Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 230 : Sus au pénible !

Dans le Midi, rien n’est tout à fait comme ailleurs. En dépit des apparences, le réveil qualitatif auquel on a assisté depuis 30 ans n’est pas uniquement l’œuvre de « people » en vue, comme on peut le constater en Provence ou du côté de Bordeaux où de richissimes néo-ruraux en quête de préretraite viennent chercher refuge dans le monde du vin disneyisé. Ici, le renouveau des vignobles s’inscrit dans l’épopée des gens de la terre, ancrés qu’ils sont dans l’Histoire. En schématisant peut-être un peu trop vite, beaucoup des vignerons d’aujourd’hui sont des Languedociens pur jus que l’épopée industrielle a fait descendre jadis des rudes coteaux de cette garrigue ingrate du Haut-Languedoc dans l’intention de produire en plaine et en quantité dans des conditions d’apparences moins rudes.

Marre des vins pénibles ! Photo©MichelSmith

Marre des vins pénibles ! Photo©MichelSmith

Sans cesse poussés par l’esprit bassement mercantile d’un négoce avide de vins de table trafiqués si dévastateurs pour l’organisme et payé à vil prix au producteur, les producteurs se sont emballés, les vignes sont devenues de grossières vaches à pisser le pinard, les coopératives se sont multipliées pour défendre le productivisme et la chimie s’est emparée du vin faisant la fortune de certains, la ruine des autres. Caricature, allez-vous me dire. Et pourtant, qui se souvient de ce Midi rouge et frondeur, de ce cafetier viticulteur nommé Marcellin Albert haranguant la foule du haut de son platane, de la troupe prête à défendre les préfectures face à des gens ruinés réduits à la castagne ? C’est dans ce perpétuel conflit où les années fastes succèdent aux crises que naquirent des vignobles comme Faugères ou Saint-Chinian aujourd’hui respectés à défaut de n’être encore réputés sur la scène mondiale du vino business.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Ainsi, de braves viticulteurs sont-ils redevenus de vrais vignerons, restaurant avec foi et amour des coteaux délaissés car si peu productifs. Dans les années 80 jusqu’à l’aube du millénaire, on voit naître des cuvées monstres à défaut d’être monstrueuses, des rouges sur mûrs, sur extraits, sur boisés, sur maquillés, surfaits, sur médaillés, sur médiatisés… Qui sait, caché au bout de sa rue Marcellin Albert, à Trausse-Minervois, le sage Luc Lapeyre, à force de caresser sa généreuse barbe toute argentée, se souvient peut-être qu’il est passé par là, par cette époque où l’on cherchait plus à singer le Bordelais plutôt qu’à ressembler à son pays. Comme d’autres vignerons de son envergure, c’est-à-dire des hommes de la terre qui ne se pètent pas le melon, Luc se lamente : « Y’en a marre du vin pénible » ! Il me l’a ressorti l’autre jour lors d’une conversation. Au début, cette réflexion revenant souvent chez lui, je me suis dit : « Ça, cette espèce de désinvolture, c’est tout Luc, du Lapeyre tout craché ! » Puis je me suis aventuré à lui demander : « Qu’entends-tu par là ? »

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En bavardant avec lui tout en goûtant son dernier Amour de Carignan, j’ai réalisé combien ce bougre de Vigneron, amateur comme moi de bonne cuisine campagnarde avait raison. Mille fois raison. Oui, y’en a ras le bol de ces vins pénibles où l’on ne sent rien, de ces jus où l’on se demande « Mais où est le vin ? », de ces bibines trop travaillées, trop parfumées, trop étriquées, de ces vins mondains sans âme, de ces pinards que l’on avale péniblement et que l’on laisse sur un coin de la table en se demandant : « Putain, où est la bouteille d’eau ? ». Oui, mon ami du Haut-Minervois, plus que jamais aidé de son fils Jean-Yves, a fichtrement raison de maugréer dans sa barbe : « Y’en a marre des pénibles ».

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Du Carignan, les Lapeyre en ont sauvé 5 ha sur les 32 qu’ils cultivent. Une bonne partie va dans cet Amour de Carignan provenant de vignes vendangées à la machine et situées en majorité sur des terres argileuses. Moyenne d’âge : 50 ans. Production : 8.000 flacons. Prix : 5 euros départ cave. Extraction à froid, fermentation sur 10 à 15 jours, mise en bouteilles juste avant le printemps suivant, c’est un vin sans prétention, je serais tenté de dire "sans pénibilité", corsé au nez avec ce qu’il faut de notes de mûres et de cade, d’accents de garrigue en bouche, une pointe d’amertume pas trop gênante et le fruit qui s’accroche en finale laissant une bouche bien fraîche. Le vin parfait pour une grillade d’été. On le boira bien frais sur des brochettes avec force de poivrons, tomates et oignons. Sans oublier le thym. Et sans effort !

Michel Smith

Photo©MichelSmith

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Millésimes Alsace

Ils étaient une petite centaine de producteurs présent à cet évènement assez récent, une première pour moi qui ne suis guère coutumier de la région. Mais avide d’en apprendre un max et sans peur.

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Parenthèse sur la peur

La peur régit nombre d’amateurs, voire de dégustateurs, l’Alsace l’illustre bien. Propos bizarre certes, mais la peur de l’inconnu arrive même jusqu’au monde feutré du vin. Cela va de la peur d’acheter un une appellation peu, mal ou inconnue, des fois que ce serait mauvais, si tu n’essaies pas, jamais tu ne sauras.
Ou encore ne pas prendre un Riesling sur la truite au bleu, de peur qu’il y ait du sucre résiduel, ce qui peut être effectivement gênant.
Il y a pire dans le Jura, ouillé ou oxydatif cet Arbois blanc ?
Quant aux vieux millésimes, est-il encore bon, avec on va le boire ?
C’est vrai que tout ça est affreux, je me suis fait peur en l’écrivant.
Buvons plutôt un Sauvignon bien variétal, bien rassurant!

Retour en Alsace, terre aux mille cuvées.

Il y en a tellement des cuvées, chaque producteur en propose une douzaine, comment faire ?
Il faut choisir : ne rien déguster ou se lancer, se faire plaisir ou pas. C’est la vie.

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Colmar parc des expos

Grande salle, chaque vigneron derrière sa table, toutes les mêmes, toutes classées par ordre alphabétique, c’est pratique.
Tout déguster est impossible, il faut faire des choix, soyons téméraires, mais espérons que ce seront les bons.
Voici donc une petite douzaine de découvertes, impossible d’en faire plus, dommage.
Et faites dans un ordre aléatoire…
Et sans vraiment de commentaires, photos des vignerons et des vins.

Frick, c’est chic (facile)

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Domaine Léon Boesch

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Domaine Bott-Geyl

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Louis Sipp

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Domaine Valentin Zusslin

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André Ostertag

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Domaine Paul Kubler

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Domaine Hubert Metz

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Véronique et Thomas Muré Domaine du Clos St Landelin

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Josmeyer

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Domaine Paul Ginglinger

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Et pour les amateurs de Riesling bien sec, allez-y sans hésiter, toutes les cuvées dégustées chez les vignerons ci-dessus y répondaient

Un joli petit tour d’une partie de la belle production alsacienne, bien entendu il en manque. De plus, tous les domaines dégustés sont en bio, biodynamie, voire en sans soufre, de quoi se faire une petite peur, pas vrai?

Ciao

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Marko


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Presse du Vin : moi j’aime La Vigne !

L’autre jour, j’ai été peu élégant et même désobligeant envers un magazine qui ne m’avait rien fait, bien au contraire. J’avais oublié qu’une gentille copine en était la rédactrice-en-chef. Aïe ! Je crois que si elle avait été à mes côtés, elle m’aurait giflé. Mais que voulez-vous, je suis bélier. Et quand quelque chose ne va pas, je peux tenir quelques mois sans rien relever, jusqu’au jour où je pète un câble selon l’expression désormais entrée dans le langage courant. Alors, je fonce, droit dans le mur, sans y mettre de gants. Surtout lorsque je fais partie des abonnés (plus maintenant, d’ailleurs), je ne supporte pas qu’un canard me déçoive plus de deux ou trois numéros de suite. On va me dire : « Oui, mais en faisant ça tu n’aides pas la presse du vin ». Et alors ? Si elle est dans la mouise ce n’est tout de même pas de ma faute. Comme dirait l’autre, j’ai été suffisamment bon petit soldat par le passé pour avoir le droit de jouer les grognards de service dans un obscur blog auquel même son altesse Nicolas de Rouyn n’est pas abonné.

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Tenez, je me demande si lui et mes ex camarades de jeu dans la presse du vin lisent autre chose que les magazines du groupe Marie-Claire. Oui, bien sûr, je ne doute pas qu’ils soient branchés en permanence sur les pages vins du Point ou du Figaro, mais se penchent-ils de temps en temps dans l’autre presse, la vraie presse spécialisée.

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Ce n’est pas que je sois un saint, mais perso, je m’honore de lire avec plaisir le magazine La Vigne. Je le trouve varié, très journalistique et soumis de manière moins évidente aux pressions de la régie publicitaire. J’aime son côté concret, ses enquêtes qui, sans être des grands reportages dignes du prix Pulitzer, sont honnêtes, pragmatiques, courtes, sans aucun parti pris si ce n’est la volonté de présenter des initiatives novatrices en matière de viti-vini culture.

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Oui, amis du vin, débutants, négociants, vignerons, bouchonniers, tonneliers, cavistes, simples amateurs curieux ou journalistes divas, allez-y, lisez La Vigne. Car de la lecture, il n’en manque pas dans ce mensuel : on vous parle levures, pieds de cuve, stress hydrique, cuveries, tracteurs, export… Que ce soit sur la technique, la recherche, les maladies, les vignobles étrangers, c’est précis et pas barbant pour deux sous, un magazine riche, qui, contrairement à moi, par exemple, ne cherche pas à en faire des kilomètres à grands renforts d’envolées lyriques.

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C’est pourquoi j’arrête là mes louanges en vous conseillant de lire l’article de Florence Bal sur Bernard Nicoletti, un patron du BTP qui n’a qu’une envie à se retraite : mettre son argent et ses compétences dans un petit vignoble. Celui de Bellet, à Nice. Pour une fois qu’un patron ne cherche pas à s’exiler à Londres, en Belgique ou à Monaco, l’article, je vous l’assure, est réjouissant !

Michel Smith

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Le football se joue à 11 et c’est l’Allemagne qui gagne à la fin. Et qu’est-ce qu’on boit pour fêter ça?

C’est drôle. Nous autres Français vantons la qualité des produits manufacturés d’Outre-Rhin. Nous achetons leurs voitures, leurs camions. Nous acceptons les euros de leurs touristes. Nous reconnaissons volontiers la puissance de leur économie et de leur équipe de football. Nous avons même fait l’Europe avec eux. Et puis la brigade franco-allemande. Mais acheter leurs vins? Ah ça non!

L’Europe du vin est souvent à sens unique. Les Allemands nous achètent nos Alsace, nos Bordeaux, nos Bourgogne, nos vins du Midi. Mais nous dédaignons leurs Baden, leurs Mosel, leur Pfalz, leurs Franken.

Correction: nous les ignorons. Aucun importateur n’a jamais vraiment pris la peine de nous les présenter. Nous ne les connaissons pas. C’est dommage pour l’honnête homme épris de vin. Comment un oenophile pourrait-il prétendre apprécier le riesling, par exemple, s’il ne connaît que les versions alsaciennes?

Deutsche Präzision

Car l’Allemagne a de très belles choses à faire valoir en matière de viticulture.

Deux mille ans d’histoire viticole (les Romains, toujours eux!).

Une école de viticulture, Geisenheim, de réputation mondiale.

De vrais terroirs; des crus bien identifiés sur l’étiquette, même si leurs noms à rallonge sont souvent un peu rébarbatifs pour les Francophones. C’est que les Allemands sont des gens précis. Ils indiquent la région (elles sont treize); le district ou Grosslage (ce sont les crus au sens large, ils sont 160); et même, pour les vins fins, l’Einzelllage (les parcelles, crus au sens strict). Elles sont plus de 2.600.

Et puis, pour faire bonne mesure, ils indiquent le type de vin (sec, demi-doux, doux, spätlese, auslese, trockenbeerenauslese, eiswein). Difficile, avec un riesling allemand, de niquer votre truite au bleu avec du sucre résiduel que vous n’attendiez pas. Précis, je vous dis, le Teuton…

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 Le vignoble allemand (partie ouest)

Surtout, l’Allemagne peut aligner aujourd’hui toute une Mannschaft de grands vignerons. Dans la famille Müller, il n’y a pas que Thomas ou Gerd, il y a aussi Egon, par exemple. Mais on peut citer aussi Bürkling-Wolf,  Dr. Loosen, Adeneur, Wittmann, Fürstliches Castell’sches Domäneamt, Reichgraff von Kesselstatt, Reichsrat von Bühl, Robert Weil…

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Ralf Anselmann, de la Mannschaft des vins allemands (photo ©  H. Lalau)

 

Deutsche Diversität

Ce n’est pas non plus que le style de leurs vins soit rébarbatif à nos palais. Après tout, nous apprécions les vins d’Alsace, dont les cépages sont tout aussi rhénans que ceux de Rheingau, de Baden ou de Pfalz – comme le soleil brille pour tout le monde, le Rhin coule pour tout le monde. La Moselle aussi. Et au risque de choquer mes amis lorrains, ce qui se produit en Moselle allemande est autrement plus abouti que du côté français.

Notons que la production allemande est plus diversifiée qu’on ne le pense généralement; elle n’est pas faite que de blanc; le Spätburgunder (notre pinot noir) est présent là-bas depuis le Moyen-âge. On dit que ce sont les bons moines de Citeaux qui l’ont apporté. Il y donne de superbes résultats, notamment en Baden et dans la petite région de l’Ahr. Toujours en rouge, le Saint Laurent et le Dornfelder peuvent aussi donner de beaux vins.

Bien sûr, on trouve aussi chez eux de l’Elbling pas mûr et du Müller-Thurgau de trop gros rendement, de la bibine juste bonne à tuer le ver, des vins de négoce pour Diskont-Supermärkte, de la bonne vieille daube de coopérative industrielle  - ils sont comme nous, je vous dis!

Les vignerons allemand ne sont ni meilleurs ni moins bons que les nôtres. Ils ont leurs traditions, leur culture, mais la vigne reste la vigne. Les frontières sont arbitraires (est-ce la Deutsche Weinstrasse qui commence à Cleebourg, ou la route des vins d’Alsace?), et le vignoble alsacien porte encore énormément de traces du régime allemand – la flute rhénane, les winzergenossenschaft – pardon, les coopératives, la désignation des vins par les noms de cépage, les vendanges tardives, les sélections de grain noble, etc…

Côté terroirs, nous avons nos graves, notre kimmeridgien, nos galets roulés. Les Allemands ont leurs différents types de schiefer, leur ardoise locale (salut Claudia!); et puis leur loess, et même des poches de roches volcaniques, comme au Kaiserstuhl.

Leurs climats sont plus variés qu’on ne le pense (quand on y pense). Et plus chauds, par endroit. Saviez-vous qu’on trouve des figues dans le Palatinat et dans le pays de Bade? Et même des orchidées… Par ailleurs, comme dans toutes les zones septentrionales, l’exposition au soleil, les masses d’eaux et la protection au vent jouent un rôle très important. Le "climat", au sens de cru, est une notion primordiale. Certains sont réputés depuis des siècles, comme nos climats bourguignons. Enfin, réputés, mais pas de ce côté-ci du Rhin.

Vu de Belgique

Du poste de vigie bruxellois d’où je vous parle, les choses sont un peu différentes, parce que l’on trouve plus facilement des vins allemands en Belgique.

Oh, pas tant que ça! Mais il y a un courant d’affaires. En région flamande, notamment, les blancs allemands, très secs ou très doux, gardent des adeptes. Et puis, la jolie ville romaine de Trèves, la petite capitale de la Moselle allemande, n’est qu’à deux heures et demie de Bruxelles ou d’Anvers, une heure et demie de Liège ou d’Hasselt.

Malgré tout, quand Carrefour s’est avisé de proposer un carton des six grandes nations viticoles de la Coupe du Monde 2014, l’enseigne a choisi six bouteilles venant d’Italie, d’Espagne, du Portugal, de France, d’Argentine et du Brésil. Voila qui n’a guère porté chance aux trois premières nations, éliminées dès le premier tour. Mais surtout, une grande nation du football et du vin était absente: l’Allemagne.

A présent qu’elle a remporté l’épreuve, il s’agirait peut être de fêter dignement l’événement!

"Ceux qui m’aiment prendront le train…"

Pour ce faire, je vous propose de lever un verre d’un vin vraiment représentatif du savoir-faire allemand.

Anselmann

Essinger Sonneberg Silvaner Eiswein 2009

Il s’agit d’un Eiswein de la Maison Anselmann. Plus précisément, d’un Pfalz Essinger Sonnenberg. Pfalz, c’est le nom allemand du Palatinat (ancienne villégiature des troupes de Louis XIV), Essingen, c’est le village, et Sonnenberg (la colline ensoleillée), le cru.

Eiswein, pour les Französich, c’est vin de glace. Un vin issu de raisin récolté gelés, une sorte de cyoextraction naturelle. La seule admise en Allemagne.

Quant au cépage, il s’agit d’un silvaner (oui, de ce côté de la frontière, le y se change en i).

Je suis sûr qu’une bonne partie d’entre vous n’attendaient pas cette variété à si belle fête:

-Un sylvaner en vin de glace! T’as vu jouer ça où, Hervé?

-Oh, pas loin, tout près de Landau. Une ville française jusqu’en 1815, à propos. De Wissembourg, ça fait une demie heure de train. Vous avez un direct toutes les heures à partir de 8 heures (départ Wissembourg 8h33, arrivée 9h07  à Essingen).

Au fait, le sylvaner, ça peut être autre chose qu’un vin du patron pour brasseries à touristes; essayez un peu ceux de Franconie…

Mais oublions un instant l’étiquette pour nous intéresser au vin.

La robe est bien dorée, brillante. Le nez est plus riche que la Bundesliga. Abricot, mangue, coing, amandes fraîches se bousculent au portillon du stade; la bouche, elle, surprend par sa fluidité – avec un tel nez, on s’attend à un monstre de sucrosité, et là, überraschung, une belle acidité balance le sucre, c’est délicat, élégant. Je dirais même "ralfiné" – le vigneron, que j’ai connu à Neustadt, à l’occasion de Mundus Vini, s’appelle Ralf. Avec sa soeur, Ruth et son frère Gerd, il dirige aujourd’hui cette maison familiale de taille importante pour la région – 100 ha. Pour info, sa gamme comprend bien d’autres trésors – des Eiswein de Dornfelder ou de Pinot Noir (!), et puis de très beaux vins secs, en rouge comme en blancs – et notamment un superbe gewurztraminer, chose assez rare en Allemagne.

Je croise Ralf de temps à autres dans les concours, à Séville, à Paris, à Québec. Comme mon allemand est un peu rouillé, nous parlons un sabir de français et d’espagnol – une langue qu’il maîtrise très bien. Car vous savez quoi? Ralf s’intéresse aux vins du monde entier, lui; des Amontillados andalous aux Amarones vénitiens en passant par les vins du Niagara, d’Argentine, de Bourgogne. Et même les Alsace.

Peut-être qu’un jour, nous aussi, en France, on s’intéressera à ses vins…

"Ceux qui m’aiment prendront le train…".

Hervé Lalau

 Contact: Weingut Anselmann


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La difficile conversion des habitudes : le cas des Anjou blanc secs

Il y a peu de temps, j’ai parlé ici de l’importance d’un nom, de préférence simple et facile à prononcer, dans la réussite commerciale d’une appellation. Mais que se passe-t-il quand un nom qui réunit ces critères se trouve, par le fait de l’histoire, associé à des vins dont la réputation globale est, disons, faible ou dévalorisante ? Et comment font les producteurs qui souhaitent sortir de ce piège par le haut, convaincus qu’ils sont de la valeur et du potentiel de leur vins et du projet qui les entoure ?

Il y a près d’un an, j’ai assisté à Paris à une dégustation de vins blancs secs d’Anjou dont la qualité générale m’avait fortement impressionnée. Ces vins avaient clairement de l’intensité, de la séduction, de la rigueur et, du coup, la capacité à très bien se conserver et à devenir plus complexe avec le temps. C’est pourquoi j’ai répondu très vite à une invitation de venir voir sur place et à déguster une sélection plus large de ces vins, issus de différents millésimes.

vue sur le LayonLa douceur angevine : vallée du Layon vu du Château de la Soucherie (photo David Cobbold)

La région au sud d’Angers, sur la rive gauche de la Loire, est surtout réputée pour des vins moelleux faits avec le cépage chenin blanc dans les appellations Aubance, Layon, Chaume et Bonnezeaux. Mais pour faire un grand vin doux qui est issu, en partie ou en totalité, de raisins botrytisés, il faut des conditions météorologiques qui ne se commandent pas. L’exemple des deux dernières récoltes le démontre : quand les conditions n’y sont pas, on ne peut guère en faire, à moins de tricher. Et beaucoup ne veulent pas tricher. Comment faire alors, car il faut bien vivre ?

Patrick Baudouin, le rouge n'est plus de misePatrick Baudouin qui préside cette appellation et pour qui le rouge n’est plus de mise (!). (photo David Cobbold)

 

Une solution est de convertir une part significative de son vignoble à la production de vins rosés ou rouges. Et cette tendance gagne du terrain, comme l’explique Patrick Baudouin, qui préside avec intelligence l’appellation Anjou blanc sec : "Les stats sur l’évolution de l’encépagement chenin/cabernet en Anjou sont claires : il y a eu inversion d’encépagement au profit du cabernet, entre les années 50 et aujourd’hui. Il ya eu aussi donc inversion des vins produits, au profit du rosé. Et aussi au niveau des zones plantées."

Mais l’image, et le prix qui va avec, des rosés d’Anjou n’est guère valorisante, même si cela se vend : la part des rosés atteignant maintenant 50% dans la région. Et puis il y a la question de la fidélité à une tradition, ou, plus exactement (car on peut aussi dire que la tradition n’est que la somme des erreurs du passé !), à un potentiel qualitatif pour l’élaboration de vins qui reflètent parfaitement leur site et leur méso-climat (terroir, si vous préférez ce mot valise, bien trop fourre-tout pour moi). Les rouges du coin (14% de la production) sont parfois excellents, mais quand son vignoble est encore planté très largement de chenin blanc, qui, certaines années, produit de grands liquoreux que vous avez un peu de mal à vendre, il vaut mieux peut-être trouver une manière de faire de bons vins blancs secs. C’est cette idée-là qui préside à la volonté d’un groupe significatif de bons producteurs de créer une appellation haut de gamme afin de monter le niveau et la part des blancs secs de la région, qui ne représentent actuellement que 5% de l’ensemble des vins. J’estime cette initiative plus qu’honorable et très fidèle à l’esprit que prônait René Renou quand il présidait l’INAO et qui semble avoir été largement oublié depuis sa disparition. Et tant pis pour quelques esprits chagrins, qui préfèrent avoir raison seuls (car ces gens-là ont toujours raison et l’affirment d’un ton péremptoire) en oubliant la part du collectif nécessaire à l’image d’une région.

chenin début juilletUne vigne de chenin à La Soucherie qui semble bien parti au mois de juillet 2014, sur des sols en partie travaillés et en partie enherbés (photo David Cobbold)

Le chenin blanc, parfois encore appelé Pineau de Loire dans la région, pourrait avoir son origine à Anjou. Une première indication écrite date de 1496 à Chenonceau, et parle de "plants de l’Anjou". Rabelais, dans Gargantua (1534) louait "le vin pineau. O le gentil vin blanc ! et, par mon âme, ce n’est que vin de taffetas." Selon Vouillamoz, un des parents du chenin blanc serait le savagnin (ou traminer), et il serait frère ou sœur avec le trousseau et le sauvignon blanc. Plus surprenant est le fait que son profil génétique est identique avec celui de la variété espagnole agudelo, qu’on trouve aussi bien en Galicia qu’au Penedes.

Tirer une appellation vers le haut implique nécessairement d’imposer quelques contraintes sur les méthodes de production. J’ai comparé les cahiers de charges pour l’appellation blanc sec existante et celle dite "haut de gamme", et les différences me semblent couler de source. Je résume : chenin blanc à 100% (l’appellation de base autorise un part de chardonnay et/ou de sauvignon blanc), densité de plantation supérieure de 10%, taille plus rigoureuse, charge maximale réduite de 20%, enherbement ou travail des sols obligatoire, vendanges manuelles, rendement réduit de 10%, richesse en sucres plus élevée et pas d’enrichissement artificiel, élevage des vins plus longs et sans morceaux de bois….. rien de très dramatique, juste du bon sens, il me semble.

Luc Delhumeau, Domaine de BrizéLuc Delhumeau, au Domaine de Brizé, qui a produit  le plus beau 2011 que j’ai dégusté (photo David Cobbold)

Et les vins alors ?
J’ai dégusté, au Musée du Vin de Saint Lambert-du-Lattay (excellent endroit pour une dégustation, calme et avec une équipe aussi sympathique qu’enthousiaste) 49 vins issus essentiellement des millésimes 2012, 2011 et 2010, avec quelques vins plus anciens pour suivre l’aspect "vin de garde" inhérent au concept : 2009, 2008, 2005, 2003 et 1996. Mon impression globale était très bonne. Je vais vous paraître trivialement mercantile (je sais, c’est la nature d’un peuple marchand, mais c’est aussi ce qui fait vivre un vigneron !) et vous parler d’abord de prix avant de vous livrer mes préférences et autres remarques. Le prix moyen (prix public) des vins dégustés se situe autour de 10 euros avec un écart assez important entre le moins cher (4,90) et le plus cher (un peu plus de 20 euros). Vu leur niveau qualitatif moyen, je dirai que ces vins valent mieux sur le marché, surtout quant on les compare aux blancs de bourgogne. Un prix moyen de 15 euros me semblerait largement justifié.

Didier Richou, une constance dans la qualitéDidier Richou, auteur, avec son frère Damien, d’une série de vins aussi remarquables que régulière (photo David Cobbold)

Mes vins préférés
Je vous épargnerai des commentaires détaillés pour vous livrer juste une liste de producteurs et quelques remarques. Tous les producteurs de la zone n’ont pas jugé bon de livrer des échantillons. Ils ont clairement tort de bouder des telles dégustations et cette absurdité fait de fierté mal placée me rappelle l’article récent d’Hervé Lalau sur le fait que certains vignerons semble considérer que soumettre ses vins à des dégustations comparatives ressemblerait à de la prostitution !!! Ont-ils peur d’une forme de vérité, certes subjective ? Quant aux autres, plus courageux, toutes des putes et des soumises alors ?
NB. Les vins sont listés par ordre de dégustation, pas de préférence.

Millésime 2012 (sur 18 vins)
Domaine de la Bergerie
Domaine de Juchepie
Domaine des Trottières
Domaine Bablut, Petit Princé
Pithon-Paille, L’Ecart
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine des Forges, Expression d’Automne
Domaine Pierre Chauvin

Millésime 2011 (sur 11 vins)
Domaine des Iris, futs de chêne
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine de Brézé, Loire Renaissance
Château de Fesles, La Chapelle,
Domaine Pierre Chavin, La Fontaine des Bois
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Château Pierre Bise, Les Roannières

Millésime 2010 (sur 8 vins)
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Domaine Richou, Les Rogeries
Château de Passavant, Montchenin

Millésime 2009 (sur 6 vins)
Château Pierre Bise, Le Haut de Garde
Domaine de Juchepie
Domaine de Bablut, Ordovicien
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine Leblanc
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard

Millésime 2008 (sur 3 vins)
Domaine Richou, Les Rogeries
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard
Domaine Cady, Cheninsolite

Millésime 2005 (1 vin)
Domaine Patrick Baudouin, Le Cornillard

Millésime 2003 (1 vin)
Domaine des Iris, fûts de chêne

Millésime 1996 (1 vin)
Domaine Ogereau

 Anne Guegniard Guitton, Domaine de la BergerieAnne Guegniard Guitton, au Domaine de la Bergerie, dont j’ai beaucoup aimé le 2012 et dont le mari, David Guitton, tient une très bonne table sur place (photo David Cobbold)

 

Remarques et conclusions

Mon critère de tri pour cette sélection étant une note d’au moins 14,5/20 pour chaque vin, quelques soit le millésime, on constate un taux de réussite, selon ce critère subjectif, de 30/49, soit d’un peu plus de 60%. Je dois dire que je ne trouve que très rarement de genre de taux dans une série de vins d’une même appellation, et surtout à ce niveau de prix. Ce score confirme mes premières impressions. Quelques vins (2 ou 3) furent rejetés parce que je trouvais leur dosage en soufre excessif. Deux autres parce que, manifestement, on avait négligé de sulfiter à bon escient et ces jeunes vins montraient une oxydation prématurée avec une perte d’arômes et de netteté. Quelques autres me plaisaient un peu moins parce qu’une présence de botrytis donnait un nez de cire qui dominait tout le reste. Mais, dans l’ensemble, que du plaisir avec ces vins qui associent, dans des proportions forcément variables, vivacité, saveurs riches, structure et persistance. Autrement dit, les bons Anjou blanc secs sont de vins de caractère avec une capacité de garde affirmée.

Il faut aussi noter les très grande régularité de quelques domaines : Richou et Baudouin, en particulier. Mais tous n’ont pas présenté des vins dans tous les millésimes, alors la comparaison est un peu injuste.

la douceur angevineLa douceur angevine vu par les fleurs. Oui, mais les hortensias changent de couleur selon la nature des sols. Qui trouvera la clef de cette histoire ? (photo prise à la Soucherie par DC).

 

Faut-il changer leur nom d’appellation ? Je ne le crois pas. Il faudra en revanche de la persévérance aux producteurs pour passer le message qu’Anjou peut aussi rimer avec blanc sec, et que cette région est aussi très capable de faire des grands blancs de ce type. Je ne rentrerai pas ici dans le débat à la mode sur la nature des sols, qui semblent être majoritairement schisteux par là. Je laisse cela aux spécialistes et je vous réfère aux écrits forts intéressants de Patrick Baudouin :

http://www.patrick-baudouin.com/ puis suivre la rubrique "profession de terroir" et chercher le pdf sur les grands vins d’anjou.

David Cobbold

 

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