Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Mademoiselle est Vigneron

Petit condensé – pour cause de voyages entre Maroc et Toscane – d’un article écrit l’an dernier pour le magazine 180° C et de photos déjà publiées ici. Que voulez-vous, les primeurs vont bientôt être dans l’actualité et je pense inévitablement à mon cher Gamay… qu’il soit de Touraine, du Beaujolais ou de Californie !

Photo©MichelSmith

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Période de relâche à « La Tesnière », le coteau le plus prisé de Pouillé. Il est vrai que le raisin est rentré. Bien qu’elle ait été difficile, la vendange 2013 est déjà loin. C’est aussi l’heure des bilans : dans les premiers frimas de l’automne, il faut inspecter la vigne en vue de la taille, penser paperasses administratives, finir les derniers labours avant les décavaillonnages du printemps, préparer les commandes pour le Japon et l’Angleterre, assurer les expéditions, prévoir quelques menus travaux et surveiller les cuves sans trop en faire, sans trop s’inquiéter. Rester vaillante et optimiste tout en jonglant avec les difficultés du quotidien. « Je suis Bretonne ! », affirme-t-elle d’emblée. Qui donc pourrait en douter ? Ceci explique que la dame soit pragmatique, solide comme un roc et qu’elle n’est pas prête à se noyer dans un verre de Gamay, ni même de Côt. Telle une maman face à sa marmaille, Noëlla Morantin observe le fruit de son labeur en se disant que ses enfants ont largement le temps de grandir, bien à l’abri qu’ils sont dans les vieux murs de pierre de tuffeau qui composent le corps de ferme de La Boudinerie, juste au dessus de la rivière, au carrefour de trois provinces, Berry, Touraine et Sologne. Plus tard, elle ira voir comment se porte sa 2 cv camionnette qu’elle vient de s’acheter et qu’elle a confiée à son garagiste…

D’un côté un long bâtiment d’habitation dont Noëlla occupe un bout, tandis que l’autre extrémité sert de demeure à Didier Barrouillet, l’associé de Catherine Roussel dans le fameux et tout proche Clos Roche Blanche, lui aussi sur Pouillé, un des domaines pionniers de la viticulture biologique en cette partie prometteuse de la Touraine qui englobe la Vallée du Cher. En face de la maison que Catherine lui loue, comme une bonne partie de ses vignes d’ailleurs, Noëlla dispose d’une haute et solide grange transformée en cave. Oh, rien de rutilant, que du bon sens et du pratique ! Le pressoir pneumatique est bien rangé dans son coin, tandis que dans les cuves tronconiques les vins achèvent leurs fermentations. À deux pas de là, près du joli puits de 44 mètres de profondeur, ouvrage de pierres surmonté d’un joli travail de ferronnerie que l’on retrouve sur ses étiquettes, Noëlla a aménagé une petite cave afin d’y loger ses rouges. Pour ses barriques de blancs, une autre cave est à sa disposition chez une adorable mamie, sous une maison bourgeoise du bourg. Les vignes ? Tout juste une douzaine d’hectares, dont sept en propre, avec une grosse majorité de Sauvignon, le reste en Chardonnay, Gamay, Côt et Cabernet-Sauvignon. « Un jour, j’espère me retrouver chez moi avec juste mes six ou sept hectares », précise Noëlla. Car, même aidée par Laurent, son compagnon – accessoirement, il est aussi son employé – qui s’installe dans le but de faire son propre vin après avoir passé des années à cuisiner et à vendre des bouteilles à Brooklyn, Noëlla avoue avoir quelques difficultés à tailler ses rangées de vignes depuis que son dos lui pose problème. Mais pour l’instant, pas question de céder cette tâche à quelqu’un d’autre tant ce travail, malgré le gel ou la pluie, offre des moments assez uniques de communion avec la nature.

Photo©MichelSmith

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Rien ne prédestinait cette fille de fonctionnaire et de mère au foyer à devenir viticultrice, si ce ne sont les vendanges de la vigne familiale dans sa jeunesse passée en Pays de Retz, non loin de Nantes. Une chose est sûre : le vin n’était jamais proscrit à la table des Morantin. Noëlla a voyagé, tâté d’un peu de tout, étudié la commercialisation avant de se lancer dans le marketing pour une boîte de communication à Nantes. Dans son for intérieur, elle s’intéressait aux cépages, mais discutait plus volontiers des bouteilles éclusées dans les bistrots avec sa bande. Par exemple, celle de La Motte aux Cochons, à Saint-Hilaire-de-Chaléons, un lieu mythique dans la région. C’est là qu’elle fait la connaissance d’un professeur de viticulture à Vallet, dans le Muscadet, qui un jour lui refile une brochure décrivant les formations, brochure qu’elle range puis oublie. Tout juste âgée de 28 ans, elle constate qu’elle s’ennuie dans son job et qu’elle a besoin de réfléchir pour réorienter sa vie professionnelle. En fouillant les petites annonces, elle tombe sur la proposition d’un stage de formation pour adulte débouchant sur un BTS, le même qui l’avait vaguement intéressée quelques temps auparavant. Comme toujours, en se disant qu’elle n’avait aucune charge, elle se lance tête baissée et devient interne à Vallet où, durant ses deux années d’études, elle effectuera plusieurs stages. « J’ai eu la chance d’être envoyée chez Agnès et René Mosse en Anjou, et là, je tombe raide sous le charme de ces vignerons. Ils me font découvrir une nouvelle vie : les dégustations à l’aveugle, le travail à la vigne, la viticulture bio… » Liée d’amitié avec les Mosse, Noëlla entreprend d’autres stages. Chez Philippe Pacalet, en Bourgogne, mais aussi chez Marc Pesnot en Muscadet, un des précurseurs des vins « nature » chez lequel elle passe quatre mois. « On était à la taille presque tous les jours et je vous assure que ce n’était pas une partie de plaisir. Quelque soit le temps, on déjeunait dans les vignes en partageant nos gamelles. Je lui faisais goûter mes plats asiatiques dans mon bol de riz, tandis qu’il me proposait une cuisine bien plus rustique. Non seulement cela m’a bien formé à la taille, mais Marc m’a aussi appris à avoir confiance en moi, chose indispensable lorsque l’on est aux commandes des vinifications ».

Un jour, Noëlla lui demande sa journée pour aller visiter les Salon des Vins de Loire à Angers. Elle prend son CV sous le bras avec l’intention de trouver un emploi en parlant à un petit noyau de vignerons qu’elle connaissait et pour qui elle était « la p’tite stagiaire de chez Mosse ». On lui conseille d’aller voir Junko Arai, une japonaise importatrice de vins qui venait d’acheter des vignes à Pouillé où elle avait créé le Domaine des Bois Lucats. Elle cherchait à vinifier du Pinot noir et du Chardonnay car elle n’avait pas la possibilité d’acheter en Bourgogne. « Moi-même, je serais bien allé jusqu’en Bourgogne où on me proposait un poste de caviste, mais c’était trop loin de Pornic. Toujours est-il que Junko me demanda d’inscrire mon groupe sanguin sur le CV. Par chance, je suis A+, comme elle, et le contrat fut signé vers minuit, dans un restaurant de Nantes. Jamais j’aurais pensé prendre la responsabilité d’un vignoble, encore moins devenir vigneronne aussi vite » !

Photo©MichelSmith

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C’est ainsi que Noëlla s’installe au bord du Cher dans une petite maison. Jusqu’en 2008, la fin de son contrat de quatre ans, elle s’est occupée des vignes qu’elle a conduites en biologie. « Tout le pays savait que j’allais travailler en bio. Les gars me voyaient sur le tracteur à cultiver la terre eux qui, depuis longtemps, étaient passés en chimie. Ils disaient que j’étais végétarienne alors que j’adore la viande. D’ailleurs, entre parenthèses, avec Laurent, on tue encore le cochon chaque année ! Les factures, les salons, je faisais tout sur le domaine. Très vite, m’a prise l’envie de m’installer, mais comme je n’avais pas de terres, il m’a fallu dans un premier temps créer une petite structure de négoce ». Lorsqu’enfin, elle acquiert ses vignes, le premier millésime qu’elle engrange sera le 2008, resté depuis dans les anales de la Loire. « Pour rien au monde je l’aurais laissé filer, tellement je le sentais ce millésime », se souvient Noëlla qui cette année-là vinifie pile 100 hl, soit 13.000 bouteilles. Peu après, chez le vigneron Thierry Puzelat, elle rencontre Laurent qui très vite partagera sa vie. Ça tombait plutôt bien car Noëlla comptait sur 4 ha de vignes pour assurer toute seule. Mais, par opportunité elle en avait déjà presque le double toutes en bio et en bon état. Avec deux bras en plus, l’avenir lui souriait. À l’occasion de ce double événement, la vigneronne choisit de nommer sa superbe cuvée de Gamay « Mon Cher ». Belle manière d’assurer à la fois son ancrage au terroir et dans la vie !

Reste une question que certains jugeront capitale : masculin, féminin, le vin serait-il différent ? Et, à son avis, aurait-il un sexe ? Peut-on parler de vin de femme comme, à l’opposé, d’un vin de garçon ? Y aurait-il plus de sensibilité chez l’une que chez l’autre ? Lorsque l’on rencontre Noëlla, on ne s’attarde pas inutilement sur ce débat stérile qui voudrait que le vin ait un genre et puisse ressembler à un mec ou une nana. En réponse aux journalistes qui ne manquent pas de la cantonner dans un registre du « vin féminin », elle préfère rigoler et porter son regard au loin, vers le château d’eau monumental qui trône au beau milieu de ses parcelles. C’est un monstre de béton des années 60 au sommet duquel est peint le mot « Touraine » en grosses lettres rouges, afin qu’on puisse le remarquer de loin. Il suffit de la voir gambader sur ce plateau, sur la rive gauche du Cher, parmi ses vieux ceps, pour constater que la dame est vigneron, un point c’est tout. Vigneronne, à la rigueur, ça ne la gênerait en rien. Elle s’en fout car demain sera un nouveau jour de taille qui la verra se pencher sur chaque pied avec intelligence, comme tout bon vigneron qui se respecte. Et c’est peut-être ce qui compte le plus à ses yeux. Ah si, elle a encore un souhait, un objectif avant de s’en retourner au pays de Retz pour de prochaines brèves vacances. Il s’agit d’un secret à ne répéter sous aucun prétexte : elle souhaite planter une parcelle d’un antique cépage blanc somme toute assez rare, même s’il est à l’origine d’une appellation toute proche, autour du Château de Cheverny. Son nom : le Romorantin. Et avec un « R » majuscule, s’il vous plaît !

                                                                                                                     Michel Smith


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Some scenes from the 2014 Loire harvest

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Pierre-Marie Luneau listening to his nascent 2014 Muscadet

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Frédéric Mabileau (Saint-Nicolas-de-Bourgueil) also listening to his wine – potential Eclipse 2014

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Happy hod carriers@Domaine de la Noblaie, Ligré (AC Chinon) despite the arrival of the first spots of rain that would turn out to be a downpour lasting several hours.

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A downpour indeed! The scene an hour or so later. (8th October)

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A well-content Antoine Sanzay (Saumur-Champigny) with his nascent and deep coloyred 2014 Cuvée Domaine about a week in.

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Domaine Antoine Sanzay – happy pickers celebrating the end of the 2014 vendange (10th October)

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Queue of tractors and trailers@Cave Co-operative de St Cyr (10th October)

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Noble rot developing in Chenin Blanc in the Layon. All now depends upon the weather.

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Noble rot developing in Chenin Blanc in the Layon. All now depends upon the weather.

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Cabernet Franc holding up well despite rain in early October.


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Picolar avant l’grèfe à Bruselja

Toute ressemblance avec un titre utilisé récemment par mon ami Marc est totalement volontaire… Mon catalan, à moi, est d’opérette – je ne parle que l’espagnol.

Amis Français, peut-être l’ignorez-vous, obnubilés que vous êtes par la ligne bleue des Vosges ou celle de la cravate pas droite de votre président, mais nous, en Belgique, dans ce poste avancé de la Francophonie quel vos médias ne s’intéressent guère que pour parler des méfaits de la Commission de Bruxelles, nous avons un nouveau gouvernement fédéral.

Le nouveau Premier Ministre s’appelle Charles Michel, il est Francophone, et de droite. D’ailleurs, tout le gouvernement est de droite, ce qui ne s’est jamais vu de mémoire d’homme, la Belgique étant le pays du compromis par excellence, et la Wallonie aussi socialisse que la Flandre est plate.

Bref, ce gouvernement promet du sang et des larmes, et notamment un saut dans l’indexation automatique des salaires, un report de l’âge de la retraite (sauf pour les indépendants comme moi qui n’ont pas les moyens de la prendre), des travaux d’intérêt général pour les chômeurs en fin de droits…

Voila qui promet de belles empoignades avec les syndicats. D’aucuns parient déjà sur des grèves généralisées.

En attendant, tant que le Thalys roule, et tant que les tonneaux dans les cafés, je vous suggère de venir ici boire une bonne bière. Qu’elle soit flamande, comme la Westmalle ou wallonne, comme l’Orval, ou encore bruxelloise, comme la Cantillon, je vous souhaite large soif.

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Quant à moi, l’immigré fransquillon, je préfère un bon coup de rouge. J’ai choisi un Cornas de chez Courbis, la cuvée La Sabarotte 2012.

J’aime son fruité noir très frais, ses épices, son velouté, sa structure, son bois superbement fondu – du neuf, pourtant. A comparer avec le 2010, que j’avais déjà bien apprécié, je trouve que le niveau est encore monté. De deux choses l’une, ou Dominique et Laurent Courbis ont encore progressé en deux ans, ou bien c’est moi qui suis dans de meilleures dispositions. J’ai même préféré, cette année, cette cuvée au Saint Joseph Les Royes, que j’avais pourtant placé au pinacle de ma dégustation, à l’époque. Ce n’est sans doute qu’une question de temps, il sera intéressant de revoir ces deux vins dans quatre ou cinq ans… juste pour voir si je suis encore plutôt granite ou plutôt calcaire. Plutôt dur ou plutôt doux. Libéral ou consensuel. Actuel ou potentiel.

En écrivant ces lignes, je sirote mon fond de verre. J’essaie en vin – je veux dire, en vain, d’y lire un avenir incertain. La bouteille est presque vide.

Encore une que les rouches n’auront pas!

Hervé Lalau


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Quand la Savoie m’appelle, j’accours ! (1ère partie)

(Première partie : une sombre histoire de Mondeuse à Genève)

Franck Merloz, l'un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

Franck Merloz, l’un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

C’est encore un truc tout con, un truc de ouf. Pas un happening politique qui consiste à défiler dans les beaux quartiers avec poussettes et crucifix pour une manif anti mariage gay. Non, il s’agit d’un simple message d’un Savoyard qui défend avec conviction son terroir, ses cépages, ses vignerons. Une de ces initiatives spontanées qui fleurissent un peu partout désormais, une bouteille à la mer jetée suite à une amicale séance de provocation du genre : « Nous on fait de meilleures Mondeuses que vous » ! Et vlan ! Voilà le défi lancé. Une battle comme on dit désormais en bon Français sur les réseaux sociaux. Z’auraient pu choisir la plus belle pomme, la plus belle vache, le plus beau fromage, le plus beau lac… Non, il a fallut que maître José Vouillamoz d’un côté, Suisse de nationalité, et même Valaisan, lance un jour le défi pour que Franck Merloz, de l’autre côté du Léman, relève le gant. Résultat, ce dernier, très actif sur Twitter et sur son propre site In Roussette We Trust m’a intimé l’ordre d’être la cinquième roue du team France tendance Savoie afin de juger laquelle des dix Mondeuses présélectionnées – cinq Savoyardes, cinq Suisses – remporterait le titre de Meilleure Mondeuse des Alpes !

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

J’étais donc le seul estranger. Et j’ai accepté ce sort avec grand plaisir car cela faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans les alpages. En y ajoutant une seule condition : que le facétieux Franck Merloz, en grand défenseur des vins de sa région, m’organise par la suite une mini-tournée au sein de l’appellation Vin de Savoie. Le mec a tenu parole et c’est pourquoi mon expédition fera l’objet de trois articles pour zéro centime. Quant au concours, rien de très folichon. Hormis la composition des jurys, la rigueur de mise et le bon déroulement de la dégustation, c’était genre décontracté, avec une bonne bouffe à la fin. Verres appropriés, température convenable, vins sélectionnés préalablement par chaque équipe, salle de dégustation acceptable (merci à la Maison du Terroir de la République et du Canton de Genève, à Berneix), crachoirs, papier, crayons et un accord vite réalisé sur « la façon de procéder » avec, en prime, pour bien montrer que je n’avais pas fait la route à mes frais, cette sentence de ma part : « silence absolu pendant la dégustation, pas d’échanges, pas de remarques ». Après tout nous étions en Suisse, pas au café du commerce de Chambéry ! Pour les détails, voir en fin d’article.

José, le Prof... Photo@MichelSmith

José, le Prof… Photo@MichelSmith

À ce stade, je me demande si tout le monde sait ce qu’est une Mondeuse. Mon ami Marco, certainement, lui le sait, je n’en doute pas. David aussi qui voit en elle une sorte de Syrah light. Et Hervé, en bon érudit du vin, fort probablement sait de quoi il en retourne. Quant à Jim et moi, vaguement… mais vous, vous cher Lecteur ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l’affront d’un cours ampélographique. Laissons cela à José Vouillamoz, biologiste savant né « avec du Fendant dans le biberon » qui a cosigné récemment Wine Grapes, un gros livre sur les cépages. Sans se séparer de sa casquette noire ni desserrer sa cravate trop courte, le gars nous raconte en préambule qu’il s’agirait d’un cépage rouge apparenté à la Syrah. Ça, nous le savions, mais comment se fait-ce ? Simple, sa maman, dame Mondeuse blanche, se serait croisée avec un cépage noir de l’Ardèche du nom de Duréza probablement dans les rangs d’une vigne de l’Isère. De son côté, le Duréza aurait une sœur nommée Teroldego dans le Trentino. Il faut noter aussi, tests adn à l’appui, que ces deux cépages sont les petits-enfants du Pinot noir. En outre, le professeur trouve des liens entre Mondeuse noire et Viognier… Enfin, je m’y perds comme toujours. Vous lirez la suite dans cet article passionnant qui vous apprendra que dans la nature tout le monde fricote avec tout le monde, ce que vous saviez déjà, non ?

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

Cinq Mondeuses Suisses, cinq Françaises, toutes goûtées à l’aveugle bien entendu, toutes classées au final dans un ordre très protocolaire : une Française, une Suisse, etc. alors que l’ordre de présentation à la dégustation était aléatoire (il pouvait y avoir deux Suisses de suite). Et la gagnante fut : la Mondeuse 2010 « Quintessence » de Philippe Héritier, vigneron en bio et éleveur d’escargots au Domaine des Orchis en Savoie. Ce vin n’était pas classé premier de mon côté (je l’avais mis en troisième position), mais j’avais noté sa finesse, sa structure bien présente, ses notes de petits fruits rouges fins, ses superbes et élégants tannins de cuir. Ensuite, pour la seconde place, la quasi unanimité s’est faite autour du vin présenté en quatrième position. Il s’agit de la Mondeuse 2012 du Domaine Mermoud sis dans le canton de Genève, tout près de notre lieu de dégustation : belle robe violine, nez épicé, boisé, puissance en attaque, très joli fruit, beaux tannins, mais boisé un peu trop dominant à mon goût. Le Château de Mérande de Yann Pernuit, cuvée « La Noire » 2011 est arrivé troisième du « concours ». J’ai relevé une robe sombre, presque opaque, un nez franc purée de cassis, laurier, très serré en bouche, belle finale sur le fruit et je l’avais classé cinquième pour ma part, ayant, je le reconnais après coup, été un peu trop sévère au moment d’établir un classement. Il faut dire à ma décharge que ce classement s’est opéré trop vite – les membres du jury avaient faim… – laissant peu de temps à la réflexion.

Les vainqueurs, dans l'ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Les vainqueurs, dans l’ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Heureusement, les participants avaient amené du renfort pour le dîner. Michel Grisard, par exemple, était venu avec une superbe Mondeuse 1989 de son Domaine du Prieuré Saint-Christophe. Mais comme ce voyage est fort long à narrer, histoire de vous faire saliver, je vous en dirai plus un de ces prochains jeudis sur d’autres Mondeuses (et d’autres cépages rouges) de choix. En attendant, la semaine prochaine, je vous ferai part de mes retrouvailles avec les blancs de la région. De belles surprises en perspective car, des deux côtés de la frontière, les vignerons de talents ne manquent pas.

Michel Smith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Pour info…

L’ami Franck Merloz édite Roussette In The Pocket, un petit guide perso de ses bonnes adresses vigneronnes. Vous pouvez le télécharger ici : http://www.irwt.fr/roussette-in-the-pocket

* L’équipe de Suisse comprenait :

-Pierre Thomas, Journaliste: www.thomasvino.ch

-Richard Pfister, Œnologue, www.oenoflair.ch

-Catherine Cornu, www.vinvitation.ch

-José Vouillamoz, Botaniste, Généticien, Ampélologue

-Stéphane Meier, www.vinvitation.ch

* L’équipe de France :

-Caroline Daeschler, Sommelière, consultante, blogueuse (http://motsetvins.e-monsite.com/)

-Bruno Bozzer, Sommelier, Caviste à Annecy Le Vieux, élu Caviste de l’année 2013 par la RVF

-Michel Smith, Journaliste Indépendant et blogueur (http://les5duvin.wordpress.com/)

-Franck Merloz, Blogueur (http://irwt.fr), web-entrepreneur (TweetAWine.com) et consultant indépendant

-Michel Grisard, Vigneron en Savoie, grand spécialiste de la Mondeuse, Président du CAAPV (http://www.cotes-et-vignes.fr/centre-dampelographie-alpine-pierre-galet/caa-pg/)

* Les vins de Savoie (et du Bugey) présentés :

- Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

- Domaine Saint-Germain La Perouse 2012

- Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

- Domaine Grisard (Jean-Pierre) Mondeuse Prestige & Tradition 2011

- Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu (Bugey) 2011

* Les vins de Suisse :

  • - Domaine Mermoud Mondeuse 2012, Genève
  • - Domaine de Grand-Cour (Jean-Pierre Pellegrin), Mondeuse, assemblage de 2009/2010 (50%/50%), Génève
  • - Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)
  • - Domaine Mermetus (Vincent et Henry Chollet), cuvée « Le vin du Bacouni » 2012, Lavaux (Vilette)
  • - Domaine des Rueyres (Jean-François Cossy), cuvée « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne).

* Le Classement final :

1 – Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

2 – Domaine Mermoud Mondeuse 2012 – Genève

3 – Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

4 – Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)

5 – Domaine Jean-Pierre Grisard Mondeuse Prestige & Tradition 2011

6 – Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu 2011 – Bugey

7 – Domaine des Rueyres, « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne)

8 – Domaine Saint-Germain « La Perouse » 2012

-Non classée car bouchonnée: Domaine Mermetus, Lavaux (Vilette)

-Disqualifié car assemblage de millésimes non retenus: Domaine de Grand-Cour, Génève


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A plusieurs, c’est mieux et bien plus amusant!

Les chiffres des exportations de vin français en baisse nous l’indiquent clairement: les vins de ce pays ont parfois du mal à trouver leur place sur un échiquier mondial de plus en plus occupé par des produits de belle qualité, issus d’un nombre croissant de pays producteurs très actifs sur des marchés importants et ouverts.

Si l’on peut et l’on doit reconnaître les qualités individuelles d’une forte proportion de vins français (il n’y a jamais eu autant de bons), le manque de stratégie collective fait souvent que ces vins n’obtiennent pas, ou péniblement et par à-coups, la place qu’ils méritent.

Je ne parle pas ici des crus classés et consorts, des grands bourgognes ou des plus prestigieux vins du Rhône, ni des grandes marques de Champagne qui bénéficient d’une très belle image qui les protègent d’une réelle concurrence exogène, sans parler du travail individuel des marques pour assurer que cette image reste aussi visible que désirable. Et les producteurs importants, dont le volume de production et la largeur de gamme autorisent une organisation qui alloue une part significative de leur budget aux voyages, à la promotion et au réseau commercial, sont aussi généralement mieux armés dans ce combat quotidien pour maintenir ou augmenter les ventes que des producteurs de taille modeste.

C’est pourquoi, pour tous les autres, c’est à dire la vaste majorité des vignerons indépendants de ce pays, le partage avec des collègues de ces efforts essentiels pour la survie de leurs entreprises me semble être bien plus que du simple bon sens : presque une nécessité. Et je ne parle pas ici des actions de communication collectives conduites au niveaux nationaux, régionaux ou par une appellation, car celles-ci doivent donner une part égal du gâteau à chaque producteur, du moins en théorie. Les exemples de groupements volontaires entre vignerons pour mener des actions de promotion ou de commercialisations ne manquent pas, même si la plupart reste inconnue des consommateurs, et pour cause car leur objet n’est pas de se substituer au producteur, mais de lui donner les moyens d’atteindre des intermédiaires, journalistes ou revendeurs, qui, ensuite, mettront en avant les producteurs dont ils ont apprécié les vins.

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Puisque les journalistes se prennent pour des messies, il leur faut porter la bonne parole. Un collègue hollandais pris par une folie de grandeur au labo Oenoteam

 

Pour ne parler que de la France, un des plus anciens de ces groupements volontaires, qui réunit des producteurs de plusieurs régions français, est le club Vignobles et Signatures. A Bordeaux, depuis quelques années, plusieurs consultants ont étendu leurs services de conseil dans les domaines viti et vini pour proposer aussi à ceux de leurs clients qui le souhaitent la formation de clubs qui assurent des actions promotionnelles afin de faire connaître les vins de leur membres, comme leurs façons de travailler. Je pense à Stéphane Derenoncourt ou à Olivier Dauga, dont les activités ne sont pas limitées à la seule région bordelaise d’ailleurs.

Une récente addition est le club de vignerons intitulé «In a bottle», qui vient de fêter son premier anniversaire et dont les 17 membres sont tous suivis par le même laboratoire de conseil œnologique, Oenoteam, à Libourne. Julien Belle, Thomas Duclos et Stéphane Toutoundji en sont les trois œnologues consultants. Ce laboratoire, et ses consultants, ont un grand nombre de clients mais l’association de 17 entre eux est un acte volontaire et supplémentaire qui implique d’aller ensemble à la rencontre des professionnels du vin pour mieux vendre ensuite.

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Les moments les plus magiques des voyages de presse sont ces moments improvisés, comme quand Laurent de Bosredon nous sort deux flacons du monbazillac 1942 de son domaine. L’un était superbe, l’autre un peu moins (oh bouchon liège, quand tu nous tient !)

J’ai accepté avec intérêt une invitation d’aller voir sur place ce club en action au moment des vendanges de cette année. Le voyage s’est concentré sur la partie de le rive droite du bordelais ou se trouve la majorité des membres de ce club, entre Libourne et Castillon, avec une extension dans le bergeracois voisin au Château de Bélingard, domaine d’une très grande beauté situé en Périgord, sur les appellations Monbazillac et Côtes de Bergerac. J’ai envie de vous raconter la série d’activités et rencontres qui a constitué ces deux journées bien remplies, non pas en tant que récit d’un voyage de presse, mais pour illustrer mon propos sur l’intérêt d’un tel regroupement sur le plan d’une action de communication intelligente et approfondie.

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La dégustation chez Oenoteam, à Libourne, a lancé le voyage : bonnes conditions, vins à parfaite température et dégustateurs concentrés

Nous étions une petite dizaine de journalistes, issus de 5 pays : Angleterre, Allemagne, Belgique, Hollande et France. Les vendages en rouges étant en cours dans la région, l’occasion était parfaite pour voir des vignes, goûter des raisins, discuter des dates et techniques des vendanges, voir entrer des raisins et constater l’omniprésence des tables de tris dans les chais, entendre les avis des uns et des autres sur les perspectives qualitatives ce millésime miraculé (en gros c’est « Boudu sauvé des eaux » par le soleil de septembre), puis se rendre compte des investissements techniques réalisées par tous, et cela malgré la disparité entre leurs niveaux de sophistication qui correspondent, en gros, aux moyens disponibles. Et, bien entendu, déguster tous les vins de ce club dans au moins deux millésimes différents.

Louis Havaux en pleine forme après une dégustation

Son excellence Louis Havaux, toujours pro, toujours discret, toujours souriant, toujours en forme. Le vin nous maintient bien, il me semble!

L’organisation était aussi professionnelle que décontractée, deux qualités que j’estime essentielles pour la réussite d’une telle opération. Mes collègues étaient, de sûrcroit, attentifs et appliqués dans leur attitudes, sans être des «casse-pieds», ce qui est aussi vital mais difficilement contrôlable par un organisateur, sauf éventuellement par la sélection des candidats. Car combien de voyages de presse ou autres dégustations sont pollués par une ou deux personnes qui ne semblent prêter aucune attention à ce qui est dit ou versé dans leurs verres? Si on ne veut pas visiter la n-ième cuverie, chai à barrique ou chaîne d’embouteillage, on se tient tranquillement dans un coin, non? Et on parle le moins possible, et tout au plus en chuchotant, lors des dégustations longues, il me semble. On peut toujours attendre les repas pour la convivialité. Mais je digresse !

Ce voyage a débuté par une visite du laboratoire Oenoteam ou tout a commencé, puis, dans leur salle immaculée, une dégustation de l’ensemble des vins des membres du club dans le millésime 2012 (voir le première photo). Manière de constater le haut niveau d’équipement dont ce labo dispose et observer les ballets des échantillons issus des cuves en cours de fermentation, puis d’entrer dans le vif du sujet. J’étais plutôt impressionné par les qualités du millésime 2012, pourtant pas doté d’une si belle réputation. Les 2013, que nous avons dégusté le lendemain matin, s’en sortaient nettement moins bien.

Il est intéressant de noter que mes préférés ne sont pas nécessairement les vins les plus chers, ni ceux issus des appellations les plus prestigieuses. Je continue à penser que c’est le vigneron et ses aides qui font le vin, et sûrement pas son appellation, mais aussi que le prix n’est pas toujours un indicateur fiable de qualité. Je vous livre une liste de mes vins préférés, dans l’ordre alphabétique qui a plus ou moins correspondu à l’ordre de la dégustation, qui s’est faite à découvert. Tous les prix sont ttc départ des propriétés.

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Château Blissa, Côtes de Bourg : un des meilleurs vins de cette dégustation du millésime 2012, et un des moins chers aussi (voir ci-dessous)

Château Lanbersac, Puisseguin St. Emilion (9,80 euros)

Château Blissa, Côtes de Bourg (7,20 euros)

Château La Claymore, Lussac St. Emilion (10,75 euros)

Château Croque Michotte, Saint Emilion Grand Cru (23 euros)

Château La Tour du Pin Figeac, St. Emilion Grand Cru (30 euros)

Château La Grave Figeac, St. Emilion Grand Cru (24 euros)

Château Lajarre, Bordeaux Supérieur (6,60 euros)

Château Canon Montségur, Castillon Côtes de Bordeaux (6,90 euros)

Château Ogier de Gourgue, Côtes de Bordeaux (12,70 euros)

Château Saint Nicolas, Cadillac Côtes de Bordeaux (9,30 euros)

Oui, il est très possible de trouver un vin à 7 euros meilleur ou aussi bien qu’un autre à trois ou quatre fois ce prix-là. Et oui, un Bordeaux supérieur peut être meilleur qu’un Saint Emilion Grand Cru ou un Pomerol. Le vin est complexe, comme son appréciation !

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Les raisins de Cabernet Franc sur cette propriété bordelaise attendront encore quelques jours. Nous les avons goûtés et ils sont très prometteurs, plein de fruits et aux tanins presque murs.

 

Les autres activités de ce voyage se sont enchaînées logiquement pas des visites de propriétés en cours ou en attente imminente des vendanges. Des merlots de qualité variable mais globalement correcte étaient, pour la plupart, déjà ramassés. Les domaines visités étaient tous relativement modestes au niveau de leurs prix de vente et vendangent donc la majorité des leurs parcelles à la machine, comme 75% du vignoble français. Cela nous a permis de constater que cette méthode, grâce notamment à des systèmes de tri embarqués sur les dernières machines, qui sont souvent doublés par des tables de tri au chai, permettent d’éliminer la majorité des raisins abîmés ou autre matière indésirable. A condition que le vignoble ne soit pas trop loin du chai, je ne vois pas trop de raisons de préférer des vendanges manuelles pour la plupart des vins.

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Jean Trocard, au pied d’une de ses cuves à Château Laborde (Lalande de Pomerol) nous donne ses explications

Des dégustations de baies de merlot, cabernet sauvignon et cabernet franc avant vendange nous ont confirmé la nécessité d’attendre plus longtemps la maturité des deux cabernets, du moins dans la plupart de cas. Une autre dégustation nous a présenté les effets de différentes barriques, bois et tonneliers sur un même lot de merlot.  Des visites de chais et/ou de vignobles furent organisées à quatre domaines différents.

Puis il y a eu, le lendemain, une dégustation complète du millésime 2013 et une initiative originale, organisé par le producteur de caviar français Sturia (la France est maintenant le troisième producteur de caviar au monde, après la Chine et l’Italie), d’associer des mini-plats incorporant divers caviars avec des vins rouges du club «In a bottle»:  ce fut un exercice périlleux!

Ce programme était émaillé de rencontres et discussions avec un grand nombre des 17 producteurs. Et je garde pour la fin ce qui était, pour moi, le clou du programme: un apéritif et dîner dans la maison des Bosredon au Château de Bélingard, avec vue exceptionnelle sur la vallée de la Dordogne, ses vignes, ses bois en coteaux et le tout roulant vers l’horizon dans le nuit tombante. Un moment de détente magique accompagné par l’esprit vif et spontané des nos hôtes.

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Quand Bordeaux prend un air de Provence avec cet olivier, planté en 1955 et qui a donc survécu aux hivers de 1956 et 1985. Devant le chai de Château Laborde, à Lalande de Pomerol

Il est frappant de noter que bon nombre des adhérents de ce club, comme dans d’autres du même genre, ne viennent pas du milieu traditionnel viticole. Question de vision, d’organisation, de priorités commerciales ou de moyens? Je n’en sais rien, mais peut-être un peu de tout cela. Il est clair, en tout cas, que quelqu’un qui vient d’un autre univers arrive plus facilement à reconnaître qu’il a besoin de l’aide de spécialistes pour l’épauler dans les multiples fonctions qu’impliquent la production et vente du vin. Et il apporte, probablement, une ouverture d’esprit vers les marchés que n’a pas, toujours, un vigneron «de père en fils». Enfin, il a souvent davantage de moyens également. Mais quelqu’en soient les causes, les résultats me semblent assez probants.

J’ai beaucoup appris pendant ces deux jours, même si je plaiderais pour un peu moins de visites de cuveries! Ensemble, ce club à pu faire connaitre les vins et les personnalités de ses adhérents à un groupe de journalistes bien plus efficacement que si chacun y allait avec sa petite chanson. Je leur souhaite longue vie et réussite.

 David Cobbold

(texte et photos)

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PS. Et une mention spéciale pour un autre vin que n’a pas pu participer aux deux dégustations des 2012 et 2013, et pour cause : son propriétaire n’a pas estimé ces millésimes dignes d’être embouteillés sous son étiquette. Il s’agirait de Château Yquem ? Pas du tout, car son nom (curieux) est Château Grand Français, un vin d’appellation Bordeaux Supérieur situé près de Coutras, au nord de la région girondine. Mais j’ai dégusté, en magnums, les millésimes 2009 et 2010 de ce vin que se vend autour de 10 euros la bouteille. Il m’a semblé en tout points remarquable, surtout le 2010, et je serai très intéressé de glisser un flacon comme joker dans une série de vins aux noms plus prestigieux. Et Michel sera très content d’apprendre que ce domaine est en agriculture biologique !


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Crus Classés: encore un livre ?

Un livre. Un beau livre. À l’approche des fêtes de Noël, chaque année, c’est le même manège. Un ouvrage de plus à ranger dans une bibliothèque déjà saturée de livres traitant des Crus Classés ? Une référence à rajouter à la liste déjà longue consacrée aux «grands vins» de Bordeaux ? Allez savoir…

Ce livre n’est pas le premier, ni le dernier. Il n’est pas fini le temps où l’éditeur, grand ou petit, vous suppliera de pondre un livre sur les Grands Crus Classés, les GCC pour les familiers du sérail. Honnêtement, quand j’ai reçu celui-là, je me suis dis que je n’avais pas le cœur à le chroniquer, vu qu’il m’était adressé par un ami, celui-là même qui en est l’auteur.

Mettez-vous à ma place, ce n’est guère aisé que de dire du bien (ou du mal) d’un objet créé de toutes pièces par un copain. Il y affiche son style, son parti pris, ses choix… Allez donc être sincère dans un tel cas ? Comment oser y mettre du fiel, montrer votre mécontentement, votre désaccord, faire part d’un quelconque ressenti ? Quoiqu’il arrive, vous vous exposez à la remontrance la plus fréquente, quelque chose du genre : « Mais bougre d’âne, tu n’as rien compris !« , ou encore « Enfin, Michel, pourquoi tu me cherches des poux là où il n’y en a pas ? » , ou bien « Qu’est-ce qui t’as pris ? T’es jaloux ou quoi ?« .

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Se taire, ne rien dire, faire le mort ? Pas vraiment ma solution.

Plus dure encore sera la tâche dès lors qu’il s’agit d’un livre au sujet casse-gueule. Ainsi, si vous me suivez un tant soit peu dans ces rencarts du Jeudi, vous savez pertinemment que je ne m’honore pas, loin s’en faut, de figurer parmi le cercle des adorateurs des Grands Crus non encore disparus, fussent-ils classés en 1855 ou plus récemment. Il y a tellement de journalistes mondains avides de petits cadeaux sous forme de coffrets bois, tant et tant de réceptions endimanchées et de repas pour briller chez les macaronnés du coin, tant de connivences, de compliments, de vierges éplorées, que je ne vais pas ajouter mon nom aux cercles distingués des lécheurs de crus. J’avoue qu’au début, lorsque j’étais jeune journaliste à la peau tendre, j’étais ému, sensible, voire impressionné par la seule vue d’une étiquette portant la mention «Grand Cru Classé de Sauternes». J’ose dire que je ne rêvais que d’en siroter, en boire, en avaler le nectar… jusqu’à la lie. Tel un amateur de reliques, j’allais jusqu’à collectionner les bouteilles vides, les bouchons, les étiquettes… Plus adepte que moi dans les sectes des Grands Crus Classés, vous ne trouviez pas.

Diable, maintenant que j’ai mûri, dès lors que j’ai appris à me tourner vers d’autres horizons, à regarder vers d’autres crus non classés, pour certains même carrément déclassés, après les avoir tous goûtés et regoûtés, du premier au cinquième rang, seconds vins compris, voire troisièmes, après avoir laissé vagabonder mes envies chez les bouseux, de Vic Bilh à Marcillac, rien ne me fatigue plus que la vue de ces bouteilles à cent euros (minimum ?) le col. Imaginons un instant : pour un flacon de Margaux acheté, combien de bouteilles de Faugères, de Chignin-Bergeron ou d’Arbois puis-je me procurer à la place ? Combien d’occasions manquées rien que pour avoir le plaisir de contempler un «Premier Grand Cru Machin» dans ma vitrine ou même dans ma cave ?

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N’empêche que je respecte les opinions de mes copains, leurs attirances, leurs pulsions passagères ou leurs goûts définitifs.

Jean-Charles Chapuzet, l’auteur de ce presque monumental «1855 Bordeaux Les Grands Crus Classés» qui vient de sortir chez Glénat (49,90 €), fait partie des bons journalistes, des besogneux, de ceux qui s’attèlent avec vaillance à la tâche. Et comme en plus il est Saintongeais (de Jonzac), ouvert aux vins du Midi et marié à une tonnelière… Trèves de plaisanteries, je ne dirais pas que son livre est passionnant au sens où il vous transporte vers des contrées jusque là non abordées, mais je suis certain qu’il va séduire les amateurs d’histoires, les buveurs de croupes graveleuses, les dingos de vins boisés et les adorateurs de terroirs racés.

À trop vouloir trop se presser dans la lecture de cet ouvrage préfacé par notre grand avocat des Crus Classés, j’ai nommé Michel Bettane, on en oublierait de souligner les subtilités de son orchestration. L’intérêt de ce livre, c’est qu’il faut le lire comme un récit journalistique et non comme une sorte de nomenclature figée ou historique où chaque secteur serait épluché, chaque domaine ausculté un par un, l’ordre hiérarchique parfaitement respecté. Pour ménager au lecteur quelques arrêts, l’auteur, que l’on devine un tantinet bridé par le manque de place, raconte cet univers selon un découpage de chapitres bien à lui, comme une succession d’articles : Un territoire, Des terroirs, Les grands hommes, etc. L’objectif est ici d’informer, d’effleurer sans aller trop loin, sans heurter l’ordre bien établi des Crus, sans bousculer, sans choquer. On saute du coq à l’âne, d’un ruisseau à l’autre, d’un propriétaire à un fondateur, d’un négociant à un entrepreneur, ce qui permet, mine de rien, d’égrainer les noms des châteaux, de s’y poser, d’en toucher un peu l’histoire avant de repartir vagabonder de plus belle entre Médoc et Sauternais, le tout entrecoupé de photos signées Guy Charneau.

Chais, barriques, barriques et chais de nouveau, cuveries à l’ancienne, cuveries démesurées, puis demeures opulentes, logis plus sages et endormis que jamais, parcs bien peignés, salons dorés, colonnades, frontons, façades, vues aériennes, ce livre qui respire l’oeuvre de commande est aussi prétexte à une luxueuse promenade imagée (sans trop montrer l’humain) dans un univers qui – selon moi – se « disneyise » de plus en plus. Point de libations, nul excès, tout est sage (trop ?), rangé, propret.

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Alors, qu’en penser ? Celui qui fréquente le beau monde des châteaux depuis des années et qui en connaît un peu les dessous, l’envers du décor, se sentira déconcerté, quelque peu brimé. On aimerait pousser l’investigation plus loin, aller vers cet autre monde qu’est le Libournais, par exemple, flâner plus encore dans les brumes des Graves, lire ne serait-ce que quelques lignes sur le Deuxième Cru Classé Léoville Las Cases une fois de plus absent (il est vrai que la famille Delon n’adhère pas au Conseil des GCC…), en savoir plus sur Pontet Canet. Le puriste aurait souhaité que chaque domaine fut visité et décrit avec plus de détails récents, un travail qui reste à faire sachant qu’en moins de cinquante ans tant de propriétaires, tant de travaux, tant de chamboulements ont modifié la face des Crus Classés. Mais voilà, c’est fait ! L’image des Crus Classés ne sera pas entachée par quelques considérations autres que traditionnelles. À presque trois mois de Noël on a un livre de plus à rajouter au rayon Bordelais d’une bibliothèque déjà bien chargée. Le dernier ouvrage commandité par le Conseil des Grands crus Classés en 1855. Et la planète vin peut continuer de tourner en paix.

Michel Smith

PS. À propos de crus classés, et en attendant le prochain ouvrage de Jean-Charles Chapuzet, il faut en parallèle acquérir ce livre (pas si vieux) ici chroniqué par Jacques Berthomeau et celui cité en début d’un de mes anciens articles ici même.

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