Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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BBW 2014

Je ne sais pas si ce titre va nous attirer du monde…
Mais manque de pot pour qui ne veut pas simplement trinquer…

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Comme à chaque rentrée académique, le Belgian Beer Week-end tient le haut du pavé de la Grand’ Place de Bruxelles. Une bonne quarantaine de brasseries offrent leurs mousses en échange d’une ou plusieurs capsules selon la cuvée. Mais avant la foule, nous sommes quelques grosses poignées d’individus à profiter du privilège de déguster dans un calme relatif.

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Un coup de cœur d’entrée pour la Brasserie de Bastogne et sa Belle d’été, une blanche qui n’en a pas vraiment l’air. Légèrement amère, elle évite le classique goût citronné pour offrir un croquant aux arômes de fruits secs.

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La Trouffette blonde de la même brasserie plaît encore plus. Ample, elle s’ouvre sur une succulente saveur de houblon et donne l’impression de développer son amertume dans une atmosphère aérienne. Sa mousse dense est légèrement grasse et procure un confort buccal des plus agréables.

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Voisin de stand, la Brasserie de Brunehaut se fait remarquer grâce à sa Saint Martin blonde. Très fruitée avec l’amertume en fond de décor, on y décèle de l’écorce d’orange, de la mirabelle, une fraction de graine de coriandre, puis elle s’allonge offrant encore la fraîcheur de ses agrumes.

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Tant que devant l’enseigne Trappisten ça ne se bouscule pas trop, je commande une Westvleteren blonde, la meilleure, la 5,8°. Loin de la puissance d’une Chimay bleue ou de l’amertume racée d’une Orval, la Westvleteren est à la fois la plus légère et la plus profonde des Trappistes. Elle a en plus ce côté minéral qui aidée du trait de houblon la rend tellement sapide. Élégante, délicate, elle se boit sans soif et précise ses notes fruitées à chaque gorgée.

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Chez Dupont, il y a le choix. J’opte pour la Saison Dupont Dry Hopping, j’aime la saveur florale amère des beaux houblons. Un rien trouble, la mousse très serrée, elle répond à l’attente et le bitter subtil mais persistant coule avec grâce, puis s’intensifie à chaque gorgée. Des arômes de pain grillé et de pistache apportent leurs nuances torréfiées, puis vient la fraîcheur due l’écorce de citron.

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Va pour une Monk’s Stout Dupont bien noire, à la saveur fraîche et droite, pas le moindre atome de sucre, que l’amer de la réglisse et de la gentiane, avec une longueur important au goût de café poudré de cacao.

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La Brasserie De Ryck et sa Special au joli fruité souligné par une amertume tout aussi élégante qui vous déboule dans les gencives après 2 ou 3 gorgées. Cette atmosphère amère se voit encore rafraîchi par des notes d’agrumes.

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Vient la Caracole Ambrée de la Brasserie du même nom, ample et croquante, elle possède un léger caractère lactique au sein sucré enveloppé d’une onctuosité alcoolique, elle affiche 8°. On attendra des temps un peu plus froids pour vraiment l’apprécier.

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Les pils de la Brasserie Roman, les meilleures sur le marché, faut l’avouer, légères mais avec de la profondeur, une amertume bien installée mais avec de l’onctuosité, une fraîcheur très large qui vous rafraîchit la bouche avec virtuosité, du goût, du caractère Romy Pils ou Black Hole, on est loin, très loin des pils que David déteste… Dans un style similaire mais à haute fermentation la Gentse Strop.

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La Brasserie Dubuisson nous a concocté une nouvelle cuvée, la Bush de Charme, une blonde corpulente dans le style BBW… maturé dans des barriques de Meursault, le pendant blonde de la Bush de Nuit qui logeait dans des barriques de Nuit St Georges. Fine de caractère malgré sa densité forte, elle s’avère bien équilibre, si bien qu’on ne ressent pas ses 11°. Sa belle longueur fruitée tout en notes délicates en font une redoutable séductrice…

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Peu connue la Lamoral Degmont brassée par la Brasserie Van Den Bossche, une blonde légèrement ambrée fruitée amère à la texture onctueuse, fraîche, elle est délicieuse en bouche avec son croquant délicat. http://www.paterlieven.be

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On termine avec l’Abbaye des Rocs toujours aussi bonne, croquante, gourmande, fruitée, mon fils Pierre qui m’accompagne chaque année, lui trouve un petit goût de babelutte, un caramel légèrement beurré, c’est lui qui est un peu beurré, l’amertume délicate de la bière s’ouvre sur l’aérien.

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Il est temps de rentrer en train cela va de soi.

San

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Marco

 


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Rentrée, clichés, champagnes et instantanés

Tandis que l’Europe vendange à tire-larigot, la rentrée est la cause de pas mal de remue-méninges de la part de nos chères copines attachées de presse pinardières en étroite liaison avec ce qu’il peut rester de bon dans le gratin journalistique. Il faut dire que les rituels médiatiques que nous impose sa très suffisante Majesté la « Consommation » (avec un grand C pour connerie), poussent nos donzelles pomponnées – certes, il y a aussi quelques messieurs – à rivaliser d’intelligence, histoire d’appâter le journalise et (ou) le blogueur, lesquels, comme chacun sait, se laissent facilement prendre par les sentiments vu qu’ils manquent singulièrement d’idées sachant qu’ils ont fait tout plein d’études savantes et que, à part les marronniers… Bon, passons. À ce propos, je remarque que de plus en plus les journalistes spécialisés en vins, consommation, tourisme, automobile ou autre élément important de notre vie quotidienne, se contentent de reproduire, on pourrait dire de recopier, le dossier de presse qu’ils viennent de recevoir. Quoiqu’il y ait des exceptions, avec de vraies plumes. Oui, vous le voyez, je suis plus qu’optimiste quant à l’avenir de notre chère profession.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Rien de nouveau me direz-vous, hormis le 11 Septembre qui est (aussi) le jour des indépendantistes Catalans, alors pourquoi s’attarder ? Et pourquoi s’alarmer ? Pourquoi crier haro sur le baudet comme on disait jadis dans feu la Gazette du Poitou qui se lisait du côté de Loudun (Vienne) au temps où je démarrais dans la Presse ? Ben oui, pourquoi ? Eh bien tout bonnement parce que la communication vineuse, à force d’ânonner ses thèmes éculés (qualité de notre vin au « top », louanges en provenance de tous les guides, poncifs habituels sur le terroir « béni des dieux », succès indéniable à l’international, dynamisme de l’équipe dirigeante, perspicacité des propriétaires, j’en passe et des meilleurs), quand elle arrive malgré tout à passer, c’est-à-dire à déclencher ne serait-ce qu’un rictus chez le journaliste avachi, cela se traduit le plus souvent par la déception qui conduit tout droit à un immense précipice, une vacuité désespérante.

Photo©MichelSmith

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Résultat, depuis  que je suis dans le vin, les invitations pleuvent au même rythme pour des grandes bouffes toutes ou presque localisées à Paris, bien entendu, pour des déjeuners huppées ou pas dans des restaurants plus ou moins branchés. C’est sûr, l’imagination n’est plus au pouvoir. En d’autres capitales, Londres, Bruxelles, Madrid, Rome probablement, la presse du vin doit elle aussi être très sollicitée et peut-être l’est-elle de la même manière. On s’étonne après que le vin ne bouge pas, qu’il reste figé sur ses codes, ses traditions. Signe de la dureté de l’époque, le temps béni où l’on vous proposait royalement le billet de train (ou d’avion) pour venir vous rincer l’œil et la bouche aux frais de la princesse est désormais révolu, du moins pour des petits loulous comme moi. Autre constat significatif, c’est le (ou la) Champagne qui se montre le plus actif dans la communication aussi inutile que coûteuse, suivi dans l’ordre par le Bordelais, la Bourgogne, le Rhône et l’Alsace.

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Mais pourquoi les maisons de Reims ou d’ailleurs se cassent-elles encore tant la tête à nous présenter chaque année un sempiternel « nouvel habillage » encore plus ringard que celui de l’an dernier pour vendre leur cuvée « cucul la praline », un « nouveau design » encore plus moderne de leur boîte en métal, un « pack », une cuvée « premium », un « coffret » encore plus révolutionnaire dans lequel, ô surprise, on aura glissé un gadget encore plus inutile que celui de l’année d’avant ? Vous voulez savoir ? Parce que tout simplement les revues professionnelles ou pas, comme les magazines spécialisés ou non, les quotidiens à la ramasse ou à la dérive, ou les blogs les plus minimalistes, manquent d’imagination.

Photo©MichelSmith

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Pourquoi encore ? Eh bien, parce qu’après avoir essuyé les plâtres lors de leur quinzaine de Septembre consacrée depuis des lustres aux « foires aux vins » où, avec quelques sommeliers stars, ils vont s’en mettre plein les fouilles en publicités de la GD, tous s’apprêtent à faire un nouveau banco digne du casino de la Principauté avec, je vous le donne en mille, « les champagnes de fêtes », « les bulles de Noël » si vous préférez. Eh oui, chaque année la même rengaine et les mêmes clichés reviennent à coups de pages de pub en Décembre pour causes de gueuletons bien arrosés. Deux périodes de l’année – Les Foires au Vins et les Bulles de Fêtes – où notre « grande presse » daigne nous causer pinard… Pour les services de presse, cette double occase est une aubaine qui ne se loupe sous aucun prétexte d’autant que, sans ces numéros spéciaux, les agences de ces messieurs-dames ne pourraient pas tenir.

Photo©MichelSmith

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Sinon, la rentrée c’est aussi le moment de faire le bilan. Sur le prix des terres à vignes, par exemple, comme le détaille l’excellent site du quotidien belge Le Soir, ou sur un film qui suscite bien des commentaires, notamment dans un autre excellent site, celui du Point. Non, je ne pourrai pas me rendre à la Table des Vendanges de Phélan Ségur, encore moins hélas au déjeuner du Champagne Boizel, mais je serai à l’écoute le 19 Septembre du Syndicat des Crus Bourgeois du Médoc qui révélera la liste officielle des châteaux sélectionnés pour le millésime 2012. Et pendant ce temps, j’apprends que les vignobles André Lurton viennent de nommer une nouvelle ambassadrice de charme, qu’Isabelle Brunet réintègre Monvinic à Barcelone, et que mes deux potes Jérémie, l’un dans le Muscadet, l’autre en Vendée, ont démarré leurs vendanges dans la bonne humeur.

Photo©MichelSmith

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Enfin, une bonne nouvelle sous forme de cocorico pour les gars et les filles de chez moi : les vins du Languedoc-Roussillon gagnent non seulement du terrain à l’export (en Asie surtout), mais ils se vendent de plus en plus chers. Grâce au travail de Sud de France Développement. Un peu aussi grâce au travail de quelques journalistes, non ?

Michel Smith


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Planning my cycle ride down the Loire for cancer charities

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Esme Morris Macintyre, who died last year aged 18 of a brain tumour.

Thursday 17th September is approaching fast. On the 17th I will be at Mont Gerbier de Jonc, the source of the Loire, to start the ride down the Valley to the Atlantic. We are now busy planning the details of the ride, which are still subject to amendment, especially making sure of avoiding as many main roads as possible. The route will largely follow the river but not slavishly so. I will be publishing the details of les étapes on Les 5 du Vin before the start.

Young Esme Morris Macintyre (https://www.facebook.com/EsmesAdventure) is my inspiration to cycle the Loire. She raised £1000s for teenagers with cancer before her premature death last year. As I am riding in France I have chosen a French charity – in tandem with Teenage Cancer Trust. My page on Fondation Gustave Roussy is: https://igr.friendraising.eu/jim.budd, for Teenage Cancer Trust it is http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd.

Here are a few photos of passing sights during the ride:  

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Vineyard in the Côte Roannaise.

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Halfway: the sign on the bridge over the Loire @Pouilly-sur-Loire. All downhill from here!

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La Loire@Blois

MontlouisvinesOct08s

Autumnal vines@Montouis

GaredeToursbs

Gare de Tours

ChinonCh12.08s

Château de Chinon with town below

Saumur@night

Saumur and the Loire@night

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Château d’Ancenis

LaCigale-nom

The famous La Cigale brasserie, specialising in seafood in the centre of Nantes.

 

 

 


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On l’a échappé belle! (à la santé de Kate Moss)

On dit que c’est Madame de Pompadour qui aurait lancé la mode. Ou Marie-Antoinette, selon d’autres sources; mais c’est un peu douteux.

Ce qui est plus sûr, c’est que Claudia Schiffer s’est prêtée à l’exercice, il y a quelques années. C’est maintenant au tour de Kate Moss.

De faire quoi? Mais d’avoir une coupe de Champagne à son nom, pardi! Ou plutôt, à son sein, puisque le verre a été moulé à la forme de son pare-choc gauche.

On le sait, la coupe n’est pas le verre idéal pour apprécier des bons effervescents (le buvant est trop large, et la profondeur insuffisante pour les cordons de bulles). Mais c’est très secondaire dans ce genre d’opération de VIP-marketing. En l’occurrence, le mannequin britannique s’est associé avec Dom Pérignon – la coupe sera bientôt dévoilée à Londres pour la sortie de la cuvée P2-2008.

Soyons justes, ça aurait pu être pire. On aurait pu mouler le verre sur une poitrine siliconée. Ou pire encore, pour rester dans les Beautiful People, sur le testicule gauche de George Clooney. What else?

34-Kate-Moss-Coupe-11-377x640Hervé Lalau

 


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Would you invest with Twelve-by-Seventy-Five?

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I’ll have to crave your patience as once again this week I am returning to the British disease – wine investment. Whether this British disease includes the Scots we will know more clearly after 18th September and the vote for Scottish independence or not as the case may be. But I digress …

Today I was contacted by a putative investor asking me my opinion of Twelve-by-Seventy-Five Ltd. I had never heard of this company – hardly surprising as it was only formed in January 2014 and the two current directors were not appointed until early April 2014.

Co-details

Company founded on 24th January 2014.

However, a quick look at their website (http://www.twelve-by-seventy-five.com) raised considerable doubts and questions:

Fine Wine Booming

‘Fine wine is booming’ – actually prices have been falling since 2011 – a long bear market. ‘As expert wine traders’ – rapidly gained expertise!

Creating a Portfolio

‘We are experienced wine merchants & brokers’. ‘We have firmly established contacts with French négociants over the years’. Again impressively, rapidly gained experience for a company founded in 2014!

Tax-free

‘Free of capitals gains’ – partially correct as wines that are not expected to be drinkable after 50 years are exempt as ‘wasting assets’ but many investment grade fine wines are certainly drinkable after 50 years or more. 1961s, for example, are still being drunk with pleasure. Amusingly capital gains tax is currently less of a problem because of the long bear market so ‘profits’ on wine investment don’t really apply.

AC=1855

For all the nascent company’s expertise they have confused ‘appellation contrôlée’, that began in 1936 with the 1855 Classification.

Vino-Barking

‘Vinothéque in Barking’. Although Vinothéque is part of London City Bond, this storage facility for private clients is in Burton-on-Trent nearly 150 miles north west of Barking.   

Twelve-by-Seventy-Five Ltd is clearly a company to avoid at all costs – hopefully no-one will fall for this nonsense. Sadly I wouldn’t bet on it!

Jim Budd

Jim+Umbrellascropss


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Ôtez-moi ces bouteilles d’eau !

Je sais, je sais : je suis un « chieur » de première. Je devrais mettre un peu d’eau dans mon vin. Mais que voulez-vous, un rien m’emporte. Et c’est pour cette raison que bien des attachées de presse ne m’invitent plus dans leurs sauteries. Comme je les comprends…

Tant mieux, d’ailleurs, car je ne m’en porte pas plus mal…

Vu sous cet angle le journaliste dégustateur Bernard Burtschy a plus d'au autour de lui que de vin. Photo©MichelSmith

Vu sous cet angle le journaliste dégustateur Bernard Burtschy a plus d’eau autour de lui que de vin. Photo©MichelSmith

Une des raisons pour lesquelles je me retrouve estampillé «chieur de service», en dehors du fait que je peste contre les discours de sous-préfecture qui s’éternisent, que je m’énerve quand il me faut attendre plus de trente minutes avant d’avoir un verre de vin à la main, comme ce fut le cas récemment à Pennautier, dans l’Aude, un soir d’été entre 19 et 20 heures (Monsieur le Maire, ce soir-là, je vous aurais volontiers zigouillé !), et que j’enrage de constater que les vins ne sont que rarement à bonne température, l’une de ces raisons, donc, tient en quelques mots : «Mais que font ces putains de bouteilles en plastique sur une table où l’on présente du vin ?» On me rétorque que les gens ont soif, qu’il fait chaud, qu’il y a des enfants… Et moi de répondre : «Et les carafes, les cruches, c’est fait pourquoi, hein ? Pour les chiens ?»

Une carafe d'eau, même ordinaire, ça a tout de suite plus de gueule, non ? Photo©MichelSmith

Une carafe d’eau, même ordinaire, ça a tout de suite plus de gueule, non ? Photo©MichelSmith

Vous voyez, ça me met en rogne. Entendons-nous. Je n’ai rien contre la flotte. Bien au contraire. J’en abuse moi-même souvent en travaillant, le matin en me levant, le soir en me couchant. Il m’arrive même d’en rêver ! Mais de là à l’afficher dans toute la laideur de son emballage sur une nappe blanche bien amidonnée où les nobles bouteilles de vins sont alignées pour une dégustation, alors là je dis non, non, non et non ! Chacun sa place. On est là pour le vin, nom d’une pipe ! Pas pour Nestlé, Carrefour ou Intermarché ! Si on veut que les gens boivent de l’eau, rien ne me paraît plus simple que d’aménager une table à part que l’on réserve à cet effet. Ou alors, revenons-en à la bonne vieille cruche en terre. Ça a tout de même plus de gueule, non ?

Ma cruche "spécial touriste" dénichée dans la ville potière de La Bisbal, en Catalogne. Photo©MichelSmith

Ma cruche "spécial touriste" dénichée dans la ville potière de La Bisbal, en Catalogne, c’est classe, non ? Photo©MichelSmith

On a clairement l’impression le plus souvent que les syndicats de vignerons ou leurs comités interprofessionnels s’en fichent comme de leur première chemise. Parfois, ils semblent plus enclins à faire de la pub pour Vittel, Cristaline ou Évian que pour renforcer l’image de leur propre cru.

Si encore ils cherchaient à mettre en avant l’eau minérale de leur région plutôt que celle de Leader Price, il y aurait matière à se féliciter. Mais il n’en est rien. Responsables après tout de l’impression qu’ils laissent, les vignerons n’ont pas encore saisi l’urgence qu’il y a de dissocier l’image de l’eau de celle du vin. Dommage, car lors des salons de vins, les présentations de presse, les repas de promotion avec le chef local, la table est souvent plus encombrée de bouteilles en plastique que de bouteilles de vins. Et quand il s’agit de prendre une photo de l’événement, combien de fois suis-je obligé de tailler dans mes clichés ou de les jeter plutôt que de les publier.

Michel Smith


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Dictature du goût et devoir d’informer

Ils imposent, dictent, professent, décrètent… et ils indisposent.

Oui, les dictateurs du goût ont la manipulation facile face aux devoirs du journaliste. Bien sûr ce n’est pas le sujet du siècle, mais voilà, il me tient à cœur. Je pensais sincèrement en être débarrassé de ce de débat d’arrière-garde et d’avant-guerre-froide aux relents staliniens nauséabonds. Je croyais bien ne plus les revoir ces petits dictateurs de pacotille qui vous disent comment il faut boire, penser, rire et manger. Que nenni ! Pire que les faiseurs de régimes, ils sont bel et bien là, aussi sournois, vautrés dans leur auto suffisance, drapés de leurs certitudes, aussi présents que les maoïstes en 1968. Et quand ils se collent subitement à vos écrits telles des sangsues sur le mollet, c’est pour ne plus vous lâcher. Facebookiens au long cours, les nouveaux gourous de la toile et du vin réunis sont juges et procureurs à la fois. Leur champ de vision se règle avec des œillères de bourrins qui ne forcent qu’à aller dans une certaine direction. Laquelle ? La leur, celle du «nature», du « bio » pur et dur, celle qui conduit invariablement vers des vins que je connais, que je fréquente, que j’adore et sur lesquels j’écris depuis 30 ans. Qu’à cela ne tienne. Peu leur importe, car leur route passe aussi par le dogme, la pensée toute faite, la vision bien arrêtée. Allez, circulez, y’a rien à voir !

La famille Grassa, propriétaire de 900 ha de vignes en Côtes de Gascogne. M'ont pas l'air si capitalistes que ça... ¨Photo©MichelSmith

La famille Grassa, propriétaire de 900 ha de vignes en Côtes de Gascogne. M’ont pas l’air si capitalistes que ça…

Non contents du sort dans lequel ils se sont fourrés eux-mêmes – avec des réflexions genre « Mais moi, Monsieur, je reste fidèle à mes idées : je défends les petits, la veuve et l’orphelin, quitte à me ruiner d’ailleurs, quitte à vivre dans le besoin ! » -, ils se servent à merveille des smartphones chinois pour envahir la terre de leurs conneries sans queues ni têtes : « Mais regardez ce qu’il a écrit ce mec ! Il a osé dire du bien des vins de Tariquet ! Quelle honte ! ». Car c’est après mon article de la semaine dernière que ces esprits étroits – heureusement pas si nombreux – se sont soudainement réveillés. À l’image de ce billet le plus éloquent (virulent) rédigé par un professionnel du vin qui ne prend même pas la peine d’indiquer à ses lecteurs un lien vers lequel ils pourraient se faire leur propre opinion. Tellement plus simple. Lisez donc, c’est plutôt bien enlevé et c’est sur 20 Minutes.fr, s’il vous plaît !

En gros, en bon toutou, médiocre journaliste de la Toile, j’ai effectivement osé dire que j’aimais un vin ou deux du domaine Tariquet, à Éauze, dans le Gers. Pour eux, ce domaine représente à lui seul la vermine du capitalisme viticole, le diable, l’exemple type de la standardisation du goût, le pollueur de palais par excellence, celui qu’il faut abattre, la honte. Pensez donc, les vins de ce domaine ne se vendent-ils pas à plus de 8 millions d’exemplaires ? Autant dire que c’est une calamité pour nos chers petits Français déjà tant pollués par la malbouffe ! Et puisqu’ils adorent affirmer leurs certitudes, crucifier, jeter l’anathème, se vautrer dans le mépris, se complaire dans la détestation de la réussite et ce, sans même connaître les vins en question, ils ne se privent de rien ces chacals du goût : réseaux sociaux, bagnoles polluantes, cigarettes blondes entre deux dégustations, ils vous la jouent écolo, cool, équitable bien entendu ou mélanchonniste de base.

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Quant à moi, oui j’ai osé. Osé faire mon travail de journaliste curieux, tout simplement. C’est-à-dire goûter les vins d’un domaine de la même façon que je goûte TOUS les vins, d’où qu’ils viennent, qu’ils soient de Paul ou de Jacques, Gaulois ou Andins. Le plus objectivement possible, en mettant les à priori de côté. Un travail sans dictat, loin des chapelles. Sans même être sous l’influence d’un pro de la communication ou d’un commercial. Car dans ma vie, j’en ai connu et bu des vertes et des pas mûrs. Des mélanges foireux, des kirs à l’aligoté pas toujours bons des fois à cause du vin, d’autres fois à cause de la liqueur elle-même. J’ai avalé de travers des bibines de régiment, descendu quelques champagnes de boîtes de nuit, sniffé les premiers vins du Médoc vendangés à la machine, goûté du bout de la langue les vins anglais, belges, normands, danois, tahitiens même ! J’ai goûté des cardinaux mal fagotés, des grenadines que l’on rehausse de lait ou de rhum agricole pas très bien cultivé, craché des vins aromatisés made in California et qui plus est de bas degrés, des poudres de perlimpinpin, des cocas ou colas corses, bretons, catalans, des vodkas polonaises ou cognaçaises, ersatz de champagne, bières fadasses, j’en passe et des moins pires… Dans l’éducation du goût, il faut bien commencer par quelque chose, non ? Eux aussi ont dû en passer par là… du moins je l’espère. Peut-être fautent-ils en cachette, en mangeant du macdo en douce dans un hôtel borgne comme d’autres vont aux putes la queue basse ?

Alors voilà que, à cause d’un article sans grande valeur, on me classe, on m’engueule, on me traite de « Kéké » en même temps que Jacques Berthomeau, lequel avait osé voler à mon secours. Eh bien, vilipendez mes amis, allez-y ! Paraîtrait que je l’ai cherché, que j’ai collaboré avec l’ennemi, que j’ai provoqué. Ok, dans ce cas, je bats ma coulpe. Paraîtrait aussi qu’il ne faut surtout pas commencer par éduquer le palais des masses ignorantes avec un vin aussi nul, fluet et facile. Qu’il ne faut pas y toucher au risque de s’empoisonner. Ne pas en parler au risque d’en faire de la pub. Ok, soit, je veux bien. Mais quand on laisse entendre que mes commentaires seraient payés par l’agro-alimentaire et qu’on ajoute : "… si le but de Michel était de faire parler du Tariquet, il a bien réussi son coup mais il s’interdit désormais de parler d’une manière crédible du vin, celui que nous aimons fait sur des terroirs appropriés avec amour et passion et au plus proche de la nature…". Alors là, je reste coi. Moi, m’interdire de parler du vin que j’aime ? Sérieusement, il m’a regardé le mec ? Voilà que dans le pays de la dictature du goût je ne suis plus crédible, mais tricard. Chic ! Bonne nouvelle ! Je vais pouvoir désormais me recycler dans la promo des gros de l’industrie et laisser mes chers petits vignerons vaquer à leurs occupations. À moi les gros chèques, les gros cigares, les belles pépés et les voyages luxueux !

On le voit, l’affaire est triste, grotesque. Mais ce n’est pas grave. Ce pamphlet enragé du très distingué et médiatique fondateur de Vins du Monde (pub gratuite) me fait penser à l’image du mec qui ne conduit qu’en Jaguar, ne s’alimente que de tomate-mozzarella, boit son café toujours dans le même bistrot avec le même croissant-beurre, lisant le même canard. Un peu triste, non ? Je compare volontiers le vin à la musique tant il offre de variétés et de choix possibles, de diversité comme il est coutume de dire aujourd’hui. Chez moi, j’écoute aussi bien le Judas de Lucienne Delyle que le Johnny Be Good version Johnny Winter. Je craque autant pour un boléro cubain d’Antonio Machin (c’est son nom, donc on ne rigole pas), Dos Gardenias Para Ti, par exemple, que pour ce tube universel que l’on doit au bon Ravel, Maurice, interprété par notre Orchestre National époque Lorin Maazel. J’écoute Chopin dans tous ses états et surtout dans ses préludes joués par le grand Samson François, je me noie plus que de raison dans le jazz – Art Blakey et ses Messengers en ce moment -, le blues et le rock en pagaille (même Louis Jourdan !), un chouïa de reggae et de musiques africaines. Il m’arrive même d’écouter Judy Garland, Dario Moreno, Brel ou Trenet. Bref, je me vautre avec volupté et sans retenue dans la diversité que m’offrent la musique, la gastronomie et la planète vin et je m’honore surtout, contrairement à ces gens-là, de n’avoir aucun à priori, aucune chapelle, de vivre ma vie au jour le jour sans avoir à suivre les ordres et les aboiements des ayatollahs du pinard !

Michel Smith

PS (Petits Suppléments) – À propos, comme tout se termine en musique, visionnez donc cette belle chanson du père Brassens.

https://www.youtube.com/watch?v=WscVYSu-O2w

Et ce petit rab :

https://www.youtube.com/watch?v=p-ZI28nbSDQ

Vous suggérer par la même occasion la lecture de cet autre blog où il est question de cet indigne article que j’ai pu commettre la semaine dernière. Et pour être complet, uniquement si cette histoire vous amuse, les interventions de l’ex-5 du Vin, j’ai nommé Jacques Berthomeau, dit Le Taulier. N’en jetez plus !

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