Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 240 : Allez Maury !

En 1997, après des études viticoles et œnologiques en Avignon, le jeune Julien Fournier décide de reprendre le domaine familial à la suite de son père, Jean, alors officier de marine. Julien augmente modérément la surface d’un domaine qui livre la totalité de sa récolte à la Cave des Vignerons de Maury, dans les Pyrénées-Orientales, coopérative qui se trouve à proximité de sa maison.

En 2002, il s’offre la possibilité de prendre une part d’indépendance et de tenter l’expérience d’une cave particulière, le Domaine de Serrelongue, en ne vinifiant grosso modo que le tiers de l’exploitation. Aujourd’hui, il ne regrette nullement ce choix : «J’ai de la chance, car c’est grâce à la coopérative que je peux vivre tout en me faisant plaisir», avoue-t-il en toute franchise.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Sur les 30 ha repris entre Tautavel et Maury, Julien a rajouté 10 ha et se garde aujourd’hui 7 ha de vieilles vignes principalement sur schistes, vignes qu’il travaille aux chenillards en culture dite «raisonnée», pour les vinifier par la suite et les mettre en bouteilles chez lui. Parmi ces vieilles vignes, bien entendu, Julien peut compter sur 3 ha de Carignan car certains vignerons maurynates ont eu la présence d’esprit de ne pas écouter les «experts» et donc de ne pas les arracher comme on le préconisait avec force dès la fin des années 80. Bien leur en a pris, car on sait désormais que ces valeureux ceps contribuent aujourd’hui à parfaire la renommée identitaire de la Vallée de l’Agly.

Photo©MichelSmith

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Outre ses Maury et ses blancs en Côtes Catalanes, plusieurs Côtes du Roussillon Villages complètent la gamme, dont un séduisant Carigno (officiellement jusqu’à 70% carignan) acheté 6 € l’autre jour dans la boutique Côté Cave ouverte par un jeune couple à Thuir. Pour ce prix-là, j’avoue que l’on pourrait laisser passer quelques défauts, se montrer indulgent quant à la matière ou pardonner un élevage maladroit. Or il n’en est rien: ce jeune vin de 2013, vaillant au possible, mais aussi chaleureux, ample et généreux, très marqué par les essences de garrigue, se montre aussi complet, fruité, et capable d’affronter dès les mois d’hiver la cuisine de gibiers à poils, une daube de taureau ou de joues de porc, ainsi qu’un roboratif coq au vin. On peut aussi choisir de le faire patienter 5 ans dans une bonne cave pour lui proposer par la suite un beau gigot d’agneau ou un sauté de veau.

Michel Smith

PS. Un peu de pub : Pour les rares lecteurs qui suivent mon activité de petit vigneron associé à 6 camarades autour du Puch, à Tresserre, nous avons vendangé notre Carignan samedi dernier en une matinée par un fort beau temps calme. Récolte satisfaisante (autour de 15 hl/ha) et degrés honnêtes (autour de 13°) avec de belles grappes pour la plupart, certaines (10 %) commençant à être atteintes de pourriture. Par endroits un petit tri à la vigne s’est avéré nécessaire. Mais dans l’ensemble, nous nous en sortons pas mal.

Pour l’heure, nous mettons en vente le 2013 : 9 € départ cave. Qu’on se le dise !

 


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Loire ride for young cancer sufferers: Day 5 & Day 6

Something must have gone seriously wrong with our calculations today – I’d thought it would be around 120 km from Chavignol to Beaugency. Instead it was the longest day so far with 166 km ridden in 7 hours 48 minutes at an average 21.3 kmh. Only 189 metres climbed, which underlines how flat this part of the Loire is.

From riding mile after mile and seeing virtually no one and few habitations, you get a real sense of how big France is in European terms. I was pleased with the way today went: for although it was long I still have the stamina to finish strongly.

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Threatening storm clouds around Sancerre (photo © Jim Budd)

Tomorrow will be another longish day from here to Bourgueil (Café de la Promenade). I am delighted that Michel Mergot, the deputy mayor of Epeigné-les-Bois and previously mayor of the commune, will be joining me for part of the way tomorrow.

JIM BUDD

PS. Day 6. 

Have now completed Day 6 of my ride down the Loire. Today I rode 156 kms from Beaugency to Bourgueil. There are now just two days left before the finish at La Baule by the Atlantic.

I am riding to raise money for two cancer charities that are very focused on young cancer sufferers – Fondation Gustave Roussy and Teenage Cancer Trust. I’m delighted that my ride has now raised around the equivalent of £2000 – over 2000€. Here are the current totals, which include pledges. £963.75 is now the total for Teenage Cancer Trust, while Fondation Gustave Roussy is due to rise to 1205€.

Here’s how you can donate:
For Teenage Cancer Trust in the UK:  http://uk.virginmoneygiving.com/JimBudd
For Fondation Gustave Roussy in France:  https://igr.friendraising.eu/jim.budd
With anticipated thanks.


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#Carignan Story # 239 : Au fond de ma vallée…

Demander à rencontrer Philippe Courrian, c’est voir s’ouvrir un petit peu plus les portes du paradis. Il y a d’abord la symbolique mais royale entrée dans cette partie de la vallée de la Nielle, maigre affluent de l’Orbieu dévalant tout droit des Hautes Corbières. Nous sommes au bien nommé Château Cascadais dans une campagne habitée comme le stipule avec malice la pancarte à l’entrée de la propriété. Cela signifie respect, respect des plantes, des fruits, des gens et des animaux. Après, tout est affaire de feeling. Ça passe ou ça ne passe pas. Entre lui et moi, le courant est branché depuis des lustres. Cela n’empêche pas le parlé franc, Philippe ayant des avis bien arrêtés sur pas mal de choses mais aussi des remarques de sage quand il dit par exemple : « Je ne me prononce pas car je ne connais pas ». Notre relation est celle d’une franche amitié. À un tel point qu’à une époque, j’ose l’avouer, j’ai plusieurs fois cédé à la tentation de déclencher moi-même le précieux sésame en faisant tout pour me faire inviter dans sa vallée heureuse. Puis on s’est un peu perdu de vue… hasards de la vie.

Philippe en admiration devant ses Carignans. Photo©MichelSmith

Philippe en admiration devant ses Carignans. Photo©MichelSmith

Aussi, lorsque j’ai vu l’autre soir l’animal à la crinière argentée se pointer en bonne compagnie dans le Charivari de Michel Escande où j’avais mis le tablier histoire de prêter main forte à la sommelière Isabelle Brunet, ni une, ni deux, on a pris lui et moi rendez-vous dans la Valley of Love (extrait du film The Sheriff of Fractured JawLa Blonde et le Shérif, en France – le plus con des films années 50 en De Luxe colour, mais avec Jayne Mansfield, tout de même…Attention, la chanson est doublée par Connie Francis, une des chanteuses les plus kitsh mise en orbite à l’époque par l’industrie du disque). C’est ainsi, avec cette mielleuse chanson cowboy que j’arpente de nouveau la route cailloutée qui conduit à la maison toute simple de Philippe avec la furieuse envie de taster son vin de Carignan. Ici, à moins de monter sur une butte, le téléphone portable s’arrête. Chez Philippe, que l’on soit dans les rochers de sa « piscine » ou dans la cour parmi les roses trémières, on se sent au bout du monde. On oublie tout et l’on se dit que c’est dur de rentrer.

Photo©MichelSmith

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Comment dire sans le vexer… À mon avis, Philippe Courrian ne veut pas à faire le plus grand vin de son appellation. Il cherche simplement à nous donner un bon vin représentatif de sa vallée, un vin juste, constant, précis, loyal, parfaitement équilibré, un vin vinifié sans esbroufe et sans calcul médiatique. Le bougre a raison car c’est vraiment le cas de cette cuvée Le chant de la Cascade 2012 qui arbore encore la dénomination Corbières alors que le 2013 rentrera dans le rang avec la mention Coteaux de la Cabrerisse, à moins de le mettre en Vin de France. Encore ces conneries de règlements ! Quand les Corbières n’auront plus de Carignans à se mettre sous la dent à force de les reléguer aux seconds ou troisièmes rôles, le casting de l’appellation sera bien maigre et surtout bien triste. Voilà, c’est dit ! Sauf que ça fait 30 ans que je leur chante cet air-là…

Super sur une cargolade !!! Photo©MichelSmith

Super sur une cargolade !!! Photo©MichelSmith

Maintenant revenons au vin. J’espère que sur les prochaines étiquettes Philippe fera mention du cépage car celui-ci, d’un âge avancé, est planté sur 3 petites parcelles, si je ne m’abuse sur des terres argilo calcaires bordées de murets de pierres grises et tournées vers les collines de pinèdes qui cachent la Montagne Noire, parcelles qu’il loue à un vigneron du pays. Le millésime 2012, Campagne de Cascadais, en partie décrit plus haut, est à mon avis prêt à boire pour encore un an ou deux si l’on veut profiter de son fruit. En plus de son équilibre, j’ai aimé la facilité avec laquelle il se laisse boire. En sera-t-il de même avec le 2013 dont la mise est prévue pour l’hiver prochain ? On verra. En attendant, je ne peux que vous inciter à saisir ce flacon. Parfait sur les escargots de Philippe, il le sera aussi sur toutes sortes de grillades. En vente au domaine au prix de 9 € départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Et pour les curieux, sachez que Philippe, Médocain de naissance et sudiste dans l’âme, possède avec ses enfants un fameux Médoc, le Château Tour Haut Caussan, sur la commune de Blaignan, ainsi que le Château La Landotte. À Cascadais, dont le chai se situe à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, il vinifie aussi un second vin d’un excellent rapport qualité-prix, La Roque Dansante, ainsi qu’un délicieux Corbières où grenache, carignan, syrah, cinsault et mourvèdre se marient divinement bien dans les barriques  d’occasion venues du Médoc ainsi que (pour moitié) dans les cuves ciment. Enfin, on parle de plus en plus de son pur Tannat élevé 16 mois en barriques. Pas mal pour un seul homme qui a largement passé l’âge de la retraite !

Michel Smith

Servir frais, bien entendu... Photo©MichelSmith

Servir frais, bien entendu… Photo©MichelSmith


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L’offre Vin d’Orly : Boco d’espoir…

Tous les ans à peu près, je visite Orly Ouest. Contraint et forcé parfois par je ne sais quel voyage et des heures d’attentes, je déambule dans les travées de cet aéroport qui reçoit chaque jour des milliers de touristes, pour beaucoup étrangers. Qu’ont-ils comme cadeaux souvenirs gourmands symboles de la France à ramener chez eux ? Pas grand chose de qualité. Et à mon avis, à moins de manquer de goût, rien qui puisse peser dans le sac à dos du voyageur low cost que je suis devenu quand je pars à Londres ou ailleurs. En effet, pas grand chose n’a évolué depuis mon dernier passage. Le marchand de macarons est toujours là, comme le rectangle open space, consacré au caviar et au saumon fumé, Paul et Starbucks aussi, présents depuis pas mal de temps, rien ou peu d’enseignes nouvelles. En dehors de la brasserie décrite il y a quelques mois (voir le lien plus haut) et d’une sorte de foire fouille où les chocolats industriels se mêlent aux parfums avec de la place pour quelques vieux millésimes de Pibarnon et des champagnes bestsellers, l’offre des vins est au mieux limite médiocre quand elle n’est pas franchement navrante.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Petite lueur d’espoir avec Boco, cette boutique, nouvelle pour moi qui suis provincial, mais en réalité fondée en 2011 par les frères Ferniot, Simon et Vincent, avec l’appui de quatre grands chefs triplement macaronés et trois grands chefs pâtissiers. Ils comptent désormais 4 restaurants sur Paris, dont celui d’Orly Ouest doublé d’une petite épicerie un peu trop cachée à mon goût. Restaurant est un bien grand mot pour ce qui ressemble plus à une épicerie. En me rapprochant du hall 1, ce n’est pas le nom qui m’a attiré vers cet espace que d’aucuns appellent corner, mais plutôt le souriant portrait d’Anne-Sophie Pic, une fille dont j’apprécie la modernité et la recherche en cuisine. Je me disais : « sympa, je vais grignoter du Pic avant de prendre mon avion Hop ! ». Finalement, je n’ai pas choisi l’un de ses plats. J’ai hésité entre le clafouti de tomates cerises et basilic de Jean-Michel Lorain, la salade de crevettes et pommes acidulées de Vincent Ferniot, pour finir avec le risotto de coquillettes au reblochon et courgettes au romarin d’Emmanuel Renaut (7,70 €). Au passage, le plat le plus cher était le duo de saumon snacké et lentilles vertes de Régis Marcon proposé à 9,60 €.

Photo©MichelSmith

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Bon, je n’ai pas été transcendé par mon plat servi en bocal, cela va de soi, mais c’était bon. Cela sentait bon le romarin et la courgette aussi (en mini dés) tandis que le fromage apparaissait timidement marié à une sauce liquide qui avait la texture apparente de celle d’un risotto.

Photo©MichelSmith

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Là où j’ai été surpris, c’est que hormis une bière bio, on proposait trois vins (blanc, rouge, rosé), dont l’excellent rouge Côtes de Thongue 2012 de mes camarades vignerons, Isabelle et Rémi Ducellier des Chemins de Bassac. J’apprends que ce délicieux vin bio, cuvée Isa, pour une fois servi frais (5,20 € le verre d’un peu plus de 12 cl tout de même… facturé en Côtes du Rhône !) est distribué par la Maison Richard (celle des cafés) et je confirme qu’il s’agit d’un assemblage de pinot noir, cabernet sauvignon, syrah, grenache et mourvèdre parfaitement adapté au plat. Grâce à lui, je pouvais prendre le cœur léger mon avion de retour sur Perpignan. Mais pas avant de commander un café. Celui-ci n’était pas à la hauteur du lieu. Les Ferniot devraient d’ailleurs demander à la Maison Richard d’installer, en plus de leurs vins, leur machine à café et de venir former le personnel par la même occasion. La pauvre fille au service, hormis les couleurs, n’entendait rien au vin. Alors, c’est promis, si je vois Anne-Sophie, je ne manquerais pas de le lui faire la remarque. Et pour ce qui est du vin, continuez avec les vins du Sud. Ça vous va tellement bien…

Michel Smith


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Pic Saintes Louves

Au Château de La Salade, Anne Vialla-Donnadieu ne vous en raconte pas; d’ailleurs, ses vins parlent pour elle.

Et de quoi parlent-ils? D’un petit coin du Pic Saint Loup, plutôt vers le bas de l’appellation, à Saint Mathieu de Tréviers. De belles syrahs et de vieux grenaches gorgés de soleil et de fruit.

Son mari est artiste – il a dessiné ses étiquettes. Elle l’est aussi, à sa manière, dans ses assemblages, dans sa recherche du toujours mieux, du toujours plus pur.

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Vue sur le Pic (Photo (c) H. Lalau 2014)

Un must pour les amoureux de vins sincères et goûteux.

Depuis peu, la fille d’Anne, Constance, jeune œnologue, a rejoint sa maman à la cave. Voici donc un domaine qui pourrait se transmettre par les femmes. Une sorte de Pic Saintes Louves… Ne me demandez pas si les vins sont féminins, je ne sais pas ce que ça veut dire. Par contre, je me suis régalé à les écouter discuter les mérites de tel ou tel vin, sa longueur, son potentiel de garde; d’autant que moi, je les trouve tous intéressants!

Voici ma sélection.

Château de la Salade Rosa Rosae Pic Saint Loup rosé 2013

Une avalanche de fruits rouges biens mûrs (groseille, cerise, fraise), accompagnés de quelques fleurs, une bouche ample, à la fois souple et vive. Un grand rosé qui plaira autant à l’apéritif qu’au cours d’un repas. 16/20

Château Aérien 2012

Une cuvée issue des jeunes vignes. Un joli fruité rouge, une bouche friande, des tannins suaves, beaucoup de fraîcheur, que demander de plus? 15/20

Château de la Salade Cuvée Mille Huit Cent Trois 2013

Un assemblage syrah grenache de vignes de 40 ans

Un nez superbe, à nouveau, plus sur le fruit noir, la mûre, le cassis, la cerise de Bâle. Belle structure en bouche, les tannins sont bien présent, les épices abondent, mais l’ensemble reste velouté; la finale, réglissée, joyeuse, invité au deuxième verre… 16/20

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Vue sur La Salade (Photo (c) H. Lalau 2014)

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2009

Du fruit bien mûr (fraise, framboise), enveloppé par les notes de cuir et de fumé apportés par un bois très bine dosé; un vin solaire, capiteux – j’ai pensé à un Gigondas – bien anis fumé bien que le grenache soit minoritaire dans la cuvée. En arrière bouche, quelques notes anisées et un retour du fruit mûr. 16/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2010

Le nez est plus frais, le fruit (cerise, mûre, airelles) un peu plus serré; la bouche est très marquée syrah; le bois bien intégré délivre quelques notes de cacao. Les épices déboulent dans la foulée, rafraîchissant la finale, tout est en place pour de très beaux moments gastronomiques. 17/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2011

Un peu plus marqué par le bois actuellement (moka), mais un grand potentiel; la bouche est volumineuse; la finale grillée est encore un peu austère. A attendre. 14,5/20

 

Hervé Lalau

 

PS. Rien à voir avec ce qui précède, mais j’ai une petite pensée pour mes amis écossais qui décideront demain s’ils veulent l’indépendance ou pas. Avec les menaces qu’on leur fait, s’ils votent oui, c’est qu’ils ont vraiment un "brave heart"… Je ne me rappelle pas que l’establishment ait agité  autant de chiffons rouges lors de la séparation entre Tchèques et Slovaques. 


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#Carignan Story # 238 : Au nom de… Zéphirin !

 

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Au nom de qui, au nom de quoi, je vous le demande ? Au nom du Carignan, bien sûr ! Du moins si j’en juge par cette cuvée du Domaine In Nomine qui consacre à sa manière de valeureuses parcelles de ce vieux cépage – ici les ceps frisent les cent ans – sur des terres argilo calcaires du côté d’Opoul, le dernier village des PO, juste à la frontière de l’Aude, sur la partie des Corbières tournée vers le Golfe du Lion et la chaîne des Pyrénées. Mais surtout, plus que tout, au nom de Zéphirin, l’arrière grand-père qui a probablement lui-même planté ces vignes de Carignan que Cyril Lambert retape avec l’aide de sa compagne Sophie.

La forteresse d'Opoul. Photo©MichelSmith

La forteresse d’Opoul. Photo©MichelSmith

Une fois le décor planté, et dieu sait qu’il est encore plus spectaculaire que vous ne pouvez l’imaginer, il reste le vin. Un Côtes Catalanes 2011 vinifié visiblement avec soins à partir d’une vendange non éraflée, des grappes très mûres, foulées aux pieds et longuement macérées… Le genre de travail que l’on ne peut faire que si l’on a de beaux raisins. Ce fut le cas par évidence cette année-là où le vin a été élevé douze mois en barriques de chêne français et mis en bouteilles sans filtration. Que voulez-vous, ces jeunes aujourd’hui ils sont un peu fous et il y a fort à parier que le Zéphirin, l’ancêtre, aimerait bien partager cette cuvée.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Évidemment, je n’ai pas un portrait du papé, mais c’est en pensant tout de même un peu à lui qu’à deux reprises – une fois dans ma salle de dégustation, une autre fois aux Indigènes, l’un des bars à vins les plus en vue de Perpignan – j’ai pu saisir ce vin. La première fois, en dépit d’une grande finesse au nez, je l’ai trouvé un peu dur en bouche, disons vert, anguleux. Lui ou moi n’étions pas prêts à nous rencontrer et, ce matin-là, j’avais juste noté que j’avais en face de moi « un petit monstre ». Quelques semaines plus tard, ayant oublié mes premières impressions, je le goûtais sur des petites assiettes de choses et d’autres et je l’ai trouvé beaucoup plus civilisé, plus fréquentable, plus complet aussi, plus cool diraient les winies d’aujourd’hui. Il vaut tout de même 24 euros la bouteille. Mais bon, vieilles vignes, petits rendements, élevages soignés, etc… je ne vous ferais pas l’injure du discours complet puisque, quoiqu’il en soit, c’est un très beau vin.

Michel Smith


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Saint Joseph Express

Voici quelques jours, j’ai passé quelques heures dans l’appellation Saint Joseph. Pas de quoi prétendre que je connais l’endroit comme ma poche. Juste de quoi me mettre l’eau à la bouche et me donner l’envie de vous en parler. De partager quelques coups de cœur, tout en sachant que cette sélection est forcément très réductrice.

Car Saint Joseph, c’est vaste! L’appellation s’étend sur une soixantaine de km du Nord au Sud, sur la rive ouest du Rhône. Du granite, du gneiss, mais aussi du calcaire (comme à Châteaubourg); mais on peut tout de même trouver trois grands dénominateurs: les pentes, la proximité du fleuve et la syrah (pour les rouges, du moins, qui constituent plus de 90% de la production).

J’en ajouterai un autre, tout à fait personnel: la qualité de leur fruit, en blanc comme en rouge.

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De Tain l’Hermitage à Tournon sur Rhône, il suffit de prendre la passerelle (Photo © H. Lalau 2014) 

Ma petite sélection de blancs

Chapoutier Les Granilites 2013

Au nez, c’est plutôt floral. En bouche, c’est vif, avec un côté salin qui allonge la finale.

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Photo © H. Lalau 2014

Cuilleron Le Lombard 2013

Nez très expressif de poire et de frangipane, Bouche bien grasse, mais doublée d’une bonne vivacité.

Boissonnet 2013

Au nez, de l’abricot, en bouche, de l’amande fraiche et du miel d’acacia.

Coursodon 2011

"La base du vin c’est pas la richesse mais l’équilibre", explique Jérôme Coursodon. Qui a mis en pratique cette profession de foi, avec un blanc  de marsanne qui reste allègre, joyeux malgré l’élevage bois. Le nezd’abricot évoquerait presque le viognier, mais non, il n’y en a pas.

 

 IMG_4637Lieu-dit Sainte Epine, à Saint Jean de Muzols (Photo © H. Lalau)

Ma petite sélection de rouges

Cave de Tain Saint Joseph 2012

Voici la plus grosse cuvée de l’appellation, peut-être la plus représentative aussi, d’une certaine façon. Une chance pour nous (et pour Saint Joseph), elle est excellente. Si toutes les coopés de France travaillaient comme celle de Tain…

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Au nez, de la fraise, de la cerise, assez exubérantes, et de la mûre ; la bouche est dense, solide mais bien fraîche (une pointe d’eucalyptus). Les tannins sont bien ronds, l’ensemble laisse une impression de plénitude. Un vin qui a du répondant – redégusté une heure plus tard, il s’était encore ouvert.

Domaine Pierre Gonon 2012

Les frères Gonon, Jean et Pierre, exploitent 10ha de vignes quarantenaires (toutes en bio), réparties entre trois coteaux de Mauves à Saint Jean de Muzols.

Ce nez est une épicerie à lui tout seul : au rayon fruits, de la mûre, du cassis, au rayon épices, du poivre, du clou de girofle, de la tapenade ; la bouche, elle, est juteuse mais vive, la finale très longue avec un retour du fruit noir et un peu de pierre à feu. Grand vin.

Domaine Coursodon 2011 Cuvée L’Olivaie

Ce domaine familial de 15ha – Jérôme représente la 5ème génération – est situé à Mauves.

Nez intense, évoquant la framboise et le réséda. Poivre et réglisse en bouche; beaucoup de fraîcheur.

Domaine de la Côte Sainte Epine Vieilles Vignes 2011

Encore un domaine familial (c’est Mikaël Desestret qui est aux manettes); 7 hectares sur la commune de Saint Jean de Muzols, et plus précisément sur le lieu dit Sainte Epine , un des plus réputés de Saint Joseph.

Au nez, une belle giclée de cerises griottes, accompagnée de légère notes fumées; tannins très fins. Corsé, tendu, minéral, c’est le type même du grand vin du Rhône Nord, conjuguant plaisir et complexité.

Aléofane rouge 2012

Natacha Chave a encore mis dans le 1000 avec ce 2012 très sensuel. Le nez déborde de fruit (cerise noire, framboise), la bouche est plutôt sur les épices, notamment la réglisse; belle longueur et superbe tannins soyeux. J’adore.

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En résumé, beaucoup de belles choses. C’est bien simple: il n’y avait rien à jeter! C’est assez rare pour être signalé – tiens, ça me rappelle une dégustation de Côte Rôtie, l’année dernière. Les Côtes du Rhône Septentrionales détiendraient-elles le secret du vin juteux qui séduit, qui titille, qui cajole, qui console?

Mon ami Marc, qui les fréquente plus que moi, aura sans doute son idée là dessus.

Hervé Lalau

 

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