Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Finca Sandoval en DO Manchuela…

Manchuela ! Voilà qui intrigue, où est-ce ? En Espagne, certes, ¿pero dónde?
La contre étiquette mentionne Ledaña, province de Cuenca, tout à l’est de la Castilla y León, à toucher Utiel Requena (Valencia).

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Manchuela parmi les DOC espagnoles

Se situer c’est bien, mais est-ce bon ?

Victor de la Serna nous a envoyé quelques flacons de sa production à notre bonne rédaction d’In Vino Veritas, the best. Confrère ibère et émérite, on le savait à la tête d’un domaine, aujourd’hui, on sait où c’est. Et foi de «Nordique », il doit faire chaud par là-bas ! C’est donc avec un sourire entendu que la première bouteille se débouche, on pense sécheresse, maturité poussée, du bois aussi un poussiéreux à la façon de certaines productions qui en ont le secret…
Salia prend le risque de nous déplaire, surprise…

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Salia 2010 Manchuela

Salia plaît d’entrée, la robe légère aux tons à chaque agitation changeants, va du pourpre rose au carmin prononcé, à nous donner le tournis. Le nez, tout aussi versatile, exprime fruits, épices et fleurs en pagaille. Chaque respiration en change les impressions. La bouche se réjouit de tant de facéties. L’espiègle Salia la laisse bée quand d’un mouvement elle désenroule sa soie tannique pour laisser entrevoir le charnu du fruit, l’épice délicate qui le recouvre, le pétale diaphane qui tente de le cacher.

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Victor de la Serna dans la vigne

Victor nous écrit que c’est une des deux cuvées principales d’une gamme qui en compte sept, dont un vin doux. Que Salia est le fruit d’un assemblage recherché contrairement à la norme de l’appellation qui préfère les vins de cépage, «Salia est un vin apte à être consommé assez jeune, aux tanins doux, dominé à 80% par la syrah, plus légère, de notre parcelle à plus grande présence d’argile, et par la Garnacha Tintorera (Alicante Bouschet) de la Casilla del Trueno à Pozo Lorente qui pousse à 960 mètres ; en 2010, la Garnacha qui complète habituellement l’assemblage s’unit à un peu de Touriga Nacional».

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Passons au local Bobal qui règne en maître sur le limitrophe Utiel Requena et compte avec Manchella quelque 70.000 ha, ce qui en fait le deuxième cépage rouge d’Espagne derrière le Tempranillo. Presque entièrement exporté en vrac vers l’Europe du Nord, la Russie ou la Chine, le rustique et peu connu Bobal mérite comme le dit Victor un meilleur sort «nous sommes une demi-douzaine de producteurs à le vinifier et l’élever avec soin. Notre vigne de la Casilla del Trueno date de 1939». Finca Sandoval Signo Bobal 2010 ajoute 9% de syrah et offre malgré une petite rusticité un joli jus aux accents de grenade et de groseille poudré de cacao.
Et ce qu’on sait moins, c’est que le Bobal a remplacé en grande partie le Grenache autrefois bien implanté dans le sud-est de l’Espagne «il en reste peu, mais nous sommes quelques-uns à vouloir le récupérer, car il donne des vins fins et floraux que nous apprécions particulièrement». Finca Sandoval Garnacha 2010 issu des vignes de de 40 ans Castillejo à 850 m d’altitude ajoute 8% de Garnacha Tintorera (Alicante Bouschet) au Grenache et surprend par son côté aérien, la délicatesse de son fruit. Les tanins serrés construisent la trame d’une dentelle épicée déposé sur fond minéral.

Finca Sandoval (1)

La gamme Sandoval

Grands vins?

Certes, on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Le premier Finca Sandoval 2009 qui voit un peu de bois neuf, c’est le seul de la série, se compose à 75% de Syrah complétée de Bobal et de Monastrell. «Un vin de garde, un peu trop jeune encore. Mais c’est notre ‘grand vin’ » avoue Victor. Jeune peut-être, mais déjà il offre malgré son caractère affirmé, une délicatesse d’esprit qui décrit avec précision fruits et épices qui se révèlent déjà. Encore marqué par son élevage, on le laisse volontiers, certain de son potentiel, reposé quelques années en cave.
Plus confidentielles, les cuvées TNS et La Rosa. La première charme par son inattendu petit accent lusitano-rhodanien…

Finca Sandoval Cuvée TNS 2008

La robe sombre, élégante avec sa brillance veloutée se parfume d’un fruité délicat évocateur de gelée de mûre et de myrtille, quelques épices, un trait de réglisse en accentuent le raffinement. La bouche aime se faire attendre, se faire désirer, ourlée des fruits sentis, elle dessine d’un contour de cacao ses lèvres sensuelles. Le baiser se voudrait plus chaleureux, mais c’est encore trop tôt. L’étreinte nous laisse goûter aux trésors à venir…
«Depuis peu, un cépage minoritaire de Galice, la Carabuñeira, a été identifié comme étant la Touriga Nacional. Il est donc aussi espagnol. J’aime beaucoup la Touriga produite sur deux régions bien différentes au Portugal: le Dão aux sols granitiques frais et le Douro schisteux, chaud et sec. Que donne-t-il en altitude au Sud-Est de l’Espagne sur des calcaires plutôt frais? Le résultat parle de lui-même. Nous mettons toute notre Touriga (0,7 ha) et la moitié de cette quantité en Syrah, issue de vignes attenantes, soit un tiers de Syrah

La Rosa de Finca Sandoval 2007

Peut-être la cuvée la plus aisée à boire, teintée d’olive noire, elle se donne, ouverte sur la garrigue où l’on reconnait le thym, la sauge, le cade avec ce côté un peu plus sec des maquis hispaniques. En bouche, tout est fondu, les tanins tissent leur décor teinté de confitures de fruits rouges et noirs rafraîchies d’écorces d’agrumes confites, de fleurs sèches qui embellissent le bouquet de plaintes aromatiques, une feuille de menthe apporte son souffle revigorant, puis tout s’étire, histoire de nous avertir que La Rosa n’a pas dit son dernier mot.
«Une cuvée unique de 5.500 bouteilles élaborée pour honorer l’exceptionnel 2007 dans notre région. On espère pouvoir le refaire! Basé sur la Syrah de notre parcelle la plus pauvre (à peine 30 cm de terre sur la roche-mère calcaire), elle se complète de 15% de Garnacha Tintorera. Élevage de 19 mois, plus long que notre norme. Vin sorti fin 2013. La Rosa n’est pas une ‘rose’ normale, c’est la fleur du safran, produit le plus noble de la Manchuela !».

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Le domaine date de 1998.

http://www.do-manchuela.com
fincasandoval@gmail.com

Ciao

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Marco


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El Rey Fino ! (primera parte : la presentación)

C’est fou ce qu’un vin peut laisser comme empreinte dans la vie d’un homme. Pourtant, à priori, ce n’est pas grand chose un vin : une lumière, un coin de ciel bleu, une plante folle, une cave sombre, un flacon, un verre… Soit, mais en réalité, c’est bien plus que ça. Combien sont-ils ceux qui vous renversent et vous bouleversent ? Ceux qui vous parlent culture et vous chantent l’air du reviens-y pour le reste de votre vie ? Le Champagne avec ses bulles ? Le Bordeaux, le Bourgogne, le Côtes machin ? Lorsqu’un beau jour j’ai atteint l’âge de raison – je devais avoir 30 ans ! -, j’ai décrété avec insistance dans mes reportages que le Fino (sherry pour les britanniques, xérès pour les gaulois) était à mes yeux l’apéritif le plus civilisé au monde. Faut croire que j’avais déjà entendu cette sentence quelque part de la bouche de quelqu’un et que cela me plaisait au point de me l’attribuer. Depuis ce temps où nous avions fondé le Fino Press Club à Paris avec une bande de copains, je m’honore de rester un fidèle consommateur de ce vin blanc tellement spécial qu’il peut paraître archi compliqué au nez du novice et même aux yeux de certains journalistes ou blogueurs qui se disent spécialisés. Alors, tenez-vous bien : pendant deux ou trois jeudis de suite, c’est décidé, on parlera Fino.

Photo©MichelSmith

Au Willi’s Wine Bar à Paris. Photo©MichelSmith

Avant toute chose, un préambule s’impose. Si vous êtes incollable, grand connaisseur, expert en espagnolades façon Luis Mariano, passez (provisoirement) votre chemin. Les autres, les humbles, les simples curieux, les gentils amateurs, faîtes-moi le plaisir d’aller jusqu’au bout. Pour schématiser, je dirais que le Fino est un vin blanc de cépage Palomino fino (le Listan en France) que l’on récolte dans le sud de l’Andalousie sur des terres calcaires (10.000 ha) pour ensuite l’élever d’une certaine manière dans des fûts (botas de 500 litres) rapiécés remplis aux trois quarts. Au départ, il n’y a pas plus industriel que ce vin. Et pourtant, il n’y a rien de plus traditionnel ! Le rendement est de l’ordre de 70 litres de moûts pour 100 kilos de raisins. Après l’ajout d’acide tartrique pour corriger le pH, le sulfitage s’impose (entre 60 et 100 mg par litre (je ne connais pas encore de Jerez « nature » !), puis le débourbage suivi du levurage. Après, tout est finalement affaire d’élevage. Seules trois communes sont réservées par décret à l’élevage : Jerez de le Frontera, El Puerto de Santa Maria et Sanlucar de Barrameda. Le but du jeu étant d’attendre que se développe à la surface du vin et au contact avec l’oxygène – en principe dès les premiers jours de l’automne – un film microbien de levures que l’on dit voile en France (voir le Vin Jaune du Jura), flor en Espagne.

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Au Juvénile’s à Paris. Photo©MichelSmith

Sans ce voile point de Fino. Sa formation est capitale car, non content de faire du Fino, c’est lui qui fait la particularité des vins de Jerez. Pour vivre, il a besoin de vin et c’est en se nourrissant de ce vin qu’il conférera dans le meilleur des cas ce goût particulier entre noix, noisette et amande, goût rehaussé de notes grillées et salines. C’est lui, le voile, qui va déterminer la qualité du vin tout en le protégeant de l’oxydation. Selon la manière dont le raisin a été pressuré, en fonction de la ventilation du chai d’élevage, de la hauteur et de l’épaisseur de ses murs, de l’endroit où le fût a été placé, aucune des botas n’aura le même parfum ni le même développement de voile aux yeux du venenciador, celui qui fait office de maître de chais en quelque sorte. Il est le seul capable de repérer les vins ayant ce goût bien typé fino, ceux qui en plus de leur finesse auront gardé cette pâleur de robe. Après fermentation, les vins auront été fortifiés (ici le mutage s’appelle l’encabezado), discrètement de préférence, et par étapes, car sinon on risquerait de tuer le vin, ou plutôt le voile, d’entraver le développement de la fleur, voire de l’empêcher. De 11° à 12° en moyenne, selon les années, parfois moins ou plus, le vin doit atteindre le degré volumétrique de 15° ou plus rarement 15,5°, un peu plus quand il s’agira de les élever plus longuement…

Quelques marques testées pour vous. Photo©MichelSmith

Quelques marques testées pour vous. Photo©MichelSmith

Les autres vins, ceux qui n’ont pu développer le voile, ou qui l’on perdu en cours de route, n’en ont pas fini pour autant avec le pensionnat des chais. Sauf qu’ils ne resteront pas tous dans la catégorie Fino. La force de Jerez réside en effet dans la variété des vins obtenus par la complexité de l’élevage et des assemblages en allant du plus sec au plus doux en passant par le plus extravagant et, jusque les phases ultimes de vinaigre ou de distillation. C’est pourquoi en ne parlant que de l’univers du Fino, je cherche volontairement à simplifier. Car à ce stade, si je m’écoutais, je serais capable de pondre plus d’un ouvrage. Déjà, rien qu’avec le Fino, qui est je le rappelle la première classification des vins de Jerez, la base de l’édifice si l’on peut dire, on peut s’amuser à élever plusieurs types de vins sans jamais se défaire de la finesse particulière caractéristique du Fino comme on le verra Jeudi prochain. D’autant plus qu’au sein de la zone DO (AOP en français), le Fino s’applique à une autre DO, la Manzanilla de Sanlucar de Barrameda. Seule condition, qu’il ait été élevé plus longtemps dans l’atmosphère humide des chais de Sanlucar, un port en bordure de l’embouchure du Gadalquivir distant d’une quarantaine de kilomètres de Jerez-de-la-Frontera. Sur plusieurs années, la Manzanilla fina, autrement dit le Fino, peut acquérir un goût spécial proche de l’Amontillado, une amertume subtile tout en gardant les caractéristiques propres au Fino. Dans ce cas, il porte la mention complémentaire de Manzanilla Pasada. Mais, du côté de Cordoue, sur un sol d’albarizas (craie poudreuse) assez semblable à Jerez, il existe une autre appellation, la DO Montilla-Moriles qui réalise elle aussi d’étonnants finos avec pour base non plus le cépage Palomino, mais le Pedro Ximenez (ou PX) qui, lorsqu’on le sèche au vent et au soleil, donne par ailleurs un raisin archi sucré dont on extrait, à Jerez comme à Montilla-Moriles, un jus riche et gras qui se vendra en l’état ou qui ira arrondir ou colorer certaines cuvées. Autre particularité : les finos de Montilla-Moriles ne sont jamais mutés à l’alcool.

Photo©MichelSmith

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Pour bien comprendre ce survol trop rapide dans l’univers du Fino, il faut avoir un aperçu de la suite des événements dans la vie d’un vin de Jerez. Le venenciador, le responsable de la cave appelé ainsi parce qu’il détient un petit cylindre au bout d’une tige souple, la venencia, qui lui permet de plonger à travers le voile sans le casser afin de tirer un échantillon pour mieux le goûter, va orienter la destinée des fûts un peu comme s’il était le chef d’une gare de triage. Ainsi, dès le début, chaque pièce sera marquée d’un trait de craie (palma) ou de divers maques symboliques qui détermineront la destination du vin. Dirigé par son maître, le vin qui n’est plus fino ou qui n’a jamais pu l’être par manque de voile, pourra continuer sa vie vers d’autres horizons, d’autres styles toujours de plus en plus complexes. L’aventure est périlleuse et semée d’embûche : le voile peut s’éteindre pour une raison inexpliquée, la température extérieure peut jouer, la pression atmosphérique aussi, l’évaporation, la part des anges si vous préférez, qui peut être plus évidente que sur d’autres fûts, la concentration des éléments du vin (alcool, acidité) plus ou moins forte, des goûts non souhaités peuvent intervenir, la volatile peut apparaître… Rien n’est sûr, et surtout rien n’est perdu puisque, dans ce dernier cas, par exemple, le vin sera aiguillé vers la vinaigrerie (le vinaigre de Jerez jouit d’une bonne réputation…) et, au pire, on suppose qu’on pourra le distiller pour en faire du brandy, de Jerez, bien sûr comme je l’ai déjà dit. Souvent, si le vin en vaut la peine dans le cas de l’extinction du voile, une nouvelle fortification interviendra à plus de 17° d’alcool vinique pour produire des vins oxydés encore plus robustes et plus longs à élever comme les amontillados les olorosos ou les systèmes de solera dans lesquels les vins les plus vieux éduquent les plus jeunes ; à l’inverse dans le cas où la flor se maintient bien, on ira vers des élevages poussés dans le sens de la finesse qui donneront une autre catégorie de vin, le fameux palo cortado, par exemple. Dans son extrême diversité, et à moins d’être médiocre ou bâclé, le Jerez ne laisse jamais indifférent.

Le roi des tapas ! Photo©MichelSmith

Le roi des tapas ! Photo©MichelSmith

Vous pensez en avoir terminé ? Vous en savez assez pour faire votre choix ? Eh bien détrompez-vous. Il vous faut maintenant vous familiariser avec les marques… Revenons donc à notre point de départ, le style fino, celui que j’affectionne particulièrement parce qu’il peut faire partie du quotidien d’un honnête homme. On l’a compris, à Jerez-de-la-Frontera, comme ailleurs en Andalousie, c’est en fait le premier stade de l’accomplissement du vin, une sorte de primeur, un vin vif et mordant prêt à être bu frais – personnellement, je l’aime frappé ! – sans manières, à l’apéritif sur des amandes, olives, anchois, bouts de jambon, chorizo, poulpes, tellines, crevettes, omelettes, etc. Bref, le vin typique, ou idéal, c’est selon, pour un régime tapas, un mode de vie ensoleillé, à l’andalouse. Dans les bistrots de Séville, de Cordoue ou de Cadiz, à El Puerto de Santa Maria comme à Sanlucar de Barrameda, chacun est attaché à sa marque de Fino en plus de revendiquer une ou deux recette ancestrale ou novatrice de tapa. Pour faire son choix et compléter son éducation, la tournée des bars s’impose. Elle commence à partir de 22 heures et se termine le lendemain vers 4 heures dans un bario inconnu de la ville en train de goûter la ultima copita de fino sur une dernière spécialité andalouse. Le Fino se siffle presque d’une traite et, si on l’achète en boutiques, on devrait choisir un caviste qui renouvelle son stock assez fréquemment, sinon le vin passe, il perd de son charme ou bien il prend un goût de lumière peu acceptable, un peu comme avec le Champagne. Chez nous, en France, où seuls quelques initiés achètent du fino (il est rare d’en trouver chez un caviste), on tombe fréquemment sur des flacons qui ont perdu leur goût de fino. Cela peut arriver en Angleterre, en Belgique ou dans le nord de l’Espagne où, même s’il y a plus d’amateurs, les quantités achetées ne sont pas toujours suffisantes pour permettre une rotation tous les 6 mois obligeant les bouteilles à traîner plusieurs mois dans les rayonnages. Méfiance donc.

À Jeudi prochain, pour la suite ! Photo©MichelSmith

À Jeudi prochain, pour la suite ! Photo©MichelSmith

Pour la dégustation d’une vingtaine de finos que je vous ai concocté et qui paraîtra la semaine prochaine je me suis ravitaillé dans une grande surface du vin, chez Grau, en Catalogne espagnole, à Palafrugell, entre Gérone et la mer. Et je me suis entouré de trois spécialistes, dont Bruno Stirnemann, un expert en accords mets et vins qui a amené avec lui quelques raretés de sa collection. Deux autres personnes m’ont apporté leurs conseils : Isabelle Brunet, une des meilleures sommelières d’Espagne et Vincent Pousson, homme de plume et de fourneaux, autant inspiré par la France que par l’Espagne. Maintenant que vous en savez un peu plus, ne manquez surtout pas la suite. Ce sera Jeudi prochain !

Michel Smith


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Le Pinot Noir, ce pur sang…

Un  seul vin pour aujourd’hui. C’est un Pinot Noir. Un Pur Sang qui nous vient, non de Nuits ou de Beaune, mais des bords du lac de Neufchâtel, autre patrie de ce formidable cépage auquel je viens de consacrer trois jours à Sierre, au Mondial des Pinots.

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Après la montée vers le Château Mercier, à Sierre, un petit verre s’impose… (Photo © H. Lalau 2014)

Un des grands avantages de ce genre d’agapes (oh, très sages, puisqu’on recrache tout!), c’est de rencontrer des gens. C’est à une de ces rencontres, celle d’un oenologue valaisan du nom de Christian Gfeller, que j’ai dû de connaître ce Pinot. Et en plus, ce n’est pas son vin! Ce qui montre bien que  chez certains, la passion dépasse le strict intérêt commercial.

Je l’ai dégusté en bonne compagnie – celle de la sympathique Christine Collins. Elle aussi faisait partie de mon jury. C’est une Alsacienne ouverte sur le monde, dynamique, sensible, toujours prête à apprendre. Le genre de dégustatrice qu’on est content d’avoir à sa table.

Nous venions de finir la dernière session de dégustations. Nous prenions l’air dans les jardins de la mairie de Sierre. Le soleil daignait enfin montrer le bout de son nez après quelques heures d’absence, et dans le verre aussi, c’était l’embellie, après une série de vins assez médiocres. L’edelweiss fleurissait, l’espoir pointait enfin à l’horizon!

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Un beau Pinot venu d’ailleurs (Photo © H. Lalau 2014)

Ce vin, c’était le Pinot Noir pur  Sang 2010 des Caves de Chambleau.

Aux manettes de cette exploitation située sur les hauteurs dominant le lac, à Colombier, on trouve Louis-Philippe Burgat.

En quelques années à peine, ce vigneron s’est fait une belle réputation, pour ses vins inspirés, fruits de la vigne et d’une réflexion, comme le prouve cette citation mise en exergue à la cave: «Le style n’est pas hasard ou improvisation, il procède d’une idée» (Emile Peynaud, le vin et les jours).

Et j’ajouterai: "Le style, c’est l’homme" (Pascal).

Un style élégant, à en juger par ce vin.

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Louis-Philippe Burgat (Photo © Marc Vanhellemont)

La belle robe rubis, nous met en (bonne) condition. Le nez très ouvert, très pinot, aussi – fraise, cerise burlat, quetsche, épices douces, nous allèche les papilles. Une fois en bouche, le vin trouve vite sa place, il nous charme par sa balance gras-acidité, et ses tannins tout en dentelle. Equilibre est le maître mot de ce vin de vignes de vieilles sélections, de raisins bien mûrs, de sols calcaires assez secs et de petits rendements. L’élevage en barrique (22 mois) est parfaitement réussi, le bois se fond dans le vin mais ne le domine pas.

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Le domaine de Chambleau (Photo © Marc Vanhellemont)

Déjà tout à fait plaisant aujourd’hui, ce Pur Sang est taillé, non seulement pour la course, mais pour la garde.

Pas sûr, à l’aveugle, que tout le monde le place en Suisse.

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Edelweiss, étoile gracile, promesse des beaux jours… (Photo © H. Lalau)

Hervé Lalau

Contact: http://www.chambleau.ch


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#Carignan Story # 234 : Mais quel Charivari !

Hier, j’ai assisté à la belle étoile, plus précisément à la Borie de Maurel, dans le Minervois, à un dîner Carignanesque et Gargantuesque savamment orchestré par la divine et poitevine sommelière, Isabelle Brunet et son espiègle compagnon ariégeois, Vincent Pousson. Pour l’occasion, le lieu était baptisé le Charivari en souvenir du bar à vin éponyme ouvert en ce même domaine en 2000 par la paire Michel Escande/Vincent Pousson. Coïncidence, quelques jours auparavant, j’ai eu l’occasion de tapasser dans le nouveau bar à vins rural, La Fabrique, aux pieds de Latour de France 66) que vient d’ouvrir notre cuisinier, Pierre-Louis Marin qui s’est vu octroyer un macaron au dernier livre rouge du pneu pour son travail à l’Auberge du Cellier, à Montner, le village voisin.

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Le nouveau Carignan Piscine de l’été ! Photo©MichelSmith

Non par radinerie, mais beaucoup plus par souci de test pour ma chronique, j’ai opté pour le vin le moins cher de la carte – enfin je pense -, l’amusant et intriguant Charivari 2013 du Domaine du Possible que dirige Loïc Roure. Commercialisé à 13,50 € sur cet excellent site de vente, je ne l’ai payé que 15 € sur table à La Fabrique ! Une bonne affaire pour ce vin très estival pas trop coloré, ni trop copieux, un de ces vins légers, fruités et copains que j’aime qualifier de simple au grand dam de certains commentateurs. Pourquoi se compliquer la vie lors d’un repas qui se voulait lui aussi drapé dans la simplicité ?

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Servi comme il le faut dans son ice bar, ce Côtes du Roussillon rouge produit en Fenouillèdes était tellement bon et frais qu’il nous a mis le baume au cœur mon fils et moi en ce dimanche frisquet du mois d’août. Au point que nous avons décrété que ce serait notre carignan piscine de l’été ! Ça n’a fait rire que nous, mais comme on était gais comme des pinsons, ce n’est pas grave…

Michel Smith


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#Carignan Story # 233 : Kaya, le retour !

Alors que l’ami Vincent Pousson me signale l’arrivée sur le marché d’un nouveau jus de Carignan pour les pitchouns en provenance directe de l’Aude – à noter que l’on en a aussi chez nous, au Domaine Rivaton, par exemple -, comme je l’expliquais ici il y a quelques mois, et tandis que j’apprends que Gérard Bertrand nous a pondu une cuvée de Gewurztraminer (oui, vous avez bien lu, et c’est en Vin de France !) qu’à mon grand désespoir je n’ai pas encore eu l’occasion de goûter, je reviens volontiers dans la superbe Vallée de l’Agly qui m’intéresse au plus haut point ces temps-ci.

Photo©VincentPousson

Photo©VincentPousson

Il y a deux ans, du temps où nous étions sur d’autres lignes, je vous avais causé en bien du Carignan Kaya que l’on doit à Cathy et Daniel Laffite, couple de vignerons courageux installés à Las Fredas, entre Maury et Tautavel (Pyrénées-Orientales, pour ceux qui ne suivent pas…), au Domaine des Soulanes. Au passage, sachez que Kaya est le nom donné à un chat de la famille aujourd’hui décédé et enterré à proximité des vignes. Ceci mis à part, je ne sais si vous avez suivi mes conseils à l’époque en achetant cette cuvée, mais j’ai profité d’un passage chez mon ami Guillaume, caviste sur le Cours Palmarole à Perpignan pour goûter la même cuvée en 2013. Bon, on est d’accord, c’est encore un peu ferme et tannique en bouche, mais le vin a de la répartie, de la densité, du fruit et de la sincérité. Il faut l’attendre un an ou deux, peut-être bien trois.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Aux Caves Maillol ou à la propriété, ce joli Carignan IGP Côtes Catalanes est à 12 € la bouteille. Profitez en pour goûter la petite sœur, le Kaya rosé 2013, vendu deux fois moins cher : 6,40 €. C’est la vraie nouveauté du jour, un vin dans l’air du temps, gras, animé, fruité et acidulé qui se mariera avec presque tout : salades de tomates, terrines, courgettes et aubergines farcies, spaghetti à la bolognaise, pizze napolitaines, minestrone, sans oublier les poissons. Et puis tenez, puisque vous me lisez jusqu’au bout, je vous conseille de goûter la cuvée Jean Pull, du nom du fondateur du Domaine : un Côtes du Roussillon Villages de toute beauté à seulement 8 € départ cave.

Alors, qu’est-de qu’on dit ? Merci Michel…

Michel Smith

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Et un autre cadeau pour finir : le plus beau des disques de jazz qui vient de sortir pour l’été. Un moment poignant d’émotions que l’on doit à Keith Jarrett et à Charlie Haden… Une subtile alliance entre piano et contrebasse sur des classiques des années 50/60. Merveilleux avec un verre de Kaya rosé, à l’ombre, sur sa terrasse face à la mer ou à la montagne. Bon dimanche !

Photo©MichelSmith

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