Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Presse du Vin : moi j’aime La Vigne !

L’autre jour, j’ai été peu élégant et même désobligeant envers un magazine qui ne m’avait rien fait, bien au contraire. J’avais oublié qu’une gentille copine en était la rédactrice-en-chef. Aïe ! Je crois que si elle avait été à mes côtés, elle m’aurait giflé. Mais que voulez-vous, je suis bélier. Et quand quelque chose ne va pas, je peux tenir quelques mois sans rien relever, jusqu’au jour où je pète un câble selon l’expression désormais entrée dans le langage courant. Alors, je fonce, droit dans le mur, sans y mettre de gants. Surtout lorsque je fais partie des abonnés (plus maintenant, d’ailleurs), je ne supporte pas qu’un canard me déçoive plus de deux ou trois numéros de suite. On va me dire : « Oui, mais en faisant ça tu n’aides pas la presse du vin ». Et alors ? Si elle est dans la mouise ce n’est tout de même pas de ma faute. Comme dirait l’autre, j’ai été suffisamment bon petit soldat par le passé pour avoir le droit de jouer les grognards de service dans un obscur blog auquel même son altesse Nicolas de Rouyn n’est pas abonné.

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Tenez, je me demande si lui et mes ex camarades de jeu dans la presse du vin lisent autre chose que les magazines du groupe Marie-Claire. Oui, bien sûr, je ne doute pas qu’ils soient branchés en permanence sur les pages vins du Point ou du Figaro, mais se penchent-ils de temps en temps dans l’autre presse, la vraie presse spécialisée.

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Ce n’est pas que je sois un saint, mais perso, je m’honore de lire avec plaisir le magazine La Vigne. Je le trouve varié, très journalistique et soumis de manière moins évidente aux pressions de la régie publicitaire. J’aime son côté concret, ses enquêtes qui, sans être des grands reportages dignes du prix Pulitzer, sont honnêtes, pragmatiques, courtes, sans aucun parti pris si ce n’est la volonté de présenter des initiatives novatrices en matière de viti-vini culture.

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Oui, amis du vin, débutants, négociants, vignerons, bouchonniers, tonneliers, cavistes, simples amateurs curieux ou journalistes divas, allez-y, lisez La Vigne. Car de la lecture, il n’en manque pas dans ce mensuel : on vous parle levures, pieds de cuve, stress hydrique, cuveries, tracteurs, export… Que ce soit sur la technique, la recherche, les maladies, les vignobles étrangers, c’est précis et pas barbant pour deux sous, un magazine riche, qui, contrairement à moi, par exemple, ne cherche pas à en faire des kilomètres à grands renforts d’envolées lyriques.

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C’est pourquoi j’arrête là mes louanges en vous conseillant de lire l’article de Florence Bal sur Bernard Nicoletti, un patron du BTP qui n’a qu’une envie à se retraite : mettre son argent et ses compétences dans un petit vignoble. Celui de Bellet, à Nice. Pour une fois qu’un patron ne cherche pas à s’exiler à Londres, en Belgique ou à Monaco, l’article, je vous l’assure, est réjouissant !

Michel Smith

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Mercado@Lisbon: a wonderful grazing opportunity!

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Mercado da Ribeira, Lisbon

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Tables and seats plus drink stands with restaurant stalls around the outside.

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The new project is sponsored by Time Out.

There is a newly renovated attraction in Lisbon – the Mercado da Ribeira. This is a combination of a long established food market with a new food hall offering a wide range of food and drink. It opened in the middle of May and is already proving very popular.

On Sunday and during the first part of the week the food hall in the Mercado stays open until midnight, while on Thursday, Friday and Saturday you can graze up until 2am. 

 

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Some of the food stalls

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Bread, ham and fado!

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Grazing time!


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Prosit, M. Juncker!

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, traine une réputation d’alcoolique pas du tout anonyme. Réputation que ses amis anglais (amis est un trait d’humour) ont courtoisement rappelé juste avant son élection. C’était sans doute plus facile de l’attaquer sur ce thème que sur son engagement européen. A ce propos, on a parfois l’impression que le meilleur candidat au poste, pour nos amis d’outre-Manche, est celui qui sabordera le plus vite la construction européenne; mais passons.

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Jean-Claude Juncker (Photo McZusatz)

Je ne connais pas M. Juncker. J’ignore ce qu’il boit exactement. Du bon, j’espère. C’est pour moi la vraie question – la question qualitative. Est-ce un homme de goût?

J’ai lu qu’on l’accusait d’arroser son petit-déjeuner au Cognac. Les Britanniques sont-ils vexés que ce ne soit pas au Scotch?

Et puis, il y a des lacunes dans le raisonnement. Que boit-il à midi? À quatre heures? Avant d’aller se coucher?

On voudrait en savoir plus. On a le droit de savoir. Que fait la presse d’investigation? Serait-elle morte avec le News of the World et ses écoutes téléphoniques?

Plus sérieusement, je trouve très douteux de traiter ainsi quelqu’un d’alcoolique à la face du monde, que ce soit un homme public ou un simple citoyen.

Primo, où sont les preuves? S’agit-il d’une véritable addiction qu’il faut traiter? A-t-il déjà pris Angela Merkel pour un éléphant rose ou François Hollande pour une bouteille de Champagne?

Secundo, en quoi cela interfère-t-il avec ses fonctions? Après tout, les mêmes rumeurs circulent déjà depuis 2010 au moins – on dit aussi que c’est un gros fumeur. Et cela ne l’a pas empêché d’être premier ministre au Luxembourg. Et même d’être réélu.

Cette histoire a de quoi faire sourire. Elle devrait pourtant nous mettre en garde. Contre les accusations gratuites. Contre une forme de dictature du politiquement correct. On n’admettrait plus, de nos jours, qu’un homme ou une femme politique soit empêché(e) d’accéder à une fonction parce qu’il ou elle trompe son conjoint, ou parce qu’il ou elle est homosexuelle, ou parce qu’il ou elle est de telle ou telle confession. Ou même, parce qu’il ou elle a touché au cannabis (certains s’en vanteraient plutôt).

Alors pourquoi devrait-on stigmatiser quelqu’un qui boit ou qui fume?

Que la Grande-Bretagne décide ou non de sortir de l’Europe, on est en droit de demander à ses politiciens et à ses éditorialistes de respecter une certaine décence dans le combat politique.

Pour terminer, je me permets de leur rappeler qu’Hitler était on ne peut plus sobre, tandis que Churchill, pas vraiment. Si les deux avaient été candidats au poste de M. Juncker, je me demande s’il les Eurosceptiques anglais auraient utilisé les même pathétiques arguments.

Alors, en résumé, et sans préjuger de sa politique, je me permets de lever mon verre de Rasteau (Ortas 2012) à la santé du dit Juncker! A à celle de tous les Européens démocrates, tolérants et épicuriens.

Hervé Lalau


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Dix questions insignifiantes sur le Vin en été… et ses à-côtés

Dix questions idiotes, affligeantes même et ô combien stupides… Mais tant pis ! Faut bien s’offrir le luxe de déconner un peu dans la vie, non ?

Et trouver de quoi s’occuper sur la plage les jours de pluie… Commençons par une question d’actualité, une question grave pour laquelle je n’ai pas trouvé d’illustration.

Photo©MichelSmith

Après le pamplemousse, c’es la fraise qui la ramène ! Photo©MichelSmith

1 – Dis mon bon tonton, pourquoi tu dis que la grêle c’est dégueulasse ?

Parce que ça vous tombe dessus sans crier gare, que ça peut détruire les vignes du voisin et pas les vôtres. Que ça peut foutre à zéro le moral d’un copain, ravager sa meilleure parcelle ou la moins bonne comme l’ensemble de son domaine, que c’est injuste, tout simplement. Qu’il faudrait être assuré pour s’en sortir et que l’assurance est plus sûrement garantie pour le riche propriétaire de Châteauneuf-du-Pape ou de Volnay que pour le petit vigneron de Homps en Minervois Et qu’une fois le drame passé, les pleurs séchés, il reste la vigne hachurée en plein cycle de maturité par l’orage sans oublier les bâtiments gravement endommagés. Comme une colonie d’hirondelles massacrées au napalm. En général, il faut plusieurs années pour s’en remettre. Je pense particulièrement à mes amis membres de Carignan Renaissance, Anne-Marie et Roland Coustal du Domaine Terres-GeorgesPeut-être un début de solution du côté du bon Jacques Berthomeau ?

Photo©MichelSmith

L’été, les chopines avec les copines… Photo©MichelSmith

2 – Toi qui sait tout mon pépé, un vin cher est-il meilleur qu’un autre qui l’est beaucoup moins ?

Pas forcément. S’il est cher c’est surtout qu’il est rare… Tiens, pendant nos vacances j’achète mon vin en Bag in box de 5 litres, à la Cave de Montpeyroux où le rouge est bien marqué par le Carignan. Il me coûte autour de 15 € et il me convient parfaitement. Dans le carton, il y a une poche en plastique alimentaire qui renferme le vin à l’abri de l’air et de la lumière. Au fur et à mesure que je tire du vin pour remplir mon verre, la poche se rétracte. C’est pratique, je n’ai plus qu’à le ranger au frigo et même leur rosé est très bon.

3 – Au fait, pourquoi ne trouve-t-on plus de rosés de saignée ?

Disons que l’on en trouve moins. Pourquoi ? À cause de la couleur, pardi, de cette satanée robe rose pâle (quand elle n’est pas neutre) venue de Provence et qui désormais dicte sa loi sur le marché du rosé du Nord au Sud. Il paraît qu’il plaît à ses dames et comme ce sont elles qui détiennent les cordons de la bourse… Mais on en trouve encore à Tavel, au Château de Manissy, par exemple, ou chez certains « arriérés » des Corbières, à l’instar du Château Colos-Celse à Villerouge-la-Crémade. Mais il est vrai que ce n’est pas à la couleur que l’on juge la qualité d’un vin…

Photo©MichelSmith Photo©MichelSmithPhoto©MichelSmith

4 – On dit que le Côtes de Provence est le meilleur rosé du monde ?

C’est ce qu’on dit… Et c’est vrai qu’il y en a d’excellents du côté de Lalonde, par exemple, au Domaine de l’Angueiroun, au Château Sainte Marguerite, au Pas du Cerf, ou à Saint-André-de-Figuière, pour ne citer que ceux-là. Petit rappel nécessaire pour paraître moins couillon en société : le rosé de Provence se veut généralement issu d’un « pressurage direct » et les spécialistes, du moins certains, disent que c’est pour cela (en dehors du baratin sur le terroir) qu’il est le meilleur. Un peu comme un blanc, le raisin est mis directement dans le pressoir sans avoir le temps de trop se colorer au contact de son jus. Car la couleur d’un vin nécessite un temps de contact entre la peau (où se trouvent les éléments colorants) et le jus. Le vin « de saignée », lui, n’est pas immédiatement pressuré. Les grains de raisins baignent dans leur jus durant quelques heures (une nuit, voire plus) et c’est en soutirant le jus par le robinet au bas de la cuve que le vigneron constate la couleur. Quand elle lui convient, il ne lui reste plus qu’à tirer le jus (sans les peaux) pour en faire son rosé. Plus branché, le premier est jugé vif et fruité, le second plus rond ou gras et tout aussi fruité et parfois même très légèrement tannique ou poivré. Mais les deux peuvent être délicieux et croquants à souhait ! Et, selon les goûts de chacun, le meilleur rosé du monde peut venir de Chinon ou de Bordeaux, quand il ne vient pas d’Italie ou d’Espagne. On dit aussi que la Provence est la région qui produit le plus de rosé. Or, elle serait désormais dépassée par le Languedoc-Roussillon.

5 – Ça veut dire quoi Papy « boire avec modération » ?

D’abord, mon enfant, cela signifie qu’il ne faut jamais se forcer et, quand tu seras grande, ne tremper tes lèvres dans le vin qu’une fois que tu te seras assurée qu’il est à ton goût, en le sentant, par exemple, ou en le crachant comme Papy le fait souvent. Ensuite, selon ton poids et ta corpulence, tu pourras boire deux ou trois verres de vin en mangeant. Et si c’est quelqu’un d’autre qui te ramène à la maison, quelqu’un qui n’a pas bu plus d’un verre de vin, et qui le reste du temps a bu de l’eau, alors là tu pourras ajouter quelques verres. Mais si tu t’aperçois par la suite que tu ne sors que des conneries après quelques verres, mets toi vite à l’eau !

Photo©MichelSmith

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6 – Où faut-il aller pour boire de bons canons en écoutant de la bonne musique ?

À Marciac, dans le Gers, comme toujours chaque été. Les Vignerons de Plaimont vont parrainer deux soirées prestigieuses : l’une avec l’orchestre cubain de Buena Vista Social Club et celui d’Omar Sosa Quarteto le 31 Juillet et le 1er Août avec une soirée consacrée aux chanteuses, dont la grande Eliane Elias. Ne pas oublier le 31 Juillet un grand concert gratuit au Château de Sabazan avec le violoniste Didier Lockwood.

7 – Peut-on mettre de la glace dans le vin ?

Pourquoi pas ? En été, tout est possible ! Moi-même je ne me gêne pas. Quand le rosé est moyen, c’est presque conseillé. Dans le blanc aussi où l’on peut même rajouter une rasade de limonade comme au comptoir du bistrot jadis. Moi, je fais ça dans un grand verre avec une tranche d’agrume et 5 ou 6 glaçons, c’est très rafraîchissant quand le thermomètre dépasse les 30 degrés. Avec un rouge simple, mais de bonne facture, essayez-donc la sangria, là aussi rafraîchie avec quelques glaçons.

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8  - Pourquoi mettre son portrait dans les publicités sur son vin ?

Je pense à la blonde tropézienne Valérie Rousselle (devenue Riboud) et à son Château La Roubine ou encore à Bernard Magrez, le fameux « compositeur de vins rares ». C’est vrai, je suis un peu naïf, mais je crois que ça doit leur fait tout simplement plaisir de voir leur tronche dans un canard… Faudra que j’essaie pour voir l’effet que ça fait le jour où je gagne au loto !

Photo©MichelSmith

Un bon rosé, un blanc ou un rouge frais sur une grillade de poulet ! Photo©MichelSmith

9   – Comment assurer pour la température des vins cet été ?

Si tu as un réfrigérateur à disposition et s’il fait très chaud, mets tous tes vins dedans. Quand tu vas à la plage, range une ou deux bouteilles dans une glacière en plastique isotherme, quelque chose de léger et de pas trop cher. En deux heures de temps elles seront encore bien fraîches. Si certaines personnes ne supportent pas l’idée d’un rouge frais, essaie tout de même de les convaincre d’enfouir une ou deux bouteilles dans le sable mouillé de la plage en les protégeant de gros cailloux afin qu’elles ne soient pas emporter par les flots. Procède de la même manière en bordure de rivière en te servant des cavités des rochers.

Photo©MichelSmith

On fait de tout dans le Languedoc ! Photo©MichelSmith

10 – Question capitale : qu’est devenue la belle Aurélia Filion ?

C’est vrai ça, la lumineuse Aurélia, sa faconde, son rire, sa mèche rebelle sur le front, ses petits pulls de couleurs tendres. Elle sentait si bon le sable chaud des vacances… Oui, je sais qu’elle est sur le site de Terre de Vins et même dans le magazine du même nom, mais depuis qu’elle y est, son show n’a plus la même saveur… D’ailleurs, l’est-elle vraiment ? Elle est annoncée page 11 du dernier numéro comme étant présente chaque semaine en vidéo… Or, un rapide lancement de recherche fait plutôt apparaître une parution mensuelle, voire annuelle la dernière remontant à un an (juillet 2013), comme quoi la presse du vin de nos jours c’est un peu n’importe quoi. On dit d’elle aussi dans le magazine « qu’elle a fait irruption sur la Toile il y a deux ans »… Pourtant, cela fait bien quatre ans que ses chroniques sont sur le Net. Certes, je ne vais pas chipoter, mais j’aimerais savoir ce qu’il en est exactement ? Aurélia serait-elle morte noyée dans le Champagne ? Dans ce cas, qui d’autre écrirait ses chroniques posthumes ?

Michel Smith

Photo©MichelSmith

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À quoi cela peut-il bien servir ?

Oui, je me demande vraiment à quoi cela sert-il de palabrer ?

À quoi servent ces conférences, colloques et autres débats ?

Pas même le temps de captiver son auditoire que déjà il faut passer la parole à un autre. Est-ce si utile de se déplacer pour un petit quart d’heure d’explication de texte face à un public déjà averti, déjà convaincu et qui plus est restreint ? Ce qui va suivre, aux yeux des bénévoles qui n’ont pas compté leurs heures pour la bonne réussite de ces journées, paraîtra insolent, discourtois, voire exagéré. Mais en même temps, je ne peux continuer à me satisfaire de la convenance habituelle dans laquelle j’ai baigné les trois quarts de ma vie. Critiquer ce que je viens de revivre une fois de plus constitue pour moi un devoir. Ainsi donc, je présente d’ores et déjà mes excuses à ceux que je risque d’offenser.

Unknown

Je veux vous parler de ces réunions, de ces discussions articulées autour du vin qui donnent lieu à de sempiternels débats sans lendemains. On les accepte volontiers, parfois à contre cœur. On y va à ses propres frais alors que l’on a déjà du mal avec sa maigre retraite et que l’on a un boulot à n’en plus finir sur le bureau. On se dit que peut-être on apprendra des choses, que ça fera du bien de faire un break, de voir d’autres personnes, d’échanger. Et puis Bruno Chevallet, l’organisateur, est si convaincant, si aimable, que l’on rêve déjà de pique-niques au bord de l’eau, d’échanges passionnés sous les oliviers et d’un hôtel de charme avec petit déjeuner provençal au son des cigales. Alors on dit oui. On y va le cœur en bandoulière avec en tête l’échafaudage d’un plan apte à défendre le Carignan du Roussillon, sans oublier de parler des autres, de ceux d’Uruguay ou d’Israël.

Le Maître et son élève... Photo©MichelSmith

Le Maître et son élève… Photo©MichelSmith

Cela me fait mal de le dire aussi brutalement, mais une fois sur place on déchante : les repas sont ruineux, les produits locaux sont relégués aux abonnés absents, le foie gras, le homard et le saumon sont mis en avant (pourquoi pas le caviar ?), de coûteux droits de bouchons vous scient le moral et en plus il faut se battre pour boire le vin à sa bonne température. Côté débats, discipliné on attend patiemment son tour de parole pour balbutier quelques mots sur cette éternelle et lancinante définition du « terroir », puis on écoute des gens passionnants que l’on coupe, comme c’était le cas pour vous il y a à peine 10 minutes, car, c’est un fait, « le temps nous manque ». Comme toujours. Sur ce, on n’oublie pas de se congratuler les uns les autres, d’applaudir, d’échanger nos cartes, de remercier tel ou tel sponsor qui, en brillant de son absence, montre l’intérêt qu’il porte aux choses du vin, ne cherchant même pas à aller au bout de sa mission. Le tout face à un maigre public estimé à 20 personnes, peut-être 30 par moments, tous participants ou accompagnants. Au final, lorsque l’on rentre chez soi épuisé par 5 heures de route, viennent les mots fatidiques : « Et alors ? » Alors, quoi ? On se sent comme envahi par un sentiment de frustration. On fait son délicat, son difficile…

Danièle Raulet-Reynaud à gauche et Iulia Scavo, la star montante de la sommellerie. Photo©MichelSmith

Danièle Raulet-Reynaud à gauche et Iulia Scavo, la star montante de la sommellerie. Photo©MichelSmith

Si ce n’était que pour les joies de retrouver mes amis vignerons, un tel voyage valait-il la peine d’être vécu ? Malgré les déconvenues, je dis oui haut et fort, même si je reste sur ma faim. Tout cela pour des « Rencontres internationales », les premières du genre sur la Côte d’Azur avec pour thème palpitant : « Un cépage, un terroir, des hommes » argumenté de la sorte : « Comment des vignerons ont su mettre en valeur des cépages oubliés et mal aimés sur des terroirs adaptés pour des vins exceptionnels ». La seule mention des cépages oubliés et la possibilité de défendre en public mes bons vieux plants du Midi, comme je le fais ici même tous les dimanches depuis 4 ans, ont suffi à me faire déplacer. Et, vous vous en doutez, ce n’était pas que pour un dîner dit « de gala » destiné à oindre les huiles dans le sens du poil. Alors, je m’efforce de retenir le côté positif des choses. Je me rends compte en effet que, malgré quelques écueils, rien n’a été perdu pour autant. Quelle chance j’ai a eu de pouvoir renouer avec le Romorantin de Michel Gendrier que je n’avais pas goûté depuis des lustres, de rencontrer sa charmante épouse, d’échanger avec André Dubosc venu de Plaimont pour une fois sans son béret basco-béarnais, accompagné lui aussi de son épouse et d’une jeune chercheuse en cépages autochtones de l’école de Purpan qui explore savamment les travaux sur les comportements des cépages anciens du Sud Ouest comme le fait Michel Grisard, présent lui aussi pour parler de son expérience en son Centre d’Ampélographie Alpine dédié à Pierre Galet. Ah, ce Professeur Pierre Galet qui travaille d’arrache pieds à un nouveau Dictionnaire encyclopédique des cépages, c’est une légende vivante. Un homme plein d’humour doté d’une mémoire éléphantesque qui vous lance à la figure un magistral « Profitez-en, j’ai 93 ans et je vais bientôt mourir » !

Les participants... enfin, une partie. Photo©DR

Les participants… enfin, une partie. Photo©DR

Quelle joie aussi d’embrasser Patricia Boyer du Clos de Centeilles que l’on a vu naître dans les années 80 avec déjà le souci de préserver les nobles cépages languedociens. Joie aussi de goûter sans retenue les cépages corses de Jean-Chales Abbatucci, de vider un verre ou deux de Mailhol en compagnie de ses auteurs Laurence et François Henry devenus historiens pour la cause des cépages, de siroter pour la première fois de ma vie une Mondeuse Blanche, celle de Philippe Grisard. Écouter les passionnantes recherches de Garance Marcantoni, la conseillère en viticulture biologique de la Chambre d’Agriculture du Var que les vignerons présents n’ont jamais pris la peine de contacter alors qu’elle a tant de connaissances à partager avec eux sur les cépages oubliés de Provence. Regretter l’absence de vignerons provençaux, hormis deux d’entre eux. Boire le discours d’historienne et l’accent pierreux de la Roumaine Iulia Scavo qui, je l’espère, deviendra un jour Meilleur Sommelier du monde après le Suisse Paolo Basso. Je vous jure, cette fille le mérite ! Quel plaisir aussi de causer un brin avec Jean Rosen, André Deyrieux, Jean-Luc Etievent, j’en passe et des meilleurs

La photo souvenir... Où tout le monde semble ravi ! Photo©DR

La photo souvenir… Où tout le monde semble ravi ! Photo©DR

Boire et échanger, voilà de vrais moments de partage qui gomment les défauts de cette première initiative forcément perfectible. En dernier ressort, j’aimerais suggérer ceci aux organisateurs : que l’on sorte lors des prochaines sessions du tape à l’œil, du bling-bling cher à la Côte d’Azur ; que l’on remise aux oubliettes ces soirées interminables où les étoilés se surpassent à grands renforts de verrines dînatoires et autres variations sur lesquelles le rouge chaud ne passe décidemment pas, pas plus que le rosé d’ailleurs ; que l’on aille vers plus de simplicité, vers des repas de grandes tablées où nous sommes tous ensemble, chez un vigneron de La Londe, par exemple. Et que l’on réduise le nombre d’intervenants afin de laisser s’exprimer ceux qui sont dans le concret. Je sais, ce ne sera pas toujours chose facile. Au Lavandou, nous sommes sur la route de Saint-Tropez et sur la commune qui abrite la modeste demeure de Carla Bruni au Cap Nègre. Mais on peut rêver…

Michel Smith

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