Les 5 du Vin

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Norton (le cépage, pas la moto!)

Note : J‘avais promis, la semaine dernière, une suite à mon article sur le dosage en Champagne. Elle aura lieu la semaine prochaine car je n’ai pas eu le temps cette semaine de la préparer correctement.

Quand on me dit « Norton », je pense, a priori, à un truc un peu vieux mais sympa qui loge dans mon garage. A savoir, ceci:

Norton2

Mais Norton, c’est aussi le nom d’un cépage hybride, autrefois très répandu dans tout le nord-est et le centre des Etats-Unis. Détruit par la prohibition aussi sûrement que s’il s’agissait du phylloxera, cette variété peine à revenir des limbes et compte aujourd’hui quelques 200 hectares, je crois, essentiellement dans le Missouri et la Virginie. Il porte le nom d’un physicien et horticulteur nommé Daniel Norbonne Norton, qui vécut au début du 19ème siècle près de Richmond, en Virginie.

Selon Robinson, Harding et Vouillamoz (dans leur remarquable livre de référence Wine Grapes), il s’agirait d’un hybride entre une variété presque disparue de l’espèce vitis vinifera, l’enfariné noir, et une variété de vitis aestivalis.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ? D’abord parce que j’ai pu assister, samedi dernier à Paris, et grâce à Tim Johnston, à une rare dégustation de 7 vins issus de ce cépage. Ils provenaient de deux domaines différents et de 5 millésimes. Ces vins ont été importés pour l’occasion par un amateur américain, Andy Williams (pas le chanteur), fidèle client du bistrot Juvenile’s qui est devenu, en 20 ans, un véritable mini-carrefour pour quelques amateurs et producteurs du monde entier. Mais aussi parce que je trouve intéressant d’explorer les raisons de ces modes et goûts successives qui entraînent la montée en faveur ou la descente vers l’oubli de tel ou tel cultivar.

Les caractéristiques du Norton incluent une abondance de couleur et, apparemment, deux fois plus de l’antioxydant resvératrol que le cabernet sauvignon. Mais aussi une bonne acidité et très peu de tanins. En cherchant bêtement des points de repère pendant que je dégustais les vins, je me trouvait pas trop loin de certaines expression du dolcetto piémontais, mais pas exactement là non plus.

 IMG_6364Voilà les deux domaines dont les vins étaient présents à cette dégustation. J’aime bien l’étiquette de gauche, qui pourrait sortir d’un livre de Vermorel sur les cépages. 

 

La dégustation

Voici les notes prises le 18 octobre, chez Juvenile’s à Paris. L’ordre des notes est celui du service, décidé par les organisateurs.

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2001

Le nez me semble un peu animal et assez nettement volatile. La sensation en bouche est pleine, lisse et chaleureuse, avec une bonne présence de fruit mais une structure qui ne repose que sur l’alcool qui domine trop l’équilibre (pas noté).

Horton Vineyards, Orange County Norton 2001

Aussi volatile que le précédent et un peu bizarre au nez. Je l’ai qualifié de  funky  dans mes notes, partiellement écrites en anglais. Présence de bois aussi, ce qui étonne dans un vin de 13 ans. Ces impressions se confirment en bouche, avec la chaleur en plus (pas noté).

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2012

Bon fruité, assez chaleureux et tendant vers la confiture mais plaisamment suave en texture. Peu de structure toujours, mais une longueur décente. Ce vin semble plus complet et bien plus agréable que le 2001. (note de 13,5/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2007

Assez riche au nez, avec une impression de fond que je n’ai pas senti auparavant dans cette série. La texture est fine et la structure très souple, quasiment sans présence tannique. Mais toujours cette impression de chaleur malgré le fait que les degrés annoncés ne sont pas énormes, autour de 13%. (Note de 13/20)

Chrysalis Vineyards, Estate Bottled Norton 2011

Le nez est un peu fermé mais semble avoir plus de complexité que les autres. Les saveurs fruitées ont de la fraîcheur et évoquent des baies noires. Le meilleur vin de la série avec un équilibre qui le rend très agréable. (Note de 14/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2011

La fraîcheur importante de ce vin semble aller vers l’acétique. Le fruité est gourmand mais cette acidité perturbe l’ensemble. (note de 12/20)

Chrysalis Vineyards, Barrel Select Virginia Norton 2013

Le boisé est marqué mais pas d’une manière dérangeante. Une belle vivacité et un peu plus de longueur que la plupart des vins de cette série, probablement soutenue par le boisé. Belle qualité de fruit. (Note de 13,5/20)

Conclusions

Les informations fournies indiquent que ces vins se vendent aux USA pour des prix allant de 15$ à 30$ et la production est limitée. Vu le marché intérieur aux USA, il n’y a aucune chance de les voir en France un jour et ils ne me semblent pas du tout compétitifs sur un échiquier plus large que leur zone de production, où ils sont surtout achetés grâce à une forme de fierté locale. Leur principale qualité réside dans leurs saveurs fruitées, bien que celles-ci (du moins dans les échantillons présents) tendent vers le confituré. Des habitués de vins rouges tanniques les trouveront probablement trop souples, bien que leur acidité empêche toute impression de mollesse. Mais le vin, c’est la diversité, et les goûts des humains suivent le même principe.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Une maman heureuse, la Mondeuse blanche

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photo http://madlygirlygeekly.wordpress.com

Un soir de pleine lune, elle accoucha de la Syrah, produit des amours certes licites d’avec un Ardéchois de passage, le Dureza. C’est établi, les mauvais coucheurs l’ont exigé, la preuve ADN est avérée. Et si de la Syrah on sait tout ou presque, que savons-nous de sa procréatrice ?

Une belle Savoyarde

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La pauvre a bien failli disparaître, quelle ingratitude !
Il en pousse à peine 4 ha du côté de Fréterive dans la Combe de Savoie. Un poil plus du côté du Bugey.
Peut-être est-ce à cause de son caractère empreint de coquetterie, il faut lui relever les sarments sans attendre, ou de sa prodigalité, sans épamprage strict, elle dilue sa sève dans une inutile abondance de grappes. Elle exige la meilleure exposition, plein sud, sinon rien !
De plus, sans raisin, la reconnaître s’avère délicat, sa feuille s’apparente à son homonyme noir.
Quand toutes les conditions sont réunies, elle nous récompense par de belles grappes cylindriques aux grains sphériques peu serrés, à la peau plutôt épaisse et bien dorée à maturité. Maturité qui ne se fait pas trop attendre et intervient en 2ème époque tardive. Là encore attention ! Elle aime l’alcool et monte facilement en degré sans se faire prier. Par contre, elle n’a pas froid aux yeux et ne craint guère les maladies.

Dans la bouteille

C’est au Domaine Grisard, celui de Jean-Pierre, que j’ai dégusté avec grand intérêt ce cépage, une première.

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Mondeuse Blanche Prestige 2011 Domaine Grisard à Fréterive

La robe d’un jaune blanc éclatant miroite au soleil de fin d’été et semble se pailleter d’or. Au nez, le floral prend les devants et nous parfume avec largesse de fougère, de camomille et d’aubépine. Cela se corse ensuite, épices et fruits entrent en jeu et nous livrent sans excès du poivre blanc, de la poire plantée d’un clou de girofle et de l’écorce de citron grattée. En bouche, le grain de sel qui se dépose sur le bout de la langue amplifie les saveurs grillées et fumées, renforce la fraîcheur des agrumes, affermit l’impression tannique qui fait ressembler la blanche Mondeuse à l’Humagne valaisanne. Enfin, la suavité du chocolat blanc vient en bout de course nous apporte un réconfort inattendu.

Les 2012 et 2013 dégustés dans la foulée sont prometteurs. Le premier s’entoure d’un gras confortable qui gomme autant l’impression salée que la tannique. Le second en plus de retrouver le sel y ajoute l’iode doublé d’une fraîcheur sapide.

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Les vignes poussent en coteaux plein sud bien ancrées dans les éboulis calcaires du Massif des Bauges. La vendange se fait à la main. Après la fermentation alcoolique, la malolactique se fait sans trop empeser la fraîcheur du vin. L’élevage se passe en cuve.
Il ne faut pas la servir à une température trop basse, les 14°C lui conviennent parfaitement et la voient alors convoler sans réserve avec les poissons de rivières, les viandes blanches et les fromages sympas, c à d ceux qui laissent s’exprimer leur partenaire come le Reblochon par exemple.

Le domaine

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Les Grisard, père et fils, exploitent 22 ha répartis pour moitié en cépages blancs et l’autre forcément en rouges. En tout, cela fait plus de vingt cuvées à déguster, à boire, à emporter, … une jolie gamme savoyarde au caractère toutefois bien affirmé.

http://www.domainegrisard.com

Ciao

 

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Marco


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Quand la Savoie m’appelle, j’accours ! (1ère partie)

(Première partie : une sombre histoire de Mondeuse à Genève)

Franck Merloz, l'un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

Franck Merloz, l’un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

C’est encore un truc tout con, un truc de ouf. Pas un happening politique qui consiste à défiler dans les beaux quartiers avec poussettes et crucifix pour une manif anti mariage gay. Non, il s’agit d’un simple message d’un Savoyard qui défend avec conviction son terroir, ses cépages, ses vignerons. Une de ces initiatives spontanées qui fleurissent un peu partout désormais, une bouteille à la mer jetée suite à une amicale séance de provocation du genre : « Nous on fait de meilleures Mondeuses que vous » ! Et vlan ! Voilà le défi lancé. Une battle comme on dit désormais en bon Français sur les réseaux sociaux. Z’auraient pu choisir la plus belle pomme, la plus belle vache, le plus beau fromage, le plus beau lac… Non, il a fallut que maître José Vouillamoz d’un côté, Suisse de nationalité, et même Valaisan, lance un jour le défi pour que Franck Merloz, de l’autre côté du Léman, relève le gant. Résultat, ce dernier, très actif sur Twitter et sur son propre site In Roussette We Trust m’a intimé l’ordre d’être la cinquième roue du team France tendance Savoie afin de juger laquelle des dix Mondeuses présélectionnées – cinq Savoyardes, cinq Suisses – remporterait le titre de Meilleure Mondeuse des Alpes !

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

J’étais donc le seul estranger. Et j’ai accepté ce sort avec grand plaisir car cela faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans les alpages. En y ajoutant une seule condition : que le facétieux Franck Merloz, en grand défenseur des vins de sa région, m’organise par la suite une mini-tournée au sein de l’appellation Vin de Savoie. Le mec a tenu parole et c’est pourquoi mon expédition fera l’objet de trois articles pour zéro centime. Quant au concours, rien de très folichon. Hormis la composition des jurys, la rigueur de mise et le bon déroulement de la dégustation, c’était genre décontracté, avec une bonne bouffe à la fin. Verres appropriés, température convenable, vins sélectionnés préalablement par chaque équipe, salle de dégustation acceptable (merci à la Maison du Terroir de la République et du Canton de Genève, à Berneix), crachoirs, papier, crayons et un accord vite réalisé sur « la façon de procéder » avec, en prime, pour bien montrer que je n’avais pas fait la route à mes frais, cette sentence de ma part : « silence absolu pendant la dégustation, pas d’échanges, pas de remarques ». Après tout nous étions en Suisse, pas au café du commerce de Chambéry ! Pour les détails, voir en fin d’article.

José, le Prof... Photo@MichelSmith

José, le Prof… Photo@MichelSmith

À ce stade, je me demande si tout le monde sait ce qu’est une Mondeuse. Mon ami Marco, certainement, lui le sait, je n’en doute pas. David aussi qui voit en elle une sorte de Syrah light. Et Hervé, en bon érudit du vin, fort probablement sait de quoi il en retourne. Quant à Jim et moi, vaguement… mais vous, vous cher Lecteur ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l’affront d’un cours ampélographique. Laissons cela à José Vouillamoz, biologiste savant né « avec du Fendant dans le biberon » qui a cosigné récemment Wine Grapes, un gros livre sur les cépages. Sans se séparer de sa casquette noire ni desserrer sa cravate trop courte, le gars nous raconte en préambule qu’il s’agirait d’un cépage rouge apparenté à la Syrah. Ça, nous le savions, mais comment se fait-ce ? Simple, sa maman, dame Mondeuse blanche, se serait croisée avec un cépage noir de l’Ardèche du nom de Duréza probablement dans les rangs d’une vigne de l’Isère. De son côté, le Duréza aurait une sœur nommée Teroldego dans le Trentino. Il faut noter aussi, tests adn à l’appui, que ces deux cépages sont les petits-enfants du Pinot noir. En outre, le professeur trouve des liens entre Mondeuse noire et Viognier… Enfin, je m’y perds comme toujours. Vous lirez la suite dans cet article passionnant qui vous apprendra que dans la nature tout le monde fricote avec tout le monde, ce que vous saviez déjà, non ?

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

Cinq Mondeuses Suisses, cinq Françaises, toutes goûtées à l’aveugle bien entendu, toutes classées au final dans un ordre très protocolaire : une Française, une Suisse, etc. alors que l’ordre de présentation à la dégustation était aléatoire (il pouvait y avoir deux Suisses de suite). Et la gagnante fut : la Mondeuse 2010 « Quintessence » de Philippe Héritier, vigneron en bio et éleveur d’escargots au Domaine des Orchis en Savoie. Ce vin n’était pas classé premier de mon côté (je l’avais mis en troisième position), mais j’avais noté sa finesse, sa structure bien présente, ses notes de petits fruits rouges fins, ses superbes et élégants tannins de cuir. Ensuite, pour la seconde place, la quasi unanimité s’est faite autour du vin présenté en quatrième position. Il s’agit de la Mondeuse 2012 du Domaine Mermoud sis dans le canton de Genève, tout près de notre lieu de dégustation : belle robe violine, nez épicé, boisé, puissance en attaque, très joli fruit, beaux tannins, mais boisé un peu trop dominant à mon goût. Le Château de Mérande de Yann Pernuit, cuvée « La Noire » 2011 est arrivé troisième du « concours ». J’ai relevé une robe sombre, presque opaque, un nez franc purée de cassis, laurier, très serré en bouche, belle finale sur le fruit et je l’avais classé cinquième pour ma part, ayant, je le reconnais après coup, été un peu trop sévère au moment d’établir un classement. Il faut dire à ma décharge que ce classement s’est opéré trop vite – les membres du jury avaient faim… – laissant peu de temps à la réflexion.

Les vainqueurs, dans l'ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Les vainqueurs, dans l’ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Heureusement, les participants avaient amené du renfort pour le dîner. Michel Grisard, par exemple, était venu avec une superbe Mondeuse 1989 de son Domaine du Prieuré Saint-Christophe. Mais comme ce voyage est fort long à narrer, histoire de vous faire saliver, je vous en dirai plus un de ces prochains jeudis sur d’autres Mondeuses (et d’autres cépages rouges) de choix. En attendant, la semaine prochaine, je vous ferai part de mes retrouvailles avec les blancs de la région. De belles surprises en perspective car, des deux côtés de la frontière, les vignerons de talents ne manquent pas.

Michel Smith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Pour info…

L’ami Franck Merloz édite Roussette In The Pocket, un petit guide perso de ses bonnes adresses vigneronnes. Vous pouvez le télécharger ici : http://www.irwt.fr/roussette-in-the-pocket

* L’équipe de Suisse comprenait :

-Pierre Thomas, Journaliste: www.thomasvino.ch

-Richard Pfister, Œnologue, www.oenoflair.ch

-Catherine Cornu, www.vinvitation.ch

-José Vouillamoz, Botaniste, Généticien, Ampélologue

-Stéphane Meier, www.vinvitation.ch

* L’équipe de France :

-Caroline Daeschler, Sommelière, consultante, blogueuse (http://motsetvins.e-monsite.com/)

-Bruno Bozzer, Sommelier, Caviste à Annecy Le Vieux, élu Caviste de l’année 2013 par la RVF

-Michel Smith, Journaliste Indépendant et blogueur (http://les5duvin.wordpress.com/)

-Franck Merloz, Blogueur (http://irwt.fr), web-entrepreneur (TweetAWine.com) et consultant indépendant

-Michel Grisard, Vigneron en Savoie, grand spécialiste de la Mondeuse, Président du CAAPV (http://www.cotes-et-vignes.fr/centre-dampelographie-alpine-pierre-galet/caa-pg/)

* Les vins de Savoie (et du Bugey) présentés :

- Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

- Domaine Saint-Germain La Perouse 2012

- Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

- Domaine Grisard (Jean-Pierre) Mondeuse Prestige & Tradition 2011

- Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu (Bugey) 2011

* Les vins de Suisse :

  • - Domaine Mermoud Mondeuse 2012, Genève
  • - Domaine de Grand-Cour (Jean-Pierre Pellegrin), Mondeuse, assemblage de 2009/2010 (50%/50%), Génève
  • - Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)
  • - Domaine Mermetus (Vincent et Henry Chollet), cuvée « Le vin du Bacouni » 2012, Lavaux (Vilette)
  • - Domaine des Rueyres (Jean-François Cossy), cuvée « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne).

* Le Classement final :

1 – Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

2 – Domaine Mermoud Mondeuse 2012 – Genève

3 – Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

4 – Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)

5 – Domaine Jean-Pierre Grisard Mondeuse Prestige & Tradition 2011

6 – Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu 2011 – Bugey

7 – Domaine des Rueyres, « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne)

8 – Domaine Saint-Germain « La Perouse » 2012

-Non classée car bouchonnée: Domaine Mermetus, Lavaux (Vilette)

-Disqualifié car assemblage de millésimes non retenus: Domaine de Grand-Cour, Génève


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La transmission réussie : l’exemple des Plageoles à Gaillac

Il est une question qui intéresse toutes les familles engagées dans la production artisanale (pour l’industrie, cela peut aussi être le cas, mais les structures diffèrent) : celle de la transmission entre les générations. Cela n’est pas propre aux vignerons, même si c’est eux qui nous préoccupent aujourd’hui.

Tout outil de production de vin est par définition plus ou moins fragile, selon les volontés et les compétences variables de générations successives, mais aussi en fonction des contraintes fiscales et commerciales, et, malheureusement, des aléas climatiques.

Robert-and-BernardRobert et Bernard Plageoles dans leurs vignes à Gaillac (photo The Vine Route)

Malgré les difficultés inhérentes à une transmission directe aux descendants, je suis souvent frappé par l’extraordinaire pérennité des familles de vignerons en Alsace, pour prendre un exemple. On en trouve qui en sont à la dixième génération, voire au delà, et cela, malgré les vicissitudes politiques qui ont agité cette belle région. Mais, pour illustrer mon propos d’aujourd’hui, je vais prendre un exemple issu d’une autre région : le Sud-Ouest de la France et l’appellation Gaillac. Je connais la famille Plageoles depuis près de 30 ans, ayant d’abord vendu leurs vins en tant que caviste avant de faire connaissance avec Robert et sa femme Josy, puis avec leur fils Bernard et sa femme Myriam, et maintenant, depuis peu, avec les fils de Bernard et Myriam, Florent et Romain.

Florent PlageolesFlorent Plageoles en action : la troisième génération que j’ai connu de cette famille exemplaire de vignerons de Gaillac

 

Je les vois, soit chez eux, soit lors de dégustations à Paris, d’une manière sporadique mais régulière, environ une fois tous les deux ans, parfois plus. Cela m’a permis de suivre, sur toute cette période, une évolution fascinante du domaine et de ses vins, mais aussi le passage progressif du témoin de Robert à Bernard. La suite semble maintenant programmée avec l’entrée dans l’exploitation familiale de Florent et de Romain. L’aventure viticole des Plageoles à Gaillac ira surement jusqu’à la 7ème génération, voire au-delà, car un petit Marcel Plageoles II est déjà sur pieds – mais non-greffé pour le moment.

Pour conter cette histoire, il faut remonter plus loin; car Robert Plageoles, malgré sa renommée et la place tutélaire qu’il a pris, souvent malgré lui et face à des oppositions aussi virulentes que parfois malfaisantes, n’a fait que de poursuivre et développer le travail de son père Marcel. Ce Marcel Plageoles avait hérité d’un petit domaine de 5 hectares, planté uniquement de cépages blancs. Avant lui, il y eut Jules, François et Emile, souvent métayers, puis acquérant, petit à petit, des lopins de vigne. Mais Marcel avait une autre vision du Gaillacois, car il était aussi greffeur et ce travail l’amenait à connaître par cœur tout le vignoble et à récupérer, ici et là, des pieds de vigne qu’il trouvait digne d’intérêt. C’est lui qui a planté, par exemple, quelques pieds d’un vieux cépage, l’ondenc, qui a failli disparaître et qui allait avoir une nouvelle vie grâce au travail de recherche méticuleux de Robert.

gamme PlageolesUne partie de la large gamme de vins produits par les Plageoles

A ma connaissance, c’est Robert qui a lancé le processus d’innovation, allié à un travail en profondeur sur les bases historiques de ce vignoble gaillacois. D’abord, il a vinifié et embouteillé les cépages séparément, utilisant toute la gamme des variétés alors à sa disposition, mais aussi les types : rouge, blanc sec, blanc doux et pétillant. Ses étiquettes étaient déjà modernes et claires, avant les autres, avec une identité graphique facilement reconnaissable. Les vins allaient des « simples » gamay et sauvignon blanc au très complexe Vin de Voile, un vin oxydatif à élevage long sous bois utilisant le cépage local mauzac : un vin déroutant pour les esprits formatés. Puis de la syrah, de la muscadelle et, petit à petit, l’introduction, en fonction de ses recherches et plantations, d’autres variétés plus purement locales comme le duras ou le prunelart (en rouge), l’ondenc et le verdanel (en blanc). Et cette liste, qui varie dans le temps, n’est pas exhaustive, car il y aussi le braucol (alias fer servadou), et toutes les variantes du mauzac, dont certaines produisent le célèbre Mauzac Nature, un blanc effervescent fait selon la méthode rurale que Marcel, le père de Robert, avait maintenu.

Tous ceux qui ont connu Robert Plageoles gardent de lui le souvenir d’un personnage très attachant, chaleureux, généreux et volubile, au savoir riche et multiple et à la curiosité quasi inépuisable. Un tel personnage peut aussi être, forcément, un peu encombrant pour celui qui lui succède sur le domaine, en l’occurrence son fils Bernard. Mais c’est tout à l’honneur de ces deux, et certainement aussi à la sagesse et aux efforts de leurs épouses, que la transition de l’un à l’autre se soit si bien passée. Bernard s’est fait sa place, avec un style qui lui est propre, fait de franchise et d’engagement, et grâce à un travail formidable, partagé avec sa femme Myriam, qui prolonge et amplifie l’héritage de ses aïeux. Robert garde son rôle d’agitateur d’idées et on afflue à ses conférences sur les cépages rares dont beaucoup doivent leur survie et leur nouvel élan à lui-même.

Car de quoi parle-t-on quand on se lance sur la piste des variétés dites « rares » ? De plusieurs choses en même temps : diversité des goûts, adaptabilité aux climats locaux spécifiques, résistance aux maladies (éventuellement), lien avec le passé et possibilités d’avenir avec une identité particulière pour chaque région. Dire que Robert Plageoles a été un pionnier dans ce domaine à Gaillac est comme dire que la reine d’Angleterre porte des chapeaux colorés. Hormis cet homme, seuls des ignorants ou des malotrus peuvent prétendre avoir retrouvé, expérimenté, puis lancé l’ondenc, le prunelart, le verdanel et d’autres variétés tombées dans les oubliettes. Ses recherches l’ont mené sur les chemins de l’histoire gaillacoise, mais aussi un peu partout, y compris , souvent, vers la réserve ampélographique de Vassal, bientôt déménagée et un peu perdue, à son grand regret.

Gaillac a fini par reconnaître, du moins dans les faits, le rôle essentiel joué par Robert Plageoles pour son appellation. Entre 1960 et 1990, selon les chiffres fournis par Philippe Séguier dans son livre Le Vignoble de Gaillac (curieusement pas disponible à la Maison des Vins de Gaillac !!!), les surfaces plantées en braucol sont passées d’un hectare à 350, celle de duras de 77 à 850, et plusieurs autres vignerons ont planté de l’ondenc et du prunelart. Et je parie que ces chiffres sont encore en augmentation nette depuis lors. La propriété des Plageoles totalise maintenant environ 40 hectares, avec l’acquisition récente de quelques hectares supplémentaires, à planter à ou à replanter : de quoi assurer la vie de bientôt trois familles et deux ou trois générations sur le domaine. Son avenir est en marche, mais il ne le serait pas sans son passé. Une leçon à méditer, sûrement.

PS. Mes remerciements à Florent Leclercq, qui m’a fourni des informations utiles via son bel article sur les Plageoles dans la revue Plaisirs du Tarn.

David Cobbold


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La difficile conversion des habitudes : le cas des Anjou blanc secs

Il y a peu de temps, j’ai parlé ici de l’importance d’un nom, de préférence simple et facile à prononcer, dans la réussite commerciale d’une appellation. Mais que se passe-t-il quand un nom qui réunit ces critères se trouve, par le fait de l’histoire, associé à des vins dont la réputation globale est, disons, faible ou dévalorisante ? Et comment font les producteurs qui souhaitent sortir de ce piège par le haut, convaincus qu’ils sont de la valeur et du potentiel de leur vins et du projet qui les entoure ?

Il y a près d’un an, j’ai assisté à Paris à une dégustation de vins blancs secs d’Anjou dont la qualité générale m’avait fortement impressionnée. Ces vins avaient clairement de l’intensité, de la séduction, de la rigueur et, du coup, la capacité à très bien se conserver et à devenir plus complexe avec le temps. C’est pourquoi j’ai répondu très vite à une invitation de venir voir sur place et à déguster une sélection plus large de ces vins, issus de différents millésimes.

vue sur le LayonLa douceur angevine : vallée du Layon vu du Château de la Soucherie (photo David Cobbold)

La région au sud d’Angers, sur la rive gauche de la Loire, est surtout réputée pour des vins moelleux faits avec le cépage chenin blanc dans les appellations Aubance, Layon, Chaume et Bonnezeaux. Mais pour faire un grand vin doux qui est issu, en partie ou en totalité, de raisins botrytisés, il faut des conditions météorologiques qui ne se commandent pas. L’exemple des deux dernières récoltes le démontre : quand les conditions n’y sont pas, on ne peut guère en faire, à moins de tricher. Et beaucoup ne veulent pas tricher. Comment faire alors, car il faut bien vivre ?

Patrick Baudouin, le rouge n'est plus de misePatrick Baudouin qui préside cette appellation et pour qui le rouge n’est plus de mise (!). (photo David Cobbold)

 

Une solution est de convertir une part significative de son vignoble à la production de vins rosés ou rouges. Et cette tendance gagne du terrain, comme l’explique Patrick Baudouin, qui préside avec intelligence l’appellation Anjou blanc sec : « Les stats sur l’évolution de l’encépagement chenin/cabernet en Anjou sont claires : il y a eu inversion d’encépagement au profit du cabernet, entre les années 50 et aujourd’hui. Il ya eu aussi donc inversion des vins produits, au profit du rosé. Et aussi au niveau des zones plantées. »

Mais l’image, et le prix qui va avec, des rosés d’Anjou n’est guère valorisante, même si cela se vend : la part des rosés atteignant maintenant 50% dans la région. Et puis il y a la question de la fidélité à une tradition, ou, plus exactement (car on peut aussi dire que la tradition n’est que la somme des erreurs du passé !), à un potentiel qualitatif pour l’élaboration de vins qui reflètent parfaitement leur site et leur méso-climat (terroir, si vous préférez ce mot valise, bien trop fourre-tout pour moi). Les rouges du coin (14% de la production) sont parfois excellents, mais quand son vignoble est encore planté très largement de chenin blanc, qui, certaines années, produit de grands liquoreux que vous avez un peu de mal à vendre, il vaut mieux peut-être trouver une manière de faire de bons vins blancs secs. C’est cette idée-là qui préside à la volonté d’un groupe significatif de bons producteurs de créer une appellation haut de gamme afin de monter le niveau et la part des blancs secs de la région, qui ne représentent actuellement que 5% de l’ensemble des vins. J’estime cette initiative plus qu’honorable et très fidèle à l’esprit que prônait René Renou quand il présidait l’INAO et qui semble avoir été largement oublié depuis sa disparition. Et tant pis pour quelques esprits chagrins, qui préfèrent avoir raison seuls (car ces gens-là ont toujours raison et l’affirment d’un ton péremptoire) en oubliant la part du collectif nécessaire à l’image d’une région.

chenin début juilletUne vigne de chenin à La Soucherie qui semble bien parti au mois de juillet 2014, sur des sols en partie travaillés et en partie enherbés (photo David Cobbold)

Le chenin blanc, parfois encore appelé Pineau de Loire dans la région, pourrait avoir son origine à Anjou. Une première indication écrite date de 1496 à Chenonceau, et parle de « plants de l’Anjou ». Rabelais, dans Gargantua (1534) louait « le vin pineau. O le gentil vin blanc ! et, par mon âme, ce n’est que vin de taffetas. » Selon Vouillamoz, un des parents du chenin blanc serait le savagnin (ou traminer), et il serait frère ou sœur avec le trousseau et le sauvignon blanc. Plus surprenant est le fait que son profil génétique est identique avec celui de la variété espagnole agudelo, qu’on trouve aussi bien en Galicia qu’au Penedes.

Tirer une appellation vers le haut implique nécessairement d’imposer quelques contraintes sur les méthodes de production. J’ai comparé les cahiers de charges pour l’appellation blanc sec existante et celle dite « haut de gamme », et les différences me semblent couler de source. Je résume : chenin blanc à 100% (l’appellation de base autorise un part de chardonnay et/ou de sauvignon blanc), densité de plantation supérieure de 10%, taille plus rigoureuse, charge maximale réduite de 20%, enherbement ou travail des sols obligatoire, vendanges manuelles, rendement réduit de 10%, richesse en sucres plus élevée et pas d’enrichissement artificiel, élevage des vins plus longs et sans morceaux de bois….. rien de très dramatique, juste du bon sens, il me semble.

Luc Delhumeau, Domaine de BrizéLuc Delhumeau, au Domaine de Brizé, qui a produit  le plus beau 2011 que j’ai dégusté (photo David Cobbold)

Et les vins alors ?
J’ai dégusté, au Musée du Vin de Saint Lambert-du-Lattay (excellent endroit pour une dégustation, calme et avec une équipe aussi sympathique qu’enthousiaste) 49 vins issus essentiellement des millésimes 2012, 2011 et 2010, avec quelques vins plus anciens pour suivre l’aspect « vin de garde » inhérent au concept : 2009, 2008, 2005, 2003 et 1996. Mon impression globale était très bonne. Je vais vous paraître trivialement mercantile (je sais, c’est la nature d’un peuple marchand, mais c’est aussi ce qui fait vivre un vigneron !) et vous parler d’abord de prix avant de vous livrer mes préférences et autres remarques. Le prix moyen (prix public) des vins dégustés se situe autour de 10 euros avec un écart assez important entre le moins cher (4,90) et le plus cher (un peu plus de 20 euros). Vu leur niveau qualitatif moyen, je dirai que ces vins valent mieux sur le marché, surtout quant on les compare aux blancs de bourgogne. Un prix moyen de 15 euros me semblerait largement justifié.

Didier Richou, une constance dans la qualitéDidier Richou, auteur, avec son frère Damien, d’une série de vins aussi remarquables que régulière (photo David Cobbold)

Mes vins préférés
Je vous épargnerai des commentaires détaillés pour vous livrer juste une liste de producteurs et quelques remarques. Tous les producteurs de la zone n’ont pas jugé bon de livrer des échantillons. Ils ont clairement tort de bouder des telles dégustations et cette absurdité fait de fierté mal placée me rappelle l’article récent d’Hervé Lalau sur le fait que certains vignerons semble considérer que soumettre ses vins à des dégustations comparatives ressemblerait à de la prostitution !!! Ont-ils peur d’une forme de vérité, certes subjective ? Quant aux autres, plus courageux, toutes des putes et des soumises alors ?
NB. Les vins sont listés par ordre de dégustation, pas de préférence.

Millésime 2012 (sur 18 vins)
Domaine de la Bergerie
Domaine de Juchepie
Domaine des Trottières
Domaine Bablut, Petit Princé
Pithon-Paille, L’Ecart
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine des Forges, Expression d’Automne
Domaine Pierre Chauvin

Millésime 2011 (sur 11 vins)
Domaine des Iris, futs de chêne
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine de Brézé, Loire Renaissance
Château de Fesles, La Chapelle,
Domaine Pierre Chavin, La Fontaine des Bois
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Château Pierre Bise, Les Roannières

Millésime 2010 (sur 8 vins)
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Domaine Richou, Les Rogeries
Château de Passavant, Montchenin

Millésime 2009 (sur 6 vins)
Château Pierre Bise, Le Haut de Garde
Domaine de Juchepie
Domaine de Bablut, Ordovicien
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine Leblanc
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard

Millésime 2008 (sur 3 vins)
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Domaine Cady, Cheninsolite

Millésime 2005 (1 vin)
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard

Millésime 2003 (1 vin)
Domaine des Iris, fûts de chêne

Millésime 1996 (1 vin)
Domaine Ogereau

 Anne Guegniard Guitton, Domaine de la BergerieAnne Guegniard Guitton, au Domaine de la Bergerie, dont j’ai beaucoup aimé le 2012 et dont le mari, David Guitton, tient une très bonne table sur place (photo David Cobbold)

 

Remarques et conclusions

Mon critère de tri pour cette sélection étant une note d’au moins 14,5/20 pour chaque vin, quelques soit le millésime, on constate un taux de réussite, selon ce critère subjectif, de 30/49, soit d’un peu plus de 60%. Je dois dire que je ne trouve que très rarement de genre de taux dans une série de vins d’une même appellation, et surtout à ce niveau de prix. Ce score confirme mes premières impressions. Quelques vins (2 ou 3) furent rejetés parce que je trouvais leur dosage en soufre excessif. Deux autres parce que, manifestement, on avait négligé de sulfiter à bon escient et ces jeunes vins montraient une oxydation prématurée avec une perte d’arômes et de netteté. Quelques autres me plaisaient un peu moins parce qu’une présence de botrytis donnait un nez de cire qui dominait tout le reste. Mais, dans l’ensemble, que du plaisir avec ces vins qui associent, dans des proportions forcément variables, vivacité, saveurs riches, structure et persistance. Autrement dit, les bons Anjou blanc secs sont de vins de caractère avec une capacité de garde affirmée.

Il faut aussi noter les très grande régularité de quelques domaines : Richou et Baudouin, en particulier. Mais tous n’ont pas présenté des vins dans tous les millésimes, alors la comparaison est un peu injuste.

la douceur angevineLa douceur angevine vu par les fleurs. Oui, mais les hortensias changent de couleur selon la nature des sols. Qui trouvera la clef de cette histoire ? (photo prise à la Soucherie par DC).

 

Faut-il changer leur nom d’appellation ? Je ne le crois pas. Il faudra en revanche de la persévérance aux producteurs pour passer le message qu’Anjou peut aussi rimer avec blanc sec, et que cette région est aussi très capable de faire des grands blancs de ce type. Je ne rentrerai pas ici dans le débat à la mode sur la nature des sols, qui semblent être majoritairement schisteux par là. Je laisse cela aux spécialistes et je vous réfère aux écrits forts intéressants de Patrick Baudouin :

http://www.patrick-baudouin.com/ puis suivre la rubrique « profession de terroir » et chercher le pdf sur les grands vins d’anjou.

David Cobbold

 


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À quoi cela peut-il bien servir ?

Oui, je me demande vraiment à quoi cela sert-il de palabrer ?

À quoi servent ces conférences, colloques et autres débats ?

Pas même le temps de captiver son auditoire que déjà il faut passer la parole à un autre. Est-ce si utile de se déplacer pour un petit quart d’heure d’explication de texte face à un public déjà averti, déjà convaincu et qui plus est restreint ? Ce qui va suivre, aux yeux des bénévoles qui n’ont pas compté leurs heures pour la bonne réussite de ces journées, paraîtra insolent, discourtois, voire exagéré. Mais en même temps, je ne peux continuer à me satisfaire de la convenance habituelle dans laquelle j’ai baigné les trois quarts de ma vie. Critiquer ce que je viens de revivre une fois de plus constitue pour moi un devoir. Ainsi donc, je présente d’ores et déjà mes excuses à ceux que je risque d’offenser.

Unknown

Je veux vous parler de ces réunions, de ces discussions articulées autour du vin qui donnent lieu à de sempiternels débats sans lendemains. On les accepte volontiers, parfois à contre cœur. On y va à ses propres frais alors que l’on a déjà du mal avec sa maigre retraite et que l’on a un boulot à n’en plus finir sur le bureau. On se dit que peut-être on apprendra des choses, que ça fera du bien de faire un break, de voir d’autres personnes, d’échanger. Et puis Bruno Chevallet, l’organisateur, est si convaincant, si aimable, que l’on rêve déjà de pique-niques au bord de l’eau, d’échanges passionnés sous les oliviers et d’un hôtel de charme avec petit déjeuner provençal au son des cigales. Alors on dit oui. On y va le cœur en bandoulière avec en tête l’échafaudage d’un plan apte à défendre le Carignan du Roussillon, sans oublier de parler des autres, de ceux d’Uruguay ou d’Israël.

Le Maître et son élève... Photo©MichelSmith

Le Maître et son élève… Photo©MichelSmith

Cela me fait mal de le dire aussi brutalement, mais une fois sur place on déchante : les repas sont ruineux, les produits locaux sont relégués aux abonnés absents, le foie gras, le homard et le saumon sont mis en avant (pourquoi pas le caviar ?), de coûteux droits de bouchons vous scient le moral et en plus il faut se battre pour boire le vin à sa bonne température. Côté débats, discipliné on attend patiemment son tour de parole pour balbutier quelques mots sur cette éternelle et lancinante définition du « terroir », puis on écoute des gens passionnants que l’on coupe, comme c’était le cas pour vous il y a à peine 10 minutes, car, c’est un fait, « le temps nous manque ». Comme toujours. Sur ce, on n’oublie pas de se congratuler les uns les autres, d’applaudir, d’échanger nos cartes, de remercier tel ou tel sponsor qui, en brillant de son absence, montre l’intérêt qu’il porte aux choses du vin, ne cherchant même pas à aller au bout de sa mission. Le tout face à un maigre public estimé à 20 personnes, peut-être 30 par moments, tous participants ou accompagnants. Au final, lorsque l’on rentre chez soi épuisé par 5 heures de route, viennent les mots fatidiques : « Et alors ? » Alors, quoi ? On se sent comme envahi par un sentiment de frustration. On fait son délicat, son difficile…

Danièle Raulet-Reynaud à gauche et Iulia Scavo, la star montante de la sommellerie. Photo©MichelSmith

Danièle Raulet-Reynaud à gauche et Iulia Scavo, la star montante de la sommellerie. Photo©MichelSmith

Si ce n’était que pour les joies de retrouver mes amis vignerons, un tel voyage valait-il la peine d’être vécu ? Malgré les déconvenues, je dis oui haut et fort, même si je reste sur ma faim. Tout cela pour des « Rencontres internationales », les premières du genre sur la Côte d’Azur avec pour thème palpitant : « Un cépage, un terroir, des hommes » argumenté de la sorte : « Comment des vignerons ont su mettre en valeur des cépages oubliés et mal aimés sur des terroirs adaptés pour des vins exceptionnels ». La seule mention des cépages oubliés et la possibilité de défendre en public mes bons vieux plants du Midi, comme je le fais ici même tous les dimanches depuis 4 ans, ont suffi à me faire déplacer. Et, vous vous en doutez, ce n’était pas que pour un dîner dit « de gala » destiné à oindre les huiles dans le sens du poil. Alors, je m’efforce de retenir le côté positif des choses. Je me rends compte en effet que, malgré quelques écueils, rien n’a été perdu pour autant. Quelle chance j’ai a eu de pouvoir renouer avec le Romorantin de Michel Gendrier que je n’avais pas goûté depuis des lustres, de rencontrer sa charmante épouse, d’échanger avec André Dubosc venu de Plaimont pour une fois sans son béret basco-béarnais, accompagné lui aussi de son épouse et d’une jeune chercheuse en cépages autochtones de l’école de Purpan qui explore savamment les travaux sur les comportements des cépages anciens du Sud Ouest comme le fait Michel Grisard, présent lui aussi pour parler de son expérience en son Centre d’Ampélographie Alpine dédié à Pierre Galet. Ah, ce Professeur Pierre Galet qui travaille d’arrache pieds à un nouveau Dictionnaire encyclopédique des cépages, c’est une légende vivante. Un homme plein d’humour doté d’une mémoire éléphantesque qui vous lance à la figure un magistral « Profitez-en, j’ai 93 ans et je vais bientôt mourir » !

Les participants... enfin, une partie. Photo©DR

Les participants… enfin, une partie. Photo©DR

Quelle joie aussi d’embrasser Patricia Boyer du Clos de Centeilles que l’on a vu naître dans les années 80 avec déjà le souci de préserver les nobles cépages languedociens. Joie aussi de goûter sans retenue les cépages corses de Jean-Chales Abbatucci, de vider un verre ou deux de Mailhol en compagnie de ses auteurs Laurence et François Henry devenus historiens pour la cause des cépages, de siroter pour la première fois de ma vie une Mondeuse Blanche, celle de Philippe Grisard. Écouter les passionnantes recherches de Garance Marcantoni, la conseillère en viticulture biologique de la Chambre d’Agriculture du Var que les vignerons présents n’ont jamais pris la peine de contacter alors qu’elle a tant de connaissances à partager avec eux sur les cépages oubliés de Provence. Regretter l’absence de vignerons provençaux, hormis deux d’entre eux. Boire le discours d’historienne et l’accent pierreux de la Roumaine Iulia Scavo qui, je l’espère, deviendra un jour Meilleur Sommelier du monde après le Suisse Paolo Basso. Je vous jure, cette fille le mérite ! Quel plaisir aussi de causer un brin avec Jean Rosen, André Deyrieux, Jean-Luc Etievent, j’en passe et des meilleurs

La photo souvenir... Où tout le monde semble ravi ! Photo©DR

La photo souvenir… Où tout le monde semble ravi ! Photo©DR

Boire et échanger, voilà de vrais moments de partage qui gomment les défauts de cette première initiative forcément perfectible. En dernier ressort, j’aimerais suggérer ceci aux organisateurs : que l’on sorte lors des prochaines sessions du tape à l’œil, du bling-bling cher à la Côte d’Azur ; que l’on remise aux oubliettes ces soirées interminables où les étoilés se surpassent à grands renforts de verrines dînatoires et autres variations sur lesquelles le rouge chaud ne passe décidemment pas, pas plus que le rosé d’ailleurs ; que l’on aille vers plus de simplicité, vers des repas de grandes tablées où nous sommes tous ensemble, chez un vigneron de La Londe, par exemple. Et que l’on réduise le nombre d’intervenants afin de laisser s’exprimer ceux qui sont dans le concret. Je sais, ce ne sera pas toujours chose facile. Au Lavandou, nous sommes sur la route de Saint-Tropez et sur la commune qui abrite la modeste demeure de Carla Bruni au Cap Nègre. Mais on peut rêver…

Michel Smith


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Chasselas, il revient au galop

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Il y a des cépages qu’on méprise : un peu, beaucoup, à tort ou à raison. Le chasselas en fait partie, sans doute, sauf évidemment pour les vignerons qui en produisent. Pour éviter de répéter bêtement des idées reçues, j’ai décidé d’accepter une invitation à venir en Suisse et à participer en tant que juré au récent Concours Mondial du Chasselas, près de Lausanne, et si possible, visiter quelques domaines dans cette région vaudoise qui est le fief indiscuté de la variété. Autrement dit, d’aller apprendre sur place, comme l’a également fait mon éminent collègue Marc, qui aura sans doute son mot à dire sur ce sujet un jour. Etant dans le même jury, nous avons constaté nos avis parfois divergents sur certains des mêmes vins, mais aussi notre accord parfait sur d’autres. Ainsi va la vie et le goûts !

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 Marc V, homme de l’ombre  en Suisse (photo © David Cobbold)

 Mais quelle est cette variété qu’on sert souvent en grappes dorées et juteuses sur table, peut-être autant qu’elle est pressée et transformée en vin ? Le livre de référence de Vouillamoz, Robinson et Harding, Wine Grapes, en dit long. Le Chasselas est un cultivar ancien, comme l’attestent ses très nombreux synonymes (on en cite une soixantaine dans ce livre). Ses premières mentions remontent  au 16ème siècle et il est planté dans une dizaine de pays, tous en Europe sauf les Etats-Unis. Il est donc assez répandu, avec plus de 4.000 hectares en Suisse (son pays d’origine probable où il symbolise à lui seul la production du vin blanc), 2.400 hectares en France (surtout pour du raisin de table), plus de 1.000 hectares en Allemagne, mais aussi un peu ailleurs (Autriche, Italie, Espagne, Hongrie, Roumanie, Serbie, Croatie et Russie). Néanmoins, le commentaire d’introduction dans ce tome de référence est lapidaire : « French Switzerland’s characteristic variety producing soft, occasionally distinguished but often pretty ordinary whites. »  Ne pouvoir se distinguer qu’occasionnellement et être condamné à ne produire la plupart du temps que des vins ordinaires n’est guère propice à de l’enthousiasme !

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Vue sur vignoble dans le région de Lavaux, Vaud. Je vous conseille d’y passer, mais pas seulement pour la vue, aussi pour vous rendre au Lavaux Vinorama, en bordure du lac, ou vous pouvez déguster tous les vins du cru et voir un très beau film sur le cycle de la vigne et des gens qui font le vin (photo © David Cobbold)

C’est un peu dans cet état d’esprit, mêlé à une bonne dose de curiosité, que je suis donc parti en Suisse, jonglant avec les aléas des trains qui ne roulaient pas à cause de quelques gens qui font grève parce qu’on veut changer une structure: la même contre laquelle ils avaient fait grève il y a 17 ans ! (CGT, cela doit signifier « Contrat de Grève au Travail » ).

Et alors, peut-on trouver des vins intéressants faits avec le chasselas ? Oui, mais pas si souvent, et il faut aussi un peu de patience.

Les vins du concours que j’ai pu déguster ne représentaient qu’une infime partie des concurrents. Pendant la matinée à laquelle j’ai assisté, il y avait 22 vins du canton de Vaud, et 11 du Valais, tous issus du millésime 2013. Un certain nombre de ces vins avaient des défauts (souvent trop de soufre, parfois du gaz, plus rarement de l’oxydation), beaucoup m’ont semblé plats et sans relief, mais une des deux séries de vins vaudois contenait de bons vins que j’aurai bus avec plaisir. Il y a donc un peu d’espoir de sauver le soldat chasselas. Voyons comment….

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La vue sur le Lac Leman est splendide depuis le chai du Domaine d’Autecour, à Mont-sur-Rolle (photo © David Cobbold)

L’après-midi qui précédait cette séance, je suis arrivé à temps pour une visite d’une des régions phares du chasselas vaudois, La Côte, entre Lausanne et Genève. Là nous avons visité le Domaine d’Autecour, à Mont-sur-Rolle et assisté à une très intéressante dégustation de millésimes anciens de ce domaine impeccablement tenu par la famille Schenk; même si j’ai trouvé un peu curieux les désherbage d’une petite parcelle de vieilles vignes juste devant la maison (voir ci-dessous : Jim sera content de voir qu’il n’a pas que la Loire qui emploie de tels méthodes).

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 Même si la vue sur la parcelle de vignes, juste devant la maison, semble un peu moins réjouissante ! (photo © David Cobbold)

La principale leçon de cette dégustation verticale était que le chasselas, en tout cas certains chasselas, gagne énormément d’un vieillissement. Très curieusement il semble gagner des dimensions qu’il ne possède que rarement dans sa jeunesse : en particulier fraîcheur, complexité et longueur.

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On mêle outils traditionnels et modernes au Domaine de Autecour, à Mont-sur-Rolle (photo © David Cobbold)

Le Domaine de Autecour possède 6 hectares de vignes, dont 90% sont plantés de chasselas. Il achète aussi des raisins autour pour doubler sa production. Il est donc, selon la terminologie locale, « Vigneron/Encaveur ». Les méthodes de production mêlent outils traditionnels (foudres en bois) et plus modernes (cuves en béton et inox).  Voici, ci-dessous, mes notes de dégustation sur leurs vins, qui bénéficient (du moins certains) d’un statut de 1er Grand Cru, mais ne me demandez pas ce que cela signifie car j’avoue ne pas avoir tout compris : je crois que c’est une sorte de label accordé chaque année, un peu comme un cru bourgeois de nos jours.

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Les vins de la dégustation verticale du Domaine d’Autecour. Notez le passage à la capsule à vis, vers le milieu de la série. Je parie que ce changement technique va beaucoup aider dans la longévité et la netteté de ces vins (photo © David Cobbold)

Domaine d’Autecour 2012 (capsule à vis)

Légèrement frizzante, aux saveurs délicates d’abord, puis un peu fuyantes, ce vin gagne en longueur ensuite après un peu d’aération. Ses arômes tendres rappellent des fruits blancs. Assez neutre mais très agréable. Son absence d’acidité le rend très facilement abordable pour beaucoup que cette saveur peut rebuter dans un vin blanc (13/20)

Domaine d’Autecour 2010 (capsule à vis)

Le nez est différent de celui du 2012, ayant gagné de complexité en se promenant du côté des pêches blanches. Une acidité intégrée lui donne plus d’énergie en milieu de bouche et les saveurs, comme la longueur en profitent. Avec ce vin on passe dans une autre dimension du chasselas. (14,5/20)

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Pourquoi cette photo ? Parce que j’aime beaucoup le dessin de l’écorce de cette magnifique platane devant la salle de dégustation du Domaine d’Autecour. Cela me faisait penser au chasselas qui prend certes des rides, mais aussi gagne du relief, avec l’âge. (photo David Cobbold)

Domaine d’Autecour 2005

Le SO2 semble dominer au nez. En bouche un vin tendre, à la limite du mou, mais avec des saveurs plaisantes. C’est moins complexe que le 2010, même s’il possède une pointe de fraîcheur en fin de bouche. Une sensation crayeuse ressort en finale. Certains disent que c’est de la « minéralité », mais je pense que c’est l’effet du soufre. Après tout, le soufre est un minéral. (13/20)

Domaine d’Autecour 2001

Encore un nez un peu trop marqué par le SO2, puis arrivent soupçons de citron, de cire et de verveine. Un beau volume en bouche avec une sensation de maturité (fruits jaunes). Une fois le CO2 résiduel passé, ce vin manque un peu d’acidité mais dévoile une longueur surprenante. Gourmand et facile, il a très bien tenu ses 13 ans. (14/20)

Domaine d’Autecour 1998

Très belle robe. Le nez, de fleurs et d’agrumes, rappelle aussi par moments ces arômes de type « pétrole » de certains rieslings (et que je n’aime pas personnellement). Cette fois-ci la fraîcheur en bouche est bien là, donnant de la vibration à ce vin qui devient salivant. Belle finale très nette dans laquelle persiste des saveurs fruitées. (15/20)

Domaine d’Autecour 1990

Le nez est étonnamment fumé, comme si le vin avait été élevé dans une barrique toasté (ce qui n’était pas le cas). Très suave en texture avec des délicieuses saveurs de fruits murs. Ce très beau vin est assez puissant mais jamais pesant. Il finit sur d’élégantes notes toastées. (16,5/20)

Domaine d’Autecour 1983

La robe commence à toucher la gamme des tons ambrés. Le nez rappelle l’écorce d’orange. La bouche est intéressante mais commence à paraître dissocié, signe probable d’un vin qui a passé son optimum. Il y a aussi une franche sensation d’oxydation, probablement due à un bouchon devenu un peu lâche. (13,5/20)

Domaine de Autecour 1971

Robe d’un ambre dorée. Nez splendide et très riche : de cire, de miel et d’épices. En bouche il a cette combinaison intéressante entre fraîcheur et longueur, qui jouent des tours avec ses somptueuses saveurs de fruit exotiques. Une très belle longueur signe un vin assez fabuleux et totalement surprenant, du moins pour moi. (17/20)

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Vignes à Mont sur Rolle, Vaud (photo David Cobbold)

Conclusions sur cette dégustation

1. Oui le chasselas, du moins de bonne origine, peut vieillir et y a même intérêt. Lorsque le bouteille est bien conservée, le vin semble gagner en complexité, fraîcheur et longueur.

2. Il y a une très forte diversité dans la qualité, selon les millésimes.

3. Je pense qu’il y a toute raison de militer pour la capsule à vis avec cette variété. Moins besoin de soufrer, et meilleure conservation de ses arômes délicats. Il y a aussi, et surtout, le problème de la variation entre flacons du même millésime qui serait éliminé. Les producteurs m’ont dit avoir testé 5 ou 6 flacons des vieux millésimes pour n’en retenir que 3 de présentables. Ce cépage est donc très sensible à l’oxydation et le bouchon en liège n’est jamais fiable dans ce domaine. Le facteur liège pourrait expliquer, du moins en partie, le forte variation en qualité entre les millésimes dégustés.

4. Il serait intéressant de pratiquer une dégustation plus large, avec des vins issus de plusieurs domaines de qualité en Suisse, afin de valider ces impressions favorables mais qui restent nécessairement anecdotiques.

David Cobbold

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