Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Un commentaire

Mademoiselle est Vigneron

Petit condensé – pour cause de voyages entre Maroc et Toscane – d’un article écrit l’an dernier pour le magazine 180° C et de photos déjà publiées ici. Que voulez-vous, les primeurs vont bientôt être dans l’actualité et je pense inévitablement à mon cher Gamay… qu’il soit de Touraine, du Beaujolais ou de Californie !

Photo©MichelSmith

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Période de relâche à « La Tesnière », le coteau le plus prisé de Pouillé. Il est vrai que le raisin est rentré. Bien qu’elle ait été difficile, la vendange 2013 est déjà loin. C’est aussi l’heure des bilans : dans les premiers frimas de l’automne, il faut inspecter la vigne en vue de la taille, penser paperasses administratives, finir les derniers labours avant les décavaillonnages du printemps, préparer les commandes pour le Japon et l’Angleterre, assurer les expéditions, prévoir quelques menus travaux et surveiller les cuves sans trop en faire, sans trop s’inquiéter. Rester vaillante et optimiste tout en jonglant avec les difficultés du quotidien. « Je suis Bretonne ! », affirme-t-elle d’emblée. Qui donc pourrait en douter ? Ceci explique que la dame soit pragmatique, solide comme un roc et qu’elle n’est pas prête à se noyer dans un verre de Gamay, ni même de Côt. Telle une maman face à sa marmaille, Noëlla Morantin observe le fruit de son labeur en se disant que ses enfants ont largement le temps de grandir, bien à l’abri qu’ils sont dans les vieux murs de pierre de tuffeau qui composent le corps de ferme de La Boudinerie, juste au dessus de la rivière, au carrefour de trois provinces, Berry, Touraine et Sologne. Plus tard, elle ira voir comment se porte sa 2 cv camionnette qu’elle vient de s’acheter et qu’elle a confiée à son garagiste…

D’un côté un long bâtiment d’habitation dont Noëlla occupe un bout, tandis que l’autre extrémité sert de demeure à Didier Barrouillet, l’associé de Catherine Roussel dans le fameux et tout proche Clos Roche Blanche, lui aussi sur Pouillé, un des domaines pionniers de la viticulture biologique en cette partie prometteuse de la Touraine qui englobe la Vallée du Cher. En face de la maison que Catherine lui loue, comme une bonne partie de ses vignes d’ailleurs, Noëlla dispose d’une haute et solide grange transformée en cave. Oh, rien de rutilant, que du bon sens et du pratique ! Le pressoir pneumatique est bien rangé dans son coin, tandis que dans les cuves tronconiques les vins achèvent leurs fermentations. À deux pas de là, près du joli puits de 44 mètres de profondeur, ouvrage de pierres surmonté d’un joli travail de ferronnerie que l’on retrouve sur ses étiquettes, Noëlla a aménagé une petite cave afin d’y loger ses rouges. Pour ses barriques de blancs, une autre cave est à sa disposition chez une adorable mamie, sous une maison bourgeoise du bourg. Les vignes ? Tout juste une douzaine d’hectares, dont sept en propre, avec une grosse majorité de Sauvignon, le reste en Chardonnay, Gamay, Côt et Cabernet-Sauvignon. « Un jour, j’espère me retrouver chez moi avec juste mes six ou sept hectares », précise Noëlla. Car, même aidée par Laurent, son compagnon – accessoirement, il est aussi son employé – qui s’installe dans le but de faire son propre vin après avoir passé des années à cuisiner et à vendre des bouteilles à Brooklyn, Noëlla avoue avoir quelques difficultés à tailler ses rangées de vignes depuis que son dos lui pose problème. Mais pour l’instant, pas question de céder cette tâche à quelqu’un d’autre tant ce travail, malgré le gel ou la pluie, offre des moments assez uniques de communion avec la nature.

Photo©MichelSmith

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Rien ne prédestinait cette fille de fonctionnaire et de mère au foyer à devenir viticultrice, si ce ne sont les vendanges de la vigne familiale dans sa jeunesse passée en Pays de Retz, non loin de Nantes. Une chose est sûre : le vin n’était jamais proscrit à la table des Morantin. Noëlla a voyagé, tâté d’un peu de tout, étudié la commercialisation avant de se lancer dans le marketing pour une boîte de communication à Nantes. Dans son for intérieur, elle s’intéressait aux cépages, mais discutait plus volontiers des bouteilles éclusées dans les bistrots avec sa bande. Par exemple, celle de La Motte aux Cochons, à Saint-Hilaire-de-Chaléons, un lieu mythique dans la région. C’est là qu’elle fait la connaissance d’un professeur de viticulture à Vallet, dans le Muscadet, qui un jour lui refile une brochure décrivant les formations, brochure qu’elle range puis oublie. Tout juste âgée de 28 ans, elle constate qu’elle s’ennuie dans son job et qu’elle a besoin de réfléchir pour réorienter sa vie professionnelle. En fouillant les petites annonces, elle tombe sur la proposition d’un stage de formation pour adulte débouchant sur un BTS, le même qui l’avait vaguement intéressée quelques temps auparavant. Comme toujours, en se disant qu’elle n’avait aucune charge, elle se lance tête baissée et devient interne à Vallet où, durant ses deux années d’études, elle effectuera plusieurs stages. « J’ai eu la chance d’être envoyée chez Agnès et René Mosse en Anjou, et là, je tombe raide sous le charme de ces vignerons. Ils me font découvrir une nouvelle vie : les dégustations à l’aveugle, le travail à la vigne, la viticulture bio… » Liée d’amitié avec les Mosse, Noëlla entreprend d’autres stages. Chez Philippe Pacalet, en Bourgogne, mais aussi chez Marc Pesnot en Muscadet, un des précurseurs des vins « nature » chez lequel elle passe quatre mois. « On était à la taille presque tous les jours et je vous assure que ce n’était pas une partie de plaisir. Quelque soit le temps, on déjeunait dans les vignes en partageant nos gamelles. Je lui faisais goûter mes plats asiatiques dans mon bol de riz, tandis qu’il me proposait une cuisine bien plus rustique. Non seulement cela m’a bien formé à la taille, mais Marc m’a aussi appris à avoir confiance en moi, chose indispensable lorsque l’on est aux commandes des vinifications ».

Un jour, Noëlla lui demande sa journée pour aller visiter les Salon des Vins de Loire à Angers. Elle prend son CV sous le bras avec l’intention de trouver un emploi en parlant à un petit noyau de vignerons qu’elle connaissait et pour qui elle était « la p’tite stagiaire de chez Mosse ». On lui conseille d’aller voir Junko Arai, une japonaise importatrice de vins qui venait d’acheter des vignes à Pouillé où elle avait créé le Domaine des Bois Lucats. Elle cherchait à vinifier du Pinot noir et du Chardonnay car elle n’avait pas la possibilité d’acheter en Bourgogne. « Moi-même, je serais bien allé jusqu’en Bourgogne où on me proposait un poste de caviste, mais c’était trop loin de Pornic. Toujours est-il que Junko me demanda d’inscrire mon groupe sanguin sur le CV. Par chance, je suis A+, comme elle, et le contrat fut signé vers minuit, dans un restaurant de Nantes. Jamais j’aurais pensé prendre la responsabilité d’un vignoble, encore moins devenir vigneronne aussi vite » !

Photo©MichelSmith

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C’est ainsi que Noëlla s’installe au bord du Cher dans une petite maison. Jusqu’en 2008, la fin de son contrat de quatre ans, elle s’est occupée des vignes qu’elle a conduites en biologie. « Tout le pays savait que j’allais travailler en bio. Les gars me voyaient sur le tracteur à cultiver la terre eux qui, depuis longtemps, étaient passés en chimie. Ils disaient que j’étais végétarienne alors que j’adore la viande. D’ailleurs, entre parenthèses, avec Laurent, on tue encore le cochon chaque année ! Les factures, les salons, je faisais tout sur le domaine. Très vite, m’a prise l’envie de m’installer, mais comme je n’avais pas de terres, il m’a fallu dans un premier temps créer une petite structure de négoce ». Lorsqu’enfin, elle acquiert ses vignes, le premier millésime qu’elle engrange sera le 2008, resté depuis dans les anales de la Loire. « Pour rien au monde je l’aurais laissé filer, tellement je le sentais ce millésime », se souvient Noëlla qui cette année-là vinifie pile 100 hl, soit 13.000 bouteilles. Peu après, chez le vigneron Thierry Puzelat, elle rencontre Laurent qui très vite partagera sa vie. Ça tombait plutôt bien car Noëlla comptait sur 4 ha de vignes pour assurer toute seule. Mais, par opportunité elle en avait déjà presque le double toutes en bio et en bon état. Avec deux bras en plus, l’avenir lui souriait. À l’occasion de ce double événement, la vigneronne choisit de nommer sa superbe cuvée de Gamay « Mon Cher ». Belle manière d’assurer à la fois son ancrage au terroir et dans la vie !

Reste une question que certains jugeront capitale : masculin, féminin, le vin serait-il différent ? Et, à son avis, aurait-il un sexe ? Peut-on parler de vin de femme comme, à l’opposé, d’un vin de garçon ? Y aurait-il plus de sensibilité chez l’une que chez l’autre ? Lorsque l’on rencontre Noëlla, on ne s’attarde pas inutilement sur ce débat stérile qui voudrait que le vin ait un genre et puisse ressembler à un mec ou une nana. En réponse aux journalistes qui ne manquent pas de la cantonner dans un registre du « vin féminin », elle préfère rigoler et porter son regard au loin, vers le château d’eau monumental qui trône au beau milieu de ses parcelles. C’est un monstre de béton des années 60 au sommet duquel est peint le mot « Touraine » en grosses lettres rouges, afin qu’on puisse le remarquer de loin. Il suffit de la voir gambader sur ce plateau, sur la rive gauche du Cher, parmi ses vieux ceps, pour constater que la dame est vigneron, un point c’est tout. Vigneronne, à la rigueur, ça ne la gênerait en rien. Elle s’en fout car demain sera un nouveau jour de taille qui la verra se pencher sur chaque pied avec intelligence, comme tout bon vigneron qui se respecte. Et c’est peut-être ce qui compte le plus à ses yeux. Ah si, elle a encore un souhait, un objectif avant de s’en retourner au pays de Retz pour de prochaines brèves vacances. Il s’agit d’un secret à ne répéter sous aucun prétexte : elle souhaite planter une parcelle d’un antique cépage blanc somme toute assez rare, même s’il est à l’origine d’une appellation toute proche, autour du Château de Cheverny. Son nom : le Romorantin. Et avec un « R » majuscule, s’il vous plaît !

                                                                                                                     Michel Smith


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Quand la Savoie m’appelle, je fonce (3 ème et dernière)…

(Troisième partie : les rouges veillent)

Photo©MichelSmith

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Rappel : ces derniers jeudis, je vous ai brossé un portrait personnel, compressé et rapide de ma trop courte visite entre Suisse et Savoie. J’aurais aimé rester plus longtemps, aller au fond des choses, être complet, faire mon métier en quelque sorte. Mais, faute de moyens, j’ai pris ce que les gens ont bien voulu m’offrir avec générosité. Vignerons, amis, je les remercie de m’avoir donné cette occasion d’entrevoir un fragment de Savoie, province que je n’avais pas revue depuis 20 ans au moins. Avec plus de temps, j’aurais voulu découvrir les châteaux de Ripaille ou de la Violette, aller chez les Dupasquier, goûter tous les Quénard, les Trosset, les Ravier, visiter un ou deux négociants, une ou deux caves coopératives, que sais-je encore.

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En Savoie comme ailleurs, on n’oublie jamais les rouges. Il y a 25 ans, lors d’un déjeuner dans une ferme-auberge d’altitude au large de Megève, j’avais allègrement vidé une bouteille de Mondeuse dont j’ai depuis oublié et le millésime et le nom de son auteur. Lors de ma visite dans la région, ce souvenir était constamment en moi et il m’a été donné d’en goûter quelques unes, et non des moindres puisqu’il s’agissait de Mondeuses venues des deux côtés de la frontière présentées lors d’un concours amical à Genève, concours sur lequel j’ai écrit il y a deux semaines. C’est la Mondeuse 2010 des Orchis de Philippe Héritier qui était arrivée en tête, suivie du 2011 des Mermoud à Lully (Genève), puis celle de « La Noire » 2011 du Château de Mérande à Arbin. Trois vins que j’avais bien noté en plus de la Mondeuse 2012 (bio) du Domaine Raphaël Saint-Germain (Savoie), cuvée « La Pérouse » (élevage en amphores), et du 2012 « Vin du Bacouni » d’Henri et Vincent Chollet, au Domaine Mermetus, à Vilette (Vaud) qui, pour info se vend 24 Fr Suisse sur place. Ce dernier m’avait impressionné par sa fraîcheur et la finesse de ses tannins. Deux qualités qui semblent résumer la Mondeuse.

Photo©MichelSmith

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Je n’évoquerai ni le Pinot noir, ni le Cabernet Sauvignon, ni même le Gamay, cépages que l’on retrouve des deux côtés de la frontière aux côtés de plants plus locaux comme la Mondeuse, à l’instar de l’appellation Vin de Savoie Arbin, du nom d’une commune où j’ai été reçu avec beaucoup d’égards, chez les frères André et Daniel Genoux associés à Yann Pernuit, au Château de Mérande dont j’ai déjà évoqué les blancs Jeudi dernier. À Arbin, comme me le faisait remarquer Franck Merloz, mon guide, nous sommes un peu en Terre de Mondeuse, lui dit « Mondeuse land »… Pour preuves, ces Arbin 2013 et 2011 « La Belle Romaine » de cuvaisons courtes, la première sur la souplesse et la finesse, l’autre éclatante de joie, simple, facile à boire. Ce côté presque simple de la Mondeuse se retrouve dans le 2010 « La Noire » (élevage sous bois) : amplitude, clarté, fraîcheur, jolis tannins… Arrivée troisième lors du concours genevois dans sa version 2011, cette Mondeuse Arbin est tout aussi droite, ample et fraîche dans sa version 2012.

Yann Pernuit. Photo©MichelSmith

Yann Pernuit. Photo©MichelSmith

Adrien Berlioz Photo©MichelSmith

Adrien Berlioz Photo©MichelSmit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On retrouve cette fraîcheur caractéristique dans les vins d’Adrien Berlioz qui possède quelques vignes sur Arbin en plus de ses vignes sur Chignin. Vin de Savoie Mondeuse 2013 avec élevage en demi-muids de plusieurs vins, son rouge a le goût de la pureté et de la roche sur une longueur assez surprenante. Dans le même millésime, cuvée « Marie-Clothilde », la Mondeuse, toujours élevée en demi-muids paraît plus serrée, plus apte à la garde, dotée qu’elle est d’une forte réserve en densité et en fraîcheur. Adrien n’avait pas donné d’échantillons pour participer au concours de Genève. Gageons qu’avec un tel vin il serait arrivé dans le trio de tête. Il se passe avec la Mondeuse noire en Savoie ce qui se passe en Beaujolais un peu avec le Gamay noir à jus blanc. J’en connais qui croient que ce n’est qu’une fille de joie à consommer vite et sans arrière-pensée. Détrompez-vous les gars : le 1989 de Michel Grisard, par exemple, goûté lors d’un dîner amical à Genève montre tout le contraire. Un quart de siècle après, la fringance est toujours là, soutenue par l’élégance des tannins.

Le vigneron sur son tapis Persan. Photo©MichelSmith

Le vigneron sur son tapis Persan. Photo©MichelSmith

Pour terminer en beauté, quelques mots sur le cépage Persan dont on dit qu’il a son berceau dans la Vallée de la Maurienne. Pour l’anecdote, on le connaît sous le nom de Pousse de chèvre ou de Serine, mais aussi de Princens et de Sirazène pointue… Au bord de la disparition, peut-être à cause de sa sensibilité aux maladies, il fait son retour en Savoie, ainsi que vers Saint-Jean-de-Maurienne. Le jeune Adrien Berlioz est fier de faire goûter le sien qu’il va jusqu’à piger aux pieds dans une cuve largement ouverte. Égrainé à la main, son 2013, cuvée « Octavie » n’est pas passé inaperçu : sur mes notes j’écris que « c’est du super et que ça ronronne comme un beau chat persan ». Je pense que je devais être épuisé par mes dégustations de Mondeuses ! En réalité, j’étais face à l’inconnu. À moins que ce ne soit la vue du Mont Blanc dans le lointain ? J’ai trouvé le même, en 2012, dense, fermé et tannique. Je ne sais pas pourquoi mais je le voyais bien avec une alose et une sauce au chocolat. Hallucinant ! Dangereux ce vins de Savoie !

Michel Smith


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#Carignan Story # 243 : quelques jours plus tard…

Toujours utile de garder le vin dans sa bouteille quelques jours au réfrigérateur. Je le fais couramment – et je ne suis pas le seul -, surtout avec le Carignan car il est rare, sauf si j’ai des amis avec moi, que je finisse la bouteille d’un trait. Tenez, je vais vous faire part de ma dernière expérience qui prouve qu’il n’est point besoin d’acheter de ces ruineux systèmes de conservation. Le bouchon suffit, à condition qu’il soit en bon état et remis sans trop attendre sur le goulot, côté vin…

Après ces conseils basiques, si vous ne lisez pas – ou ne relisez pas – le dernier numéro de Carignan Story, vous ne comprendrez pas grand chose à ce qui va suivre. En effet, Dimanche dernier, j’en étais à cette dégustation très personnelle et quasi exclusive de deux millésimes de Carignan pur (cépage non affiché sur l’étiquette principale, mais clairement indiqué à titre d’information sur la contre-étiquette) revendiqué en Corbières par son auteur, vigneron et négociant, l’un des plus importants et des plus en vue du Languedoc, j’ai nommé Gérard Bertrand.

Photo©MichelSmith

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Cinq à sept jours après l’ouverture des bouteilles, j’étais curieux de voir comment les vins évoluaient. Cela fait du bien de temps en temps de se repositionner sur le vin que l’on a (presque) encensé. Changements de temps, d’horaires, de mental aussi, de nourriture ingurgitée, de nuit passée plus ou moins bonne, d’impôts que l’on juge disproportionnés, de factures à régler… que sais-je encore tant les facteurs sont nombreux qui jouent peu ou prou sur l’appréciation d’un vin. Ainsi, quelques jours après…

L’écart entre les deux vins est bien présent, mais il est bien moins possible de les départager. Du moins, je ne m’en sens pas capable. Le 2010, qui ne supporte toujours pas le froid extrême que je lui impose dans un pur souci de bonne conservation, reprend du poil de la bête au fur et à mesure que sa température remonte. Il devient plus fondu, soyeux et se distingue par des petits tannins grillés, très légèrement anguleux un peu comme certaines personnes qui voudraient jouer les difficiles. 2011, qui s’impose par son élégance et la qualité (finesse) de ses tannins pourtant copieux, impressionne par sa densité, sa force, son caractère. Comme quoi les millésimes influencent bien le Carignan… Je bois les deux, sans faire appel à mon affect car je les trouve bons, encore jouissifs et parfaitement buvables. Point.

En revanche, le Côtes du Roussillon Villages, un pur Grenache, si j’en crois la contre-étquette, se montre plus exaltant, droit frais, marqué par ces agréables notes d’orange sanguine qui caractérise nos vieilles vignes entre Corbières et Roussillon.

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Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

La semaine dernière, j’avais oublié l’essentiel, le prix. Alors que le 2012 La Crémaille semble avoir pris la suite des 2010 et 2011 dans la série des Vignes Centenaires, il faut débourser en général 22,50 € pour une bouteille de ce grand Corbières rouge. N’étant pas certain qu’on la trouve facilement, je vous conseille de contacter le responsable du magasin de vente à L’Hospitalet, le siège de l’entreprise Gérard Bertrand, près de Narbonne.

Et puisque Gérard Bertrand porte aussi bien le chapeau, je vous propose, afin de me laisser profiter de mes vacances, deux clins d’oeil. Celui de mon ami le dessinateur Rémy Bousquet et celui d’André Deyrieux.

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10658542_10203837080020338_661030086047861474_oMichel Smith

 

 

 


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Une maman heureuse, la Mondeuse blanche

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photo http://madlygirlygeekly.wordpress.com

Un soir de pleine lune, elle accoucha de la Syrah, produit des amours certes licites d’avec un Ardéchois de passage, le Dureza. C’est établi, les mauvais coucheurs l’ont exigé, la preuve ADN est avérée. Et si de la Syrah on sait tout ou presque, que savons-nous de sa procréatrice ?

Une belle Savoyarde

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La pauvre a bien failli disparaître, quelle ingratitude !
Il en pousse à peine 4 ha du côté de Fréterive dans la Combe de Savoie. Un poil plus du côté du Bugey.
Peut-être est-ce à cause de son caractère empreint de coquetterie, il faut lui relever les sarments sans attendre, ou de sa prodigalité, sans épamprage strict, elle dilue sa sève dans une inutile abondance de grappes. Elle exige la meilleure exposition, plein sud, sinon rien !
De plus, sans raisin, la reconnaître s’avère délicat, sa feuille s’apparente à son homonyme noir.
Quand toutes les conditions sont réunies, elle nous récompense par de belles grappes cylindriques aux grains sphériques peu serrés, à la peau plutôt épaisse et bien dorée à maturité. Maturité qui ne se fait pas trop attendre et intervient en 2ème époque tardive. Là encore attention ! Elle aime l’alcool et monte facilement en degré sans se faire prier. Par contre, elle n’a pas froid aux yeux et ne craint guère les maladies.

Dans la bouteille

C’est au Domaine Grisard, celui de Jean-Pierre, que j’ai dégusté avec grand intérêt ce cépage, une première.

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Mondeuse Blanche Prestige 2011 Domaine Grisard à Fréterive

La robe d’un jaune blanc éclatant miroite au soleil de fin d’été et semble se pailleter d’or. Au nez, le floral prend les devants et nous parfume avec largesse de fougère, de camomille et d’aubépine. Cela se corse ensuite, épices et fruits entrent en jeu et nous livrent sans excès du poivre blanc, de la poire plantée d’un clou de girofle et de l’écorce de citron grattée. En bouche, le grain de sel qui se dépose sur le bout de la langue amplifie les saveurs grillées et fumées, renforce la fraîcheur des agrumes, affermit l’impression tannique qui fait ressembler la blanche Mondeuse à l’Humagne valaisanne. Enfin, la suavité du chocolat blanc vient en bout de course nous apporte un réconfort inattendu.

Les 2012 et 2013 dégustés dans la foulée sont prometteurs. Le premier s’entoure d’un gras confortable qui gomme autant l’impression salée que la tannique. Le second en plus de retrouver le sel y ajoute l’iode doublé d’une fraîcheur sapide.

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Les vignes poussent en coteaux plein sud bien ancrées dans les éboulis calcaires du Massif des Bauges. La vendange se fait à la main. Après la fermentation alcoolique, la malolactique se fait sans trop empeser la fraîcheur du vin. L’élevage se passe en cuve.
Il ne faut pas la servir à une température trop basse, les 14°C lui conviennent parfaitement et la voient alors convoler sans réserve avec les poissons de rivières, les viandes blanches et les fromages sympas, c à d ceux qui laissent s’exprimer leur partenaire come le Reblochon par exemple.

Le domaine

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Les Grisard, père et fils, exploitent 22 ha répartis pour moitié en cépages blancs et l’autre forcément en rouges. En tout, cela fait plus de vingt cuvées à déguster, à boire, à emporter, … une jolie gamme savoyarde au caractère toutefois bien affirmé.

http://www.domainegrisard.com

Ciao

 

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Marco


4 Commentaires

Quand la Savoie m’appelle, je vole (2 ème) …

(Seconde partie : la force des blancs).

Chignin, à la croisée des chemins des blancs. Photo©MichelSmith

Chignin, à la croisée des chemins des blancs. Photo©MichelSmith

Le propre de ces appellations biscornues et éparpillées qu’il nous arrive parfois d’avoir en France, c’est qu’elles sont difficiles à cerner et qu’elles surprennent le visiteur grâce à, ou plutôt à cause de la multitude d’options qu’elles entraînent derrière elles. Ainsi, sous son ombrelle, une appellation telle que Vin de Savoie est loin de ne concerner qu’un type de vin. Entre rouges, rosés, blancs et bientôt crémants, on compte maints noms de clochers et pléthore de cépages qui font que, chez un vigneron même modeste, on peut être confronté à une bonne vingtaine d’étiquettes. Rien que pour les blancs, j’en ai compté 21, la plupart sous les deux parapluies, Savoie ou Roussette de Savoie réunis. Cette dernière AOP étant réservée au cépage Altesse avec la possibilité, pour certains blancs, de mentionner le nom de leur terroir : Frangy, Marestel, Monterminod ou Monthoux. Mais, si l’on se confronte aux 23 cépages de l’AOP, certains parfois vinifiés seuls en vin de France, on entre en plein dans cet univers vaste, souvent délaissé par le grand public, qu’offre la belle et très étendue diversité savoyarde. Et encore plus si l’on s’intéresse aux rouges, ce que je tenterais de faire très modestement Jeudi prochain afin de clore cette mini-série en beauté.

Au dessus d'Aubin, entre deux Roussannes, le figuier abrite le vigneron. Photo©MichelSmith

Au dessus d’Arbin, dans les vignes de Roussane et de Mondeuse, même si l’abri n’est plus guère utilisable, le figuier abrite encore le vigneron. Photo©MichelSmith

Pour ne pas compliquer les choses et vous laisser entraîner sans attendre dans les méandres du vin savoyard en général, le mieux est de prendre ses repères sur le site de l’Interprofession, ici, sachant que l’on n’aura tout de même qu’une partie de l’iceberg. Pour aller vite, en blanc, quatre cépages dominent : la Jacquère, l’Altesse, la Roussanne et le Chasselas. En Suisse, la donne est aussi compliquée et vous n’avez qu’à suivre les articles de mes compères de blog, Hervé Lalau et Marc Vanhellemont, pour tenter d’y comprendre quelque chose, eux qui parlent souvent du vin Suisse. Avec une quarantaine de cépages autochtones encore cultivés dans la plupart des cantons, je vous souhaite bon courage ! Là aussi, je vous recommande une exploration sur le très officiel Swiss Wine. Entre la Suisse et les deux départements Savoie et Haute-Savoie, je ne vous parlerai que de ce que j’ai pu goûter en blanc au cours de mon séjour de deux jours chaperonné que j’étais par mon guide, Franck Merloz, le chantre des vins savoyards comme on peut s’en apercevoir en allant visiter son site In Roussette We Trust.

L'Aligoté de Genève... J'en veux bien tous les jours ! Photo©MichelSmith

L’Aligoté de Genève… J’en veux bien tous les jours ! Photo©MichelSmith

Le premier blanc rencontré du côté de Genève, à la Maison du Terroir de Bernex, fut assez magistral. Bu quelques minutes avant notre dégustation de Mondeuses, il eut pour principal effet de nettoyer mon palais, tout en éveillant ma curiosité. Une attention toute particulière que j’apprécie lorsque l’on est sur le point de s’adonner à la dégustation avec tout le sérieux et la concentration inhérents à ce genre d’exercice. Il s’agissait de l’Aligoté 2012 du Domaine Mermoud, à Lully, domaine qui comme par hasard, est arrivé premier des rouges Suisses dans notre championnat des Mondeuses décrit la semaine dernière ici même. Je l’ai trouvé fringuant, bien sec, droit, mais aussi plein et complet.

La Petite Arvine du Valais, aussi ! Photo©MichelSmith

La Petite Arvine du Valais, aussi ! Photo©MichelSmith

Le vin suivant, une Petite Arvine 2013 du Valais vinifiée par Gérald Besse sur la commune de Martigny, a également fait son effet : il m’est apparu plus gras, puissant, mais en même temps assez équilibré, bien en chair et assez copieux.

La Belledonne ? Photo©MichelSmith

La Belledonne ? (enfin, je crois) Photo©MichelSmith

Le lendemain, chez les Savoyards, arrêt buffet en ce lieu magnifique adossé aux Bauges avec vue sur la Belledonne. Lors d’un magistral repas de vendanges au Château de Mérande en compagnie de Yann Pernuit, associé aux frères Genoux, à Arbin, en un domaine mené en biodynamie, celui-là même arrivé troisième dans le classement des Mondeuses avec sa légendaire « Noire », nous eûmes droit à trois Roussette de Savoie qui, comme chacun sait, est issue du cépage Altesse (Roussette en Savoie). Les premières cuvées sont commercialisées sous le joli nom de « Son Altesse ». La première version, 2013 (11 €), nous offrait une vision jeune du cépage : nez élégant, charnu en bouche, de l’enthousiasme, cire d’abeille et miel en finale. Le 2010 qui suivait affichait une robe lumineuse, clarté et pureté en bouche, matière dense, grande fraîcheur et finale sur le fruit (pêche, prune, poire) frais et mûr. La cuvée 2011 « La Comtesse » (élevée dans un foudre de 13 hl acheté en 2007) était sur l’onctuosité, la plénitude, la densité et elle se buvait divinement bien sur les diots.

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Sous le nom de « Grand blanc », le Chignin-Bergeron 2013 – l’appellation est dédiée au cépage Roussanne -, robe plus soutenue (jaune paille) que les vins précédents, fonctionnait aussi très bien avec les diots, grâce à l’aspect charnu du vin, à sa matière, à sa puissance. Plus tard dans l’après-midi, au Domaine du Cellier des Cray, petite propriété menée elle aussi en bio, Adrien Berlioz nous fera goûter un autre Chignin-Bergeron 2013 « Binette » de toute beauté provenant d’une vigne plein sud sur alluvions calcaires d’un rendement de 40 hl/ha : c’est plein de sève, riche, dense, marqué par le fruit de la reine-claude au bord de l’abandon. Très long en bouche, ce vin laisse la sensation de coller au palais. Son Chignin 2013 (cépage Jaquère principalement), cuvée « Zeph » (surnom du grand-père) provenant du lieu-dit « Les Côtes », le plus chaud de la commune, sonne un peu creux derrière, mais ce n’est qu’une impression, sa caractéristique étant d’être plus proche de la pierre, pour ne pas dire plus minéral que le précédent. Toujours en 2013 et en Chignin, la cuvée « Euphrasie » est pour le moment cloisonnée ne laissant apparaître que sa fermeté, sa densité aussi, tandis que la cuvée « Raipoumpou » (radis) provenant d’une vigne sous la chapelle est plus précisément axée sur le fruit et le minéral, un blanc toasté et grillé, très persistant en bouche.

Du côté de Chignin...Photo©MichelSmith

Du côté de Chignin…Photo©MichelSmith

Adrien, dont l’épouse est apicultrice, réserve sa grande cuvée « Zuline » au cépage Altesse, en appellation Roussette de Savoie. Son 2013 est épicé et fumé au nez, sec et direct en bouche avec un délicat fond de verveine. Sa longueur en bouche est proprement incroyable et le vin ne semble pas prêt à se livrer de si tôt. Je reviendrai vers ce vigneron Jeudi prochain, lorsque j’attaquerai les rouges. Comme je reviendrai aussi sur le Château de Mérande dont j’ai pu goûter le soir même l’étrange cuvée « In Extremis« , tentative pas trop mal réussie menant vers un vin de voile. Faut-il le souligner ? Avec ces deux vignerons – mais je sais qu’il y en a plusieurs autres que je découvrirai cet hiver lors des salons -, on est bien loin de l’image un peu trop facile que l’on se fait des vins de Savoie lors d’un séjour en station de ski.

Photo©MichelSmith

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Maintenant, n’oubliez pas : Jeudi prochain, on goûtera quelques rouges pas piqués des hannetons !

Michel Smith


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#Carignan Story # 242 : version Gérard Bertrand

En dehors de la Maison Cazes chez moi (Roussillon, pour ceux qui ne l’auraient pas encore deviné), ils ne sont guère plus que trois ou quatre négociants de taille, notamment Calmel-JJoseph, Paul Mas, Skalli et Gérard Bertrand, à considérer que le Carignan a un pion à avancer sur l’échiquier du Languedoc et du Roussillon réunis. J’oublie le petit négoce du Prieuré Saint-Sever de Thierry Rodriguez, mais c’est une autre histoire, déjà évoquée ici, et sur laquelle je reviendrai. À l’heure où même l’AOP Saint-Chinian se penche sérieusement sur la réintroduction de vieux cépages « locaux », tels le Ribeyrenc ou l’Aramon, il serait utile de consolider ses apports en Carignan et d’avoir une vision d’avenir avec le recours aux anciens cépages mieux armés, à mon sens, quand il s’agit de s’accrocher à la terre du Midi. Qui osera, dans les Corbières, par exemple, redonner ses lettres de noblesse au bon vieux Carignan en lui accordant plus d’importance qu’il n’en a à l’heure actuelle ? Oui, qui osera alors que la Chambre d’Agriculture de l’Aude possède tous les atouts avec la plus grande collection de ce cépage et les meilleurs experts en la matière ?

Quelques centenaires rassemblés par Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

Quelques centenaires rassemblés par Gérard Bertrand. Photo©MichelSmith

Revenons-en à Gérard Bertrand. Je n’ai pas les chiffres en tête, mais pour les âmes sensibles c’est probablement le plus « gros » négociant du Midi après Jeanjean et c’est à ce titre qu’il m’arrive de parler de lui une ou deux fois l’an. Je sais, depuis « l’affaire » Tariquet certains diront que je suis acheté, mais il m’arrive parfois de ne pas aimer ses vins et d’autres fois de tomber sur des cuvées qui m’enchantent. Réclamant des échantillons de « très vieux » Carignans aux charmantes personnes qui s’occupent de la communication, j’ai reçu quelques échantillons de la collection Les vignes centenaires, flacons aussitôt mis de côté pour une prochaine dégustation. Plus d’un an après – pardon pour le retard -, le moment est venu pour moi de tester ces vins. Sans parti pris.

Photo©MichelSmith

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Mettons à part le Côtes du Roussillon Villages 2010 La Combe du Roi qui, en lisant la contre-étiquette, se révèle être un Grenache (café, garrigue, fruit fin, tabac, cacao…tannins copieux mais un peu verts en bouche) probablement associé à du Carignan (secteur de Tautavel, je dirais même de Maury), un vin puissant (15°) capable de tenir encore dix ans et plus en cave, pour nous concentrer sur deux millésimes d’un « vrai » Corbières – et j’écris « vrai » à bon escient – provenant d’une vigne de Carignan. Le premier vin de cette Crémaille, du nom de la parcelle qualifiée en contre-étiquette d’exceptionnelle, vigne travaillée en agrobiologie provenant du cépage emblématique des Corbières (merci Gérard pour le terme emblématique…), est également un 2010. Je le soupçonne d’être issu de la propriété du Château de Villemajou, le domaine historique que Gérard a courageusement repris après le décès de son père. Je vous annonce au passage que, depuis 1988, je considère que ce cru a, avec quelques autres et grâce au Carignan, un potentiel qualitatif assez unique dans le Sud de la France. Mais bon, je n’ai probablement rien compris aux Corbières.

Au nez, ce vin est plus discret que le précédent. Mais quelques mouvements de la main pour réveiller le jus, permettent d’entrevoir ce potentiel évoqué plus haut : grande finesse, retenue, bribes d’herbes de maquis, bouche suave, presque tendre, notes de poivres, épices, tannins bien dessinés, longueur interminable. Si jamais vous avez la chance de posséder cette bouteille, je vous invite à la servir autour de 16° de température en respectant scrupuleusement, pour une fois, ce que préconise le texte de la contre-étiquette qui, faute de place, oublie de recommander un gigot d’agneau, d’isard ou de chevreuil. La bouteille porte le numéro 4.405, ce qui laisse penser qu’il ne s’agit nullement d’une micro-cuvée. Le total de mise est affiché : 8.190 bouteilles. Je dis bravo en regrettant de ne pas avoir un magnum pour ma cave. Gérard, si tu m’entends, je t’en achète six sur le champ !

Photo©MichelSmith

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Difficile de faire mieux me dis-je en versant dans mon verre le rouge de la même vigne, mais de 2011. Cette fois-ci, j’ai le numéro 2.428 sur 10.857 bouteilles produites. Qu’est-ce que j’en pense ? J’adore ! Je ne résiste pas au charme de ce nez finement fruité, à ces notes envoûtantes d’oranges sanguines discrètement parfumées à la cannelle, à ce léger souffle de garrigue. L’emprise en bouche est plus évidente. On a la rondeur qui sied à un vénérable Carignan, mais le fruit s’impose avec subtilité, avec tendresse, malgré une pointe de rugosité qui fait tout le charme du vin, ce côté « je ne prétends pas la perfection, je suis moi-même, je viens des Corbières, ne m’enlève pas ce putain d’accent qui m’a façonné et auquel je tiens ». Franchement, cela faisait un bail qu’un vin ne m’avait pas interpellé sur ce ton.

Que retenir de tout cela ? Eh bien que cela mérite bien une suite. Quelle suite ? Puisque je m’apprête à partir en vacances, vous le saurez en lisant le prochain numéro ! Mais il faut aussi retenir qu’un négociant, et pas n’importe lequel, ose mettre le nom de Corbières sur un Carignan. Si lui ose, pourquoi pas les autres, sur un Faugères, par exemple ? Merci Gérard !

Michel Smith


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Quand la Savoie m’appelle, j’accours ! (1ère partie)

(Première partie : une sombre histoire de Mondeuse à Genève)

Franck Merloz, l'un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

Franck Merloz, l’un des instigateurs de cette dégustation. Photo©MichelSmith

C’est encore un truc tout con, un truc de ouf. Pas un happening politique qui consiste à défiler dans les beaux quartiers avec poussettes et crucifix pour une manif anti mariage gay. Non, il s’agit d’un simple message d’un Savoyard qui défend avec conviction son terroir, ses cépages, ses vignerons. Une de ces initiatives spontanées qui fleurissent un peu partout désormais, une bouteille à la mer jetée suite à une amicale séance de provocation du genre : « Nous on fait de meilleures Mondeuses que vous » ! Et vlan ! Voilà le défi lancé. Une battle comme on dit désormais en bon Français sur les réseaux sociaux. Z’auraient pu choisir la plus belle pomme, la plus belle vache, le plus beau fromage, le plus beau lac… Non, il a fallut que maître José Vouillamoz d’un côté, Suisse de nationalité, et même Valaisan, lance un jour le défi pour que Franck Merloz, de l’autre côté du Léman, relève le gant. Résultat, ce dernier, très actif sur Twitter et sur son propre site In Roussette We Trust m’a intimé l’ordre d’être la cinquième roue du team France tendance Savoie afin de juger laquelle des dix Mondeuses présélectionnées – cinq Savoyardes, cinq Suisses – remporterait le titre de Meilleure Mondeuse des Alpes !

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

La Maison qui accueille notre dégustation. Photo@MichelSmith

J’étais donc le seul estranger. Et j’ai accepté ce sort avec grand plaisir car cela faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans les alpages. En y ajoutant une seule condition : que le facétieux Franck Merloz, en grand défenseur des vins de sa région, m’organise par la suite une mini-tournée au sein de l’appellation Vin de Savoie. Le mec a tenu parole et c’est pourquoi mon expédition fera l’objet de trois articles pour zéro centime. Quant au concours, rien de très folichon. Hormis la composition des jurys, la rigueur de mise et le bon déroulement de la dégustation, c’était genre décontracté, avec une bonne bouffe à la fin. Verres appropriés, température convenable, vins sélectionnés préalablement par chaque équipe, salle de dégustation acceptable (merci à la Maison du Terroir de la République et du Canton de Genève, à Berneix), crachoirs, papier, crayons et un accord vite réalisé sur « la façon de procéder » avec, en prime, pour bien montrer que je n’avais pas fait la route à mes frais, cette sentence de ma part : « silence absolu pendant la dégustation, pas d’échanges, pas de remarques ». Après tout nous étions en Suisse, pas au café du commerce de Chambéry ! Pour les détails, voir en fin d’article.

José, le Prof... Photo@MichelSmith

José, le Prof… Photo@MichelSmith

À ce stade, je me demande si tout le monde sait ce qu’est une Mondeuse. Mon ami Marco, certainement, lui le sait, je n’en doute pas. David aussi qui voit en elle une sorte de Syrah light. Et Hervé, en bon érudit du vin, fort probablement sait de quoi il en retourne. Quant à Jim et moi, vaguement… mais vous, vous cher Lecteur ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l’affront d’un cours ampélographique. Laissons cela à José Vouillamoz, biologiste savant né « avec du Fendant dans le biberon » qui a cosigné récemment Wine Grapes, un gros livre sur les cépages. Sans se séparer de sa casquette noire ni desserrer sa cravate trop courte, le gars nous raconte en préambule qu’il s’agirait d’un cépage rouge apparenté à la Syrah. Ça, nous le savions, mais comment se fait-ce ? Simple, sa maman, dame Mondeuse blanche, se serait croisée avec un cépage noir de l’Ardèche du nom de Duréza probablement dans les rangs d’une vigne de l’Isère. De son côté, le Duréza aurait une sœur nommée Teroldego dans le Trentino. Il faut noter aussi, tests adn à l’appui, que ces deux cépages sont les petits-enfants du Pinot noir. En outre, le professeur trouve des liens entre Mondeuse noire et Viognier… Enfin, je m’y perds comme toujours. Vous lirez la suite dans cet article passionnant qui vous apprendra que dans la nature tout le monde fricote avec tout le monde, ce que vous saviez déjà, non ?

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

À gauche, les Suisses, à droite, les Français. Photo@MichelSmith

Cinq Mondeuses Suisses, cinq Françaises, toutes goûtées à l’aveugle bien entendu, toutes classées au final dans un ordre très protocolaire : une Française, une Suisse, etc. alors que l’ordre de présentation à la dégustation était aléatoire (il pouvait y avoir deux Suisses de suite). Et la gagnante fut : la Mondeuse 2010 « Quintessence » de Philippe Héritier, vigneron en bio et éleveur d’escargots au Domaine des Orchis en Savoie. Ce vin n’était pas classé premier de mon côté (je l’avais mis en troisième position), mais j’avais noté sa finesse, sa structure bien présente, ses notes de petits fruits rouges fins, ses superbes et élégants tannins de cuir. Ensuite, pour la seconde place, la quasi unanimité s’est faite autour du vin présenté en quatrième position. Il s’agit de la Mondeuse 2012 du Domaine Mermoud sis dans le canton de Genève, tout près de notre lieu de dégustation : belle robe violine, nez épicé, boisé, puissance en attaque, très joli fruit, beaux tannins, mais boisé un peu trop dominant à mon goût. Le Château de Mérande de Yann Pernuit, cuvée « La Noire » 2011 est arrivé troisième du « concours ». J’ai relevé une robe sombre, presque opaque, un nez franc purée de cassis, laurier, très serré en bouche, belle finale sur le fruit et je l’avais classé cinquième pour ma part, ayant, je le reconnais après coup, été un peu trop sévère au moment d’établir un classement. Il faut dire à ma décharge que ce classement s’est opéré trop vite – les membres du jury avaient faim… – laissant peu de temps à la réflexion.

Les vainqueurs, dans l'ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Les vainqueurs, dans l’ordre, de gauche à droite. Photo@MichelSmith

Heureusement, les participants avaient amené du renfort pour le dîner. Michel Grisard, par exemple, était venu avec une superbe Mondeuse 1989 de son Domaine du Prieuré Saint-Christophe. Mais comme ce voyage est fort long à narrer, histoire de vous faire saliver, je vous en dirai plus un de ces prochains jeudis sur d’autres Mondeuses (et d’autres cépages rouges) de choix. En attendant, la semaine prochaine, je vous ferai part de mes retrouvailles avec les blancs de la région. De belles surprises en perspective car, des deux côtés de la frontière, les vignerons de talents ne manquent pas.

Michel Smith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Le vainqueur, un Savoyard. Photo@MichelSmith

Pour info…

L’ami Franck Merloz édite Roussette In The Pocket, un petit guide perso de ses bonnes adresses vigneronnes. Vous pouvez le télécharger ici : http://www.irwt.fr/roussette-in-the-pocket

* L’équipe de Suisse comprenait :

-Pierre Thomas, Journaliste: www.thomasvino.ch

-Richard Pfister, Œnologue, www.oenoflair.ch

-Catherine Cornu, www.vinvitation.ch

-José Vouillamoz, Botaniste, Généticien, Ampélologue

-Stéphane Meier, www.vinvitation.ch

* L’équipe de France :

-Caroline Daeschler, Sommelière, consultante, blogueuse (http://motsetvins.e-monsite.com/)

-Bruno Bozzer, Sommelier, Caviste à Annecy Le Vieux, élu Caviste de l’année 2013 par la RVF

-Michel Smith, Journaliste Indépendant et blogueur (http://les5duvin.wordpress.com/)

-Franck Merloz, Blogueur (http://irwt.fr), web-entrepreneur (TweetAWine.com) et consultant indépendant

-Michel Grisard, Vigneron en Savoie, grand spécialiste de la Mondeuse, Président du CAAPV (http://www.cotes-et-vignes.fr/centre-dampelographie-alpine-pierre-galet/caa-pg/)

* Les vins de Savoie (et du Bugey) présentés :

- Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

- Domaine Saint-Germain La Perouse 2012

- Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

- Domaine Grisard (Jean-Pierre) Mondeuse Prestige & Tradition 2011

- Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu (Bugey) 2011

* Les vins de Suisse :

  • - Domaine Mermoud Mondeuse 2012, Genève
  • - Domaine de Grand-Cour (Jean-Pierre Pellegrin), Mondeuse, assemblage de 2009/2010 (50%/50%), Génève
  • - Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)
  • - Domaine Mermetus (Vincent et Henry Chollet), cuvée « Le vin du Bacouni » 2012, Lavaux (Vilette)
  • - Domaine des Rueyres (Jean-François Cossy), cuvée « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne).

* Le Classement final :

1 – Domaine des Orchis (Philippe Heritier) Quintessence de Mondeuse 2010

2 – Domaine Mermoud Mondeuse 2012 – Genève

3 – Chateau de Mérande (Yann Pernuit) La Noire 2011

4 – Domaine Mayencourt Mondeuse du Globe Yvorne 2011, Vaud (Chablais)

5 – Domaine Jean-Pierre Grisard Mondeuse Prestige & Tradition 2011

6 – Domaine Bonnard Mondeuse de Montagnieu 2011 – Bugey

7 – Domaine des Rueyres, « Es Pedances » 2012, Lavaux (Chardonne)

8 – Domaine Saint-Germain « La Perouse » 2012

-Non classée car bouchonnée: Domaine Mermetus, Lavaux (Vilette)

-Disqualifié car assemblage de millésimes non retenus: Domaine de Grand-Cour, Génève

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