Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 251 : Merci pour le pied !

Merci à Guillaume, l’un de mes cavistes de Perpignan, de m’avoir autorisé à croquer ce Carignan tout droit venu de l’Hérault. Cela me change de ceux des PO et de l’Aude ! J’utilise le verbe croquer à bon escient tant il est vrai que l’on a tendance, vue son épaisseur, à croquer dans ce Vin de France 2013 « sans sulfites ajoutés » à propos duquel son auteur, visiblement frondeur, a eut la bonne idée d’ajouter cet avertissement « Peut contenir des traces de pieds » ! Moi, j’aime ces affirmations (informations) gratuites qui mettent de l’humour dans la dégustation non aveugle que je pratique de temps à autres. Car on ne sait jamais, dans ces vins-là, un parfum de pied est vite arrivé…

Photo©MichelSmith

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Navré pour vous, mais ce vin à l’étiquette-tableau ne pue pas. Il sent même bon la violette, la mûre aussi, se goûte sans anicroche sur la souplesse, avec un brin de légèreté et, osons le dire, de facilité même. C’est le propre du Carignan heureux dans sa terre que de se comporter de la sorte. Si j’ai bien compris, il provient de deux vignes assez âgées cédées par Nicole et John Bojanowski, que mes rares et chers Lecteurs connaissent bien (ils sont l’auteur d’un Carignan du tonnerre, Lo Vielh), sur le secteur de Saint-Jean-de-Minervois, l’une plantée sur des marnes gréseuses et l’autre sur du calcaire plutôt tendre comme c’est courant dans le secteur. Son prix ? Guère plus de 10 € chez un caviste.

Michel Smith

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#Carignan Story # 250 : Scrogneugneu, en voilà du boisé !

Tout excité que j’étais d’avoir découvert cette étiquette travaillée aux petits oignons, voilà que je m’apprêtais à dérouler le tapis de louanges. C’était au hasard d’une improbable halte, mais par ailleurs fort recommandable, en bordure d’ancienne nationale, à Lézignan-Corbières pour être précis, au Cdd Sud, sorte de vaste antre à souvenirs où le riz de Marseillette côtoie le cassoulet. En saisissant le flacon, je me faisais tout un cinoche dans ma tête : tiens, tiens… des négociants Bourguignons qui s’intéressent au Carignan et qui en plus le qualifient de « cépage rare » allant jusqu’à le commercialiser à un prix idéal (4,95 €) , semblable à ce Samso Catalan que je décrivais dans mon dernier article du Dimanche. Oui, j’avais vraiment hâte de goûter ça !

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Au départ, tout m’a plu dans ce vin sorti d’une gamme étoffée sous la marque « Les Janelles » par des « Artisans des vins du sud de la France » comme le proclame fièrement leur site Internet. Bouteille haute et élégante, étiquetage précis et soigné, l’ensemble est presque endimanché avec la mise en avant, très nouveau monde, du nom du cépage. Impeccable bouchon synthétique facile à extraire, on était bien loin de l’idée d’un vin « low cost » qui, à cause du prix peut-être, tentait sournoisement de s’introduire dans mon esprit. J’étais tellement excité à l’idée que ce vin puisse me séduire que je suis allé voir sur la toile si son nom, « Jamelles » avait une quelconque signification. J’ai appris que, depuis 1946, sept filles en France, oui sept, avaient reçu le prénom de Jamelle. J’ai aussi appris que cette gamme de vins était l’œuvre d’un couple d’œnologues Bourguignons amoureux du Languedoc. Tout cela était de fort bonne augure…

Quelques semaines de repos, arrive le jour de la dégustation. En ouvrant le flacon, un lancinant parfum de noix de coco semble envahir la pièce. Au nez, j’ai l’impression de sniffer du Malibu ! En bouche, j’ai la désagréable sensation d’être pris par une odeur tenace venue d’ailleurs. Bora Bora peut-être ? Je mâche le vin, je le fais tourbillonner dans mon palais, je le crache enfin et je ressens quoi donc ? Du bois tendre à pleine bouche, puis rien ou pas grand chose derrière pour signer la finale, enfin rien de bien intéressant, pas même un brin de fruits rouges. Mon impression ? Une piètre macération carbonique de jus achetés à bas coût dans des coopératives-usines qui subsistent tant bien que mal dans le Languedoc et le Roussillon. Le temps d’une mauvaise pensée, j’imagine. Pourtant, là c’est bien écrit « Carignan ». Pour une fois le nom du cépage n’est pas caché, comme je l’ai dit plus haut, on a même rajouté « Cépage rare » au cas où il faille convaincre les hésitants. C’est en le humant une nouvelle fois histoire de m’assurer que je n’écrivais pas de conneries, que me vint alors une drôle de vision : un mec en blouse blanche penché au dessus d’une cuve pour y verser le contenu d’un sac en plastique, une grosse quantité de copeaux de bois aromatisés coconut. Je me suis déjà farci des vins aromatisés aux copeaux de bois et je suis en mesure de vous assurer qu’ils étaient bien au-dessus de celui-ci ! Ceux qui ont concocté ce vin le boivent-ils seulement ?

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Désolé, mais cette chose me fait perdre la raison. Elle me fait sortir de mes gonds au point de me mettre un court instant dans la situation d’un de ces faiseurs de vins qui, du nord au sud et d’est en ouest, veulent notre bien c’est entendu. Ici, techniquement, on nous parle de « caractériser » un vin. Et pour cela, on a des techniciens qui proposent une palette d’artifices comme le bois, les essences de bois devrais-je dire. Tout une panoplie de saveurs boisées pour beaucoup étrangères au raisin qui laissent un goût de vanille, de fumé ou de clou de girofle, que sais-je encore. Problème, on veut donner une personnalité à un vin qui, dès le départ, n’en a peut-être aucune. Ben oui quoi, s’il en avait du caractère, de la personnalité, on ne ferait rien, n’est-ce pas ? Ou alors, ce serait pour le masquer parce qu’il en a trop ? Dans ce cas, pourquoi l’a-t-on acheté pour ensuite mieux le revendre ? Cela s’appelle du négoce et j’en connais, moi, des négociants formidables qui, sans chercher à faire des miracles, travaillent très bien dans le sens de la mise en valeur d’un vin au moyen d’assemblages, par exemple. Mais là, ce Carignan, comme on le sent frêle, acide et peu sexy, on va vous le maquiller, le remodeler, l’arranger. Normal, c’est aussi le boulot du négociant, quoiqu’on en dise. C’est vrai que vu le prix qu’on l’a payé au départ… et vu le prix de vente souhaité en magasin… Bref, l’habillage va arranger tout ça, le marketing bien pensé aussi, les fiches techniques données à la presse où l’on ne manquera pas de souligner cet élevage si particulier en barriques neuves, de préférence en chêne américain (Chut ! N’en dîtes rien ! Vous comprenez, c’est beaucoup moins onéreux que le chêne de l’Allier ou du Limousin) destiné à « complexifier » le vin. Pour aller plus vite, on pourra même mettre des copeaux en sachets, des morceaux de bois à infuser dans la cuve. Ce sera encore moins cher et cela réclamera moins de manipulations. Et c’est ainsi que ce goût étrange venu d’ailleurs devrait masquer celui du vin pour être au minimum vendable et buvable dans des boutiques peu regardantes. Voilà le travail tel que je me l’imagine. Bien sûr je peux me tromper. Rassurez-vous, je révise mon mea culpa.

Eh bien non, je ne suis pas d’accord ! Au risque de déplaire, de me répéter, de passer une fois de plus pour un malotru, pour un imbécile de journaliste donneur de leçons, comme tant d’autres cépages, le Carignan est capable de faire sans le bois pour s’exprimer. Nul besoin de grandes études pour le savoir. Il suffit de rencontrer quelques bons vignerons des Corbières ou du Minervois pour s’en rendre compte. Le Carignan, messieurs-dames, c’est pas un frimer. Il est à l’aise dans sa terre de garrigue caillouteuse, enraciné dans sa roche, coiffé comme un plumeau mais confié à de bonnes mains vigneronnes. Nul besoin de le maquiller. Et si son propriétaire le souhaite, en insistant un peu mon Carignan peut aussi parfois nous dire des choses encore plus intéressantes. Surtout lorsqu’il est élevé dans une belle pièce bourguignonne d’occasion aux douelles de bonne origine, séchées lentement à l’air libre et pas trop toastées s’il vous plaît. Non, je ne cherche pas à donner une leçon de Carignan. Ce n’est d’ailleurs pas mon rôle. Mais enfin, tout de même, messieurs et dames du négoce, donnez-vous la peine de regarder autour de vous, allez salir vos souliers de temps en temps en marchant entre les vieilles souches.

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Je ne sais pas vous, mais moi ce que je viens de goûter, j’appellerais ça de la mauvaise cuisine. Honnêtement, je ne sais pas si les nombreux autres vins de cette marque (il y a également une gamme bio) jouent sur le même registre, mais si tel était le cas, en tant qu’amateur cela me foutrait une trouille bleue. Et la rage au sang. Bien sûr, la vanilline combinée au whisky lactone comme on dit chez les chimistes-parfumeurs pourrait bien s’estomper au bout de quelques heures dans le verre. Mon oeil ! Pour faire place à quelque chose qui ressemblerait à une bouillie de sciure fraîche ? Pour ma part, j’ai beau boire du thé Sencha Fukuyu pour tenter de m’en débarrasser, au bout de la troisième tasse j’ai encore le parfum Tahiti douche en bouche ! Oui, d’accord, j’entends vos remarques : « T’es plus dans le coup papy, tu charries. Tiens, j’ai l’adresse d’une bonne maison de retraite. T’as rien compris au commerce, c’est une façon d’attirer un public jeune, c’est tendance. Ma foi, tu dois être allergique à la pina colada ».

Fort bien. Moi, j’veux bien passer pour un has been aux yeux de vous tous. Sauf que mes enfants et petits enfants, je préfère les former au goût du vin pur et à celui de la délicatesse. Pas au goût de ces sottises que certains chauffeurs cachent sous le volant de leur caisse ou accrochent à leur rétroviseur intérieur pour parfumer leur « ambiance environnementale ». Pour avoir la conscience tranquille, j’ai entrepris de goûter ce vin une seconde fois, 24 heures après rebouchage. Mal m’en a pris : c’était moins envahissant, certes, moins dur en bouche, mais toujours là, bien présent. Non, non et non, le goût du Carignan n’a définitivement rien à voir avec celui de la noix de coco. Le chanvre indien à la rigueur, je veux bien, mais surtout pas ce goût là ! Au fait, il s’agit d’un Vin de France 2013. Tout le reste de la gamme (Grenache, Sauvignon, Merlot, etc), si j’ai bien saisi, est en Pays d’Oc, puisque le Carignan est refusé à l’état pur par les géniaux concepteurs de cette dénomination qui n’est rien d’autre qu’une vulgaire mais très efficace marque commerciale sur le terrain de la mondialisation et de l’uniformisation. Ce n’est pas pour rien que le Wine Spectator a accordé une note de 87 au Cinsault (rosé) Les Jamelles. Et puis, à l’export, ces vins semblent d’ailleurs bien fonctionner. Tant mieux, car nul n’est prophète en son pays. Et puis surtout, je n’oubliez pas que tous les goûts sont dans la nature… Fort heureusement.

Michel Smith

PS Je sais que cette colère passagère du vieux ronchonneur que je suis risque de faire de la peine aux auteurs de ce vin et je m’en excuse à l’avance auprès d’eux. Ceux-ci m’ont envoyé des échantillons d’une autre cuvée de Carignan, si j’ai bien compris quelque chose de plus « haut de gamme ». Qu’ils soient rassurés : pour ne pas être influencé, je goûterais ces vins à l’aveugle et avec des amis bons dégustateurs. Comme cela, je serai parfaitement objectif.


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#Carignan Story # 249 : un coup de froid de Montsant

Tout seul, dans le froid… Je ne parle pas la langue catalane, il est vrai, mais c’est ainsi, à ma manière, stupidement peut-être, que je traduis « Solà Fred » le nom poétique donné à ce vin par la cave Celler el Masroig, laquelle dispose de 500 ha de vignes en appellation (D.O.) Montsant et de plusieurs hectares d’oliviers de variété Arbequina bénéficiant de la D.O. Siurana. Mais « Solà Fred » est aussi une gamme déclinée dans les trois couleurs : un blanc essentiellement Macabeo (Macabeu, du côté Français de la Catalogne), un rosé presque exclusivement Grenache noir, et un rouge pleinement dédié à notre cher Carignan, souvent récompensé pour son excellent rapport qualité-prix.

Photo@MichelSmith

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Je ne savais rien de tout cela en furetant un peu au hasard dans les rayonnages lors d’une de mes razzias trimestrielles sur une grande surface du vin (Grau) à Pallafrugel. D’habitude, j’y vais pour le large choix de Fino de Jerez, mais  j’avoue que cette fois-ci, j’étais plutôt en manque de Samso, qui, je le rappelle, est le nom Catalan donné au Carignan. Par curiosité, et sans prendre trop de risques il faut bien le dire, j’ai pu saisir ce Montsant 2012 pour une somme modique, autour de 5 €. Le Samso en question a depuis été remplacé par un 2013 que je n’ai pas goûté mais que l’on peut se procurer ici. C’est un vin franc, plutôt jovial, précis, léger et de ce fait plaisant à boire avec une finale qui s’opère en douceur, le genre de vin que l’on vide à la régalade en été ou qu’on laisse glisser en hiver – c’est vrai, ça se refroidit le temps, ne trouvez-vous pas ? – sur une poêlée de châtaignes suivie d’une belle et épaisse côte de porc fermière cuite au voisinage d’un bouquet de sauge. Un vin froid pour mieux se réchauffer, quel meilleur paradoxe ! Il est vrai qu’ici, ce dimanche, il fait un temps de cochon…

Michel Smith


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#Carignan Story # 248 : Vas-y Jeff !

Tandis que je sirotais mon 98 « Noblesse du Temps » du Domaine Cauhapé, un majestueux Jurançon aux notes d’abricot confit et de zeste de pamplemousse, je prenais soin de visionner de temps en temps mon second écran pour suivre l’époustouflant match Federer-Monfils (Roger plié en trois sets, pour ceux qui ne le sauraient pas) tout en pensant à ma chronique à venir, celle du Dimanche. Oui, les nouvelles cuvées de Carignan abondent en cette fin d’année… et j’ai de quoi, sans trop me vanter dépasser sans encombres le cap du quatre centième numéro ! Je sais, toutes ces confidences n’ont pas grand-chose à voir, mais c’était juste pour vous titiller, pour vous montrer que je ne bois pas QUE du Carignan, que je bosse réellement pour vous, que je me défonce même… Et pourtant…

Vincent aux fourneaux avec sa jeune assistante... Photo©MichelSmith

Vincent aux fourneaux avec sa jeune assistante… Photo©MichelSmith

L’autre soir, je me trouvais à Narbonne dans les murs du Célestin. Derrière les Halles, c’est un petit un bar-caviste très vins « natures » (désormais, il faut le préciser…) où l’on goûte des bouteilles parfois surprenantes, mais bonnes, notamment pas mal de vins issus de cépages « autochtones » comme l’on dit, dont quelques flacons de Carignan, plant aragonais, certes, mais implanté dans le coin depuis le Moyen-âge. Patrons du lieu, Hyacinte et Xavier Plégades, dont je loue avec force la gentillesse et le goût du risque (mélanger une musique assourdissante à une gastronomie audacieuse arrosée de vins sudistes n’est pas donné à tout le monde !), n’avaient rien trouvé de mieux que de prêter leurs fourneaux pour une nuit au plus frondeur des journalistes-blogueurs-culinaires, Vincent Pousson, fraîchement débarqué par le train de Barcelone pour préparer des plats courts mais bien mijotés, des sortes de tapes tendance Catalane. Résultat, ce fut un joyeux délire qu’il est prévu de remettre sur le tapis le 13 Décembre au même endroit. Voilà, si vous résidez dans les parages, vous êtes avisés.

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C’est dans cet indescriptible charivari (Vincent est aussi à l’initiative du Charivari dont je vous avais entretenu cet été) que j’ai pu goûter à la bonne température (merci Xavier) et photographier pour vous le vin de Jean-François, dit Jeff, Coutelou. L’homme dirige à Puimisson, charmant village proche de Béziers, le Mas Coutelou, domaine classé en agriculture biologique depuis 1987, d’où il vinifie toutes sortes de vins aux étiquettes joyeuses et décalées, des cuvées propres à séduire les bistrots tendance vins naturels. Chez lui, il y a de la Syrah et du Grenache en quantité, mais le Carignan a droit de cité. Non mais, manquerait plus que ça !

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Ce soir-là, Jeff présentait plusieurs vins, dont un Carignan 2007 guère à sa place dans ce genre de soirée où l’on ne pouvait que se concentrer sur la gaudriole et le rythme afro-cubain. Le vin le plus facile d’approche, compte tenu des circonstances, a bien entendu retenu mon attention. Il s’agissait du « Flambadou », un mot très Languedocien qui désigne un instrument en métal avec un embout de forme de cône dans lequel on glisse du lard que l’on fait ensuite flamber dans la cheminée au dessus d’un lièvre à la broche, par exemple. Cela a pour effet de saisir les chairs de l’animal et de lui donner un goût inimitable. Servi froid dans sa gelée, en compagnie de quelques brins de cresson, le jarret de cochon de l’Ariège, pays natal de Vincent, faisait un effet bœuf (ça m’a échappé !)sur ce Vin de France 2013 proposé à 21 € sur table, ce qui me paraît honnête. Je l’ai juste trouvé un peu jeune, mais il était bien charnu, savoureux, pas trop acidulé, ni trop tannique, juste ce qu’il me fallait dans ce genre d’ambiance festive où les produits campagnards étaient bien mis à l’honneur. La bouteille a été vite vidée, ce qui est un bon signe… Ceux qui l’attendront s’en serviront pour accompagner un lapin de garennes, par exemple.

Michel Smith


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#Carignan Story # 247 : Spécial tajines

Vacances, travail, loisirs, passions, faudrait choisir si l’on écoute les gens sérieux. Pour ma part, lorsque je suis en vacances, je « travaillotte » et je n’y puis rien, c’est comme ça.

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Retour du Maroc où j’étais allé me promener peu avant l’automne, quelqu’un d’aimable m’a fait remarquer que le Carignan « Beauvallon » que je disais avoir dégusté lors de mon premier dîner à Fès en compagnie d’un superbe tajine de légumes, n’était autre que le frère siamois du Domaine Riad Jamil, déjà chroniqué à deux reprises dans ces pages : ici, par exemple, et une seconde fois là. Vous allez me dire que ce n’est pas du vrai journalisme que je vous sers là, que j’ai des marottes, que les vins des Celliers de Meknès sont bigrement favorisés dans mes articles et que probablement je suis payé par l’Office du Tourisme Marocain. Je n’y peux rien, les gars, j’vous l’jure sur la tête de ma Mère, car cette grosse entreprise de Meknès est la seule, à ma connaissance, à vinifier un pur Carignan. Celui-ci semble être un de leurs fleurons. Si vous en connaissez un autre, je vous en prie écrivez moi !

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Pour vous, je l’ai donc goûté par deux fois auparavant, dans les millésimes 2008 et 2009, sans grand enthousiasme d’ailleurs. Là, j’ai bu un 2011, toujours dans le cadre de cette A.O.G Beni M’Tir qui ne garantie que ce qu’elle veut bien garantir. Comme les choses du vin sont compliquées au Maroc, en relisant mes notes d’un voyage effectué il y a douze ans, je me demande si le Carignan « vif, simple et direct » (notes prises à l’aveugle) goûté alors avec la mention sur l’étiquette « Campagne 2001/2002 » et que je conseillais de boire « d’ici un an ou deux » ne rentre pas dans l’assemblage de ce « Beauvallon » qui semble avoir un confortable tirage vu qu’il est présent un peu partout dans les rares boutiques de vin que compte le royaume, mais aussi dans les restaurants Marocains de notre Hexagone où le couscous reste un met incontestablement populaire. Par deux fois, je n’ai pas été enthousiasmé (je me répète…), et puis là, je le goûte in situ, dans son pays natal, non loin des murailles de Meknès, à une table princière à 30 ou 40 km des vignes, servi avec gentillesse par un sommelier qui dit ne pas avoir le droit de goûter le vin. Résultat, je le trouve bon, honnête, sincère.

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Est-ce le décor grandiose de Fès qui s’étale à mes pieds ? Est-ce l’enthousiasme de ses habitants ? Est-ce mon humeur positive ce soir-là ? Est-ce le millésime ? Est-ce le prix presque dérisoire du vin ? Allez savoir… D’abord, mon sommelier a accepté sans broncher de mettre ce 2011 à température. Porté au nez, je lui trouve de fines notes de garrigues qui me rappellent mon pays d’adoption. Il est fait un peu à la manière d’un Corbières de belle facture : vieilles vignes, macération carbonique classique, presque comme à La Voulte Gasparets, élégance en moins, élevage sans excès en barriques pas trop neuves, puissance raisonnable, chaleureux mais avec une pointe de fraîcheur, tannins rustiques, il rempli bien son rôle de compagnon de cuisine modérément épicée. Qui a dit que le vin était toujours meilleur bu sur place ? Après tout, c’est peut-être pour cette raison que je me suis installé dans le Midi.

Michel Smith


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#Carignan Story # 246 : Benoît et Maxime

Faut que j’me casse de nouveau. Je ne tiens plus en place. Rapide revue de détail car je suis toujours sur les routes. Aujourd’hui dans l’Aveyron, aux Rencontres des Cépages Modestes initiées par Jean Rosen, hier en Toscane, demain je ne sais où… De mes pérégrinations récentes, il me revient deux vins de Carignan dégustés avec plaisir en cette fin d’année. Faute de temps, je vous les livre en photos surtout…

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L’un, Fons Sanatis, de Benoît Braujou, provient d’un domaine proche des contreforts du Larzac et de la Vallée de l’Hérault que j’avais trouvé « gentil comme tout » il y a quelques années et que je viens de regoûter dans un millésime plus récent (je pense qu’il s’agit du 2010, alors que celui goûté en 2011 devait être un 2008…). Il me laisse cette fois-ci une impression plus dense et plus ferme. Mais il se goûte divinement bien, toujours avec aisance. On me certifie qu’on pouvait se l’acheter 11 € à la propriété. Mon petit doigt me dit aussi qu’il serait épuisé.

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L’autre, le Campagnès 2011 de Maxime Magnon, venant de Villeneuve-des-Corbières, la partie maritime du massif, est un Corbières envoûtant au possible, capable de s’imposer en bouche sur quantité de plats, y compris les calamars. Par le passé, il m’est arrivé d’y trouver des notes de pinot qui m’ont tout de suite charmé et il faut absolument – depuis le temps que je le dis – que je prenne rendez-vous avec ce vigneron dont j’ai souvent goûté les vins avec un plaisir non dissimulé, je pense surtout à son Rozeta qui se boit comme du petit lait ! Il m’a coûté 24 € seulement dans mon restaurant favori, le Vila Mas, en Catalogne. Si seulement les restaurateurs français… Enfin j’arrête là, car je vais devenir méchant.

Promis, la semaine prochaine je serai plus prolixe… et peut-être moins agité.

Michel Smith

 


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#Carignan Story # 245 : les vendanges d’Hervé

Étant en voyage, éloigné par le temps et la distance de mes dernières vendanges, je voudrais profiter de cette période de creux pour rappeler à tous l’aspect crucial, voire dramatique, de ce moment important pour le Vigneron qui lui permet de ramasser le fruit de son travail. En général, les commentateurs de la vigne et du vin, les patrons de bistrots branchés, certains cavistes, quelques journalistes aussi, ne savent pas ce que c’est que de travailler une vigne. Ils ignorent le plus souvent ce que c’est que d’affronter et d’organiser un chantier de vendanges.

Avant de vous infliger de nouveau ma modeste prose, j’en profite donc pour vous diriger vers le blog d’un vigneron et ami de 30 ans, Hervé Bizeul, vous savez, le mec du Clos des Fées, dans le Roussillon. Il narre avec beaucoup de talent, au jour le jour, ce qui ressemble à un état de crise, à une lutte contre la montre, à une guerre, à un blitz. Il exagère peut-être, force le trait par endroit, glisse aussi pas mal de poésie, mais cette vision parfois dantesque d’une campagne de vendanges montre que le métier de vigneron n’est pas de tout repos, que rien n’est gagné d’avance, qu’il faut savoir prendre des décisions courageuses comme un capitaine dans la tempête. Lisez ça, à partir du premier jour si possible, vous verrez, c’est passionnant. C’est par ici et cela vous fera de la (bonne et saine) lecture pour un bout de temps !

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Et si vous voulez faire court, ne saisir qu’un morceau, quelque chose de plus contemplatif, de plus carignanesque, de reposant et de positif, alors allez droit sur la journée consacrée aux Carignans d’Hervé et vous saisirez, je l’espère, l’importance de ce cépage dans la viticulture du Midi.

Hervé Bizeul ne fait pas encore de cuvée cent pour cent Carignan. Il n’en fera peut-être jamais. Je suppose que les quelques parcelles dont il dispose lui sont trop précieuses pour affiner sa cuvée Vieilles Vignes, par exemple, celle que, au passage, je préfère chez lui. Mais je pense que cette immersion dans son vignoble « d’altitude » a sa place ici. Alors, maintenant que l’orage est passé, que les vendanges s’éloignent, je dis bon vent, Hervé ! J’ai hâte de goûter tes 2014.

Michel Smith

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