Les 5 du Vin

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Sauvignon blanc, et plus si affinités

On a beau râler, ici ou là, disputer les variétés dites « internationales », défendre les cépages locaux et rares, et, quelque part, avoir un peu raison en défendant l’idée de la diversité de cette manière, c’est toujours une petite dizaine de variétés de vigne qui domine largement la production mondiale. Les chiffres sont sans appel, car dix variétés pèsent pour une grosse majorité du vignoble mondial.  Je vous donne ces 10 premières variétés dans l’ordre (source : University of Adelaide, 2010) :

1. Cabernet Sauvignon
2. Merlot
3. Airen (vous l’aurez trouvé, celui-ci ?)
4. Tempranillo
5. Chardonnay
6. Syrah
7. Garnacha tinta
8. Sauvignon blanc
9. Trebbiano Toscano (alias Ugni Blanc)
10. Pinot noir

Ce tableau de chasse est en évolution constante, en fonction de modes, des plantations et des arrachages. Mais que faut-il penser de cette concentration de la production ? Les tenants du « boire locale » diront que c’est très mauvais, que cela uniformise les goûts et favorise une production supposée « industrielle », etc, etc. On connaît cette chanson, et, comme souvent, il y a une part de vrai là-dedans. Mais je vais aussi présenter les arguments pour une simplification d’une partie de l’offre des vins, surtout à destination de la majorité des acheteurs de vin, ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de lire des articles ou livres sur le sujet, et qui sont aussi ceux qui font vivre l’essentiel de la filière, ne l’oublions jamais.

Avant tout, il est très difficile pour un consommateur novice ou occasionnel, qui aime bien boire du vin mais qui ne s’y intéresse pas plus que cela, de se repérer dans la vaste et très diverse offre qui existe dans la plupart des marchés. En France cette offre dépasse très largement les capacités de compréhension de, disons, 90% des consommateurs. Dans des marchés plus ouverts à une offre bien plus variée sur le plan des origines, la situation est bien pire ! Segmenter les vins par leurs cépages, leur saveurs ou leur prix (et les trois à la fois si possible) sont des options bien plus pertinents qu’une approche par l’origine géographique, même si celle-ci fait sens en deuxième position de tri, pour ceux qui savent, ou qui recherchent un accent particulier.

Je rajouterai que c’est justement cette segmentation par variété (unique ou dominante) qui autorise une véritable exploration du résultat des lieux différents : climats, ou, si vous préférez, terroirs. Prenons l’exemple du cépage qui sera le sujet de cet article, le sauvignon blanc. Il n’offre pas les mêmes nuances à Sancerre, à Bordeaux, à Marlborough, en Styrie ou à Rueda. Ces différences, cette portefeuille d’arômes et de saveurs qui sont modulées et parfois amplifiées par les choix de chaque producteur et par les conditions de chaque millésime, confèrent une très grande diversité de styles au sauvignon blanc. Assemblée ou pas, la variété garde presque toujours un axe central, sorte de colonne vertébrale, qui est son acidité naturelle, porteur d’un train d’arômes dont la gamme spécifique traduit les origines géographiques, et parfois aussi les techniques.

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Comme toujours, une seule dimension d’un vin, en l’occurrence son acidité, ne peut être un critère suffisant pour assurer sa qualité. Il lui faut aussi un ensemble de saveurs et de parfums qui lui donne sa cohérence, les uns fonctionnant en harmonie avec les autres, comme de bons partenaires de danse, chacun avec ses qualités et sa partition, mais sans être en rivalité avec l’autre. Cela m’est rappelé avec force chaque fois que je participe à ce concours singulier (par le cépage concerné) qui est le Concours Mondial de Sauvignon Blanc. Chaque jury de 6 personnes déguste, chaque matin, entre 30 à 40 vins, en deux ou trois séries. Les séries sont, dans la mesure du possible, constitués de lots qui sont homogènes : par leur provenance géographique, leur millésime, le fait d’être assemblé ou en mono-cépage, élevé en cuve ou en sous bois, etc. Les vins sont servis à l’aveugle, bien entendu, mais ces paramètres sont connus, ce qui permets de faire glisser sa perspective sur chaque série et de juger chaque vin en fonction d’un étalon réel ou imaginaire, fondé sur l’expérience. Personne ne choisit la région, le pays ou le type de vin dégusté et les membres de chaque jury sont assez diversifié sur le plan des nationalités, ainsi que sur celui de l’activité professionnelle, bien que tous travaillent dans la filière vin.

L’édition 2014 de ce concours, qui a eu lieu à Bordeaux la semaine dernière, m’a donné l’occasion de déguster des séries de vins de plusieurs pays et régions différentes, tous issus de deux millésimes, 2012 et 2013. La France, la Suisse et l’Espagne étaient le pays, et les régions françaises étaient Bordeaux, Touraine et Languedoc-Roussillon, tandis que les sauvignons suisses venaient de Genève, du Vaud, du Valais et de Neufchâtel. Tous les vins d’Espagne étaient de la DO Rueda. De l’avis unanime de notre jury (une chinoise, une française, deux français, un sud-africain et votre serviteur anglais), de loin la meilleur série étaient celle de Rueda. La grande majorité de cette série de 12 vins du millésime 2012 étaient fins mais murs, leur acidité fine si bien intégrée dans un fruité subtil, peu exubérant, mais savoureux juste comme il le faut pour stimuler le palais. L’équilibre parfait fut souvent au rendez-vous chez ces vins délicats comme des Sancerres mais arrondis comme un sauvignon de Styrie. Surtout ils échappaient parfaitement à ce que je trouve être un piège, voire un lieu commun de trop d’exemples de cette variété : des arômes et saveurs herbacés. Personne n’avait la moindre idée de leur provenance, mais on optait tous pour un climat relativement frais, un bon ensoleillement et absence de maladies cryptogamiques, et, probablement, pour un pays européen, car ils n’avaient jamais l’expressivité parfois envahissante de certaines régions de l’hémisphère sud.

Ces concours, pour les participants en tant que membres d’un jury, doivent aussi servir à cela : nous révéler des potentiels jusqu’alors ignorés par nos petites personnes, mettre en cause nos idées reçues et certitudes fragiles. Bref, nous ouvrir vers le monde toujours plus vaste et diversifié du vin. Et l’aborder par le truchement d’un seul cépage permet, justement, de comparer un peu ce qui est comparable et d’éviter de tout mélanger. Si la perspective doit changer avec chaque série, le cadre, lui reste relativement constant. Et c’est tant mieux pour le consommateur.

 

 David Cobbold

 

 


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Contrôles et interdictions dans le vin: quelle efficacité ?

C’est en relisant le texte d’une interdiction promulguée le 31 juillet… 1395 que je me suis mis a cogiter sur l’efficacité relative des différents types de contrôle des entreprises privées que sont les producteurs de vin.

Evidemment la notion d’entreprise privée demanderait à être bien définie. Par exemple, cette notion n’avait pas le même sens à la fin du 14ème siècle que de nos jours. Je ne parle évidemment pas des expériences de gouvernance de la production par des Etats qui tentaient d’abolir la notion de propriété et d’entreprise individuelle. On se souvient des catastrophes humaines et qualitatives que cette approche a provoquées dans le pays de l’ancien bloc soviétique. Mais, malgré ces différences de contexte considérables, je crois qu’il est quand même intéressant de regarder ce qui se passe sur le moyen et long terme quand une instance, qu’elle soit politique ou économique, tente d’imposer ses choix.

Un des cas les plus radicaux dans le domaine du vin, même si nous manquons de témoignages quant à l’efficacité du décret en question, fut le décret de l’Empereur romain Domitien qui ordonnait d’arracher toutes les vignes de Gaule. En réalité, il semblerait que cela était destiné surtout aux vignes plantées en plaine et qui faisaient concurrence au blé, bien plus utile que le vin. Mais c’était tout de même assez sévère. Il a fallu attendre 200 ans  pour qu’un de ses successeurs, Probus, redonne espoir aux vignerons gaulois !

Des cas récents dans le vignoble français incitent aussi à cette réflexion, dans un registre mineur bien évidemment. Je parle de la tentative en cours par l’INAO de faire condamner au tribunal le vigneron Olivier Cousin pour un usage supposé illégitime d’un nom de région (Anjou), mais aussi à la récente condamnation à une amende symbolique d’un autre vigneron, Emmanuel Giboulot, qui a refusé d’acheter, et donc d’appliquer, un produit agréé "bio" pour se prémunir contre la cicadelle, vecteur d’une maladie de la vigne. Ces cas sont différents, bien entendu, mais ont un point essentiel en commun : le refus d’obéir à une injonction qui invoque la loi du pays, ou de l’instance qui gouverne leur domaine de production.

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Philippe II, Duc de Bourgogne

Retournons à l’édit mentionné au début de ce texte, qui émanait du Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, et qui frappait d’interdiction le cépage Gamay.  Je vais vous la fournir presque en entier (d’après les versions de Rossignol, 1854 et Vermorel, 1902) :

(NB, l’orthographe variable et étrange n’est pas le fait d’un anglais ignare, mais correspond aux versions citées du texte originel. N’oublions pas que nous sommes au 14ème siècle) 

"un très-mauvaiz et très-desloyaulx plant nomméz Gaamez, duquel mauvaiz plan vient très-grant habondonce de vins… Et lequel vin de Gaamez est de tel nature qu’il est moult nuysible a creature humaine, mesmement que plusieurs, qui au temps passé en ont usé, en ont esté infestés de griesz maladies… car le dit vin qui est yssuz du dit plant, de sa dite nature, est plein de très-grant et horrible amertume… Pourquoi nous… vous mandons… sollempnellement à touz cilz qui ont les diz plans de vigne des diz Gaamez, que yceulx coppent ou fassent copper en quelque part qu’ilz soient en nostre dit pais dedens cing mois".

(Je crois que je vais retenir l’expression suivante pour une prochaine critique d’un vin que je trouverai vraiment mauvais : "moult nuysible a creature humaine").

 

Gamay par Vermorel

une grappe de gamay, telle que le livre de Viala et Vermorel la montre

 

En tout cas, les gens du Beaujolais et d’ailleurs apprécieront l’avis de Philippe le Hardi. Il ignorait certainement que le Gamay est un des enfants naturels du pinot noir et, donc, par voie de conséquence, du très prolifique gourais (il faut dire que les enfants "naturels" étaient chose courante à l’époque). Quoi qu’il en soit, il est heureux que  l’internet n’ait pas existé pas à l’époque, car on imagine le tollé ! Combien de signataires de pétitions pour sauver le soldat Gaamez ?

Plus sérieusement, quel a été le résultat de ce décret plutôt sévère ? Probablement une migration du Gamay vers le Sud et les collines du Mâconnais et du voisin Beaujolais, même si quelques poches subsistent en Côte d’Or où le Gamay est admis, à la hauteur d’un tiers au maximum, dans le Bourgogne d’assemblage nommé Passetoutgrains. Nous voyons là une premier tentative, du moins en France, d’appliquer le principe qui deviendra, bien plus tard, un des fondements d’une appellation contrôlée de vin : un territoire associé à des variétés de vigne en particulier, à l’exclusion d’autres.

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Ce principe, défendu avec ardeur par les tenants du système d’appellation contrôlée (et protégée), a donné lieu à des nombreux conflits et parfois, plus tard, à des modifications du dit système lui-même. Je pense au cas de la Toscane, en Italie où l’apparition, à partir des années 1970, de vins de très haute qualité dans le région côtière autour de Bolgheri (à l’époque dénuée de toute appellation pour le vin), a enclenché un processus qui a entraîné une révision radicale de la structure des appellations dans ce pays. Ce changement de cap a également été provoqué par les absurdités des anciennes règles qui gouvernaient l’appellation Chianti et qui ont poussé certains des meilleurs producteurs à sortir de cette dénomination afin de faire de meilleurs vins rouges. Dans ces cas, les interdictions ont été favorables à la qualité, à moyen terme, mais bien malgré elles. On pourrait parler d’une "bonne contre-productivité". Le pionnier de ce mouvement fut la Tenuta San Guido, propriété de la famille Inchisa della Rocchetta et leur vin Sassicaia. Au début simple Vino di Tavola, ce vin de la région de Bolgheri a maintenant sa propre DOC, Bolgheri Sassicaia.

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Le cas du Domaine de Trévallon en France est un peu similaire mais, étant un cas unique dans sa région, ce domaine n’a pas réussi à faire plier le système des appellations contrôlées; ni à lui faire rendre raison de ses absurdités, généralement commandées par un soi-disant intérêt commun, autrement dit le nivellement par le bas. Entre 1993 et 1994, le vin du Domaine de Trévallon, déjà mondialement connu, a du troquer son modeste label de Coteaux d’Aix en Provence – Les Baux pour celui, encore plus modeste, de Vin de Pays des Bouches du Rhône. Pourquoi? Parce que l’INAO a cédé à la pression d’autres producteurs des Baux qui voulaient imposer un maximum de 25% de cabernet sauvignon dans les vins de l’appellation, alors que Trévallon en avait le double et refusait de l’arracher. Mais cela n’a pas nuit à son image, ni à ses ventes, et il continue à se vendre bien plus cher que les autres vins des Baux, car il est tout simplement meilleur.

On voit que tout système produit des contre-courants et des formes de rébellion. C’est quasiment comme une loi de la physique. Mais est-ce que cela veut dire que toute forme de rébellion ou de résistance à une force dominante est défendable ? Un anarchiste dirait forcément "oui" à cette question. Je pense qu’il faut regarder au cas par cas.

Pour aider, je propose de se poser la question suivante: est-ce que la cause défendue risque d’être bénéfique pour les consommateurs, puis, éventuellement, pour un ensemble significatif de producteurs autour ou dans une situation similaire (à défaut de tous)?

Enfin, regardons quelles sont les options pour les opposants à un système généralement bien plus fort et mieux armé qu’eux ? Il y en a trois : confrontation, contournement ou capitulation. La confrontation peut coûter cher: demandez à un opposant russe ou chinois. Le contournement serait une sorte de Wu-Wei, cher aux taoistes. La capitulation n’est probablement pas une option sérieuse pour quelqu’un qui est convaincu de son bon droit et assez déterminé. On le voit par les exemples cités ci-dessus : il vaut mieux adopter le contournement dans bien des cas. Dürrbach, de Trévallon, n’a aucun mal à placer ses vins, hors appellation contrôlée, et à des prix deux ou trois fois au-dessus de ceux qui sont restés dans l’appellation Baux. En Italie, Sassicaia, avec ses collègues de la Costa Toscana (Ornellaia,  Ornellaia, Guado al Tasso, Solaia, Masseto etc) a réussi à faire bouger les lignes d’une structure d’appellations rétrograde, inadaptée à la réalité.

Sujet à méditer pour d’autres cas, je pense.

 David Cobbold

 

 


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on and off @Millésime + Salon des Vins de Loire

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Entrance to Millésime Bio@Montpellier

So Millésime Bio is over for another year. It is clearly a wine fair that is popular with both producers and visitors, with a strong pull to visitors from Northern Europe. Now 21 years old it continues to grow with more than 800 exhibitors, even though the organisers are trying to manage its expansion with some producers, who want to come, still on the waiting list. Wanting to keep a balance between the producers and visitors, so that it is worthwhile for both parties.    

As seems the case with all large fairs these days Millésime Bio attracts various Salons-Off. These are not at all problem, rather a benefit, if the events are held before the main fair but are more problematic if held in competition with Millésime Bio. The salons-off are rather like ivy growing on a tree – for a while they can co-exist but the ivy will eventually kill the tree. Given Millésime Bio’s expansion and being unable to accommodate all the producers, who want to come, this is not currently a problem.  

It is, however, an understandable concern and source of anger for some producers like Pierre Clavel exhibiting at Millésime Bio: ‘et le coup de gueule est contre les salons OFF qui vont tuer le salon principal’.    

Instead the Salons Off are probably more a concern for the Salon des Vin de Loire, whose health is less rude. Both Millésime Bio and the Salon des Vins de Loire attract a significant number of visitors from overseas. Should one of these Salons cease to be viable because of too much competition from competing events, you can be sure that people (or very few) won’t travel across the Atlantic or from Northern Europe to attend Les Affranchis or Le Vin de Mes Amis competing events with Millésime Bio. Neither will they travel to attend La Dive Bouteille or La Levée de la Loire, the organic Loire wine event held on the Monday – the first day of the Salon des Vins Loire.  

I have no wish to explore the intricacies of local politics but I remain amazed and disappointed that some solution over integrating the organic producers at La Levée de la Loire somewhere at the main Salon hasn’t been found. The result is bananas! There are producers who only go to the Levée held at Les Greniers de St Jean, some who are both the Levée and the Salon, and I presume some who are only at the Salon. Chaotic! Perhaps heads need to be banged together to work out a sensible arrangement.  

It is little wonder that the Salon des Vins de Loire has attracted some criticism recently: http://jimsloire.blogspot.fr/2014/01/2014-salon-des-vins-de-loire-why-one.html   http://www.thewinedoctor.com/blog/2014/01/back-to-the-loire/  

I attended one Millésimé Bio event: the Carignan conference (l’association Carignan Renaissance) led by fellow Cinq Michel Smith. The history of Carignan is a warning to not dismiss a grape variety as low quality. The official word at during the 1980s and 1990s was that Carignan was part of the Midi’s poor quality past and that its part in AC wines should be limited and its place taken by grapes like Syrah, which were going to ‘ameliorate’ the quality of the wines from the region.  

To get over the message press trips were organised, including some from the UK, and articles duly appeared condemning Carignan. Along with a bonus for pulling out old vines, numbers of parcels of old Carignan were pulled out. Fortunately just before it was too late people started to realise that old Carignan could be magnificent and more recently younger Carignan could be good too if the yields were kept low.  

Carignan is particularly well adapted to resisting the fierce wind – the Tramontane – that blows in parts of Languedoc and the Roussillon whereas Syrah is decidedly fragile in high winds.  

At Montpellier three fifths of Les 5 met – Michel, Marc and myself, while it will again be three fifths at the Salon des Vins de Loire with David replacing Michel. Unfortunately young Hervé has missed both events with a stress fracture.  Santé

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Michel was suicidal over not being able to come to the Salon des Vins de Loire. Fortunately we managed to talk him out of it!

At Montpellier three fifths of Les 5 met – Michel, Marc and myself, while it will again be three fifths at the Salon des Vins de Loire with David replacing Michel. Unfortunately young Hervé has missed both events with a stress fracture.  Santé


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Le petit Chenin qui sent… l’Afrique du Sud

Savez-vous où se trouve le plus gros vignoble de Chenin au monde? Entre Angers et Tours? Vous n’y êtes pas! C’est en Afrique du Sud, qui compte à elle seule la moitié de la superficie plantée, soit le double de la France.

Très courant chez les Springboks, il n’a cependant pas toujours bonne réputation. La faute aux rendements, principalement, et au manque de "focus", comme on dit ici. Nous dirions: de définition. Une association s’est créée, la Chenin Blanc Association of South Africa, qui vise à le réhabiliter, et qui oeuvre justement pour que les vignerons retrouvent ce "focus". Ils sont déjà plus de 70 dans tout le pays. Ils sont parvenus à convaincre pas mal de leurs collègues de ne plus arracher leurs vieilles parcelles, comme ce fut le top souvent le cas ces 20 dernières années.

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Ecoutons Ken Forrester, le président de l’association: "Nous avons dans les mains un pur sang et nous le traitons comme une bête de somme, un cépage à tout faire, du vin de base à bas degré pour le brandy en passant par du vin doux tout juste bon à produire du sucre. C’est vrai qu’il se prête à beaucoup de types de vinifications, mais le Chenin est un superbe cépage, on doit le respecter, trouver son style. C’est aussi un de nos cépages identitaires: le Chili a le Carménère, l’Uruguay le Tannat, l’Argentine le Malbec, nous avons le Pinotage en rouge et le Chenin en blanc. C’est quasiment une Unique Selling Proposition, car les gens de la Loire qui en produisent ne le vendent pas sous le nom de Chenin, mais sous celui de leurs appellations".

Du style, de la définition, j’ai pu en retrouver dans les vins apportés chez Kleine Zalze, à Stellenbosch, par les vignerons de l’association. Ils m’ont permis de mesurer l’étendue de la palette du chenin en Afrique du Sud, en termes de sols (car le chenin en est un bon révélateur), de profils (sec et sur le fruit, plutôt vif ou plutôt riche, barriqué, doux, botritysé ou non…) et d’arômes (agrumes, fruits tropicaux, coing, miel, acacia, rôti…). Et beaucoup présentent un beau potentiel de vieillissement.

960805602Kleine Zalze vu de l’hôtel Protea (photo H. Lalau)

Voici mes préférés de la soirée:

-Joostenberg  noble late harvest.

-De Trafford Straw Wine.

-Raats.

-Ken Forrester FMC.

-Kleine Zalze Barrel Fermented.

Secs ou doux, barriqués ou pas, passerillés ou pas, mais toujours sans sucre ajouté, et sans cryo.

Ceci n’enlève rien à la qualité des Vouvray, des Montlouis, des Savennières, des Bonnezeaux, des Côteaux du Layon ou de l’Aubance, des Chaume et des Quarts de Chaume (et même des chenins du Languedoc et de l’Aveyron). D’ailleurs, ce sont des Saumurois qui ont amené le Chenin au Cap. Savoir que ce cépage s’est si bien adapté au bout de l’Afrique ne fait que confirmer ses qualités intrinsèques. Idéalement, cela devrait même susciter l’échange.  

Le monde d’aujourd’hui est moins cloisonné que celui des parpaillots et des papistes du 16ème siècle, il devrait donc être plus facile d’organiser des dégustations comparatives. Il n’est même pas besoin d’aller en Afrique du Sud pour ça: un saut en Angleterre ou en Belgique suffit.

Je n’ai qu’un souhait: que chacune des deux grandes "équipes" du Chenin, celle du coq et celle du springbok, pousse le plus fort possible en mêlée pour faire sortir la balle du bon côté, qu’elles développent leur meilleur jeu, collectivement, et qu’elles transforment leurs essais en jolis vins pour notre plus grand plaisir de consommateurs.

Hervé Lalau


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Lo Schioppettino, vitigno indigeno friulano

À l’Est du Frioul, là où le vignoble italien touche son voisin slovène, pousse un cépage qui, en version «jaune», existe des deux côtés de la frontière. La variante noire a changé de nom; de Ribolla Nera, elle est devenue Schioppettino.

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Le nom des cépages, c’est un peu comme celui les individus, on aime troquer leur patronyme contre une indication d’origine ou une association d’idées. La Ribolla Gialla n’y a pas échappé. Jadis, son vin s’embouteillait tôt. La population aimait le frisant laissé par une fermentation malolactique inachevée. Le bouchon sautait légèrement et le vin crépitait dando l’impressione che l’anidride carbonica scoppiettasse (de scoppiettare, pétiller). On l’appelle aussi la Pocalza. Aujourd’hui, les cuvées sont tranquilles et ajoutent leur particularité régionale aux nombreuses variétés indigènes frioulanes.

 Le Schioppettino

Schioppettino bunch

Une vigne peu vigoureuse qui donne des grappes de grandeur moyenne dont la forme cylindrique s’agrémente parfois d’ailes. Les grains de taille moyenne et sphériques arborent une couleur bleu foncé recouverte d’une pruine abondante. Leur peau est épaisse et la chair charnue et juteuse.

Son débourrement s’amorce aux environs de la deuxième décade d’avril, la fleur début juin et arrive à maturité vers fin septembre.

Les vins issus du Schioppettino ont du corps, une couleur sombre, des tannins bien présents baignés dans peu d’alcool, mais une acidité assez prononcée. Les arômes rappellent les fruits des bois et les épices.

Schioppettino 2010 Colli Orientali del Friuli Azienda Il Roncal

schioppettino (1)

Sa couleur sombre aux reflets bleutés nous laisse l’admirer un instant avant d’y plonger le nez. Plongeon succulent dans un monde épicé d’une forte fragrance de poivre noir, il nous pique presque les narines un moment affolées par tant de velléité pimentée. Mais ce Frioulan n’est pas qu’épice. Le piquant passé, il veut se faire pardonner ses espiègleries et nous offrir quelques confitures de fraise et de mûres. Les tanins se déploient comme une cape de soie sauvage, s’enroule et nous tourneboule par toutes les notes fruitées tissées dans sa trame. Le tissu est frais, souple et délicat, riche d’arômes qui retrouvent le poivre et les baies senties. Croquant et enjoué, il nous plaît dès l’entrée, nous lâchant qu’après s’être sans retenue exprimé.     

Schioppettino 

Les vignes approchent les 20 ans et poussent dans un sol de marnes sableuses installé à l’Éocène. La parcelle perchée à 200 mètres regarde le sud-ouest. Plantée à une densité de 4750 pieds/ha la production tourne autour de 1,4 kg par cep.  

La vendange se fait tardivement, temps laissé pour un passerillage sur pied. Récoltés manuellement, les raisins éraflés macèrent 2 semaines. L’élevage se fait en barriques durant 6 mois. 

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 Le domaine

Au cœur des Colli Orientali del Friuli, à l’Est d’Udine et à quelques kilomètres de la frontière italo-slovène, l’azienda familiale Il Roncal s’étend sur une vingtaine d’hectares. Ils escaladent les terrasses du Colle Montebello et partagent leur terrain entre une majorité de cépages autochtones et quelques incontournables internationaux. Elle fut fondée par Roberto Zorzettig en 1986.

www.ilroncal.it

 

Ciao

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Marco

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