Les 5 du Vin

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Soif d’ailleurs et de la Croatie

Tandis que deux de mes collègues se promenaient en Autriche, j’ai poursuivi le chemin qui borde le Danube sur sa rive droite, vers le sud et la Croatie. Il est vrai que j’ai pu le faire sans quitter Paris, grâce à une récente dégustation dans la belle boutique du caviste parisien Soif d’Ailleurs. Mais j’ai déjà pu visiter les vignobles de ce pays à deux occasions et j’en avais parlé sur ce blog.

Soif d’Ailleurs est un objet rare en France : une boutique entièrement dédiée aux vins d’importation. Cela ne plaira peut-être pas aux vino-nationalistes, mais tant pis pour eux ! Ce qui double son intérêt est le fait que la gamme est large et les vins sont bien choisis. Ce qui le triple est qu’ils sont vendus à des prix très raisonnables. Et, en prime, l’endroit est beau, dépouillé et bien éclairé, avec une salle de dégustation/conference dans le fond et les flacons bien présentés. Seul petit bémol (du moins pour moi) est qu’il faut s’aventurer au fin fond du 3ème arrondissement de Paris pour y aller. Passons sur cette considération bêtement égoïste.

new_wine_regions_of_croatia_large

Notre sujet étant les vins croates, un petit rappel s’impose car j’imagine que peu de nos lecteurs sont très familiers avec la production de ce pays issu de l’ex Yougoslavie, qui a rejoint la Communauté Européenne en 2013. La Croatie, qui autrefois faisait partie de l’Empire austro-hongrois, à une histoire avec le vin aussi longue que toutes les zones périphériques de la mer méditerranée, et dont elle conserve trace à travers une collection impressionnante de cépages dont certains sont aussi rares qu’anciens. Si la Croatie reste un petit pays, avec une production qui le situe au 30ème rang mondiale, la consommation de vin par habitant le met en deuxième ou troisième place !

Les régions viticoles croates peuvent se diviser en trois ou quatre principales parties (voir carte ci-dessus), dont deux se trouvent sur la mer Adriatique. La zone intérieure est essentiellement constitué par la Slavonie qui se trouve bordée au nord par la Slovénie (ne pas confondre), puis une partie orientale qui est frontalière avec la Hongrie et la Serbie. La plus méridionale et chaude des grandes regions est la Dalmatie, qui longe la côte et couvre pléthore d’îles, dont les plus connues se nomment Hvar et Korcula. Au nord-ouest du pays, l’Istrie, qui a longtemps été sous domination italienne, a un profil très distinct de la Dalmatie et constitue une sorte de pont vers la Slovenie et le Frioul italien.

baranja_croatia1vignoble en Slavonie

La Slavonie a un climat continental, avec des températures hivernales fraîches et une production largement dédiée aux vins blancs. C’est également une région de forêts et le chêne de Slavonie est très réputé dans tous les pays autour pour les vaisseaux vinaires. Le style des vins est à comparer à ceux des pays proches : Slovénie, Autriche et Hongrie en particulier.

Dalmatievignoble de la côte dalmate

La côte dalmate a un climat bien plus tempéré et chaud, bien que l’humidité peut y poser problème, comme cet été. Les vins rouges y dominent, à travers de nombreux cépages très intéressants, comme le Tribidrag (qui est la version originale du Zinfandel de Californie), ou le Plavac Mali, un de ses enfants. Certains des vignobles y sont très spectaculaires et deux parcelles ont été classés avec l’équivalent d’un rang de grand cru : Dingac et Postup. Ces vins commandent des prix élévés sur place mais sont peu exportés.

istriavignoble istrian

L’Istrie, région partagé avec la Slovénie, contient une autre gamme de cépages don’t le très intéressant Teran, variété rouge que l’on trouve également en Slovénie et aussi en Italie sous le nom de Refosco. Malheureusement cette variété est actuellement la victime d’une tentative grotesque de protectionnisme politico-économique de la part des slovènes alors qu’ils n’en ont jamais eu le monopole. D’ailleurs qui peut justifier la “propriété” d’un variété de plante ? Les meilleurs vins blancs utilisent souvent une forme de Malvoisie.

Ma petite dégustation (little tasting, le Big Tasting a eu lieu ce weekend !)

les prix mentionnés sont ceux de la boutique Soif d’Ailleurs à Paris

1). région Slavonie

Krauthaker Zelenac 2012 (blanc sec)

Cépage : 100% zelen (une variété très rare, paraît-il)

Prix 13 euros

Tendre et assez aromatique, autour d’arômes de fruits blancs. Sensation de richesse en bouche et saveurs gourmandes relevées par une acidité moyenne et enrobé dans une texture un peu grasse. Longueur décente pour la catégorie de prix.

Krauthaker Grasevina IBPB 2009 (blanc moelleux, mais je ne sais pas ce que signifie IPBP, désolé)

cépage : 100% grasevina (la variété la plus plantée dans le région)

prix : 27/28 euros

Nez très expressif et complexe : fruits exotiques comme mangue carambole, lychee. Puis écorces d’orange en bouche aussi. Belle sucrosité et texture très suave. Somptueux, même s’il est un peu juste en acidité pour un parfait équilibre.

2). région Istrie

Coronica Malvasja Istarska 2013 (blanc sec)

cépage : 100% malvasie d’Istrie

prix 14 euros

Présence marqué de CO2 (pour éviter du soufre ou pour garder de l’acidité ?). Vibrant du coup, avec de jolis parfums. Sensation de pureté et de délicatesse. J’aime beaucoup, même avec le gaz.

Kozlovic Teran 2012 (rouge sec)

cépage 100% teran (l’objet de ce litige aussi bête qu’indéfendable de la part des slovènes)

prix 14 euros

Un vin encore un peu austère, mais c’est le profil type de cette variété selon ceux que j’ai pu déguster ailleurs. Belle fraîcheur et équilibre, grâce à des tannins bien extraits et sans excès qui aurait pu masquer une joli fruité de cerises amers. Une combinaison réussite entre fermeté et délicatesse.

3). région Dalmatie

Zlatan Plenkovic Posip 2012 (blanc sec)

cépage : 100% posip (la plus planté des variétés blanches sur cette partie de la côte)

prix 19 euros

Présence d’un peu de CO2, certainement pour alléger un peu le poids de ce cépage qui tend vers la richesse en alcool. Parfums de fruits et de fleurs. Tendre, voir un peu mou en bouche. Presque bien équilibré et agréable à boire.

Leo Gracin Babic Tirada 2009 (rouge sec)

cépage : 100% babic

prix +/- 22 euros

Sa richesse en alcool le situe dans la famille des grenache, mais cette variété a bien plus d’acidité il semble. Si le fruité est proche de la confiture, la bouche reste bien vibrante et alerte, sans la lourdeur qui guette trop souvent le grenache mur. Long et très gourmand.

Stina Plavac Mali 2010 (rouge sec)

cépage 100% plavac mali

prix 19 euros

Assez intense, chaleureux et un peu tannique. Beaucoup d’intensité dans une belle matière. Long. Me fait penser à un beau chateauneuf. On sent un peu le lien de parenté abec le zin.

Zlatan Plenkovic Crljenac Kastelanski 2009 (rouge sec)

cépage 100% crljenac kastelanski (alais tribidrag, alias zinfandel, alais primitivo)

prix 29 euros

Très riche et très gourmand. L’alcool doit y être conséquent, mais que c’est bon et expressif. Mon vin préféré, avec le précédent. On voyage là !

 

Carnet d’adresses

Soif d’Ailleurs, 38 rue Pastourelle, 75003 Paris (www.soifdailleurs.com)

Et l’importateur en France de ces vins croates est Thierry Lurton, de Château Camarsac (http://www.thierrylurton.com/33-les-vins-croates)

 

David Cobbold


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Toscane : en quête de Sangiovese

Tout le monde connaît le cépage et, je m’en réjouis. Beaucoup l’adulent de par le monde. Pourtant, à moins de le réclamer avec insistance, je trouve qu’il n’est pas si évident que ça à trouver à l’état pur dans une bouteille. Cépage emblématique du Chianti, capable de prouesses, sa majesté il Sangiovese est présent partout dans le centre de la Botte jusque dans les collines de l’Émilie-Romagne, au nord de Florence. Mais il est toujours assez fortement concurrencé sur son propre terrain par le Cabernet Sauvignon, le Cabernet Franc, le Merlot et maintenant la Syrah qui séduit de plus en plus de vignerons Italiens. J’aime son fruit distingué, sa finesse, sa jovialité retenue et je sais qu’une fois en bouteilles, il est capable de faire preuve d’une très honorable longévité. Même s’ils sont de plus en plus nombreux à le remettre au goût du jour, allez expliquer ça aux aristocrates Toscans : c’est tout juste s’ils ne vous rigolent pas au nez avec dédain ! Partir à la recherche du Sangiovese n’est pas nouveau pour moi. Mon premier voyage en Toscane remonte aux glorieuses années 1980, lorsqu’un ami, lui-même natif de Toscane, Gabriele Cionnini, créateur en région parisienne de Castelli et Châteaux, boîte spécialisée dans la vente de vins italiens de qualité, se faisait l’apôtre des crus de la Botte en France et nous organisait des visites privées sur mesure chez ses clients du Piémont, de Toscane désireux de pénétrer le marché Français.

Ave Firenze ! Photo©MichelSmith

Ave Firenze ! Photo©MichelSmith

Récemment, deux copains amateurs de Pézenas, Clément et Bruno, ont eu la bonne idée en Octobre de me proposer de les accompagner pour un petit périple d’une semaine en Toscane. Ni une, ni deux, nous voilà partis pour résider au cœur du Classico, la Conca d’oro, comme on dit ici, où nous fûmes accueillis par un couple extraordinaire, Amandine et Tim. Amandine est directrice commerciale d’un gros domaine que nous irons visiter, tandis que Tim, un Anglais, est œnologue et accompagne vers le succès quelques domaines du coin. Pour ce voyage, nous avons volontairement choisi de nous concentrer sur le secteur du Classico sans pour autant nous priver de quelques échappées. Mais surtout sans faire appel au Consorzio Vino Chianti Classico. Cet organisme officiel, qui depuis 1924 regroupe 95 % des vignerons de l’appellation, cherche à protéger et à promouvoir les vins de cette appellation contrôlée (D.O.C.G. en Italie). Pas de rendez-vous fixés à l’avance, tout s’est décidé – improvisé même – spontanément sur place grâce à l’aide bienveillante de nos hôtes que je remercie au passage. En allant sur le site du Consozio, qui malgré le nombre de touristes francophones, n’est édité qu’en Italien et en Anglais, vous pourrez jeter un coup d’œil sur la carte répertoriant les domaines estampillés Gallo Nero (coq noir), la mascotte historique, de la banlieue sud de Florence au nord-est de Sienne en passant par des bourgs incontournables comme Greve In Chianti et Radda In Chianti.

La bande : Clément, Bruno, Amandine et Tim... Photo©MichelSmith

La bande : Clément, Bruno, Amandine et Tim… Photo©MichelSmith

Pourquoi le Classico ? D’abord parce qu’il fallait en faire un choix : visiter tous les domaines qui comptent dans le Chianti eut été utopique. Ensuite parce que le décret du Chianti Classico, contrairement au Chianti « tout court » qui peut être suivi de plusieurs noms de zones (Colli Aretini, Colli Fiorentini, Colli Senesi, Colline Pisane, Montalbano, Rùfina…), impose un minimum de 80 % de Sangiovese, le cépage principal du Chianti. Pour les 20 % restants, on peut ajouter des cépages locaux tels le Colorino et le Canaiolo, mais aussi, et c’est souvent le cas, des cépages Bordelais comme le Cabernet Sauvignon et le Merlot. Parfois, on a même l’impression qu’il y en a plus que le pourcentage requis, mais on ne va pas polémiquer là-dessus tant ils sont nombreux, chez les viticulteurs, à croire que ces cépages son locaux ! En Classico, il y a d’autres règles sur le degré, le rendement et l’élevage, par exemple, qui font que, un peu comme ce qui différencie un Bordeaux d’un Bordeaux Supérieur, le Classico est souvent plus distingué. Il existe même depuis peu un niveau bien plus haut de gamme – Chianti Classico Gran Selezione – qui positionne certaines cuvées très haut, tant en exigences d’élevages qu’en prix !

Gallo Nero et prises de notes... Photo©MichelSmith

Gallo Nero et prises de notes… Photo©MichelSmith

La zone concernée par le Classico, entre Florence et Sienne, est aussi la plus belle : les collines offrent de magnifiques points de vue, les forêts ne manquent pas et les villages, le plus souvent perchés, sont coquets et largement ouverts au tourisme. Plein de boutiques à découvrir et quantité de bistrots cachés. Faute de place, je vous laisse le soin de voir tout cela sur le Net, tant il est vrai que pour nous, ce qui importait dans ce voyage, c’était de remplir la mission qui nous nous étions fixée : rechercher et goûter le plus possible de cuvées de pur Sangiovese tout en goûtant aussi, plus souvent par politesse je dois le dire, d’autres vins suggérés par leurs auteurs. Aucun service de presse pour nous influencer et seulement 2 à 4 domaines visités par jour. En revanche, beaucoup de bouteilles achetées dans les boutiques – les villages n’en sont jamais à court… – ou commandées dans les restaurants, puis dégustées le soir à table où nos deux cuisiniers, Tim et Bruno, rivalisèrent de talents. On verra cela la semaine prochaine.

Un matin d'automne, entre Sienna et Firenze. Photo©MichelSmith

Un matin d’automne, entre Siena et Firenze. Photo©MichelSmith

Pour patienter, je propose un petit retour en arrière. Ma dernière expédition de ce type remontait à l’hiver 2009 où, en plus de producteurs très huppés avec des vins style « grands crus » – ici, Italiens et Américains parlent de « super toscans » comme d’autres de « super tankers » ! -, j’avais visité plusieurs domaines au sud de Sienne qui, au passage, reste ma ville préférée en Toscane. Là, pour résumer, comme toujours, se côtoient quatre appellations notoires : Brunello di Montalcino, Rosso di Montalcino, Rosso di Montepulciano et Vino Nobile di Montepulciano. Ces appellations (D.O.C. pour deux d’entre elles, D.O.C.G. pour le Vino Nobile et le Brunello) sont en principe exclusivement dédiées au Sangiovese, parfois mêlé à d’autres cépages locaux pour les simples D.O.C.). Le voyage d’alors était bien plus encadré et les rendez-vous fixés à l’avance. Là aussi, je m’étais fixé pour règle de bien cerner le goût du Sangiovese.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

La dégustation qui m’est restée le plus à l’esprit fut celle de l’Azienda Agricola Caparsa. Perdu au milieu des collines du Chianti avec 12 ha de vignes, Paolo Cianferoni, un brin écolo, est un puriste du Sangiovese qui travaille en bio. Le sommelier Belge Andy de Brouwer qui m’accompagnait alors, avait bien ressenti les choses en goûtant le Chianti Classico Riserva « Doccio a Matteo » 2003 (23 €) un presque pur Sangiovese (5% de Colorino) dans un millésime de canicule. Je le cite : « Le Sangiovese planté en altitude apporte la juste acidité à ce vin d’une riche complexité, axé sur les arômes animaliers. Le fruit est mûr et on devine la présence de petites cerises du Nord noyées dans l’eau-de-vie comme au temps de ma grand-mère. J’ai appris grâce à Paolo que le Sangiovese de bonne provenance aimait se faire attendre : les tannins s’assouplissent et l’acidité naturelle conserve le vin. Pour l’accompagner, je vois un perdreau en feuille de vigne et son jus de déglaçage parfumé d’un petit trait de cognac accompagné de quelques airelles sauvages ».

Photo©MichelSmith

Paolo Cianferoni, de Caaparsa. Photo©MichelSmith

Ainsi, avant de détailler pour vous la semaine prochaine les vins de mon périple de cet automne 2014, afin de vous mettre dans le bain, si j’ose dire, je vais m’autoriser une sélection des vins retenus par mes soins lors de mon voyage en 2009. Sachez au passage que Brunello est aussi le nom local du Sangiovese à Montalcino, tandis qu’à Montepulciano on l’appelle le Prugnolo Gentile. Parmi la dizaine de clones recommandés, il en existe un qui est spécifique à Montepulciano et qui porte le nom de BBS (Brunello Biondi Santi) car il a été développé à partir de vieilles souches de Sangiovese Grosso déjà sélectionnées pour leurs qualités et plantées à Greppo, le siège de la propriété familiale des Biondi Santi, au début du siècle dernier. Quand ils sont donnés, les prix sont d’époque, les millésimes aussi. Notez que les vins hauts de gamme sont à des tarifs élevés. Ce rapide tour d’horizon vous aidera peut-être, dans un premier temps, à établir votre circuit dans l’une des plus célèbres régions viticoles d’Italie avec le Piémont. Et je suis même allé jusqu’à vous faciliter la tâche : en cliquant sur le nom du domaine, vous aurez un accès à leur site.

Photo©MichelSmith

Lecoq est aussi sur la cave de l’Azienda Monteraponi, à Radda. Photo©MichelSmith

Carpazo 

-Rosso di Montalcino 2006 « La Caduta » – Nez sur la réserve, profondeur en bouche, harmonie, tannins mûrs et fondus bien présents. Potentiel de garde de plus de 5 ans pour ce pur Sangiovese tiré à 15.000 exemplaires.

-Brunello di Montalcino 2004 – Nez fin, complexe, épicé, note de café, le tout très aérien. Belle bouche puissante mais franche avec un fruité bien marqué et une acidité soutenue. S’achève sur des tannins corsés mais civilisés. Grande longueur.

Il Conventino 

-Rosso di Montepulciano 2007 – Rouge solide, tout en fruit, doté d’une bonne longueur. Très bon rapport qualité/prix/plaisir, il est commercialisé sur place à moins de 8 €. Bio depuis 1993, le domaine couvre 23 ha plantés en cépages locaux. Les bâtiments sont pour beaucoup consacrés à l’œnotourisme.

-Vino Nobile di Montepulciano 2001 – Robe légèrement brunie, nez envoûtant, le vin est massif, plein, ferme, tannique, prêt à boire après une mise en carafe. Là aussi une excellente affaire.

Majestueuse Sienne ! Photo©MichelSmith

Majestueuse Sienne ! Photo©MichelSmith

Tenute Silvio Nardi

-Brunello di Montalcino 2004 – Robe moyennement soutenue, nez intense, bouche soyeuse et tannins bien présents (réglisse) sur une finale fraîche. 100 % Sangiovese provenant de 55 parcelles différentes. Tirage : 16.000 bouteilles. Mon coup de cœur !

-Brunello di Montalcino 2004 « Manachiara » – Ce « matin clair » (12.000 cols) offre un nez assez sophistiqué et boisé (épices, vanille), sur une matière dense et serrée dotée de tannins prometteurs.

Biondi-Santi

-Brunello di Montalcino 2004 « Annata » – Robe rubis profond, nez floral, tannins prenants, épaisseur, bonne acidité, s’ouvre sur la minéralité et s’achève sur le fruit. 70.522 bouteilles mises en juin 2008 (72 €).

-Brunello di Montalcino 1983 « Riserva » – À peine tuilée, dépôt en suspension, notes de vieux tabac. Chaleureux, persistant, le vin prend son temps et distille sa finesse (490 € !). Liège changé en 2000. Traditionaliste, le dottore Franco Bondi Santi, décédé en 2013 à l’âge de 91 ans, continuait, lors de mon passage, d’inspecter ses 25 ha de Sangiovese Grosso patiemment greffé à partir de plants sélectionnés sur des vignes-mères plantées par son père. L’élevage est long et se fait en fûts slovènes, puis en bouteilles. La « Riserva » ne sort que dans les années exceptionnelles. Cyprès vénérables et magnifiques terrasses, ce domaine historique est fort bien conservé par les enfants de Franco.

Avis affiché à l'attention des touristes ! Photo©MichelSmith

Avis affiché à l’attention des touristes ! Photo©MichelSmith

Il Greppo

-Vino Nobile di Montepulciano 2006 – Pur Sangiovese, nez légèrement mentholé, superbe matière charnue en bouche, de la densité, mais aussi beaucoup de fraîcheur et de longueur. Le domaine, 15 ha de vignes face à la vallée de la Valdichiana, propose des appartements à louer, ainsi que des repas à la ferme.

Avignonesi

-Vino Nobile di Montepulciano 2006 – Tiré à 300.000 exemplaires, (85 % Sangiovese – ici on préfère dire Prugnolo Gentile -, 10 % Canaiolo et 5 % Mammolo), c’est le vin-phare de cette légendaire maison. Nez sur la finesse, bouche altière, grande fraîcheur en dépit de la chaleur du vin servi, de l’alcool (14°) et du temps d’élevage (18 mois) sous bois. Sur les millésimes plus récents, comme 2011, la fiche technique annonce un cent pour cent Sangiovese.

Castello di Ama

-Chianti Classico 2006 « Bellavista » – Marco Pallanti, œnologue (à l’époque président du Chianti Classico) et son épouse Lorenza Sebasti, continuent sur leur exigeante lancée pour faire de ce château (en réalité un hameau ceint de 90 ha de vignes, dont du Cabernet Franc, 40 ha d’oliviers, le tout à 500 m d’altitude) un incontestable grand cru. Pour sa 25 ème vendange, il nous offrait un Classico armé de l’un des plus beaux nez du Chianti. On y sent la profondeur de la terre, mais aussi des touches de laurier et de sous bois. Magnifique en bouche, avec une sensation de rythme, d’élevage attentionné et de tannins proches de la perfection. Mais il y a un peu de Merlot. Autour de 10 % ? Vous le saurez au prochain numéro car j’ai revisité cette propriété… et surtout son restaurant !

Le grand cru d'Ama ? Réponse Jeudi prochain ! Photo©MichelSmith

Le grand cru d’Ama ? Réponse Jeudi prochain ! Photo©MichelSmith

Fèlsina

-Chianti Classico 2007 « Berardenga » – Pur Sangiovese, robe d’un rubis profond, souplesse en attaque, densité, petits fruits rouges confits, tannins présents mais discrets, assez proches du raisin, finale discrètement boisée, belle fraîcheur et grande longueur. Le domaine couvre 120 ha.

-IGT Toscana 2005 « Fontalloro » – 40.000 flacons d’une vieille vigne de Sangiovese à 400 m d’altitude. Robe soutenue, bouche austère, dense, minérale, serrée, longueur, fruité en finale.

Fontodi

-Chianti Classico 2006 – Fraîcheur en bouche, densité et longueur, ce Sangiovese, tiré à 170.000 exemplaires, est très représentatif de ce beau millésime. Au sud de Panzano, le domaine compte 70 ha de vignes en agriculture biologique.

-IGT Colli Toscana Central 2006 « Flacianello » – Après un 2005 assez corsé, cet autre Sangiovese est des plus complets : très belle robe, élégance au nez, fruité pur, longueur.

Coucher de soleil sur Siena... Photo©MichelSmith

Coucher de soleil sur Siena… Photo©MichelSmith

Tenuta La Novella

-Chianti Classico Riserva 2006 – Une révélation que ce rouge à 80 % Sangiovese au boisé chic et fondu. Notes de vieux cuir et de fruits rouges bien mûrs, puissance, longueur, on peut patienter 5 ans. Il aura fallu 10 ans à l’entrepreneur Français François Schneider pour rénover ce splendide domaine bio (12 ha de vignes et 34 ha d’oliviers) à 16 km de Florence et à 500 m d’altitude, conseillé par Stéphane Derenoncourt.

Mazzei

-Chianti Classico 2006, Castello di Fonterutoli – Une fois de plus un fort joli nez sur ce millésime, large, élancé et très frais en bouche. Tiré à 50.000 exemplaires, à 90 % Sangiovese et 10 % Cabernet. La maison compte trois domaines, un au cœur du Chianti, un autre sur le versant maritime et un en Sicile.

Marchesi Antinori

-IGT Toscana 2006 « Tignanello » – C’est le plus Sangiovese (80 %) de la carte de cette grosse maison connue dans le monde entier. Best seller avec au moins 300.000 flacons, le solde de l’encépagement se fait avec les deux cabernets. Robe dense, profonde, nez épicé, attaque franche, notes herbacées, fond de fruit équilibré, soyeux et persistant. Le style reste très international, sans surprises. Son frère, le « Solaia », n’est vinifié que dans les grandes années et il est dominé par le Cabernet Sauvignon (20 % de Sangiovese). Au sud de Florence, depuis mon voyage de 2009, la visite d’une nouvelle cave s’impose : architecture, musée, restaurant, boutique, elle est magnifiquement intégrée dans le paysage, tel un navire à quelques encablures de l’autoroute.

N’oubliez pas de vous rebrancher Toscane Jeudi prochain, pour d’autres découvertes dans le Chianti Classico !

A presto !

Plaisir du matin italien : un merveilleux café doré Photo©MichelSmith

Incontournable plaisir du matin italien : un merveilleux café cuivré ! Photo©MichelSmith

            Michele Smith


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Norton (le cépage, pas la moto!)

Note : J‘avais promis, la semaine dernière, une suite à mon article sur le dosage en Champagne. Elle aura lieu la semaine prochaine car je n’ai pas eu le temps cette semaine de la préparer correctement.

Quand on me dit « Norton », je pense, a priori, à un truc un peu vieux mais sympa qui loge dans mon garage. A savoir, ceci:

Norton2

Mais Norton, c’est aussi le nom d’un cépage hybride, autrefois très répandu dans tout le nord-est et le centre des Etats-Unis. Détruit par la prohibition aussi sûrement que s’il s’agissait du phylloxera, cette variété peine à revenir des limbes et compte aujourd’hui quelques 200 hectares, je crois, essentiellement dans le Missouri et la Virginie. Il porte le nom d’un physicien et horticulteur nommé Daniel Norbonne Norton, qui vécut au début du 19ème siècle près de Richmond, en Virginie.

Selon Robinson, Harding et Vouillamoz (dans leur remarquable livre de référence Wine Grapes), il s’agirait d’un hybride entre une variété presque disparue de l’espèce vitis vinifera, l’enfariné noir, et une variété de vitis aestivalis.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ? D’abord parce que j’ai pu assister, samedi dernier à Paris, et grâce à Tim Johnston, à une rare dégustation de 7 vins issus de ce cépage. Ils provenaient de deux domaines différents et de 5 millésimes. Ces vins ont été importés pour l’occasion par un amateur américain, Andy Williams (pas le chanteur), fidèle client du bistrot Juvenile’s qui est devenu, en 20 ans, un véritable mini-carrefour pour quelques amateurs et producteurs du monde entier. Mais aussi parce que je trouve intéressant d’explorer les raisons de ces modes et goûts successives qui entraînent la montée en faveur ou la descente vers l’oubli de tel ou tel cultivar.

Les caractéristiques du Norton incluent une abondance de couleur et, apparemment, deux fois plus de l’antioxydant resvératrol que le cabernet sauvignon. Mais aussi une bonne acidité et très peu de tanins. En cherchant bêtement des points de repère pendant que je dégustais les vins, je me trouvait pas trop loin de certaines expression du dolcetto piémontais, mais pas exactement là non plus.

 IMG_6364Voilà les deux domaines dont les vins étaient présents à cette dégustation. J’aime bien l’étiquette de gauche, qui pourrait sortir d’un livre de Vermorel sur les cépages. 

 

La dégustation

Voici les notes prises le 18 octobre, chez Juvenile’s à Paris. L’ordre des notes est celui du service, décidé par les organisateurs.

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2001

Le nez me semble un peu animal et assez nettement volatile. La sensation en bouche est pleine, lisse et chaleureuse, avec une bonne présence de fruit mais une structure qui ne repose que sur l’alcool qui domine trop l’équilibre (pas noté).

Horton Vineyards, Orange County Norton 2001

Aussi volatile que le précédent et un peu bizarre au nez. Je l’ai qualifié de  funky  dans mes notes, partiellement écrites en anglais. Présence de bois aussi, ce qui étonne dans un vin de 13 ans. Ces impressions se confirment en bouche, avec la chaleur en plus (pas noté).

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2012

Bon fruité, assez chaleureux et tendant vers la confiture mais plaisamment suave en texture. Peu de structure toujours, mais une longueur décente. Ce vin semble plus complet et bien plus agréable que le 2001. (note de 13,5/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2007

Assez riche au nez, avec une impression de fond que je n’ai pas senti auparavant dans cette série. La texture est fine et la structure très souple, quasiment sans présence tannique. Mais toujours cette impression de chaleur malgré le fait que les degrés annoncés ne sont pas énormes, autour de 13%. (Note de 13/20)

Chrysalis Vineyards, Estate Bottled Norton 2011

Le nez est un peu fermé mais semble avoir plus de complexité que les autres. Les saveurs fruitées ont de la fraîcheur et évoquent des baies noires. Le meilleur vin de la série avec un équilibre qui le rend très agréable. (Note de 14/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2011

La fraîcheur importante de ce vin semble aller vers l’acétique. Le fruité est gourmand mais cette acidité perturbe l’ensemble. (note de 12/20)

Chrysalis Vineyards, Barrel Select Virginia Norton 2013

Le boisé est marqué mais pas d’une manière dérangeante. Une belle vivacité et un peu plus de longueur que la plupart des vins de cette série, probablement soutenue par le boisé. Belle qualité de fruit. (Note de 13,5/20)

Conclusions

Les informations fournies indiquent que ces vins se vendent aux USA pour des prix allant de 15$ à 30$ et la production est limitée. Vu le marché intérieur aux USA, il n’y a aucune chance de les voir en France un jour et ils ne me semblent pas du tout compétitifs sur un échiquier plus large que leur zone de production, où ils sont surtout achetés grâce à une forme de fierté locale. Leur principale qualité réside dans leurs saveurs fruitées, bien que celles-ci (du moins dans les échantillons présents) tendent vers le confituré. Des habitués de vins rouges tanniques les trouveront probablement trop souples, bien que leur acidité empêche toute impression de mollesse. Mais le vin, c’est la diversité, et les goûts des humains suivent le même principe.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Une maman heureuse, la Mondeuse blanche

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photo http://madlygirlygeekly.wordpress.com

Un soir de pleine lune, elle accoucha de la Syrah, produit des amours certes licites d’avec un Ardéchois de passage, le Dureza. C’est établi, les mauvais coucheurs l’ont exigé, la preuve ADN est avérée. Et si de la Syrah on sait tout ou presque, que savons-nous de sa procréatrice ?

Une belle Savoyarde

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La pauvre a bien failli disparaître, quelle ingratitude !
Il en pousse à peine 4 ha du côté de Fréterive dans la Combe de Savoie. Un poil plus du côté du Bugey.
Peut-être est-ce à cause de son caractère empreint de coquetterie, il faut lui relever les sarments sans attendre, ou de sa prodigalité, sans épamprage strict, elle dilue sa sève dans une inutile abondance de grappes. Elle exige la meilleure exposition, plein sud, sinon rien !
De plus, sans raisin, la reconnaître s’avère délicat, sa feuille s’apparente à son homonyme noir.
Quand toutes les conditions sont réunies, elle nous récompense par de belles grappes cylindriques aux grains sphériques peu serrés, à la peau plutôt épaisse et bien dorée à maturité. Maturité qui ne se fait pas trop attendre et intervient en 2ème époque tardive. Là encore attention ! Elle aime l’alcool et monte facilement en degré sans se faire prier. Par contre, elle n’a pas froid aux yeux et ne craint guère les maladies.

Dans la bouteille

C’est au Domaine Grisard, celui de Jean-Pierre, que j’ai dégusté avec grand intérêt ce cépage, une première.

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Mondeuse Blanche Prestige 2011 Domaine Grisard à Fréterive

La robe d’un jaune blanc éclatant miroite au soleil de fin d’été et semble se pailleter d’or. Au nez, le floral prend les devants et nous parfume avec largesse de fougère, de camomille et d’aubépine. Cela se corse ensuite, épices et fruits entrent en jeu et nous livrent sans excès du poivre blanc, de la poire plantée d’un clou de girofle et de l’écorce de citron grattée. En bouche, le grain de sel qui se dépose sur le bout de la langue amplifie les saveurs grillées et fumées, renforce la fraîcheur des agrumes, affermit l’impression tannique qui fait ressembler la blanche Mondeuse à l’Humagne valaisanne. Enfin, la suavité du chocolat blanc vient en bout de course nous apporte un réconfort inattendu.

Les 2012 et 2013 dégustés dans la foulée sont prometteurs. Le premier s’entoure d’un gras confortable qui gomme autant l’impression salée que la tannique. Le second en plus de retrouver le sel y ajoute l’iode doublé d’une fraîcheur sapide.

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Les vignes poussent en coteaux plein sud bien ancrées dans les éboulis calcaires du Massif des Bauges. La vendange se fait à la main. Après la fermentation alcoolique, la malolactique se fait sans trop empeser la fraîcheur du vin. L’élevage se passe en cuve.
Il ne faut pas la servir à une température trop basse, les 14°C lui conviennent parfaitement et la voient alors convoler sans réserve avec les poissons de rivières, les viandes blanches et les fromages sympas, c à d ceux qui laissent s’exprimer leur partenaire come le Reblochon par exemple.

Le domaine

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Les Grisard, père et fils, exploitent 22 ha répartis pour moitié en cépages blancs et l’autre forcément en rouges. En tout, cela fait plus de vingt cuvées à déguster, à boire, à emporter, … une jolie gamme savoyarde au caractère toutefois bien affirmé.

http://www.domainegrisard.com

Ciao

 

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Marco


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Quand la Savoie m’appelle, j’accours ! (1ère partie)

(Première partie : une sombre histoire de Mondeuse à Genève)

Franck Merloz, l'un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

Franck Merloz, l’un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

C’est encore un truc tout con, un truc de ouf. Pas un happening politique qui consiste à défiler dans les beaux quartiers avec poussettes et crucifix pour une manif anti mariage gay. Non, il s’agit d’un simple message d’un Savoyard qui défend avec conviction son terroir, ses cépages, ses vignerons. Une de ces initiatives spontanées qui fleurissent un peu partout désormais, une bouteille à la mer jetée suite à une amicale séance de provocation du genre : « Nous on fait de meilleures Mondeuses que vous » ! Et vlan ! Voilà le défi lancé. Une battle comme on dit désormais en bon Français sur les réseaux sociaux. Z’auraient pu choisir la plus belle pomme, la plus belle vache, le plus beau fromage, le plus beau lac… Non, il a fallut que maître José Vouillamoz d’un côté, Suisse de nationalité, et même Valaisan, lance un jour le défi pour que Franck Merloz, de l’autre côté du Léman, relève le gant. Résultat, ce dernier, très actif sur Twitter et sur son propre site In Roussette We Trust m’a intimé l’ordre d’être la cinquième roue du team France tendance Savoie afin de juger laquelle des dix Mondeuses présélectionnées – cinq Savoyardes, cinq Suisses – remporterait le titre de Meilleure Mondeuse des Alpes !

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

J’étais donc le seul estranger. Et j’ai accepté ce sort avec grand plaisir car cela faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans les alpages. En y ajoutant une seule condition : que le facétieux Franck Merloz, en grand défenseur des vins de sa région, m’organise par la suite une mini-tournée au sein de l’appellation Vin de Savoie. Le mec a tenu parole et c’est pourquoi mon expédition fera l’objet de trois articles pour zéro centime. Quant au concours, rien de très folichon. Hormis la composition des jurys, la rigueur de mise et le bon déroulement de la dégustation, c’était genre décontracté, avec une bonne bouffe à la fin. Verres appropriés, température convenable, vins sélectionnés préalablement par chaque équipe, salle de dégustation acceptable (merci à la Maison du Terroir de la République et du Canton de Genève, à Berneix), crachoirs, papier, crayons et un accord vite réalisé sur « la façon de procéder » avec, en prime, pour bien montrer que je n’avais pas fait la route à mes frais, cette sentence de ma part : « silence absolu pendant la dégustation, pas d’échanges, pas de remarques ». Après tout nous étions en Suisse, pas au café du commerce de Chambéry ! Pour les détails, voir en fin d’article.

José, le Prof... Photo@MichelSmith

José, le Prof… Photo@MichelSmith

À ce stade, je me demande si tout le monde sait ce qu’est une Mondeuse. Mon ami Marco, certainement, lui le sait, je n’en doute pas. David aussi qui voit en elle une sorte de Syrah light. Et Hervé, en bon érudit du vin, fort probablement sait de quoi il en retourne. Quant à Jim et moi, vaguement… mais vous, vous cher Lecteur ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l’affront d’un cours ampélographique. Laissons cela à José Vouillamoz, biologiste savant né « avec du Fendant dans le biberon » qui a cosigné récemment Wine Grapes, un gros livre sur les cépages. Sans se séparer de sa casquette noire ni desserrer sa cravate trop courte, le gars nous raconte en préambule qu’il s’agirait d’un cépage rouge apparenté à la Syrah. Ça, nous le savions, mais comment se fait-ce ? Simple, sa maman, dame Mondeuse blanche, se serait croisée avec un cépage noir de l’Ardèche du nom de Duréza probablement dans les rangs d’une vigne de l’Isère. De son côté, le Duréza aurait une sœur nommée Teroldego dans le Trentino. Il faut noter aussi, tests adn à l’appui, que ces deux cépages sont les petits-enfants du Pinot noir. En outre, le professeur trouve des liens entre Mondeuse noire et Viognier… Enfin, je m’y perds comme toujours. Vous lirez la suite dans cet article passionnant qui vous apprendra que dans la nature tout le monde fricote avec tout le monde, ce que vous saviez déjà, non ?

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

Cinq Mondeuses Suisses, cinq Françaises, toutes goûtées à l’aveugle bien entendu, toutes classées au final dans un ordre très protocolaire : une Française, une Suisse, etc. alors que l’ordre de présentation à la dégustation était aléatoire (il pouvait y avoir deux Suisses de suite). Et la gagnante fut : la Mondeuse 2010 « Quintessence » de Philippe Héritier, vigneron en bio et éleveur d’escargots au Domaine des Orchis en Savoie. Ce vin n’était pas classé premier de mon côté (je l’avais mis en troisième position), mais j’avais noté sa finesse, sa structure bien présente, ses notes de petits fruits rouges fins, ses superbes et élégants tannins de cuir. Ensuite, pour la seconde place, la quasi unanimité s’est faite autour du vin présenté en quatrième position. Il s’agit de la Mondeuse 2012 du Domaine Mermoud sis dans le canton de Genève, tout près de notre lieu de dégustation : belle robe violine, nez épicé, boisé, puissance en attaque, très joli fruit, beaux tannins, mais boisé un peu trop dominant à mon goût. Le Château de Mérande de Yann Pernuit, cuvée « La Noire » 2011 est arrivé troisième du « concours ». J’ai relevé une robe sombre, presque opaque, un nez franc purée de cassis, laurier, très serré en bouche, belle finale sur le fruit et je l’avais classé cinquième pour ma part, ayant, je le reconnais après coup, été un peu trop sévère au moment d’établir un classement. Il faut dire à ma décharge que ce classement s’est opéré trop vite – les membres du jury avaient faim… – laissant peu de temps à la réflexion.

Les vainqueurs, dans l'ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Les vainqueurs, dans l’ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Heureusement, les participants avaient amené du renfort pour le dîner. Michel Grisard, par exemple, était venu avec une superbe Mondeuse 1989 de son Domaine du Prieuré Saint-Christophe. Mais comme ce voyage est fort long à narrer, histoire de vous faire saliver, je vous en dirai plus un de ces prochains jeudis sur d’autres Mondeuses (et d’autres cépages rouges) de choix. En attendant, la semaine prochaine, je vous ferai part de mes retrouvailles avec les blancs de la région. De belles surprises en perspective car, des deux côtés de la frontière, les vignerons de talents ne manquent pas.

Michel Smith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Pour info…

L’ami Franck Merloz édite Roussette In The Pocket, un petit guide perso de ses bonnes adresses vigneronnes. Vous pouvez le télécharger ici : http://www.irwt.fr/roussette-in-the-pocket

* L’équipe de Suisse comprenait :

-Pierre Thomas, Journaliste: www.thomasvino.ch

-Richard Pfister, Œnologue, www.oenoflair.ch

-Catherine Cornu, www.vinvitation.ch

-José Vouillamoz, Botaniste, Généticien, Ampélologue

-Stéphane Meier, www.vinvitation.ch

* L’équipe de France :

-Caroline Daeschler, Sommelière, consultante, blogueuse (http://motsetvins.e-monsite.com/)

-Bruno Bozzer, Sommelier, Caviste à Annecy Le Vieux, élu Caviste de l’année 2013 par la RVF

-Michel Smith, Journaliste Indépendant et blogueur (http://les5duvin.wordpress.com/)

-Franck Merloz, Blogueur (http://irwt.fr), web-entrepreneur (TweetAWine.com) et consultant indépendant

-Michel Grisard, Vigneron en Savoie, grand spécialiste de la Mondeuse, Président du CAAPV (http://www.cotes-et-vignes.fr/centre-dampelographie-alpine-pierre-galet/caa-pg/)

* Les vins de Savoie (et du Bugey) présentés :

- Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

- Domaine Saint-Germain La Perouse 2012

- Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

- Domaine Grisard (Jean-Pierre) Mondeuse Prestige & Tradition 2011

- Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu (Bugey) 2011

* Les vins de Suisse :

  • - Domaine Mermoud Mondeuse 2012, Genève
  • - Domaine de Grand-Cour (Jean-Pierre Pellegrin), Mondeuse, assemblage de 2009/2010 (50%/50%), Génève
  • - Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)
  • - Domaine Mermetus (Vincent et Henry Chollet), cuvée « Le vin du Bacouni » 2012, Lavaux (Vilette)
  • - Domaine des Rueyres (Jean-François Cossy), cuvée « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne).

* Le Classement final :

1 – Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

2 – Domaine Mermoud Mondeuse 2012 – Genève

3 – Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

4 – Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)

5 – Domaine Jean-Pierre Grisard Mondeuse Prestige & Tradition 2011

6 – Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu 2011 – Bugey

7 – Domaine des Rueyres, « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne)

8 – Domaine Saint-Germain « La Perouse » 2012

-Non classée car bouchonnée: Domaine Mermetus, Lavaux (Vilette)

-Disqualifié car assemblage de millésimes non retenus: Domaine de Grand-Cour, Génève


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La transmission réussie : l’exemple des Plageoles à Gaillac

Il est une question qui intéresse toutes les familles engagées dans la production artisanale (pour l’industrie, cela peut aussi être le cas, mais les structures diffèrent) : celle de la transmission entre les générations. Cela n’est pas propre aux vignerons, même si c’est eux qui nous préoccupent aujourd’hui.

Tout outil de production de vin est par définition plus ou moins fragile, selon les volontés et les compétences variables de générations successives, mais aussi en fonction des contraintes fiscales et commerciales, et, malheureusement, des aléas climatiques.

Robert-and-BernardRobert et Bernard Plageoles dans leurs vignes à Gaillac (photo The Vine Route)

Malgré les difficultés inhérentes à une transmission directe aux descendants, je suis souvent frappé par l’extraordinaire pérennité des familles de vignerons en Alsace, pour prendre un exemple. On en trouve qui en sont à la dixième génération, voire au delà, et cela, malgré les vicissitudes politiques qui ont agité cette belle région. Mais, pour illustrer mon propos d’aujourd’hui, je vais prendre un exemple issu d’une autre région : le Sud-Ouest de la France et l’appellation Gaillac. Je connais la famille Plageoles depuis près de 30 ans, ayant d’abord vendu leurs vins en tant que caviste avant de faire connaissance avec Robert et sa femme Josy, puis avec leur fils Bernard et sa femme Myriam, et maintenant, depuis peu, avec les fils de Bernard et Myriam, Florent et Romain.

Florent PlageolesFlorent Plageoles en action : la troisième génération que j’ai connu de cette famille exemplaire de vignerons de Gaillac

 

Je les vois, soit chez eux, soit lors de dégustations à Paris, d’une manière sporadique mais régulière, environ une fois tous les deux ans, parfois plus. Cela m’a permis de suivre, sur toute cette période, une évolution fascinante du domaine et de ses vins, mais aussi le passage progressif du témoin de Robert à Bernard. La suite semble maintenant programmée avec l’entrée dans l’exploitation familiale de Florent et de Romain. L’aventure viticole des Plageoles à Gaillac ira surement jusqu’à la 7ème génération, voire au-delà, car un petit Marcel Plageoles II est déjà sur pieds – mais non-greffé pour le moment.

Pour conter cette histoire, il faut remonter plus loin; car Robert Plageoles, malgré sa renommée et la place tutélaire qu’il a pris, souvent malgré lui et face à des oppositions aussi virulentes que parfois malfaisantes, n’a fait que de poursuivre et développer le travail de son père Marcel. Ce Marcel Plageoles avait hérité d’un petit domaine de 5 hectares, planté uniquement de cépages blancs. Avant lui, il y eut Jules, François et Emile, souvent métayers, puis acquérant, petit à petit, des lopins de vigne. Mais Marcel avait une autre vision du Gaillacois, car il était aussi greffeur et ce travail l’amenait à connaître par cœur tout le vignoble et à récupérer, ici et là, des pieds de vigne qu’il trouvait digne d’intérêt. C’est lui qui a planté, par exemple, quelques pieds d’un vieux cépage, l’ondenc, qui a failli disparaître et qui allait avoir une nouvelle vie grâce au travail de recherche méticuleux de Robert.

gamme PlageolesUne partie de la large gamme de vins produits par les Plageoles

A ma connaissance, c’est Robert qui a lancé le processus d’innovation, allié à un travail en profondeur sur les bases historiques de ce vignoble gaillacois. D’abord, il a vinifié et embouteillé les cépages séparément, utilisant toute la gamme des variétés alors à sa disposition, mais aussi les types : rouge, blanc sec, blanc doux et pétillant. Ses étiquettes étaient déjà modernes et claires, avant les autres, avec une identité graphique facilement reconnaissable. Les vins allaient des « simples » gamay et sauvignon blanc au très complexe Vin de Voile, un vin oxydatif à élevage long sous bois utilisant le cépage local mauzac : un vin déroutant pour les esprits formatés. Puis de la syrah, de la muscadelle et, petit à petit, l’introduction, en fonction de ses recherches et plantations, d’autres variétés plus purement locales comme le duras ou le prunelart (en rouge), l’ondenc et le verdanel (en blanc). Et cette liste, qui varie dans le temps, n’est pas exhaustive, car il y aussi le braucol (alias fer servadou), et toutes les variantes du mauzac, dont certaines produisent le célèbre Mauzac Nature, un blanc effervescent fait selon la méthode rurale que Marcel, le père de Robert, avait maintenu.

Tous ceux qui ont connu Robert Plageoles gardent de lui le souvenir d’un personnage très attachant, chaleureux, généreux et volubile, au savoir riche et multiple et à la curiosité quasi inépuisable. Un tel personnage peut aussi être, forcément, un peu encombrant pour celui qui lui succède sur le domaine, en l’occurrence son fils Bernard. Mais c’est tout à l’honneur de ces deux, et certainement aussi à la sagesse et aux efforts de leurs épouses, que la transition de l’un à l’autre se soit si bien passée. Bernard s’est fait sa place, avec un style qui lui est propre, fait de franchise et d’engagement, et grâce à un travail formidable, partagé avec sa femme Myriam, qui prolonge et amplifie l’héritage de ses aïeux. Robert garde son rôle d’agitateur d’idées et on afflue à ses conférences sur les cépages rares dont beaucoup doivent leur survie et leur nouvel élan à lui-même.

Car de quoi parle-t-on quand on se lance sur la piste des variétés dites « rares » ? De plusieurs choses en même temps : diversité des goûts, adaptabilité aux climats locaux spécifiques, résistance aux maladies (éventuellement), lien avec le passé et possibilités d’avenir avec une identité particulière pour chaque région. Dire que Robert Plageoles a été un pionnier dans ce domaine à Gaillac est comme dire que la reine d’Angleterre porte des chapeaux colorés. Hormis cet homme, seuls des ignorants ou des malotrus peuvent prétendre avoir retrouvé, expérimenté, puis lancé l’ondenc, le prunelart, le verdanel et d’autres variétés tombées dans les oubliettes. Ses recherches l’ont mené sur les chemins de l’histoire gaillacoise, mais aussi un peu partout, y compris , souvent, vers la réserve ampélographique de Vassal, bientôt déménagée et un peu perdue, à son grand regret.

Gaillac a fini par reconnaître, du moins dans les faits, le rôle essentiel joué par Robert Plageoles pour son appellation. Entre 1960 et 1990, selon les chiffres fournis par Philippe Séguier dans son livre Le Vignoble de Gaillac (curieusement pas disponible à la Maison des Vins de Gaillac !!!), les surfaces plantées en braucol sont passées d’un hectare à 350, celle de duras de 77 à 850, et plusieurs autres vignerons ont planté de l’ondenc et du prunelart. Et je parie que ces chiffres sont encore en augmentation nette depuis lors. La propriété des Plageoles totalise maintenant environ 40 hectares, avec l’acquisition récente de quelques hectares supplémentaires, à planter à ou à replanter : de quoi assurer la vie de bientôt trois familles et deux ou trois générations sur le domaine. Son avenir est en marche, mais il ne le serait pas sans son passé. Une leçon à méditer, sûrement.

PS. Mes remerciements à Florent Leclercq, qui m’a fourni des informations utiles via son bel article sur les Plageoles dans la revue Plaisirs du Tarn.

David Cobbold


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La difficile conversion des habitudes : le cas des Anjou blanc secs

Il y a peu de temps, j’ai parlé ici de l’importance d’un nom, de préférence simple et facile à prononcer, dans la réussite commerciale d’une appellation. Mais que se passe-t-il quand un nom qui réunit ces critères se trouve, par le fait de l’histoire, associé à des vins dont la réputation globale est, disons, faible ou dévalorisante ? Et comment font les producteurs qui souhaitent sortir de ce piège par le haut, convaincus qu’ils sont de la valeur et du potentiel de leur vins et du projet qui les entoure ?

Il y a près d’un an, j’ai assisté à Paris à une dégustation de vins blancs secs d’Anjou dont la qualité générale m’avait fortement impressionnée. Ces vins avaient clairement de l’intensité, de la séduction, de la rigueur et, du coup, la capacité à très bien se conserver et à devenir plus complexe avec le temps. C’est pourquoi j’ai répondu très vite à une invitation de venir voir sur place et à déguster une sélection plus large de ces vins, issus de différents millésimes.

vue sur le LayonLa douceur angevine : vallée du Layon vu du Château de la Soucherie (photo David Cobbold)

La région au sud d’Angers, sur la rive gauche de la Loire, est surtout réputée pour des vins moelleux faits avec le cépage chenin blanc dans les appellations Aubance, Layon, Chaume et Bonnezeaux. Mais pour faire un grand vin doux qui est issu, en partie ou en totalité, de raisins botrytisés, il faut des conditions météorologiques qui ne se commandent pas. L’exemple des deux dernières récoltes le démontre : quand les conditions n’y sont pas, on ne peut guère en faire, à moins de tricher. Et beaucoup ne veulent pas tricher. Comment faire alors, car il faut bien vivre ?

Patrick Baudouin, le rouge n'est plus de misePatrick Baudouin qui préside cette appellation et pour qui le rouge n’est plus de mise (!). (photo David Cobbold)

 

Une solution est de convertir une part significative de son vignoble à la production de vins rosés ou rouges. Et cette tendance gagne du terrain, comme l’explique Patrick Baudouin, qui préside avec intelligence l’appellation Anjou blanc sec : « Les stats sur l’évolution de l’encépagement chenin/cabernet en Anjou sont claires : il y a eu inversion d’encépagement au profit du cabernet, entre les années 50 et aujourd’hui. Il ya eu aussi donc inversion des vins produits, au profit du rosé. Et aussi au niveau des zones plantées. »

Mais l’image, et le prix qui va avec, des rosés d’Anjou n’est guère valorisante, même si cela se vend : la part des rosés atteignant maintenant 50% dans la région. Et puis il y a la question de la fidélité à une tradition, ou, plus exactement (car on peut aussi dire que la tradition n’est que la somme des erreurs du passé !), à un potentiel qualitatif pour l’élaboration de vins qui reflètent parfaitement leur site et leur méso-climat (terroir, si vous préférez ce mot valise, bien trop fourre-tout pour moi). Les rouges du coin (14% de la production) sont parfois excellents, mais quand son vignoble est encore planté très largement de chenin blanc, qui, certaines années, produit de grands liquoreux que vous avez un peu de mal à vendre, il vaut mieux peut-être trouver une manière de faire de bons vins blancs secs. C’est cette idée-là qui préside à la volonté d’un groupe significatif de bons producteurs de créer une appellation haut de gamme afin de monter le niveau et la part des blancs secs de la région, qui ne représentent actuellement que 5% de l’ensemble des vins. J’estime cette initiative plus qu’honorable et très fidèle à l’esprit que prônait René Renou quand il présidait l’INAO et qui semble avoir été largement oublié depuis sa disparition. Et tant pis pour quelques esprits chagrins, qui préfèrent avoir raison seuls (car ces gens-là ont toujours raison et l’affirment d’un ton péremptoire) en oubliant la part du collectif nécessaire à l’image d’une région.

chenin début juilletUne vigne de chenin à La Soucherie qui semble bien parti au mois de juillet 2014, sur des sols en partie travaillés et en partie enherbés (photo David Cobbold)

Le chenin blanc, parfois encore appelé Pineau de Loire dans la région, pourrait avoir son origine à Anjou. Une première indication écrite date de 1496 à Chenonceau, et parle de « plants de l’Anjou ». Rabelais, dans Gargantua (1534) louait « le vin pineau. O le gentil vin blanc ! et, par mon âme, ce n’est que vin de taffetas. » Selon Vouillamoz, un des parents du chenin blanc serait le savagnin (ou traminer), et il serait frère ou sœur avec le trousseau et le sauvignon blanc. Plus surprenant est le fait que son profil génétique est identique avec celui de la variété espagnole agudelo, qu’on trouve aussi bien en Galicia qu’au Penedes.

Tirer une appellation vers le haut implique nécessairement d’imposer quelques contraintes sur les méthodes de production. J’ai comparé les cahiers de charges pour l’appellation blanc sec existante et celle dite « haut de gamme », et les différences me semblent couler de source. Je résume : chenin blanc à 100% (l’appellation de base autorise un part de chardonnay et/ou de sauvignon blanc), densité de plantation supérieure de 10%, taille plus rigoureuse, charge maximale réduite de 20%, enherbement ou travail des sols obligatoire, vendanges manuelles, rendement réduit de 10%, richesse en sucres plus élevée et pas d’enrichissement artificiel, élevage des vins plus longs et sans morceaux de bois….. rien de très dramatique, juste du bon sens, il me semble.

Luc Delhumeau, Domaine de BrizéLuc Delhumeau, au Domaine de Brizé, qui a produit  le plus beau 2011 que j’ai dégusté (photo David Cobbold)

Et les vins alors ?
J’ai dégusté, au Musée du Vin de Saint Lambert-du-Lattay (excellent endroit pour une dégustation, calme et avec une équipe aussi sympathique qu’enthousiaste) 49 vins issus essentiellement des millésimes 2012, 2011 et 2010, avec quelques vins plus anciens pour suivre l’aspect « vin de garde » inhérent au concept : 2009, 2008, 2005, 2003 et 1996. Mon impression globale était très bonne. Je vais vous paraître trivialement mercantile (je sais, c’est la nature d’un peuple marchand, mais c’est aussi ce qui fait vivre un vigneron !) et vous parler d’abord de prix avant de vous livrer mes préférences et autres remarques. Le prix moyen (prix public) des vins dégustés se situe autour de 10 euros avec un écart assez important entre le moins cher (4,90) et le plus cher (un peu plus de 20 euros). Vu leur niveau qualitatif moyen, je dirai que ces vins valent mieux sur le marché, surtout quant on les compare aux blancs de bourgogne. Un prix moyen de 15 euros me semblerait largement justifié.

Didier Richou, une constance dans la qualitéDidier Richou, auteur, avec son frère Damien, d’une série de vins aussi remarquables que régulière (photo David Cobbold)

Mes vins préférés
Je vous épargnerai des commentaires détaillés pour vous livrer juste une liste de producteurs et quelques remarques. Tous les producteurs de la zone n’ont pas jugé bon de livrer des échantillons. Ils ont clairement tort de bouder des telles dégustations et cette absurdité fait de fierté mal placée me rappelle l’article récent d’Hervé Lalau sur le fait que certains vignerons semble considérer que soumettre ses vins à des dégustations comparatives ressemblerait à de la prostitution !!! Ont-ils peur d’une forme de vérité, certes subjective ? Quant aux autres, plus courageux, toutes des putes et des soumises alors ?
NB. Les vins sont listés par ordre de dégustation, pas de préférence.

Millésime 2012 (sur 18 vins)
Domaine de la Bergerie
Domaine de Juchepie
Domaine des Trottières
Domaine Bablut, Petit Princé
Pithon-Paille, L’Ecart
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine des Forges, Expression d’Automne
Domaine Pierre Chauvin

Millésime 2011 (sur 11 vins)
Domaine des Iris, futs de chêne
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine de Brézé, Loire Renaissance
Château de Fesles, La Chapelle,
Domaine Pierre Chavin, La Fontaine des Bois
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Château Pierre Bise, Les Roannières

Millésime 2010 (sur 8 vins)
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Domaine Richou, Les Rogeries
Château de Passavant, Montchenin

Millésime 2009 (sur 6 vins)
Château Pierre Bise, Le Haut de Garde
Domaine de Juchepie
Domaine de Bablut, Ordovicien
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine Leblanc
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard

Millésime 2008 (sur 3 vins)
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Domaine Cady, Cheninsolite

Millésime 2005 (1 vin)
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard

Millésime 2003 (1 vin)
Domaine des Iris, fûts de chêne

Millésime 1996 (1 vin)
Domaine Ogereau

 Anne Guegniard Guitton, Domaine de la BergerieAnne Guegniard Guitton, au Domaine de la Bergerie, dont j’ai beaucoup aimé le 2012 et dont le mari, David Guitton, tient une très bonne table sur place (photo David Cobbold)

 

Remarques et conclusions

Mon critère de tri pour cette sélection étant une note d’au moins 14,5/20 pour chaque vin, quelques soit le millésime, on constate un taux de réussite, selon ce critère subjectif, de 30/49, soit d’un peu plus de 60%. Je dois dire que je ne trouve que très rarement de genre de taux dans une série de vins d’une même appellation, et surtout à ce niveau de prix. Ce score confirme mes premières impressions. Quelques vins (2 ou 3) furent rejetés parce que je trouvais leur dosage en soufre excessif. Deux autres parce que, manifestement, on avait négligé de sulfiter à bon escient et ces jeunes vins montraient une oxydation prématurée avec une perte d’arômes et de netteté. Quelques autres me plaisaient un peu moins parce qu’une présence de botrytis donnait un nez de cire qui dominait tout le reste. Mais, dans l’ensemble, que du plaisir avec ces vins qui associent, dans des proportions forcément variables, vivacité, saveurs riches, structure et persistance. Autrement dit, les bons Anjou blanc secs sont de vins de caractère avec une capacité de garde affirmée.

Il faut aussi noter les très grande régularité de quelques domaines : Richou et Baudouin, en particulier. Mais tous n’ont pas présenté des vins dans tous les millésimes, alors la comparaison est un peu injuste.

la douceur angevineLa douceur angevine vu par les fleurs. Oui, mais les hortensias changent de couleur selon la nature des sols. Qui trouvera la clef de cette histoire ? (photo prise à la Soucherie par DC).

 

Faut-il changer leur nom d’appellation ? Je ne le crois pas. Il faudra en revanche de la persévérance aux producteurs pour passer le message qu’Anjou peut aussi rimer avec blanc sec, et que cette région est aussi très capable de faire des grands blancs de ce type. Je ne rentrerai pas ici dans le débat à la mode sur la nature des sols, qui semblent être majoritairement schisteux par là. Je laisse cela aux spécialistes et je vous réfère aux écrits forts intéressants de Patrick Baudouin :

http://www.patrick-baudouin.com/ puis suivre la rubrique « profession de terroir » et chercher le pdf sur les grands vins d’anjou.

David Cobbold

 

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