des lieux différents : climats, ou, si vous préférez, terroirs. Prenons l’exemple du cépage qui sera le sujet de cet article, le sauvignon blanc. Il n’offre pas les mêmes nuances à Sancerre, à Bordeaux, à Marlborough, en Styrie ou à Rueda. Ces différences, cette portefeuille d’arômes et de saveurs qui sont modulées et parfois amplifiées par les choix de chaque producteur et par les conditions de chaque millésime, confèrent une très grande diversité de styles au sauvignon blanc. Assemblée ou pas, la variété garde presque toujours un axe central, sorte de colonne vertébrale, qui est son acidité naturelle, porteur d’un train d’arômes dont la gamme spécifique traduit les origines géographiques, et parfois aussi les techniques.

Sauvignon-blanc-wine-and-grapes

Comme toujours, une seule dimension d’un vin, en l’occurrence son acidité, ne peut être un critère suffisant pour assurer sa qualité. Il lui faut aussi un ensemble de saveurs et de parfums qui lui donne sa cohérence, les uns fonctionnant en harmonie avec les autres, comme de bons partenaires de danse, chacun avec ses qualités et sa partition, mais sans être en rivalité avec l’autre. Cela m’est rappelé avec force chaque fois que je participe à ce concours singulier (par le cépage concerné) qui est le Concours Mondial de Sauvignon Blanc. Chaque jury de 6 personnes déguste, chaque matin, entre 30 à 40 vins, en deux ou trois séries. Les séries sont, dans la mesure du possible, constitués de lots qui sont homogènes : par leur provenance géographique, leur millésime, le fait d’être assemblé ou en mono-cépage, élevé en cuve ou en sous bois, etc. Les vins sont servis à l’aveugle, bien entendu, mais ces paramètres sont connus, ce qui permets de faire glisser sa perspective sur chaque série et de juger chaque vin en fonction d’un étalon réel ou imaginaire, fondé sur l’expérience. Personne ne choisit la région, le pays ou le type de vin dégusté et les membres de chaque jury sont assez diversifié sur le plan des nationalités, ainsi que sur celui de l’activité professionnelle, bien que tous travaillent dans la filière vin.

L’édition 2014 de ce concours, qui a eu lieu à Bordeaux la semaine dernière, m’a donné l’occasion de déguster des séries de vins de plusieurs pays et régions différentes, tous issus de deux millésimes, 2012 et 2013. La France, la Suisse et l’Espagne étaient le pays, et les régions françaises étaient Bordeaux, Touraine et Languedoc-Roussillon, tandis que les sauvignons suisses venaient de Genève, du Vaud, du Valais et de Neufchâtel. Tous les vins d’Espagne étaient de la DO Rueda. De l’avis unanime de notre jury (une chinoise, une française, deux français, un sud-africain et votre serviteur anglais), de loin la meilleur série étaient celle de Rueda. La grande majorité de cette série de 12 vins du millésime 2012 étaient fins mais murs, leur acidité fine si bien intégrée dans un fruité subtil, peu exubérant, mais savoureux juste comme il le faut pour stimuler le palais. L’équilibre parfait fut souvent au rendez-vous chez ces vins délicats comme des Sancerres mais arrondis comme un sauvignon de Styrie. Surtout ils échappaient parfaitement à ce que je trouve être un piège, voire un lieu commun de trop d’exemples de cette variété : des arômes et saveurs herbacés. Personne n’avait la moindre idée de leur provenance, mais on optait tous pour un climat relativement frais, un bon ensoleillement et absence de maladies cryptogamiques, et, probablement, pour un pays européen, car ils n’avaient jamais l’expressivité parfois envahissante de certaines régions de l’hémisphère sud.

Ces concours, pour les participants en tant que membres d’un jury, doivent aussi servir à cela : nous révéler des potentiels jusqu’alors ignorés par nos petites personnes, mettre en cause nos idées reçues et certitudes fragiles. Bref, nous ouvrir vers le monde toujours plus vaste et diversifié du vin. Et l’aborder par le truchement d’un seul cépage permet, justement, de comparer un peu ce qui est comparable et d’éviter de tout mélanger. Si la perspective doit changer avec chaque série, le cadre, lui reste relativement constant. Et c’est tant mieux pour le consommateur.

 

 David Cobbold

 

 


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Bike ride – Loire-Auvergne to Loire-Atlantique for teenagers with cancer

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Esme Morris Macintyre: 1995-2013

Early Last July my partner’s niece, Esme Morris Macintyre, lost her seven year battle with a brain tumour. She was just 11 when the tumour was discovered and 18 when she died.

In those seven years she raised thousands for teenagers with cancer. Her death, her brave fight and indomitable spirit have inspired others to raise money for the Teenage Cancer Trust. (See Esme’s Adventure on Facebook:https://www.facebook.com/EsmesAdventure). Esme set up this page when she knew that she had only a few months more to live.

Last August Esme’s aunt Carole Macintyre cycled from John O’Groats to Esme’s home in Fife some 300 miles if you include a few involuntary diversions. I rode with her as support vehicle. She raised some £3600 for Teenage Cancer Trust.

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Carole@John O’Groats, Scotland

This June we plan to reverse roles with me riding from the source of the Loire at Gerbier de Jonc to La Baule, where the river flows into the Atlantic. Although 1000 kilometres by river but it will be just short of 1200 by road. Carole will kindly be supporting me but this time support will be motorized.

Again the ride will be to raise money for teenagers with cancer but this time I plan to assist two charities – Teenage Cancer Trust (www.teenagecancertrust.org/) and Fondation Gustave Roussy (http://www.gustaveroussy.fr).

The current plan is to take seven to eight days to ride from the source to the Atlantic starting from Gerbier de Jonc heading to to Solignac-sur-Loire then following the Loire northwards to Le Puy, passing just to the west of Saint-Etienne onto Roanne, Digoin, Decize and Nevers. Once I reach Nevers there is a recognized and signposted cycle route from there to the Atlantic. Before then there may be some cycle routes but as far as I know not yet a complete cycle route.

 

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Halfway point: sign on the bridge across the river@Pouilly-sur-Loire

From Nevers the route runs on the West Bank of the Loire past the bridge across the river to Pouilly-sur-Loire, which marks the halfway point for the Loire’s journey to the sea. Then I will be skirting round Sancerre to the east and staying mainly on the west bank until Orléans, where the Loire decides against heading onto Paris, instead heading westwards. Much of the remainder of the route will be on the now south bank of the Loire until I reach the Pont de Saint-Nazaire to finish the last few kilometres to La Baule on the north side.

More details to follow along with a donation link. Will be very grateful for any advice.

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Jim’s VTT in vines above Chavignol (Sancerre) March 2013

 


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So who are the April fools?

Lafiteas

The en primeur carbon footprint: Château Lafite – below Château d’Yquem – then Cheval Blanc – all stops on the circuit of the mad en primeurs circus as hundreds of merchants and critics hare round the Bordeaux vineyards.

Chd'Yquems

ChevalBlancs
As this is the 1st April it is customary to attempt to spin some false tale. However, this year I decided that as Les 5 du Vin frequently eschews established custom – thinking outside the box or sometimes at night even thinking dans la boîte – it would be more interesting to attempt to seek and name some April Fools.

Initially the 2013 Bordeaux en primeur tastings appeared to be a prime candidate. Why would any sensible fine wine merchant opt to waste their time and money travelling to Bordeaux and spend four/five days tasting wines their clients are unlikely to buy before they are bottled and available in two years time? Surely reports of merchants and wine critics descending on Bordeaux to taste a vintage decried by leading wine consultant Stéphane Derenoncourt as ‘horrible’ and having no stars etc. must be a early April hoax.

Apparently this is for real, so no hoax, as the wine world is indeed going through the usual ritual, although some of the big hitters like Robert Parker, the American critic, and Jancis Robinson MW will not be present. Parker will visit Bordeaux in June. I assume he is currently too busy helping The Wine Advocate to conquer China as well as instructing his lawyers to fire off letters to pesky fellow wine writers like Tyler Colman – doubtless offering ‘amicable conversations aka LVMH. While Jancis has presumably decided that she has better things to do with her time and is sending one of her lieutenants  – Richard Hemmings – instead.

So not a hoax but are there any fools here?

‘It’s definitely not a great vintage,’ said consultant Michel Rolland. ‘These are drinking wines, they’re not for ageing. The game was to play with the ripeness of the grapes. We tried to make soft, fruity and elegant wines.’

Read more at http://www.decanter.com/news/wine-news/586739/bordeaux-2013-it-was-a-war-against-nature-says-stephane-derenoncourt#zM8jDFsQ7B2qwB9J.99

Will the April Fools be those consumers kind enough to extend a two-year interest free loan through buying 2013 Bordeaux en primeur when the world has a huge choice of pleasant drinking reds? Or is it perhaps the merchants who try to persuade their clients to buy 2013 en primeur when it probably makes sense to buy previous and possibly cheaper vintages.

And what of the carbon footprint of all of these critics, journalists and merchants rushing from château to château when in a world threatened with climate change it would be far more rational and green to taste all the en primeurs in a central location in Bordeaux?

Also I’m awaiting with considerable interest to read what the many critics gathered in Bordeaux this week say about buying 2013 en primeur. Will they urge people to buy or to abstain?

Can we find some other April fools?

 

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Largely lifeless, orange Spring in Touraine – Vignoble du Patrimoine Mondial!

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Last Friday afternoon in warm late March sunshine I had a very enjoyable bike ride on small tracks through the local vineyards. That was until I looked at the vines – almost all orange or yellow hued with a few with an unnatural vivid lime green colour. 100% weed killer treatment is very sadly and shamefully the norm here in the communes of Francueil and Saint-Georges-sur-Cher as well as around Oisly, where we were told last year during the Concours Mondial du Sauvignon that these vineyards were classed as a UNESCO World Heritage site. The controversial new Loire appellation map from Interloire also boasts – ‘Vignoble du Patrimoine Mondial’.

 Blitzing weeds with 100% weed killer treatment is the cheap option. Controlling weeds by cultivation or mowing is a much more expensive choice, so it is small wonder that you tend to see more cultivation and grassing over in appellations whose wines command a higher price than, for example, than can a straight Touraine appellation.

But do we have any fools here?

At first sight producers who earn little from their grapes and who opt to blitz their vineyards have made a sensible decision. However, the long-term effects on both their vineyards, their soils and on animal and human health remain open to considerable dispute.

 http://www.globalresearch.ca/monsanto-roundup-the-impacts-of-glyphosate-herbicide-on-human-health-pathways-to-modern-diseases/5342520

http://en.wikipedia.org/wiki/Glyphosate

http://www.greenmedinfo.com/toxic-ingredient/roundup-herbicide

Furthermore bulk wine prices have risen over the past three years by 65%, so could the producers now afford to spend more on their vineyards? http://www.harpers.co.uk/news/french-bulk-wine-prices-jump-by-up-to-65/356056.article. This increase, however, may not compensate for sharply reduced crops in 2012 and 2013.

What is not in dispute the absence of biodiversity in blitzed vineyards as well as being more prone to erosion than grassed over vineyards, though not necessarily those that have been over cultivated.

Fools? The producers who blitz their vineyards? Professional buyers who pay as little as possible for their wines? Us the consumers who want cheap wine without considering that there may well be a price to pay?

 

Jim Chinon1992det


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Contrôles et interdictions dans le vin: quelle efficacité ?

C’est en relisant le texte d’une interdiction promulguée le 31 juillet… 1395 que je me suis mis a cogiter sur l’efficacité relative des différents types de contrôle des entreprises privées que sont les producteurs de vin.

Evidemment la notion d’entreprise privée demanderait à être bien définie. Par exemple, cette notion n’avait pas le même sens à la fin du 14ème siècle que de nos jours. Je ne parle évidemment pas des expériences de gouvernance de la production par des Etats qui tentaient d’abolir la notion de propriété et d’entreprise individuelle. On se souvient des catastrophes humaines et qualitatives que cette approche a provoquées dans le pays de l’ancien bloc soviétique. Mais, malgré ces différences de contexte considérables, je crois qu’il est quand même intéressant de regarder ce qui se passe sur le moyen et long terme quand une instance, qu’elle soit politique ou économique, tente d’imposer ses choix.

Un des cas les plus radicaux dans le domaine du vin, même si nous manquons de témoignages quant à l’efficacité du décret en question, fut le décret de l’Empereur romain Domitien qui ordonnait d’arracher toutes les vignes de Gaule. En réalité, il semblerait que cela était destiné surtout aux vignes plantées en plaine et qui faisaient concurrence au blé, bien plus utile que le vin. Mais c’était tout de même assez sévère. Il a fallu attendre 200 ans  pour qu’un de ses successeurs, Probus, redonne espoir aux vignerons gaulois !

Des cas récents dans le vignoble français incitent aussi à cette réflexion, dans un registre mineur bien évidemment. Je parle de la tentative en cours par l’INAO de faire condamner au tribunal le vigneron Olivier Cousin pour un usage supposé illégitime d’un nom de région (Anjou), mais aussi à la récente condamnation à une amende symbolique d’un autre vigneron, Emmanuel Giboulot, qui a refusé d’acheter, et donc d’appliquer, un produit agréé "bio" pour se prémunir contre la cicadelle, vecteur d’une maladie de la vigne. Ces cas sont différents, bien entendu, mais ont un point essentiel en commun : le refus d’obéir à une injonction qui invoque la loi du pays, ou de l’instance qui gouverne leur domaine de production.

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Philippe II, Duc de Bourgogne

Retournons à l’édit mentionné au début de ce texte, qui émanait du Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, et qui frappait d’interdiction le cépage Gamay.  Je vais vous la fournir presque en entier (d’après les versions de Rossignol, 1854 et Vermorel, 1902) :

(NB, l’orthographe variable et étrange n’est pas le fait d’un anglais ignare, mais correspond aux versions citées du texte originel. N’oublions pas que nous sommes au 14ème siècle) 

"un très-mauvaiz et très-desloyaulx plant nomméz Gaamez, duquel mauvaiz plan vient très-grant habondonce de vins… Et lequel vin de Gaamez est de tel nature qu’il est moult nuysible a creature humaine, mesmement que plusieurs, qui au temps passé en ont usé, en ont esté infestés de griesz maladies… car le dit vin qui est yssuz du dit plant, de sa dite nature, est plein de très-grant et horrible amertume… Pourquoi nous… vous mandons… sollempnellement à touz cilz qui ont les diz plans de vigne des diz Gaamez, que yceulx coppent ou fassent copper en quelque part qu’ilz soient en nostre dit pais dedens cing mois".

(Je crois que je vais retenir l’expression suivante pour une prochaine critique d’un vin que je trouverai vraiment mauvais : "moult nuysible a creature humaine").

 

Gamay par Vermorel

une grappe de gamay, telle que le livre de Viala et Vermorel la montre

 

En tout cas, les gens du Beaujolais et d’ailleurs apprécieront l’avis de Philippe le Hardi. Il ignorait certainement que le Gamay est un des enfants naturels du pinot noir et, donc, par voie de conséquence, du très prolifique gourais (il faut dire que les enfants "naturels" étaient chose courante à l’époque). Quoi qu’il en soit, il est heureux que  l’internet n’ait pas existé pas à l’époque, car on imagine le tollé ! Combien de signataires de pétitions pour sauver le soldat Gaamez ?

Plus sérieusement, quel a été le résultat de ce décret plutôt sévère ? Probablement une migration du Gamay vers le Sud et les collines du Mâconnais et du voisin Beaujolais, même si quelques poches subsistent en Côte d’Or où le Gamay est admis, à la hauteur d’un tiers au maximum, dans le Bourgogne d’assemblage nommé Passetoutgrains. Nous voyons là une premier tentative, du moins en France, d’appliquer le principe qui deviendra, bien plus tard, un des fondements d’une appellation contrôlée de vin : un territoire associé à des variétés de vigne en particulier, à l’exclusion d’autres.

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Ce principe, défendu avec ardeur par les tenants du système d’appellation contrôlée (et protégée), a donné lieu à des nombreux conflits et parfois, plus tard, à des modifications du dit système lui-même. Je pense au cas de la Toscane, en Italie où l’apparition, à partir des années 1970, de vins de très haute qualité dans le région côtière autour de Bolgheri (à l’époque dénuée de toute appellation pour le vin), a enclenché un processus qui a entraîné une révision radicale de la structure des appellations dans ce pays. Ce changement de cap a également été provoqué par les absurdités des anciennes règles qui gouvernaient l’appellation Chianti et qui ont poussé certains des meilleurs producteurs à sortir de cette dénomination afin de faire de meilleurs vins rouges. Dans ces cas, les interdictions ont été favorables à la qualité, à moyen terme, mais bien malgré elles. On pourrait parler d’une "bonne contre-productivité". Le pionnier de ce mouvement fut la Tenuta San Guido, propriété de la famille Inchisa della Rocchetta et leur vin Sassicaia. Au début simple Vino di Tavola, ce vin de la région de Bolgheri a maintenant sa propre DOC, Bolgheri Sassicaia.

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Le cas du Domaine de Trévallon en France est un peu similaire mais, étant un cas unique dans sa région, ce domaine n’a pas réussi à faire plier le système des appellations contrôlées; ni à lui faire rendre raison de ses absurdités, généralement commandées par un soi-disant intérêt commun, autrement dit le nivellement par le bas. Entre 1993 et 1994, le vin du Domaine de Trévallon, déjà mondialement connu, a du troquer son modeste label de Coteaux d’Aix en Provence – Les Baux pour celui, encore plus modeste, de Vin de Pays des Bouches du Rhône. Pourquoi? Parce que l’INAO a cédé à la pression d’autres producteurs des Baux qui voulaient imposer un maximum de 25% de cabernet sauvignon dans les vins de l’appellation, alors que Trévallon en avait le double et refusait de l’arracher. Mais cela n’a pas nuit à son image, ni à ses ventes, et il continue à se vendre bien plus cher que les autres vins des Baux, car il est tout simplement meilleur.

On voit que tout système produit des contre-courants et des formes de rébellion. C’est quasiment comme une loi de la physique. Mais est-ce que cela veut dire que toute forme de rébellion ou de résistance à une force dominante est défendable ? Un anarchiste dirait forcément "oui" à cette question. Je pense qu’il faut regarder au cas par cas.

Pour aider, je propose de se poser la question suivante: est-ce que la cause défendue risque d’être bénéfique pour les consommateurs, puis, éventuellement, pour un ensemble significatif de producteurs autour ou dans une situation similaire (à défaut de tous)?

Enfin, regardons quelles sont les options pour les opposants à un système généralement bien plus fort et mieux armé qu’eux ? Il y en a trois : confrontation, contournement ou capitulation. La confrontation peut coûter cher: demandez à un opposant russe ou chinois. Le contournement serait une sorte de Wu-Wei, cher aux taoistes. La capitulation n’est probablement pas une option sérieuse pour quelqu’un qui est convaincu de son bon droit et assez déterminé. On le voit par les exemples cités ci-dessus : il vaut mieux adopter le contournement dans bien des cas. Dürrbach, de Trévallon, n’a aucun mal à placer ses vins, hors appellation contrôlée, et à des prix deux ou trois fois au-dessus de ceux qui sont restés dans l’appellation Baux. En Italie, Sassicaia, avec ses collègues de la Costa Toscana (Ornellaia,  Ornellaia, Guado al Tasso, Solaia, Masseto etc) a réussi à faire bouger les lignes d’une structure d’appellations rétrograde, inadaptée à la réalité.

Sujet à méditer pour d’autres cas, je pense.

 David Cobbold

 

 

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